Partie XVII - Le Prieuré de Sion   Prologue   Serpentaire : Annemasse et Charles Baudouin   
PRIEURE DE SION SERPENTAIRE ANNEMASSE SAVOIE SERPENT ROUGE CHARLES BAUDOUIN CORNELIUS AGRIPPA

« Maudissant les profanateurs dans leurs cendres et ceux qui suivent sur leurs traces, sortant de l’abîme où j’étais plongé en accomplissant le geste d’horreur : voici la preuve que je connais le secret du sceau de SALOMON et que j’ai visité les demeures cachées de cette REINE. A ceci, Ami lecteur, garde toi d’ajouter ou de retrancher un iota... Médite, médite encore, le vil plomb de mon écrit pourrait contenir l’or le plus pur. » (Le Serpent rouge : Le voyage de l’âme : Serpentaire).

Le Serpentaire a un espace variable dans le zodiaque à 13 signes. Selon la carte des Templiers sont parmi nous, il occupe deux décans du Scorpion avant le Sagittaire soit aux environs du 2 novembre jusqu'aux environs du 20 novembre. Annemasse se trouve sur un axe nonagonal du 5 novembre.

Carnabon, roi de Gètes, tenta de tuer Triptolème. En ayant été empêché par Cérès, il se tua de dépit. La déesse en fit une constellation, qui porte le nom d'Ophiuchus ou Serpentaire, constellation qui porte ainsi aussi le nom de Carnabons (Encyclopédie catholique, Tome 5, Jean Baptiste Glaire, 1843 - books.google.fr).

Le Serpentaire est aussi la figure d'Esculape, dieu de la médecine. C'est d'un médecin d'abord que l'on traite ici, magicien et alchimste comme le suppose "le Sceau de Salomon" et "le vil plomb" et "l'or". On reviendra aussi à Charles Baudouin dont les écrits ont un rapport étroit avec le Serpent rouge.

Annemasse

Le 2 janvier 1536, le duc Charles de Savoie investissait Genève. Bientôt repoussé, il recula jusqu'à Rumilly en laissant les campagnes voisines sans défense. Le 16 janvier, les Genevois entraient dans Annemasse et s'emparaient des cloches de l'église. En même temps, ils rasaient les châteaux des environs et pillaient le pays pour établir autour de la ville une sorte de glacis protecteur (Histoire des communes savoyardes, Tome 2, sd Philippe Paillard, 1984 - books.google.fr).

Avant la conquête de 1536, Annemasse était un bourg assez considérable, mais il fut ruiné par les vainqueurs, très-peu curieux des inscriptions sépulcrales, colonnes milliaires, tombeaux, urnes cinéraires, et autres antiquités romaines qu'on y remarquait. Toutefois, ses habitants demeurèrent inébranlablement attachés au culte catholique (Gaudy-Le Fort, Promenades historiques dans le canton de Genève, 1849 - books.google.fr).

En 516, l'évêque de Vienne, saint Avit, revenait de la basilique de Saint-Maurice-en-Valais lorsque, passant par Annemasse, il fut appelé à dédicacer la nouvelle église construite à l'emplacement d'un ancien temple (fanum) païen. Il prononça à cette occasion un sermon dans le style de cette époque, célébrant le triomphe de la vraie foi sur l'hérésie. Pour l'historien d'Annemasse ce texte présente surtout la particularité de nous livrer le nom de la ville, Namasce, chose rarissime dans un document de cette époque. Lorsque par la suite le diocèse de Genève fut divisé en huit doyennés ou décanats, Annemasse se trouva à la tête de l'un d'eux. Au cours du haut moyen âge, le bourg d'Annemasse semble avoir perdu une grande part de son ancienne importance : bien desservi, mais mal défendu, il ne correspondait plus aux normes de cette époque troublée. De vicus, Annemasse devint une très petite bourgade rurale. Au temporel, elle appartenait à l'évêque de Genève, au spirituel au prieuré Saint-Jean de Genève. Pour la petite histoire : vers 1227, l'évêque de Genève, Aimon de Grandson, est accusé d'y avoir installé un prêtre trop jeune et d'ailleurs idiot (Philippe Paillard, Histoire des communes savoyardes, Tome 2, 1982 - books.google.fr).

Cornelius Agrippa

Venu à Genève, peut-être sur l'invitation de Pierre Alardet, doyen d'Annemasse, en mai ou juin 1521, reçu bourgeois Vannée suivante, Cornelius Agrippa ne tarda pas à partir pour Fribourg, où la charge de médecin de ville, physicus, lui fut confiée, mais qu'il abandonne dès 1524, le trouvant trop rëfractaire aux idées luthériennes. Agrippa reprit alors sa vie errante, qu'il devait finir à Grenoble en 1536 (Marius Besson, L'église et l'imprimerie dans les anciens diocèses de Lausanne et de Genève jusqu'en 1525, Tome 2, 1938 - books.google.fr).

A Genève, parmi les dix ou douze résidants, Messire Pierre Alardet, doyen d'Annemasse, possède la culture que nous admirons en l'épistolier, animé du même amour des antiques, d'une même philosophie chrétienne. Et précisément le poète Bertolph devait lui adresser plus tard ce compliment sur Agrippa : «Solo nomine jam recens Agrippa Alardete, tuis decus Gebennis », « Agrippa, par son seul nom, ô Alardet, est déjà devenu l'honneur de ta Genève ! » (Henri Naef, Les origines de la Réforme à Genève, Tome 2, 1968 - books.google.fr).

Pierre Alardet, chanoine de Genève et doyen d'Annemasse, appartenait à une famille originaire du diocèse de Lyon et était le frère de Sybouet Alardet, qui avait épousé une nièce du chanoine Amblard Goyet (Revue d'histoire ecclésiastique suisse, Volume 39, Numéro 4, 1945 - books.google.fr).

Fritz Saxl, dans un ouvrage paru à Heidelberg en 1927, Verzeichnis astrologischer und mythologischer illustrierter Handschriften des lateinischen Mittelalters, reproduit, en même temps que des Zodiaques et que d'autres figures astrologiques ou mythologiques, deux images extraites, l'une d'un recueil du XIVe siècle provenant du monastère d'Axpach, l'autre d'un traité d'astrologie du XVe — les deux manuscrits se trouvant à la National-Bibliothek de Vienne. Ces figures représentent toutes deux le microcosme ou petit monde, c'est-à-dire l'homme dans ses rapports avec le macrocosme ou grand monde, c'est-à-dire l'univers. Depuis des millénaires l'homme se tient debout en face du monde, et à peine commence-t-il à comprendre qu'en dépit des quelques conquêtes matérielles qu'il a pu faire sur ce dernier, il est loin d'être le plus fort. Je ne veux même pas parler ici de la mort, non plus que de l'esclavage auquel nous soumettent les lois physiques, mais de cette simple égalité abstraite dans les rapports de l'homme et du monde matériel, égalité à laquelle l'homme commence à ne plus croire, lui qui primitivement traitait de puissance à puissance avec les phénomènes naturels, offrant son tribut aux orages comme il l'offrait à ses grands rois, vivant de plain-pied avec les pierres, les plantes, les animaux. Durant cette phase anthropomorphique, l'homme projetait dans la nature ses qualités propres, et regardait les choses créées , l'univers pris dans son ensemble, et les Dieux mêmes, comme des êtres semblables à lui, égaux à lui en dignité. Il n'avait pas encore l'outrecuidance de se croire supérieur aux objets matériels, et s'il les malmenait quelquefois, ce n'était pas à cause d'un mépris essentiel, mais comme on maltraite un ennemi ou bien un mauvais serviteur. Tous les systèmes magiques relèvent plus ou moins d'un pareil état d'harmonie entre l'homme et le monde naturel, harmonie perdue aujourd'hui, puisqu'après une phase orgueilleuse durant laquelle il se crut le plus beau joyau de la création, missionné spécialement pour servir de lien entre les autres créatures et le et le Dieu qu'il avait inventé, il s'aperçoit enfin que, loin d'être même égal et en quelque sorte parallèle aux autres phénomènes naturels, il est en somme bien moins leur frère que leur misérable rejeton, et ne peut qu'au moyen de roueries sans nombre utiliser un tant soit peu leurs forces fatales. Cet équilibre disparu, qui maintenait homme et monde à égale hauteur, comme dans les deux plateaux d'une balance réglée par le fléau imaginaire de Dieu, ce sont les sciences occultes qui en constituent la dernière expression actuellement survivante en Occident. [...]

La seconde figure montre un homme qui semble prisonnier, comme d'une grande toile d'araignée, du réseau d'influences que tissent les sept planètes et les douze divisions du cercle zodiacal. On ne peut manquer, le regardant, de se sentir la proie de la Fatalité inexorable, et même de révoquer en doute le classique adage de consolation répandu parmi les anciens astrologues, désireux de sauvegarder malgré tout une part de liberté humaine : « Les astres inclinent, ils ne nécessitent pas. » Ici, l'homme n'a plus la même attitude que sur la première figure ; ses bras et ses jambes sont écartés, et il rappelle de très près l'homme inscrit dans une étoile à cinq pointes, qui constitue le pentagramme magique de Cornélius Agrippa et qu'on nomme signe du microcosme, par opposition à l'étoile à six pointes ou sceau de Salomon, qui est le signe du macrocosme. « Que si sur un centre, dit Agrippa (Philosophie occulte, livre II) on fait un cercle passant par le sommet de la tête, les bras abaissés jusqu'à ce que les extrémités digitales touchent la circonférence de ce cercle, et les pieds écartés dans cette même circonférence, autant que les extrémités des maint, sont éloignées du sommet de la tête, alors ce cercle fait sur le centre du bas du pecien [c'est-à-dire le pubis] est divisé en cinq parties égales qui font un pentagone parfait, et les extrémités des talons des pieds en relation avec le nombril font un triangle équilatéral. » (On notera qu'au point de vue symbolique le nombre 5 est celui de la créature, de l'homme, de l'incarnation ; quant au triangle équilatéral, il correspond à 3 ou à la trinité.) Dans la figure qui nous occupe, les douze lignes émanées des douze segments du cercle indiquent à quelle partie du corps humain correspond chacun des signes zodiacaux. Voici quelles sont, à de légères variantes près, ces influences traditionnelles : Le Bélier domine sur la tête ; le Taureau sur le cou ; les Gémeaux sur les épaules ; l'Ecrevisse sur les mains et les bras ; le Lion sur la poitrine, le cœur et le diaphragme ; la Vierge sur l'estomac, les intestins, les côtes et les muscles. La Balance influe sur les reins et est l'origine et le principe des autres membres ; le Scorpion sur les parties génitales ; le Sagittaire sur les cuisses ; le Capricorne sur les genoux ; le Verseau sur les jambes ; les Poissons sur les pieds. Sur le pentagramme d'Agnppa, les correspondances planétaires suivantes sont indiquées : Mars, la tête ; Jupiter, la main gauche ; Vénus, la main droite ; le Soleil, le ventre ; la Lune, le sexe ; Saturne, le pied gauche ; Mercure, le pied droit. Toutefois Cornélius Agrippa semble considérer ces correspondances comme variables d'après la position du corps et par suite la manière dont ses extrémités divisent le cercle. D'autre part, les auteurs qui ont traité de ces sujets sont très loin d'être d'accord quant à l'attribution des planètes aux différents organes. L'image reproduite ici ne donne pas ces correspondances des astres aux parties du corps ; mais chacun des signes du Zodiaque y est relié à trois des sept planètes par des traits plus - fins. Cette disposition graphique a pour but de montrer quelle influence planétaire est plus particulièrement en rapport avec chaque tiers de signe, ou décan. Il est intéressant, à propos de ces figures, de rappeler le fameux dessin de Léonard de Vinci, fait pour illustrer Vitruve, et qui représente un homme nu inscrit dans un cercle. On a toujours considéré ce dessin comme la figuration graphique d'un canon des proportions du corps humain (Michel Leiris, Notes sur deux figures microcosmiques des XIVe et XVe siècles, Documents, Volume 1, 1929 - books.google.fr).

