Partie IX - Synthèse   Chapitre LVIII - Autour de Rennes   Shugborough   

http://en.wikipedia.org/wiki/Shugborough

Le Shepherd's Monument a t command par Thomas Anson vers 1748. C'est une tablette de marbre qui reprsente en miroir le tableau des Bergers d'Arcadie de Nicolas Poussin. Au dessous de la tablette une inscription ajoute par Thomas Anson prsente une suite de 10 lettres : O.U.O.S.V.A.V.V avec en dessous D. M.

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Ce monument fait partie d'une srie de 8 autres construits dans l'esprit de la Grce antique, parmi lesquels la Lanthorn of Demosthenes, la Triumphal Arch qui est inspire de l'arche d'Hadrien, empereur philhellne, Athnes.

En 1736, Thomas Anson rejoignit la Socit des Dilettanti, tablie en vue d'encourager l'art grec classique, avec ses amis William Degge du Cheshire et le frre de celui-ci qui appartenait, comme Anson, la Royal Society depuis 1730 . Son ami James Stuart qui fut charg de construire les monuments du parc, connu plus tard comme "Athenian Stuart", et Nicholas Revett visitrent la Grce en 1751 pour tudier l'architecture. A Venise, ils rencontrrent Sir James Gray, le Rsident britannique, qui les nomma membres de la Socit des Dilettanti.

La Socit des Dilettanti fut fonde par Sir Francis Dashwood et d'autres voyageurs comme Charles Sackville, comte de Middlesex et Lord Boyne, en 1731. C'tait d'abord un club de personnes ayant voyag en Italie dont Horace Walpole pensait que la seule qualification tait de boire. Progressivement, le club s'intressa au monde classique.

Nous avons vu, avec les trois tableaux que Saunire aurait rapports de Paris, que le tableau des Bergers d'Arcadie tait li calendairement au 18 septembre et aux Mystres d'Eleusis (voir Calendrier Rennes-le-chteau).

Les Dilettanti, passionns d'art et d'histoire grecs, se sont forcment intresss Eleusis et iront jusqu' financer une exploration des ruines des sanctuaires leusiniens en 1814, avec une commission d'architectes anglais qui publirent les rsultats de leurs travaux dans les Antiquits indites de l'Attique ; deux autres explorations auront lieu, en 1860, aux frais communs des gouvernements franais et grec, et en 1883-1888 par la Socit archologique d'Athnes.[1]

Nostradamus la rescousse

D.M. renvoie sans doute Diis (ou Dis par contraction) Manibus, invocation aux Mnes, les esprits des morts. Ces initiales se trouvent dans les Centuries de Nostradamus et sont associes Ulpian, rfrence l'empereur Trajan, Marcus Ulpius Trajanus, quatrain VIII, 66, ce qui semble confirm dans un autre quatrain, le V, 66.

VIII, 66

Quand l'escriture D.M. trouve,

Et cave antique lampe descouverte,

Loy, Roy et Prince Ulpian esprouve,

Pavillon Royne et Duc sous la couverte.

V, 66

Sous les antiques difices vestaux,

Non esloignez d'aque duc ruine :

De Sol et Lune sont les luisants mtaux,

Ardante lampe Traian d'or butine.

Ces deux quatrains parlent d'espaces souterrains qui entrent en jeu dans les Mystres d'Eleusis mme si cela est contest aujourd'hui.

L'Encyclopedia of Freemasonry d'Albert Gallatin Mackey, Robert Ingham Clegg, Harry LeRoy Haywood, Kessinger Publishing, 1946 indique que le Temple d'Eleusis comportait 3 parties : le megaron, ou sanctuaire ; l'anactoron ou saint des saints et un appartement souterrain. Charles Magnin, dans Origines du thtre, Revue des Deux Mondes, tome 13 et 14, 1838 confirme : " M. Fougerot, en 1781 (Magasin encyclop., an VIII, tom. I, pag. 309 et suiv. ), et plus rcemment les auteurs des Antiquits indites de l'Attique, traduites par M. Hittorff (pag. 30 et 31), ont constat dans les ruines du temple d'Eleusis l'existence d'une crypte, qui formait sous la cella une pice souterraine semblable celles que l'on mnage, pour le jeu des dcorations, sous le plancher de nos thtres, et qui parat avoir eu la mme destination. Je pense que, dans l'poque svre des mystres d'Eleusis, cette crypte put servir faire monter dans la cella les figures et les symboles que le dadouque clairait de son flambeau ", ce qui ferait rfrence la " lampe ardente " de Nostradamus.

