partie ix - synthèse   Chapitre LVIII - Autour de Rennes   Sot Pêcheur et Par ce signe tu le vaincras 1   

Sot pêcheur, sot pécheur

Hypothèse : l’énigme du Sot pêcheur, cryptogramme trouvé dans la Villa Béthania à Rennes-le-Château, n’est pas codée, elle est à interpréter. Les séries de lettre sur le pourtour du texte central n’ont pas de valeur cryptographique.

Le texte résulte d’un amalgame de références grecques et bibliques interpénétrées. Le poisson grillé rappelle l’histoire biblique de Tobie confronté au démon Asmodée et supporté par l’ange Raphaël.

Le sot pêcheur est Orion/Tobie, Orion étant aveuglé par Oenopion comme le père de Tobie fut rendu aveugle.

Le fleuve Rhône renvoie à l’Eridan astronomiquement et au Tigre bibliquement, mais aussi à lui-même : par Rochemaure au bord du fleuve.

Le Rhône avait aussi ses nochers des morts. D'après un écrivain du Moyen Âge, l'âme d'Ébroïn est emportée par le diable dans un navire qu'on entend descendre le Rhône à grand bruit (Catherine Jolicoeur, Le Vaisseau Fantôme: Légende étiologique, 1970).

Quelques moines étaient avant le jour auprès du fleuve et s'entretenaient de bagatelles et de discours oiseux. Et voici qu'ils entendent des rameurs qui passaient sur le fleuve avec une grande rapidité. Les moines leur dirent: "Qui êtes-vous?" Et ils répondirent: " Nous sommes des démons, et nous portons en enfer l'âme d'Ebroïn, prévôt du roi des Francs qui a apostasié du monastère de Saint-Gall." En entendant cela, les moines furent saisis d'une très violente peur, et s'écrièrent de toutes leurs forces: "Sainte Marie, priez pour nous." Et les démons leur dirent : "Vous avez bien fait d'invoquer Marie, car nous voulions vous démembrer et vous noyer, parce que nous vous trouvons à une heure indue vous livrant à des conversations déréglées." Alors les moines rentrèrent au couvent et les démons se hâtèrent d'aller en enfer (www.catho.org - Gauthier de Cluny, Miracles de la sainte Vierge, c. IV.).

Ebroïn maire du palais des rois de Neustrie est l'un des dévastateurs de l'Allémanie et de Saint-Gall.

Un homme qui avait été privé de la vue par ordre du maire du palais, et qui s'était retiré dans l'île Barbe, près de Lyon, raconta qu'une nuit, comme il était en oraison aux bords de la Saône, il avait entendu le bruit d'un vaisseau qui remontait contre le courant du fleuve à grande force de rames: il demanda où allait ce navire ; alors une voix terrible retentit à ses oreilles : " C'est Ebroïn que nous emportons à la chaudière infernale ! " Ébroïn ne s'était pas fait de parti dans le ciel, comme autrefois le roi Dagobert, et aucun saint ne descendit du firmament pour délivrer son âme (Henri Martin, Histoire de France depuis les temps les plus reculés jusqu'en 1789, 1864).

Selon ce que dit le Martyrologe de Viviers, ville au bord du Rhône, manuscrit du XVème siècle, abrégé d'un manuscrit plus ancien, saint Arconce (Arcontius), évèque de Viviers, fut massacré, le 8 janvier 659, par des scélérats à la solde d'Ebroin selon les Acta Sanctorum, pour avoir défendu avec zèle les libertés de son Église. Son corps, qui était conservé dans l'église de Saint-Vincent alors cathédrale de Viviers (Par ce signe tu le vaincras : sephiroth, tarot et arbre de vie).

Le poisson dont l’arête est transformée en peigne renvoie au Lamies, à Lilith et à Saurimonda, la fée de la Montagne noire. Cet étrange poisson peut être la sirène elle-même qui donne son peigne, figure présente à La Ferté-Bernard (Par ce signe tu le vaincras : sephiroth, tarot et arbre de vie).