Cornelius Agrippa et les néo-platoniciens de la Renaissance opposaient deux types de magie, celle du sorcier, dénommée « goétique» et celle du mage appelée «théurgique». Ces termes désignaient d'un côté la magie noire ou nécromancie, c'est-à-dire un art nécessitant l'aide du diable et des puissances des ténèbres et, de l'autre, tout ce qui allait de la conjuration d'esprits en vue de servir quelque bonne cause telle que la guérison par la prière, par l'imposition des mains ou à l'aide d'éléments comme l'eau ou encore par l'entremise de divers charmes (François Laroque, Mythe, magie et représentation du mal : Macbeth, Le Mal et ses masques : Théâtre, imaginaire, société, 1998 - books.openedition.org).

On trouve un sceau salomonesque dans une édition des Quatre livres de la Philosophie occulte (1565) de l'Heptameron de Pierre d'Abano. La Philosophie occulte du temps d'Agrippa n'a que trois livres.

Jean Bodin dans sa Refutation des opinions de Iean Wier dit : "Et neantmoins il n'y homme de sain iugement, qui ne confesse, apres avoir leu les livres d' Agrippa, que c'estoit l'un des plus grands sorciers du monde . Ce qui est encores plus evident par les epistres qui sont a la fin des trois livres, De occulta philosophia, ou il est escrit a un certain Augustin Italien, qu'il avoit reserve la clef de l'Occulte Philosophie a ses amis seulement: qui est le quatriesme livre que les disciples et amis d'Agrippa ont faict imprimer apres la mort de leur maistre, lequel livre descouvre comme en plein iour le poison detestable de sorcellerie" etc. (De la demonomanie des sorciers, Paris, 1580, fol. 220r) (Marc Van Der Poel, Cornelius Agrippa: The Humanist Theologian and His Declamations, 1997 - books.google.fr).

Peter de Abano's Heptameron (1496) makes reference to the "Pentacle of Solomon" (actually a hexagram drawn on the floor in which the magician has to stand) to invoke various demons.

"Per Pentaculum Salomonis advocavi, dent mihi responsum verum" : Heptameron, ed. Agrippa von Nettesheim, Henrici Cornelii Agrippae liber qvartvs De occvlta philosophia, seu de cerimonijs magicis, 1565 (en.wikipedia.org - Seal of Solomon, www.esotericarchives.com).

Peut-être Leiris s'est-il souvenu de l'esquisse de localisation physiologique du génie établie par Max Jacob, selon qui le meilleur style était celui du ventre: «Le bon style c'est la spiritualité par en bas. Il y a une pureté du ventre qui est rare et excellente. » Réminiscence qui n'a pu être qu'étayée par une réflexion sur le renversement de la valeur des contraires, commune à Leiris et Bataille. Ce dernier, le «philosophe excrément» (c'est ainsi que le désignait Breton), fait de la revue Documents, à laquelle Leiris participe dès sa création en 1929, l'« instrument du monstrueux », par opposition à Breton qui « fit du surréalisme l'instrument du merveilleux». Se rendre au «monstrueux», c'est acquiescer à l'horreur extatique soulevée par une chair abjecte : abîme d'où surgira l' « image grandiose » de la « décomposition ». C'est sur cet aspect que Breton concentre son offensive contre Bataille, dans le Second manifeste, en rappelant, par une citation de la Philosophie occulte de Corneille Agrippa, que l'attente du merveilleux ne saurait s'effectuer que dans un « endroit pur et clair, tendu partout de tentures blanches». Sa trouvaille passe par une purification et un détachement des réalités triviales. Avec Aurora Leiris, lui, sans renoncer au merveilleux, en fait quelque chose de monstrueux : ce que j'appellerai le merveilleux négatif, qui me paraît être l'infléchissement de la notion bretonienne à laquelle est donné un contenu plus spécifiquement bataillien. Bachelard a montré comment la descente cauchemardesque de l'escalier, qui occupe l'intégralité du Prologue, est à la fois descente mémorielle dans un passé enfoui et descente organique à l'intérieur du corps, chute à travers la maison-corps entraînant la réduction du narrateur à l'état larvaire (Joëlle de Sermet, Michel Leiris, poète surréaliste, 1997 - books.google.fr).

Au temps de la Renaissance, l'intérêt s'amplifie pour le corps de l'homme, ses proportions, ses gestes ou les traits de son visage. Il rejoint la curiosité scientifique toujours croissante et aussi la recherche de la beauté des formes en peinture et en sculpture. Qu'il suffise d'évoquer les proportions du corps de l'homme que dessina Léonard de Vinci d'après Vitruve, les dessins de Cornelius Agrippa, et ceux de Fludd comparant les divisions du microcosme à celles du macrocosme, ou bien les tableaux où le Titien, dans un magnifique élan lyrique, montre L'Amour Profane et l'Amour Sacré, ou encore la Vénus d'Urbin (Marie Thérèse Jones-Davies, Avant-Propos, Shakespeare et le corps à la Renaissance : Société française Shakespeare, actes du congrès 1990, 1991 - books.google.fr).

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Charlers Baudouin

Charles Baudouin, né à Nancy le 26 juillet 1893 - mort à Saconnex-d'Arve, Genève le 25 août 1963, est un psychanalyste et écrivain franco-suisse. Sa pratique thérapeutique le conduit à articuler les apports respectifs de Sigmund Freud, de Carl Gustav Jung et de Alfred Adler avec ses propres découvertes. Il a apporté à l'édifice psychanalytique sa contribution personnelle et en fait lui-même la somme dans la conclusion de De l'instinct à l'esprit. Notons le concept d'automate, de tendance différent de celui de pulsion (élan de l'être lui-même vers l'avenir), la distinction et la nomination de nouveaux complexes, l'importance donnée aux conflits extra ou intrapsychiques. On lui doit également le terme intéressant de « Psychagogie » (psychê, âme et ago, je conduis).

La synthèse psychanalytique de Baudouin repose principalement sur les concepts freudiens, jungiens et adlériens de base plus les siens propres en dégageant la complémentarité vivante et dynamique. Reprenant la notion freudienne d’instances comme « différentes substructures de l’appareil psychique » ou sous-personnalités, Baudouin rassemble en une représentation le schéma « des sept partenaires du Moi », comprenant : les trois instances freudiennes du ça (ou primitif), du moi et du surmoi ; les trois instances jungiennes, la persona, l’ombre et le soi (à la fois centre et contenant du tout) ; une instance baudouinienne, l’automate (fr.wikipedia.org - Charles Baudouin).

Saconnex-d'Arve est un hameau de la commune de Plan-les-Ouates à Genève, à quelques kilomètres seulement à l'ouest d'Annemasse. Baudouin n'était pas médecin mais quand même thérapeute

Les 7 Instances selon Charles Baudouin : sur ce schéma, le centre de l'hexagramme est le Moi alors qu'il est dit que le Soi est l'or

A l'Université de Genève, un psychanalyste, L. Charles Baudouin est d'autre trempe. Il passe pour le principal collaborateur du Carmel, fondé à Genève, en février 1916, par le poète Henri Mugnier, auteur d'une Couronne à la France, qui célèbre ses impérissables destinées. Ce devait être « la montagne sainte de la Pensée et de l'Art, la voix du ciel de l'âme ». Y collaboraient : Spitteler, Verhaeren, Zweig, Ryner, Brulat, Poinsot, Spiess, etc. Ses prétentions avaient été hautes. Bientôt, Guilbeaux, qui la trouvait trop pâle, trop humainement pacifiste, la qualifia de « publication amorphe ». Baudouin y donna des sonnets « indiciblement pauvres », Eclats d'obus, Baptismales, puis L'arche flottante. Commentant le livre de Pierre Bovet, directeur de l'Institut J.-J. Rousseau : L'instinct combatif, il écrit : « La guerre est une forme de sadisme et de débauche, elle est la grande prostituée. » Il faut sublimer cet instinct, comme en en donna l'exemple Tolstoï. Baudouin a écrit un Tolstoï éducateur. Il ne manque pas de vues philosophiques sur l'art. Il pressent un art synthétique renouvelé du geste, qui, réunissant les deux facteurs espace et temps, « rend au mouvement sa liberté et lait œuvre de synthèse ; il est une mélodie plastique.» (Art Libre, févr. 1921, p. 27) (Jean Maxe, Les cahiers de l'anti-France: Le bolchevisme littéraire, 1922 - books.google.fr).

Sceau de Salomon

Mais c'est alors le lieu de se souvenir que dans des ésotérismes fort anciens, teintés de néoplatonisme, le sceau de Salomon figure les deux mouvements conjugués dont l'alternance est censée constituer tout l'être en sa pulsation éternelle : l'un, ascendant, signifie l'évolution de l'être s'élevant jusqu'à la « fine pointe » mystique, jusqu'à Dieu, l'autre descendant, représente l'involution de l'esprit dans la matière. Il est enfin difficile d'oublier que le sceau de Salomon, avec son centre et ses six pointes, nous ramène à un autre symbole important, celui du septénaire. Celui-ci se présente dans la tradition, sous la figure, que nous avons déjà rencontrée, des sept planètes, qui étaient censées correspondre respectivement aux sept métaux. Saturne était alors identifié au plomb, comme le Soleil à l'or (= le soi). Mais voici que Robert Desoille, à travers les rêves éveillés de ses sujets, retrouve le thème de l'élévation du plomb à l'or qui marqua jadis les deux termes du processus alchimique, d'ailleurs réversible: « Comment en un plomb vil l'or pur s'est-il changé ? » (Charles Baudouin, De l'instinct à l'esprit, 2007 - books.google.fr).

De l'instinct à l'esprit (Etudes carmélitaines, Bruges, Desclée De Brouwer, 1950) de Charles Baudouin est un précis de psychologie analytique qui fait suite à deux autres ouvrages de l'auteur : Découverte de la personne (1940) et L'âme et l'action (1943). On y retrouve, développées en un exposé très concret, les conceptions éclectiques de M. Baudouin. De nombreux « thèmes » de psychanalyse donnent lieu à une confrontation des positions freudiennes avec celles d'autres courants principalement psychanalytiques (Adler, Jung, Klein, Horney, etc.). A ces confrontations s'ajoutent un certain nombre de contributions personnelles. Animé par le souci d'une philosophie « personnaliste », l'auteur aborde enfin, assez rapidement d'ailleurs, l'un ou l'autre problème dont la portée plus générale paraît évidente : celui de la sublimation et des rapports entre psychanalyse et philosophie. Les difficultés de la tache de M. Baudouin sont évidentes ; ce qui explique la formulation de pas mal d'hypothèses hasardeuses. Cependant le souci qui anime l'auteur d'une confrontation de courants psychologiques divers et d'une réflexion sur la portée philosophique de certaines découvertes psychanalytiques stimulera l'intérêt de tous ceux qui se préoccupent de ces problèmes complexes (H. Haroux, Charles Baudouin, De l'instinct à l'esprit. In: Revue Philosophique de Louvain. Troisième série, tome 52, n°36, 1954 - www.persee.fr).

