Partie XIII - La Croix d’Huriel   La Croix d’Huriel et Rennes le Château   Sot Pêcheur et Par ce signe tu le vaincras 2   

Par ce signe tu le vaincras

La couleur des anges

Les quatres anges Uriel, Raphaël, Michel et Gabriel ont été définis progressivement à partir des quatres anges qui veillent dans le Livre des Egrégores d’Henoch en passant par le Rouleau de la Guerre de Qumran où Uriel était d’abord Sariel. Chacun de ces anges prenait place sur une des quatre faces des tours en marche pour l’assaut. C’est sans doute par l’intermédiaire de Suriel (tour de dieu) que l’on passa à Uriel comme à Umm el Gimal (Umm el Jimal) où les quatre anges se trouvent respectivement au nord, au sud, à l’ouest et à l’est d’une tour de la cité. C’est cette disposition qui a été reproduite sur carte avec Huriel au nord, La Cassaigne au sud, Fronsac à l’ouest et Rochemaure à l’est.

Umm el Jimal aurait été un poste romain dans la guerre que l'empire menait contre Zénobie, reine de Palmyre, qui avait abbatu le roi Gadhima des Tanoukh, fédération arabe indigène, selon une tradition anté-islamique. Une inscription bilingue gréco-nabatéenne de Umm al-Djimal confirme l'existence de Gadhima par l'intermédiaire de son précepteur Fihr qui y avait sa tombe. Son neveu Amr ibn Adi a riposté en aidant l'empereur Aurélien dans la campagne contre Zénobie qui fut battue à Emèse, Antioche et Palmyre. Prisonnière la reine fut emmenée à Rome pour figurer dans le triomphe d'Aurélien. Elle mourut, on ne sait de quoi, en exil à Tivoli à une date ignorée.

Tour du bâtiment appelé "Barracks" où se trouvent les inscritpions angéliques

Nos. 245-255 are inscribed on the walls of the large building in the southern part of the city, the so-called " Barracks". The building was originally the castellum of the city, and afterwards was used as a m onastery ; see Div. II. A. 3 , p. 166 f. 245. BLOCK. Forming the front wall of the balcony which projects from the east side of the tower. This inscription and the three following are so far above the ground that measurements could not be taken, but each block is approximately 50 cm. high ; and 70 cm. long.

The names of the four archangels inscribed upon the four sides of the tower (nos.245-248) agree with those described in the Hebrew apocalyptic writings as the four chief angels of God. In the earlier literature, to be sure, as represented by the Book of Enoch, the canon is not definitely determined, for the number varies from six to three (see H ilgenfel d, Judische A pokalyptik, p. 135 f.), and even when the number is limited to four, the same names do not always occur. Thus the four who are appointed by God to punish the fallen angels and their sons, the giants, (Enoch, IX) are Michael, Gabriel, Surjan (i.e. Surjal, v.l. Surel, however, in c. X Rufael is substituted for Surjal), and Urjan (i e. Urjal), while the four who stand on the four sides of the Lord of spirits (Enoch, XL 8-9) are Michael, Rufael, Gabriel, and Fanuel, and these also act as the punishers of the wicked in c. LIV 6 and c. LXXI . 8 f. However, in the Greek versions of Enoch, as represented by the Egyptian fragment and the quotations of Syncellus (Vol . I, p. 22 , 13 and p. 43 , 4 Dindorf), the names in c. IX are Michael, Uriel, Raphael and Gabriel, and this is the regular canon of the later Jewish writings ; see also W. Lueken, Michael, eine Darstellung, etc. (Gottingen , 1898) , p. 35. In the mediaeval Jewish literature, which of course reflects an' earlier tradition, these fou r angels are represented as standing on the four sides of the throne of God as leaders of four troops of angels. There is, it is true, some divergence of statement as to their relative positions with regard to the Divine Presence, but the best established order is : Michael (the chief of the archangels) on the right of the throne, i.e. toward the south, since the throne was always regarded as facing the east, Uriel on the left, i.e. toward the north, Gabriel in front, i.e. toward the east, and Raphael behind, i.e. toward the west ; see Buxtorf, Lexicon Chald. Talm. Rabb., ed. B. Fischer (Leipzig, 1869), p. 27, and Lueken, Michael, p. 34. The order of the n ames on the tower agrees with the Hebrew tradition only in the case of Gabriel and Uriel. However, the fact is significant that on a monastery-tower the names of the fou r archangels are associated with the points of the compass quite in the m anner of the Hebrews, for it seems to indicate on the part of these Christians a belief in the Hebrew angelology, and perhaps even a belief in the potency of angelic names, similar to their use as charms in Christian magic papyri and gems found in Egypt ; see Lueken, Michael, p. 71. (www.ummeljimal.org, www.ummeljimal.org - Littman, E., Magie, D. and Stuart, D. R. 1913b “Greek and Latin Inscriptions,” Pp. 131-223 in Syria. Publications of the Princeton Archaeological Expedition to Syria (Div. III, Sect. A, Part 3 Umm Idj-Djimal, Leyden)).

Umm al Jimal, whose ancient name remains unknown, can mean either "mother of camels" or "mother of beauty" in Arabic. Its identification with ancient sites is still not determined (Thantia - Butler - and Surattha - MacAdam - have both been proposed as possible candidates) (Bert De Vries, Journal of Roman Archaeology: Supplementary series, 1998 - books.google.fr).

Le Pérugin a peint, au Vatican, près du trône de Dieu, les quatre archanges Michel, Gabriel, Raphaël et le réprouvé Uriel comme sur une mosaïque de la Daurade à Toulouse qui montrait le Christ portant le livre et bénissant ; près de lui, à la place d "honneur se tenait la Vierge ; quatre archanges : Michel, Gabriel, Raphaël, Uriel les accompagnaient et précédaient les évangélistes et les Apôtres. L'étage inférieur était consacré aux personnages de l'Ancien Testament : Enoch, Élie, Abraham... (Les mosaïques de la Daurade de Toulouse, Revue archéologique, 1949).

Ce qui nous reporte au Serpent rouge et à l'abbaye Saint Germain des Prés est cette description de l'abbatiale notant la présence des quatres anges :

Dans les quatre sections formées par les nervures croisées de la grande voûte centrale du transsept, sont peints dans des médaillons sur un fond bleu azuré, parsemé d'étoiles d'or, les quatre archanges avec leurs attributs, saint Michel, Gabriel, Raphaël et l’apocryphe Uriel (Revue archéologique, 1855).

Leurs couleurs peuvent être retrouvées à partir d'oeuvres d'art anciennes ou plus récentes.

Gabriel : bleu

En Egypte, dans une église copte antique, la Vierge se tourne vers Gabriel, sans vraiment le regarder cependant. Les teintes bleues de son maforion (ceinture) et de sa tunique répondent au bleu plus clair du pallium de Gabriel (Bulletin de la Société française d'égyptologie, Numéros 123 à 128, 1992).

De même chez Philippe de Champaigne, ami de Poussin, Gabriel est en robe bleu répondant au bleu revêtu par la Vierge Marie, dans l’Annonciation de Londres et celle de Toulouse.

L'Annonciation - Philippe de Champaigne, 1644 Ferens Art Gallery, Hull (Royaume-Uni)

echos-de-mon-grenier.blogspot.com

Michel : vert

A Saint-Savin, Saint Michel, vêtu en vert et blanc, monté sur un cheval blanc, est suivi par un ange vêtu en brun-rouge et jaune et monté sur un cheval vert. Une sauterelle brun-rouge foncé, aux ailes jaunes, est suivie d'une sauterelle blanche à ailes jaunes; celle-ci est doublée d'une troisième de couleur brun- rouge clair, qui amène à son tour, derrière elle, une quatrième en jaune (Itsuji Yoshikawa, L'Apocalypse de Saint-Savin, 1939).

Pareillement, dans le livre d’heure de la Dame de Saluces, saint Michel qui se trouve à sa droite, et qui, vêtu comme un chevalier armé du moyen âge, cuissards et brassards d'acier, cotte de mailles d'or, va frapper de son épée un démon qu'il foule aux pieds. Un large manteau vert flotte sur ses épaules, auxquelles sont en outre attachées deux ailes rouges. De sa main gauche, saint Michel tient une balance d'argent aux plateaux d'or. Cet emblème de la justice paraît frapper le diable de terreur.

Parmi les manuscrits de la Bibliothèque de M. Yemeniz, ce livre d’heure était un manuscrit sur vélin, du commencement du xvème siècle, petit in-folio bleu, avec de riches compartiments, doublé de moire d'or. Sur sa provenance et sur le caractère artistique de ses peintures, diverses opinions et notamment celles de MM. Paul Lacroix et Vallet (de Viriville). Ces opinions sont loin de s'accorder entre elles, et je ne pense pas qu'il soit facile de déterminer exactement le nom du miniaturiste à qui nous devons ce merveilleux spécimen de l'art au moyen âge. Mais que ce manuscrit soit de Memling, de Bellejambe ou des Van Eyck, qu'il appartienne à l'école flamande, de Bourgogne, du Midi de la France ou de l'Italie (A. Bachelin, Description du Livre d ?heures de la Dame de Saluces, 1867).

A gauche, Saint Michel - Eglise St-Pierre de Porrentruy - Cliché Alain Mauranne - herve.delboy.perso.sfr.fr - Atalanta XLI

A droite, un image pieuse beaucoup plus récente - notredamedesneiges.over-blog.com

Raphaël : jaune

De son véritable nom Mathias Stom (Amersfoort v. 1600 – Sicile [ ?] apr. 1650), comme le prouve le Miracle de saint Isidore de la cathédrale de Caccamo (Sicile), signé " Matthias Stom f. f. 1641 ", il fut probablement formé à Utrecht dans l'atelier de Bloemaert et de Wtewael, qui influença une de ses premières œuvres, Tobie et l'ange (La Haye, musée Bredius) ; c'est sûrement à travers l'enseignement de Bloemaert qu'il reçut la leçon du Caravagisme utrechtois de G. Honthorst, qui le marqua définitivement. On possède très peu de données biographiques concernant ce peintre très productif ; il est seulement mentionné à Rome en 1630, 1631 et 1632, puis en Sicile en 1641, où il dut mourir quelques années plus tard. Il dut aussi rester plusieurs années à Naples, comme le prouvent les nombreuses œuvres de sa main restées à Naples même ou dans sa région.

Marqué par l'œuvre de Honthorst, Stomer le fut aussi par le style de Caravage, comme l'indique la Flagellation du Christ (Palerme, Oratorio del Rosario), directement dérivée du tableau de même sujet conservé à S. Domenico Maggiore de Naples. On peut aussi noter que, pour certains sujets, Stomer s'approche de Baburen dans ses compositions et dans les attitudes de ses personnages, mais il est actuellement impossible de déterminer s'il a reçu une influence de Baburen ou si c'est ce dernier qui a connu l'œuvre de Stomer. L'artiste créa un style violent et dramatique à la facture crispée, fondé sur des effets d'éclairage artificiel souvent à la limite de l'irréel. Ses compositions déséquilibrées et théâtrales, le traitement de ses yeux fixes et grands ouverts, sa lumière tranchée, ses tons violents et agressifs font de lui le représentant ultime du Caravagisme porté à un degré de brutalité et d'exaspération qui ne fut jamais dépassé. Mattias Stomer peignit également des scènes de genre centrées sur le rayonnement d'une flamme, souvent cachée par une main : Personnages à la lumière d'une chandelle (Bergame, Accad. Carrara ; Copenhague, S. M. f. K. ; musée de Grenoble ; Dresde, Gg), Personnages soufflant sur un charbon incandescent (Bergame, Accad. Carrara ; Palerme, G. N. ; musée de Varsovie) (www.larousse.fr - Mathias Stormer).

Mathias Storm, L'Ange et Tobie

www.shijieminghua.com

A la même époque, Murillo peignait des Raphaël aussi en jaune :

Bartolomé Esteban Murillo

A gauche, Saint Raphaël et le poisson - à droite, Saint Raphaël et l'évêque Domonte

Ainsi que Jacopo Vignali :

Jacopo Vignali (Pratovecchio en 1592 - Florence, 1664), Tobias et l'ange Raphaël

Déjà au XVIème, à Florence, Raphaël portait du jaune.

Ecole florentine, XVIème - Musée Magnin, Dijon

L'ange Raphaël ordonnant à Tobie d'ouvrir le poisson

Uriel : rouge

Le tableau de la Vierge aux rochers de Léonard de Vinci en fait foi. Il va nous servir pour définir le pied de la croix : Saint-Jean-les-Deux-Jumeaux près de Meaux en pied, désigné par le long doigt d’Uriel, à la place d’Huriel, et entre les deux la Vierge Marie qui doit être Ferrières-en-Gâtinais (Gâtinais : la gaste terre du Graal).