Mais cela est rfut par Daremberg, parlant des Dilettanti : " contrairement ce qu'avancent les Dilettanti, le sol du skos n'est pas un niveau plus bas que celui du portique ; au contraire, vers le fond, il est plus haut d'un demi-mtre. Il ne peut donc plus tre question de la crypte tablie en sous- sol et destine aux apparitions des pannychies, dont on fondait l'existence sur un texte d'Itimrius mentionnant to kat temenos. La diffrence des niveaux sur ce sol mouvement dans toute la priphrie de l'enceinte sacre suffit expliquer ce terme. "[2]

Trajan, Marcus Ulpius Crinitus Trajanus est un " Empereur Romain, n Italique prs de Sville en Espagne le 18 Septembre de l'an 52 de Jsus- Christ et mort Slinonte, appele depuis Trajanopolis, vers le commencement d'Aot de l'an 117, g d'environ 65 ans, aprs en avoir rgn dix-neuf ans, six mois & quelques jours. Il avait t adopt l'empire par Nerva. Le pre de Trajan, d'une famille ancienne originaire d'Espagne, avait t cr consul, et avait obtenu les honneurs du triomphe sous Vespasien ", selon les Fables, lettres, et varits historiques publies par P. Elmsly en 1771, Londres.

Si cette date de naissance tait reconnue au XVIIIme sicle, elle fit l'objet de contestation plus tard.

" Quem tuus natalis exornat. L'ensemble de cette phrase, et la Lettre 28 du liv. X, prouvent que Pline dsigne le 18 septembre, jour o prit Domitien, et o Nerva fut lev l'empire. Trajan tait-il aussi n ce jour- l ? Celle concidence n'est pas impossible, mais elle est au moins fort remarquable. Aussi Schwartz essaie-t-il de prouver que ce n'est pas de la naissance de Trajan qu'il s'agit, mais de son adoption. Les mots natalis dits peuvent videmment s'employer dans ce sens, et natalis imperii peut signifier mme l'anniversaire de l'avnement d'un prince, les exemples cits par Schwartz ne laissent aucun doute sur ce point, non plus que sur le sens ligure que genuit est susceptible de recevoir. Cependant les arguments de ce critique, dfaut de preuves directes, devraient tablir deux impossibilits, l'une que Trajan soit n le 18 septembre, l'autre qu'il ait t adopt un autre jour que le 18 septembre, et c'est ce qu'ils ne font pas. Tillemont discute la mme question, et, sans rien prononcer, il ne nie pas que natalis ne puisse s'entendre du jour de l'adoption. "[3]

Trajan est le seul empereur romain sur lequel l'antiquit ne nous ait transmis aucune notice particulire, car les Csars de Sutone finissent Nerva inclusivement, et l'Histoire Auguste ne commence qu'au rgne d'Adrien. Nous n'avons sur lui que les extraits de Dion Cassius, les abrgs d'Eutrope, d'Aurelius Victor et de Paul Orose. Il parat que Tacite avait crit le rgne de Trajan, qu'il loue avec prdilection dans la vie d'Agricola et dans le premier livre de ses Histoires. De mme, on a profit des incertitudes sur la vie de Plutarque pour lui crer une lgende. Vers le milieu du moyen ge, deux compilateurs en renom, Georges le Syncelle et Suidas, allgurent que, dans sa vieillesse, Plutarque, lev au consulat, avait t investi par Trajan d'un souverain pouvoir sur les magistrats de l'Illyrie et sur la Grce. Deux cents ans plus tard, Jean de Salisbury, rapportant comme un fait avr que Plutarque avait t le prcepteur de Trajan, donnait tout an long l'analyse d'une Institution dicte par le matre son lve en la faisant prcder d'une lettre dans laquelle le philosophe flicitait le prince de son lvation l'empire.[4]

D.M.