L'âme

Homme patient et vigilant, Charles Baudouin a conçu un « gradualisme », percevant dans l'âme humaine des échos, des correspondances, des symétries qui permettent de relier l'expérience des psychologues aux théories de la philosophie contemporaine. Cette description est sans doute la plus satisfaisante pour tenir compte des divers étages et de la structuration progressive de la personnalité. (Les Etudes philosophiques, Société d'études philosophiques (Marseille, France), 1964 - books.google.fr).

Christophe le Passeur (Paris, La Colombe, 1964) est le testament spirituel d'un penseur dont la pénétration, la culture et l'élévation furent exceptionnelles. Bien rares sont les hommes dont l'humanisme est contrôlé, fécondé, à la fois par la réflexion philosophique et par l'intuition psychologique, voire même la connaissance de l'âme humaine telle que la possède seul le clinicien le plus averti, au soir d'une longue vie riche d'observations multiples et de méditation. — Le « Passeur d'âmes » dialogue avec les grands types humains : Don Quichotte, Hamlet, Faust, Don Juan, le Juif errant, Méphisto, Zarathoustra (celui de Nietzsche). Des questions se posent à lui, toujours plus lancinantes, sur le sens de son action, sur la valeur de sa vocation. C'est alors la confrontation avec l'Absurde, où l'on voit combien Charles Baudouin a pris Camus au sérieux, comme il se doit. Jusqu'au jour où l'Enfant divin sauve le Passeur de son état de prostration. — « Le sens du monde est le sourire d'un Enfant » affirme Charles Baudouin, dont le testament spirituel s'achève sur la devise de Faust : Plus outre ! (Christophe Baroni) (Revue de théologie et de philosophie, Schweizerische Geisteswissenschaftliche Gesellschaft, 1966 - books.google.fr).

Ce qu'il y a de paradoxal dans la question servant de titre au petit livre de Charles Baudouin : Y a-t-il une science de l'âme ? échappe sans doute complètement aux théologiens et aux philosophes qui sont habitués à considérer leurs disciplines comme des sciences et à les voir s'occuper de l'âme humaine. Mais pour toutes les autres catégories de chercheurs qui au XXe siècle s'intéressent scientifiquement à l'homme — et ils représentent par rapport aux théologiens et aux philosophes une écrasante majorité — , une telle question est tout à fait paradoxale, sinon scandaleuse. Qu'on s'adresse aux disciplines les plus diverses s'occupant actuellement de l'homme, on ne trouvera jamais que l'âme soit pour elles un objet d'investigation scientifique. On pourrait résumer ainsi leur position : s'il s'agit de science, elle ne peut porter sur l'âme, ou si on parle d'âme, il ne peut pas s'agir de science (Revue des sciences philosophiques et théologiques, Volume 44, 1960 - books.google.fr).

On ne sera pas étonné de ce rapprochement entre Baudouin et le Serpent rouge puisque cet auteur a été mis à contribution pour l'aspect virgilienne tiré de l'Enéide du même document du Prieuré de Sion (Le triomphe du Héros, étude psychanalytique sur le mythe du héros et les grandes épopées, Paris, Pion 1952) (L’étoile hermétique : Alchimie et Astrologie).

Le Serpent rouge étant aussi considéré comme un "Voyage de l'Âme", sur la base du Sceau de Palaja (Le Serpent rouge : Le voyage de l’âme : Introduction).

Charles Baudouin disparaissait le dimanche 25 août 1963. Le 25 août est une des 6 dates du Sceau de Palaja, division de l'année en 6 à partir du 25 avril, date de la transmutation aurine de Nicolas Flamel.

Gestes

Tout sentiment — qu'il soit d'amour ou de rancune, de tendresse ou de haine — commande des gestes et des actes par lesquels il se décharge et s'exprime (Charles Baudouin, De l'instinct à l'esprit, 2007 - books.google.fr).

L'école symboliste se propose tout simplement défaire valoir la portée symbolique, ordinairement dissimulée, des expressions et des gestes. Pour cela, on détache un geste, par exemple, de ses contingences réelles, ce qu'on peut faire sans rien sacrifier de l'observation très fidèle et très réaliste du geste : Ainsi, J.de Smet pu insister longuement sur le caractère réaliste des Villages Illusoires (Verhaeren), et nous touchons ici à ce « réalisme symbolique » qui est devenu la formule heureuse d'Edouard Dujardin. Sans doute, les meilleurs symbolistes sont ceux qui ne stylisent pas à l'excès et qui gardent à l'image la plus grande richesse possible. Burne-Jones ne se trouve-t-il pas être un peintre fidèle du petit détail ? Mais le geste, pour réel qu'il soit, est isolé de son milieu, et transposé dans des combinaisons nouvelles, dictées par la loi psychologique de condensation des images (Charles Baudouin, Le Symbole chez Verhaeren: Essai de psychanalyse de l'art, 1924 - books.google.fr).

Si l'on pense à la division du rêve en trois catégories, selon le cardinal Bona: visions divines, visions diaboliques, visions naturelles, reprenant la division de Cornelius Agrippa dans La Philosophie Occulte en trois sortes de « descentes »: la « fureur », le « ravissement » et le « songe » ; tandis que le rêve, chez Nodier ou chez Nerval, serait d'inspiration divine et permettrait, selon l'expression de Brian Juden, d'initier « le rêveur aux mystères de l'au-delà », chez Lautréamont, au contraire, le rêve serait un approfondissement de l'horreur et du désespoir de la créature abandonnée à la volonté destructrice de son dieu. Et l'on pense alors à la définition même du cauchemar par Moreau de la Sarthe dans le Dictionnaire des Sciences médicales de 1820: « Cette espèce de songe est caractérisée par la vue d'un grand péril ou l'apparition de l'objet le plus effrayant, le plus horrible, combinée avec l'impossibilité vivement ressentie de parler, de crier, de se mouvoir, accompagnée d'un sentiment d'angoisse et d'oppression... » (JMG Le Clézio, Le rêve de Maldoror, Sur Lautréamont, 1987 - books.google.fr).

Contexte

L'œuvre de Charles Baudouin, par le rôle qu'elle accorde aux archétypes, à l'inconscient collectif jungien, précède ou accompagne les spéculations de Bachelard sur la rêverie et sur les images littéraires. On voit donc, sous le signe de l'imaginaire, se profiler un nouvel horizon intellectuel. Sartre n'inaugure-t-il pas ses recherches philosophiques par un essai sur l'imagination ? On constate surtout, vers 1930, l'apparition de nouveaux intercesseurs : Georges Bataille, en 1933, suit les leçons d'Alexandre Kojève sur Hegel. Blanchot est alors un lecteur passionné de ce philosophe. La phénoménologie (Husserl, Heidegger) tend à se substituer au bergsonisme comme référence philosophique. Si le paysage intellectuel de l'entre-deux-guerres, jusqu'aux années trente, se caractérise le plus souvent par une méfiance de l'histoire à qui on refuse d'être une discipline explicative et compréhensive, la crise économique, puis l'impact de la seconde guerre mondiale, la diffusion du marxisme favoriseront son retour sur la scène idéologique. Ces orientations nouvelles entreront en concurrence, parfois violemment, dans la deuxième moitié du siècle (Jean-Louis Cabanès, Guy Larroux, Critique et théorie littéraires en France: 1800-2000, 2005 - books.google.fr).