Le 25 fois renvoie au carré SATOR, dont un exemplaire se trouvait à saint Laurent de Rochemaure, Laurent ayant été supplicié sur un gril, et dont on a vu que le terme AREPO pouvait avoir un rapport avec les Rephaïm et Raphaël (Perceval et le carré SATOR).

La chapelle Saint Laurent à Rochemaure

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Le " second voyage d'Hénoch " est précédé par une liste des " sept anges qui veillent ". Les quatre premiers noms correspondent aux 4 anges qui servent de guide au patriarche, dans l'ordre de leur entrée en scène [Uriel, Raphaël, Gabriel, Mikhaël]. L'ange qui veille du parchemin est l'un des quatre. Pourquoi pas Gabriel, qui sera associé à Rochemaure. Le peigne est aussi un coquillage bivalve, ornement des pèlerins de saint Jacques et du Mont Saint Michel. Dans le port de Saint Raphaël en Provence, on embraquait autrefois des peignes de canne (roseau) (La Belle Etoile 2 : Huriel/Uriel).

Le nom d'Orion viendrait du mot " ourein ", qui en grec, signifie uriner. C'est de leur urine que Jupiter, Neptune et Mercure forgèrent Orion, pour remercier Hireus, ou Œnopion, de son hospitalité. Autre géant à rapprocher d'Orion, Gargantua qui par deux fois urine, à cheval sur Notre Dame, au point de noyer 260 418 Parisiens, qui auront ainsi eu leur " vin ", d'abord et les six pèlerins ensuite qui arrivent cependant à se sauver. C'est à Rochemaure, dit-on, que Gargantua enjamba le fleuve et que, puisant de l'eau dans le creux de sa main, il buvait sans y prendre garde, avec l'eau, les barques et les hommes.

Orion, Tobie et leurs chiens

Isaïe (XIII, 10) emploie l'expression « les kesils » pour désigner les grandes constellations du ciel. La plupart des commentateurs rabbiniques et des auteurs des anciennes versions ont interprété le kesil (chesil) comme Orion. Or Chesil est le fou ou le sot.

Cesil, Fou, sot, inconstant, léger, Prov. 15. 20. Ps 49- II. II signifie l'un et l'autre, et un fou , Pf +9. ix. et une étoile, qui cause le changement des faisons, Amos 5.8. Si C'est un Signe céleste, qui, quand il paraît, excite de grandes tempêtes, selon ce vers de Virgile, cum subito assurgens fluctu nimbosus Orion. En Hébreu il s'appelle cesil, de l'inconstance et de la mutabilité, il cause de fréquents changements d'air : Drus, sur Amos 5. Bagnar, fou, brutal, stupide En François, sot, Kesil: qui ne pèche pas étant surmonté par ses passions, ou par son ignorance, mais par la perversité de son esprit. On dit en François un mauvais fou. Geneb. sur Ps. 91. 7. Kesil, Job 38. 31. Es. 13. 10 (Edward Leigh, Louis de Wolzogue, Dictionnaire de la langue sainte, 1703).

