Partie IX - Synthèse   Chapitre LVIII - Autour de Rennes   Villemaury, Ligne gnostique et Sceau de Palaja : Stella luti   
VILLEMAURY STELLA LUTI LIGNE GNOSTIQUE SCEAU DE PALAJA Sceau de Perceval de Rosans (fin XIIIme sicle) - www.atelierdesdauphins.com - Les chevauches (1299-1305), 2007

Graal et Arcadie

Le Sceau de Perceval de Rosans seigneur de Bruis (Dauphin), appendu un document dat de 1292, est le seul sceau mdival de type questre o le cavalier lance un javelot au lieu de tenir une lance ou une pe. Les roses de la housse constituent une figure parlante.

Cette particularit est probablement une allusion au Conte du Graal de Chrtien, qui fait du jeune Perceval un lanceur de javelots et non pas un chevalier habitu manier la lance ou l'pe.

Des personnages portent des prnoms arthuriens. Des exemples s'en rencontrent ds le XIIIe sicle : Lancelot Havard, Perceval de Rosans. Aux XIIe et XIIIe sicles, les romans de la Table ronde constituent une littrature presque exclusivement destine un public aristocratique (Michel Pastoureau, Figures et couleurs: tudes sur la symbolique et la sensibilit mdivales, 1986 - books.google.fr).

Ce Perceval de Rosans (1268-1293), pre de Philippe ou Philis marie Reynaud de Rivire (ancien Fluviano aragonais), est le descendant d'un autre Perceval, pre d'une prcdente Philippe ou Philis marie Obert Flotte d'o un Perceval Flotte (gw.geneanet.org - Pascal Crouail, La Croix dHuriel et la Ligne gnostique : Bruis).

Si Perceval fait rfrence au Graal, Philis c'est l'Arcadie.

Arcadie : pays de l'Ours. Grande Ourse identifie l'Eglise par Dante : Arcadie = Eglise = Grande Ourse.

L'Arcadie, qui occupe la partie centrale de la Pninsule, n'tait habite que de ptres et de laboureurs, et son nom, qui signifia d'abord Pays des Ours , est rest celui des contres champtres par excellence (lise Reclus, Nouvelle gographie universelle, 1876 - books.google.com).

On a fait driver le nom de l'Arcadie, qui antrieurement s'appelait Pelasgia, Arkas, fils de Jupiter, et de Kallisto (fille de Lykaon), qui fut mtamorphose en ourse par la jalouse Junon ; d'Arkas qui, suivant les lgendes, doit avoir enseign aux habitants du pays l'agriculture, l'art de prparer le pain et les vtements, de filer la laine, etc. Mais le nom d'Arcadie pourrait bien venir aussi d'arkos (pour arktos), ours. Dans le langage vulgaire actuel, arkoda signifie ourse. On trouve dans une partie du pays le mont Lyce, et la ville de Lykosoura, btie par un roi Lykaon (fils de Pelasgos). Ces mots drivent vraisemblablement de lykos, loup. L'Arcadie serait donc le pays des ours et des loups (Charles Schaub, Excursion en Grce au printemps de 1862, 1863 - books.google.com).

L'Arcadie est une rgion de montagnes boises, un pays qu'on dirait fait exprs pour la chasse. Il nous suffit d'admettre, ce qui n'a jamais fait l'ombre d'un doute, qu'Artmis, telle que nous la connaissons, tait tout particulirement adore des Arcadiens. Il n'est, pour ainsi dire, pas de race grecque qui n'ait cur de descendre de Zeus nous l'avons vu. Arcas, l'anctre des Arcadiens, devait donc passer pour l'un des nombreux fils de Zeus, et alors, quelle pouvait tre sa mre, sinon la desse prfre du pays, Artmis, sous l'un de ses noms multiples? L'un de ces noms tait Callist, la toute belle. Mais la desse, toujours vierge, ne pouvait avoir t elle-mme la mre d'Arcas. Cette difficult n'embarrassa gure ses fidles; ils trouvrent facilement un biais; par un lger changement ils tirrent de Callist le nom de Callisto, et virent dans cette Callislo, non pas la desse mme, mais une des comparses de sa suite. D'ailleurs ce rle effac ne lui pargna ni la jalousie d'Hra, ni mme la colre d'Artmis. Le nom d'Arcas rappelait aux Arcadiens celui de l'ours, arktos, et ils voyaient dans le ciel la Grande Ourse, la fameuse constellation. N'tait-il pas naturel, encore une fois, que Callisto ft mtamorphose en une ourse, tue par Artmis et place au ciel par Zeus, son amant, pour devenir la brillante constellation des nuits sereines? L'ide de cette mtamorphose en ourse venait peut-tre de la coutume, appele arkteuein : les jeunes filles arcadiennes qui se consacraient au service d'Artmis accomplissaient leurs fonctions dguises en ourses.

Le nom d'Arcas, Arcades, a-t-il effectivement quelque rapport avec arktos, ursus, ours , et l'Arcadie avait-elle reu, l'origine, le nom de pays des ours ? On ne peut rpondre positivement cette question. C'est chose possible ; car le t est tomb dans arkilos, "jeune ourse" ; on trouve arkos, au lieu d'arktos, et le sanscrit, dit riksha, le latin ursus (F. Max Mller, Nouvelles tudes de mythologie, 1898 - books.google.com).

Dans la Vie des Orsini, Francesco Sansovino rappelle que ces Romains aimaient se dire les descendants de Calisto, l'Ourse de Lycaon, roi d'Arcadie (Jacqueline Theurillat, Les Mystres de Bomarzo: et des jardins symboliques de la Renaissance, 1973 - books.google.com).

Le labyrinthe de Bomarzo (Viterbe) mnera le visiteur de surprise en effroi. Le Bois sacr de Bomarzo ralis vers 1560 pour le compte de Vicino Orsini est une Une Arcadie du frisson (G. R. Hocke) qui surgit de la paisible campagne (Jardin des arts, Volume 11, 1964 - books.google.com).

Trassoulas et les Manichens

A l'autre intersection de la croix d'Huriel avec la Ligne gnostique se trouve Belcaire et le hameau de Trassoulas.

Selon Bossuet, les hrtiques toulousans, combattus par saint Bernard, toient manichens. Ils avoient pour chefs Pierre de Bruis, et son disciple Henri. Pierre le Vnrable les nomme ptrobusiens.

Les Manichens ont cru en seul Dieu en trois personnes, sans admettre trois Principes differens. La comparaison de trois Soleils dont ils se sont servis, ne leur fait pas plus de tort, que celle de-trois hommes que plusieurs Pres trs Catholiques ont mise en uvre. Maniche trouva la Trinit non seulement dans le N. T. o elle est clairement enseigne, il en rencontra aussi des traces dans la Thologie Orientale, d'o Platon semble avoir pris les Ides qu'on en trouve dans sa Philosophie. Mais en croyant la Trinit, il ne crut pas l'egalit des personnes Divines. Il croyoit le Verbe soumis au Pere, n'agissant que sous les ordres de celui, de qui il tient son essence & son pouvoir. C'est pourquoi l'Hrsiarque assignoit aux trois personnes Divines des sjours proportionnez leur dignit. Il mettoit le Pre dans le Ciel suprme cause de sa prminence; le Fils dans le Soleil, au-dessous du Pere ; & le S. Esprit dans l'air au-dessous du Fils. Ces imaginations paroissent tranges, mais M. D. B. crot que Maniche n'en est pas l'Auteur, & il tche d'en dcouvrir l'origine. Il prtend qu'il a emprunt des Mages l'ide du sjour du Fils de Dieu dans le Soleil. En effet les Persans disoient que Dieu a tablis son Trne dans le Soleil, & Mithra tot un nom commun cet Astre & la premire des Intelligences. Le sjour du S. Esprit dans l'air a du rapport la Thologie des Hbreux, qui concevant le S. Esprit, comme prsidant sur les Intelligences unies la Matire, dvoient le placer dans l'air, afin de le rapprocher des Etres de son dpartement. D'ailleurs l'air, selon l'opinion de plusieurs anciens Philosophes, est le sjour des Ames, & le S. Esprit ayant la charge de ces Ames ; il est naturel de le placer porte d'elles (Jacques Lenfant, Isaac de Beausobre, Paul-Emile de Mauclerc, Jean-Henri-Samuel Formey, Bibliothque germanique ou Histoire littraire de l'Allemagne et des pays du Nord, Volumes 31 32, 1735 - books.google.com).

A Trassoulas ("trois soleils" en patois), se trouve une glise Saints Cme et Damien, jumeaux, comme Belcaire mme.

Le thme de la gmellit se rencontre dans le manichisme, par exemple les deux enfants jumeaux de Zurvn, Ahrmazd et Ahriman.

Les origines de Mani ne sont pas clairement tablies ; c'est probablement vers 242, sous le rgne de Shpour 1er (241-272), qu'il commence prcher sa nouvelle religion, jouissant ce moment de la protection royale. Ses dogmes s'inspirent la fois de religions babyloniennes et iraniennes, mais conjugues des influences du christianisme et du bouddhisme. A la base de son systme se trouve l'opposition entre le Bien et le Mal le mme principe qui oppose les deux enfants jumeaux de Zurvn, Ahrmazd et Ahriman. Mais contrairement aux ides reues, qui trouvent leur expression dans ce que le langage commun appelle un raisonnement manichen , cette dualit est loin d'tre simple : le Bien possde en lui une parcelle du Mal et vice-versa, comme dans le symbole chinois du Yin et du Yang. L'homme est compos d'un corps (ombre, opaque) et d'une me (lumire, subtile) ; le but de l'homme est d'affranchir l'me de son corps, la rendant ainsi la Lumire universelle. Ainsi, lorsque toutes les mes se seront libres et auront retrouv le soleil, le ciel et la terre s'crouleront. Cette religion, que certains qualifient d' universelle , est en fait plus proche d'une initiation gnostique que d'un culte ouvert tous : les fidles sont diviss en lus et auditeurs. Les premiers forment le clerg, pratiquent le jene et le clibat, s'abstiennent de manger de la viande et doivent avoir une conduite morale exemplaire, notamment en ce qui concerne la cupidit et le mensonge. Les auditeurs, quant eux, ont le droit de se marier et peuvent exercer une profession, mais doivent conserver leur puret et ne pas rechercher la richesse. La religion ne connat ni sacrifices ni images de dvotion, mais impose en revanche des prires et des jenes ; certains rites comme le baptme, la communion ou l'absolution des pchs montrent une vidente parent avec le christianisme, tout comme l'image de la Trinit et la grande place accorde Jsus-Christ. Mais d'autres influences sont galement visibles : les hymnes manichens semblent d'inspiration babylonienne, leurs anges ont des noms syriens ; le rgime vgtarien et la mtempsycose semblent pour leur part emprunts au bouddhisme (Yves Porter, Les iraniens: Histoire d'un peuple, 2006 - books.google.com).

La gmellit est le thme principal des Actes de Thomas.