Paradoxalement, ce furent les poètes qui, en France, accueillirent le freudisme, pour l'utiliser de façon étrange. Là où Freud devinait une analogie entre l'art et le rêve, les surréalistes décrétèrent une identité et n'accordèrent de valeur poétique qu'aux productions de l'inconscient. André Breton correspondait avec Freud, lui rendit même visite à Vienne, en revint déçu, mais ne cessa pas pour cela de vouloir appliquer à la production poétique ce qu'il croyait être la psychanalyse : libres associations, écriture automatique, récits et interprétations de rêves. Soit dit en passant, il réoccupait ainsi une position-clé de la culture européenne. Gérard de Nerval avait introduit dans la musique de l'Ile-de-France l'harmonique nocturne du romantisme allemand, le Faust de Gœthe, Hoffmann, Novalis, Jean-Paul, en même temps que le goût germanique pour la rêverie, les légendes, le folklore, l'érudition mythologique. Cependant cette même face nocturne de la réalité n'avait jamais cessé de préoccuper les philosophes et les savants allemands. Freud lui-même se reliait sans peine à Lipps, Nietzsche et Gœthe. En associant sa poésie à la Traumdeutung, André Breton fermait une boucle. Cependant Nerval harmonisait deux rêveries, tandis que Breton assimilait la poésie à une technique scientifique. A cette confusion, le surréalisme en ajoutait une autre : il identifiait la poésie et la révolution sociale, incarnée pour lui par Lénine et Trotsky. Ces assimilations affectives ne résistèrent pas à la réalité. Des ruptures s'ensuivirent et, je pense, un certain nombre d'échecs. Mais, à travers les tentatives de Breton, Eluard, Aragon, Soupault, Desnos, Tzara, Char, Leiris et d'autres, la poésie, sa langue et le goût des lecteurs furent modifiés en France. Après les poètes, voyons les critiques. Une idée nette nous est fournie par la bibliographie d'un ouvrage très clair et consciencieux, La Psychanalyse de l'Art, de Charles Baudouin, publié à Paris en 1929. A cette date, des travaux importants et nombreux ont été faits en Autriche, en Allemagne et en Suisse de langue allemande, ainsi qu'en Angleterre. Freud, Rank, Jung, Adler, Abraham, Maeder, Jones ont formulé, sur les rapports de la psychanalyse et de l'art, leurs thèses principales. En revanche, il n'existe à peu près rien sur le même sujet en langue française, à part les recherches de Baudouin à Genève, et quelques articles très spéciaux dans des revues de psychiatrie. Une confirmation de cette indifférence ou de cette hostilité 6 nous est fournie entre autre par la Correspondance échangée entre Valéry et Gide, qui s'étend sur la première moitié du siècle : l'index des noms cités ne comprend ni Freud, ni Jung, ni, m'a-t-il semblé, aucun nom de psychanalyste. Pourtant Valéry s'est intéressé longuement à ses rêves. D'autre part, la bibliographie de Baudouin montre qu'en 1929 les artistes et écrivains suivants avaient fait l'objet de travaux analytiques particuliers (pourtant, il est vrai, souvent sur des fragments) : les Tragiques grecs, Shakespeare (Macbeth et Hamlet), Gœthe, Schiller, Tolstoï, Dostoiewski, Lenau, Hebbel, von Kleist, C.F. Meyer, Spitteler, G. Relier, Oscar Wilde, Strindberg, Verhaeren, Léonard de Vinci, Michel-Ange, Cellini, Andrea del Sarto, Van Gogh, Segantini, Wagner. On voit de grands noms étaient en cause, qui intéressaient les Français. D'autre part, ceux-ci ne pouvaient pas ignorer le développement de la psychanalyse Comment s'explique, dès lors, leur indifférence relative ? Constatons pour l'instant le fait : la psychanalyse comme instrument de critique littéraire semble à peu près ignorée en France avant 1930. Bien que sans rapport direct avec notre sujet, le débat sur la poésie pure, qui agita la France littéraire dans les derniers mois de 1925, nous fournit cependant quelques indications. Fallait-il rechercher les sources de la poésie du côté de l'humain ou du divin ? Dans le premier cas, non seulement l'histoire du milieu, mais la vie des auteurs devaient être fouillées dans leurs moindres détails. Dans le second, de tels efforts paraissaient vains : ce que le poète avait pensé, éprouvé, vécu dans son existence d'homme était tenu pour nul dans l'ordre de la poésie. Mais si l'on négligeait ainsi presque tous les contenus d'une conscience d'écrivain, pouvait-on prendre en considération un inconscient tenu plus encore pour « inférieur »? Le débat sur la poésie pure prémunit apparemment la critique française contre un autre, plus scientifique et qui aurait dû se poser. Bien peu d'hommes d'ailleurs comprirent alors ce qui était en jeu : l'articulation de la science et de l'art. Quelle était la réaction de l'artiste informé et sincère, devant l'homme de de science qui prétendait, non moins sincèrement, l'expliquer à lui-même ? Une expérience loyale pouvait seule répondre à cette question. Sauf erreur de ma part, elle ne fut pas tentée à Paris, mais à Londres, en 1925, par Roger Fry. J'en reparlerai plus loin. Ainsi, aux environs de 1930, cet accord possible entre trois royaumes — psychanalyse, critique et création — que l'histoire avait paru un instant nous offrir vit, en fait, ses chances s'évanouir. La période 1930-1940 ne fut plus celle du désarroi mais de l'enkystement. A de rares exceptions près, les créateurs s'éloignent de la psychanalyse, rejoignant, par souci de renouvellement, l'indifférence obstinée de la critique. Sur ce fond éclatent, comme des symptômes, les premières œuvres, en France, de psychanalyse littéraire, conçues dans un esprit purement médical : l'Echec de Baudelaire, de René Laforgue (1931) et surtout l'Edgar Poe de Marie Bonaparte (1933). C'est que, bon gré mal gré, à tort ou à raison, la poussée scientifique s'affirme. Sur le plan de la pensée philosophique, l'attitude de l'autruche devient intenable : il faut prendre position et c'est à quoi répond, au moins, la grande thèse de Dalbiez. Mais sur le plan de la critique littéraire, le cas de Baudelaire, également traité par René Laforgue et Marie Bonaparte, aurait pu servir d'expérience cruciale : les conclusions des deux médecins rencontraient-elles quelque part celles d'un Crépet ? Pouvait-on traduire d'un idiome dans l'autre ? Où étaient, concrètement les divergences ? Le débat ne fut pas ouvert et poursuivi comme il aurait dû l'être. En fait, on ne l'avait jamais abordé avec le souci d'information et d'impartialité naturel en pareille matière. Dalbiez, s'il rejetait la « doctrine freudienne », admettait la validité des observations psychanalytiques. Or c'était bien ces observations qui, en modifiant nos vues sur l'homme, pouvaient, par contrecoup, modifier nos vues sur l'écrivain. Le problème restait donc ouvert à une investigation sereine (Charles Mauron, Des métaphores obsédantes au mythe personnel, 1963 - books.google.fr).

Vers l'Allemagne et Darmstadt

Nerval a dessiné sur la gravure de Gervais de son portrait au bas du rébus une étoile à six branches (sceau de Salomon, deuxième symbole maçonnique), évocation des deux vers du Destin (autre titre donné par Nerval à El Desdichado) : "Ma seule étoile est morte et mon luth constellé / porte le soleil noir de la mélancolie". Le soleil noir annonce la catastrophe, la souffrance et la mort, l'image inversée du soleil à son zénith (Le Serpent rouge : Le voyage de l’âme : La chauve-souris).

C'est le sentiment d'un espoir renaissant qui, exprimé par le poète dans une lettre à Georges Bell de mai 1854, a conduit Charles Baudouin (Gérard de Nerval ou le nouvel Orphée, Psychée, 1947) à tracer un parallèle entre Nerval et Orphée. Arrivé aux bords du Rhin, Nerval se réjouit d'avoir retrouvé sa voix et ses moyens, annonce avec joie sa régénération : ... je me sens déjà flamboyer comme un astre, et quelque temps éteint, je me suis rallumé à ce vieux soleil de mes plus beaux jours... Un souvenir de 1838, évoquant l'hôtel du Soleil confirme l'impression de rajeunissement que Nerval est déjà allé quérir en Orient. De là un jeu de mots rattachant la métaphore cosmique au renouveau de l'activité créatrice ou feu sacré. Pareil à l'initié triomphant des épreuves, le soleil renouvelé sort des enfers : Je n'attends pas le secours tardif de la déesse, poursuit Nerval, Je remonte avec le rameau — j'ai trop chanté dans les ténèbres : Laissez-vous toucher par mes pleurs, Ombres, larves, spectres terribles. [...]

Une association magique se laisse deviner, ainsi que le soutiennent MM. Charles Baudouin et Jean Richer, entre l'Allemagne et la région des enfers. Le rêve d'Aurélia représente en effet, le séjour des aïeux sur les bords du Rhin. Il y a conformité avec la géographie mystique des anciens qui, selon Bailly, situaient les enfers dans les contrées du Nord. Rappelons aussi que selon Virgile à qui Ballanche fait écho, Orphée était venu du septentrion. Dans ce faisceau de rapports intervient la longue série de spéculations auxquelles se livre Nerval sur sa généalogie. Traverser une seconde fois le fleuve des enfers possède la signification d'un retour symbolique au berceau de la race. La vie affective de Nerval accueille deux Orphées soumis aux épreuves des enfers. Si proche de La Flûte enchantée en raison du décor, et des rapports maçonniques, de cette atmosphère théâtrale qui avait offusqué Ballanche, l'Orphée de Terrasson correspond aux goûts intimes du poète non moins qu'à l'espoir de surprendre le lien entre l'initiation isiaque et et le mystère de l'amour. [...] L'apport de Virgile est également évident et fondu avec celui de Dante dans cette descente aux enfers de Paris, que Nerval raconte dans Les Nuits d'Octobre (Brian Juden, Traditions orphiques et tendances mystiques dans le romantisme français (1800-1855), 1971 - books.google.fr).

Montrevel aligné entre Rennes-le-Château et Darmstadt est selon Plantard la Porte de la Mort, Darmstadt étant situé bien entendu en Allemagne.

Auch auf dem Odenwalder Spiegel befindet sich das Sigillum Salamonis. Der Spiegel gleitet in den Typus des Fortunatusmärchen hinüber und erscheint dort als Wunschgegenstand neben dem Ring. [...] Die Grifflosigkeit ist aber ganz sicher bei dem Odenwalder Zauberspiegel. Dieses Exemplar wurde in Breitenbrunn aufbewahrt, es diente zum Sehen in die Zukunft, sowie auch zum Schatzsuchen. Nur ein am weißen Sonntags g eborener Mensch kann ihn benützen und auch dieser muß ihn anfangs vor den Augen halten und mit dem Hut zudecken. Das Ganze ist ein rundes Lederfutteral im Durchmesser von sieben Zentimeter mit einem Zentimeter hohen Rand, dazu gehört ein Deckel aus Fensterglas und ein rundes Papierblatt, auf welchem auf das achtzehnte Jahrhundert deutende Buchstaben sichtbar sind. In das Lederfutteral füllt man Erde (deshalb Erdspiegel). Auf diese legt man das Papierblatt und darauf die Glasscheibe, auf welcher die gewünschte Vision erscheint. In der Mitte des Papierblattes ist der „Drudenfuß", das Hexagramm sichtbar, die Buchstaben aber ergänzt Wünsch folgendermaßen: [Eli] as [pro] phet [a]. Das Hexagramm umgeben die Planeten. Das Hexagramm ist in ein Quadrat gefaßt, in dessen vier Ecken wir die Namen der vier Erzengel sehen. Das Quadrat ist von zwei konzentrischen Kreisen umgürtet, im inneren Kreise befinden sich die Namen der vier Evangelisten, im äußeren Kreise ist die Schrift nur zur Hälfte lesbar . . . Jehova + . . . Alpha et Omega 2 . Die Formel können wir nach Quellen aus dem sechzehnten Jahrhundert dahin ergänzen „+ om + Elohim + Adonai + El Zebaoth + Agla Jehova + Alpha + Omega (R. Wünsch : Ein Odenwalder Zauberspiegel. Hessische Blätter für Volkskunde. 1904) (Geza Roheim, Spiegelzauber, 1919 - archive.org).

Des ouvrages de magie du XVIe et du XVIIe siècles, qui contenaient des recettes pour la pratique des genres de divination dont nous nous occupons, quelques débris sont parvenus jusqu'à nous. Le Höllenzwang allemand, attribué au docteur Faust et qui est une compilation de recettes dont une partie au moins paraît remonter jusqu'au moyen âge, contient plusieurs formules de lécanomancie, de catoptromancie, de cristallomancie, etc. Elles sont surtout intéressantes parce qu'on y enseigne les moyens de conférer une vertu divinatoire aux cristaux et aux miroirs par des rites magiques et des, consécrations religieuses. La recette la plus compliquée est rapportée au ch. 67, qui traite de la fabrication du miroir de la terre, apte à découvrir tout bien caché en terre.

Dans un chapitre, d'ailleurs, l'auteur ajoute une formule de consécration du miroir qui est purement religieuse. Son origine ancienne est attestée par les termes divinatio specularis et experimentum que nous avons relevés plus haut dans l'étude des textes du moyen âge. Le miroir est formé de deux disques d'acier, l'un brillant, l'autre mat, et par des disques de bois ou de papier qu'un prêtre encense et asperge d'eau bénite et sur lesquels il récite l'Evangile selon Saint Jean. Des mots sacrés : Alpha et Oméga, Adonay, Tetragrammaton, Sabaoth, Emmanuel, Verbum caro factum est, sont inscrits sur les diverses pièces. Un prêtre doit dire trois messes, le miroir présent, réciter l'Evangile selon Saint Jean et adresser à Dieu une prière pour obtenir la faveur de voir dans le miroir toutes choses cachées. Le consultant doit être pur et vêtu d'habits propres ; il récite le Pater, le Credo, le Veni Creator et conjure le miroir au nom de la Sainte Trinité. Tout élément magique paraît avoir été soigneusement banni de cette recette, qui puise sa vertu uniquement dans les formulés et les rites de la religion chrétienne. On peut y voir un bon échantillon de l'application des règles qui sont formulées dans le De caeremoniis magicis (attribué à Cornelius Agrippa) pour la consécration des instruments magiques. Le miroir magique provenant de l'Odenwald que R. Wunsch a décrit voici un quart de siècle, montre aussi une prédominance de la religion sur la magie, si l'on en juge par les mots inscrits sur le disque de papier qui en fait partie : Jehova, Alpha, Oméga, auxquels sont joints les noms des archanges Michel, Gabriel, Raphaël, Ariel, et ceux des quatre évangélistes. La magie y est toutefois représentée par le sceau de Salomon (Armand Delatte (1886-1964), La catoptromancie grecque et ses dérivés, 1932 - archive.org).