Michel, Raphaël et Gabriel

Filippino Lippi peignit ces trois archanges avec ces trois couleurs, même s'il faut bien chercher : Michel a l'intérieur de son mateau vert bleu, Raphaël au milieu a des reflets jaunes sur sa robe et Gabriel est assurément en bleu.

Filippino Lippi - Les Trois archanges avec Tobie (v. 1480-1482)

Filippino Lippi (Prato, 1457 - Florence, 1504) est un peintre italien de l'école florentine de la Renaissance italienne, le fils du moine et peintre Fra Filippo Lippi et d'une nonne carmélite Lucrezia Buti qui lui servait de modèle (fr.wikipedia.org - Filippino Lippi).

Une icône de l'Eglise roumaine de Paris plus récente reprend ces couleurs : robe vert d'eau de Michel, manteau bleu de Gabriel et robe jaune de Raphaël. Les trois anges sont disposés comme sur notre schéma : Michel à la droite de Jésus, Gabriel à gauche et Raphaël au dessus.

www.greek-icons.org - Three saints archanges

On peut comparer les deux illustrations précédentes car Tobie a été comparé à Jésus-Christ. Tobie rentre dans la maison de son père comme le fit le Christ lors de la Passion. De même l'épouse de Tobie, Sara, représente l'Eglise dont Jésus est le seul époux véritable. Le poisson pêché du Tigre devient le symbole ICHTUS qui a servi d'accrostiche à "Jésus Christ fils de dieu sauveur". Le foie du poisson dont la fumée chassa le démon est le signe extérieur dont dieu a voulut se servir pour opérer un miracle en faveur d'un homme juste. A comparer avec le signe de croix.

On aura aussi remarqué que les couleurs de Michel et de Gabriel sont inversées par rapport au bénitier de Rennes-le-Château. La génuflexion d'Uriel à Rennes-le-Château fait penser que les anges sont placés en adoration face à la croix du crucifié (pas celle derrière eux) et non de son côté comme dans l'icône roumaine. En effet, il n'y a aucune représentation du Christ entre les anges de Rennes-le-Château.

www.culture.gouv.fr - Gaudencio Ferrari - Ange adorateur, XVIème siècle

Les 4 sommets du signe de croix

Huriel – Saint Uriel (Nord)

Saint Jean-Baptiste, ayant échappé au massacre des Innocents ordonné par Hérode à Bethléem, se serait caché dans le désert sous la protection de l'ange Uriel. Pendant la fuite en Egypte, il rendit visite au Petit Jésus pour faire ses louanges.

Uriel est aussi un ange qui aide à la découverte des trésors. La maréchaussée conduisit un dessinateur sur étoffes, né à Lyon, nommé Benoît Michalet, et âgé de 19 ans, devant le prévôt de Bourg-en-Bresse, et là il déclara avec ingénuité qu'il travaillait, au moment de son arrestation, à « faire descendre l'ange Uriel, qui enseigne où gisent les trésors cachés; qu'une société s'était formée pour rechercher ces trésors; que les dix-neuf fragments de parchemin étaient les pentacules de Salomon, à l'aide desquels on évoquait le céleste Uriel; que cet ange devait descendre, sous forme de brouillard, dans une fiole d'eau placée sur la pierre sacrée, entre deux flambeaux, à l'instant où l'évocateur, armé de son couteau, récitait les Évangiles; qu'enfin les vêtements sacerdotaux étaient nécessaires au succès de l'opération (Henri Beaune, Les sorciers de Lyon: épisode judiciaire du XVIIIe siècle, 1868).

La Cassaigne – Saint Raphaël (Sud)

A La Cassaigne se trouve le lieu-dit Saint-Raphaël.

Au village de La Cassaigne (canton de Fanjeaux, Aude) il y a, dans une sorte d'oratoire en plein air dédié à la Vierge, une croix de pierre moderne, mais copiée sur un original aujourd'hui détruit, où est sculpté l'emblème suivant : dans un losange [qui rappelle le signe de croix et qui est un rébus : los-ANGE] dont les angles sont terminés par quatre cœurs, s'inscrit une étrange swastika, formée pour moitié de la swastika traditionnelle, pour moitié d'une croix à virgules. Ce symbole, particulièrement significatif, convient parfaitement à la Sainte Vierge : le signe solaire masculin, celui de son Fils Jésus-Christ, s'y trouvant féminisé, adouci par les arrondis de la croix à virgules (René Nelli, Le phénomène cathare: perspectives philosophiques, morales et iconographiques, 1967).

Des pratiques dévotionnelles officielles sont communes à différentes requêtes mariales comme prier et effectuer une neuvaine, comme à Notre Dame du Lait de La Cassaigne (Aude) où avant 1870, selon une note datant de 1885, de nombreuses nourrices qui avaient « perdu » leur lait se rendaient, même de fort loin (Nègre 1975 : 13-14).

Notre Dame du Lait est le nom de six Vierges locales situées dans l’est et dans le sud de la France. C’est tout d’abord celui d’une Vierge noire appelée également N.-D. Trouvé à Pouilly-en-Auxois (Côte-d’Or) dans la chapelle N.-D. de la Motte. C’est aussi celui d’une chapelle à Aigrefeuille sur la commune de Bâgé-la-Ville (Ain). Un reliquaire de N-D du Lait est également signalé en Haute-Savoie, mais je n’ai pu le localiser de façon précise (peut-être à Entremont ?). Pour le sud, on rencontre des variantes occitanes, telles que Nostra-Dama de la Lach (« du Lait ») qui désigne une Vierge assise allaitante, en bois polychrome de style populaire, conservée au musée d’Espalion (Aveyron) (Nègre 1975 : 15).On connaît aussi une chapelle N.-D. du Lait à Cadalen (Tarn), vocable populaire de N.-D. de Cadalen (Nègre 1975 : 20). C’est enfin le nom populaire français d’une Vierge du Rosaire à La Cassaigne (Aude). Une plaque située à la base de la statue lui donne aussi le nom mi-français mi-occitan de Nostro-Dame-del-Lait, tandis qu’un document écrit l’appelle Nostro-Damo-de-la-Lait. À noter que N.-D. du Lait est l’équivalent français de l’italien Madonna del Latte (Lionetti 1988 : 27 et passim).

Une procession, probablement le premier dimanche de mai, existait aussi à La Cassaigne dans l’Aude (Nègre 1975 : 14) (Jacques E. Merceron, Les « Notre-Dame de Bon Lait » : dévotions, rituels et antécédents préchrétiens, spécialement en Bretagne).

Fronsac / Saint Michel de Fronsac – Saint Michel (Ouest)

Autour du Tertre de Fronsac, plusieurs paroisses ont pour patron, saint Michel (qui a combattu un dragon) à Saint-Michel-de-Fronsac, avec un culte important dans la collégiale de Saint-Emilion.

L’église romane de Saint-Michel de style saintongeais est, entre 1171 et 1613, un prieuré de l’abbaye de Guîtres. Son abside romane, voûtée en cul de four, est ornée à l’extérieur de sept arcatures aveugles en plein cintre, dont les archivoltes sont sculptées de points de diamant et de dents de loup. Le chœur est voûté en berceau brisé. Le clocher carré situé sur le transept date du XIIIème siècle. En 1868, la construction de l’actuel clocher néo-gothique sur la partie occidentale de l’édifice entraîne la destruction de la façade romane (www.creafrance.org - Saint Michel de Fronsac).

Le pays de Fronsadais est borné au nord par la Saintonge, au sud par la Dordogne, qui le sépare du pays d'Entre-Deux-Mers, à l'est par la rivière d'ille et à l'ouest par le Cubzaguès. Il a cinq lieues de longueur et environ deux lieues et demie de largeur, ce qui peut être évalué à huit lieues carrées. Ce domaine est, par rapport au produit du sol et à la température du climat, un des plus riches du royaume.

La ville de Fronsac, chef-lieu du petit pays de Fronsadais, en Guienne, située sur la rive droite de la rivière d'ille, près de son confluent avec la Dordogne, à cinq lieues et demie E.-N.-E. de Bordeaux, était défendue jadis par un château que l'on dit avoir été bâti par Charlemagne en 770, et qui a été démoli. Cette ville paraît être devenue, au dixième siècle, l'apanage d'un cadet des comtes de Bordeaux, puînés des ducs de Gascogne, et cet apanage reçut le titre de vicomté, comme c'était l'usage à l'égard des cadets issus de race comtale. Grimoard, vicomte de Fronsac, épousa, vers l'an 980, Dea de Montignac, dont il eut deux filles, Alaaz, dame de Fronsac, terre qu'elle porta à Alduin II, comte d'Angoulême, mort en 1032, et Adèle de Fronsac, mariée, vers l'an 1008, avec Hélie II, comte de Périgord, suivant la chronique de l'abbaye de Guîtres. La maison d'Angoulême apanagea un de ses rameaux de la vicomté de Fronsac, qui forma la seconde race de ces vicomtes.

Jeanne De Fronsac, émancipée par son père le 17 avril 1341, était alors mariée avec Guillaume-Sans De Pommiers.

La vicomte de Fronsac fut érigée en comté, par lettres de 1551 et 1555, en faveur d'Antoine de Lustrac, dont la fille unique, Marguerite de Lustrac, porta ce comté en mariage, d'abord à Jacques d'Albon-Saint-André, maréchal de Fronsac, qui en obtint l'érection en marquisat au mois de décembre 1566, ensuite à Geoffroi, baron de Caumont, qu'elle épousa en 1568. Leur fille, Anne de Caumont, fut mariée, en 1595, avec François d'Orléans-Longueville, comte de Saint-Pol, créé duc de Fronsac, pair de France en 1608. Cette pairie s'éteignit dans sa personne le 7 octobre 1631, mais le roi la fit revivre, en 1634, en faveur du cardinal de Richelieu, qui avait acquis la terre de Fronsac ; elle passa successivement dans les maisons de Maillé et de Bourbon-Condé, et elle rentra enfin par cession dans la maison de Vignerot du Plessis-Richelieu, qui l'a possédée jusqu'à l'époque de la révolution (Jean Baptiste Pierre Jullien de Courcelles, Histoire généalogique et héraldique des pairs de France, Volume 5, 1825).

Rochemaure - Saint Gabriel (Est)

Rochemaure est la cité du CARRE SATOR, suggéré par le Sot pêcheur, conservé aujourd’hui en la chapelle Notre Dame des Anges.

La chapelle Notre-Dame des Anges honore la Vierge Marie en tant qu’amie des Anges dont le premier pour Marie est Gabriel. C’est en effet à lui qu’elle a à faire, dans sa vie terrestre.

D'abondant Marie est la generale des armées de Dieu, & Saint Gabriel, ainsi que j'ay dit dans le Chapitre precedent à l'intendance fur toutes les troupes glorieuses, qui sont tous soldats de celle qui feule paroit terrible, comme une armée route entiere rangée en bataille. Elle est l'auguste & triomphante Reine du Paradis, tous les Anges sont ses fideles & genereux sujets, qui l'on honorées, comme je viens de dire, auparavant quelle fut, mais Saint Gabriel fut le premier de tous qui a tenu à grande gloire d'être assujetty aux loix de son Royaume, parce qu'il fut le premier à qui Dieu á revelé quelle devoir être quelque jour fa Souveraine. Elle est Dame des Anges, & souvent elle est invoquée sous cette qualité de nôtre Dame des Anges j Les Anges font donc tous ses Serviteurs mais Saint Gabriel est le premier à qui elle manifeste ses volontez pour les executer au moindre signe avec une promptitude inconcevable. Elle est même l'Amie des Anges ; c'est pourquoy dans les Cantiques, le divin Epoux la prie de parler & de faire entendre fa voix, parce que, dit-il, les Amis écoutent: Ces Amis sont les Saints Anges -, mais celuy avec qui elle parle et converse plus familierement, c'est fans doute Saint Gabriel, ayant entre tous les Anges esté celuy que Dieu a choisi pour traiter avec elle & negocier l'affaire la plus importante de nôtre salut & cét ineffable Mystere de l'Incarnation, d'où derive tout nôtre bonheur (Barnabé Saladin, Le sage pédagogue ou l'Ange gardien instruisant Philange en l'art de bien vivre et de bien mourir, 1692).

