Partie XI - La Vraie Langue Celtique de l’abbé Henri Boudet   Etudes particulières de psaumes   Psaume 59 : Orphée, Porc-Fée   
LA VRAIE LANGUE CELTIQUE BOUDET PSAUME 59 VERRE SOUGRAIGNE ORPHEE PORC FEE LOT SODOME EDITH

Sougraigne : sel et verre

Ps. 59,1-2 Carrières Pour la fin, pour ceux qui seront changés. Ceci est l'inscription du titre, pour servir d'instruction à David, lorsqu'il brilla la Mésopotamie de Syrie et la province de Sobal, et que Joab, étant revenu, frappa l'Idumée dans la vallée des Salines par la défaite de douze mille hommes.

Les Salines sont un lieu-dit de Sougraigne, sur le tracé projeté de la constellation du Dragon sur la carte du département de l'Aude. Boudet ne dit pas ici que la femme de Lot se retourna et fut transformée en statue de sel (Genèse 19,26). Qu'elle se soit retournée non par simple curiosité mais par incrédulité est éclairci dans le Livre de la Sagesse X, 7.

L’exploration archéologique de l’atelier verrier des Salines a été réalisée à l’initiative de l’association Salicorne dans le cadre d’un vaste projet de mise en valeur du patrimoine local depuis 2008. L’officine moderne a été installée sur un site de l’âge du Bronze, non détecté jusqu’au commencement de la fouille, qu’elle oblitère en partie. la présence de charbons de bois qui tapissaient le fond du creusement a permis la réalisation d’une datation par radiocarbone, qui situe l’occupation entre 1300 et 1118 av. J.-C., soit durant une phase de transition entre Bronze Moyen et Bronze Final pour le Languedoc. L’atelier verrier s’installe quant à lui dans le contexte historique général d’une importante phase de développement de cette activité dans la région des hautes Corbières. En effet, les recherches documentaires ont largement mis en avant qu’entre le XVIe et le XVIIIe s., les pouvoirs locaux ont encouragé l’implantation d’une importante famille de verriers, les de Robert, au sein d’un territoire largement dépeuplé et boisé (La Vraie Langue Celtique de l’abbé Henri Boudet : Livre II - Ps. 59).

Le sel existe en effet à peu près partout dans les Pyrénées à la base du trias; il s'en faut que tout soit exploité. Dans le département de l'Aude, les exploitations les plus riches sont celles de Sougraigne. En 1861, la production totale du départementatteignait 13.000 tonnes valant 200.000 francs. En 1891 les chiffres sont de 15.619 tonnes représentant 400.000 francs. En 1901, la production tombe à 6.845 tonnes, valant 160.000 francs ; enfin, en 1909, les chiffres correspondants sont de 13.741 tonnes et 450.242 francs (Maurice Vitrac, Le France: histoire et géographie economiques; études, Tome 1, 1912 - books.google.fr).

Les principaux vestiges retrouvés à proximité de la source salée de la Sals à Sougraigne remontent à l’Âge du Bronze moyen, soit vers 1500 av. n.-è. Que ce soit pour l’un ou l’autre de ces sites, la cristallisation du sel est réalisée grâce au feu (procédé dit ignigène) et non par évapotranspiration (Alain Chartrain et Pierre-Arnaud de Labriffe, Vers une archéologie du sel en Languedoc-Roussillon », Sel, eau et forêt d’hier à aujourd’hui, 2008 - www.lepassemuraille.org).

A Sougraigne près de l'église, est une croix, qui aurait été offerte à l'un de ses collègues par l'abbé Boudet lui-même, porte le mot «confirmation» (Michel Lamy, Jules Verne, initié et initiateur, Payot, 1984, p. 99).

Le sacrement de Confirmation consiste en une matière qui est l’huile du Saint Chrême et une formule qui consiste dans les paroles : "Je te marque du signe de la Croix et je te confirme par le Chrême du salut, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit." Qui peut confirmer ? L’évêque. Que fait également l’évêque en administrant le sacrement ? Il impose les mains sur les confirmands en appelant sur eux les sept dons de l’Esprit-Saint : l’esprit de sagesse ; l’esprit d’intelligence ; l’esprit de conseil ; l’esprit de force ; l’esprit de science ; l’esprit de prière ; l’esprit de respect (gallican.org - 7 dons).

Après l'onction du saint chrême, l'ancien usage était de ceindre le front du confirmé d'un bandeau qu'il conservait jusqu'au huitième jour, comme les néophytes leurs vètements blancs. D'après quelques conciles, ces sept jours représentaient les sept dons du Saint-Esprit. Au treizième siècle, le nombre de ces jours fut limité à trois, en mémoire des trois personnes de la sainte Trinité (Sinod. Colon. 1281); au seizième siècle, on se contenta d'un jour. Le bandeau était enlevé solennellement à l'Eglise par le parrain, pendant que le prêtre récitait des prières. On frottait ensuite le front du confirmé avec du sel, on le lavait avec de l'eau, on brûlait le bandeau, dont la cendre, ainsi que le sel et l'eau dont on s'était servi, était déposée dans ce qu'on appelle le sacrarium, ou bien dans l'eau courante (Concil. Colon. 1652).

Pendant qu'on faisait l'onction au front, on récitait une prière analogue à la cérémonie, telle que celle-ci : « Je te confirme au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit; » ou encore : « Je te marque le front du signe de la croix, au nom du Père, etc.; » ou bien : « Je te confirme et te marque, etc., afin que tu sois rempli du Saint-Esprit, et que tu entres en possession de la vie éternelle; » ou enfin : « Reçois le signe de la croix par le saint chrême du salut en Jésus-Christ, pour la vie éternelle. » La formule actuelle : Je te marque du signe de la croix et te confirme avec le chrême du salut, au nom, etc., est due au pape Eugène, qui la composa en 1439 (Johann Evarist Schmid, Catéchisme historique, ou Explication complète du catéchisme en exemples vrais et authentiques, traduit par l'abbé Pélet, 1856 - books.google.fr).