Mélancolie : "médite, médite"

Il n'y a aucune difficulté à définir les psychoses elles-mêmes par les complexes et les tendances qui les caractérisent, encore que nous ayons affaire ici à des systèmes particulièrement primitifs, et dont les points d'attache d'ordre génétique sont plus accusés. Nous repérerons sans peine le narcisme et la retraite chez le schizophrène, l'exclusion et la projection chez le paranoïaque persécuté, la prédominance buccale et une sorte de « cannibalisme du surmoi » dans les silences, les refus d'aliments et les autoaccusations du mélancolique (Charles Baudouin, De l'instinct à l'esprit, 2007 - books.google.fr).

Bon nombre de méditants dans les poèmes du XVIIème siècle ou dans des ouvrages contemporains, sont mélancoliques. "L'origine même de la mélancolie, traditionnellement, naît de la réflexion et de la fréquentation des livres. Les méditations poétiques trouvent chacune, en fonction du genre dont elle relève, l'origine de cette mélancolie qui les envahit ; pour le méditant religieux, c'est la présence du corps qui rend l'âme mélancolique dans sa méditation..." (Christian Belin, La méditation au XVIIe siècle: rhétorique, art, spiritualité, 2006).

La première de ces phases colorées permettait, par la calcination et la putréfaction, d'obtenir la matière au noir (en latin: nigredo). Elle fut parfois appelée «mélancolie» par association avec un des quatre tempéraments qui, suivant l'astrologie et la médecine, constituaient l'espèce humaine. Celui-ci était déterminé par l'humeur ou bile noire qui provoquait tristesse ou folie. Il dépendait évidemment de Saturne, comme le plomb de cette œuvre au noir (Jacques Lennep, Alchimie: contribution à l'histoire de l'art alchimique, 1985) (Le Prieuré de Sion : Les documents secrets : 6 - Dossiers secrets de Henri Lobineau : Vélasquez).

"abîme où j’étais plongé" : "Notons que les termes «plonger» et «abîmer» ou «abîme» ne ressortissent pas nécessairement, sémantiquement, au thème de l'eau, de la mer. Un abîme n'est pas nécessairement aquatique. Si le sens premier de «plonger» inclut la notion de liquide, des sens seconds ne l'incluent pas" (Robert Myle, De la symbolique de l'eau dans l'oeuvre du Père Surin, 1979 - books.google.fr).

Aussi "plonger" vient du latin "plumbum", le plomb des filets de pêche (Dictionnaire étymologique Larouuse, 1969). Cela permet de relier "où j’étais plongé" voici la preuve que je connais le secret du sceau de SALOMON et que j’ai visité les demeures cachées de cette REINE. A ceci, Ami lecteur, garde toi d’ajouter ou de retrancher un iota... Médite, médite encore, le vil plomb de mon écrit pourrait contenir l’or le plus pur. »

Iota

La science joue honnêtement son jeu lorsqu'elle repère, entre les « analogues », les éléments d'identité ; mais elle laisse nécessairement une marge, qui est celle même qui sépare la notion d'analogie de celle d'identité. Cette marge subsiste toujours, même là où la science réussit à la réduire progressivement à l'extrême (comme dans ses formules de la conservation de l'énergie). C'est dans ce sens que toute nouveauté est radicale. Et dans le même sens, rien n'est plus vain que les discussions, qui ont été parfois véhémentes, pour savoir si telle différence n'est qu'une « différence de degré » ou une « différence de nature ». Pourquoi tient-on tellement à garder des différences « de nature » entre certains ordres de phénomènes? C'est en vertu de la pieuse intention de ne pas laisser contaminer le supérieur par l'inférieur. Mais ces barrières sont toujours à la merci d'un progrès des connaissances. Et en vérité, celuici n'est pas à redouter. Car s'il apparaît, à sa lumière, que la différence de nature se résout en une différence de degré, il faut maintenir par contre que la moindre différence de degré, en tant qu'elle est une différence, est une différence radicale, — que dans le règne de la différence, le moindre iota est irréductible et qu'enfin, si l'on nous passe cette subtilité, la différence entre la différence de nature et la différence de degré n'est... qu'une différence de degré. Ainsi, il est très sain pour l'esprit de se livrer, pour un temps, à la dialectique d'un Spinoza, qui tend à répudier toute différence de nature, au point de ne voir subsister qu'un être unique. ; mais il importe de corriger cette dialectique par un mouvement en sens inverse, par un affinement du sens de la différence, par cet. « étonnement » dont Aristote faisait le commencement de la philosophie, et grâce auquel nous percevons chaque nouveauté comme si nous assistions à la création même (Charles Baudouin, De l'instinct à l'esprit, 2007 - books.google.fr).

Pour Kepler, Paracelse, Nicolas de Cuse ou Agrippa de Nettesheim, aussi bien que pour Giordano Bruno, l'univers est un être vivant, pourvu d'une âme ; une identité essentielle relie tous les êtres particuliers, qui ne sont que des émanations du Tout. Une relation d'universelle sympathie régit toutes les manifestations de la vie et explique la croyance de tous les penseurs de la Renaissance à la magie : aucun geste, aucun acte n'est isolé, ses répercussions efficaces s'étendent à la création entière, et l'opération magique atteint tout naturellement les choses ou les êtres les plus lointains. L'astrologie, de même, est nécessairement inscrite dans le système de tous ces philosophes : l'analogie essentielle qui existe entre la Nature et l'homme permet d'admettre, sans étonnement, que chaque destinée soit liée au cours des astres et des constellations. L homme est au centre de la création, où il occupe une place privilégiée dans la chaîne des êtres, grâce à sa dignité de créature pensante et consciente, de miroir où l'univers se reflète et se connaît. Et, inversement l'homme retrouve la création tout entière au centre de lui-même. Connaître, c'est descendre en soi. « Ce n'est pas l'œil qui fait voir l'homme, disait Paracelse, mais, au contraire, l'homme qui fait que l'œil voie. » La connaissance du réel s'opère par une pure contemplation intérieure, par une expérience vécue; comme tous les mystiques, ces philosophes de la Vie parlent volontiers d'une naissance de Dieu en notre âme ou, pour emprunter le langage significatif de Claudel, d'une co-naissance de Dieu et de notre âme. Ce n'est qu'à partir de ce centre de nous-mêmes qu'une juste perception du monde extérieur est possible, par une nouvelle analogie et une nouvelle co-naissance ; car la création visible a une valeur toute symbolique, et chacune de ses manifestations est une pure allusion à l'Unique, qu'il s'agit de saisir à travers elle. Dans chacune de leurs démarches, ces esprits de la Renaissance tendaient à une perception globale du Tout; leur procédé n'était jamais analytique, et, de même que leur médecine ne soignait pas les organes isolés, mais prétendait s'en prendre toujours à l'homme entier, leur science ne connaissait aucune spécialisation : une connaissance partielle équivalait pour eux à une non-connaissance, et leur « humanisme », bien loin d'être une limitation à ce qui est humain, comprenait naturellement l'univers entier, qui, pour eux, nous était communiqué non seulement par ceux de nos organes qui sont tournés vers l'extérieur, mais par mille concordances intérieures. Et le grand mystère, qu'ils poursuivaient par tant de voies diverses, était une formule capable d'exprimer à la fois le rythme du Tout et le rythme analogue de chacune de ses parties vivantes. De là leurs spéculations mathématiques : le nombre seul peut rendre compte d'une réalité conçue comme essentiellement rythmique. Cependant, la philosophie cartésienne et post-cartésienne avait triomphé de cette mystique « analogique » et « symboliste », qui, expulsée de la méditation supérieure, était allée rejoindre le courant secret des superstitions et des doctrines occultes, où il semble que la pensée humaine doive périodiquement se retremper pour corriger le rationalisme pur ou l'entraîne sa pente de facilité. Dans les sectes d'initiés, qui furent si actives précisément à l'âge des « lumières », les idées les plus hautes du néo-platonisme, introduites en Allemagne par Meister Eckhart (qui en ignorait l'origine), par Paracelse, par Agrippa de Nettesheim et par le Hollandais Van Helmont, puis reprises et chargées d'interprétations bibliques par Jakob Bœhme, finirent par s'amalgamer aux mille alluvions d'origine orientale qui survivaient dans l'occultisme traditionnel. En France, les pratiques assez grossières de Martinez de Pasqualis et le système théosophique du Philosophe inconnu, en Allemagne les sectes d'illuminés et la magie d'Eckhartshausen renouvellent cette tradition. L'idée d'analogie se complique désormais de mythes destinés à expliquer l'origine du mal. Non seulement la nature et l'esprit (notre esprit, en particulier) sont de même essence, étant tous deux des émanations de la Cause unique; mais, encore, la corruption de l'esprit humain entraîna la chute de la nature elle-même. Pour un Saint-Martin, l'homme s'est tourné vers une autre lumière que celle dont il était destiné à être la suprême manifestation, et la matière est née de la chute ; car Dieu l'a créée pour arrêter la course à l'abîme, et donner à l'homme un monde où il eût encore une chance de se racheter. Dans l'état actuel des choses, l'homme garde, au tréfonds de lui-même, les débris de sa destinée première et la réminiscence obscure de l'âge d'or, du paradis primitif. S'il parvient à écouter les signes intérieurs qui lui sont donnés, à redescendre en lui, jusqu'à pouvoir, par une magie toute spirituelle, s'emparer à nouveau des germes qui couvent en son âme, il effectuera sa propre réintégration en Dieu; mais, du même coup, il restituera la création entière dans l'unité primordiale (Albert Béguin, L'âme romantique et le rêve: essai sur le romantisme allemand et la poésie française, Tome I, 1937 - books.google.fr).

Ce furent d'abord deux thèses remarquables, l'une de Paris, celle de Roland Dalbiez, La Méthode psychanalytique et la Doctrine freudienne, l'autre de Genève, celle d'Albert Béguin, Le Rêve chez les romantiques allemands. Le livre de Dalbiez reprend, avec plus d'envergure qu'on ne l'a jamais fait, le programme que je traçais moimême naguère dans mes Études de psychanalyse : de faire le pont entre le pathologique et le normal, entre les données psychanalytiques et une psychologie plus classique. Par sa belle tenue intellectuelle, cet ouvrage limpide et profond, d'inspiration thomiste et catholique, est bien propre à dissiper beaucoup de préventions et à assainir l'atmosphère. Quant à Albert Béguin, ce n'est pas un psychologue, c'est un historien de la littérature ; mais, bien informé de la psychologie moderne, il se tourne vers les philosophes et les poètes du romantisme allemand et nous étonne en décelant en eux des précurseurs perspicaces, qui ont plus qu'un intérêt historique, car les problèmes qu'ils se posent sont ceux que nous débattons, et leurs vues, incomplètes par l'ignorance de certains faits, sont susceptibles, sur d'autres points, de corriger et d'élargir les investigations des modernes (Charles Baudouin, Psychanalyse du symbole religieux, 2006 - books.google.fr).