Le centre de la croix

Le lieu de Naucase, en la paroisse de Saint-Julien-de-Toursac , élection et bailliage d'Aurillac, a donné son nom à la maison du même nom.

Naucase, village et château près du Fayet, avec un bel étang. C'était une importante seigneurie avec le titre de marquisat, et qui a donné son nom à une famille illustrée, éteinte à la fin du XVIIIème siècle. Géraud de Naucase vivait en 1285. Pierre de Naucase fut père de Guillaume de Naucase, qui fut marié, en 1490, avec Jeanne de Salvagnac, de laquelle il eut Pierre de Naucase, qui prit alliance, en 1536. Michel de Naucase fut chargé, en 1569, de défendre la prévôté de Maurs contre les huguenots qui ravageaient le pays. Jean-Baptiste Godefroy, comte de Naucase, n'ayant pas d'enfants, mourut le dernier de son nom; sa sœur, mariée à Louis de Peyronnenc, marquis de Saint Chamaraud, lui succéda.

On voit encore les ruines du château de Naucase dans une plaine auprès d'un étang. Les fortes murailles, les tourelles, la tour carrée où étaient les prisons, les belles écuries voûtées, tout annonce un important manoir féodal. Il fut incendié en 1789.

Seigneurie située dans la région de Maurs, nommée autrefois Novem Casæ. La maison de Naucaze est connue depuis 1285. La famille de Naucase, d'ancienne chevalerie, lirait son nom d'un château situé dans la commune de Saint-Julien-de- Toursac, en Carladez, et dont les dépendances se composaient de neuf maisons ou domaines, novem casœ.

Les armes des Naucase portent : D'argent au lion passant de sable, armé et lampassé de gueules, surmonté d'une vache [ou un boeuf] passante de gueules, accornée, clarinée et accolée de sable, au chef d'azur chargé d'un navire d'argent (Hippolyte de Barrau, Documens historiques et généalogiques sur les familles et les hommes remarquables du Rouergue dans les temps anciens et modernes, 1857, Jean Baptiste Déribier du Chatelet, Dictionnaire statistique: ou, Histoire, description et statistique du département du Cantal, 1855).

Jacques Pompidou, l'arrière-grand-père du Président, ne savait ni lire ni écrire. [...] « La Mariannou », sa femme, fermière du domaine de Naucase, fief des marquis du même nom, aux confins du Cantal et du Lot, élèvera seule ses quatre enfants. La propriété est la plus importante du village de Saint-Julien de Toursac, dans « La Châtaigneraie ». Tambour battant, elle fait tourner le petit domaine avec ses deux fils, Pierre, qui héritera de la ferme après sa mort, et Jeantou, plus tard maître valet chez son frère, et qui n'est autre que le grand-père de Georges Pompidou.

En compagnie de ses cousins et cousines, Léon Pompidou, père du Président, grandit à Naucase sous l'œil sévère de « la Mariannou ». A Merry Bromberger qui, en 1965, entreprendra la première biographie de son fils il donnera, en tout cas, une description idyllique et assez virgilienne de ses premières années d'existence (Éric Roussel, Pompidou, 1984).

D'après le médecin Jean Bernard, Georges Pompidou était atteint de la maladie de Waldenström depuis 1968 et le savait très probablement au moment de sa victoire à l'élection présidentielle. Selon lui, s'il avait renoncé à son mandat, la progression de cette maladie du sang n'aurait pas été aussi rapide. Selon la CIA, sa maladie aurait été diagnostiquée dès l’été 1971. La maladie de Waldenström est une maladie de la moelle osseuse, c’est-à-dire du tissu contenu dans les os où sont produites toutes les cellules du sang (fr.wikipedia.org - Maladie de Waldenström).

Héraldique

Les quatre blason des communes aux extrémités du signe de croix sont marqués du chiffre trois : 3 gerbes, 3 vergettes, 3 rocs d’échiquiers et 1 hamaïde (3 fasces).

PAL, subst. masc. Les anciens écrivaient Paux au pluriel, l'une des neuf pièces honorables, posée perpendiculairement ; il occupe en largeur, étant seul, deux parties des sept de la largeur de l'écu.

VERGETTE, subst. fém. Pal diminué, qui n'a que le tiers de la largeur du pal quand elle se trouve seule et a moins de largeur quand il y en a plusieurs dans l'écu. On nomme Vergette abaissée, celle qui, mouvant du bas de l'écu, ne s'étend point jusqu'en haut ; Vergette retraite, celle qui, mouvant du haut, ne s'étend pas jusqu'en bas.

ROC D'ÉCHIQUIER. Parmi les pièces du jeu d'échecs on a admis comme meuble d'armoiries : la tour et le cavalier ; ce sont ces deux pièces que l'on blasonne sous le nom de Roc d'échiquier.

GERBE. Meuble d'armoiries représentant une Gerbe de blé, ou de toute autre céréale ; on doit indiquer si la Gerbe est liée d'un émail particulier.

HAMAÏDE. Souvent dite hamade, cette figure est formée par trois fasces alésées, meublant le champ d'un écu ; cette sorte de barrière se rencontre assez souvent dans le blason des Pays-Bas (www.blason-armoiries.org).

Meaux, le pied de la croix, avec Asmodée

As-Meaux-Dés

As : jeux de cartes

Dés : jeux de dés

Asmodée dès Jean Wier était surintendant des maisons de jeux (tripots).

Meaux a sans doute quelque chose à voir avec notre affaire car Gérard de Sède titrait un de ses ouvrages "Henri Boudet, le joueur de Meaux". Meaux est concerné aussi par le jeu de Tarot comme on a pu le voir (Passe-moi le celte).

Nous trouvons dans le Nouveau Trésor d'anecdotes du P. Marlène des statuts publiés par Odon, évêque de Frascati et légat du Saint-Siège, du Synode de Meaux de 1246 pour l'Eglise de Meaux, sous la date du 14 des calendes de mars 1245, l'année commençant à Pâques dans ces temps-là. Ces statuts, au nombre de six, sont suivis des Statuts synodaux de l'Eglise de Meaux, au nombre de cent dix-sept, mais sans date, et qui doivent avoir été portés par un évoque de ce siège dont le nom avait pour initiale la lettre J. Il est marqué dans le premier de ces derniers statuts que le synode avait coutume de se tenir tous les ans, le jeudi de la troisième semaine de septembre.

Le statut 50 défend aux prêtres de garder dans leurs maisons leurs enfants illégitimes, et d'y avoir des échecs, des cartes ou des dés (Adolphe Charles Peltier (abbé), Dictionnaire universel et complet des conciles tant généraux que particuliers, Volumes 13 à 14 de Encyclopédie théologique, , 1847).

Cet Odon est Eudes de Châteauroux qui fit l’envoi en 1257 au chapitre de Neuvy-Saint-Sépulcre de reliques insignes de la Passion du Christ : deux gouttes du Sang de Notre Seigneur Jésus Christ, recueillies, au jour de la Passion, sur le Calvaire. Elles ont la forme de deux larmes coagulées. Pur et sans mélange d'eau ni de terre, ce Sang divin est peut-être la plus précieuse relique du monde. Le cardinal Eudes, évêque de Tusculum, l'avait rapportée de Terre Sainte où, pendant six ans, il avait exercé les fonctions de légat du Pape pour la première croisade de saint Louis (catholique-bourges.cef.fr - Neuvy).

La rotonde de Neuvy est supportée par 11 piliers, 12 moins un qui est Judas, affirmant que la religion chrétienne est fondée sur l’exclusion comme n’importe qu’elle institution humaine inégalitaire. L’exclusion d’Uriel par l’église catholique permet de passer des 4 anges aux trois éléments des blasons des cités des extrémités de la croix géographique.

Neuvy-Saint-Sépulcre, Huriel et Sainte-Sévère-sur-Indre, autre possession des de Brosse depuis le XIIIème siècle jusqu'au XVIème, sont alignés sur un même droite.

Rappelons qu’une œuvre éthiopienne du XVème siècle, le Mashafa Mestir zasamây wamedr de Bahâyla Mikà'ël, décrivant la descente des armées des anges autour de la Croix du Christ, précise que l'armée de Michel protégea les plaies de ses mains, celle de Gabriel les plaies de ses pieds tandis que l'armée d'Uriel recouvrait la plaie de son flan. C'est probablement un développement de cette représentation qui a fait d'Uriel l'archange recueillant le sang du Christ (La Belle Etoile).

Pilate (selon certaines légendes associées au mythe du Graal) aurait donné la coupe de la Cène – c'est-à-dire la coupe de vin bénie par Jésus-Christ au cours du repas à Joseph d'Arimathie (considéré par cette tradition comme « premier chevalier ») pour y recueillir, au pied de la Croix, le Saint Sang du Christ, qui coulait d'une blessure au flanc droit provoquée par le soldat Longin avec la Sainte Lance (fr.wikipedia.org - Saint Sang).

Selon une légende, quelques gouttes du Saint Sang auraient été rapportées comme reliques, en 1146, par Thierry d'Alsace à son retour de Terre Sainte et furent conservées en la Basilique du Saint-Sang de Bruges. Thierry est le père de Philippe d’Alsace pour qui Chrétien de Troyes a écrit son Perceval ou Conte du graal.

Le Saint Sang se trouve aussi à Mantoue, fief des Gonzague.

Entre début novembre 1245 et avril 1248, quelques semaines avant le départ des croisés de Paris, le zèle réformateur d’Eudes de Châteauroux est infatigable, au point de déclencher des plaintes et l’intervention pontificale, après son départ, pour modérer la rigueur des statuts qu’il a édictés à l’usage de tel ou tel monastère.

L’essentiel des prescriptions du légat sont relatives soit à la discipline, notamment régulière, soit à l’observance de la liturgie et du culte chez les Séculiers. Il n’est pas utile ici d’entrer dans les détails, que l’on peut trouver chez d’autres historiens, mais plutôt d’indiquer la tendance et le caractère systématique, du moins en intention, de l’action menée.

Le légat s’occupe d’abord des deux principales églises du diocèse de Sens où se trouve la capitale capétienne, en commençant par celle qu’il connait le mieux puisqu’il en provient, le chapitre de Notre-Dame de Paris; après l’avoir visitée, il promulgue à Pontoise une ordinacio datée du 2 novembre 1245, où il s’estime fondé à corriger sur quelques points les usages qui prévalaient, les jugeant non conformes au statut du lieu: le chantre se voit confirmer la cure d’âmes sur tous les clercs, du chœur comme du chapitre (les chanoines); toute activité autre que religieuse est proscrite de l’église; diverses stipulations visent à maintenir la dignité de l’office et le soin des objets servant au culte (poids des cierges, linge de l’autel); pour garantir la dignité de la conduite qui convient durant l’office, bavardages et allées et venues intempestives sont interdites, et des sanctions, ayant effet sur les revenus des clercs de l’église, sont édictées contre les absentéistes, sauf les infirmes; les intrus ne peuvent pénétrer dans un lieu à vocation religieuse: qu’il s’agisse de femmes (sauf les « magnates mulieres », car il faut éviter le scandale) ou d’animaux; enfin, les messes doivent être célébrées aux heures prescrites: le « capicerius » veillera à ce que l’on ne bouleverse pas l’antiquité des usages liturgiques pour des raisons de commodité personnelle.

Une semaine plus tard, le même type de prescriptions établit la réforme du chapitre cathédral de Sens, métropole du diocèse ; une citation biblique souligne en préambule le devoir incombant au légat de rendre des comptes et d’ôter le scandale du royaume de Dieu; l’accent est ici surtout mis sur la dignité nécessaire de la célébration liturgique ; les statuts disciplinaires reprennent à peu de chose près ceux pour Paris.

Le 16 février 1246, c’est au tour de la Collégiale de Meaux d’être réformée : un prologue bien dans la tradition diplomatique pontificale précède des satuts très proches de ceux donnés l’année d’avant pour Sens.

Eudes de Châteauroux n’a donc pas ménagé ses efforts pour remettre en ordre et porter au niveau d’ascèse requis par la croisade l’institution chargée de sanctifier le Regnum. Mais il y a plus: c’est la foi même de la Chrétienté, entendue comme la communauté des croyants et non seulement comme l’institution ecclésiale, que certains germes de dissidence et d’hérésie menacent. Comme le roi a lancé à travers la France ses enquêteurs-réformateurs, qui sont tous des clercs, afin de traquer l’injustice et le désordre qui en résulte et de répandre ainsi l’esprit de croisade, le légat pontifical souhaite purifier la société chrétienne désormais tournée vers Jérusalem. Il lui faut pour cela achever de réduire au silence le Judaïsme dénaturé, ainsi que les voix qui, au sein de l’institution universitaire, pourraient faire vaciller l’orthodoxie (http://theses.univ-lyon2.fr - Charansonnet, Eudes de Châteauroux).