Les deux lettres D M se trouvent en gnral soit en haut des inscriptions funraires, soit de part et d'autre, ainsi la position de Shugborough n'est pas nigmatique (www.noctes-gallicanae.org - Alain Canut).

Plutarque parle de l'exprience, peut-tre de la sienne, de l'initiation aux mystres d'Eleusis comme d'une mort : " Et entre dans la mort, l'me prouve une motion semblable celle des initis aux grands mystres. C'est pourquoi en ce qui concerne le " mourir " et l'" tre initi ", le terme ressemble au terme, et la chose la chose. Tout d'abord les errances, les dtours puisants, et telles progressions incessantes et inquitantes au milieu des tnbres. Puis, juste avant la fin, toutes ces choses redoutables, les frissons et les tremblements, les tourments et les terreurs. Mais la suite de cela, voici que se prsente une lumire inoue, et les lieux purs et les prairies, avec les voix et les danses et la solennit des sons sacrs et des saintes apparitions.

Apule dans ses Mtamorphoses acquiesce : " J'ai touch aux confins de la mort, aprs avoir franchi le seuil de Proserpine j'ai t port travers tous les lments, et j'en suis revenu. Au cur de la nuit j'ai vu le soleil briller d'une lumire tincelante. J'ai approch les dieux d'en bas et les dieux d'en haut, et je les ai adors de prs ".

Faut-il voir l'pitaphe comme celle d'une mort initiatique.

Trajan et Eleusis

Ayant grandi dans les faveurs de Domitien, il fut nomm au consulat en 91. Pendant 5 ans, on ne sait rien de sa vie. Quand la rvolution de 96 arrive avec l'assassina de Domitien le 18 septembre 96, Nerva remplace le dfunt et Trajan devient lgat consulaire pour la Germanie Suprieure.[5]

Ces 5 ans font penser au quinquennium leusinien. Il faut ajouter l'intrt de Trajan port la Grce.

Dom Pernety parle des Mystres Eleusiniens comme tant de deux sortes, les grands et les petits ; et pour tre initi dans les uns et dans les autres, il fallait tre capable de garder un grand secret. Les petits servaient de noviciat prliminaire avant d'tre admis aux grands. Les premiers se clbraient Agra, prs d'Athnes ; les grands Eleusis. Le temps de l'preuve durait cinq ans - Tertullien parle du quinquennium, ce qui est contest actuellement - (l'ge du compagnon franc-maon est de 5 ans : Le petit frre des pieuvres) ; il fallait garder la chastet pendant tout ce temps-l. Aprs bien des preuves, on devenait Mystes, ou en tat d'tre Epopte, c'est--dire, tmoin des crmonies les plus secrtes ; et quoiqu'on ft Initi ou reu, Epopte, on n'tait pas au fait de tout ; car les Prtres se rservaient la connaissance de beaucoup de choses.[6]

Trajan n'aurait pas t le seul parmi les empereurs tre initi : Auguste fut non seulement initi mais dignitaire ; Claude essaya de transporter d'Attique Rome les Mystres leusiniens ; Domitien assista aux Mystres ; Adrien fut archonte Athnes en 111-112 et en 128-129 il contemplait les Mystres ; il en est de mme pour Antonin le Pieux, Lucius Verus, Marc- Aurle, Commode, Septime Svre et naturellement pour Julien.

On peut tablir un rapport entre Trajan et Triptolme qui reut l'enseignement de Dmter.