Le tmoignage le plus ancien de ce texte est celui dEpiphane (CE 2, 47, 1). Les Actes sont quelques fois fortement encratites ; mais un tel enseignement caractrise de faon gnrale le christianisme syrien du IIIe sicle. Lun des thmes dominants des Actes apparat dans le rcit du voyage missionnaire de lAptre en Inde. La ralit historique de ce voyage reste controverse. Cependant, il nest pas impossible que le christianisme ait dj pris pied en Inde au moment de la rdaction de luvre. Lintrt des Actes de Thomas tient beaucoup aux prires et sermons, tout particulirement au magnifique hymne oriental (chap. 108, 13) qui fait lobjet dune importante littrature secondaire. Il sagit de lhymne conventionnellement dit Hymne de la Perle (ou Hymne de lme). Lorigine Parthe de lHymne a t discute aprs que lon a identifi des mots iraniens dans le texte syriaque. Mnard voit en luvre une version manichenne dinterprtation dun texte judo-chrtien. Jude Thomas est annonc comme lauteur. Il est le frre jumeau de Jsus , ayant non seulement la mme apparence, mais partageant galement luvre de rdemption. Il est le gardien dune connaissance secrte, tout comme la figure de Thomas dans lEvangile de Thomas. Cependant, il ny a pas dinterdpendance vidente entre les deux crits, sinon quils partagent un mme fondement thologique. Edesse est vraisemblablement le lieu dorigine des Actes de Thomas. La composition pourrait se situer au IIIe sicle (www.chemins-cathares.eu - Connaissance des textes : Le christianisme htrodoxe).

Si Pierre ne connat le matre que sous l'aspect d'un sage juste, Matthieu ne voit en lui que le philosophe, Thomas se refuse le dfinir, car, ayant bu sa source bouillonnante, il a saisi son ineffabilit. La porte premire des trois mots secrets que Thomas entend de Jsus est d'asseoir son intimit avec Jsus.

A bien lire le texte des Actes de Thomas, il faut reconnatre que la gmellit de Thomas et du Christ avance au fil du rcit, dpourvue de sa fonction initiale d'identification et d'individuation des deux jumeaux, a trouv une nouvelle fonction, savoir la rvlation du Sauveur vritable. Thomas est camp au fil des Actes comme celui qui dvoile progressivement le vritable Aptre, Jsus lui-mme. La symbolique gmellaire mise en avant ne montre plus le jeu subtil de deux jumeaux qui se diffrencient et s'opposent pour devenir eux-mmes. Tout l'oppos, elle joue sur les richesses de la substitution entre deux personnages semblables, pour rvler le seul personnage important dans lequel le fidle est appel se fondre son tour pour ne devenir qu'un avec lui. La substitution dbouche ainsi sur une union et une fusion, dans lesquelles les gnostiques ont entrevu le salut. A ce titre, Thomas est devenu le type du parfait sauv par identification au Sauveur.

Les spculations manichennes dploient royalement les identifications que le Chant porte en germe et montrent ainsi la part qu'y tenait le symbole de la gmellit. L'interprtation chrtienne ne permet pas de voir comment le Sauveur ou le Prince peut tre la fois sauveur et sauv, et qu'il faut chercher les racines de cette antinomie dans les reprsentations iraniennes sur la dana , sa personnalit spirituelle demeure au ciel et avec laquelle elle doit s'unir pour reformer l'homme total. (Raymond Kuntzmann, Le symbolisme des jumeaux au Proche-Orient ancien: naissance, fonction et volution d'un symbole, 1983 - books.google.com).

Dans les Actes, l'homme noir est l'expression concrte du diable. Le sixime Acte rapporte aux chapitres 55 57 le voyage en enfer d'une femme tue en situation d'adultre, opposant de faon radicale deux pouvoirs : celui de l'homme noir "qui est odieux voir, son vtement tait fort sale" et "celui qui tait semblable toi et (qui) me prit et me livra toi".

Le Chant de la Perle semble d'ailleurs avoir t soumis des relectures correspondant des couches rdactionnelles diffrentes : 1) le marchand parti la la recherche de la perle constituerait la couche rdactionnelle judo-chrtienne et primitive (thme du marchand sage et de la perle [cf. Evangile de Thomas, log. 76 ; Ps.-Clm., Rec., III, 62]) ; 2) le thme du Prince, qui a besoin d'tre sauv et de sauver la perle (l'me individuelle), reprend la thorie de la daena universelle qui se sauve elle-mlme avec les daenas individuelles ; 3) une troisime relecture, manichenne cette fois, serait celle qui mentionne Babylone, lieu de l'activit apostolique et du martyr de Mani, et la Msne, son lieu d'origine (J.E. Mnard, R.-P. Martin. Carmen Christi. Philippians II, 5-11 in recent interpretation and in setting of Early Christian Worship., Revue de l'histoire des religions, 1969 - www.persee.fr).

Une autre Perle, sainte Marguerite, intervient dans cet article plus loin.

CEIL BEIL : soleil cach, soleil couch, et le Graal

La datation du sceau de Perceval de Rosans, 1292, est le nombre figurant sur la dalle de Coume Sourde. Bruis, dont Perceval de Rosans est seigneur, se trouve prs de la ligne gnostique qui forme, sur une de ses parties, un ct du Sceau de Palaja (Douzens - Roque Mude) (Autour de Rennes : la ligne gnostique, Autour de Rennes : Une toile hermtique deux niveaux).

Le manuscrit de Mons qui propose une srie de textes relatifs la qute du graal, donne au vers 1292 de son conte du graal prcd de l'Elucidation et du Bliocardan : "Sor son cacour, ne prsist" o cacour dsigne un cheval de chasse, sur lesquel Perceval est mont et joue du javelot (Perceval le Gallois, Manuscrit de Mons, publi par Charles Potvin, 1866 - books.google.com).

L'auteur de la Premire continuation du Conte du Graal ou "Continuation Gauvain" insiste particulirement sur le soleil couchant, car c'est au soleil couchant que le Graal est atteint : "Insistance de notre auteur sur le soleil couchant : on n'arrive au Graal qu'une fois le soleil couch (sol absconditus)."

Le manuscrit de Mons "P" (XIIIme sicle) porte la Continuation Gauvain (version courte, mais avec des emprunts la longue), la Continuation Perceval, la Continuation de Manessier ; de plus, le Conte du Graal, est prcd, non seulement du Bliocadran, mais aussi de l'Elucidation.

Le copiste de P. Le copiste du manuscrit de Mons se distingue d'abord par ses trois grandes interpolations : celle de l'Elucidation (476 vv.), celle du Bliocadran (8OO vv. - le ms. L donne aussi ce texte), et une de 204 vv. o l'on nous raconte que l'pe remise Perceval par le Roi-Pcheur se brise et qu'un valet, envoy cet effet, en rapporte les morceaux au Chteau du Graal (notons que H, le ms. de Londres, donne les mmes dtails en plus de 500 vers, et que T fait aussi allusion, mais de faon bien plus brve, la brisure de l'pe) - il faut justifier la prsence de l'pe brise dans les Continuations. Les autres additions de ce copiste sont peu nombreuses (1O en tout) et assez mdiocres. Les lacunes sont galement peu importantes (11, totalisant 29 vv.). A. Micha a dnombr 550 variantes individuelles, qui, pour la moiti, sont obscures, bizarres, ou n'ont aucun sens : ce manuscrit viendrait en tte, avec S, "pour le total des expressions ou mots non compris". En conclusion, le ms. P, "malgr un texte d'une bonne tenue, porte la trace de nombreux remaniements". Une question vient l'esprit : le copiste de P est-il le responsable des trois interpolations ? Il ne peut tre l'auteur du Bliocadran, puisque ce prologue figure aussi dans L, lequel - ou son modle - est sans doute plus ancien que P. Rien dans le style ne permet, d'autre part, de rapprocher l'Elucidation de l'addition relative la brisure de l'pe, et le style du Bliocadran ne se rapproche gure de celui de l'une ou de l'autre : les trois additions peuvent tre dues trois "auteurs" distincts. Le copiste de P pourrait-il tre l'auteur de l'Elucidation ? Celle-ci a certainement t rdige par quelqu'un qui connaissait la Continuation-Gauvain (au moins la visite - authentique - de Gauvain la salle du Graal, Br. V), mais rien n'indique qu'il puisse s'agir d'un copiste-remanieur plutt que d'un autre - sinon la pauvret de la rime, qui exclut les responsables de la rdaction "longue" de la Continuation-Gauvain (M, Q, E, U, et aussi T, qui dans ses nombreuses additions, semble quter la rime riche). L'auteur de l'interpolation, selon P, sur l'pe brise, cherche lui aussi la rime riche ; il se distingue donc des auteurs du Bliocadran et de l'Elucidation et se rapproche des auteurs des interpolations de la rdaction longue de la Continuation-Gauvain MQ, EU, ainsi que des responsables des additions de T et de R. A titre de comparaison, l'interpolation analogue de H est plutt pauvrement rime - ce qui la situe bien dans la tradition anglo-normande (Pierre Gallais, L'imaginaire d'un romancier franais de la fin du XIIe sicle: description raisonne, compare et commente de la Continuation-Gauvain : premire suite du Conte du Graal de Chrtien de Troyes, Volume, 1989 - books.google.com).

MESSIAS de la dalle de Coume Sourde (Coumesourde)

Si, au revers de la dalle de Coume Sourde se trouvent les lettres "CEIL BEIL MCCXCII", l'avers il y a les lettres SAE, SIS et M qui forment le mot MESSIAS qui est la translitration grecque de l'hbreu Maschiach ou Moschiach, aramen Meschiah, Messie en franais, et le schma qui a t utilis pour crer le Sceau de Palaja (Autour de Rennes le Chteau : PSPRAECUM ou PS PRAECUM : le petit frre des pieuvres).

Perceval et les Messies

Comme le Messie judaque et le Bahrm mazden, Perceval sera un guerrier victorieux noter l'insistance de Chrtien sur ces victoires ; mais, comme le Saoshyant, il sera, dans les Continuations la fois roi et prtre. Il mettra fin au rgne de Satan en verrouillant dfinitivement dans son trou le ver infernal. Il rendra aux eaux leurs cours, ramenant ainsi la fertilit sur la terre jadis gaste et, clbrant le culte du Graal, abolira pour jamais la Faim et la Soif. Lancelot, en renouvelant la Descente aux Enfers et la Dlivrance des Justes, correspondait au Christ historique , rvlateur de la Nouvelle Loi ; Perceval, propagateur de cette Nouvelle Loi - voir le Perlesvaus - annoncera le suprme champion de l'glise militante. Et si l'on veut un dernier trait qui montre combien la structure du mythe de Perceval tait - consciemment ou inconsciemment - parfaitement comprise : quelque aberrantes que seront les inventions des pigones de Chrtien, aucun ne donnera de descendance Perceval (alors que Lancelot. le hros de l'amour unique, fera, malgr lui, un enfant la fille du roi Pelles). Blanchefleur est l'une des nombreuses incarnations de la Sophia ; elle se situe dans la ligne qui mne de la Layl des mystiques musulmans la Batrice de Dante. Nul doute, que, si Chrtien avait t un peu moins conteur et un peu plus mystique, et s'il avait pu - ou su ? - terminer son Conte del Graal, il n'y aurait pas eu besoin d'inventer Galaad, l'Archange. Ne regrettons rien, car il est beau que le hros de la Fin des temps procde directement du hros de l'amour extatique. Mais sans Perceval, pas de Galaad, et pas de Galaad non plus sans Lancelot. Et pas de Lancelot - partant, pas de Perceval, sans doute - s'il n'y avait pas eu, encore une fois, l'imprieux besoin de combattre Tristan et de remettre sa place l'amour humain qui, pas plus pour un chrtien que pour un mazden, pour un bouddhiste que pour un sh'ite, ne peut tre une fin en soi. Dans le modle persan du Tristan d'ailleurs, l'amour n'tait pas une fin en soi (Pierre Gallais, Gense du roman occidental: essais sur Tristan et Iseut et son modle persan, Volume 1, 1974 - books.google.com).