Le chrême de la confirmation était autrefois conservé dans une fiole de verre avant que de l'être dans un récipient de métal (Nouvelle bibliotheque des auteurs ecclesiastiques, Tome 1, 1711 - books.google.fr).

Pour l'Ovide moralisé, réécriture chrétienne du XIVème siècle des Métamorphose d'Ovide, la harpe d'Orphée, comme la harpe de David, est l'heptacorde, l'instrument aux sept cordes. Que signifie la harpe ? C'est la foi, nous dit-on. Son bois, fait d'espérance, est obtenu par belle charité ; l'archet, c'est la bouche précieuse du Christ qui nous parle dans l'Évangile et c'est aussi langue des docteurs et des prêcheurs qui ont illuminé l'Église. Les sept cordes de la harpe représentent les sept vertus. Les deux chevilles, qui à chaque fois servent à tendre chacune des cordes, symbolisent les sept événements de la vie de Jésus ainsi que les sept sacrements qui y correspondent : ainsi Nativité et mariage enserrent la première corde de de Chasteté, Circoncision et prêtrise, la seconde de Charité etc. Le doigt qui touche chacune des cordes renvoie à l'un des sept dons du Saint Esprit dans la confirmation. C'est une allégorie qui nous vient de saint Ambroise. La première corde, par exemple, qui s'intitule chasteté, est touchée par le doigt qui signifie la sagesse. Mais revenons sur la première cheville qui désigne la Nativité. Pour la première corde, la seconde cheville qui sert à la tendre se nomme le mariage. Ce qui correspond donc à la Nativité, c'est-à-dire au mystère de l'Incarnation du Dieu fait homme, c'est le mariage. Le sacrement du mariage vient en regard de l'Incarnation, c'est-à-dire de la virginale jointure qui a présidé à celle-ci. A l'exemple de l'Incarnation ainsi comprise, « l'Église établit et commande à faire le mariage d'homme et de femme charnellement» (v. 2613-2616). Le mariage charnel de l'homme et de la femme transpose mystiquement les retrouvailles de la Terre et du Ciel, de l'âme et de Dieu, du corps et de l'âme.

Quand la harpe commence à être accordée, elle entre en consonance avec le mouvement de l'univers et elle trouve résonance en notre coeur comme dans sa table d'harmonie. Isidore de Séville en donne l'explication (Étymologies, III, 22, 3-6) : la cithare ou la lyre, à l'origine, avaient la forme de la poitrine humaine, parce que le chant s'exhalait de la lyre comme la voix s'exhale de la poitrine. L'heptacorde entre donc en concordance avec les sept mouvements du ciel (toujours les sept planètes). Les cordes elles-mêmes tirent leur nom du coeur, par l'un de ces tours étymologiques qu'affectionne Isidore : Chordas a corde. Le mot chorda vient du mot coeur, puisque le coeur bat au fond de notre poitrine exactement comme les cordes vibrent au sein de la cithare. Ainsi par la vertu d'un jeu de mots se répand au plus profond de l'homme l'harmonie du Ciel (Charles Mela, L'"homme musical" : Augustin musicien, Le temps et la forme: pour une épistémologie de la connaissance musicale, 1998 - books.google.fr).

La harpe, c'est la foi chrétienne. Chaque corde est une vertu chrétienne, et ses chevilles sont l'une un épisode de la vie du Christ, l'autre le sacrement institué sur son modèle. Ces deux chevilles sont chaque fois présentées d'abord, avant la corde tendue entre elles, cette vertu chrétienne qu'elles font vibrer et qui permet de passer de l'une à l'autre, de l'exemple du Christ à l'institution de l'Eglise. La première corde est Chasteté. Ses deux chevilles sont respectivement les noces mystiques de la divinité et de l'humanité que constitue l'Incarnation de Dieu dans la Vierge et le sacrement de mariage. La deuxième corde est Charité. Ses chevilles sont la Circoncision du Christ et le sacrement de l'ordre. La troisième corde est Miséricorde. Ses chevilles sont le Baptême du Christ et le sacrement de baptême. La quatrième corde est Patience dans les persécutions. Ses chevilles sont la Passion et l'Eucharistie qui la commémore. La cinquième corde est Abstinence, qui n'est pas désignée ainsi, mais par périphrase. Ses chevilles sont la Résurrection et la pénitence. La sixième corde est le désir — la « faim » disent les Béatitudes — de Justice. Ses chevilles sont l'Ascension et la confirmation. La septième corde est Humilité. Ses chevilles sont le retour du Christ au jour du Jugement et l'onction des malades. Telle est cette harpe, dont le bois est fait d'espérance et de charité (Ovide moralisé v. 2923-2924) (Michel Zink, Poésie et conversion au Moyen Âge, 2000 - books.google.fr).

A la page 214 (=59+155) on peut lire :

Dans les Albères, – hall, (hâull), habitation, – bear (bér), un ours, – les bêtes fauves trouvaient des retraites profondes, et leur poursuite présentaient assurément des danger considérables, que les Ibères affrontaient avec le courage qui les distinguait. Ces chasseurs d'ours étaient-ils le même peuple que les Bébriciens, dont la cité principale aurait été Pyrène ? (VLC, p. 214)

Bébryx, héros éponyme des Bébryces, peuple que la mythologie, qui n'est pas géographe, place en Bithynie (lors de l'accomplissement de ses douze travaux, Héraclès, en route pour vaincre les Amazones, tue Mygdon, le roi des Bébryces), mais ce qui n'est pas absurde compte tenu de la diffusion des colonies et des comptoirs méditerranéens. Le géographe Strabon rattache les Bébryces aux Thraces, qui, selon lui, ont émigré dans de nombreux endroits d'Asie. Orphée est fils du roi de Thrace Œagre et de la Muse Calliope. Œagre, fils d'Arès et de Léto (ou de Charops selon Diodore) est aussi père de Linos. Hygin (Fables CLXV) en fait aussi le père de Marsyas par Hyagnis (fr.wikipedia.org - OEagre, fr.wikipedia.org - Orphée, fr.wikipedia.org - Pyrène, (fr.wikipedia.org - Bébryces).