" Triptolme est mon nom; la clbre Athnes est ma patrie J'apporte avec moi les dons de Crs, qui, confis aux champs, produisent une nourriture salutaire et d'abondantes moissons. " A quoi rpond le Pangyrique de Trajan de Pline le Jeune, ami de l'empereur : " C'est maintenant que toutes les provinces se trouvent heureuses d'tre soumises un empire dont le chef, disposant de la fcondit des terres, la transporte d'un lieu l'autre, selon les temps et les besoins, et nourrit une nation spare par la mer, comme si c'tait une partie du peuple et des tribus de Rome. Le ciel n'est jamais assez prodigue de ses dons pour dispenser tous les pays la fois une gale abondance : le prince bannit la fois de tous, non la strilit sans doute, mais les maux qu'elle entrane ; il y porte, sinon la fcondit, au moins les biens qu'elle procure ; il unit par de mutuels changes l'Orient et l'Occident "[7]. En effet, les " empereurs romains s'identifiaient avec Triptolme, gallien allait jusqu' s'identifier avec Dmter elle-mme " [8].

Ptolme Philadelphe avait institu Alexandrie la procession solennelle du calathos, rempli d'pis, de Dmter, port sur un char tran par quatre chevaux blancs. C'est pour cette crmonie que Callimaque composa son hymne la desse. Un grand bronze d'Alexandrie la tte de Trajan en retrace la partie principale et essentielle, le char du calathos d'Athnes. C'est aux Thesmophories que Ptolme Philadelphe l'avait emprunte. Elle tait trangre aux Eleusinies. Pourtant le calathos n'en tait pas absent ; avec la ciste il y servait contenir les objets sacrs, iera, dont la collation aux initis, paradsis tn iern, constituait un des actes essentiels des mystres. Mais les corbeilles qui renfermaient ces iera de dimensions restreintes taient portes dans les processions sur la tte des vierges calathphores ou canphores.

O.U.O.S.V.A.V.V

Le sujet de la tablette de marbre est grec, les mystres d'Eleusis sont grecs, alors pourquoi l'pitaphe est romaine ?

C'est sans doute parce que l'initi tait latin, justifiant le choix de Trajan. C'est grce son action militaire en Dacie que Trajan se voit dcerner le titre de "Meilleur des Princes, par la volont du Snat et du peuple romain" ("Optimo principi senatus populusque romanus"). La modestie de la titulature des dbuts du rgne, mise en avant par Pline dans son Pangyrique s'estompe donc. Le titre flatteur de "meilleur des princes" apparat dsormais sur les monnaies de bronze, d'argent ou d'or, et rappelle que Trajan, pendant tout son rgne, entretient des relations cordiales avec le Snat. Cette titulature, mais aussi l'iconographie montaire montre que Trajan est proche du dieu des dieux, Jupiter Capitolin, qui lui aussi est Optimus (on l'appelle Jupiter Optimus Maximus, "Jupiter le meilleur et le plus grand"). Trajan apparat sur une monnaie avec un foudre, attribut typiquement jupitrien la main, ou mme directement en compagnie du dieu, qui le prend sous sa protection.

O.U.

Optimi Ulpii

O.S.

Ossa Sita

V.A.V.

Vixit Annos Quinque : les 5 ans du quinquennium

V

Vale : salutation ambigu adapte au passage qui signifie la fois " Adieu ! " et " Porte-toi bien ! ".

Aux Dieux Mnes de l'excellent Ulpius, ces os sont ici, il a vcu 5 annes, Adieu !