Le héros de Meaux

Oger ou Ogier, dit le Danois, Adalgarius, un des paladins de l'époque de Charlemagne, contemporain de Roland et d'Olivier, était originaire d'Austrasie. Il s'était déjà distingué sous Pépin le Bref, qui le chargea de plusieurs missions, notamment de protéger le voyage du pape Etienne II en France. Après la mort de Carloman, il soutint les enfants de ce prince contre Charlemagne, s'unit, pour le combattre, à Didier, roi des Lombards et tenta. mais vainement, de lui résister dans le Montferrat et la Lombardie. Las de combattre, il se retira dans l'abbaye de St- Faron à Meaux, où il mourut après le milieu du IXème siècle. Roland avait épousé la sœur d'Oger, la belle Auda. Son souvenir est resté dans les romans de chevalerie, dans les Chansons de Geste, et dans quelques publications populaires de Montélimart ; on le retrouve aussi dans les figures de nos jeux de cartes, où il représente le valet de pique (Marie Nicolas Bouillet, Dictionnaire universel d'histoire et de géographie, Volume 2, 1869).

Le principal personnage à qui Jean d'Outremeuse accorde une place d'honneur et de gloire dans l'histoire liégeoise est en effet un héros épique, Ogier le Danois. Dans la littérature, Ogier le Danois apparaît dans la Chanson de Roland, au cours de la dernière bataille contre l'émir Baligant. C'est seulement vers 1200, ou au plus tard aux alentours de 1220, qu'il devient protagoniste d'une chanson de geste intitulée La Chevalerie Ogier, composée par Raimbert de Paris, où est racontée sa rébellion contre Charlemagne. Une fois réconcilié avec l'empereur, il se retire à l'abbaye Saint- Faron de Meaux. Dans le Roman d'Ogier, écrit vers 1310, Ogier part en Orient au temps au temps des croisades. Mais c'est Jean d'Outremeuse qui transforme Ogier en « héros civilisateur » de la ville, constructeur — Jean d'Outremeuse lui attribue tous les monuments dont les vestiges restaient visibles à son époque — et évangélisateur, ce qui lui permet de faire reculer le passé de la ville jusqu'à la glorieuse époque de Charlemagne. Le personnage littéraire intégré à l'histoire liégeoise permet d'associer l'histoire de la ville aux grands mouvements de l'histoire, puisque Ogier, nouvel Alexandre, conquiert sur les Sarrasins tous les pays d'Orient jusqu'à l'Inde et les convertit en royaumes chrétiens, ce qui confère au personnage une dimension hagiographique et quasi-christique et rend, par voie de conséquence, particulièrement glorieux le passé de Liège.

Il dit brièvement qu'en récompense pour ses grands services contre les Sarrasins devant Rome, Charlemagne le fait connétable et lui accorde plusieurs fiefs : le Beauvaisis, Meaux en Brie, puis le comté d'Osterne, appelé désormais comté de Looz". Liège devient désormais pour Ogier une sorte de base où il reviendra régulièrement, jusqu'à sa retraite au château de la fée Morgane.

Non seulement Jean d'Outremeuse a essayé de combler les lacunes de l'histoire liégeoise en lui façonnant un héros extraordinaire, mais il a prêté à celui-ci une dimension hagiographique, voire christique. En effet, selon Jean d'Outremeuse, Ogier fut conçu le 25 mars, et naquit le 25 décembre comme le Christ. Son avènement est préparé par la prédiction des saints apôtres : saint Pierre prédit qu'il y aura en France un grand empereur appelé Charlemagne, et parmi ses chevaliers se trouvera Ogier ; saint Paul annonce des combats d'Ogier contre des Sarrasins monstrueux, et, enfin, saint Thomas, avant de subir le martyre en Inde, prophétise que sa mort sera vengée par un chevalier de France, Ogier. Saint Michel annonce à Charlemagne le caractère élu d'Ogier au moment où le jeune homme doit choisir un écu à la cour du roi : en expliquant le sens des armoiries qui se trouvent sur l'écu que Dieu a envoyé à Ogier, il révèle au roi qu'Ogier sera élu parmi tous les chevaliers et qu'il sera champion de l'Église. Les armoiries d'Ogier sont en rapport avec les qualités et la mission religieuse du héros : l'or correspond à la supériorité de ses vertus, les léopards courageux et hardis, se réfèrent au courage d'Ogier et leur nombre - trois - signifie la Trinité que le Danois professera et servira mieux quiconque ; l'azur montre qu'Ogier sera champion de l'Église ; l'épervier, qui est le plus noble et le plus gentil de tous les oiseaux, indique les vertus d'Ogier enfin, la couronne d'or sur le heaume représente qu'Ogier est au-dessus des rois et des empereurs et qu'il conquerra plus de royaumes sur les Sarrasins qu'aucun homme y compris Alexandre.

Saint Michel intervient plusieurs fois pour guider les actions d’Ogier (Edina Bozoky, L'invention du passé liégeois chez Jean d'Outremeuse).

Asmodée et Ebroin, les usurpateurs

Historiquement Ebroin est Asmodée.

A côté de Meaux se trouve le village au non très suggestif de Saint-Jean-les-Deux-Jumeaux, de saint Jean-Baptiste désigné par Uriel chez de Vinci.

Le village de Saint-Jean les deux Jumeaux en Seine et Marne qui s'appelait jadis Sanctus Johannes de Gemellis (vers 1172); Le nom viendrait de deux hameaux accolés au village.

Les armoiries de Saint-Jean rappelle le losange de La Cassaigne à l’autre bout de l’axe de la croix : De gueules aux trois pal de vair, au chef ondé d’or chargé à dextre d’une merlette de sable et à senestre d’une croix aux pieds pattés du champ, chargée, en abîme d’un carreau en losange aussi d’or surchargé d’une croix aux pieds pattés aussi de sable, à la divise ondée d’argent brochant sur le trois du chef.

De nombreux vestiges attestent l'origine gallo romaine de Saint-Jean les deux Jumeaux. Ebroïn, un mérovingien redoutable et influent, fut propriétaire des lieux. Un seigneur de Saint-Jean (Jean de Bussey) meurt en croisade près des sources du Jourdain au XIIIème siècle. La Fronde fut une époque marquante et difficile du village. A partir de Louis XIII, les rois venant chasser à Montceaux-les-Meaux écoutaient la messe à Saint-Jean. Au temps de la Réforme, le village eut tant de protestants qu'un pasteur remplaça le curé. Louis XIV et sa cour ont traversé Saint- Jean.

Selon le journal de Jean Raveneau, bachelier de théologies de Faculté de Paris, curé de Saint Jean les deux Jumeaux : « le lundy 19 juillet 1683 » le roi Louis XIV, venant de la Ferté passe à St Jean puis à « St Fiacre où la dévotion de la Reyne appela toute la cour», et «où il entendit la messe et disna».

Bossuet vint plusieurs fois ici. Louis XVI et sa famille, dans leur fuite, y passèrent ainsi que, plus tard Napoléon 1er, en 1814 (Pays fertois, www.ferrieres-sur-sichon.fr - Saint Fiacre, fr.wikipedia.org - Ébroïn).

Au lieu d'Erchinoald, se leva un homme grand, puissant, terrible; grand par l'étendue de ses desseins; puissant, par l'audace de sa volonté; terrible, par le nombre et la promptitude de ses vengeances; foulant du môme dédain les grands et les peuples; suscitant, délaissant, élevant, effaçant les rois; ne les servant point, mais se servant d'eux; homme d'entreprise, de vice et de crime; homme de trahison et de meurtre; homme de malheur ; homme de ruine : cet homme était Ebroïn. » (Augustine Gombault, David Eugène Levi-Alvarès, Abrégé méthodique d'histoire de France, 1845).

Gouvernant au nom de Clotaire III puis de Thierry III (657-673 et 675-681 ou 683), il brisa une tentative d'émancipation de la Bourgogne en faisant exécuter saint Léger (vers 677).

Dès ce moment, Léger devint un saint et Ébroïn un païen, un renégat, qui du cloître était retourné dans le siècle, et en reprenant sa femme, était retombé dans son vomissement. « Arrière le pourceau qui ne craint pas d'insulter au Christ en profanant les ornements de ses églises. Incapable d'élever ses yeux vers le ciel, il tient son cœur plongé dans la fange des passions terrestres! » On n'ose pas dire jusqu'où allaient les invectives et quels indignes jeux de mots défiguraient le nom d'Ébroïn; il marchait cependant de victoire en victoire. Vainqueur des deux carolingiens, Martin et Peppin de Héristall à Leucofao [680], il allait sauver la dynastie des Mérovéades et rendre à la royauté son ancienne splendeur, lorsque le seul événement qu'elle eût à craindre la replongea dans l'abîme. Un leude fendit d'un coup de hache la tête d'Ébroïn, représaille terrible mais sûre du despotisme (en 681 ou 683) (www.larousse.fr - Ébroïn , Armand Parrot, Mémoires, Volumes 17 à 20, Académie des sciences et belles-lettres d'Angers, 1865).

L'Histoire accuse même Ebroïn d'avoir assassiné Erchinoald pour occuper sa place (Mémoires de l'Académie royale des sciences et belles-lettres depuis l'avènement de Fréderic Guillaume II au throne, Volume 8, 1801).

Ebroin est surtout, pour notre affaire, l’instigateur du meurtre de Dagobert II.

Noyon est dans le prolongement du pied de la croix après Meaux. C'est la ville du couronnement d'"usurpateurs" successifs carolingiens et capétiens : Charlemagne y est sacré roi des Francs en 768 et Hugues Capet le 3 juillet 987.

Asmodée

Dans Shemolh Rabba (XXX, 16) par exemple, il est dit que « Salomon sut vaincre un grand nombre de démons et d'esprits ». Son pouvoir sur eux était, dit-on, si complet qu'il alla jusqu'à prendre à son service Achmédaï (Asmodée), roi des Shèdim, pour l'aider à construire le Temple.

Salomon aurait détenu un anneau magique, qui lui permettait de régner à la fois "sur les mondes d'en haut et d'en bas". Le démon Asmodée (Ashmedai) étant arrivé par ruse à le lui dérober, il vit l'étendue de son pouvoir se rétrécir progressivement, jusqu'à ce qu'il ne possède plus effectivement que son lit et son sceptre, puis finalement plus rien que son sceptre. Salomon en aurait été réduit alors à devoir mendier, proclamant partout qu'il était le roi d'Israël, mais sans que personne ne le croie. Asmodée jeta l'anneau à la mer, un poisson l'avala et, par miracle, Salomon le prit dans son filet. L'ayant ouvert, il y trouva l'anneau et, grâce à lui, put remonter sur le trône (Revue des études juives, Volumes 16 à 17, 1888, www.slideshare.net - Dictionnaire des gnostiques).

A travers Vicor Hugo, Ebroin = Asmodée

La légende du beau Pécopin et de la belle Bautdour est une fantaisie ingénieuse, dans le genre de celles que les écrivains allemands affectionnent. Le merveilleux y domine d'un bout à l'autre. Les fées, les talismans, le diable et tous les prestiges de la magie, sont mis à contribution pour faire cheminer l'intrigue, ou plutôt pour multiplier les incidents propres à piquer la curiosité, car la donnée principale est fort simple, et l'intérêt ne gît que dans les détails. Le beau Pécopin et la belle Bauldour s'aiment d'amour tendre, et sont fiancés, le jour de leur mariage est fixé déjà, lorsque Pécopin se laisse entraîner par sa passion pour la chasse à suivre un prince du voisinage qui l'emmène à sa cour, le prend en amitié grande et le charge d'une mission auprès du duc de Bourgogne. Celui-ci, charmé de Pécopin, le prend à son service pour l'envoyer au roi de France, qui l'expédie au miramolin des Maures d'Espagne, qui l'envoye à son tour au calife de Bagdad. D'ambassade en ambassade, cinq années se passent, et Pécopin, qu'une aventure avec ta sultane favorite a fait jeter par la fenêtre du harem dans un gouffre épouvantable, sauvé par le talisman qu'il porte, se réjouit fort d'aller retrouver la belle Bauldour, lorsque sur sa route se rencontre le diable, auquel il joue un tour pendable et qui pour se venger l'invite à la chasse infernale. Pécopin ne résiste pas au son du cor, aux aboyements des chiens, à l'attrait d'une course furibonde, qui dure cent ans et le laisse enfin à la porte du château de sa fiancée. Hélas! la belle Bauldour n'est plus qu'une petite vieille, ridée, courbée, ratatinée, renfrognée de cent vingt ans, et le beau Pécopin désespéré brise le talisman qui l'empêchait de sentir aussi le poids des années, en sorte qu'il passe subitement de la vigueur et des illusions de la jeunesse dans la décrépitude la plus complète. Et voilà comme quoi la chasse peut devenir une passion funeste, dont le diable sait tirer profit pour se gausser du monde (Bibliothèque universelle de Genève. Nouvelle série, Volume 29, 1855).