"Albères, - hall" peut constituer un jeu de mot avec Albert Hall, le Royal Albert Hall. A la page 290 on a encore "Alby hall" : "Le ruisseau d'Alby, – hall, habitation, – by (baï) à côté –, qui se déverse dans celui de la Coume, traversait le village gaulois", Alby étant un diminutif d'Albert. Ce sont peut-être des allusions à destination de certains lecteurs (Patrick Hanks, Kate Hardcastle, Flavia Hodges, A Dictionary of First Names, 2006 - books.google.fr).

On raconte, sans en avoir la certitude, que la reine Victoria ou le président américain de l'époque (Grover Cleveland ou un de ses successeurs) eurent en main un exemplaire de La Vraie Langue Celtique. Les universités d’Oxford et de Cambridge en sont d’autres exemples. Toutefois, ici, des documents et autres lettres le prouvent (L’abbé Henri Boudet, Les auteurs de Rennes-les-Bains - lemercuredegaillon.free.fr).

Le Royal Albert Hall of Arts and Sciences est une salle consacrée aux arts, dénommée en l'honneur du Prince Albert (de Saxe-Cobourg et Gotha), mari de la Reine Victoria, et Prince consort. Sa construction démarra le 20 mai 1867 et son inauguration eut lieu quatre ans plus tard, le 29 mars 1871.

Le Royal Albert Hall est une des salles de concert les plus connues du Royaume-Uni. Il possède le second orgue en taille d'Angleterre juste derrière celui de la cathédrale de Liverpool. Le bâtiment est de forme ovale et mesure 83 mètres (272 pieds) sur 72 mètres (238 pieds). La hauteur du dôme le surplombant est de 41 mètres. Sa capacité initiale était de 8 000 personnes et la salle a parfois même accueilli jusqu'à 9 000 spectateurs. Toutefois, de nouvelles normes de sécurité ont récemment réduit cette capacité à 5 544 places (fr.wikipedia.org - Royal Albert Hall, La Vraie Langue Celtique de l’abbé Henri Boudet : Etudes particulières de psaumes : Psaumes 115 et 59 : Arcadie, verre et serres).

En effet le mot musique n'est jamais inscrit dans La Vraie Langue Celtique, seuls les bruits, les tintements métalliques ou les sons gutturaux le sont.

Revenons à Orphée, dont le mythe fut réélaboré au Moyen Âge. Eurydice deux fois perdue, c'est, pour qui sait l'entendre grâce à Boèce, la vraie vie, le temps retrouvé. Un des pères de l'Église un des commentateurs du Xe siècle, Rémi d'Auxerre, qui avait aussi glosé Martianus Capella, va reprendre cette fable d'Orphée et d'Eurydice, à la suite des Mythologies de Fulgence au VIe siècle. La passion étymologique des des auteurs médiévaux y fait, à l'occasion, merveille. Le nom d'Orphée se laisse quelque peu travailler comme s'il contractait deux mots à l'origine : ôraia phonè, c'est-à-dire pulchra vox, la belle voix, la voix charmante. A moins qu'il ne faille déchiffrer un aurea phanès ou aureum lumen, la lumière dorée. Orphée, c'est donc la beauté de la voix, mais qui est Eurydice ? Il suffit d'entendre dans son nom les mots d'eur dikè, le jugement vaste, la règle profonde. Eurydice incarne dès lors les lois profondes de la musique et de l'harmonie. C'est dit en toutes lettres : « Eurydice, c'est l'inventio profunda, l'invention profonde, ipsa ars musica, l'art musical lui-même » dont Orphée, son époux, est l'expression et la voix. Saint Augustin avait adopté un point de vue très proche dans le De Musica : la ratio, la raison qui est l'art du nombre se trouve à la racine de la musique, même si dans cet ouvrage il n'a pu étudier que la partie qui concerne le rythme. Eurydice est donc cette capacité de l'art qu'Orphée va chercher au plus secret des ténèbres, au plus profond d'une discipline et qui ne cesse jamais de lui échapper, parce que cette ratio ne peut apparaître ni dans les mots, ni dans la voix. C'est pourquoi Orphée ne peut ressaisir Eurydice. Le mouvement fondamental consisterait dans l'effort pour retrouver cette raison elle-même et la faire affleurer au jour. Si nous prenons ensemble tous ces textes, de Boèce d'un côté, de Fulgence et de Rémi d'Auxerre de l'autre, c'est du même mouvement que l'on va chercher à ramener à la lumière étemelle qu'implique la lumière du jour, tel un soleil à la sortie de la nuit des enfers, l'esprit, d'une part, qui symbolise en nous la faculté divine exilée, égarée dans ce monde et, d'autre part, la raison de l'art, le nombre musical, qui se cache dans les profondeurs mais commande en même temps l'expression artistique (Charles Mela, L'"homme musical" : Augustin musicien, Le temps et la forme: pour une épistémologie de la connaissance musicale, 1998 - books.google.fr).

