Partie XV - Le Cercle et la Croix des Prophètes   Les Prophètes et Rennes le Château   Saunière ou Ezéchiel et les quatre arbres   
LE CERCLE ET LA CROIX DES PROPHETES RENNES LE CHATEAU SAUNIERE BERENGER EZECHIEL ARBRES PARADIS CAROUBIER CEDRE AMANDIER CHENE

En cherchant un point commun entre Saunière, Rennes le Château et Ezechiel, www.nonagones.info a distingué un arbre, le cèdre, qui est en, effet l'arbre d'Ezéchiel.

Cyprès, cèdre, palmier, olivier sont les quatre arbres entrant dans la composition du bois de la Croix selon Hugues de Saint Victor (De Bestiis et aliis rebus) (Laurent Bolard, Le paysage toscan, métaphore du Paradis, Claude Simon : "Le Tramway", 2002 - books.google.fr).

Dans un certain sens, le message de la Bible peut se condenser dans le symbolisme de quatre arbres. Le premier était l’arbre de la vie dans le paradis du jardin d’Eden (Genèse 3:22-24). Cet arbre devint l’arbre de la connaissance du bien et du mal (le deuxième arbre) dont Adam et Eve mangèrent le fruit, causant la chute (Genèse 3:4-6, 17-18). Le troisième, la croix de Jésus, est appelé «bois» et est lié au verset du Deutéronome 21:22-23: «Si l’on fait mourir un homme qui a commis un crime digne de mort, et que tu l’aies pendu à un bois, son cadavre ne passera point la nuit sur ce bois; mais tu l’enterreras le jour même; car celui qui est pendu est un objet de malédiction auprès de Dieu.» Dans la doctrine chrétienne du salut, en assumant la malédiction Jésus l’élimine de l’arbre du bien et du mal et conduit au dernier arbre: l’arbre de la vie dans le paradis de Dieu «… dont les feuilles servaient à la guérison des nations. Il n’y aura plus d’anathèmes.» (Apocalyspse 22: 1-3) (Lytton John Musselman, Les arbres dans le Coran et la Bible, 2003 - www.fao.org).

Le texte biblique n'offre, hélas, aucune indication sur les essences qui peuplent le Jardin, sinon qu'il s'agit de fruitiers : « Des arbres donnant, selon leur espèce, des fruits contenant leur semence » (Genèse, 1, 12). «Yahvé-Dieu fit pousser du sol toutes sortes d'arbres séduisants à voir et bons à manger, et l'arbre de vie au milieu du jardin et l'arbre de la connaissance du bien et du mal » (Génèse 2,8-9). La seule espèce qui soit effectivement dénommée est, indirectement, le figuier, puisqu'il est dit que l'homme et la femme, après avoir mangé de l'arbre de la connaissance, « connurent qu'ils étaient nus » et « cousirent des feuilles de figuier » (Genèse, 3, 7) pour se confectionner des pagnes. Les arbres du Jardin ne seront spécifiés que plus tard. Ainsi dans la vision d'Ézéchiel, le Cèdre du Liban, image de l'Assyrie et de Pharaon, est « envié de tous les arbres d'Éden » (Ézéchiel, 31, 8-9), cyprès, platanes et autres cèdres (Jean Mottet, L'arbre dans le paysage, 2002 - books.google.fr).