Trajan et les Dilettanti

Trajan intressait les Dilettanti par sa bienveillance pour la Grce qui a t cependant clips par le philhellnisme d'Hadrien son successeur. Mais elle apparat dans le plus important des grands projets architecturaux de Trajan Rome, le forum, qu'il fit difier par l'habile constructeur du pont de pierre du Danube, Apollodore de Damas. Ce vaste complexe architectural, construit dans le prolongement du Forum d'Auguste, a ncessit le nivellement d'une colline, dont la hauteur initiale est indique par le sommet de la Colonne Trajane. Le forum se composait d'une grande place borde d'arcades, dans laquelle on entrait par une porte monumentale. Au centre s'levait une statue questre de Trajan. Face l'entre monumentale du forum se trouvait l'immense basilique ulpienne. Derrire la basilique, au centre d'une petite place, se dressait la Colonne Trajane, couverte de bas-reliefs reprsentant les principaux vnements des guerres daciques et surmonte d'une statue de l'Empereur. De part et d'autres se trouvaient deux bibliothques, l'une consacre aux ouvrages grecs, l'autre aux uvres latines. La bibliothque Ulpienne fut fonde pour l'usage du public. Selon le cardinal Volaterani, l'empereur y avait fait crire toutes les belles actions des princes et les dcrets du snat, sur des pices de belle toile, qu'il fit couvrir d'ivoire. Quelques auteurs assurent que Trajan fit porter Rome tous les livres qui se trouvaient dans les villes conquises, pour augmenter sa bibliothque : il est probable que Pline le jeune, son favori, l'engagea l'enrichir de la sorte.

Durant la priode antonine, Athnes renat grce Trajan, et ses successeurs dont Hadrien. Trajan vint Athnes ; il y sjourna plusieurs fois. Il reut dans cette ville les ambassadeurs d'Osrhos, roi de Perse, qui venaient lui offrir la paix et des prsents. Il rejeta ces offres, et c'est d'Athnes qu'il partit pour excuter en Orient sa belle campagne contre les Parthes. Trajan avait difi en Grce, et particulirement Olympie, plusieurs monuments utiles ou magnifiques.[9]

Cet intrt pour Trajan se confirme par l'existence d'une statue de cet empereur Shugborough, Staffordshire dans la collection de, Lord Anson et qui fut vue en 1782. Plus tard (vers 1880) elle fut en possession de Mr. J. A. Crane, Birmingham, et en 1951 dans le jardin de Mr. K. J. Hewett,Chelsea-Hammersmith, London.

Statue of the Emperor Trajan, c. 120 AD

Harvard Art Museum/Arthur M. Sackler Museum

Alpheus Hyatt Purchasing Fund, 1954.71

http://www.artmuseums.harvard.edu

Pourquoi Trajan ?

On peut supposer que la date de naissance de Trajan, un 18 septembre, joue un grand rle dans ce choix, puisque la triangulation annuelle donne aussi un 18 septembre associ l'ergot de seigle et aux Mystres d'Eleusis. La vie et les gots de Trajan se prtent aussi ses spculations, avec un trou de 5 ans qui peut correspondre au quinquennium de Tertullien et avec sa bienveillance accorde la Grce.

Trajan a servi de passerelle entre le monde antique paen et le monde chrtien. Trajan ne publia pas d'dit gnral contre les sectateurs de la religion nouvelle. Il est certain aussi qu' la fin de son rgne il conut des sentiments plus judicieux et plus humains leur gard. Sa correspondance avec Pline le Jeune en fait foi. Consult par cet illustre personnage, qu'il avait nomm gouverneur de Bithynie, sur la conduite suivre l'gard des Chrtiens, aux vertus desquels Pline rendait un hommage impartial, Trajan fit une rponse qui renferme tons les gards pour la justice et pour l'humanit qui pouvaient se concilier arec les notions errones que suivait ce prince en matire de police religieuse. Il reconnat combien il est difficile de se former un plan gnral dans cette matire; mais il tablit deux rglements utiles, qui depuis furent souvent l'appui et la consolation des Chrtiens opprims. Quoiqu'il ordonne de punir tout homme accuse et convaincu d'tre Chrtien, par une sorte de contradiction dont on aurait tort de lui faire un crime, puisqu'elle tait dicte par son humanit, il dfend de faire aucune perquisition contre ceux que l'on pourrait souponner de ce crime. Il rejette les dlations anonymes ; " car cela, dit-il, est d'un pernicieux exemple, et trs-loign de nos maximes ".