Pécopin, maître de la Clef, mais qui a oublié de la mettre dans la serrure, est identifié par la critique de l'époque et par ses intimes à Hugo, tandis que Juliette Drouet se voit en Bauldour, reléguée et commençant sérieusement à se rider sans savoir que Hugo chasse alors du côté de la jeune et fraîche Léonie d'Aunet. En fait, Bauldour, bouche-anus qui annonce la pieuvre que combattra Gilliatt, cache sainte Bathilde (Michel Chaillou, Les romans à clefs, 2000).

L’investissement biographique et intime a tout de suite été fait par Juliette Drouet qui s’identifie à Bauldour, ridée et reléguée, tandis que Hugo se voit attribuer le talisman d’éternelle jouvence de Pécopin ainsi que son goût pour la chasse dont l’objet se précisera au fil des ans. D’abord, quête des honneurs, elle désignera nettement sur la fin le désir amoureux, vérifiant ainsi que, conduite par Asmodée, Démon de Midi et Fureur de Mort, elle est celle de toutes les concupiscences.

Bathilde, jeune esclave (anglo-) saxonne, achetée (641) par le maire du palais Erkinoald (Archambault) qui voulut l'épouser. Elle se déroba à ses avances et fut mariée à Clovis II, fils de Dagobert, vers 648. Elle eut de ce dernier trois fils : Clotaire III, Chilpéric II et Thierry III. A la mort de Clovis II (657-658) elle eut à assurer la régence, aidée par les évêques, Eloi, Léger, Ouen, Chrodobert, etc. Elle fonda ou dota de nombreux monastères dont les plus importants sont Chelles, Jumièges et Corbie. En rivalité avec le maire du palais, Ebroïn, elle dut se retirer à Chelles où elle mourut d'un ileus [Ileus : occlusion intestinale. Ou encore coliques miserere. Ce qui la rattache au folklore obscène et explique la tonalité rabelaisienne de la métaphore impertinente à laquelle il réduit Bauldour. « Totus homo fit excrementum », dit Hugo à propos de Rabelais dans William Shakespeare], en 680, le 30 janvier. Elle est canonisée (en fait, une translatio) le 26 février 833 à l’instigation de Louis le Débonnaire, fils de Charlemagne, qui cherche ainsi à suggérer la continuité entre les Mérovingiens et les Carolingiens et à légitimer son pouvoir. Ajoutons que Chelles [au sud ouest de Meaux] est une abbaye royale dont les abbesses sont proches du pouvoir. Ainsi Charlemagne donne Chelles à sa sœur, Gisèle, Louis le Débonnaire à Hégilvide, mère de l’impératrice Judith, sa femme, et, beaucoup plus tard, le Régent à sa fille, Louise-Adélaïde-Bathilde d’Orléans. Elle sert aussi de lieu de relégation...

Bathilde est donc bien sans aucune ambiguïté celle que cachait le voile onomastique de Bauldour […] L’histoire de Bathilde explique la présence des noms d’Erchinoald, d’Ego/Ega, Ermenfred et Soanachilde sur la liste de l'album 13 355 de Victor Hugo au verso du folio 51, liste de noms repris dans Pécopin. Et peut-être aussi le choix d’Asmodée, démon de Midi, pour conduire la chasse maudite. Le démon de Midi, n’est-ce pas celui qui saisit les hommes follement épris d’une nymphette à l’approche de la quarantaine ? Soit l’histoire d’Erchinoald, maire du Palais et successeur Ega, qui, poursuit sa jeune et jolie esclave Bathilde de ses avances, laquelle se dérobe et ne réapparaît que pour épouser Clovis II. Le portrait de la jeune Bauldour correspond à celui de l’authentique Bathilde, jolie blonde nordique aux yeux bleus. Sa projection en vieille femme appartient au topos du barbon amoureux. Il est probable que Hugo lorgnait déjà les jeunes femmes au moment où il écrivait Pécopin et qu’il était mûr pour l’aventure avec Léonie, sa « plus belle lettre sur le rein », se moquera le Tam- Tam. Si l’on se tourne vers le signifiant, Bauldour est également d’une grande richesse. Le nom évoque, comme il a été dit, l’Orient et Les Mille et une Nuits, soit l’Histoire de Camaralzaman... et de la princesse Badoure... (Françoise Chenet, Genèse et filiation de Pécopin).

L’investissement biographique et intime a tout de suite été fait par Juliette qui s’identifie à Bauldour, ridée et reléguée, tandis que Hugo se voit attribuer le talisman d’éternelle jouvence de Pécopin ainsi que son goût pour la chasse dont l’objet se précisera au fil des ans. D’abord, quête des honneurs, elle désignera nettement sur la fin le désir amoureux, vérifiant ainsi que, conduite par Asmodée, Démon de Midi et Fureur de Mort, elle est celle de toutes les concupiscences.

L'histoire de Bathilde explique la présence des noms d'Erchinoald, d'EgoAfïga, Ermenfred et Soanachilde sur la liste. Et peut-être aussi le choix d'Asmodée, démon de midi, pour conduire la chasse maudite. Soit l'histoire d'Erchinoald, maire du Palais et successeur d'AEsga, qui, poursuit sa jeune et jolie esclave Bathilde de ses avances, laquelle se dérobe et ne réapparaît que pour épouser Clovis II (Dominique Peyrache-Leborgne, Yann Jumelais, Victor Hugo, ou les frontières effacées, Horizons comparatistes, 2002).

Bathilde est la mère légendaire (terrible) des Enervés de Jumièges, stigmatisée par La Franciade de Ronsard.

Le personnage historique de Pécopin est le Bigon, Biegon ou Pecopin qui « mérite encore moins de fixer notre attention; il ne parait dans l'histoire que pour donner sa main à Alpaïde , fille de Louis-le-Débonnaire. Au reste, il ne jouit pas long-temps de sa fortune et de la faveur royale. Sa mort arriva en 816. » (Abbé Dupré, Essai sur les comtes de Paris, 1841 - archive.org).

La Vierge aux Rochers ou « La carte du pied de la croix »

Le tableau du Louvre aurait du orner la partie centrale d’un polyptyque commandé à Léonard et aux deux frères de Predis en 1483 par la Confraternité de l’Immaculée Conception pour une chapelle de l’église San Francesco Grande à Milan. L’existence d’une seconde version, aujourd’hui à la National Gallery de Londres mais qui provient bien de cette chapelle, ainsi que plusieurs documents d’archives, indiquent que le tableau du Louvre n’y a jamais pris place. Sa présence dans les collections royales françaises est attestée à partir de 1627, mais plusieurs indices plaident pour une arrivée beaucoup plus précoce. Selon l’hypothèse la plus convaincante, l’œuvre réalisée entre 1483 et 1486 n’aurait pas donné totale satisfaction aux commanditaires, ce qui aurait permis à Louis XII de l’acquérir vers 1500-1503. Une seconde version (celle de Londres) aurait été peinte sous la conduite de Léonard par Ambrogio de Predis entre 1495 et 1508 pour la remplacer.

Au début des années 1510, Léonard de Vinci travaillait à la seconde Vierge des rochers, à la Joconde et à La Madonne et Sainte Anne. A sa mort, François Ier acquit plusieurs de ses ouvrages (notamment, la Joconde et la première Vierge aux rochers), autour desquels se groupent d'autres chefs-d'œuvre de la Renaissance italienne (la Grande Sainte Famille et la Belle Jardinière de Raphaël, la Charité d'Andrea del Sarto). La seconde Vierge aux rochers conservée dans l'église San Francesco Grande jusqu'en 1781, arrivée en Angleterre quatre ans plus tard fut vendue à la National Gallery de Londres en 1880 (Giovanna Magi, H. Bressonneau, Le grand Louvre et le Musée d'Orsay, 1992 - books.google.fr, Serge Bramly, Léonard de Vinci: Biographie, 2012 - books.google.fr).

« Sa croix grave l'heure » est la parfaite anagramme de « la vierge aux rochers » réalisée par Dan Brown (François Perreau-Saussine, Mona Lisa et les 40 voleurs, 2006 - books.google.fr).

La croix en question ne serait-elle pas la Croix d'Huriel ?

La comparaison des deux versions de La Vierge aux rochers montre bien les ambiguïtés du programme iconographique de la première, qui a été beaucoup commenté par les spécialistes. L’identité des personnages peut en effet paraître obscure du fait de l’absence d’attributs et de la prééminence du petit saint Jean, placé aux côtés de la Vierge, désigné par le doigt de l’archange Gabriel et béni par Jésus www.louvre.fr - Séverine Laborie : La vierge aux rochers.

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Selon Françoise Bétouré, il s'agit de l'ange Uriel et non Gabriel, respectant une légende faisant l'ange protéger saint Jean Baptiste enfant dans le désert.

Le traditionnel désert où se situe la rencontre des deux enfants de conception divine, est remplacé par un décor surnaturel de caverne et de roches, d’eaux et de végétaux. C’est le mystère de l’Incarnation qui est célébré, à travers le rôle de Marie et celui du Précurseur, lequel est considéré selon une tradition florentine comme un compagnon de jeu de Jésus, déjà conscient du sacrifice à venir. Cette préfiguration de la Passion semble également contenue dans la représentation du précipice au bord duquel se tient l’Enfant et dans la végétation symbolique qui l’entoure (aconit, palmes, iris) (Louvres - La Vierge aux Rochers).

Uriel désignerait Huriel, le petit Jean Saint-Jean-les-deux-Jumeaux et la Vierge Ferrières-en-Gâtinais.

Le long doigt d’Uriel ou le doigt de Dieu

Dans une apocalypse arabe de Pierre, on y lit, prétendument raconté par Pierre, le récit de la vision qui l'amena à ne plus déclarer impure aucune nourriture. Pierre, dans ce texte, précise d'abord qu'avant sa vision il soumettait les nouveaux baptisés à toute la loi mosaïque. Il conte ensuite l'événement de Joppé, qui, en comparaison d'Act. 10, 9-16, a pris une apparence plus extraordinaire encore. Le Seigneur se sert intermédiaire, l'ange Uriel, qui parle à Pierre et lui dit clairement: «I will abrogate the old Law and renew your new Law.» La vision fut «un nuage de lumière» qui enveloppa l'apôtre. La nappe vint du ciel avec tous les animaux ; elle avait en son centre une table et sur cette table et sur cette table «quelque chose comme un porc». A la voix céleste «tue et mange» (Act. 10, 13), l'Apocalypse ajoute un doigt lumineux descendant du ciel sur le porc et y remontant trois fois (François Bovon, De Vocatione Gentium, Volume 8 de Beiträge zur Geschichte der biblischen Exegese, 1967).

Bénitier trilobé de l'église Saint-Pierre et Saint-Paul de Ferrières-en-Gâtinais

xdphoto.canalblog.com - Eglises dans le Loiret.

La Vierge ou Ferrières-en-Gâtinais : le bénitier de l'église de Rennes-le-Château

Les relations entre les personnages du tableau de Léonard de Vinci sont explicitées par un jeu complexe de gestes et de regards. La Vierge fait le lien, protégeant et bénissant l'enfant Jésus de sa main gauche.

A l'aube, du premier millénaire, Ferrières n'était qu'un hameau au bord de la Cléry, bâti autour d'une grotte voisine d'une source ferrugineuse. A quelques centaines de mètres se trouvait un alignement de roches, monument mégalithique prouvant l'ancienneté cultuelle du lieu. Ces pierres levées se dressaient encore en 1960, le long du chemin des Roches. Elles étaient au nombre de 14, dont certaines mesuraient plus de deux mètres de hauteur. Le monument fut détruit il y a une quarantaine d'années pour élargir la route. C'était le seul alignement mégalithique connu du sud de l'Ile de France !

Ferrières tire son nom des anciens ferriers exploités dans la région et dont on a retrouvé les fours en forêt. Le minerai superficiel du sous-sol était extrait et travaillé depuis la plus Haute Antiquité.