Ezéchiel et l'Euphrate

Le Pseudo-Dorothée,le Pseudo-Epuiphane, Benjamin de Tudèle prétendent qu'Ezéchiel fut mis à mort par le prince ou juge de son peuple, qu'il exhortoit fortement à quitter l'idolâtrie ; et on ajoute que son corps fut mis dans la même caverne où avoient été enterrés Sem et Arphaxad, sur le bord de l'Euphrate. On montre encore aujourd'hui ce tombeau à quinze lieues de Bagdad sur l'Euphrate. Benjamin de Tudèle dit qu'il est situé derrière une synagogue de Juifs entre l'Euphrate et le Chaboras. Ce tombeau est sous une fort belle voûte, bâtie, dit-on, par le roi Jéchonias, qui fut tiré de prison, et élevé en honneur par Evilmérodac, roi de Chaldée. Ce tombeau étoit autrefois en grande vénération et fort visité. Non-seulement les chefs de la captivité s'y rendoient tous les ans avec une nombreuse suite, mais aussi une foule de Perses, de Mèdes et d'autres peuples, y alloient par dévotion. Les Juifs y entretenoient une lampe qui brûloit continuellement devant ce tombeau. Ils se vantent de posséder le livre écrit de la main d'Ezéchiel ; ils le conservent dans une bibliothèque au-dessus du tombeau ; et on le lit tous les ans dans la synagogue, le jour de l'expiation solennelle. C'est ce que rapportent les Hébreux; mais leur témoignage sur cela est fort suspect. Saint Clément d'Alexandrie nous apprend que quelques-uns croyoient que Nazarat, assyrien, précepteur de Pythagore, étoit le même qu'Ezéchiel. On prétend que Pythagore voyagea en Chaldée pour y voir les habiles gens qui y étoient ; et comme on suppose qu'Ezéchiel y vivoit alors dans une grande réputation, on pense que ce philosophe, curieux d'apprendre, ne manqua pas de se ranger sous sa discipline. C'est ainsi que le croient ceux qui se persuadent que Pythagore a vécu du temps d'Ezéchiel. Ils supposent que c'est en ce pays que ce philosophe grec avoit appris ce qu'il savoit des lois Moïse, et principalement sa Tétrachie, ou son Quartenaire, qu'on prétend n'être autre chose que le nom hébreu Jéhova, qui est composé de quatre lettres dans cette langue (Sainte Bible, Ezechiel, Tome 15, Méquignon, 1822 - books.google.fr).

On peut trouver un rapport scriptural de Rennes le Château avec Pythagore par les dés de la station du chemin de croix de l'église Sainte Marie Madeleine qui portent les chiffres 3,4 et 5, triplet le plus connu qui vérifie le théorème de Pythagore : le carré de la longueur de l’hypoténuse d'un triangle rectangle, qui est le côté opposé à l'angle droit, est égal à la somme des carrés des longueurs des deux autres côtés.

Station X du chemin de croix de Rennes le Château : "Jésus est dépouillé de ses vêtements"

D’après la réciproque du théorème de Pythagore, si un triangle a des côtés de longueurs 3, 4 et 5 (par rapport à une unité quelconque) alors il est rectangle. Ce cas particulier de triplet pythagoricien justifie l’usage de la corde à treize nœuds, qui permettait de mesurer des distances mais aussi d’obtenir un angle droit sans équerre rigide en répartissant les douze intervalles qui séparent les nœuds sur les trois côtés d’un triangle de dimensions 3 - 4 - 5.

Plutarque décrit (à la fin du premier siècle de notre ère) une interprétation symbolique religieuse du triangle. Mais à l'époque de Plutarque le syncrétisme religieux a cours dans l'Égypte sous domination romaine, après avoir été gouvernée par les Ptolémées, et il est délicat de déterminer l'origine de cette interprétation, encore plus de la dater (fr.wikipedia.org - Théorème de Pythagore).

Mais la principale & divine nature est composée de trois choses, de l'entendement, & de la matiere, & du composé de ces deux choses, que nous appellons le monde. Or Platon appelle cest intellectuel l'idée, le patron & le pere : la matiere il la nomme la mer, la nourrice & le fondement, & la place de la generation : ce qui est produit de ces deux, il a accoustumé de l'appeller l'engendré & l'enfanté. Et pourroit on à bon droict conjecturer, que les Egyptiens auroient voulu comparer la nature de l'univers au triangle, qui est le plus beau de tous, duquel mesme il semble que Platon cs livres de la republique use à ce propos en composant une figure nuptiale, & est ce triangle de ceste sorte, que le costé qui fait l angle droict est de trois, la base de quatre, & la troisieme ligne, qu'on appelle soubtendue, est de cinq, qui a autant de puissance comme les deux autres qui font l'angle droict : ainsi fault comparer la ligne qui tombe sur la base à plomb au malle, la base à la femelle, & la soubtendue â ce qui naist des deux, & Osiris au principe, Isis à ce qui le reçoit, & Orus au composé des deux : car le nombre ternaire est le premier non pair, & parfaict, le quatre est nombre quarré, composé du premier nombre pair, qui est deux : & cinq ressemble partie à son pere & partie à sa mere, estant composé du deux & du trois : & si semble que ce mot de Pan, qui est l'univers & le monde, soit dérivé de Penté, qui signifie cinq, & si Pempasasthai signifioit ancienement nombrer : qui plus est le cinq en soy multiplié fait un quarré, qui est vingt cinq, autant comme les Egyptiens ont de lettres eh leur alphabet, & autant commer Apis vescut d'années (Oeuvres de Plutarque, Volume 17, traduit par Jacques Amyot, 1785 - books.google.fr).