Trajan est plac par Dante en son Paradis chrtien, seul des empereurs romains, sans doute en raison de la lgende rapporte, entre autres, par Etienne de Bourbon, dans Tractatus de diversis materiis praedicabilibus, qui veut que Saint Grgoire le Grand passant devant le palais de Trajan et se souvenant de la clmence de cet empereur, se mit en prire devant l'autel de saint Pierre, jusqu'au moment o une voix lui dit, alors qu'il s'tait endormi, que Trajan tait libr, mais qu' l'avenir il ne devrait plus prier pour un infidle dfunt.

Les crivains ecclsiastiques qui ont rapport la dlivrance de Trajan par l'intercession de saint Grgoire, ont eu soin de rfuter cette fable, aussi contraire au dogme catholique, que dnue de preuves et d'autorits. Le premier qui l'ait adopte et rpandue en Italie, o on refusait de la croire, est Jean Diacre, postrieur de trois sicles saint Grgoire. Il dit l'avoir apprise par la tradition des glises d'Angleterre ; comme si ce n'tait pas Rome, tmoin de ce prodige, qu'elle aurait d bien plutt se conserver. De plus on dmontre que le saint Pape n'a jamais pu demander Dieu le salut d'un prince, qui, quelques vertus qu'il et d'ailleurs, tait mort dans l'idoltrie et avait perscut l'Eglise; saint Grgoire enseigne expressment, en plusieurs endroits d ses crits, que jamais la misricorde de Dieu ne sauve ceux que sa justice a condamns aux peines ternelles ; ce qui est un point de foi catholique.

A cette lgende, s'ajoute, au cas o les Dilettanti envisageaient l'initiation de Trajan, l'orphisme qui fut introduit Eleusis avec le culte de Dionysos Zagreus. C'est en partie par celui-l qu'Eleusis se rapproche du christianisme. L'orphisme tend vers le monothisme, car il place Zeus au plus haut niveau, il est, selon certaines thories, le crateur du monde. Lors de l'expansion du christianisme, aux premiers sicles de notre re, l'orphisme tait encore pratiqu. Les premiers chrtiens voyaient en Orphe un prcurseur du Christ. Des conceptions sont analogues entre le christianisme et l'orphisme : unit divine, doctrine du Verbe, le pch originel, la purification, l'immortalit de l'me et le Paradis, la proccupation de l'autre vie. L'orphisme substitua au principe de la pluralit des causes celui de l'unit divine, au culte de la vie le culte de la mort, la morale active et politique de la Grce rpublicaine la morale passive et asctique de l'Orient. Le propre d'Eleusis, le cycle naturel de la vgtation, rencontre la parabole vanglique du " Si le grain ne meurt ". Les mystres d'Eleusis, peut-tre sous l'influence de l'orphisme, deviendront une religion de salut. Le mystre central, dans chacune de ces deux sectes, tait celui de la mort et de la rsurrection, symbolises par la dcomposition de la graine dans la terre et sa rapparition sous la forme d'un tre vivant qui s'lve vers la lumire. Les rogations, ces prires pour que le grain en mourant devienne fruit, rsonnaient autrefois dans les campagnes catholiques.

Un trsor

Un Philosophe Athnes ayant trouv un trsor dans son champ, crivit Trajan : " J'ai trouv un trsor ". Trajan lui rpondit d'en user. Il est trop grand pour un Philosophe, lui crivit encore celui-l. Trajan lui rpondit d'en abuser.[10]

Quel rapport tablir entre Eleusis et l'Arcadie ?

On trouve dans les Adages d'Erasme, au I vii 77, une vision syncrtique du mythe de Trophonios.

Un fameux architecte, fils de Stymphale et arrire-petit-fils d'Arcas, dont le nom a donn celui d'Arcadie, et qui enseigna les connaissances qu'il tenait de Triptolme consistant dans l'art de tisser, de cultiver le bl et de faire le pain, s'appelait Agamedes. Sa femme tait Epicaste, dont elle eut un fils du dieu Apollon appel Trophonius. Elle conut d'Agamedes un autre fils Cercyon. Tous trois, Agamedes, Trophonius et Cercyon, furent architectes et construisirent de fameux difices en Grce dont la chambre nuptiale d'Alcmne Thbes, les temples d'Apollon Delphes et celui de of Posidon en Arcadie sur la route de Mantine Tge, ainsi que le trsor royal d'Augias.