Avant la christianisation de la région, les forgerons vénéraient vraisemblablement des divinités druidiques. La tradition rapporte que Saint Savinien et Saint Potentien, évêques de Sens, vinrent évangéliser ces maîtres du feu. C'est là, dans leur grotte, que la nuit de Noël apparurent la Vierge et l'enfant Jésus. Loup Servet célèbre abbé du XIIIème siècle rapporta ce qui s'était passé :

"Le jour solennel étant venu auquel Nostre Seigneur s'étoit revêtu de notre mortelle nature et, comme lesdits saints vaquoient en veilles et oraisons pendant la nuit paisible, voilà que tout soudain la chapelle où lis étaient fut toute remplie d'une lumière inaccoutumée et environnée du choeur des Anges. Et là fut vu, entre les bras de la sainte Vierge, l'enfant Jésus en la même forme qu'il étoit venu au monde mais avec une bien plus grande et vénérable majesté. Potentien, le plus âgé s'écria : c'est vraiment ici une autre Bethléem ".

Le plus célèbre des Savinien, Cyrano de Bergerac, dans ses États et Empires du Soleil met en scène la bataille entre le Rémora (l'animal-glaçon) et la Salamandre (l'animal de feu). Le Remora avait la réputation d'arrêter les navires, dont un se trouve dans le blason des Naucase, par sa vertu glaciale.

Une chapelle fut aussitôt édifiée en l'honneur de la Vierge, Ainsi fut fondée à Ferrières Notre-Dame de Bethléem. Le christianisme commença à se répandre dans le Gâtinais. Plusieurs chrétiens virent s'établir autour de la chapelle. Ils bâtirent des loges et s'y retirèrent pour former une communauté. C'était là une ébauche de vie monastique. Hélas, le 26 décembre 461, les Huns conduits par le redoutable Attila, entrèrent dans Ferrières : " ils trouvèrent ces bons pères qui vivaient en solitude jusqu'au nombre de 366 lesquels s'étaient tous retirés dans l'église de Béthléem. Ils priaient Dieu de délivrer la Gaule de ce torrent d'infidèles qui ravageaient, brûlaient et ruinaient tous les Iieux par où ils passaient. Les barbares (...) se ruèrent sur ces Saints hommes et les massacrèrent inhumainement sans en épargner aucun. De plus, ils brûlèrent les maisons de la ville et l'église de Béthléem". (Jean VIII, pape de 872 à 882).

Peu après la tragédie, Notre-Dame de Bethléem fut réédifiée. La légende dit alors que Clovis, païen, venait fréquemment chasser à Ferrières. Clothilde, quant à elle fort pieuse s'y rendait pour prier la Vierge Marie. C'est là que Clovis aurait fait sa connaissance. Sa conversion serait également liée à l'histoire de Ferrières : Clovis et Clothilde avaient déjà perdu un fils aussi, lorsque le second, Clodomir, tomba gravement malade, la reine Clothilde galopa jusqu'à Notre-Dame de Béthléem pour implorer la Vierge de sauver son fils. Clodomir guérit et Clovis, gagné par la foi, se convertit aussitôt au christianisme, édifiant pendant qu'il y était l'église abbatiale Saint Pierre et Paul...

Cette belle histoire est née dans l'imagination d'un moine du XlVe siècle.

C’est au VIIème siècle, en 636, sous le règne de Dagobert Ier, qu’un monastère a été fondé à Ferrières, sous l’impulsion de la grande abbaye de Luxeuil (Haute-Saône). La règle adoptée fut d’abord celle du moine irlandais Colomban, caractérisée par l’emploi systématique du fouet (tarif : six coups pour avoir parlé au réfectoire; six coups pour avoir toussé à la messe; cinquante coups pour avoir répondu à l’abbé; etc). On comprend qu’au IXe siècle, en 817, les moines aient préféré la règle de saint Benoît ! (www.bude-orleans.org - Ferrières).

Pépin le Bref était un coriace. A l'occasion d'une fête qu'il donnait à Ferrières, un lion et un taureau, que l'on retrouve dans le blason des Naucase, combattaient dans les arènes. "Qui de vous oserait les séparer ? demanda-t-il aux courtisans assemblés."

Comme les volontaires ne se bousculaient pas, il descendit lui-même dans l'arène, poignarda le taureau et trancha la tête du lion d'un coup de sabre. Il s'adressa ensuite au peuple en lui disant: "Ne vous semble-t-il pas que je suis digne de vous commander ?". Personne n'eut l'idée de le contrarier... (gatinais.histoire.pagesperso-orange.fr - Ferrières).

Le bâtiment actuel de l'église Notre-Dame-de-Bethléem conserve des traces du IXe siècle : quatre masques et l'empreinte d'une tour-porche sur la façade reconstruite au XIXe siècle. Deux statues du XVe siècle, sainte Anne en pierre et Notre-Dame-de- Bethléem en bois, protègent le sanctuaire (www.mariedenazareth.com).

Antérieurement à la construction de la chapelle Saint-Fiacre de Ferrières à son emplacement actuel, construction entreprise en l'an 1669 à la demande des habitants de Ferrières pour parer aux inconvénients ci-dessus il convient de préciser qu'en 1595, un prêtre généreux avait doté Ferrières d'une chapelle St-Fiacre.

Les salamandres du bénitier : Montargis

Montargis fut brûlé en 1526 ou 1527. Le feu prit derrière la grande boucherie près d'une porte de la ville, appellée alors de l'Espérance, & l'incendie se répandit avec rapidité par tous les quartiers, sans qu'on pût y apporter secours. Le P. Morin, qui rapporte cet événement au Lundi 25 Juillet 1525, l'attribue, avec fa crédulité ordinaire, à des démons folets, qui couroient la France fous le règne de François I, & qui brûlèrent de la même forte Troyes en Champagne. Quoi qu'il en soit, la ville entièrement consumée, à quatre maisons près, fut rebâtie, & s'est accrue en différens temps. II paroît qu'elle étoit anciennement bornée par les postes du pont de l'Ouche & du pont quarré, dont la dernière soutient le beffroy, sous lequel est aujourd'hui la geolle, & qu'elle a été augmentée de tout le quartier des halles, & de îa porte aux Moines, ainsi nommée des religieux de Fontainejean auxquels appartenoit anciennement le fonds d'une portion de ce dernier quartier, qui relève encore en censive de cette abbaye. Les armes de France sculptées au-dessus de la porte aux Moines, dont les supports sont deux salamandres, marquent qu'elle a été bâtie fous le règne de François I.

Vers 1124, sous l'impulsion de Milon de Courtenay appartenant à la Maison de Courtenay et seigneur de Cerdagne, l'abbaye cistercienne de Fontainejean est fondée. C'est la 8e abbaye cistercienne de Pontigny. Le premier abbé, Étienne, arrive de Citeaux avec 12 religieux. L'édification de l'abbaye débute vers 1140. En 1148 Pierre de Courtenay, frère du roi Louis VII, la nomme abbaye royale. L'église est consacrée à Notre-Dame en 1173. Les vestiges de l'abbaye de Fontainejean se situent à environ trois kilomètres à l'est du bourg de la commune de Saint-Maurice-sur-Aveyron, au lieu-dit Fontainejean, à proximité de la route départementale 56 et au bord de la rivière Aveyron En 1376 et sur la sollicitation des moines, Charles V octroie 500 francs d'or pour faire reconstruire notamment la chapelle de Montargis et aider l'abbaye, à la condition que les moines disent une messe pour lui chaque jour et à perpétuité, dans cette chapelle de Montargis et ceci par des moines chapelains créés dans ce but.

Sous le manteau de la cheminée de 1’hôtel-de-ville de Montargis, un support de salamandres désigne avoir été sculpté sous le rëgne de François I. Il représente un Anglois nageant dans les eaux s'attachant aux arbres de la forêt. Lors de la démolition de l'hôtel-de-ville, en 1831, ce bas-relief a été détruit (Louis-Theodore Herissant, Nouvelles recherches sur la France, 1766, fr.wikipedia.org - Abbaye de Fontainejean).

Renée de France, duchesse de Chartres, comtesse de Gisors et dame de Montargis, née à Blois le 25 octobre 1510, morte à Montargis le 12 juin 1574, fille cadette de Louis XII, roi de France, et d'Anne de Bretagne. Belle-sœur de François Ier, tante et grand-tante de trois rois de France (François II, Charles IX et Henri III).

Il est difficile d'en déduire qu'à son départ pour l'Italie, Renée était proche du cercle évangélique de Meaux et de sa protectrice, sœur de François Ier . Elle épousa le 28 mai 1528, à Paris, Hercule II d'Este (1508-1559), duc de Ferrare, de Modène et de Reggio (fils de Lucrèce Borgia), et lui apporta en dot le duché de Chartres, le comté de Gisors et le domaine de Montargis. Le tout se montait à 12 500 écus de rente, soit 25 000 livres tournois, à l'époque du mariage

L'année 1554 représente une cassure dans cet engagement : admonestée par Matthieu Ory, grand inquisiteur de France envoyé par Henri II, emprisonnée et interrogée par le jésuite Jean Pelletier en présence de l'inquisiteur local de Ferrare, Girolamo Papino, isolée au Castello, elle accepta d'assister à la messe, de communier et de se confesser, reniant ainsi en apparence sa foi. Mais libérée, elle poursuivit son œuvre plus discrètement, à la déception de Calvin qui aurait voulu en faire "l'héroïne" du parti. La correspondance de Calvin témoigne de sa déception à l'égard de celle qui refusait ainsi de devenir la "vitrine" du parti réformé, à l'époque où sont publiés les premiers martyrologes calvinistes.

Rentrée en France en 1560, elle s'installe à Montargis. Présente aux noces de Henri de Navarre et de la princesse Marguerite, en 1572, son hôtel fut, semble-t-il, protégé par les gardes de son beau-fils le duc de Nemours, lors du Massacre de la Saint-Barthélemy. Silencieuse, la duchesse quitta Paris sous la protection d'une escorte royale et guisarde, sans doute, car elle est la grand-mère du duc de Guise Henri. Suivit une période de relative discrétion (épistolaire tout au moins) jusqu'à son décès, trois ans plus tard. Il semble que jusqu'à la fin, elle ait poursuivi son travail de protection des réformés (fr.wikipedia.org - Renée de France).

BS : Saint-Amand-Montrond

BS est le chiffre des Béthune - Sully, lignée initiée par le ministre de Henri IV, Maximilien de Béthune, duc de Sully, qui était aussi vicomte de Meaux.

L'axe Huriel - La Cassaigne passe près de la principauté de Boisbelle.

Le 31 août 1605, Sully, protestant et ami d'Henri IV depuis 1572, achète à Charles de Gonzague duc de Nevers et prince de Boisbelle, la terre et seigneurie souveraine de Boisbelle, dite également principauté souveraine d'Henrichemont et de Boisbelle. Dans cette vente de 210 000 livres, sont aussi comprises les seigneuries de La Chapelle-d'Angillon, et les châtellenies d'Orval, de Montrond, Saint-Amand et dépendances situées aux confins du Bourbonnais. À cette principauté dont les droits de franc-alleu ont été confirmés par le roi, Sully veut lui donner une capitale selon un plan rationnel. Charles de Gonzague fait de même à Charleville-Mézières. Plus tard, le cardinal de Richelieu va créer sa ville à côté de son château : Richelieu. La ville d'Henrichemont est nommée en l'honneur d'Henri IV. Le plan d'Henrichemont est dû à Félix de Verneilh et est conçu en forme de grille (Le carré SATOR : SFUTRAN vs SAUTRAN). D'ailleurs l'archevêque de Bourges, Mgr Frémiot, consacre en 1614 l'église Saint-Laurent le jour de la Saint-Laurent. Ce saint est connu pour le supplice du gril dont il a souffert. Les trois villes nouvelles citées ci-dessus sont toutes sur les nonagones. La mort d'Henri IV va priver Sully de son appui et libérer les opposants à la politique qu'il menait avec le roi. L'opération immobilière initiée par Sully sera donc un échec.

En 1616, Sully va s'opposer à défendre l'union les Protestants au parti du prince de Condé, élevé dans le catholicisme, en révolte contre Marie de Médicis. Lorsqu'en 1619 le prince de Condé va être libéré et retrouver ses droits dans le Berry, il va en résulter une opposition entre le prince de Condé et Sully qui devra lui vendre certaines de ses seigneuries, Montrond, Culan, le Châtelet, Orval et Villebon (fr.wikipedia.org - Henrichemont).