A Genève, le groupe sympahtisant du personnalisme d'Emmanuel Mounier, supervisé par Albert Béguin et Marcel Raymond, connaît un parcours plus chaotique. Paralysé par une faible assise, il s'appuie sur des milieux proches de la SDN et du BIT réunis autour d'Aldo Dami. Le groupe trouve également un écho favorable du côté des pédagogues de l'école de Genève, Adolphe Ferrière, William Perret, ainsi que de quelques psychologues de renom, parmi lesquels Charles Baudouin (Alain Clavien, Hervé Gullotti, Pierre Marti, "La province n'est plus la province": Les relations culturelles franco-suisses à l'épreuve de la seconde guerre mondiale, 1935-1950, 2003 - books.google.fr).

A. Béguin deviendra, après la mort de Emmanuel Mounier en 1950, directeur de la revue Esprit, contesté par les fidèles de Mounier.

Elie et les profanateurs

On nous dit qu'Élie a fait mourir quelque quatre cent cinquante prophètes de Baal au Mont Carmel. Que symbolisait Baal ? Dans quel milieu est-il né ? Nous savons qu'on appelait Baal le dieu des Phéniciens spécialement honoré par les habitants de la ville de Tyr. Depuis Salomon et David, des « Baals » avaient fait assez bon ménage avec Yahvé, et ce n'est que lorsque les Israélites commencèrent à adorer Yahvé à la manière des adeptes de Baal que le conflit semble avoir éclaté. Le roi Salomon, pour organiser ses grandes expéditions dans le royaume de la reine de Saba (la Rhodésie ?) et se procurer l'or nécessaire à l'établissement de sa puissance, s'était appuyé sur les Phéniciens qui, à la suite des Égyptiens, parcouraient les routes maritimes et organisaient leur commerce. Les habitants de Tyr avaient donc été formés à l'école d'une vieille civilisation de marchands et de marins. L'histoire nous dit qu'ils adoraient leurs dieux en pliant le genou devant leurs statues et en leur envoyant des baisers avec les mains, rites d'une religion qui était « celle de la fertilité, du sexe et de la mort, de la mutilation et du et du sang ». Les Israélites avaient subi à l'origine une autre formation. Yahvé était le Dieu du Sinaï-Horeb, terrible et ombrageux, épurant son peuple par le feu et la famine pour le maintenir dans la voie de la tradition et de la loi. Quelles ont pu être ces traditions ? Les textes nous le disent clairement. Relisons la rencontre du prophète Élie avec Yahvé à l'Horeb : « Il y eut un grand ouragan si fort qu'il fendit les montagnes et brisait les rochers en avant de Yahvé, mais Yahvé n'était pas dans l'ouragan, et après l'ouragan un tremblement de terre, mais Yahvé n'était pas dans le tremblement de terre, et après le tremblement de terre un feu, mais Yahvé n'était pas dans le feu, et après le feu le bruit d'une brise légère... Dès qu'Élie l'entendit il se voila la face avec son manteau, il sortit et se tint à l'entrée de la grotte (dans laquelle il s'était réfugié). Alors une voix lui parvint qui lui dit : « Que fais-tu ici Élie ? » » Seule une voix lui est parvenue et Dieu ne s'est manifesté que sous la forme de la brise ou du vent ; un Dieu immatériel sans visage humain et dont le Prophète n'a pas le droit de contempler la face. Cette description de Yahvé, nous la retrouvons un peu partout dans l'Ancien Testament pour figurer Dieu. Les Esséniens du Qumrân l'interprétaient d'une façon semblable. On lit, dans le Manuel de discipline : « ... alors on se séparera du milieu des hommes de perversion et l'on ira au désert pour y préparer la route de Lui », comme il est écrit : « au désert préparez la route... tracez droit dans la steppe une route pour notre Dieu ». Et le R. P. Boismard, commentant les paroles du prophète Malachie, écrit : « Dieu doit venir reprendre sa place traditionnelle dans le Temple détruit durant la catastrophe de 589 puis rebâti tant bien que mal après le Retour de l'exil. Sa venue marquera l'avènement du grand Jour de la colère, puisqu'il sera comme un feu dévorant pour purifier le Peuple comme on purifie l'or et l'argent. » Le Père Boismard concluera : « Le rôle d'Élie sera celui d'un pacificateur mais le contexte montre qu'il devra ramener le Peuple saint à une observation plus fidèle de la Loi : « Rappelez-vous la Loi de Moïse mon serviteur à qui j'ai prescrit à l'Horeb pour tout Israël des statuts et des décisions ». » La Loi de Moïse ? Qu'en dit Paul de Tarse dans sa deuxième épître aux Corinthiens : « Moïse ne servait qu'une loi de mort, un texte gravé dans la pierre. Il fut pourtant auréolé d'une telle gloire que les enfants d'Israël ne pouvaient fixer les yeux sur son visage, encore n'est-ce qu'une gloire passagère. » Et plus loin : « Si le service (d'une Loi) qui mène à la condamnation a connu une telle gloire, combien sera plus riche la gloire du ministère (de la Grâce) qui nous justifie. » » Je n'insiste pas davantage sur la signification de ces textes. Qu'en conclure ? Par opposition aux habitants de Tyr, les Israélites n'ont pas été déformés par le commerce maritime ni par la civilisation qui le conditionnait à cette époque. Leur maître a été le désert, celui du Sinaï, où vécurent les Benê Israël après leur départ d'Égypte ; celui de Syrie qu'ont traversé les rescapés de la déportation babylonienne ; celui de la mer Morte où les prophètes comme les Esséniens se retirèrent pendant des siècles. Ils retournent à leur source, dans la désolation d'une nature qui dessèche la vie, la ramenant à son point de départ : le Chaos. » Aujourd'hui encore les Arabes du désert se voilent la face, s'interdisant la représentation du visage humain, d'un animal ou d'une plante. (Allah est représenté par la pierre de la Kaaba.) » Ce serait donc bien, d'après nous, le désert, cette mer Morte et stérile, qui aurait contribué à former la mentalité des fils d'Israël, les obligeant à prendre à leur compte les exigences de la vie du désert. C'est elle qui leur interdirait d'exister en dehors d'un légalisme rituel représenté par la Loi. Les rapports entre les individus de la collectivité judaïque et leur Dieu Yahvé sont minutieusement et implacablement réglés, Yahvé n'étant pas représenté par une statue au visage humain. Il est l'Incommensurable et l'Innommable. Tout contact humain, toute adoration à la manière des Philistins étaient interdits. A ces défenses correspondait celle de prendre en considération la vie affective individuelle ou collective, c'est-à-dire le droit de se différencier en dehors de la justification imposée par la loi du désert, celle de Yahvé, avec ses 365 commandements et ses 248 interdictions. » Ces considérations générales expliqueraient peut-être les exigences de la conscience judaïque. Les cruautés et les persécutions d'un Dieu envoyant la famine et le feu sur la demande d'Élie lui sont nécessaires. Élie, intermédiaire entre Yahvé et son peuple est chargé de le châtier pour le ramener à la stricte observance de la Loi. Cette Loi ne souffre aucun compromis ; elle n'admet pas d'autre Dieu à côté de Yahvé. Elle ne connaît après l'Exil que le Judaïsme raciste et condamne les faux prophètes des autres peuples comme Élie a condamné ceux des Phéniciens en les exterminant. » De notre point de vue, Élie se serait donc sacrifié non seulement aux exigences de Yahvé, mais également à celles de son peuple. Pour retrouver la paix de sa conscience, profondément troublée après les compromissions qu'avait peut-être entrainées la politique de Salomon et de David, ce peuple avait besoin de souffrir la famine, la malédiction et la persécution. Ne seraient-ce pas ces exigences affectives qui contribuèrent à abreuver les Israélites de souffrance chaque fois qu'ils étaient tentés de représenter Yahvé sous la forme du veau d'or? C'est possible. Toujours est-il que la figure du prophète Élie continue à agir dans le présent comme dans le passé. Il est monté, avec son corps, au ciel où il reste suspendu, pour ainsi dire, comme une épée de Damoclès. Il doit un jour en redescendre pour préparer la voie au Messie, à l'envoyé du Seigneur pour que l'Ecriture, c'est-à-dire la Loi, s'accomplisse. ». [...]

Élie fut ce Thesbite, fils de Saphat, de la tribu d'Aaron, qui habitait sur la montagne du Carmel ; il en extirpa les cultes idolâtres et profanateurs de la loi en faisant descendre le feu du ciel par sa prière (René Laforgue, Élie le prophète, Volume 2, (Charles Baudouin), 1956 - books.google.fr).

La revue « Carmel » fondée par Charles Baudouin à Genève où il se réfugie en 1915 est un rappel - raconté dans le poème écrit en mai 1914 intitulé "le Carmel" - de ce « couvent des Carmélites » de Nancy qui se trouvait à côté de la « retraite qu'il s'était choisie à Nancy-Beauregard, après sa sortie de l'hôpital où il avait été soigné pour la fièvre scarlatine. Baudouin explique dans l'introduction de premier numéro de cette revue est un type de "Carmel". Il utilise un vocabulaire religieux pour expliquer son rôle. Conçue à une époque de désarroi où "nos cathédrales s'effondrent", la revue représente un "asile intérieur", c'est à dire un état d'esprit qui permettra d'appréhender avec justesse la tourmente qui traverse l'Europe. C'est symboliquement une "Montagne sacrée", image qui suggère l'idée de la perspective nécessaire pour saisir les multiples facettes de la réalité (Antoinette Blum, Correspondance entre Romain Rolland et Charles Baudouin: une si fidèle amitié : choix de lettres, 1916-1944, 2000 - books.google.fr).

Maurice de Coëtlosquet (Joseph Charles Maurice) offrit la châsse en argent aux religieuses du Carmel de Metz pour contenir une partie des reliques du roi saint Sigebert III d'Austrasie, dont le tombeau se trouvait dans l'abbaye de Ban Saint Martin, un des neuf sommets du grand nonagones, père de Dagobert II, mort à Stenay, ville alignée avec Orval et Clervaux sur un des axes du 7 septembre. La châsse est détenue actuellement par le Carmel de Plappeville (Autour de Rennes le Château : Orval et le 6 septembre, Thèmes : Homards Delacroix).

Selon sa volonté, Sigebert III fut inhumé dans la crypte de l'abbaye Saint-Martin de Metz dont on lui attribue la fondation, bien qu'elle existât avant sa naissance, mais dont il s'occupa surtout de la restauration et de l'embellissement. Bientôt des miracles eurent lieu sur sa tombe. En 1063, la voûte de la crypte menaçant de s'écrouler, sa dépouille fut translatée dans la nef de l'église. Le corps ayant été trouvé intact, la renommée de ce prodige transforma l'église en lieu de pélerinage. Son culte ne cessa alors de se propager.

En 1428, l'abbaye étant menacée à cause de la guerre entre Charles II, duc de Lorraine, et les Messins, les reliques de Sigebert furent transportées dans l'église du prieuré Notre-Dame de Nancy. La paix signée (1430), l'argent manquant pour la restauration de l'abbaye Saint-Martin bien endommagée, les moines obtinrent de l'évêque de Metz (1449) et de celui de Toul (1478), l'autorisation de porter les reliques dans toute l'étendue des deux diocèses afin de recueillir des offrandes. C'est ainsi que pendant des années Sigebert parcourut les villes et villages de son ancien état. En 1552, Charles Quint vint mettre le siège devant l'abbaye Saint-Martin, enfin rétablie grâce aux offrandes, qui fut détruite par le duc François de Lorraine dans le cadre d'un système de défense. Au cours d'une procession solennelle, les reliques prirent le chemin de l'église des Dominicains de Metz puis, l'année suivante, dans l'église du prieuré Notre-Dame de Nancy.