Orion est la constellation la plus brillante, celle qui occupe une plus vaste étendue : elle à l'air d'un colosse qui s'élance au liant des cieux ; aussi est-elle appelée un géant, et son nom est Orion, qui dans les langues orientales signifie, l’étincelant, l'éclatant (or, ora, lumière; ori, orion, lumineux). Il est fils du Taureau ; car il se lève à la suite de ce signe zodiacal. Il passe sans péril les eaux les plus profondes ; car il a ses pieds dans le fleuve Eridan, constellation céleste, et ce fleuve ne lui va pas aux chevilles. C'est un chasseur déterminé, car il en a tout l'équipage; à sa suite sont les deux chiens; devant lui le lièvre qui s'enfuit. Il perd la vue sur le bord de la mer; car celte constellation étant arrivée à l'Occident, côté de l'univers que les Orientaux appelaient la mer, disparaît à la vue el ne se lève plus qu'avec le soleil. C'est OEnopion qui lui crève les yeux; ce nom signifie en effet œil aveuglé, dans les langues de l'Orient (ain, œil, ob ou oph, obscurci). C'est pour le punir d'avoir aimé Mérope ; mais ce mol signifie en grec le genre humain, avec lequel Orion allait se lever, lorsqu'il disparaît tout à coup. Il ne recouvre la vue qu'en Orient ; car ce n'est qu'en reparaissant là, au bout de six mois, qu'il brille de nouveau. S'il périt par la piqûre d'un scorpion, c'est que, lorsque le scorpion céleste se lève, Orion se couche ou expire. Enfin, si l'on en a fait un chasseur, si on lui en adonné l'équipage, c'est parce que celle constellation se lève dans le temps que s'ouvre la chasse (Encyclopédie théologique, Volume 26, 1850).

Orion est composé d'un grand nombre d'étoiles très-brillantes, entr'autres deux de la première grandeur et trois de la seconde, qui forment comme un râteau avec les précédentes. Partagée en deux par l'équateur, elle s'étend presqu'également dans les deux hémisphères. Sous la taille d'un géant elle se trouve placé près d'un fleuve qui se déborde, appelé l’Eridan, ou plutôt d'une mer, puisqu'elle renferme dans son sein une énorme baleine. Ce géant a la face tournée en arrière vers les Hyades et les Pléiades, deux groupes d'étoiles de la constellation du Taureau; tandis qu'il semble porter ses pas vers le vaisseau Argo, il tient au bout de son bras élevé une peau de bœuf en guise de parapluie. A ses pieds est la constellation du Lièvre. Les deux chiens Sirius et Procion, la gueule tournée vers Orion, sont postés entre lui et le vaisseau Argo. Devant ce vaisseau se voit la Colombe portant à son bec un rameau d'olivier. Derrière paroît la Coupe vide et l’Hydre becquetée par un Corbeau. Plus loin on aperçoit" L'Autel dressé comme pour faire un sacrifice, en deçà de l'autel le Centaure tenant un arc en main vis-à-vis d'un loup renversé sur le dos. Au haut de ces différentes figures, en remontant vers le nord, on découvre le triste Antinoüs, ou Prométhée avec un Aigle perché sur sa tête; à quelque distance de là un Cygne nageant dans la voie lactée; enfin, le grand Serpentaire la tête penchée à côté de celle d'Hercule. Telle est la position, l'attitude et l'ensemble des figures les plus anciennes de l'hémisphère méridional du ciel étoilé.

Maintenant peut-on croire qu'un pareil tableau soit l'effet du hasard, ou le fruit d'une imagination en délire? Certes, on aurait peine à s'en défendre si l'on prenait à la lettre ce qu'en ont rapporté les mythologues. Orion, suivant eux, étant un grand astronome tel qu'Atlas, que la science fit mettre au rang des astres, ou bien un grand chasseur, qui voulant faire violence à Diane fut percé de ses flèches, ensuite placé dans le ciel par Neptune, Jupiter et Mercure, qui tous trois l'avoient fait naître en urinant sur une peau de bœuf à la prière d'Hyriée, qui pour lors était sans enfants. Le lièvre, qui se tapit entre les jambes d'Orion, leur a paru un attribut de ce chasseur, ainsi que les deux chiens Procion et Sirius.

Orion, issu d'une manière si bizarrement merveilleuse de l'urine des dieux à la prière d’Hyriée, n'est autre que Noé engendré comme par miracle d'un père âgé de 182 ans, ensuite sorti plus miraculeusement encore des eaux du déluge, causé par le débordement des mers, empire de Neptune, et par la pluie du ciel, domaine de Jupiter et des planètes.