Ezéchiel et le cèdre

Mais si nous trouvons en effet dans la Bible l'évocation de l'arbre d'Ezéchiel, il ne s'agit pas, comme le précise Jean Fabre, du chêne d'Assur, mais du cèdre du Liban : [...] un cèdre sur le Liban, avec une belle ramure, des branchages produisant l'ombre et une taille élevée. Sa cime se trouvait au milieu des nuages (Ezéchiel, XXXI, 3). Dans ses branches nichaient tous les oiseaux du ciel ; sous ses rameaux mettaient bas toutes les bêtes de la campagne. Dans son ombre habitaient de nombreuses nations. Il devint beau par sa taille et par l'étendue de ses branches, [...] (ibid., XXXI, 6-7). [Adonaï Iahvé dit :] Parce qu'il a gagné en hauteur, parce qu'il a mis sa cime au milieu des nuages [...] (ibid., XXXI, 10)1. Nous remarquerons à première vue la ressemblance entre l'arbre de Diderot et celui d'Ezéchiel (Hisayasu Nakagawa, Des lumières et du comparatisme: un regard japonais sur le XVIIIe siècle, 1992 - books.google.fr).

A n'en juger que par un passage d'Ezéchiel (31, 3), l'éréz de la Bible est décidément le cèdre du Liban. « Voyez Assur, dit le prophète : il était comme un éréz sur le Liban : ses branches étaient belles, touffues et répandant pombre; il était haut, et sa chevelure s'élevait d'entre les rameaux serrés. » Cette description s'applique parfaitement au cèdre du Liban : on admire surtout dans cet arbre ses branches touffues, rapprochées, étendues presque horizontalement et couronnées par une belle flèche (Jean Chrétien Ferdinand Hoefer, Chaldée, Assyrie, Médie, Babylonie, Mésopotamie, Phénicie, Palmyrène, 1852 - books.google.fr).

Ezéchiel 17, 22-24 "Ainsi parle le Seigneur Yahvé : Moi, je prendrai à la cime du grand cèdre, au plus haut de ses rameaux je cueillerai une jeune pousse et je la planterai moi-même sur une montagne élevée et altière. Sur la haute montagne d'Israël je le planterai. Il poussera des branchages, il produira du fruit et deviendra un cèdre magnifique. Toutes sortes d'oiseaux habiteront sous lui, toutes sortes de volatiles reposeront à l'ombre de ses branches. Et tous les arbres de la campagne sauront que c'est moi, Yahvé, qui abaisse l'arbre élevé et qui élève l'arbre abaissé, qui fait sécher l'arbre vert et fleurir l'arbre sec. Moi, Yahvé, j'ai dit et je fais.

Pourquoi un cèdre, d'abord ? Parce que le cèdre était le symbole de la dynastie royale. Ezéchiel (17, 22-24) prend l'image du cèdre pour parler du roi, comme La Fontaine prenait celle du lion. Le roi en exil est comme un cèdre renversé (on emploie bien en français l'expression « renverser un roi »), il est comme un arbre desséché... Mais Dieu va prélever un rameau tendre du vieil arbre et le replanter luimême. « Sur la haute montagne d'Israël, je le planterai » : la « haute montagne d'Israël », c'est évidemment Jérusalem ; topographiquement, ce n'est pas la plus haute montagne du pays, mais c'est d'une autre élévation qu'il est question ! Cette phrase annonce donc deux choses : le retour au pays et la restauration du royaume de Jérusalem (Marie-Noëlle Thabut, Intelligence des écritures - Volume 4 - Année B: Dimanches du temps ordinaire, 2012 - books.google.fr).

Ceratonia siliqua du grec "keras", "corne". En hébreu cheroub ou heroub, avec hereb, corne aussi.

Ezechiel et le sel de "Saunière"

Voici ce que dit le Seigneur Dieu à Jérusalem : Votre race et votre origine vient de la terre de Chanaan; votre père étoit Amorrhéen et votre mère Céthéenne ; leur impiété les avoit rendus semblables à ces peuptes. Lorsque vous êtes venue au monde, au jour de votre naissance, on ne vous a point coupé, comme aux autres enfans, le conduit par où vous receviez la nourriture dans le sein de votre mère; vous ne fûtes point lavée dans l'eau qui vous auroit été alors si salutaire, ni purifiée avec le sel, ni enveloppée de langes. (Ez. VI 3-4)

Autrement : "ni frottée avec le sel". On croit qu'on frottait ainsi le corps des enfans nouveau-nés, d'une eau où l'on avoit détrempé du sel, pour affermir leur chair trop tendre (Sainte Bible, Ezechiel, Tome 15, Méquignon, 1822 - books.google.fr).