Ivons serait - sous l'apparence d'un prnom breton - "celui du lac" : ibon ou ivon en Aragon, Navarre "le lac" et -s originaire de. En son ultime aventure, Perceval devra aller vers le lac Cothoatre, retrouver la froge de celui qui forgea l'pe du roi pcheur. Il deviendra ainsi l'image du Saoshyant perse, qui lui ausii natra d'un lac, la fin des temps. En Ivons, le Chevalier a donc rencontr la cour du roi Arthur sa propre pr-figuration, son "Ange", son parrain secret, son Jumeau cleste, auquel il doit devenir semblable. Tous ces caractres font d'Ivons, l'Imm de Perceval, ou mieux, son Guide personnel, celui que les sh'ites appellent ostad ghaybi. En retrouvant, ds les premiers vers du pome, le thme du lac, nous voyons se confirmer l'origine iranienne du Conte du Graal, mais surtout que le projet initial tait de situer au centre du Roman l'pisode de l'pe brise, la prdiction de la cousine et le thme du lac, c'est--dire, celui du Sauveur final (Paulette Duval, La pense alchimique et le conte du graal, Champion, 1979, pp. 332-333).

La venue du Sauveur du Monde est prdite dans le Zend-Avesta, qui est la Bible des Perses: il est appel Saosia, celui qui donne la vie, le victorieux, et c'est lui qui doit faire revenir la saintet parmi les hommes. C'est dans le lac sacr de Kanu dans le Sedschestan qu'est cache la semence de Zarathustra, de laquelle doit sortir dans l'avenir Saosia, le Sauveur du monde et l'auteur de la Rsurrection, car une Vierge pure doit le recevoir dans son sein, en se baignant dans les eaux de ce lac. Il purifiera la terre du pch et de la douleur, rendra heureux le monde entier et ouvrira de nouveau aux hommes la porte du Paradiaza, du Paradis perdu, o verdit l'arbre de la la Vie, ce lieu de joie que le Sauveur fit entrevoir au voleur qui fut crucifi avec lui. Et de mme que le Christ dclare que le Seigneur viendra un jour surprendre les hommes comme un voleur, ainsi est-il dit dans le ZendAvesta (III, 111): Saosia, le Sauveur, le Fils de la Vierge, viendra tout d'un coup, quand on l'attendra le moins, pour juger le monde. Zam. Yasht (89): De quelle grce ne seront pas accompagns Saosia, le victorieux, et les autres amis, quand il renouvellera le monde et le rendra inaltrable, immortel, indestructible, incor ruptible, infini et heureux jamais, et lorsque leshommes ressusciteront? Les hommes reviendront la vie pour jouir de l'immortalit, et les choses continueront d'tre avec les noms qu'elles portent. Gaijomart, le premier n de la cration, ressuscitera aussi le premier. Nos premiers anctresMeschia et Meschian, qui depuis leur mort ont habit les enfers, prendront aussi part la ressurrection (Johann Nepomuk Sepp, Sainte-Foi, Jsus-Christ: tudes sur sa vie et sa doctrine dans leurs rapports avec l'histoire de l'humanit, 1869 - books.google.com).

Les Perses attendaient eux-mmes un messie, le Sosiosch (aoshyan, l'Utile) qui devait vaincre Ahriman. Mais la diffrence entre le davidide et le Sosiosch perse est grande, et l'attente commune des deux peuples s'explique parle caractre mme de la religion de Zoroastre qui culmine dans l'esprance du triomphe final du bien sur le mal remport par un hros cleste futur (Frdric Lichtenberger, Encyclopdie des sciences religieuses, Volume 9, 1880 - books.google.com).

L'approche gnostique se caractrise par plusieurs thmes qui se rptent souvent. Le premier est une conception dualiste de l'univers selon laquelle le bien est associ l'esprit et le mal la matire. L'esprit est symbolis par la lumire, et la matire par l'obscurit. Jusqu'ici on peut constater des ides zoroastriennes, mais avec une diffrence. Tandis que le zoroastrisme considre que le monde est fondamentalement bon, la gnose soutient qu'il est mauvais, car il est matriel. La matire est la prison dans laquelle l'esprit souffre dans l'impuret, et la mission du gnostique est donc de l'en librer. Il cherche transcender sa condition misrable pour retourner son tat originel de pur esprit. Il est entendu que seulement quelques privilgis atteindront la comprhension des vrits profondes de la gnose, qui demeurent inaccessibles la majorit. Le rite du baptme, symbolisant la renaissance et la transformation de l'individu, reprsentait une tape importante dans le processus d'initiation des sectes gnostiques. La gnose est une synthse d'influences grecques, smites et iraniennes La dichotomie entre l'esprit et la matire rappelle la pense platonicienne, alors que le dualisme entre le bien et le mal, symbolis par la lumire et l'obscurit, provient de l'Iran (Richard Foltz, L'Iran, creuset de religions: de la prhistoire la Rpublique islamique, 2007 - books.google.com).

La Loi d'Ormuzd recevrait dans le monde quatre accroissements quatre poques diffrentes: le premier sous Zoroastre, le second et le troisime sous les prophtes Uchederbami et Ucbedermah, vers la fin des temps, et le quatrime, lors de la rsurrection, sous Sosioch qui rendrait l'univers pur comme le Paradis (Louis Gabriel Michaud, Biographie universelle, ancienne et moderne, etc, Volume 52, 1828 - books.google.com).

La Renaissance italienne a redcouvert le jardin, associ au paradis terrestre ou l'Arcadie, un thme qui remonte l'Antiquit. Le jardin paradisiaque est entour d'un mur, travers par un ruisseau, compos d'une grande varit d'arbres, de fleurs et d'pices qui aromatisent le jardin. L'ouvrage de Francesco Colonna, intitul Hypnerotomachia Poliphili parut en 1499 en Italie. Il connut une grande popularit et fut traduit en franais en 1546 sous le titre Le songe de Poliphile. Cette uvre, qui se droule dans des jardins, dcrit le rve de Poliphile la recherche de sa bien-aime Polia, une histoire d'amour sous la forme d'un rve rotique. Ses descriptions et ses gravures ont servi de source d'inspiration de nombreux jardins de la Renaissance (Diane Vlaswinkel-Timmer, Le chteau du Grand Jardin Joinville, Les Cahiers haut-marnais, Numros 188 195, 1992 - books.google.com), comme celui des Orsini Bomarzo.

L'ours

L'ours voleur de femmes

Plusieurs exemples appuient cette thse misogyne et au moins trois d'entre eux permettent de retrouver divers aspects de la mythologie de l'ours voleur de femmes. C'est d'abord le cas pour Tristan, fils de l'ours (ou du velu), qui participe d'un vieux schma mythique illustrant l'opposition entre l'poux cleste et l'poux infernal de la Reine de l'Et. Une ballade de la Reine d'avril donne la cl de ce vieux scnario rituel probablement li aux ftes de mai en vertu duquel la Reine ( l'instar d' Yseut) est partage annuellement entre son poux cleste (Tristan) et son poux infernal (Marc) si l'on en croit le texte gallois de l'Ystoria Tristan.

Arthur est, mythologiquement parlant, un ours . Cet ours est un homme-bte associ la violence guerrire, mais il est aussi l'hritier de vieilles conceptions religieuses relatives un culte cosmique o l'ours est l'animal divin et souverain par excellence. En outre, la chasse et la guerre corollaires de la mythologie de l'ours, constituent deux aspects d'une mme qute problmatique de la souverainet et le mythe arthurien traite en profondeur de cette question de la souverainet (Philippe Walter, Arthur: l'ours et le roi, 2002 - books.google.com).

La plus vieille lgende archtypale d'ours amateur de femmes serait celle de Pris, nourri du lait d'une ourse, qui enlve ensuite Hlne et provoque la ruine de Troie. Un rituel est mentionn par Pausanias : les guerriers d'Arcadie revtaient des peaux d'ours avant de partir en guerre contre Sparte.

Le 2 ou le 3 fvrier taient associs la sortie de l'hivernation, et les ftes impliquaient des viols et des rapts simuls. Ces festivits taient particulirement frquentes dans les Ardennes et le croissant alpin, deux rgions o taient vnres des desses celtes lies l'ours, Arduinna et Artio.

L'ours comme initiateur sexuel est mettre en relation avec la noirceur du premier tat de la matire et les premires phases de l'alchimie selon le Dictionnaire des symboles. En effet, l'ours affectionne les cavernes d'o mane son souffle mystrieux , chtonien (la couleur jaune tant celle de la terre chez les chinois147), il incarne donc l'obscurit, et par consquent les tnbres ainsi que la couleur noire. L'ours est appel Brun dans le Roman de Renart (fr.wikipedia.org - L'ours dans la culture).

Ours/Ourses

Une ourse sauvage d'Attique, peu peu apprivoise, a bless un jour une fillette qui voulait jouer, imprudemment, avec elle. Son frre la tue, ce qui provoque la colre d'Artmis. L'ourse est en effet son animal sacr. La desse dclenche une peste, et exige pour y mettre fin que dsormais chaque petite fille d'Athnes mime l'ourse et serve son sanctuaire en portant la crocote, avant ses noces (pro tou gamou). Ce rite pr-nuptial repose sur l'ide que la fillette exorcise ainsi l'ourse qui est en elle, pour quitter la sauvagerie de l'enfance afin de devenir, lors de son mariage, une pouse apprivoise pour son mari (Bernard Legras, ducation et culture dans le monde grec: VIIIe sicle av. J.-C. - IVe sicle ap. J.-C., 2002 - books.google.com).

Artmis prside au passage la vie de femme et tendra sa protection aux accouchements et aux nourrices. Dans le langage populaire avoir ses ourses restera l'expression dsignant le fait d'avoir ses rgles.

Homre, dit Robert Triomphe dans Le Lion, la Vierge et le Miel, nous met sur la voie d'une premire explication : il prcise que l'ourse est seule ne pas avoir part aux bains de l'Ocan. Le fait que la Grande Ourse reste toujours au-dessus de l'horizon est un fait d'observation, aux latitudes Nord suffisamment loignes de l 'Equateur, d la place de la constellation au voisinage du ple cleste... Ocanos incarne un pouvoir mle de fcondation et de paternit universelles, tandis que le bain en gnral est symbole bien connu d'union nuptiale. En refusant de participer au bain et d'aller se coucher dans le lit d 'Ocanos, la nymphe stellaire manifeste une virginit indomptable, comparable celle d'Artmis, (...) Ainsi le droulement du temps dans le mythe, et le rle des acteurs apparaissent comme l'animation dramatique d'un spectacle cleste centr sur le thme du bain, et le double thtre dont il peut faire l'objet selon que le bain est accept ou refus.