On voit qu'Orion portant à sa ceinture trois étoiles, vulgairement nommées les Trois Rois, au lieu d'être fils de trois pères, selon la Fable, est véritablement le père de trois fils, Sem, Chant et Japhet, qu'on peut bien dire avoir été les premiers rois, comme les premiers patriarches du genre humain depuis le déluge. Orion, l'observateur du temps et des astres, comme le porte ce nom, et partagé en deux par l'équateur céleste, ne représente-t-il pas exactement ce personnage célèbre de l'ancien et du nouveau monde, qui ayant les yeux fixés sur les Pléiades, observe attentivement l'heure que Dieu lui avoit marquée et à laquelle il lui avoit commandé d'entrer dans l'arche avec sa famille : vrai Typhis qui consulte l'oracle et l'état du ciel avant de s'embarquer avec les Argonautes sur le vaisseau qu'il avoit construit (Charles-Robert Gosselin, L'Antiquité dévoilée au moyen de la Genèse, 1817).

Le grand Chien est une constellation dans la partie méridionale du ciel près du Lièvre, au pied de l'Orion. On y compte communément 18 étoiles, mais Hévélius la compose de 12. Schiller donne à cette constellation le nom du Roi David, Schickard, celui du Chien du jeune Tobie (Alexandre Savérien, Dictionnaire universel de mathématique et de physique, Volume 1, 1753).

Wilhelm Schickard (né le 22 avril 1592 à Herrenberg, mort de la peste bubonique le 23 octobre 1635 à Tübingen) est un pasteur et universitaire souabe, professeur d’hébreu et d’astronomie. Il fut un précurseur du calcul mécanique car il conçut une machine à calculer plus de vingt ans avant la Pascaline de Blaise Pascal. Cette machine fut détruite avant d'être présentée à ses contemporains et son existence ne fut découverte qu'en 1957 (fr.wikipedia.org - Wilhelm Schickard).

Dans le Tiers Livre, lors de la réapparition de Gargantua, Rabelais glisse dans le texte une allusion suggestive qui se rapporte à l'histoire de Tobie. « En cestuy instant Pantagruel aperceut vers la porte de la salle le petit chien de Gargantua, lequel il nomme Kyne, pource que tel fut le nom du chien de Thobie. Adoncques dist à toute la compaignie: "Nostre roy n'est pas loing d'icy ; levons-nous. » Le chien de Gargantua n'a jamais jusque-là figuré dans le récit. Il n'est plus mentionné ensuite. On pourrait voir dans cette référence un détail réaliste inséré ici pour donner de la couleur au récit, n'était le fait que le nom de Tobie était associé à deux idées : celle des chiens et celle du respect de la volonté paternelle en matière de mariage ! Ce n'est pas une coïncidence si Rabelais mentionne ce chien de Tobie peu de temps avant d'apporter son soutien véhément à la morale qu'Erasme tirait de ce même exemple: « N'attendez pas de bonheur dans ces mariages formés dans le creuset d'une union furtive, à l'insu des parents et sans leur consentement. » (Michael Andrew Screech, Etudes rabelaisiennes, 1974).

Le Psalterium Georgii ou Harpe de Georges fut une constellation éphémère définie par Maximilien Hell en l'honneur du roi Georges III de Grande-Bretagne. Elle se trouvait près de l'Eridan, de la Baleine et d'Orion (Autour de Rennes : PS PRAECUM).

Tobie pêchant dans le Tigre

La scène biblique de Tobie péchant le poisson a d'abord été utilisée en Occident comme figure du salut. Elle a été ensuite associée au symbole de l’ichthus répandu par l’acrostiche qui compose les litres du Christ. Ainsi s'est développée, à partir du troisième siècle, dans l’homilétique occidentale, une exégèse christique de la pêche de Tobie. Cette exégèse longtemps eucharistique a été par la suite une « lecture » baptismale de cet épisode.