On retrouve le "bit" occitan (Founbit : parcelle du cadastre de Rennes le Château) , ou "cordon ombilical" que désigne le "conduit".

Par ailleurs, toute offrande sans exception doit être salée. André Chouraqui traduit littéralement : l'offrant ne doit pas y faire chômer le sel du pacte de son élohîm. Cela rappelle l'expression d'alliance de sel, ainsi désignée parce qu'elle est infrangible. Cet usage symbolique vient sans doute de ce que le sel est indispensable pour la conservation des aliments. En Ezéchiel 43:24, les desservants jettent du sel sur des bestiaux destinées aux sacrifices de montée (Max Christian Ducomte, Minutieusement biblique : la tora (1), 2008 - books.google.fr).

Rennes le Château et le cèdre

Dans une grosse boite en carton (de la taille de deux boites à chaussures accolées) prélevée dans les années soixante dans ce qui est aujourd'hui la billeterie du musée et contenant différents documents de l'abbé Saunière sur une période limité. L'abbé Saunière remplissait des boites en carton avec ses archives journalières dans lesquelles se retrouvait tout ce qui arrivait dans sa boite aux letres ; courriers, publicités, relevés de banques, catalogue d'achat de vêtements, journaux financiers, ect. Rien de vraiment confidentiel dans tout cela hormis les échanges de courriers entre Mlle Marie Dénarnaud et Mme Emilienne Salière qui avait été la concubine de l'abbé Alfred Saunière... Dans ces boites rien non plus qui pouvait avoir un lien ou un indice avec le secret et les fouilles de l'abbé Bérenger Saunière... Ces choses-là étaient classée à part et, d'après Antoine Captier, à la mort de l'abbé Bérenger Saunière, l'abbé Rouanet (curé de Bages, non loin de Narbonne) était venu à Rennes tout enlever de ce qui devait rester secret et jalousement gardé. [...]

C'est aussi l'abbé Rouanet qui, déjà, après la mort de l'abbé Alfred Saunière, s'était occupé de Mme Emilienne Salière et de son fils André (qui était aussi celui de l'abbé Alfred Saunière, et le neveu de l'abbé Bérenger Saunière) en organisant un mariage de raison avec un homme handicapé du nom de Wolf qui adopta l'enfant... Avant son départ pour Bages, cet enfant, André, avait souvent été accueilli par l'abbé et Mlle Marie au presbytère de Rennes. [...]

Dans cette boite d'archives, un bout de papier sur lequel l'abbé Bérenger Saunière avait été inscrits sa commande d'arbres et d'arbustes pour le domaine de la villa Béthania. Dans ce document qui est aujourd'hui perdu, il y a une chose curieuse ; c'est le nombre de cèdres commandés par Saunière ; deux manquent à l'appel lorsque l'on compte ceux qui se trouvent dans le parc de la villa. En fait, ces deux cèdres ont été plantés ailleurs... à Rennes-les-Bains !... (Hercule Navarrau-Arsa, Café de Rennes le Chateau: parlons de tout, 2014 - renneslechateau-fr.com).

La Villa Béthania se trouve rue du Cèdre.

Ezéchiel, Marie Madeleine et les prostituées

Comment expliquer le culte voué dans toute la chrétienté à cette Marie de Magdala ? Le fait qu'elle soit « repentie » n'est pas une cause suffisante et il faut bien reconnaître que le personnage recouvre à lui tout seul une des images de la Déesse des Commencements, autrement dit la Prostituée sacrée telle qu'on pouvait la rencontrer dans les temples du Proche-Orient, à Ephèse en particulier, mais également dans la ville de Magdala, grand centre d'un culte de la femme divine. L'inconscient collectif a reconnu en elle cette image de la Vierge prostituée et, dans un cadre strictement chrétien, elle est devenue « sainte » Madeleine. Comment justifier autrement cette magnifique basilique romane de Vézelay (Yonne) qui restera l'un des chefs-d'œuvre de l'architecture sacrée ? Comment expliquer l'acharnement de l'abbé Saunière, à Rennes-le-Château (Aude), lequel a estauré son église de façon à la mettre partout à la place de la Vierge Marie, et qui a fait construire une villa « Béthanie » et une tour « Magdala » dans le but d'y constituer une bibliothèque ? (Jean Markale, La Grande Déesse: Mythes et sanctuaires. De la Vénus de Lespugue à Notre-Dame de Lourdes, 1997 - books.google.fr).