Dans la partie pyrénéenne de l'Aude il y a les deux villages de Granes et Sougraigne tout près l'un de l'autre, celui-ci étant â 7 km. directement à l'est de| celui-là, ce qui rappelle le cas de Béost - Arbéost. Pour tous les deux il y a lieu de croire à une étymologie préromane : ce sont des noms anciennement attestés, Sabarthès nous donnant bien des témoignages de Sogrania et formes pareilles à partir de 1231, et des mentions plus modernes de Granes (1523 et suivants), mais il est vraisemblable que le sénéchal de Carcassonne Joannes de Grannis nommé en 1247, 1248, 1257 etc. provenait de là. C'est un nom qui se répète ailleurs: Oranna est la forme qui dans des sources carolingiennes s'applique au moderne Crennes de l'Orne; et il y a une forme masculine Crans dans le canton de Vaud, dont le nom apparaît aussi dans les temps carolingiens; nous apprenons aussi par Longnon que Cranves de la H-Savoie était Crânavis à cette époque. Encouragés par le fait que Grannus est attesté comme nom de dieu dans des sources gauloises de l'Antiquité et que les noms de personne Grannos, Oranius et Granniola apparaissent dans des inscriptions celtiques de l'est ou sud de l'Espagne, nous cherchons un préfixe celtique pour expliquer celui de Sougranhe, vu que la suffixation -nnya de ce dérivé, vis-à-vis de la terminaison -nnas de Granes - Crannes, nous révèle aussi une dérivation de type indo-européen. On a l'embarras du choix: car su- est extrêmement fréquent dans des dérivés celtiques de l'Antiquité, où d'ailleurs il a non seulement le sens de 'bon, excellent', mais encore d'autres; mais d'autre part ce cas nous rappelle la situation d'un couple hispanique qui m'a suggéré une étymologie pareille. Suelsa est le nom d'un grand pic emplacé juste au-dessus de Bielsa, haut-Aragon, et droit à l'est du village. On a signalé il y a longtemps l'origine primitive du nom de la Beauce française, attesté et même défini déjà dans l'Antiquité comme comme Bélîsa, 'la fertile'. La triphtongue de l'ancien fr. Beausse confirme en confirme en effet qu'il s'agissait d'un ë bref, tout comme a dû l'être la voyelle originaire de Bielsa, d'après la diphtongaison aragonaise. Or Suelsa peut remonter à Su-bellsa, dont le -b- serait tombé normalement après un u ou o étymologique. Donc puisque la situation géographique à l'est du primitif, et dans Sougragne et dans Suelsa, révèle que tel doit être le sens de ce préfixe su- ou so-, il faut penser plutôt au nom pan-indo-européen de l'orient ou de l'aurore, soit auso-, attendu que la diphtongue au- se réduit constamment à a- lorsqu'elle est suivie d'un m ou un o en latin vulgaire (augustus > agustus, auscultare > ascultare etc. (Joan Coromines, Du nouveau sur la toponymie occitane, Beitrage zur Namenforschung, Volume 8, 1973 - books.google.fr).

Grannus est aussi un qualificatif d'Apollon, le dieu solaire, comme Sianno (sceau-signature du grand parchemin présentant un plan centré autour d'une sorte de P manuscrit avec au quatre coins des lettres de l'alphabet latin : NO, N, IS et A) (Autour de Rennes le Château : Sion, Soleil et Blaise).

Antiquité de la culture du sel : Hercule

Suivant la mythologie, les Pyrénées appartenaient au roi Bébrix, quand Hercule, avec ses guerriers, se présenta au pied de ces montagnes. (VLC, p. 214)

Après avoir volé les boeufs de Géryon, devenu bouvier, Hercule guide ses bovins le long du rivage méditerranéen puis s'achemine par le couloir (dromos) rhodanien vers les Alpes et assure la sécurité des passages. [...] La particularité du mythe d'Héraklès est de promouvoir le circuit par voie de terre à travers des régions montagneuses. Habituellement considéré à tort principalement comme un guerrier, le héros appartient en réalité au monde agricole.

Héraklès s'efforce de lutter contre ces usages barbares basés sur la loi du plus fort. Il pacifie les rapports entre les vachers et il leur procure du sel. [...] Don divin pour Homère, le sel est utilisé pour la conservation de la viande et du poisson. L'une des premières fonctions des comptoirs côtiers (emporia) est de permettre l'arrivée du sel en provenance des salines et sa distribution à la population de l'arrière-pays. La documentation italique connaît un Herculeus Salarius à Alba Fucens. En montagne, les mines de sel gemme semblent entrer dans cette thématique (Anne Weigel, Hercule ou l'héroïsme dans les Alpes, Dans les traces d'Hercule: les voies transalpines du Mont-Cenis et du Petit-Saint-Bernard, 2003 - books.google.fr).

Se basant sur la mention de cult(tores) Hercul(is) Sala(...?...) sur une inscription du territoire d'Alba Fucens, M. Torelli et F. Coarelli supposent que la statue d'Hercule d'Alba Fucens représenterait plus précisément Hercules Sala(rius), Hercule comme dispensateur du sel, matière première indispensable dans les pratiques de l'élevage (Colette Jourdain-Annequin, Jean-Claude Duclos, Aux origines de la transhumance: les Alpes et la vie pastorale d'hier à aujourd'hui, 2006 - books.google.fr).

Royal Albert Hall et Hercule

The first concert was Arthur Sullivan's cantata On Shore and Sea, performed on 1 May 1871 (fr.wikipedia.org - Royal Albert Hall).

On Shore and Sea is a "dramatic cantata" composed by Arthur Sullivan, with words by Tom Taylor. The cantata has an appropriately international flavour, telling of war and reunion, based on a 16th-century conflict between Christians and Moors at a time when conflict raged between the Saracen settlements in Northern Africa and the Christian states of the Mediterranean, especially Genoa. The theme is the sorrows and separations that are always incidental to war. The central characters are a sailor and his love, who are separated when he goes to battle, and later reunited. The final chorus, "Sink and Scatter, Clouds of War," was later renamed "The Song of Peace" and was played separately as a concert item (en.wikipedia.org - On Shore and Sea).

Gênes est l'actuelle capitale de la Ligurie italienne, du nom du peuple antique des Ligures. Ils sont cités pages 2 et 176 de La Vraie Langue Celtique. La page 176 raconte la fondation de Marseille par les Phocéens.