Un texte de Zenon de Vérone, reflète la survie en plein IVème siècle de la signification eschatologique de la pêche de Tobie. Dans une homélie adressée à des néophytes pour les convier au banquet eucharistique, Zenon donne à ce dernier un air de refrigerium [bonheur céleste, joies d’outre-tombe promises par Dieu, soulagement, réconfort], le représentant comme un repas de « naissance » au ciel, pur, « sans bile », digne du « vin nouveau » des baptisés, repas dont les modèles bibliques sont en particulier la cena de Tobie rôtissant les entrailles du poisson qu'il a péché. Ainsi à Vérone, vers 370, le repas au poisson de Tobie, type de cena puraz, garde encore sa saveur paradisiaque.

Ce n'est point cependant le repas de Tobie, mais l'épisode dont il n'est qu'un acte, la pêche sur les bords du Tigre, qui est évoquée comme emblème du salut dans les représentations pariétales romaines des IIIème et IVème siècles, celles de la mosaïque de Sainte-Constance, celles d'arcosolia des catacombes de Domitille et de Thrason, ou encore celle d'une tombe de l'hypogée de la Vigna Massimo5. Sur cette tombe ainsi que sur Varcosolium précité du cimetière de Thrason, l'effigie de Tobie pêcheur voisine avec d'autres signes de salut (images de Daniel et du Bon Pasteur), comme, chez Hippolyte de Rome, la figure de Suzanne est accompagnée de celle de Tobie.

Le symbolisme du poisson péché par Tobie n'est pas resté toujours et partout aussi flou. Il était appelé à connaître un développement original en relation avec la double assimilation du Christ au poisson et de l'Eucharistie à un repas au poisson.

S'il est très malaisé d'affirmer que, dans telle scène de l'iconographie cémétériale, le poisson même accompagné de pain et de vin a une valeur christique et eucharistique, il n'en est pas de même dans l'épigraphie chrétienne, où cette double signification apparaît de bonne heure, comme en témoignent les épitaphes d'Aberkios et de Pectorius d'Autun. On lit en effet dans cette dernière, que nous citons à cause de son origine occidentale : « Race divine du céleste Ichtys..., reçois l'aliment doux comme le miel du Sauveur des saints. Mange avec avidité, tenant l’Ichtys dans tes mains. Que je me rassasie de l’Ichtys, je le désire ardemment, mon Maître et mon Sauveur ». Il y a tout lieu de penser qu'ici la mandu- cation de l'Ichtys — « figure » du Christ d'après la célèbre formule contemporaine du De baptismo de Tertullien : « notre Poisson Jésus-Christ » — soit la nourriture eucharistique consommée selon le geste rituel des premiers siècles.

Pour trouver dans la littérature écrite l'équivalent, c'est-à-dire la double identification du poisson avec le Christ et du repas au poisson avec l'Eucharistie, il faudrait, à en croire G. Vogel, descendre, dans l'état actuel de nos connaissances, jusqu'à des textes de saint Augustin dans les Confessions et dans les Tractatus in Ioannem.

Il existe cependant de cette double assimilation un témoignage bien antérieur qui a pour objet la pêche de Tobie. Il est extrait d'un traité anonyme exhumé d'un manuscrit de Wurzburg en 1914 par R. Reitzenstein, le De centesima sexagesima tricesima, qui traite des récompenses attachées aux trois options du chrétien : martyre, virginité, vie droite dans le siècle. Mis en relation par la plupart des auteurs avec l'œuvre de Cyprien dont l'influence paraît indéniable, ce sermo vient récemment d'être classé par J. Danielou, à cause d'un grand nombre de traits caractéristiques, dans la littérature judéo-chrétienne, sans qu'il soit prouvé qu'il est antérieur à Tertullien.