Tandis que le culte de YHWH, en quête d'exclusivisme, éliminait la sexualité et l'érotisme du domaine religieux et cultuel, le polythéisme cananéen était stigmatisé comme de la « fornication » et de l'idolâtrie. Ézéchiel qualifie également les Israélites d'« adultères » lorsqu'ils vénèrent des dieux étrangers (Ézéchiel, XVI et XXIII). Il dépeint ainsi l'amour contrarié entre Dieu et son peuple en prenant l'exemple des sœurs Ohola et Oholiba, qui représentent Israël, le royaume du Nord, et Juda, le royaume du Sud ; en accusant ces sœurs de prostitution « sous tout arbre », le prophète fait allusion aux cultes de la fertilité par lesquels les Israélites étaient manifestement attirés (Katell Berthelot, Dionigi Albera, Dieu, une enquête: Judaïsme, christianisme, islam : ce qui les distingue, ce qui les rapproche, 2013 - books.google.fr).

Isaïe et le caroubier

En revenant au martyr d'Isaïe, dans un Targoum, on peut lire :

Aussitôt Manassé fut irrité contre lui et il leur dit : "Saissisez-le !". Ils coururent après lui pour le saisir, et il fuit devant eux. Un caroubier ouvrit sa bouche et l'avala. R. Isaac fils de R. Hanina fils de Papa fils de R. Isaac dit : "Manassé fit venir des charpentiers et il fit scier le caroubier, et le sang (d'Isaïe) coulait." (P. Grelot, Deux tosephtas targoumiques inédites sur Isaïe LXVI, Revue Biblique, Volume 79, Ecole biblique et archéologique française, 1972 - books.google.fr, Ceslas Spicq, Lexique théologique du Nouveau Testament, 1991 - books.google.fr, L’Affaire Gélis et les charpentiers d’Isaïe).

On peut penser que, tout comme le jardin des Hespérides rappelle le jardin de l'Eden (tous les deux abritant un serpent défenseur de l'arbre sacré), le pommier « aux fruits d'or » du mythe grec a contaminé l'interprétation médiévale du récit biblique. On peut argumenter de l'ancienne association existant entre cet arbre et l'Éden, qui fit appeler en hébreu la caroube « pomme du Paradis » (Hilaário Franco Junior, Entre la figue et la pomme : l’iconographie romane du fruit défendu, Revue de l'histoire des religions, Volume 223, 2006 - books.google.fr, rhr.revues.org).

Un long texte, connu sous le nom de Mythe du paradis ou de Mythe de Dilmoun, du nom du pays quasi mythique où se déroulent les événements qu'il narre, parle du temps où le dieu Enki et sa femme, « la Vierge pure », y formaient le « couple unique », endormi dans le monde vierge et clair de Dilmoun. C'est ici le pays où rien encore n'existe que le couple primordial assoupi. C'est le pays où la vie n'est pas encore apparue : Dans Dilmoun, nul corbeau ne crie, L'oiseau ittidou ne pousse pas le cri de l'oiseau ittidou. Le lion ne tue pas, Le loup n'emporte pas l'agneau. Le chien sauvage, dévoreur des agneaux, n'est pas... L'œil malade ne dit pas : « j'ai mal à l'œil », La tête malade ne dit pas : « j'ai mal à la tète », La vieille femme ne dit pas : «je suis une vieille femme », Le vieil homme ne dit pas : « je suis un vieil homme »... Sans doute faut-il comprendre ce long passage, que l'on a abrégé, comme voulant insister sur le fait que rien de ce qui constitue le monde que les hommes connaissent n'existe encore sur Dilmoun. Dilmoun est le pays mythique où naîtra la vie que susciteront le dieu Enki et « la Vierge », son épouse. Jusque-là, rien n'existe, pas même l'eau. C'est « la Vierge » qui demandera au dieu de faire que soient les eaux vivifiantes : Enki répondit à Ninsikilla, « sa fille » : « Que le dieu Soleil « en un jour... », Que de la bouche d'où sort l'eau de la terre, Il fasse monter les douces eaux de la terre... » Ainsi fera le Soleil. Dilmoun aura l'eau qui lui permettra « de boire des eaux d'abondance ». Une troisième tradition fait état de la séparation des éléments primordiaux, sans préciser l'identité du Démiurge. Peut-être ici n'était-il pas nécessaire de le faire, mais il ne nous est pas interdit de songer à une séparation « naturelle », les âges précédents étant accomplis, des éléments confondus dont allait, alors, sortir le cosmos. Cette tradition est attestée dans l'introduction de l'Hymne au caroubier, qui relate l'arrivée du dieu Enki en Sumer : Lorsque le Ciel eut été éloigné de la Terre, Lorsque la Terre fut séparée du Ciel, Lorsque l'humanité fut semée (?), Lorsque le Dieu-Ciel eut installé le ciel, Lorsque Enlil eut installé la terre, Et que la déesse Ereshkigal eut reçu l'enfer en partage. Suivent le récit de l'arrivée d'Enki et l'histoire du caroubier, arbre primordial, seul et unique, qui croissait sur les bords de l'Euphrate. (Pierre Grimal, Mythologies de la Méditerranée au Gange: préhistoire, Égypte, Sumer, Babylone, Hittites, Sémites, Grèce, Rome, Perse, Inde, 1963 - books.google.fr).