Ovide, dans les Fastes, fixe la commmoration du mythe de Callist la date du 11 fvrier, au moment o apparaissent les pieds du bouvier, c'est--dire du Gardien de l'Ourse. Car si la vierge ourse garde, elle est aussi garde. Cette date suit de peu la date traditionnellement avance pour marquer la dshibernation de l'ours : le 2 fvrier. Il tait donc facile de superposer l 'hibernation de l 'ours la claustration de de la vierge dans le gynce et la fin de cette hibernation la protection rclame au sortir du gynce par la vierge nubile (pour se protger des ardeurs du mle). Autrement dit, la sortie de l'ours hors de sa tanire, pouvait trouver naturellement sa traduction symbolique dans le ciel de fvrier, avec l'apparition d'une constellation qui veille sur celle de l'ours et sur la tanire arctique du ple (Isabelle Bianqui-Gasser, Le temps d'Agathe, un mythe europen de sang et de lait, Inventions europennes du temps: Temps des mythes, temps de l'histoire, 2004 - books.google.com).

Les charbonniers, les Mages et le feu

Les hommes noirs de Villemaury, si ce ne sont pas des Sarrazins, sont en gnral des charbonniers qui partagent la fort avec les ours. Le conte du Charbonnier Villefloure, prs de Palaja, a t relat prcdemment et met en scne un ours (Autour de Rennes : Saint Sulpice, Aude et Grande Ourse).

Dans les miniatures, le charbonnier est un personnage mi-chemin entre l'homme sauvage hirsute et le dmon noirtre et presque zoomorphe.

L'hostilit que suscitaient charbonniers et muletiers (les deux se confondaient souvent) n'tait pas moins pre que celle que dclenchaient les saisonniers. En effet, le charbon de bois voyageait sur un rayon de dix trente km en sacs de cinquante kg, dos de mulet, car la carbonisation allgeait notablement le poids du produit. Une telle possibilit tait chimrique pour le bois en grume ou en bche (sinon par voie d'eau...), eu gard la grande prcarit des chemins et la pnurie en trains d'attelage.

Charbonniers et muletiers les deux se confondent souvent sont objet d'opprobre. Mpris et haine se rsument dans le choix des sobriquets les accueillant quand ils entrent dans le village. On ne les aime gure, ces hommes noirs , les tourloupes , les arruchos . Mille raisons cela : un visage macul, que dissimule demi le chapeau de cuir bords plats pour protger des escarbilles, leur indiffrence aux jours chms, y compris celui du seigneur, la nuit tombe, car la besogne au feu couvant ne s'interrompt pas comme le sillon qu'on ouvre. Ils ont contre eux de vivre diffremment et de gagner davantage que les bcherons recruts, eux, sur place. De plus, ils viennent d'ailleurs, descendant du haut Bourbonnais vers le Nivernais, se dplaant du Pays basque aux monts du Couserans. Tout tranger reprsente un indsirable. Rflexe xnophobe ? Certainement. Mais pas seulement : les mauvais souvenirs qu'ils laissent derrire eux on les dit hbleurs, dpensiers et coureurs de jupons ne s'vanouissent pas des mmoires. Les traces de leur activit s'inscrivent au sol et durent bien aprs que le mtier a perdu toute actualit. Certes, entre 1940 et 1945, les charbonniers ont rapparu. Eux utilisaient des fours dmontables en forte tle dont quelques carcasses rouilles tranent encore dans les taillis. Ce sont leurs anctres dont on se souvient. Ils effrayaient les enfants. Ils logeaient au bois. Ils y ont imprim leur marque : l'emplacement o se dressait la meule. Leur travail commence en effet par le nettoyage de places circulaires et rigoureusement planes. Elles resservent chaque exploitation et s'identifient aisment. Les goudrons s'coulant pendant la lente carbonisation des bches (la charbonnette) ne permettent plus ensuite, pour une trs longue priode, la reprise normale de la vgtation. Elles se discernent d'autant mieux que le terrain est plus accident. Les charbonniers oprent alors non plus sur la coupe mme, mais en bordure de chemin ou sur un replat, crant ainsi un assez vaste atelier. Sur la route d'Arleuf (Nivre), au Haut-Folin, l'un d'eux s'observe encore aux Montarnus, lieu dit : la Place au Charbon. Aprs avoir apport la charbonnette pied d'uvre, l'ouvrier, aid des femmes et des enfants, entasse les brins en une meule hmisphrique d'environ quinze stres, la charbonnette tant presque la verticale en couches successives. Au centre de la meule, un espace libre fait office de chemine de tirage. La construction acheve, il la pare de mousse et de mottes de gazon, puis d'une couche de terre humide lisse la pelle. Le feu une fois mis dans la chemine, il lui faut rgler l'arrive d'air pour obtenir une combustion trs lente et trs rgulire, en mnageant d'troites prises d'air au ras du sol, en obturant toute fissure apparaissant sur la calotte de terre, en rduisant au maximum l'orifice de la chemine. C'est peu de dire que la surveillance ne se relche pas. Le temps de combustion, variable avec les conditions atmosphriques, couvre trois six jours. L'ouvrier bouche alors toutes les sorties pour touffer le feu. Il attend le refroidissement pour dcouvrir la meule, trier le charbon et le mettre en poches, vastes sacs d'une cinquantaine de kilos. Couramment, un charbonnier, avec un aide, possde cinq meules en train, soit en montage, soit en activit, soit en dfournement. L'ensemble des oprations se remarque de loin : dans les bois, comme dit le proverbe, il n'y a pas de fume sans feu . Les gestes qu'implique cette technique, peu d'hommes sauraient les refaire. Les fondations des difices rappellent un mode de vie, une mthode de travail et l'importance de ce combustible, la ville comme l'usine, jusqu' ce que la houille lui retire son monopole. C'tait hier. Il faut en effet patienter jusque dans les annes 1840 pour que s'amorce la comptition entre la houille et le bois, corde de chauffage et charbon de bois (Andre Corvol, La fort, Partages de l'espace-temps, Les Lieux de mmoire: Les France, 1992 - books.google.com).

Le Charbonnier, voleur de femme, intervient dans un conte occitan. Ici il s'agit plus d'une fraude que d'un vol :

Tandis que la fille d'un roi, sauve par un jeune homme d'une bte redoutable, rentre au chteau, la jeune fille rencontre des charbonniers auxquels elle raconte comment elle a t sauve par un chevalier inconnu qui a aussitt disparu. Au courant de la faveur promise au librateur, le plus jeune des charbonniers se prsente le lendemain la cour comme le hros qui revient la main de la fille du roi. Le mariage prpar pompeusement allait se clbrer, lorsque le chevalier mystrieux parat et prsente le mouchoir la jeune fille. La fourberie du charbonnier dcouverte, le roi ordonne de le conduire la potence pendant que dans le chteau on fte l'union du couple heureux (garae.fr - Brise-Fer ou le Roi des Poissons, Folklore n 31, 1943 - books.google.com).

A Greffeil, existe un abri des Charbonniers. En 1786 et 1787, on rencontre ces mmes charbonniers dans la fort des Fanges Quillan.

Jusque vers le milieu du XIXme sicle une curieuse crmonie prcdait, Castelnaudary et Avignonet, celle du feu de St Jean. Le soir, vers neuf heures, lorsqu'on avait vu sept feux de charbonniers allums sur la MontagneNoire, un certain nombre d'habitants, revtus d'une cagoule blanche, une torche allume la main, se formaient en cortge a la suite d'un joueur de fifre qui jouait la Marche de Simon de Montfort. Une lgende greffe sur cet usage, veut que cette procession ait t une protestation silencieuse contre les atrocits commises pendant la Croisade par Simon de Montfort et ses soldats. Il nous a fallu toute l'autorit qui s'attachait la parole de M. Edilbert de Teule, duquel nous tenons ces renseignements, pour nous deeider faire figurer cette place une telle interprtation d'un usage qui peut bien n'avoir t, en somme, que que la sortie annuelle d'un cortge de pnitents ; comme du reste le laisse supposer Guilhe, qui en sa qualit de chanoine dfroqu la Rvolution, est trs au courant des solennits religieuses de son pays (Gaston Jourdanne, Contribution au folk-lore de l'aude, 1900 - books.google.com).

Cette coutume est associe un rite de substitution : Simon de Montfort ne serait que le substitut du fameux Jean de l'Ours. En dtaillant les lments du rcit et en les comparant, on constate que ce glissement s'opre comme suit : cagoules blanches / charbonniers / hommes noirs ; hommes des bois / fils d'ours ; bergers / fourrure, pilosit ; musique / ours ; 7 feux / petite et grande Ourse.

Ce glissement serait un des exemples d'un type dont on peut trouver d'autres applications ailleurs dans le folklore de France. Au regard du thme qui nous intresse ici, la lgende de Jean de l'Ours, est un bon exemple de relations normalises entre villes et forts. Jean de l'Ours n d'un ours sauvage, dans une grotte de la fort, et dont la vieille mre est humaine, sortira de la fort mi-homme mi-gant pour remettre de l'ordre dans son pays maternel, dans la ville. Il est donc un des membres de la socit forestire tout en appartenant un peu au monde des hommes. Son pope est seme de luttes et de combats dont le hros sortira toujours vainqueur, redonnant ainsi la vie sociale et urbaine sa sa mesure de justice et d'quilibre. Il est par l-mme un des meilleurs exemples des rapports symboliques que nous avons essay d'voquer ici et dont il semble assurer un certain syncrtisme (Bertrand de Vivis, Rapports symboliques ville-fort, Les Cahiers de Fontenay, 1988 - books.google.com).