Voulant montrer comment la dureté amère de la Loi du Seigneur se transforme pour le croyant en « miel savoureux », l'auteur prend l'exemple du fiel extrait du poisson que Tobie a péché : « Tobie délivrant Sara grâce à l'ange, rendant la vue à son père à la suite d'un attouchement répugnant, venant à bout du bond de l'animal qui ressemble au Christ, poisson spirituel, et dont ils prirent la chair pour s'en nourrir comme image du Christ, Tobie retirant le foie comme moyen de rendre la vue, tout cela montre l'effet de la loi qui rend la vue aux croyants : elle produit l'amertume, mais guérit par sa douceur » (Jean Doignon, Tobie et le poisson dans la littérature et l'iconographie occidentales (IIIe-Ve siècle)).

Rhône, Eridan et Tigre

Eridan est un mot du Nord. Rod, Rid est une flèche faite de roseau, selon l'usage de ces temps-là. Les Celtes donnaient ce nom à tous les fleuves qui coulaient rapidement. De-là Rodan, Rode, Eridan, noms de rivières connues. Les Grecs écrivirent Rhod. C'est ainsi que le fleuve rapide qui se joint à l'Euphrate, fut appelé Tigre, tiré du mot persan Tir, c'est-à-dire Flèche (Gian Rinaldo Carli, Lettres Américaines, Volume 2, 1788, Moreau de Dammartin, Monument babylonien, Revue des études historiques, Volumes 6 à 7, 1840).

Le Rhône en latin est Rhodanus.

Acarnar ou Acharnar ; nom d'une étoile de la constellation de l’Eridan, de l’arabe « dernière du fleuve ».

Or Acarne, acarnan, acarnas est un poisson de mer semblable au pagre et au pagel, avec lesquels on le vend à Rome sous le nom de phragolino, que l'on donne à ces trois espèces de poisson. L'acarne est blanc, ses écailles sont argentées, le dessus de sa tête est arqué en descendant jusqu'à la bouche, qui est petite. Ses dents sont menues, ses yeux grands & de couleur d'or; l'espace qui se trouve entre les deux yeux est aplati, les nageoires sont blanches ; il y a à la racine des premières une marque mêlée de rouge & de noir. La queue est rouge; on voit fur se corps un trait qui va en ligne droite depuis les ouïes jusqu'à la queue. On pêche ce poisson en été & en hiver; fa chair a un goût doux, quoiqu'un peu astringent à la langue; elle est nourrissante, & se digère facilement. Les parties intérieures de l’acarne sont à-peu- près semblables à celles du pagre & du pagel (Denis Diderot, Jean Le Rond d' Alembert, Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, Volume 1, 1777).

Lamies, Lilith, peigne d’or et la trèva

Qui est-elle, cette première femme ambiguë, cette dévoreuse d'hommes, cette inquiétante séductrice qui a précédé Eve et que certaines légendes ont appelée Lilith, Lamia, Lorelei, Lola ou Mélusine ? (Jean Romain, Le sixième jour, 1993)

La reine mythique Lamia, célèbre pour sa beauté fut transformée en bête sauvage à cause de sa cruauté. Les lamies sont comparables aux sirènes compagnes des dragons et dans les déserts. En 1577, Johann Wier publie un traité intitulé De Lamiis Liber. Selon Caro Baroja, la croyance aux lamies subsiste en Gascogne. Leur attribut est la peigne en or – peut-être une arête de poisson ? Les lamies dévorent les enfants. Jung a relevé le fait que “lamia” est aussi un mot pour designer un poisson vorace (de « lamos » abysse) (Juan Eduardo Cirlot, A Dictionary of Symbols, 2002).