Bs est aussi la parole prononcée par le démon, qui était aussi au pied de la croix, pour déranger Pierre de Martina, capucin du XVIème siècle, dans ses oraisons comme on le voit dans le Calendrier kabbalistique de Rennes-le-Château.

A 4 kil. au N. de Saint-Amand-Montrond, sur la montagne du Belvédère, qui passait pour le centre de la France, avant l'annexion de la Savoie et de Nice, le duc de Mortemart a fait élever, à la gloire de l'armée d'Orient, une tour à huit pans, appelée tour Malakoff, d'où le regard embrasse un immense panorama (Richard, Guide du voyageur en France, 1866, www.rennes-le-chateau-archive.com - Méridiens).

L'emplacement choisi pour l'implantation du couvent des Capucins est vraisemblablement celui où s'élevait auparavant l'ancienne maladrerie médiévale, sur laquelle on ne sait malheureusement que de peu de choses, et une chapelle dédiée à saint Marc, détruite sur les ordres de Sully.

Il envisage aussi un moment de transférer l'église paroissiale, qui possède aujourd'hui encore quelques reliques de saint Vincent de Paule, déjà vénéré chez les Capucins, dans la nouvelle ville de Saint-Amand-sous-Montrond, mais le projet n'aboutit pas.

En 1621, Henri II de Condé, soucieux de prouver qu'il est désormais l'ennemi du parti calviniste, décide donc de fonder à la Chaume-Billeron un couvent de frères Capucins.

Le 3 mars 1622, à l'issue d'une importante procession, une croix de bois bénie au couvent des Carmes est plantée sur le site. Un an plus tard, Henri II de Condé et son épouse posent la première pierre du couvent, dédié à saint Charles et sainte Geneviève.

La consécration de l'église a lieu en 1627, en présence de l'archevêque de Bourges. De nombreux dons et offrandes permettent alors d'enrichir le couvent en objets liturgiques (calices, parements d'autel, chandeliers...).

L'église et le couvent étant désormais assurés de tout le nécessaire, les pères Capucins peuvent alors se consacrer au ministère spirituel pour lequel ils avaient été requis, spécialement la conversion des nombreux protestants de la ville. Mais le 10 octobre 1651 commence le siège de Montrond qui, jusqu'au 15 août 1652, entraînera ruines et désolation aux alentours du château. Le couvent des Capucins, situé directement sous le feu des canons, n'y échappe d'ailleurs pas et subit d'importants dégâts.

La paix revenue, il faut reconstruire ou du moins réparer les dégâts causés par le siège. Et ce n'est qu'en 1660, soit plus de huit ans après la fin des combats, que l'office divin y est rétabli. Malgré les années difficiles, les dons et les aumônes permettent à la communauté de vivre, certes dans l'austérité, et d'entretenir leur maison et enclos, voire d'enrichir leur bibliothèque.

Dans son Histoire et statistique monumentale du département du Cher, Buhot de Kersers donne une description relativement précise de l'ancien couvent des Capucins tel qu'il se présente à la fin du XIXème siècle :

« Les bâtiments sont groupés autour d'une tour carrée ; la chapelle, orientée à rebours, occupe le côté nord. Les cloîtres qui y étaient jadis appuyés, d'après un ancien plan, n'y existent plus. Les trois autres côtés sont occupés, au rez-de-chaussée et au premier étage, par des corridors à fenêtres vitrées, sur lesquels ouvrent toutes les pièces. Les escaliers en pierre, portés sur des voûtes, sont établis entre deux murs. La chapelle est couverte d'une voûte très basse en plâtre ; deux autels sont établis aux côtés du sanctuaire, deux oratoires aux côtés du chœur. Les fenêtres sont à cintre rond. Le retable fut refait en 1676 et comprenait de grandes colonnes torses allant jusqu'à la voûte, et on peut penser que le retable proprement dit, au-dessus de l'autel, en faisait partie. La façade de la chapelle, à l'est, a conservé une porte entre deux pilastres doriques portant un fronton entrecoupé, et deux tronçons de colonnes ; au-dessus est un oculus rond et, de chaque côté, une fenêtre. La décoration est enlevée. Il reste la devise : AB ARA AD ASTRA IHS » (archisam.pagesperso-orange.fr - Capucins).

Ad astra « Jusqu'aux cieux. » Dans l'Enéide, IX, 641, Virgile fait dire à Apollon s'adressant au jeune Ascagne : Macte nova virtute, puer, sic itur ad astra ! : « Honneur à ton jeune courage, enfant, c'est ainsi qu'on atteint les cieux. ». Dans le livre XII, 892-893, c'est Enée qui dit à son ennemi Turnus : Opta ardua pennis astra sequi. Une autre origine est attribuée à Sénèque le Jeune, qui écrit : non est ad astra mollis e terris via ("il n'y a pas de chemin aisé de la terre aux étoiles", Hercules Furens, ligne 437, prononcé par Megara, femme d'Hercule (yacinebest.free.fr - Liste de locutions latines, soul-of-the-pillar.blogspot.fr - Alexandros G. Sfakianakis - Latin Mottos).

"Ab ara" se retrouve aussi dans le livre XII de l'Enéide, 298-304 :

Obvius ambustum torrem Corynœus ab ara

Corripit, et venienti Ebuso plagumque ferenti

Occupat os flammis: olli ingens barba reluxit,

Nidoremque ambusta dedit: super ipse secutus

Cœsariem lœva turbati corripit bostis,

Impressoque genu nitens, terrœ applicat ipsum;

Sic rigido latus ense ferit.

Corynée saisit sur l'autel un tison ardent, et, au moment où Ébusus s'avance pour le frapper, il lui en présente le feu au visage : la longue barbe d'Ébusus s'enflamme, et répand une odeur infecte : Corynée, profitant de son trouble, se jette sur lui, le saisit de la main gauche par les cheveux, le presse fortement du genou contre la terre, et lui plonge dans le flanc sa tranchante épée.

Le poète fait de l'autel et des feux sacrés une cause ou un instrument de mort, tant dans ce passage que plus haut : "Impatient de rompre le traité, Messape pousse son cheval sur Aulestès, roi des Tyrrhéniens, revêtu des insignes de sa royauté : celui-ci recule et tombe à la renverse, la tête et les épaules embarrassées dans les autels qu'il n'a pas vus. Messape accourt furieux , et, sourd à ses prières, le frappe violemment du haut de son cheval, et le perce de sa longue javeline." (Œuvres de Virgile, Volume 4 de Bibliotèque latine-française, 1863).

Bâtie au XIIème siècle par Renaud de Montfaucon sur un éperon isolé, entre les vallées du Cher et de la Marmande, la forteresse de Montrond tombe en 1361 entre les mains des Anglais. Reconstruite au XVème siècle par Charles d'Albret, elle comporte alors un logis, une enceinte renforcée de douze tours et un puissant donjon (16 m de diamètre, 40 m de hauteur). Lors de la guerre de Cent Ans, Montrond résiste à l'invasion des Anglais,alors même que le château voisin d'Orval est totalement brûlé en 1412.

La résistance aux Anglais met dès lors en relief la valeur défensive du site. Abandonné au XVIème siècle, le château est en ruine en 1606, lorsque Maximilien de Béthune, duc de Sully, alors surintendant des Finances d'Henri IV, ajoute la seigneurie de Montrond à celles d'Orval, Epineuil, Bruère et Boisbelle qu'il possède déjà en Berry. La valeur globale de l'ensemble ainsi constitué (310.000 livres) représente plus du double de celle de son duché de Sully.

A la fin de 1610, malade et en semi disgrâce après la mort d'Henri IV, Sully se retire plusieurs mois à Montrond, où il rédige d'ailleurs une partie de ses Mémoires. Contraint d'abandonner ses places du Berry méridional, il cède Montrond en 1621 au prince Henri de Condé, duc de Bourbon et père du Grand Condé, dont Bossuet fera plus tard l'oraison funèbre.

En 1651, la Fronde des Princes conduit en effet le jeune Louis XIV à le faire investir. Sous les ordres du maréchal de Palluau, 4.000 soldats investissent la ville en octobre. En juillet 1652, le siège se durcit et les assiégés commencent à souffrir de la faim. Défendu par le marquis de Persan, Montrond ne se rend cependant qu'après onze mois de siège, menacé par la famine. Le 1er septembre 1652, les vingt survivants sortent de la forteresse « tambour battant, enseigne déployée et mèche allumée ». Furieux d'avoir vu son autorité remise en cause, Louis XIV ordonne le démantèlement immédiat de la forteresse mais force est de constater que, faute de poudre, celui-ci reste symbolique et partiel (archisam.pagesperso-orange.fr - Montrond).

Huriel et Meaux

Guillaume, évêque du Puy, en 1317, et de Meaux, peu de temps après, nommé archevêque de Bourges, en 1321, par le pape Jean XII, puis de Sens, en 1330, est mort au château de Naillac au mois de décembre 1338, et inhumé au pied du grand autel de l'église cathédrale de Saint-Etienne de Sens, sous une tombe de cuivre jaune , où était gravée cette épitaphe: « Sculpitur, hic G. de Brucia , » quondam senonen prœlatus sede , qui mortis subditus, evi carnis jus, ede persolvit nailliacensi , stirpe nitens , pariter prudens, pius, ad bona presto , M. C. ter. X. ter. I. ter. semel V. rapitur nece, festo Luciae, per iter venie Deus huic pius esta. » (Nicolas Viton de Saint Allais, Nobiliaire universel de France, 1815).

Après la mort de Simon Festu, Guillaume de Brosse, arrière-neveu de Guillaume de Brosse, Archevêque de Sens, monta sur le Siège de Meaux. Il était de la Maison de Sainte-Sévère, laquelle tirait son origine des Vicomtes de Limoges : fils de Roger de Brosse, Seigneur de Sainte-Sévère & de Boussac, et de Marguerite de Deols, & frère de Pierre Seigneur de Boussac, lequel fit la tige des Seigneurs de Penthièvre en Bretagne. Guillaume fut d'abord Evêque du Puy en Velay : il fut transféré en 1318 à l'Evêché de Meaux, et en 1321 à celui de Bourges, d'où il passa enfin à l'Archevêché de Sens. II parait par ces diverses translations que Guillaume de Brosse ne manquait ni d'amis, ni de crédit à la Cour, où sa naissance, & le talent qu'il avait pour les négociations le firent distinguer. Dès le 7 Octobre 1318 il fut député par le Roi avec l'Evêque de Mende pour traiter des suretés que demandait l'accomplissement de la paix de Flandre ; et l’année suivante il reçut ordre du Roi de promette en son nom l'exécution de l'avis ou du conseil du Pape. Combien, dit ce Prince, qu'en icelui y ait choses étranges et non accoutumées soit à lui, soit au Royaume ; et qui n'a jamais donné autres suretés, que ses lettres tant seulement. Pour ce qui est de ce que fit ce Prélat dans son Diocèse de Meaux pendant les trois ans ou environ qu'il le gouverna, nous ne voyons qu'une simple transaction entre lui et son Chapitre au sujet de la Juridiction, dont nous parlerons ailleurs. L'Eglise de Meaux lui a donne place dans son Nécrologe au 18 Décembre. L'année même qu'il fut transféré à l'Evêché de Meaux, le Pape Jean XXII proscrivit par une Bulle solennelle la secte des Béguards, qui malgré la condamnation qu'en avait déjà faite Clément V son prédécesseur, faisait tous les jours de nouveaux progrès dans l’Eglise. II y avait anciennement à Meaux une Communauté de Béguines, dont on ignore l'origine et les Fondateurs. Peut-être faisait-elle partie de cette secte impie et fanatique. Quoiqu'il en soit, ces Filles ont disparu depuis longtemps ; et ce fut peut-être à l'occasion de la Bulle de Jean XXII. Mais il y a encore une rue au faubourg Saint-Nicolas où elles étaient logées ; et on l'appelle de leur nom la rue des Béguines (Michel Toussaint Chrétien Du Plessis, Histoire De l'Eglise De Meaux, 1731).

Il défendit la juridiction ecclésiastique contre Pierre de Cugnières, avocat général au parlement, en présence du roi et de tous les ordres réunis, et quand Philippe de Valois eut donné gain de cause au clergé sur les légistes, Guillaume reconnaissant fit élever à ce prince une statue équestre à l'une des portes de la cathédrale, tandis que le malencontreux avocat fut ridiculisé d'ans presque toutes les grandes églises de France par une petite figure grotesque, logée dans le coin d'un pilier et connue sous le nom de Pierre ou de Jean du Coignot (Abbé Cornat, Notice sur les archevêques de Sens et les évêques d' Auxerre, 1855).