Pour les Perses, les Isralites ne se distinguaient pas des autres peuples captifs, tandis que, dans la Bible, Yahv se sert des Perses (et de leur roi oint, Cyrus) dans le seul but de librer son peuple lu (Isae 44, 25-28 et 45, 1-4). Dans ce chapitre 44, Isae cite le charbon de bois, rsultat de la combustion des arbres ncessaire au culte idoltrique du feu chez les Mages originaires de Perse, et le roi de ce pays Cyrus, qui permit aux hbreux de rentrer en Isral et de reconstruire le temple de Jrusalem :

CHAPITRE XLIV : Rtablissement d'Isral. Le Seigneur est le seul Dieu. Vanit des idoles. Rgne de Cyrus. Prise de Babylone. Rtablissement de Jrusalem. coutez-moi donc maintenant, vous Jacob mon serviteur, et vous Isral que j'ai choisi: Voici ce que dit le Seigneur qui vous a cr, qui vous a form, et qui vous a soutenu ds le sein de votre mre : Ne craignez point, Jacob mon serviteur! ni vous, Isral que j'ai choisi! Car je rpandrai les eaux sur les champs altrs, et les fleuves sur la terre sche; je rpandrai mon esprit sur votre postrit, et ma bndiction sur votre race; Et ils germeront parmi les herbages, comme les saules plants sur les eaux courantes. L'un dira: Je suis au Seigneur; l'autre se glorifiera du nom de Jacob; un autre crira de sa main : Je suis au Seigneur, et il fera gloire de porter le nom d'Isral. Voici ce que dit le Seigneur, le Roi d'Isral, et son Rdempteur le Seigneur des armes: Je suis le premier, et je suis le dernier; il n'y a point de Dieu que moi. Qui est semblable moi ? qu'il parle; qu'il explique par ordre ds le commencement du monde ce que j'ai fait pour l'tablissement de mon peuple; qu'il leur prdise les choses futures et ce qui doit arriver. Ne craignez donc point, ne vous pouvantez point ; je vous ai fait savoir ds le commencement, et je vous ai annonc ce quevuus voyez maintenant: vous tes tmoins de ce que je dis: Y a-t-il donc quelque autre Dieu que moi, et un Crateur que je ne connisse pas? Tous ces artisans d'idoles ne sont rien, leurs ouvrages les plus estims ne leur serviront de rien. Ils sont euxmmes tmoins, leur confusion, que leurs idoles ne voient point, et ne comprennent rien. Comment donc un homme est-it assez insens pour former un dieu, et pour jeter en fonte une statue qui n'est bonne rien? Tous ceux qui ont part cet ouvrage seront confondus , car tous ces artisans ne sont que des hommes: qu'ils s'assemblent tous, et qu'ils se prsentent, ils seront tous saisis de crainte et couverts de honte. Le forgeron travaille avec sa lime, il met le fer dans le feu, et le bat avec le marteau pour en former une idole; il y emploie toute la force de son bras; il souffrira la faim jusqu' tre dans la langueur et n'en pouvoir plus, il endurera la soif jusqu' tomber dans la dfaillance; Le sculpteur tend sa rgle sur le bois, il le forme avec le rabot, il le dresse I'querre, il lui donne ses traits et ses proportions avec le compas , et fait enfin l'image d'un homme qu'il rend le plus beau qu'il peut, et il le loge dans une niche; Il va abattre des cdres, il prend un orme ou un chne, qui avoit t longtemps parmi les arbres d'une fort, ou un pin qu'on avoit plant, et que la pluie avoit fait crotre: Cet arbre doit servir l'homme pour brler ; il en a pris lui-mme pour se chauffer, il en a mis au feu pour cuire son pain ; et il en prend le reste, il en fait un dieu et l'adore ; il en fait une image devant laquelle il se prosterne ! Il a mis au feu la moiti de ce bois, de l'autre moi ti il en a pris pour cuire sa viande, et pour faire bouillir son pot, dont il a mang tant qu'il a voulu; il s'est chauff et a dit : Bon! j'ai bien chaud, j'ai fait bon feu; Et du reste de ce mme bois il s'en fait un Dieu et une idole devant laquelle il se prosterne, qu'il adore, et qu'il prie, en lui disant: Dlivrez-moi, car vous tes mon dieu! Ils ne connoissent rien, et ils ne comprennent rien; ils ont tellement oubli, que leurs yeux ne voient point, et que leur cur n'entend point. Ils ne rentrent point en euxmmes, ils ne font point de rflexions, et il ne leur vient point la moindre pense de dire: J'ai fait du feu de la moiti de ce bois, j'en ai fait cuire des pains sur les charbons, j'y ai fait cuire la chair que j'ai mange, et du reste j'en ferai une idole ! je me prosternerai devant un tronc d'arbre ! Une partie de ce bois est dj rduite en cendre, son cur insens adore l'autre; et il ne pense point sauver son me, en disant: Certainement cet ouvrage de mes mains n'est qu'un mensonge. Souvenez-vous de ceci, Jacob et Isral, parce que vous tes mon serviteur: C'est moi qui vous ai cr, Isral; vous tes mon serviteur, ne m'oubliez point. J'ai effac vos iniquits comme une nue qui passe, et vos pchs comme un nuage : revenez moi, parce que je vous ai rachet. Cieux, louez le Seigneur, parce qu'il a fait misricorde: terre, soyez dans un tressaillement de joie depuis un bout jusqu' l'autre; montagnes, forts avec tous vos arbres, faites retentir les louanges du Seigneur, parce que le Seigneur a rachet Jacob, et qu'il a tabli sa gloire dans Isral. Voici ce que dit le Seigneur qui vous a rachet, et qui vous a form dans le sein de votre mre: Je suis le Seigneur qui fais toutes choses, c'est moi seul qui ai tendu les cieux, et personne ne m'a aid quand j'ai affermi la terre; C'est moi qui fais voir la fausset des prodiges de la magie, qui rends insenss ceux qui se mlent de deviner; qui renverse l'esprit des sages, et qui convaincs de folie leur vaine science; C'est moi qui rends stables les paroles de mon serviteur, et qui accomplis les oracles de mes prophtes; qui dis Jrusalem: Vous serez habite ; et aux villes de Juda: Vous serez rebties, et je repeuplerai vos dserts; Qui dis l'abme: puise-toi ; je mettrai tes eaux sec; Qui dis Cyrus: Vous tes le pasteur de mon troupeau, et vous accomplirez ma volont en toutes choses; qui dis Jrusalem: Vous serez rebtie ; et au temple : Vous serez fond. (CHAPITRE XLV.) Voici ce que dit le Seigneur Cyrus qui est mon christ, que j'ai pris par la main pour lui assujettir les nations, pour mettre les rois en fuite, pour ouvrir devant lui les portes sans qu'aucune lui soit ferme (Lemaistre de Sacy, La Sainte Bible: Traduite par Lemaistre de Sacy, Volume 3, 1841 - books.google.com).

Si pour nous frayer un chemin la connoissance de Zoroastre, nous recherchons l'origine du culte du feu, nous nous trouverons dans de nouveaux embarras ; puisque Mose, au jugement de plusieurs Savans, a parl des Pyres ou des Temples consacrez au culte de cet lment dans le Lvitique sous le nom Chamanim. Dieu y menace les Isralites dsobssans ses ordres, de renverser leurs hauts lieux, d'exterminer leur Chamanim, ou leurs lieux consacrez au culte du feu ou du Soleil, & de jetter leurs cadavres sur les cadavres de leurs Dieux d'ordure. Isae se sert du mme terme de Chamanim (XXVII. 9), il menace de mme les Juifs infidles de renverser leurs bois profanes & leur Chamanim. Il y en a qui croyent que les Chamanim marquez dans le quatrime des Rois (XXIII. 5), dans Ose (X. 5) & dans Sophonie (I. 4), ne sont autres que les Prtres ou les Mages qui entretenoient le feu sacr dans les Pyres. Le terme Chamanim signifie Noircis, nom que l'on donne par drision ces Prtres, qui comme des Charbonniers toient perptuellement occupez attiser, & entretenir le feu. Le Roi Josias (2. Par XXXIV. 4) dtruisit les Autels de Baal, & renversa les Chamanim, qui toient en haut au dessus d'eux, & les bois consacrez aux faux Dieux. Tout cela fait voir l'antiquit de cette superstition. Quelques-uns croyent que ce feu perptuel que Mose ordonna qu'on entretnt sur l'Autel du Seigneur (Lvit. VI. 9. 12.), toit une imitation de feu des Mages, & une condescendance de Mose pour les Hbreux accoutumez de longue main voir de ces sortes de feux entretenus dans les Temples des Payens. Theophraste cit dans Eusebe, met cette coutume de conserver le feu toujours allum dans les Temples , parmi les plus anciennes pratiques de Religion. Ammien Marcellin (l. 23) dit que les Mages prtendoient que le feu de leurs Temples toit descendu du Ciel. On portoit toujours le feu devant les Rois de Perse. On ne peut pas dire que Zoroastre & les Mages ayent imit en cela les Juifs, puisque Mose parle dja des Chamanim, qui subsistaient encore dans Isral du tems d'Isae, & aprs lui sous Josias Roi de Juda. Si donc Zoroastre est le premier auteur du culte du feu, il faut avouer qu'il est plus ancien que Mose, s'il n'en est que le rformateur, on pourra le mettre quelque tems aprs Cyrus; & s'il y a eu plusieurs hommes du nom de Zoroastre, cela donnera encore une plus grande carrire aux conjectures & aux varitez de sentimens sur sa personne (Augustin Calmet, Dictionnaire historique, critique, chronologique, geographique et litteral de la bible. 2. ed, Volume 4, 1730 - books.google.com).

Sabbathier fait la distinction entre Chamanim et Chamarim :

Les Hbreux nomment Chamanim ce que les Grecs appellent Pyria ou Pyrateria, & que Saint Jrme a traduit dans le Lvitique par Simulacra, & dans Isae par Delubra. Les Chamanim toient, selon le rabbin Salomon, des idoles exposes au soleil sur le toit des maisons. Selon Abnzra, c'toient des chapelles ou des temples portatifs, faits en formes de chariots, l'honneur du soleil. Ce que les Grecs appellent Pyres, toient des temples consacrs au soleil ou au feu, o l'on entretenoit un feu perptuel. On les btissoit sur des hauteurs ; c'toient de grands enclos dcouverts, 'o l'on adoroit le soleil. Hrodote & Strabon en parlent ; & les GubreS ou les adorateurs du feu dans les Indes & dans la Perse, ont encore aujourd'hui de ces Pyres. Strabon dit que de son tems on voyoit en Cappadoce beaucoup de ces temples, qui toient consacrs la desse rtate & au dieu Homanus. Anate toit apparemment la lune, & Hodamus le soleil. Le nom de Chamanim vient de Chaman qui signifie chauffer, brler.

Chamarim, terme qui se trouve dans l'Hbreu en plus d'un endroit de l'ancien Testament, & on le traduit ordinairement par les prtres des idoles, ou des prtres vtus de noir, parce que Chamar signifie noir, ou noirceur. Saint Jerme le traduit dans le quatrieme livre des rois par Aruspices. Dans Osee & dans Sophonie, il traduit par ditui, des Marguilliers ; mais les meilleurs commentateurs croyent qu'on doit entendre par ce terme, les prtres des faux dieux, & en particulier des adorateurs du feu, parce qu'ils toient, dit-on, vtus de noir, ou peut-tre les Hbreux leur donnrent ils ce nom par drision, parce qu'tant toujours occups nourrir & entretenir le feu, ils toient noirs comme des forgerons ou des charbonniers (Franois Sabbathier, Dictionnaire abrg pour l'intelligence des auteurs classiques grecs et latins: CE-CHY, 1773 - books.google.com).

Ces autels monts sur chariot ressemblent fort l'arche d'alliance.

Les Mages

Les Mages et les ours

Une autre bte qui ressembloit un ours parut ensuite ct: elle avoit trois rangs de dents dans la gueule, & on luy disoit : Levez-vous promptement, rassasiez-vous de carnage. L'Empire des Medes & des Perses nous est figur par cette seconde bte. L'Ecriture les appelle en un autre endroit des voleurs & des brigands. C'taient des peuples cruels, qui n'avoient rien de la politesse des Chaldens ; & au lieu que ceux-cy habitaient la plus belle & la plus delicieuse partie du monde, ceux-l demeuroient dans les montagnes & vivoient dans leurs tanieres comme des btes. Il est marqu que cet ours parut ct, c'est--dire vers l'Orient, d'o les Perses vinrent fondre sur l'Empire des Babyloniens. Les trois rangs de dents que cette bte avoit dans la gueule, pouvoient figurer la runion des trois Puissances, des Chaldens, des Perses & des Medes, qui furent bien-tt confondues en-un seul Empire; ou peut estre l'avidit insatiable de ceux dont cet ours etoit la figure, cause des grandes conqutes dont ils parurent extraordinairement assurez. Aussi on luy dit de se lever promptement, & de manger beautoup de chair; c'est--dire, que la puissanee luy ayant est donne de Dieu, elle trouva une grande facilit russir dans ses conqutes : Ce qui nanmoins ne put se faire sans l'effusion de de beaucoup de sang (Isaac-Louis Le Maistre de Sacy, Daniel, 1719 - books.google.com).