La lamie est une espèce de Chien de mer, le plus grand de tous les Chiens de mer nommés Galet. Il est d'une si prodigieuse grandeur, qu'on a trouvé des hommes entiers dans son estomac. C'est le plus goulu de tous les poissons. II lui faut peu de temps pour digérer. II a les dents âpres, grosses et aiguës, découpées comme une scie et de figure irrégulière : elles font disposées par six: rangs, dont le premier paraît hors la gueule : celles du second sont droites et les autres courbées en dedans. Rondelet pense que la Lamie est le poisson dans le ventre duquel Jonas passa trois jours et trois nuits (François-Alexandre Aubert de La Chesnaye des Bois, Dictionnaire raisonné et universel des animaux ou le règne animal, Volume 2, 1759).

Dans les contes populaires de la Grèce moderne encore, Lamia joue un grand rôle. Les Tours de Lamia mentionnées par Tertullien, à côté des Peignes du Soleil, peuvent faire songer au castel d'un monstre féminin dévorant des enfants, pareil à celui qui, dans un conte allemand, habite la petite maison aux pains d'épices (Ludwig Friedlaender, Moeurs romaines du règne d'Auguste à la fin des Antonins, Volume 1, 1865).

Les Septante dans Isaïe ainsi que de nombreuses versions de la Vulgate traduisent l'Hébreu Lilith par Lamia. Euripide & le Scholiaste d'Aristophane en font aussi mention comme d'un monstre funeste et ennemi des mortels.

Quant au peigne, il évoque la valorisation du support symbolique de l'animalité sensuelle; le cheveu et le poil sont peignés du même instrument : le peigne lisse les cheveux ; le peigne carde la laine.

C'est peut-être Lilith elle-même qui est évoquée dans le Livre de Tobie après que ce dernier eut disposé sur les braises d'encens le cœur et le foie du poisson : «Tobie se souvint des conseils de Raphaël, il prit son sac, il en tira le cœur et le foie du poisson, et il en mit sur les braises de l'encens. L'odeur du poisson incommoda le démon, qui s'enfuit par les airs jusqu'en Haute-Egypte. » (Jacques Bril, Lilith, ou, La mère obscure, Volume 65 de Bibliothèque scientifique, 1981).

Dans la tradition suméro-babylonienne, Lilitu ou encore Lamashtu possède un peigne, attribut de la sexualité, et un miroir, parure attrayante mais aussi piège de l'âme. Dans la tradition juive, Lilith qui prend la semence d'Adam sans intention ni possibilité de reproduction, représente la sexualité à l'état pur. Chez les grecs, Eilétheia ou Illithia, divinité d'origine Crétoise des accouchements, joue un rôle maléfique, car sur l'ordre d'Héra, elle retarde la délivrance d'Alcmène sur le point d’accoucher d’Héraklès (Phréatique, Numéros 72 à 75, Groupe de recherches polypoétiques, 1995).

Saurimonda est la Fée des vallées de l'Aude et du Rebenty, également présente dans la montagne noire. Très belle femme blonde, elle était liée à l'or et au soleil. Elle est aussi croquemitaine pour les enfants ne se laissant pas peigner. Un jour, elle a laissé tomber son peigne dans un cours d'eau et depuis, on n'y trouve des pépites d'or.

La Saurimonda ou Salimonda de la Montagne noire ressemble aussi à nos Fachilièiras. On raconte qu'à Mazamet, Saurimonda habitait dans une grotte. Elle laissa tomber son peigne d'or dans l’Arnette et prédit que les eaux de ce torrent rouleraient continuellement de l’or (polymathe.over-blog.com - Saurimonde).

Les motivations secondaires à partir des types primaires salamandra sont particulièrement nombreuses (salamanha, salimanha, salimana, samamalha, sarimanda, saurimonda, salimandra, etc.) (Pierre Bec, Liliane Jagueneau, Per un païs: écrits sur la langue et la littérature occitanes modernes, 2002).