Fulcanelli donne une interprétation alchimique de la Pierre du Coin.

Et c’est ainsi que le plan de l’édifice chrétien nous révèle les qualités de la matière première, et sa préparation, par le signe de la Croix ; ce qui aboutit, pour les alchimistes, à l’obtention de la Première pierre, pierre angulaire du Grand Œuvre philosophal. C’est sur cette pierre que Jésus a bâti son Eglise ; et les francs-maçons médiévaux ont suivi symboliquement l’exemple divin. Mais avant d’être taillée pour servir de base à l’ouvrage d’art gothique aussi bien qu’à l’œuvre d’art philosophique, on donnait souvent à la pierre brute, impure, matérielle et grossière, l’image du diable.

Notre-Dame de Paris possédait un hiéroglyphe semblable, qui se trouvait sous le jubé, à l’angle de la clôture du chœur. C’était une figure de diable, ouvrant une bouche énorme, et dans laquelle les fidèles venaient éteindre leurs cierges ; de sorte que le bloc sculpté apparaissait souillé de bavures de cire et de noir de fumée. Le peuple appelait cette image Maîstre Pierre du Coignet, ce qui ne laissait pas d’embarrasser les archéologues. Or, cette figure, destinée à représenter la matière initiale de l’Œuvre, humanisée sous l’aspect de Lucifer (qui porte la lumière, - l’étoile du matin), était le symbole de notre pierre angulaire, la pierre du coin, la maîtresse pierre du coignet. "La pierre que les édifians ont rejettée, écrit Amyraut, a esté faite la maistresse pierre du coin, sur qui repose toute la structure du bastiment ; mais qui est pierre d’achoppement et pierre de scandale, contre laquelle ils se heurtent à leur ruine." Quant à la taille de cette pierre angulaire, - nous entendons sa préparation, - on peut la voir traduite en un fort joli bas-relief de l’époque, sculpté à l’extérieur de l’édifice, sur une chapelle absidiale, du côté de la rue du Cloître-Notre-Dame (Fulcanelli, Le mystère des cathédrales). (www.psychanalyse-paris.com - Le Mystère des Cathédrales ).

Moret, entre Meaux et Ferrières

Moret, Moretum, Litophaum, petite ville sur le Loing dans le diocèse de Sens, avec titre de Comté. L'an 850, on y tint un Concile, et c'est au nom de cette Assemblée que Loup Abbé de Ferrieres écrivit la 115ème de ses Epîtres. Henri le Grand donna le domaine de Moret à Jaqueline de Bueil son amie, qui le porta dans la Maison des Marquis de Vardes, de laquelle il a passé dans celle de Rohan-Chabot, par Madame la Duchesse de Rohan qui est fille unique du dernier Marquis de Vardes. Depuis quelques années Moret appartient par engagement à M. de Caumartin Intendant des Finances. Il y a un Château fort ancien qui n'est presque qu'un Donjon couvert d'une terrasse. La principale Eglise est dédiée à Notre-Dame. Elle est grande, assez bien bâtie et proche du Marché. II y a dans cette petite ville un Couvent de Religieuses (Jean-Aimar Piganiol de La Force, Nouvelle Description De La France, Volume 2, 1719).

A la suite d'une excursion dans les environs de Moret et de Montereau, M. de la Pylaie vous a annoncé que ses recherches avaient eu pour résultat de lui permettre de déterminer les emplacements de trois champs de bataille, où se vidèrent quelques-uns de ces démêlés si fréquents entre les rois de la première race.

1° Le champ de bataille de Latofao ou Lucofago, où, en 596, Clotaire II fut vainqueur de Théodebert et de Théodoric. Cette bataille doit avoir eu lieu, suivant M. de la Pylaie, près de Moret, depuis le bourg d'Ecuelles jusqu'à Saint-Mamert, à l'embouchure du Loing dans la Seine.

2° Celui de la bataille de Dormelles, où, en 599, Théodebert et Théodoric défirent à leur tour Clotaire; cette bataille se serait livrée sur les bords de la rivière d'Orvanne,

3° Enfin celui d'une autre bataille livrée en 680; Théodoric et Ebroin combattirent contre Martin et Pépin-le-Jeune, rois des Austrasiens, qui furent vainqueurs, et ravagèrent tout le pays. Cette bataille eut encore lieu à Latofao (Mémoires de la Société nationale des antiquaires de France, Volume 15, 1840).

Auguste-Jean-Marie, baron Bachelot de La Pylaie est un botaniste, un explorateur, un dessinateur et un archéologue français, doté d'une curiosité et d'une ouverture d'esprit peu commune, né le 25 mai 1786 à Fougères et mort le 12 octobre 1856 à Marseille.

Il est l’auteur des diverses études archéologiques sur la Bretagne. En 1843, il parcourt le Finistère pour y dresser une liste des monuments "antiques". Il découvre en 1845 le camp de Péran (Plédran), classé monument historique depuis 1875. Une légende raconte qu’un souterrain permettait de quitter secrètement le camp, ou qu’un trésor y aurait été enterré par les Templiers... (fr.wikipedia.org - Jean-Marie Bachelot de La Pylaie, www.pledran.fr - Le camp de Péran).

Jeux de Meaux, jeux de mots, jeux de Molinet

Les dés 3, 4, 5 de la station X du chemin de croix de l’église Sainte-Madeleine de Rennes-le-Château apparaissent dans les armes de la famille de Bourgogne et de Castille Molinet : Écartelé au 1 d'azur à deux bagues d'or en chef et trois dés mal-ordonnés d'argent en pointe lesdits dés marqués de trois quatre et cinq points de sable au 2 d'or à deux bâtons noueux de gueules passés en sautoir cantonnés de quatre roses du même au 3 d'argent à cinq lions de gueules 2 1 et 2 et une bordure du même ch de huit flanchis d'or au 4 d'or à trois pals d'azur et un chef de gueules ch d'un lion issant d'argent (Johannes Baptist Rietstap, Armorial général: précédé d'un Dictionnaire des termes du blason, Volume 2, 1887).

Trois Molinet se succédèrent aux fonctions de l’Ordre de la Toison d’Or : Baltasar, par résignation en sa faveur de son oncle M. Rosmarin, à ce poste du 6 mai 1621 au 20 août 1641, Nicolas Molinet et Joaquim Molinet.

Balthazard de Molinet, fut créé Baron de son nom, avec faculté d'affecter ce titre fur une Terre et Seigneurie à son choix, par Lettres du Roi Charles II. du 1er Nov. 1686. Il fut conseiller et greffier de l’ordre de la Toison d’Or, secrétaire du roi Philippe IV, père de Charles II, au Conseil suprême de Flandres et trésorier de la reine Dona Isabel de Borbon.

La marquesa de Molinet vivait en 1732, en la paroisse San Martin de Madrid (Francisco Piferrer, Nobiliario de los reinos y señorios de España (revisado por A. Rujula y Busel), 1859).

On peut penser que ces Molinet remonte à Jean Molinet, chroniqueur des ducs de Bourgogne, qui fut anobli.

Jean Molinet est né en 1435 à Desvres, près de Boulogne-sur-Mer. Il fait des études à Paris et y devient maître-ès-arts. Suivent des années difficiles pendant lesquelles il est en quête d'un patron qui lui permettra de survivre et de déployer ses talents de lettré ; il finit par se glisser parmi le personnel de la cour de Bourgogne, s'attache à Georges Chastellain, qu'il remplace après 1475 comme "indiciaire" (c'est-à-dire comme chroniqueur officiel de la maison ducale). Après la mort du Téméraire (1477), il entre en service de Marie, fille du Téméraire, qui vient d'épouser Maximilien d'Autriche, futur empereur, qui finit par l'anoblir en 1504. Entretemps, il a reçu une charge de chanoine de la Salle à Valenciennes, où il meurt en 1507. L'activité littéraire de Molinet est intense, en prose et en vers: il nous laisse, outre ses Chroniques (1474 - 1506), dont est extraite la Ressource du petit peuple (1481), un Art de rhétorique (avant 1492), et une mise en prose moralisée du Roman de la Rose (1500), mais aussi bon nombre de poésies religieuses et de circonstance, des fatras, à figure (dans le style des Grands Rhétoriqueurs) et des "pronostications"; on lui attribue aussi une pièce de théâtre, le Mystère de saint Quentin (vers 1482). L'" indiciaire" Molinet est on ne peut plus sérieux et consciencieux (même s'il relate des événements merveilleux avec une crédulité qui étonne à nos yeux) ; dans ses poésies de circonstance, il se montre engagé dans la politique, et compatissant envers les souffrances du peuple; du reste, admirable versificateur, il se délecte des jeux de mots, des calembours et plaisanteries ; il aime faire d'allègres mélanges du sacré et du profane (telle une poésie "qui se poeult (peut) adreschier soit à la Vierge Marie ou pour un amant à sa dame") (Martijn Rus, De la conception à l'au-delà: textes et documents français d'un siècle qui n'en est pas un (1450-1550), 1995).

A la demande de Philippe de Ravestein, duc de Clèves, dont la famille s'alliera aux Gonzague, le poète Molinet, chanoine de Valenciennes, reprit en sous-œuvre le livre de Guillaume et de Jehan, le mit en prose et en fit une paraphrase mystique dans le goût alambiqué de l'époque à laquelle il écrivait, avec force jeux de mots, surtout au sujet de son nom qui veut dire Petit-Moulin (P. Huot, Etude sur le roman de la rose par P. Huot, 1853).

Les rhétoriqueurs sont, comme l'a dit l'un de leurs premiers défenseurs, Albert-Marie Schmidt, «de prodigieux expérimentateurs du langage». Le lecteur du Roman de la rose moralisé ne peut qu'être frappé par le ludisme langagier qui envahit le texte. Les jeux de mots y prolifèrent sous diverses formes. Tout d'abord, l'équivoque : ainsi l'âme pécheresse, épouse du Seigneur, est qualifiée de «chiere epouse chierement rachetee». A propos de l'échiquier de la mort, la table de jeux introduit la table dégarnie des paysans. Par une double application des mots, Pénélope comme Constantinople «estoit vivement pourchassee/ puissamment assiegee et bien sollicitee par quelque filz de noble roy chault en amours et enflamme aux armes». Le calembour abonde: par exemple à propos de la demoiselle qui vient de s'adresser au confesseur : «cecy dit au beau pere combien quil estoit laiz assez». C'est encore un calembour que cette définition «alchimie, lart qui nest mie», ou ce latinisme «oncques ne dist ite : Mais tousjours venite». Souvent, Molinet se joue de l'étymologie, vraie ou prétendue: l'abbaye d'Argenteuil se nomme ainsi parce qu’elle est pleine de femmes qui «ont loeil a largent» (Catherine Bel, Herman Braet, De la Rose, Volume 3 de Synthema Series, 2006).

Le Roman de la Rose moralisé de Molinet semble proche d’une dévotion individuelle, d’un mysticisme personnel. Cette tendance s’inscrit sans doute dans le mouvement de la devotio moderna qui battait son plein dans les villes du Nord au XVe siècle finissant et qui mérite certes d’être rapprochée des débuts du mouvement évangélique en France [marqué par les Evangélistes de Meaux]. En cela, pourrait-on dire, le Roman de la Rose moralisé aurait tout pour être considéré non pas comme un spasme ultime de la tradition décadente du Moyen Âge finissant, mais bien plus comme une oeuvre annonçant — à la date fatidique de 1500 ! — l’agenda poétique et religieux du XVIe siècle, ce qui pourrait expliquer la popularité relative de cette oeuvre récupérée par les presses parisiennes et lyonnaises.

La scène où l’Amant cueille la Rose — d’une obscénité à peine voilée chez Jean de Meung — est interprétée par Molinet comme l’image de la Déposition de la Croix (Jelle Koopmans, L’allégorie théâtrale au début du XVIe siècle : le cas des pièces « profanes » de Marguerite de Navarre).

Evêque de Meaux depuis 1515, Guillaume Briçonnet réforme son évêché. Il fait venir une équipe extérieure de prédicateurs dont Lefèvre d’Etaples ou Guillaume Farel. Celui-ci devint ensuite réformé, fit adopter la Réforme à Genève et appela Calvin. Le programme du groupe de Meaux (le cercle) peut se résumer par : « connaître l’Evangile, suivre l’Evangile, et faire connaître partout l’Evangile » (www.histoire.edres74.ac-grenoble.fr).