Les traditions héracléennes dans le territoire marseillais, paraissent-elles être liées à la lutte contre les Ligures, qui s'étendaient encore, au VIe siècle avant notre ère, des Alpes jusqu'à la région de l'Aude, où habitait le peuple des Helisyques. La Geste d'Héraclès a un caractère «anti-ligure », qui est lié à la lutte de Marseille contre les tribus indépendantes du littoral, et ses sanctuaires apparaissent comme autant de citadelles qui jalonnent le territoire maritime soumis à la domination phocéenne. C'est un état tout différent de la Gaule que nous révèle, à l'époque hellénistique, l'adaptation de la légende aux traditions celtiques. Transformation qui est provoquée par le peuplement des Celtes, dont la dernière invasion sur les deux rives du Rhône ne saurait être antérieure au IVe siècle et correspond à une expansion territoriale de Marseille, alliée de Rome. A côté des Ligures paraissent ces peuples «barbares » que signale sans les citer Denys d'Halicarnasse (I, 41), — les Celtes, qui vont rattacher la légende de leurs origines à la fable héracléenne. La vieille hostilité des Ligures, contre lesquels par deux fois Marseille avait réclamé le concours de Rome, — en 154 contre les Oxybes et les Déciates, en 123 contre les Salyens d'Entremont — , avait reculé devant la pacification de la route stratégique que garderont désormais les deux colonies d'Aix et de Narbonne fondées en 122 et en 118 avant J.-C., quelques années avant Toulouse, dont l'occupation marque la soumission complète de la voie d'Espagne. [...]

Scymnos de Chio, dont les relations, nous l'avons dit, se réfèrent à l'époque de l'invasion celtique, écrivait en effet que les Celtes avaient pris des Grecs les usages et les mœurs helléniques et observaient en particulier les lois de l'hospitalité avec l'étranger (v. 183-185). C'est ce que nous laisse entendre une citation du traité du Pseudo-Aristote qui ne peut être antérieure à Timée. «La route d'Héraclès, écrit-il, qui conduit en Celtique, au pays des Celto-ligures et des Ibères, est sauvegardée par les voisins qui protègent le passage des Hellènes. » Timagène d'Alexandrie contait qu'Héraclès, ayant entraîné les Doriens jusqu'aux limites de l'Océan, s'était uni à une femme de race noble, après sa double victoire sur Géryon et Taurisque. Parthénios de Nicée avait imaginé que cette femme indigène, Celtiné, qui lui avait ravi les bœufs de Géryon, n'avait consenti à les lui rendre, que s'il s'unissait à elle : de cette union était né Celtos, éponyme des Celtes. C'est là un thème qui deviendra banal à l'époque romaine : Silius Italicus, nous l'avons vu, lui avait donné pour épouse Pyrène, la fille du roi Bébryx, dont elle eut pour fils un serpent, en faisant qinsi l'éponyme de l'antique tribu protoceltique des Bebrices, qui paraît avoir occupé, à l'époque hallstattienne, le littoral narbonnais et était cantonnée après les invasions ibérique et celtique, sur le versant septentrional des Pyrénées. [...]

La limite des Ligures à l'est est placée, dans le Périple de Scylax, à Anzo, près Framura, entre Gênes et le golfe de la Spezia que Desjardins avait justement située dans le territoire de Gênes (Fernand Benoit, La légende d'Héraclès et la colonisation grecque dans le delta du Rhône. In: Bulletin de l'Association Guillaume Budé, n°8, décembre 1949 - www.persee.fr).

La femme de Lot : Edith et edut

Pour R. Isaac (Gen. R. 51 : 5; 50 : 4), la femme de Lot a été transformée en statue de sel parce qu'elle a transgressé par le sel. Loth lui aurait demandé de servir du sel à ses invités. Elle lui aurait répondu :«Est-ce ta volonté d'introduire à Sodome une autre coutume vile ?» Elle aurait alors fait le tour de ses voisins afin de leur demander du sel et les prévenir ainsi de la présence des invités de Loth, créant l'incident de violence qui suivit. Ainsi, elle n'observe pas les lois de l'hospitalité et au contraire, en voulant donner une leçon une à son mari, met en danger ses hôtes. Le midrash tente de justifier une punition qui peut paraître démesurée par rapport à une désobéissance vénielle. Dans un autre midrash (Tan. 4:8), elle est nommée Édith, de la racine 'ed qui signifie « témoin», peut-être parce qu'elle est témoin de la destruction de Sodome et Gomorrhe et qu'elle n'aurait pas dû l'être (Pauline Bebe, Isha Dictionnaire des femmes et du judaïsme, 2001 - books.google.fr).

Edût (Vulg. : testimonium ) : Les tables du décalogue étaient appelées lûhôt' édût, « tables du témoignage ; » car Dieu , par sa législation du Sinaï, s'était rendu lui - même devant son peuple un éclatant témoignage (Louis-Claude Fillion, Les psaumes: commentes d'après la vulgate et l'hébreu, 1893 - books.google.fr).

'edut : The origin and exact meaning of this word is obscure. Although it has traditionally been traditionally been attached to the root 'wd = 'testify' it is more probably a loanword based on the Akkadian ade, and means 'clause of a treaty'. Alternatively the meaning 'oracle' has been suggested for it, but there seems to be less evidence for this (Saint Thomas d'Aquin, Summa Theologiae: Volume 29, The Old Law: 1a2ae. 98-105, traduit par David Bourke, Arthur Littledale, 2006 - books.google.fr).

The expression 'al-susan occurs in Ps. 45:1; 60:1; 69:1; 80:1, and derives from susan, "lily," though some Old Testament scholars translate as "water lily" or "lotus." Since the present context is a Near Eastern one, this interpretation seems cogent. Twice this expression is used together with the word 'edut, "testimony" ('al-sosannim). Early versions do not take this expression as having any specifically musical reference, the Septuagint translating as "which are altered," Aquila as "upon the testimony of the flower," and Jerome as "upon the lily of testimony." Today most exegetes and musicologists believe that this expression is to be understood in the same context as that of many other psalms, namely, as the beginning of a song for contrafacts of once familiar lyrics that had long since fallen into obscurity (Werner, 1989). A few authors adduce the witness of late medieval rabbinic literature in interpreting susan as a musical instrument shaped like a lily (Gesenius, 1906) (Joachim Braun, Music in Ancient Israel/Palestine: Archaeological, Written, and Comparative Sources (1931), 2002 - books.google.fr).