Le mde Darius succda Balthazar (Belsatzar), roi de Babylone.

Crishna a pntr dans le domaine de l'ours Jambavan, contre lequel il combat et se marie avec Jambavati, fille du roi des Ours. Les ours rendent hommage Crishna dans leurs vastes Etats.

Crishna triomphant, se rend d'Ayodhya Bojapoura. L il enlve de mme de nombreux rivaux Bhadra, fille du roi du pays. A Ouyjayini, Mitravinda devient sa proie; il enlve Marva, la belle Lakshmana: ces trois princesses, jointes Sita, Roukmini, Jambavati, fille du roi des Ours, Satya-Bhama, fille de Satyajit (le possesseur de l'escarboucle), et Kalindi, composent les huit pouses favorites du Dieu.

Les princesses adoratrices de Parvati que Crishna enlve leurs pres, les rois sivates, pour les pouser ensuite, ne sont, comme nous l'avons dit plus haut,que des personnifications de pays conquis la foi nouvelle.

Samba, fils de Crishna et de la fille du roi des Ours, Jambavati, a appel les Magas ou Sacas de la Bactriane, dans l'Inde : il sduit les femmes de son pre; faute que l'indulgence paternelle lui pardonne. Alors il enlve la fille de Duryodhana, qui le poursuit et le plonge dans les fers. Bala Rama, oncle de ce Samba, et frre de Crishna, dont il a trahi la cause, rclame en vain la libert de son neveu. Pour se venger de ce refus, il enfonce dans la terre, au nord de la ville d'Hastinapoura, un soc de charrue qui lui sert de massue, et branle ainsi la cit dans ses fondemens. Duryodhana, forc de cder, consent au mariage de Samba avec sa fille. Ainsi se glisse au cur mme des Etats sivates une branche-parasite du Vishnouvisme, qui s'y trouve investie d'une sorte de pouvoir.

Une nouvelle classe de Brahmanes s'introduit dans l'Inde. Ils vinrent du pays des Saces; on les nomma Mages ou Magas. Ce fut Samba, fils de Crishna, qu'ils durent leur introduction. Jarasandha les retint dans le royaume de Cicata o ils s'tabliront, et auquel ils donnrent le nom de Maghada. Ces pontifes commencrent l're d'une religion nouvelle dans la partie orientale de l'Inde, qui devint plus tard la patrie d'un Bouddhisme rform, manation du Vishnouvisme, mais manation qui n'a point t greffe sur le Sivasme, comme l'a t le Bouddhisme de la Pninsule. Je ne puis m'expliquer comment le Sivate Jarasandha accueillit ces Magas, qui appartiennent au culte de Vishnou. On dit, il est vrai, que Samba tendit introduire une scission dans cette religion; scission que l'on exprime par un symbole: Samba, dit-on, voulut dbaucher les femmes de Crishna son pre. Cette allgorie est regaide comme le symbole de l'hrsie introduite au sein de la vraie doctrine. Nanmoins le Sivasme de Jarasandha offrait un trop grand contraste avec le Vishnouvisme de Samba, pour que cette alliance semble explicable. Je crois donc pouvoir affirmer que ce ne fut qu'aprs la mort de Jarasandha seulement que le pays de Cicata se trouva transform en Maghada, patrie des Mages, d'origine Sace, ou Scytho-Persane.

Auprs de l'empire de Cicata, dont les premiers matres religieux avaient t les Brahmanes, issus de Kashyapa, venus du Kashmir, dans la nuit des temps reculs, et remplacs ensuite par les Magas ou Mages, du pays de Saca , des Sacas; auprs de cet empire de Cicata, s'leva l'empire de Palibothra, clbre par ses relations avec Alexandre-le-Grand et ses successeurs: Ces Magas qui adoraient Vishnou, sous le nom de Mitra, avaient quitt la Bactriane (Saca Dwipa) pour se rendre sur les bords du Gange, et s'taient tablis Canycoubja (Canoje), antique cit de l'Agra, situe peu de distance de Mathoura. De l, ces mmes Mages avaient tendu leurs rameaux dans plusieurs rgions de l'Inde orientale (Siva Pourana, Le Catholique: ouvrage priodique dans lequel on traite de l'universalit des connaissances humaines, 1829 - books.google.com, Joseph Fr. Michaud, Louis Gabriel Michaud, Biographie universelle, ancienne et moderne, 1832 - books.google.com).

Un chapiteau de l'glise saint Efflam de Perros-Guirec a t interprt comme le combat du roi Arthur et de saint Efflam contre un dragon au Grand rocher de Plestin la limite Saint Michel en Grve, l'oppos d'Huriel par rapport Neuillay les Bois, centre des Nonagones.

L'toile de Bethlem

L'exgse chrtienne affirma que l'institution des Mages en Orient remontait Balaam, et que ceux-ci, descendant de lui, avaient ainsi conserv le texte de ses prdictions, qu'ils virent se raliser lorsqu'ils aperurent l'astre annonc par lui (Joseph Bidez, Franz Valery Marie Cumont, Les mages hellniss, Zoroastre, Ostans et Hystaspe d'aprs la tradition grecque, Volume 1,Parties 1 2, 1975 - books.google.com).

Dans l'art byzantin de Cappadoce on reprsente les Mages tenant en main le rouleau de la prophtie de Balaam. On a parfois identifi Balaam Zoroastre qui est devenu ainsi un prophte du christianisme : c'est Zoroastre lui-mme qui aurait prdit la naissance du Messie, signale par une toile. Telle est l'opinion mise, par exemple, dans dans l'vangile arabe de l'enfance (apocryphe driv d'une source syriaque) (Odile Ricoux, Sirius ou l'toile des Mages, Les astres: Les astres et les mythes. La description du ciel, Volume 1, 1996 - books.google.com).

L'toile de Bethlhem est l'toile de Jacob annone par Balaam dans le livre des Nombres : De Jacob monte une toile, d'Isral surgit un sceptre qui brise les tempes de Moab et dcime tous les fils de Seth (Nb 24,17).

George Hornius (1630-1670) a reproduit l'ide que Zoroastre est le faux Prophte Balaam.

Un lien indirect entre Benjamin et les Mages est consitu par Bethlem, lieu de naissance de Benjamin et d'adoration de Jsus par les Mages.

Bethlem (en arabe bayt lahm, tymologie artificielle qui viendrait du syriaque maison du pain , en hbreu bth lehem, maison du pain , l'tymologie plus probable tant beit lahamu, maison de Lahamu , dieu cananen de la guerre) est une ville situe en Cisjordanie, une rgion de Palestine, environ 10 km au sud de Jrusalem, qui compte 30 000 habitants, essentiellement des Palestiniens musulmans. La ville compte une petite communaut de chrtiens palestiniens, une des plus anciennes communauts chrtiennes au monde. Son agglomration s'tend aux villes de Beit Jala et Beit Sahour.

La ville est un important centre religieux. La tradition juive, qui l'appelle aussi phrata, en fait le lieu de naissance et de couronnement du roi d'Isral David. Elle est considre par les chrtiens comme le lieu de naissance de Jsus de Nazareth. C'est un lieu de plerinage qui gnre une activit conomique importante la priode de Nol. La ville est galement le sige d'un lieu saint du judasme, le tombeau de Rachel, situ l'entre de la ville.

Dans la Gense, Bethlem est le lieu o meurt Rachel et o nat Benjamin, second fils de Rachel et de Jacob (Gn 35. 16-18). La formule Bethlem sur le chemin d'Ephrata revient plusieurs fois dans les textes bibliques. Dans les Livres de Samuel, le Roi David est le fils de Jess de Bethlem, c'est pourquoi le prophte Miche en fait la patrie du futur Messie : Et toi, Bethlem, Ephrata, bien que tu sois petite entre les milliers de Juda, de toi sortira pour moi celui qui doit dominer en Isral, et duquel les origines ont t d'anciennet, ds les jours d'ternit (Mi 5. 1).

Dans le Nouveau Testament, selon Matthieu et Luc, Bethlem en Jude est le lieu de naissance de Jsus ; ses parents s'y rendent pour s'y faire recenser, Joseph, descendant de David, en tant originaire.

Au XIe sicle, Bernard de Clairvaux prolonge l'tymologie hbraque Bethlem (maison du pain) dans une utilisation chrtienne : Jsus (n Bethlem) devient le Pain vivant descendu du Ciel (fr.wikipedia.org - Bethlem).

Tribu de Benjamin, le feu et la boue

Le septime jour de casleu, neuvime mois de l'anne sainte des Hbreux, & le troisime suivant l'ordre civil & politique (novembre), les Juifs sont un grand jene en mmoire de ce que le roi Joachim pera d'un canif le livre des prophties de Jrmie, & les jetta fur du charbon allum dans un rchaud. On dit aussi que le trentime de ce mois Nhmie offrit un sacrifice solemnel, & rpandit fur l'hostie de seau boueuse, qui avoit t trouve au lieu o l'on avoit auparavant trouv le feu sacr, & que Dieu fit descendre une flamme du ciel qui alluma le feu sur l'autel (Fortunato Bartolomeo De Felice, Encyclopdie ou Dictionnaire universel raisonn des connoissances humaines, Volume 7, 1771 - books.google.com).

Jrmie, en hbreu Yirmeyhou, le second des grands prophtes, n Anathoth, ville lvitique de la tribu de Benjamin, tait fils d'Helcias, qui appartenait la race sacerdotale (tribu de Lvi). Anathoth serait la mme ville que Nob. Aux jours de Sal, l'arche d'alliance se trouvait Nob. C'est Nob que les desservants du temple de Shiloh s'taient rfugis aprs la catastrophe d'Aphek. David, s'y tant rendu, reut du prtre Achimlech les pains de proposition et l'pe de Goliath, ce qui fut cause que Sal ordonna de mettre les prtres mort (Lorenz Clemens Gratz, Thtre des vnements raconts dans les divines critures ou l'Ancien et le nouvel Orient, traduit par l'abb Gimarey, revu par l'abb Bugniot, Volume 1, 1869 - books.google.com).

Les principaux de Jrusalem font mettre Jrmie dans une fosse pleine de boue, parce qu'il continuoit prdire la prise de la ville. Mais un officier nomm Hbed-melec, intercde pour lui, & le tire de cette fosse. Ensuite Jrmie tant appelle en secret devant le roi Sdcias, il lui prdit que la ville serait prise; il l'exhorte fortement se rendre aux Caldens, en lui promettant que, s'il le faisoit, il sauveroit sa vie & celle de sa famille, & que la ville ne seroit pas brle. Sdcias fut presque persuad; mais il n'eut pas le courage de suivre le conseil de Jrmie, & ce prophte fut renvoy dans la cour de la prison, o il demeura jusqu' la prise de Jrusalem (Jean-Frdric Ostervald, La sainte Bible, qui contient le Vieux et le Nouveau Testament, 1807 - books.google.com).