Agamedes et Trophonius placrent une pierre qu'ils pouvaient aisment retirer pour accder au trsor d'Augias, la nuit. Le roi s'aperut que le trsor diminuait et fit placer des piges par Ddale pour prendre les voleurs. Agamedes fut pig et Trophonius lui coupa la tte pour qu'on ne puisse le reconnatre. Alors qu'il s'enfuyait vers Orchomne; la terre s'entrouvrit et Trophonius disparut dans le bois de Lebadea o depuis se tenait l'oracle de Trophonius. Cercyon, complice du vol, s'enfuit Eleusis.[11]

Le nom de Cercyon marque les rapports antiques du culte de Crs Eleusis avec celui de la Dmter-rinnys et Lousia de l'Arcadie, et de tous deux avec le culte de Poseidon-Hippios, poux de la desse dans ce pays et, Eleusis, honor sous le nom de Pre. De ce dieu et d'Alop, fille de Hippothoos, lui-mme fils de Cercyon, tait n Hippothoon, le hros ponyme de la tribu Hippothoontide, de laquelle dpendait Eleusis. Par l aussi se rvle l'origine avant tout plasgique de ces cultes et de leurs lgendes.

Cercyon flotte entre l'Arcadie et l'Attique, et rsiste encore Thse, qui le tuera la lutte, tandis que Hippothoon, son petit-fils, annonce la pacification complte des tribus et des cultes. L'histoire de Trophonius est un patchwork sens expliquer aussi les liens entre les cultes mystres de Trophonius et d'Eleusis. D'ailleurs un culte de Dmter tait clbr Lebadea.

Les peuples n'allrent point encenser les restes funbres de Trophonius, disparu, et bientt l'oublirent. Apollon, fch de cette ingratitude, envoya une scheresse opinitre la Botie. Au bout de deux ans on consulte l'oracle, et la Pythie dclare que l'abondance ne peut renatre que quand on suivra les avis de Trophonius ; mais o trouver Trophonius ? Dans Lbade. On court au bois sacr, on pntre dans la grotte mystrieuse, on retrouve la cendre sainte, et un temple s'lve peu de dislance. Un Acrphien nomm Saon eut l'honneur de faire cette dcouverte importante. Guid par une inspiration divine, il suivit un essaim d'abeilles qui avaient leur ruche dans l'antre sacr. Bientt les prdictions de cet oracle devinrent clbres. L'oracle tait plac dans l'intrieur de la terre. Ceux qui venaient le consulter taient nomms catenates, parce qu'ils n'y parvenaient que par une descente. L'antre de Trophonius, situ a quelque distance du bois sacr, prsentait d'abord une sorte de vestibule entour d'une barrire de marbre blanc que couronnaient des oblisques d'airain. Une grotte creuse au ciseau offrait une ouverture d'environ huit coudes de hauteur sur quatre de largeur. C'est l qu'tait l'entre de la caverne dans laquelle on descendait par le moyen d'une chelle. Parvenu une certaine profondeur, on rencontrait une ouverture troite, dans laquelle on introduisait d'abord ses pieds. Le corps ne passait qu'avec une grande difficult, et l'on se sentait alors entran avec une rapidit extrme jusqu'au fond du souterrain. Le retour s'oprait la tte en bas, les pieds en l'air, et avec une gale rapidit. Pour empcher le consultant de porter des mains indiscrtes sur la machine dans laquelle il tait ainsi lanc, les prtres avaient le soin de les lui faire remplir de gteaux de miel, destins apaiser la voracit des serpents dont le passage tait, assuraient-ils, infest. On n'entrait dans la caverne que de nuit, et aprs de longues prparations et un strict examen. Celui qui venait consulter l'oracle devait passer plusieurs jours dans un petit temple ddi la bonne Fortune et au bon Gnie. Il devait se servir de bains chauds, oindre son corps d'huile, s'abstenir de vin, se nourrir de la chair d'animaux offerts par lui en sacrifice, et se revtir d'une robe de lin. L'avenir se dvoilait sous ses yeux par des apparitions ; la divinit daignait quelquefois rpondre de vive voix. Le sjour dans l'antre n'tait point limit. On y restait quelquefois plong dans un sommeil d'un jour et d'une nuit. Le fidle son retour tait plac sur un sige appel sige de Mnmosyne, et rendait compte de tout ce qui avait frapp ses yeux et ses oreilles. On le reconduisait dans le petit temple de la bonne Fortune et du bon Gnie, o il recouvrait ses facults. L'impression terrible que ses sens avaient reue s'effaait difficilement, et le plus grand nombre de ceux qui avaient fait ce voyage conservaient, le reste de leur vie, les marques d'une sombre mlancolie, ce qui donna naissance l'expression proverbiale : " II a consult l'oracle de Trophonius " applique aux personnes dont l'extrieur tait grave et soucieux [12].