Le psaume 79 (80) a été relié à Orphée par l'intermédiaire de La Vraie Langue Celtique où on retrouve la tête (coupée) du Christ page 234, appariée à la 79 (Le Prieuré de Sion : Prologue : Diététique mérovingienne : Anthime).

Mais le don peut intervenir dans un contexte transgressif pour l'hospitalité : arrivés de nuit à Guivéa, un lévite et sa compagne ne trouvent nulle hospitalité dans la cité (Jg 19,15), exception faite d'un vieillard. « Pendant qu'ils se réconfortaient, voici que les hommes de la ville [...] dirent au vieillard : "Fais sortir cet homme [...] afin que nous le connaissions." Le propriétaire de la maison sortit et leur dit : "Non, mes frères, (...) ne commettez pas cette infamie. Voici ma fille qui est vierge (...) Abusez d'elle et faites-lui ce que bon vous semblera [...]" Alors le lévite saisit sa concubine et la leur amena dehors. Ils [...] la malmenèrent toute la nuit jusqu'au matin... » (v. 22-25). La fonction de l'invité, la violation d'un droit sacré et sa conclusion édifiante (le lévite démembre sa défunte compagne et expédie ses restes aux tribus d'Israël - v. 29) font de cet épisode une réitération de la transgression sodomite (Loth offrant ses filles aux habitants — Gn 19,8) (Alain Montandon, Le livre de l'hospitalité, 2004 - books.google.fr).

Probablement, on peut relier le porc à l'hospitalité.

Au Moyen Âge, c'est la légende de saint Nicolas qui diffuse à grande échelle ce thème de la transformation d'êtres humains en cochons. Ici il ne s'agit plus de guerriers ou de marins adultes mais de jeunes enfants changés en porcelets. [...] Dans une ville où régnait la famine, trois orphelins demandent l'hospitalité à un boucher. Celui-ci la leur donne, mais il les emprisonne, puis les tue et les jette au saloir comme s'il s'agissait de vulgaires pourceaux. Ensuite, il les découpe en morceaux avec l'intention de les vendre à ses clients comme de la bonne viande. Heureusement, saint Nicolas, l'un des grands faiseurs de miracles du Moyen Âge chrétien, réussit, par un simple signe de croix, à rassembler les morceaux et à redonner vie aux enfants. À l'époque moderne et contemporaine, le théâtre et la littérature ne sont pas en reste qui mettent en scène des métamorphoses d'hommes ou de femmes en verrats ou en truies. Dans un roman récent, Truismes (1996), Marie Darrieussecq raconte ainsi l'histoire d'une jeune femme qui se transforme progressivement en truie et, par là même, se libère de toutes les oppressions dont sont victimes les femmes dans la qu'elle était (Michel Pastoureau, Le Roi tué par un cochon. Une mort infâme aux origines des emblèmes de la France ?, 2015 - books.google.fr).

De la Lorraine on retourne en Languedoc.

En Lozère, où l'on tuait le cochon pour Noël (« Tchalenda ») : même surcroît gastronomique, d'autant plus abondant qu'il était prescrit, en grande partie, par une sorte de rite. A ces ripailles, où s'affirmait la cohésion familiale, les voisins étaient presque toujours invités. Pour la fête du cochon, dans l'Hérault, on était tenu de leur offrir du boudin. Il y avait des plats imposés pour les jours où l'on recevait un hôte : la daube, les gras-doubles, le cassoulet, etc. Ces règles de bon voisinage ou d'hospitalité étaient plus strictes que l'obligation de manger tel ou tel mets à telle ou telle époque de l'année (René Nelli, Le Languedoc et le comté de Foix: le Roussillon, 1958 - books.google.fr).

Orphée : Porc-Fée

L'expression "Seigneur Jésus" apparaît trois fois page 79, 234 (les deux sont appariées) et 279. La page 79 est celle de la mention de l'évangéliste saint Matthieu. La page 234 porte "filius hominis" qui apparaît bien dans le psaume 79 (ou "fils de l'homme" ou "fils d'Adam" comme dans la Bible de Jérusalem). Boudet rappelle aussi le nom arabe de Jésus : Issa.

On présume avec raison que le nom primitif de l’ile de Lesbos était Issa, parce qu‘il y avait vis à vis une petite île nommée Antissa, comme si l’on eût dit vis à vis d’Issa. Cette île d’Antissa fut dans la suite jointe à celle d’Issa, et ne fit qu’une seule et même île avec elle (Géographie de Strabon). C'est là qu'échoue la tête d'Orphée (Le Cercle et la Croix des Prophètes : Les Prophètes et le Sceau de Palaja : Des psaumes et l’inverse du Cercle des Prophètes).

Puis, après avoir beaucoup pleuré, il décide d'aller la rechercher aux Enfers. Orphée est musicien. Les Muses lui ont appris la musique, il a formé les plus grands musiciens de la mythologie, Eumolpe, Musée et Linos. Il prend donc sa lyre, l'instrument avec lequel il a su apaiser les flots qui menaçaient l'Argos, et aussi encourager les rameurs pour aller en Egypte quérir la Toison d'or avec Jason, et revenir avec Médée la magicienne. Orphée part avec sa lyre (ou sa cithare) pour tenter d'émouvoir les dieux des Enfers et retrouver son Eurydice. Par chance, Orphée n'est pas seulement un grand musicien, c'est aussi un homme courageux. Il remonte le Styx, charme le passeur Charon, qui d'ordinaire jamais ne laisse entrer les vivants, puis le terrible chien Cerbère à trois têtes et, pour finir, les trois juges des morts. Il parvient à trouver les maîtres des lieux : Perséphone et le cruel Hadès. Grâce à quelques accords, Orphée obtient la permission de reprendre son Eurydice - mais à une condition : qu'elle le suive sans qu'il se retourne, du moins jusqu'au moment où elle parviendra à la lumière. Eurydice suit donc Orphée dans le sombre passage, guidée par la musique de sa lyre. Mais Orphée, angoissé par le silence - et bien qu'il vît poindre le soleil -, se retourne, pour voir si elle est toujours derrière lui, et en un instant, il perd à tout jamais son Eurydice, qui meurt une seconde fois ! Et Lui n'en devient pas pour autant une statue de sel. Pourquoi est-ce donc Eurydice qui perd la vie, et non Orphée ? Eurydice est bien restée derrière lui, obéissante et muette, faisant aussi peu de bruit qu'en font les ombres. Je me suis toujours demandé pourquoi Eurydice subissait une telle injustice, et était ainsi victime de cette punition ultime - la mort -, alors qu'elle semble bien innocente... L'homme pressé, c'est tout de même bien Orphée. À moins qu'il n'ait oublié la recommandation des dieux, ce qui n'est pas mieux. La suite de l'histoire est moins connue. Déçu par l'amour, Orphée continue de chanter, mais à présent pour inciter les hommes à se détourner de l'amour et des femmes. Telle est l'origine du malentendu qui en fait, selon certaines versions du mythe, l'inventeur des perversions sodomites, celles qui vaudront à la femme de Loth d'être changée en statue de sel. À tel point que les femmes (les Ménades) se rebellent contre Orphée, le démembrent et jettent sa tête dans le Styx (Pascal Dusapin, Une musique en train de se faire, 2009 - books.google.fr).