Le feu sacr fut dpos par les prtres, d'aprs l'ordre de Jrmie, dans une citerne dessche. Plus de cent ans aprs, Nhmie, inspir de Dieu, ordonna'aux descendants de ces prtres d'aller reprendre ce feu dans cet asyle secret et profond, o il tait cach. Quelles furent les tristes penses de leur cur, lorsqu'ils ne trouvrent plus qu'une eau paisse et fangeuse ! Nanmoins, ils ne se dcouragrent pas, et, dociles l'ordre de Nhmie, ils puisrent cette boue, et tout--coup, le soleil sortant d'un nuage, et frappant de ses rayons cette eau impure, le feu, cach sous cette boue, se dgage, se dveloppe et se change en une flamme clatante, qui ravit d'admiration tous les spectateurs (Ambroise Guillois, Nouvelle explication du catchisme, ou, Le dogme et la morale, 1838 - books.google.com).

En Jr 6,1, Jrmie invective ses auditeurs Jrusalem en les traitant de Benjaminites, ce qui soulve quelques questions. C'est du reste sa seule mention des Benjaminites en tant que tribu ou individus, comme le remarque J. Joosten. Le livre de Jrmie s'accorde ici avec une tendance gnrale dans l'A. T. : Dans les livres historiques, la tribu de Benjamin n'est plus mentionne aprs le schisme des royaumes d'Isral et de Juda (1 R 12,21). On a l'impression que, du point de vue politique, la tribu s'est assimile la tribu de Juda. Ne 1 1,4.7 montre cependant que des familles individuelles continuaient faire remonter leur gnalogie Benjamin. Pour J. Joosten, cette invective de Jrmie renvoie discrtement mais directement l'pisode de Guiba en Jg 20, et Jrmie traite ses auditeurs Jrusalem - qui ne sont pas forcment Benjaminites - de Benjaminites car, comme les Benjaminites de Guiba, ils n'acceptent pas de changer d'avis et de se rendre et mettent toute leur confiance dans les murs de leur ville. Traiter de Benjaminites les Judens rfugis Jrusalem apparat comme une forte invective et une faon de leur annoncer un avenir peu glorieux (Corinne Lanoir, Femmes fatales, filles rebelles: figures fminines dans le livre des Juges, 2005 - books.google.com).

Stella luti

Car de mme que l'toile envoie ses rayons sans tre altre, la Vierge enfante un fils sans rien perdre de sa puret (Eugne Gruzez, Essai sur l'loquence et la philosophie de saint Bernard, 1839 - books.google.com).

L'hymen est corporel, il est de boue comme le corps est fait de boue. Mais il est le signe de la puret du corps, et de la puret en gnral : l'toile de la boue.

L'incarnation est aussi un mariage, d'aprs Thodoret: Voici, ditil, le chefd'uvre de la bont de Dieu et de sa misricorde infinie: lui, l'Auteur de notre nature, il a pouss la condescendance non seulement jusqu' dlivrer de la mort cette misrable boue de notre corps, et l'adopter, mais jusqu' la prendre pour pouse. Et il ajoute en s'inspirant des paroles mmes de Salomon : Il l'a pare de ses prsents de noces, il s'est fait son ami, sa nourriture, son breuvage, sa voie, sa porte, sa vie, sa lumire, sa rsurrection. C'est donc entrer dans la pense des saints Pres que de considrer le Cantique des cantiques comme l'pithalame de l'Incarnation (Guillaume Rene Meignan, Salomon, son rgne, ses crits, 1890 - books.google.com).

Le manuscrit 2372 de la BN autrichienne contient une collection des textes alchimiques qui sont parmi les plus anciens textes allemands traitant ce sujet-l si l'on considre la langue de ce manuscrit, le moyen-nerlandais comme un dialecte ancien-allemand. Il s'agit des textes qui sont peut-tre plus d'un demi-sicle plus vieux que le "Livre de Trinit", trait trs fameux qui fut crit Constance pendant le concile. Egalement le cadre des traditions nerlandaises notre manuscrit prtend une dignit extraordinaire en comparaison avec des textes alchimiques aussi courts que "les douze bonnes eaux" ("xij goede waters") dans un manuscrit datant de vers 1350, de la bibliothque royale de Bruxelles. Aprs avoir t la proprit de Venceslas IV ( 1378- 1419) (5), le manuscrit tait acquis par Ferdinand II (1547- 1567), archiduc autrichien Prague.

La partie II,1 du manuscrit commence par une reprise de l'instruction thorique sur Stella luti dont filius philosophi (un certain Gratheus) avait trait dans l'Enseignement et dans La Sagesse de Salomon : Stella luti est ne des quatre lments. Avec cela le texte se tourne explicitement vers la doctrine des lments, par quoi l'auteur se rvle tre un avocat consquent de la conception des quatre lments canoniques ds Empdocle. Il ne sait rien d'un cinquime lment, la quinta essentia (l'ther); mais cette conception est aussi parfaitement trangre au filius philosophi. Les parts du monde et, aprs tout, toutes les choses sont cres par mlange des quatre lments et de leurs qualits par quoi les caractres fondamentaux des lments purs se perdent. Ainsi nous l'apprit la Turba philosophorum et ainsi l'apprendra la Toison d'or de Guillaume Menens. 0r, ce qu'Arnoldus de Villa Nova exprima vaut aussi pour les traits metriques de notre manuscrit : " toute l'art consiste transmuer les lments, c'est dire le liquide en sec et le fugitif en solide." Stella luti, cre de quatre lments n'est rien qu'une pte qu'on utilise pour couvrir les vases l'extrieur (on parle de la lutation) et pour les coller et les fermer hermtiquement, dont la composition et production est minutieusement enseigne dans l'Enseignement alchimique. Stella luti s'appelle cette pte pour enduire et boucher les vases parce que selon le schme de la pense alchimique dj caractris, il y a des rapports entre les choses terrestres et astrales. C'est d'ailleurs la raison de l'importance extraordinaire de l'astrologie au niveau de la technologie dans les textes versifis de notre manuscrit. Mais il est compltement impossible d'aborder ici cette question qui est dveloppe comme une ide fixe. Cependant, je voudrais mentionner que malgr l'universalit du schme de la pense alchimique on trouve des auteurs qui n'approuvent pas cette doctrine que l'astrologie est indispensable l'oeuvres de l'alchimiste. C'est chez Gratheus, l'auteur de l'Enseignement, que mme les diffrents vases dont leur correspondants au firmament, donc il n'est que logique que la pte de la lutation, qui se compose surtout de lutum 'terre glaise', soit leve au firmament comme Stella luti.

Dans l'Enseignement, Gratheus raconte - non sans comique, d'ailleurs - que Mercure, Saturne et d'autres mtaux et quelques autres matires au cours de leur jeu infantile entrent dans quelques vases particuliers, puis subitement surpris par Stella luti, y sont dtenus, bien que leur pre, Monsieur Ignis, menace de ses flammes le bouchon qui n'est malin qu'en apparence. En vain !

Ce n'est qu'aprs un certain temps que Stella Luti laisse partir les matires de son gr, mais pas avant que les processus alchimiques, dont l'auteur nous a dcrit le cours dans son discours allgorique, soient finis. Donc Stella luti s'avre tre une bonne amie de l'alchimiste et finalement aussi de Monsieur Ignis, si violemment qu'il soit en rage avec ses flammes contre le noble bouchon : Stella luti empche ses enfants de s'enfuir avant le temps mais assiste leur perfectionnement, soit dans le ballon hermtiquement ferm, soit dans l'alambic, dans l'alludel ou dans un autre vase. Mais comment peut-elle rsister Monsieur Ignis ?

Pourquoi n'est elle pas rduite en cendres ou ne se fend-elle point ? Dans l'Enseignement sa supriorit sur le feu est explique par sa dignit extraordinaire : elle serait le guide astral qui conduisit les trois rois mages Bethlem et serait le Sauveur de toutes les femmes enceintes ou en train d'enfanter, videmment parce qu'elle rgle la fermeture et l'ouverture de la matrice. Sans doute l'identification de l'utrus avec des vases se trouve dans toutes les critures alchimiques. Dans la Sagesse de Salomon on lit une explication plus persuasive. Nous connaissons la puissance magique de Salomon par laquelle il a emprisonn les mauvais esprits dans des vases divers. L'auteur filius philosophi argumente comme suit : videmment les mauvais esprits qui souffrent du feu infernal ne sont crs que dans trois lments. Ils ne participent pas au feu. Si le feu avait particip leur cration ils n'en souffriraient pas.

Dans notre ms. c'est Saturne qui apprend ce fait son camarade de jeu Mercure. Peut-tre l'interprtation par tymologie populaire (moyen-nerlandais leem' terre glaise, lutum' dans le nom de Bethlem) produisit cette tradition assez curieuse.

De l'autre ct le bouchon est n de tous les quatre lments, c'est dire rsistant au feu. Puisque l'oeuvre alchimique consiste dans le perfectionnement de l'imparfait on comprendra que Stella luti a une fonction fondamentale dans le processus de l'puration des matires. La source de cette argumentation n'est pas totalement connue mais on peut indiquer des parallles pour des motifs singuliers: il parat que la production d'une fermeture rsistante au feu et impntrable aux gaz dut avoir t un des problmes fondamentaux de l'alchimie. La seconde pense essentielle que le feu n'a pas de puissance sur une chose laquelle il a pris part en la produisant, se manifeste aussi chez les auteurs alchimiques. (Helmut Birkhan, Les quatre lments dans un manuscrit alchimique de la bibliothque nationale autrichienne, Les Quatre lments dans la culture mdivale: actes du colloque des 25, 26 et 27 mars 1982 - books.google.com).

Le vase qui sert comme matrice s'appelle Philla, une corruption du mot bas-latin phiala bien sr.

Mais Philla rappelle notre Phillis arcadienne et une autre, fille de Lycurgue, roi de Thrace :

Pourroit on vous demander, dit Alcion l'Abb, pourquoi on a dit que Phillis fut change en Amandier, & qu'au retour de Demophoon son amant, ce nouvel arbre fleurit ? Avant que devout rpondre, dit l'Abb, il faut vous expliquer l'avanture qui a donn lieu la Fable. Phillis toit fille de Lycurgue Roi de Thrace ; Demaphoon tant pass chez elle, s'en fit aimer : mais aiant appris que Mnesthe toit mort au retour de la Guerre de Troie, il fut oblig de partir pour aller prendre possession du Roiaume d'Athnes, que ce Prince avoir usurp sur Thse; il promit Phillis de revenir des que ses affaires seroient finies, & lui marqua peu prs le temps : mais le terme tant expir, la belle Phillis qui le crut infidle, se pendit de desespoir, ou selon d'autres, se jetta dans la mer. On publia pour donner du merveilleux cette avanture, que les Dieux l'avoient change en Amandier, parce qu'en effet cet arbre s'appelle en Grec Philla. Vous savez qu il ne falloir qu'un peu de ressemblance dans les noms, pour faufiler une mtamorphose au bout d'une vritable Histoire. Fort bien , reprit Eliante ; mais vous donnez ct de la difficult , & vous n'expliquez pas pourquoi on a die qu'au retour de Demophoon l'Amandier fleurit. Mais, Madame, dit l'Abb, on ne peut pas tout expliquer dans chaque Fable; souvenez vous de notre regle : Il y a apparence aprs tout, que cette circonstance ne renferme que quelque trait de Physique. Vous y tes, reprit Alcidon, car on prtend que comme l'Amandier fleurit pendant que le vent Zephire souffle, & que ce vent souffloit dans la Thrace du ct d'Athnes, on dit que c'toit l'Amant de Phillis qui venoit la visiter, & qu'elle se rejouissoit de son retour en s'panouissant (Abb Antoine Banier, Explication historique des fables ou l'on decouvre leur origine & leur conformit avec l'histoire ancienne, Volume 3, 1715 - books.google.com).