http://en.wikipedia.org/wiki/Trophonius

Parfois Cercyon est identifi Sinis, un voleur fameux par son atroce cruaut. Ce sclrat, surnomm le ployeur de pins, se tenait sur les grands chemins, et lorsqu'il saisissait un homme, il l'attachait deux gros arbres courbs et rapprochs par la cime, lesquels, en se redressant, mettaient en pices l'infortun. Deux pins d'Ecosse plants sur le domaine des Anson prs de Shugborough vers 1770 commmorent le tour du monde de l'amiral Anson de 1740.[13]

 


[1] Charles Daremberg et E. Saglio, Le Dictionnaire des Antiquits grecques et romaines, http://www.mediterranees.net/civilisation/religions/mysteres/eleusinia5.html

[2] Charles Daremberg et E. Saglio, Le Dictionnaire des Antiquits grecques et romaines, http://www.mediterranees.net/civilisation/religions/mysteres/eleusinia5.html

[3] Collections des auteurs latins sous la direction de M. Nisard, Firmin Didot frres, fils et cie, 1865

[4] Octave Grard, Nouveau dictionnaire de pdagogie et d'instruction primaire

[5] http://www.1911encyclopedia.org/Trajan

[6] Dom Antoine-Joseph Pernety, Les Fables gyptiennes et Grecques, http://www.lescheminsdhermes.org/Livre-d-Alchimie-et-d-esoterisme,444.html

[7] http://www.mediterranees.net/histoire_romaine/empereurs_2siecle/Pline/Panegyrique/Panegyrique.html

[8] Walter Burkert, Homo necans, les belles lettres, p. 345

[9] Louis Petit de Julleville, Histoire de la Grce sous la domination romaine, 1875, http://www.mediterranee-antique.info/Grece/Julleville/HGDR_15.htm

[10] Jean-Franois Marmontel, Blisaire, Merlin, 1767, http://books.google.com/books?id=gWsOAAAAQAAJ&pg=PA191&lpg=PA191&dq=%22trajan%22+%22athenes%22&source=bl&ots=s28c6jyj0Z&sig=LZoWB9-HzOVZvS4WkVIsXoHFCOg&hl=fr&sa=X&oi=book_result&resnum=6&ct=result

[11] Erasme, Collected works, http://books.google.com/books?id=5S9AVhEFi10C&pg=RA2-PA76&lpg=RA2-PA76&dq=agamedes+arcadia+trophonius+stymphalus&source=web&ots=DQzKLCgp9Y&sig=yYz4ZI7qKDM1HUxmfsun2rzNyw4&hl=fr&sa=X&oi=book_result&resnum=5&ct=result#PRA2-PA76,M1

[12] Joseph Fr Michaud, Louis Gabriel Michaud, Biographie universelle, ancienne et moderne, Michaud frres, 1833, http://books.google.fr/books?id=HGRIAAAAMAAJ

[13] http://www.thisismatthew.co.uk/myinterests/walking/hoeway/day1/day1.htm