Le Talmud de Jérusalem (traité Taanith, III, 9) et celui de Babylone connaissent l'histoire, selon laquelle Honi, le « faiseur de cercles » (Honi Hameaguel, de ma'agal "cercle", pour faire pleuvoir), s'endort à la veille de la prise de Jérusalem et ne se réveille que 70 ans plus tard, lorsque le Temple est rebâti et que le caroubier qu'il avait planté donne ses fruits. La littérature chrétienne a repris le thème du « long sommeil » dans la Légende des sept dormants d'Êphèse et, indépendamment de ses expressions religieuses, la littérature populaire lui a prêté une substance poétique dans le conte de la Belle au Bois dormant (Emil Turdeanu, Apocryphes Slaves Et Roumains De L'Ancien Testament, 1981 - books.google.fr).

Jérémie et l'amandier

Dans le patois de la région de Carcassonne, Courroupio est le Caroube, Amelhe l'amandier (A. Laffage, Glossaire de noms de plantes, Bulletin, Tome IV, Société d'études scientifiques de l'Aude, Carcassonne, 1892 - archive.org).

L’Amandier est une espèce d'arbre, dont il est parlé assez souvent dans l’Êcriture. Les Hébreux l’appellent Schaked, d’une racine qui signifie veiller, parce que l’Amandier est un des premiers arbres qui fleurissent au printems. Le Seigneur voulant montrer à Jérémie qu’il était tout prêt à faire éclater sa colère contre son peuple, lui montra une branche d’Amandier. La verge d’Aaron, qui poussa des fleurs & des fruits dans le désert, étoit aussi de bois d’Amandier. L’aureur de l’Ecclésiaste, pour marquer d’une manière énigmatique, que les cheveux du vieillard blanchiront, dit que l’Amandier fleurira. Cet arbre pousse des fleurs blanches, & de sort bonne heure, ainsi que nous venons de l'observer. (François Sabbathier, Dictionnaire pour l'intelligence des auteurs classiques, grecs et latins, tant sacrés que profanes, Volume 2, 1767 - books.google.fr).

Les pages 283 et 287 de La Vraie Langue Celtique parlent de la lune de Mars pour la cueillette du gui par les Druides. La page 287 est appariée à la page 132 et au psaume 132 qui mentionne Aaron. A la page 283, Boudet écrit vigilance : "A la nouvelle que la plante précieuse avait frappé les regards le peuple entrait en foule dans la forêt, on entourait l'arbre privilégié pour le garder avec vigilance..."

Le gui plante parasite & vorace, s'attache quelquefois sur les branches de l'amandier (François Rozier, Bonafous, Cours complet d'agriculture, Tome I, 1797 - books.google.fr).

La Pierre tremblante de Rennes les Bains aurait pu servir à casser la coque des amandes.