Antoine de Saint-Exupéry, l'auteur du Petit Prince, a écrit que : « L'amour ne consiste pas à se regarder dans les yeux, mais à regarder dans la même direction. » Si Orphée se tourne pour voir Eurydice, peut-être ne l'aimait-il pas vraiment.

La version la plus courante de la mort d'Orphée est que les Bacchantes ou Ménades éprouvèrent un vif dépit de le voir rester fidèle à Eurydice et le déchiquetèrent. Salomon Reinach évoque à propos de la mort d'Orphée le sparagmos - déchirement rituel du corps - et le cannibalisme sous-entendu. Sa tête, jetée dans le fleuve Euros, vint se déposer sur les rivages de l'île de Lesbos, terre de la Poésie, où un oracle d’Orphée dans une grotte existait. Les Muses, éplorées, recueillirent les membres pour les enterrer au pied du mont Olympe, à Leibèthres, en Thessalie. On prétendait que sa tête continuait parfois à chanter dans son tombeau, symbole de la survie posthume du poète par son chant.

Il circulait en Thessalie une légende au sujet de la tombe d'Orphée. Un oracle de Dionysos avait prédit que si les cendres d'Orphée étaient exposées au jour, un porc ravagerait la cité. Les habitants se moquèrent de cette prédiction, mais un jour, un berger s'endormit sur la tombe d'Orphée et, tout en rêvant, se mit à chanter les hymnes du poète. Les ouvriers présents dans les champs voisins accoururent aussitôt en grand nombre ; ils se bousculèrent tant qu'ils en vinrent à éventrer le sarcophage du poète. La nuit venue, un violent orage éclata, la pluie tombait abondamment et la rivière en crue inonda la ville et ses principaux monuments. La rivière en question est la Sys ; son nom signifie porc (fr.wikipedia.org - Orphée).

Le démembrement d'Orphée décapité a son correspondant dans la découpe du porc égorgé, prêt pour la salaison. La mer où est jeté le corps d'Orphée est salée.

L'ours mythique (Arthur incarnat la classe guerrière), dans sa conquête de la souveraineté, doit rencontrer le porc-fée ou le sanglier (incarnant la classe sacerdotale) pour le soumettre à son pouvoir. Commentant le même épisode, Philippe Jouët propose une tout autre interprétation en accord avec une conception cosmique de la religion celtique : « Le combat acharné d'Arthur s'apparente aux quêtes dans l'autre monde qui ont pour but de ravir au souverain nocturne les symboles du renouveau cosmique Le sanglier est au sein des eaux un pourvoyeur de lumière. Il faut lui comparer le varaha des textes védiques en prose, le sanglier mis à mort lors de la récupération par les dieux des richesses des Asuras. » L'épisode de Twrth Trwyth gagnerait à être replacé dans un cadre saisonnier. C'est en hiver, à la Samain celtique ou à Noël, au moment de la fête scandinave de Jol, que prend place cette chasse. Comme l'a rappelé Régis Boyer, le verrat constitue l'offrande attitrée de Jol, fête du solstice d'hiver. De nombreux rites de la fête tournent autour de cet animal associé au nécessaire renouvellement du temps cosmique. Le folklore fixe à la Saint-Antoine (le 17 janvier) l'abattage du cochon. Derrière le rite paysan, c'est le vieux mythe celtique du sanglier de l'autre monde et de l'abondance qui survit quelque peu (Philippe Walter, Arthur, l'ours et le roi, 2002 - books.google.fr).

L'association de l'homosexualité et du porc apparaît dans la Bible, un sommet dans la pratique de l'amalgame :