En 1602, le duc de Lorraine du moment obtint l'établissement d'une primatiale, destinée à recevoir les reliques, de la papauté. Elles furent déménagées dans une église provisoire, Saint-Sébastien, qui devint le centre du culte du saint dont le prestige rejaillissait sur les ducs des Lorraine qui prétendaient succéder au roi d'Austrasie. Cette église provisoire fut remplacée par une chapelle située derrière le choeur de la future cathédrale. Déposée un temps en la chapelle des Tiercelins, le 1er octobre 1742 la châsse faisait son entrée officielle dans la primatiale, enfin terminée, et prendre place dans l'abside du sanctuaire aménagée à cet effet. La primatiale de Nancy reçut le titre de cathédrale, sous le vocable de Notre-Dame-de-l'Annonciation et Saint-Sigisbert lors du transfert de l'évêché de Toul à Nancy en 1777. La Révolution profana les reliques. La chair était encore adhérente aux ossements. C'est ce qu'atteste une pièce du 8 pluviose de l'an XI signée par l'autorité. Le corps fut brûlé et des témoins sauvèrent quelques fragments qui furent rendus au premier curé de la cathédrale après la tourmente. En 1811, l'élément central sur lequel reposait la châsse fut remplacé par une Vierge à l'Enfant, oeuvre de César Bagard (1669). La Lorraine est restée très attachée au culte de Sigebert (Sigisbert), le roi saint (www.tombes-sepultures.com).

La méthode d'autosuggestion que Baudouin théorisa est dûe à Emile Coué de la Châtaigneraie, né à Troyes, mais issu d'une famille bretonne de la région de Vannes (Molac). Emile Coué s'installe à Nancy en 1896 et y rencontre Charles Baudouin en 1913 (Gilbert Garibal, Emile Coué, 2013 - books.google.fr).

Maurice du Coëtlosquet, sans verser une larme sur son château ruiné, opta pour la France alors que Metz était annexée au deuxième Reich allemand. Il se retira à Nancy d'abord ; puis, ayant épousé, le 2 janvier 1874, à Rambervillers, Marie-Renée de Guerre, il s'établit dans la ville natale de son épouse. Son décès, le 19 mars l904, laissa sa veuve et sa fille unique Caroline (1876 - 1911) en possession de biens considérables. Maurice du Coëtlosquet dont les obsèques se firent à l'église de Rambervillers fut inhumé dans la chapelle du château de Mercy qu'il avait fait réaménager avant la reconstruction du château (Le Pays lorrain, Volume 85, Société d'archéologie lorraine et du Musée historique lorrain, 2004 - books.google.fr).

Nous avons entendu Pascal nous avertir (avertir Charlotte de Roannez), en termes pathétiques, de cette vigilance toujours nécessaire. La conversion n'est jamais assurée comme une illumination sans conteste ; la grâce donnée peut à tout moment être retirée : d'où cette obligation de vivre dans la crainte et le tremblement. Il en sera de la conviction du salut comme de l'amour d'Eva chez Vigny : « Ton amour taciturne et toujours menacé. » Cette menace, elle est aussi dans Athalie. Elle est fournie à Racine par la suite de l'histoire de Joas dans le récit biblique : cet Eliacin vêtu de lin pur, cet enfant de la Promesse, deviendra dans l'avenir un horrible pécheur, un roi sanguinaire et fratricide. Cette frange obscure n'est indiquée à son tour qu'avec une discrétion toute racinienne, mais qui suffit. Elle jette son ombre sur la prophétie de Joad, où se retrouve le classique symbolisme alchimique : Comment en un plomb vil l'or pur s'est-il changé ?

La menace éclate enfin dans la malédiction d'Athalie : ...Voici ce qu'en mourant lui souhaite sa mère : / Que dis-je, souhaiter ? je me flatte, j'espère / Qu'indocile à ton joug, fatigué de ta loi, / Fidèle au sang d'Achab, qu'il a reçu de moi, / Conforme à son aïeul, à son père semblable, / On verra de David l'héritier détestable / Abolir tes honneurs, profaner ton autel, / Et venger Athalie, Achab et Jézabel (acte V, scène VI) (Charles Baudouin, Jean Racine: l'enfant du désert, 1963 - books.google.fr).

Le prophète Vintras, inspirateur des frères Baillard de Sion-Vaudémont, se fit appeler Elie parmi ses prénoms (Le Prieuré de Sion : Prologue : Balance ton palet : Sion-Vaudémont).

On connaît une lettre de Cornelius Agrippa se comparant à Elie et Louis de Savoie à Jézabel :

Agrippa à son ami (Chapelain) : « Salut, cher Chapelain, le Seigneur Dieu est longanime et patient, pour amener les pécheurs à la pénitence, eux qui, suivant la dureté de leur cœur, méprisent sa bonté, mais ne pourront éviter son jugement. Il vient de périr, le Naboth de Bourbon, et l'impie Jézabel (Louise de Savoie) s'est emparée de sa vigne. Vous savez qu'elle a secrètement fait mourir les Prophètes, hommes justes, et à combien d'autres elle a infligé les tourments de la faim et de la soif dans les tribulations et les embûches. Vous savez le supplice malheureux « baronis Planciacii (de Semblançay ?) » de quelles grâces en retour on a payé celui qui tant de fois avait exposé pour eux sa foi, sa réputation, toute sa fortune et même sa vieVous savez quelle tragédie a suscitée notre Epître catholique à un ami; comme Elie de Thesbite, je suis devenu odieux à Jésabel pour la cause de la vérité et de la justice, et l'on a recherché ma mort. Mais l'ange du Seigneur m'a prémuni et m'a délivré de la méchanceté de cette femme. Il ne reste plus qu'à voir la chute de cette Jésabel, son corps mangé par les chiens et la ruine de tous les adorateurs de Baal. Prenez donc garde, évitez à temps la société des méchants, de peur que la main de Dieu ne vous frappe aussi et que vous ne périssiez avec ceux qui souillent la muraille, alors que Jéhu viendra frapper la maison de votre Achab et punir la cruelle Jésabel du sang de l'innocent et" des serviteurs de Dieu. On dit que Baboinus (Barguin ?) Lycaon a uni ses enfants aux bâtards de Méduse, pour ne faire qu'une chair et qu'un corps avec elle. Prenez garde d'en être dévoré. Au reste, vous savez ce que vous m'avez promis, et montrez-vous fidèle en me le remettant le plus tôt possible. Portez-vous bien. Anvers, 25 juillet 1528. » (Léon Charvet, Lettres et documents pour servir à l'histoire du XVIe siècle, et à celle de Eustache Chapuys, 1875 - books.google.fr).

Rappel à Virgile

Certains auteurs font de Didon ("errante" en grec), chantée par Virgile dans l'Enéide, fondatrice de Carthage, de son premier nom Elishat, une parente de Jézabel. La fille de Jézabel est le sujet d'une pièce de Jean Racine, Athalie (Femmes et guerres, 2000 - books.google.fr).

Demeures cachées

L'itinéraire de sainte Thérèse à travers les sept demeures du Château de l'âme présente des correspondances particulièrement précises avec les sept instances psychologiques que nous avons définies (Charles Baudouin, De l'instinct à l'esprit, 2007 - books.google.fr).

Chose vue en dehors de Baudouin (à tort) avec E. Blochet (La pensée grecque dans le mysticisme oriental, Revue de l'Orient chrétien, 1933) (Le Serpent rouge : Le voyage de l’âme : Gémeaux).

Lorsque, dans la description des Cinquièmes Demeures du Château Intérieur, la sainte parle d'oraison d'union et commence à décrire les plus hauts états de la vie mystique, elle tourne à nouveau ses regards vers l'Orient pour évoquer la contemplation des ermites du Carmel : « Nous toutes qui portons ce saint habit du Carmel, nous sommes appelées à l'oraison et à la contemplation. C'est là notre première institution. Nous descendons de cette race de saints religieux du Carmel qui s'enfonçaient dans une solitude si profonde et ne vouaient au monde un mépris si absolu que pour aller à la recherche de ce trésor, je veux dire de cette perle précieuse dont nous parlons. » Avec raison, nous l'avons dit, on a remarqué ce terme : « C'est notre première institution. » Thérèse s'est assimilé la sève élianique contenue dans l'Institution des Premiers Moines, et bien que, dans les textes cités, elle ne nomme pas Élie, y reconnaît les éléments traditionnels de l'imitation élianique. Le nom du Prophète est prononcé quand, décrivant les septièmes Demeures, elle parle du zèle qui consume une âme parvenue à l'entière transformation en Dieu : « C'est de là que vient le zèle si ardent de notre Père saint Élie pour la gloire de Dieu, de là ce zèle dont brûlaient saint Dominique et saint François pour ramener les âmes à Dieu et les porter à le louer. » C'est la première fois qu'est dégagé d'une manière si nette ce trait de la physionomie du Prophète (P. Elisée de la Nativité, Les Carmes imitateurs d'Élie (1370-1668), Élie le prophète, Volume 2, (Charles Baudouin), 1956 - books.google.fr).

Malebranche écrivait en 1675 que « la conscience que nous avons de nous-mêmes ne nous montre peut-être que la plus petite partie de notre âme ». Quelques années plus tard, Leibniz, génie universel, eut le mérite d'entreprendre l'étude systématique des aspects cachés de notre vie mentale, dont on commençait à pressentir l'importance. C'est à juste titre que Charles Baudouin, dont l'œuvre maîtresse a été consacrée à C.-G. Jung, qualifie Leibniz de « précurseur étonnant que nous retrouvons à l'entrée de toutes les avenues de notre psychologie moderne ». Il n'y a plus chez lui de « peut-être ». Il est le premier à utiliser l'image aujourd'hui classique : « Nos idées claires sont comme des îles qui surgissent sur l'océan des idées obscures. » (Pierre Jaccard, L'Inconscient, les rêves, les complexes, 1973 - books.google.fr).