La trèva, est une sorte de sœur de la fée, plus vague, plus flottante, de blanc vêtue, les cheveux au vent. Elle glisse sur les eaux des ruisseaux et des rivières. La nuit, elle obsède certaines âmes. Elle est un peu la personnification de la peur populaire. Elle n'est pas particulièrement mauvaise. Elle erre parmi les ruines, les villages isolés par l'hiver. Personne ne peut vraiment assurer l'avoir vue. Certains ont cru l'entendre frapper à leur porte ou à leur fenêtre. Bien entendu, ils n'ont pas ouvert : on n'ouvre pas aux âmes errantes. On fait dire des messes pour calmer leurs inquiétudes. A Lacham-Raphaël, elle se manifestait par des bruits insolites, des lumières brillant dans la nuit, des clochettes mystérieuses. Le Serre-de-la-Roue est pour les habitants de Saint-Apollinaire-de-Rias leur lieu de réunion. On en aurait vu à Rochemaure, les nuits d'orage, portant des torches (Michel Carlat, Vivarais Ardèche, 1991).

Le substantif trèva, de son côté, désigne aussi bien un revenant que le lutin, l'insomnie, la surexcitation qu'on éprouve dans la nuit, et enfin, les bruits nocturnes. Là, on voit bien que le fait de "tréber" - de déambuler dans l'obscurité, de hanter certains lieux - s'articule à la croisée de plusieurs mondes, d'un espace et d'un temps où peuvent se côtoyer les âmes en peine, le lutin et les jeunes hommes qui courtisent une dulcinée. Tous rôdent dans la nuit (Daniel Loddo, Jean-Noël Pelen, Etres fantastiques des régions de France: actes du colloque de Gaillac, 5, 6, 7 décembre 1997).

De là, à désigner le village de Trèbes près de Carcassonne dans le sceau de Salomon, avec sa famille de Dax.

Antoine II de Dax (ou Dax), fils de Jean Dax - grand chambellan du roi Charles VIII au royaume de Sicile, seigneur de La Serpent, d'Axat, de Cessales et de Leuc -, seigneur de Trèbes, évêque d'Alet, président par ordonnance royale les États de Languedoc réunis à Carcassonne en 1569, abbé de St-Polycarpe (comme plusieurs Dax) et chanoine de Carcassonne cathédrale Saint-Nazaire il fut d'abord vicaire général de Carcassonne (grand vicaire du cardinal de Bourbon) puis chanoine et archidiacre d'Alet, avant d'être de nouveau nommé vicaire général du nouvel évêque de Carcassonne, François de Faucon, le 20 mars 1554, pour le compte duquel il prit possession de l'évêché le 5 avril, pourvu du siège épiscopal d'Alet en 1564 dont il prit possession en 1565, il mourut en 1579 quelques années après qu'en pleines guerres de religion les calvinistes qui tenaient Alet l'eurent assiégé le retenant prisonnier et eurent saccagé sa ville, démoli le palais épiscopal et détruit la magnifique cathédrale Sainte-Marie (fr.wikipedia.org - Trèbes).

Alet et La Serpent se trouvent sur la " ligne gnostique ". Leuc et Saint-Polycarpe dans le sceau de Salomon (Un aligement inattendu : la ligne gnostique, Une étoile hermétique à deux niveaux).

Croiser les doigts comme la Madeleine de Rennes-le-Château

XVII. C'est un sortilège que de se tenir, les doigts croisés en forme de peigne, auprès d'une femme enceinte , ou d'un malade à qui l'on présente quelque remède, comme l'atteste, dit-on, l'histoire d'Alcmène en travail d'Hercule. C'est bien pis si les doigts posent sur un seul genou, ou sur les deux : il en est de même si l'on met les cuisses, tantôt sur un genou, tantôt sur l'autre : aussi nos pères dans les assemblées , soit des magistrats, soit des généraux, avaient-ils interdit cette posture, comme mettant obstacle à toute espèce d'opération (Histoire naturelle de Pline, Volume 17, Traduit par Ajasson de Grandsagne, 1833).