En Inde, l'amande reprsente le yoni, l'organe sexuel fminin o pntre le linga, qui a reu le nom de mah-deva et qui est le symbole de Shiva. Les deux emblmes sont runis au Livre des Nombres. Mose, est-il dit au chapitre XVII, dposa les verges (au sens de baguettes) devant l'ternel dans la tente du tmoignage. Le lendemain, quand il y pntra, il vit que la verge d'Aaron avait produit des bourgeons, des fleurs et des amandes. Pour les Catholiques et les Orthodoxes, l'amandier voque la puret de la Vierge. L'amande mystique, la mandorla, est aurole ovale qui entoure les personnages sacrs (Jean Prieur, Les symboles universels, 1989 - books.google.com).

Le symbolisme sexuel de l'objet graal est certain. C'est une coupe, ou un rcipient. Comme telle, elle peut tre l'image du sein dispensant la nourriture, ce qui est conforme une certeine vision du Graal pourvoyeur. Mais l'analogie va plus loin : c'est un contenant, et le contenu, dans les versions christianises, est le sang du Christ. Par consquent, il est facile d'en dduire que le Graal reprsente la Vierge Marie, mre de Jsus. En fait, plutt que le sein, le graal-coupe reprsente l'utrus de la desse-mre, celle qui donne la vie toutes les cratures du monde, condition d'tre fconde. O,r on sait que le royaume du Graal est strile, dvast, et qu'on attend le jeune chevalier lu qui doit lui redonner cette fcondit perdue. le Roi-Pcheur, bless et impuissant, n'est plus capable de donner cette fcondit, et il faut qu'il soit remplac (Jean Markale, Le Graal, Retz, p. 244).

Rappelons que le carr SATOR, double d'une matrice mathmatique (carr magique d'ordre 5), est un aspect du Graal, et a servi de talisman pour les femmes enceintes dont sainte Marguerite est la patronne (Faucher les Marguerite : Sainte Marguerite, le talisman dAurillac, carr SATOR, Marcols, Faucher les Marguerite : Sainte Marguerite et labbaye de Saint-Germain-des-Prs : Ezy, Svres et Courpalay - books.google.com).

Le graal, grille, gril, renvoie la lgende grecque d'Athamas rendu fou qui tue un de ses fils, et provoque la fuite de sa femme Ino et de son autre fils Mlicerte, nom rapprocher de Melchior (Autour de Rennes : Les Bergers dArcadie et les Rois Mages, Le carr SATOR : Le Conte du Graal et l'alchimie - books.google.com).

L'Oraison de Sainte Marguerite

Cette oraison a t recueilie par M. Urbain Gibert, en 1939, de la bouche de Me D.A., de Montferrand (commune de Rennes-les-Bains), qui l'avait apprise de son pre C.A., mort en 1936, l'ge de 83 ans.

L'ourasou de Santo Margarideto.

L'ourasou de Santo Margarideto vous vau dire, / que Dius la vol entendre dire.

Quand Santo Margarideto sious quc nascudo, / soun pair e sa maire venguroun a mouri. / Soun fraire la fa metre nouirio: / "Nouirio, nouirisii-me aquesto creaturo, / Que Dius te'n dounar uno bouno juro. / Meti-l a la pus nauto maisou, / Que Dius te'n dounara'n boun servitou."

Quand Santo Margarideto sapic parl, / elo sapic Dius preg. / Per un pradel / troubc l'enfant familh. / L'enfant familh i ditz : / "Tu, Margarideto, / qu'es tan poulideto, / dounzelheto de quinze ans, / ieu, per moulh te prendr, / te dounar touto ma richeso / e toutis mous mainatjous". / "Nou, non, retiro-te, tu, l'enfant familh, / ei pas res a fa de ta richeso / ni de tous mainatjous." / L'enfant familh, furious de doulous, / fa batre Margarideto am'un bastou de garabi. / Margarideto siousquc batudo, / tant per davan coumo per darni. / Cinc gotos de sang i devalheroun / E cent per ne menti pas. / L'enfant familh fa boulhe / uno pairolo d'oli boulhent / per faire boulhe Margarideto. / Marguerideto prego Dius le paire / per perdoun aquestos gents, / que saboun pas o que van faire. / Le que ditz aquelo ourasou, / tres cops le joun, / sar delibrat de las flamos / eternlos de l'enfr.

TRADUCTION :

L'oraison de la petite Sainte-Marguerite. Je vais vous dire l'oraison de la petite Sainte Marguerite, parce que Dieu veut l'entendre dire. Quand Sainte Marguerite fut ne - Son pre et sa mre moururent - Son frre la fait mettre en nourice Nourice, nouris-moi cette crature - Dieu t'endonnera une bonne rcompense - Mets-la la plus haute maison - Dieu te donnera ainsi une bonne servante. Quand Sainte Marguerite sut parler - elle sut aussi prier Dieu dans une prairie - elle rencontra l'enfant familier - l'enfant familier lui dit - Toi, Petite Marguerite - qui es si joliette - petite demoiselle de quinze ans - je veux te prendre pour pouse - je te donnerai toute ma richsese - et tous mes petits enfants. - Non, non, retire-toi, l'enfant familier - je n'ai rien faire de tes richesses - ni de tes petits enfants -. l'enfant familier, furieux de douleur - fait battre Marguerite avec un bton d'glantier. - Marguerite fut battue - par devant comme par derrire - Cinq goutes de sang tombrent - et mme cent pour ne pas mentir. - L'enfant familier fait bouillir - un grand chaudron d'huile - pour faire bouillir Marguerite. - Marguerite prie Dieu le pre - qu'il pardonne ces gens - qui ne savent pas ce qu'ils vont faire. - Celui qui dit cette oraison - trois fois le jour - sera dlivr des flammes ternelles de l'enfer (garae.fr - Louis Alibert, L'Oraison de sainte Marguerite, Folklore 23, 1941).

Rennes les Bains tant sur le trac de la constellation du Dragon, la prsence de Marguerite, la sainte ayant chapp sa dvoration, ou d'autres saints ayant pour attribut ce monstre, y tait attendue (Autour de Rennes le Chteau : Rennes les Bains, la Petite Ourse et le Dragon).

Le dragon, le cercle et Marguerite

Dans l'optique de l'appariement des pages de La Vraie Langue Celtique, la page 90 parlant du dragon des Hesprides se couple aux cercles de pierres de la pages 245 (90 + 155) :

p. 90 La Mauritanie tait pour elle le jardin des Hesprides renfermant les arbres aux pommes d'or. Un dragon cent ttes tait prpos leur garde, et, les yeux sans cesse ouverts sur les fruits prcieux, il poussait d'horribles sifflements.

p. 245 Les cercles tracs par les pierres leves, avaient pour les Celtes un sens profondment religieux.

Le dragon de Cadmus, fondateur de Thbes en Grce, forme avec son corps de puissants cercles.

Il y avait une antique fort qui n'avait jamais senti le fer de la coigne; au milieu tait une caverne couverte de ronces et d'pines ; l, sous une vote peu leve , tait une source abondante. C'tait la retraite du dragon consacr Mars, monstre arm de cent crtes et couvert d'cailles jaunissantes. Le feu sort de ses yeux enflamms, et son corps est enfl du venin qu'il renferme. Une langue trois dards tincelle dans sa gueule arme de trois rangs de dents. Ds que les malheureux Tyriens eurent mis le pied dans ce funeste bois, et que l'urne qu'on descendait dans la fontaine eut fait du bruit, cet affreux serpent fit sortir sa tte de l'antre en poussant d'horribles sifflcmens. Ils laissent tomber les eaux qu'ils venaient de puiser, leur sang se glace, ils tremblent de tous leurs membres. Le monstre se dplie, en s'lanant il fait de son corps des cercles immenses ; lorsqu'il s'lve de la moiti de sa hauteur, sa tte est au-dessus des arbres de la fort, et il regarde de tous les cts ; le voir tout entier, il parat aussi grand que le serpent qui spare les deux ourses (Ovide, Mtamorphoses, Volume 1, prsentes par Jean-Jacques de Barrett, Barbou, 1796 - books.google.com).

Dans le tableau de Raphal, reprsentant sainte Marguerite, le dragon forme un cercle autour d'elle.

Sainte Marguerite, debout vue de face et tenant une palme, foule du pied un monstre renvers dont on voit, gauche, la gueule bante. D'aprs la description de lanonyme, le dragon forme un cercle assez spacieux autour de la sainte, qui relve son manteau de la main droite et tient un crucifix de la gauche. Boschini (Carta del Navegar) parle avec grand loge de ce tableau, Il passa de la collection de Franois Ier Bruxelles dans le cabinet de Lopold-Guillaume, archiduc d'Antriche, puis, avec le reste de cette collection, dans la galerie imperiale du Belvdre, Vienne, o elle est encore (Musee Imperial du Louvre, 1861 - books.google.com).

On peut citer encore l'Ouroboros, dragon se mordant la queue et formant un cercle.

Raphal et Giulio Romano, Sainte Marguerite - 1518. Kunsthistorisches Museum, Vienne - www.eni.com

Boudet parle de Montferrand pages 243, 290, 295 : Les Redones n'hsitaient point louer ainsi leurs bras pour les travaux importants de la moisson, et le nom de Montferrand atteste leurs priodiques voyages cet effet to mow (m), moissonner, to own (n), prtendre , to fare (fre), voyager, hand, main .

Aux approches de la Sainte-Marguerite, longue pluie est maudite. On redoute les orages et les vents nfastes qui peuvent coucher les bls, durant leur vgtation et quand vient la moisson. Nous avons signal le plerinage qui se faisait le 20 juillet, dans le Comt de Nice, la chapelle de Sainte-Marguerite pour exorciser ces vents dsastreux. (Charles Galtier, Mtorologie populaire dans la France ancienne: la Provence, empire du soleil et royaume des vents, 1984 - books.google.com).

Per Santo Margarido longo plueio es maudicho. Mais lorsque les moissons sont rentres et que la scheresse estivale commence se faire sentir aussi bien pour les hommes (surtout autrefois) que pour les vignes, quelques pluies sont bienvenues (Le Monde alpin et rhodanien, Volume 13, 1985 - books.google.com).

Et p. 135 L'interprtation par la langue celtique de kjoekkenmoeddings confirme et claire puissamment l'expos de M. Louis Figuier sur les amas coquilliers du Danemark.

Les huitres produisent gnralement des perles (margarits en grec).