Plusieurs des noms que portent ces blocs font allusion à la facilité avec laquelle on peut les mettre en mouvement. C'est pour cela qu'ils s'appellent Pierres chabranles, Pierres qui branlent dans la Creuse, Roches branlantes, Roches branlaires en Puy-de-Dôme, Roches qui branlent en Ille-et-Vilaine, Pierres qui croulent en Saône-et-Loire, Pierres tremblantes dans l'Aude, Pierres qui dansent en Auvergne, Perrons qui dansent dans la Côte-d'Or. A Combronde (Puy-de-Dôme), il y avait la Pierre du Cœur balant, dite aussi Pierre du Devin, probablement à cause des oracles qu'on lui demandait. Le Roc de Saint-Estapin dans la Dordogne oscille si délicatement sous la pression de l'épaule et même du doigt qu'on l'a nommé le Casse-noisettes, et ils les casse en effet très proprement sans écraser l'amande. Une de ces pierres, dans un bois des environs de Moulins-Engilbert (Nièvre) était appelée Pierre de Bon Courage, ce qui suppose qu'on lui attribuait une influence sur la force ou la bravoure. Les légendes sur l'origine de ces pierres présentent une grande ressemblance avec celles des divers monuments mégalithiques: c'était la sainte Vierge qui, en filant sa quenouille, avait apporté de bien loin, dans son tablier, la Roche branlaire de Mont de la Côte (Tarn) et celle dé Gelles (Puy-de-Dôme) qui se balance sur un grand tourillon d'or ; à Rennes-les-Bains le diable en personne avait mis en équilibre la Pierre tremblante (Société des Antiquaires, Tome XII) (Paul Sébillot, Le folk-lore de France, Volume 4, 1907 - books.google.fr).

Daniel et le chêne

Henri Gougaud, né à Carcassonne en 1936, nous guide en publiant en 2003 Le Rire de l'Ange où se rencontre Suzanne à Saint-Just-Bézu. Shoshana est le lys blanc des vallée, blanc comme Aldedunum, le Bézu.

Le texte de Suzanne ne nous est parvenu qu’en grec. L’histoire tient en quelques mots : deux notables convoitent la belle et vertueuse Suzanne, ils veulent l’obliger à fauter en la menaçant, si elle ne leur cède pas, de l’accuser d’adultère. Un jeune enfant, Daniel, déjoue le faux témoignage de ces Anciens en les séparant et en les interrogeant chacun à part. [...] Ce lys évoque, bien entendu, le Cantique des Cantiques, d’autant que tout se passe dans un jardin bien clos. Suzanne est le récit d’un dévoilement (nigla). Certes, Suzanne se déshabille, faisant ainsi le bonheur des peintres et celui des amateurs d’énigmes midrashiques, mais il s’agit ici d’une mise à nu qui est le sens premier d’apocalypse. [...] On les sépara, puis Daniel fit venir l'un d'eux et lui dit : «Tu as vieilli dans l'iniquité et voici, pour t'accabler, les fautes de ta vie passée, porteur d'injustes jugements, qui condamnais les innocents et acquittais les coupables, alors que le Seigneur dit : “Tu ne feras pas mourir l'innocent et le juste!” Allons, si tu l'as si bien vue, dis-nous sous quel arbre tu les as vus ensemble.» Il répondit : «Sous un lentisque (schinon)» «En vérité, dit Daniel, ton mensonge te retombe sur la tête : déjà l'ange de Dieu a reçu de lui ta sentence et vient te fracasser par le milieu (schisei).» Il le renvoya, fit venir l'autre et lui dit : «Race de Canaan, et non pas de Juda, la beauté t'a égaré, le désir a perverti ton cœur! Ainsi agissiez-vous avec les filles d'Israël, et la peur les faisait consentir à votre commerce. Mais voici qu'une fille de Juda n'a pu supporter votre iniquité! Allons, dis-mois sous quel arbre tu les as surpris ensemble.» Il répondit : «Sous un chêne (prinon)» «En vérité, dit Daniel, toi aussi, ton mensonge te retombe sur la tête : voici l'ange de Dieu qui attend, l'épée à la main, de te trancher par le milieu, (prisei) pour en finir avec vous.» [...]

Pour qu’il y ait faute, il faut qu’il y ait unanimité des témoins, Daniel dissout la collégialité des témoins et les confond séparément. Rendant impossible la condition de la faute (le témoignage valide et identique de deux témoins) il sape la possibilité même de toute faute, de tout Jugement et de tout châtiment (www.lechampdumidrash.net).

On retrouve ainsi l'association Saint-Just - La Cassaigne - Chêne.