Elie - Esculape

On a voulu voir dans le nom d'Eshmoun ('smn) un dérivé du mot sémitique pour « huile » ce qui à vrai dire conviendrait à sa condition de dieu guérisseur, assimilé à Asclépios; son sanctuaire, construit au Ve siècle, est encore partiellement visible aujourd'hui à Bostan esh-Sheikh près de Sidon. Il fut sans doute un haut lieu de pèlerinage comme en témoignent les ex-voto et les inscriptions trouvés pendant les fouilles. D'un autre côté, Sanchuniathon fait d'Asclépios le « huitième » et dernier fils de Sidek après les sept Cabires et on a voulu quelquefois rapprocher le nom d'Eshmoun du nombre sémitique « huit » dont les lettres sont les mêmes que celles du nom divin. rapprochement entre Eshmoun et le nom sémitique de l'huile aide à expliquer le caractère de dieu guérisseur qu'Eshmoun eut à Sidon et ailleurs, la référence au nombre « huit » paraît tout à fait artificielle; en fait, il est inutile de vouloir expliquer le nom d'Eshmoun, qui est déjà cité dans quelques textes cunéiformes du IIe millénaire, d'après les données désordonnées et confuses de Sanchuniathon recueillies par Philon de Byblos. Il est intéressant, en revanche, de mentionner ici la conversation que Pausanias, l'auteur du ue siècle de notre ère, eut avec un Sidonien qui était allé visiter le temple d'Asclépios à Aigium dans l'Achaïe (VII,23,7-8) : le Sidonien dit à Pausanias qu'Asclépios était l'air dont tous les vivants avaient besoin pour vivre, et le fait que le dieu fût le fils d'Apollon justifiait pleinement la condition de dieu guérisseur qu'on lui attribuait puisque, Apollon étant le Soleil, l'air recevait de lui sa salubrité; une rationalisation de l'Asclépios de la mythologie qui s'explique bien au IIe siècle de notre ère mais qui n'en souligne pas moins pour autant l'ancienneté et l'universalité du culte. [...] L'ancienne Sarepta correspond au village actuel de Sarafand, à 15 kilomètres au sud de Sidon, et possédait un temple de Tanit/Astarté. [...] Son nom est resté lié aux histoires, colorées, de la vie du prophète Elie dont le premier livre des Rois raconte le miracle de la farine et de la multiplication de l'huile chez une veuve de la ville et celui de la résurrection du fils de la même veuve (XVII, 7-24). (Michel Gras, Pierre Rouillard, Javier Teixidor, L'univers phenicien, 1989 - books.google.fr).

TNT 'STRT de l'ivoire de Sarepta pourrait alors être interprété comme un nom double, apposition préalable peut-être à une assimilation de l'une à l'autre ? Si, dans le même texte de Sarepta en revanche, le syntagme TNT 'STRT est une expression génitivale signifiant «Tanit de (la ville de) 'Ashtarot», l'importance religieuse de cette dernière ville, dont la localisation en Phénicie méridionale reste encore inconnue, ne saurait être surestimée (P. Bordeuil, Nouvelles inscriptions de la côte de Phénicie, Actes du IIIe congrès international des études phéniciennes et puniques: Tunis, 11-16 novembre 1991, Volume 1, 1995 - books.google.fr).

Sidoniens, Tyriens, Giblites, Arvadites, etc., ces appellations cadrent mieux avec le compartimentage géographique de la côte qui fut à l'origine de l'esprit d'indépendance et de compétition de ses habitants, très rarement unis. Ils avaient fondé leurs villes soit sur de petites îles proches du rivage (Tyr et Arouad), soit, le plus souvent, près d'ancrages naturels protégés par des promontoires (Beyrouth, Gubla/Byblos, Sidon, Zarephat/Sarepta et Akko/Acre). Tournés vers la mer, ils y ont trouvé très tôt le principal champ de leurs activités : pêche et navigation 18, laissant peut-être pour la mauvaise saison les travaux d'artisanat du métal, de l'ivoire et du verre qu'ils exportèrent dans tout le monde méditerranéen (Roger Saïdah, Sidon et la Phénicie méridionale au Bronze récent: À propos des tombes de Dakerman, 2013 - books.google.fr).

Ce qui devait donner à la dynastie d'Omri et d'Achab un lustre éclatant, ce fut d'avoir créé, pour les Israélites du Nord, une capitale qui rivaliserait de prestige avec Jérusalem. Sur la route accidentée qui mène de Judée en Galilée, à une douzaine de kilomètres au nord de la vénérable Sichem, se dresse l'admirable colline de Samarie. Vers le plateau qui la couronne, grimpent, par étages successifs, les plants d'oliviers, dont les fruits verts ou violacés ruissellent d'une huile savoureuse. Les vignobles ne sont pas moins riches. Grands amateurs de vin, les premiers Samaritains eurent tôt fait de transformer la résidence royale en cité joyeuse. L'écho des fêtes bachiques se perçoit dans l'apostrophe du prophète Isaïe (XXVIII, 1), qui vise l'opulente Samarie : Malheur à la couronne de gloire Des ivrognes d'Ephralm, Et à la fleur qui se fane De l'éclat de sa parure, A celle qui est au sommet de la vallée plantureuse Des gens abrutis par le vin I Malgré la répugnance qu'il éprouve à faire sortir de l'ombre la splendeur de la capitale rivale, le rédacteur du livre des Rois se voit forcé de mentionner le palais d'Achab. Il le fait en un tour de plume. et renvoie, pour plus ample informé, aux fameuses Chroniques des rois d'Israël, qui, malheureusement, ne nous sont point parvenues : « Le reste des actions d'Achab, tout ce qu'il a fait, et la maison d'ivoire qu'il a bâtie, ainsi que toutes les villes qu'il a construites, ces choses-là ne sont-elles point écrites au livre des Chroniques des rois d'Israël ? » (I Rois, XXII, 39.) Cette maison d'ivoire était la curiosité de Samarie. Le prophète judéen Amos y fait allusion dans ses invectives contre la cité maudite. Voici le langage qu'il prête à Dieu (III, 15) : Je frapperai la maison d'hiver En sus de la maison d'été ; Les maisons d'ivoire périront Et de nombreuses maisons seront détruites ! L'émouvant épithalame qui nous a été conservé dans le psautier sous le titre de chant d'amour (Psaume XLV, XLIV dans la Vulgate), mentionne les palais d'ivoire d'où s'exhale le son des instruments à cordes (Revue archéologique, 1934 - books.google.fr).

Mais que l'on veuille représenter la triade Hammon-Tanit-Eshmoun, ce dernier pourrait fort bien être symbolisé par le Tau (T majuscule grec, + libyque) ou la croix, emblème d'Hermes-Eshmoun. La combinaison des deux signes peut alors donner les figures suivantes : une croix ansée à cornes et le symbole d'Hermes-Mercure qui, toutes deux, ressemblent schématiquement à la croix d'Agadès. [...]

Au culte de la déesse de fertilité était associé en Phénicie celui d'Adonis, qui cacherait en réalité celui du dieu Eshmoun. Les dieux grecs avec lesquels on l'identifiait étaient Esculape, Dionysos (Bacchus latin) et Hermès (Mercure latin). Or tous ces dieux sont des divinités phalliques; deux d'entre eux, Esculape et Hermès, ont comme emblème le serpent, symbole phallique notoire et au surplus, Hermès avait comme attribut la croix ou lettre tau (Notes africaines, Numéro 63, Institut français d'Afrique noire, 1954 - books.google.fr).

Quant à l'opinion, jadis courante, selon laquelle le panthéon phénicien était organisé en triades (un dieu protecteur de la cité, une déesse épouse et compagne, un dieu jeune généralement sous la forme d'un fils qui meurt et revient à la vie par l'intermédiaire d'un rituel), elle a été contredite par les études récentes. Dans aucune des cités phéniciennes, l'existence d'une triade ne peut être démontrée. Mais il est parfois vrai que la divinité masculine peut être rattachée au modèle du dieu qui meurt et revient à la vie (S. Moscati, Introduction, La civilisation phénicienne et punique, 1995 - books.google.fr).

Calestis, héritère de Tanit-Astarté, était associée à Esculape, héritier d'Eshmoun à Thiziea et Thuburbo Maius en Afrique du Nord (Alain Cadotte, La romanisation des dieux: l'interpretation romana en Afrique du Nord sous le Haut-Empire, 2007 - books.google.fr).

Dans la substitution chrétienne des noms des constellations par Jules Schiller d'Augsbourg, la planète Mercure devient la planète Elie (Camille Flammarion, Essai d'une substitution, La Nature, 1877 - books.google.fr).

En Westphalie, le chariot ou Grande Ourse est appelé char d'Elie (Kuhn, Wesfaelische Sagen, n“ 272) (Gaston Paris, Le petit Poucet, Mémoires de la Société de linguistique de Paris, Tome 1, 1868 - books.google.fr).

Elie et typlogie

Le duc de Savoie voulait faire d'Annemasse, comme de Thonon, le camp retranché des missionnaires et la place forte du catholicisme. [...] Parmi les divers moyens utilisés pour assurer le succès de la mission, il faut citer en bonne place les solennités des Quarante-Heures organisées pour la première fois à Annemasse en 1597 par le Père Chérubin (Hubert Wyrill, Réforme et Contre-Réforme en Savoie, 1536-1679: de Guillaume Farel à François de Sales, 2001 - books.google.fr).

La nourriture réconfortante apportée à Elie par l'ange est considérée comme une préfiguration de la Cène. La manne et le pain d'Elie, affirme, en 1601, le P. Richeome, sont figures du « sacrement de l'autel », de l'Eucharistie. Une fois encore, l'exégèse allégorique à partir du théâtre sera pratiquée à Thonon ad usum praedicandum . C'est François de Sales qui fit la prédication aux confrères de Boëge, traitant doctement et élégamment, à son accoustumée, de la realité et dignité de l'Eucharistie, sur l'occasion que luy en proposoit devant les yeux une fort belle représentation [...] de la manne descendente du ciel au désert. On rapprochera de cette prédication, dont nous n'avons pas le texte, le Sommaire d'un sermon sur la sainte eucharistie figurée et prédite dans l'Ancien Testament : parmi les figures de l'Eucharistie dans l'Ancien Testament, il cite la manne... La représentation d'Elie [à Thonon] dut donner lieu à une prédication identique à la louange du Saint Sacrement. Ainsi, ce que nous pouvons savoir des pièces représentées nous renvoie à la glorification du Christ incarné, souffrant, du Christ donné en nourriture dans l'Eucharistie — cette Eucharistie dont il s'agit d'affirmer la réalité et le triomphe face aux hérétiques de Genève. Il resterait à éclairer les conditions concrètes des représentations théâtrales. Concernant l'aspect matériel des représentations, les archives restent muettes. Seule la consultation des témoignages de l'époque autorise quelques remarques sur le cadre des représentations, les acteurs et les spectateurs. Une fois encore, nous puiserons à ces sources. Les renseignements sont pauvres pour les Quarante-Heures d'Annemasse. Ch.-A. de Sales indique que « le théâtre fut érigé grande place » (Charles Mazouer, Théâtre et mission pendant la conquête du Chablais (1597-1598), XVIIe siècle, Numéros 134 à 137, 1982 - books.google.fr).

Nous savons que le prophète Elie a été considéré comme une figure du baptême parce qu'il a traversé le Jourdain (descensus) avant de monter au ciel (ascensus) (II R 2, 8-12). Cyrille de Jérusalem commente ainsi le texte des Rois: "Elie est enlevé, mais dans l'eau: en effet il traverse d'abord le Jourdain, puis il est enlevé par les chevaux au ciel." (PG 33, 433-4.) Il est inutile de rappeler les célèbres Catécheses de Cyrille pendant des siècles le manuel de la préparation des catéchumènes au baptême. Des textes situent le passage du Jourdain par Elie à l'endroit même du baptême de Jésus, et l'ascension du prophète dans les environs, au lieu "Djébel Mar Elias". Elie a été enlevé au ciel dans un char de feu: il devenait ainsi la figure de l'Esprit-Saint (Bellarmino Bagatti, L'Église de la circoncision, 1965 - books.google.fr).