Paul de Tarse affirme en I Cor. 6,9-10 que les malakoi (« hommes mous ») et les arsenokoitai (littéralement : « ceux qui coïtent avec un mâle ») « n'hériteront pas du royaume de Dieu ». [...] Dans cette mention conjointe des malakoi et des arsenokoitai, les malakoi désignaient très probablement les homosexuels passifs, les arsenokoitai désignant quant à eux les homosexuels actifs. Du point de vue de la typologie biblique, ce passage de Paul s'inscrivait d'abord dans le sillage de Is. 66,17 qui reprenait lui-même des propos de Lév. 11 : « Ceux qui se sanctifient (miteqadeshîm) et qui se purifient (mittaharîm) en allant dans ('el) les jardins (gannôt) derrière ('ahar) un ('HD : lexème non vocalisé, signe d'un indicible) [qui est] au milieu, ils mangent la chair de porc et Pabomination (sheqets) et le rat, ensemble ils périront, parole de YHVH ». Dans ce verset, lsaïe décrit des hommes (noter le masculin pluriel) qui ne connaissent et qui ne pratiquent d'autre « sanctification » (miteqadeshîm) et d'autre purification que l'hygiène sexuelle consistant à pratiquer dans « les jardins » (noter le pluriel) le coït anal actif avec « un » (noter le masculin singulier désigné sous une forme non vocalisée signalant un indicible) autre homme jouant dans cette relation le rôle passif, lequel s'avère ainsi recevoir successivement plusieurs partenaires sexuels qui, dans un lieu public comme des « jardins », sont probablement des inconnus de passage. Le fait que cette relation homosexuelle ait lieu dans « les jardins » (pluriel de répétition) indique qu'elle est occasionnelle, répétée à chaque fois par les homosexuels actifs avec un partenaire homosexuel passif différent, et constitue donc une pratique hédoniste distincte des formes moralisées de pratiques homosexuelles célébrées par l'Écriture (défense militaire ; pédagogie ; amitié ; vie en couple). Or selon lsaïe cette hygiène sexuelle n'est pas une véritable sanctification ni une véritable purification, comme le prouve le fait que ces homosexuels actifs qui coïtent par hédonisme de manière presque publique dans « les jardins » avec « un » homosexuel passif mangent des aliments interdits par le Lévitique comme la chair de « porc » et le « rat » présentés comme étant « impurs » (tame': Lév. 11,729). Isaïe semble vouloir signifier, par-delà la lettre de son propos (car il n'est pas sûr que lesdits homosexuels mangeaient du porc et du rat), que les homosexuels actifs qui copulent par hédonisme presque publiquement dans « les jardins » avec « un » homosexuel passif chaque fois différent violent la loi de pureté de Lév. 11, et c'est selon le prophète la raison pour laquelle ils périront (Patrick Négrier, Contre l'homophobie: l'homosexualité dans la Bible, 2010 - books.google.fr).

Ambivalence du porc dans les cultures antiques

A Rome, au moment où Virgile écrit l'Enéide, le statut du porc est pris dans une double logique, valorisante et dévalorisante, dont les investigations archéologiques et historiques ne nous restituent, le plus souvent, que la dualité Une logique valorisante, parce que l'Italie s'inscrit dans la mouvance indo-européenne et que, comme l'a souligné Bernard Sergent, sa situation géographique l'assimile à un groupe occidental qui sacralise le porc ; la part importante des suidés dans les sacrifices romains, en particulier dans les suovetaurilia, en est la preuve. Mais aussi une logique dévalorisante, parce qu'un imaginaire négatif du porc est déjà bien en place. En ceci, Rome rencontre la Grèce. Le porc y a toute une «part maudite», liée à son statut de ravageur du champ de blé de Déméter, et à sa sauvagerie naturelle. La mythologie nous conforte dans cette image : le sanglier d'Erymanthe, les porcs en lesquels sont changés les compagnons d'Ulysse, le sanglier qui tue Adonis, sont autant d'images de cette sauvagerie. Le réalisme de l'observation populaire a tiré l'imaginaire du porc dans le sens de la luxure et de la gloutonnerie. Sur son intelligence pure, les avis sont partagés : pour Varron, le porc est intelligent, pour Pline, il est stupide, le plus stupide des animaux, animalium hoc maxime brutum. Il est regrettable pour la réputation du porc que Pline ait été plus lu que Varron (Joël Thomas, La truie blanche et les trente gorets dans Enéide de Virgile, Mythologies du porc, 1999 - books.google.fr).

Porc, soufre, cendres, sel : purification

Les victimes, ainsi que nous l'avons vu déjà, étaient surtout de jeunes porcs. Toutefois, pour certaines purifications qui devaient être un préservatif contre les maléfices d'Hécate et de son cortège, on sacrifiait des petits chiens, et avant de jeter les débris de leurs cadavres, on en frappait trois fois la personne à purifier, non sans doute sans faire un même nombre d'invocations. En Béotie, les restes des chiens offerts en sacrifice étaient éparpillés sur le sol, et il fallait se frayer un chemin au travers, sans y toucher. La même coutume existait en Macédoine, pour la lustration de l'armée. L'eau suffisait dans les occasions moins importantes. On employait de préférence l'eau de mer8 ou de l'eau de source fraîche, dont on croyait augmenter la vertu, en y plongeant un tison enflammé, pris sur l'autel, et en y mêlant les cendres du sacrifice, du sel, des lentilles et d'autres substances : même après que l'on avait appliqué tel ou tel moyen de purification, on finissait toujours par se laver avec de l'eau. On avait recours aussi au feu et à la fumée produite, tantôt par le soufre ou par l'encens, tantôt par la combustion, de différents bois, en particulier du laurier et de diverses plantes, parmi lesquelles on cite la fumeterre ("peristereôn") et le capillaire ("adianton"). Théocrite, dans le poème où il raconte l'enfance d'Hercule et sa victoire sur les serpents envoyés par Héra, fait une description détaillée de cette cérémonie : à minuit, d'après les instructions de Tirésias, on allume un feu avec les essences appropriées à cet usage; on y brûle les serpents étouffés par le jeune héros, et le lendemain, au point du jour, les cendres, emportées de l'autre côté du fleuve, sont jetées aux vents par une servante qui ne doit pas regarder derrière elle. L'habitation est en outre assainie par des fumigations de soufre, et arrosée avec une eau consacrée et salée, à l'aide d'une branche de laurier servant de goupillon ; on termine en sacrifiant encore à Zeus un porc mâle. Le soufre est déjà mentionné dans Homère, comme un moyen de purification et un remède, "kakôn akos". La confiance dans l'efficacité religieuse du soufre venait de l'odeur qu'il exhale en brûlant et qui rappelle celle de la foudre, ce qui lui vaut de recevoir l'épithète de "theion" (Georg Friedrich Schömann, Antiquités grecques, Tome 1, traduit par C. Galusky, 1887 - books.google.fr, Jean-Marie-Louis Coupé, Les soirées littéraires, ou mélanges des plus beaux morceaux de l'antiquité, 1799 - books.google.fr).

Sodome et Gomorrhe sont réduites en cendres par le feu du ciel :

Genèse 19,27-28 : Or Abraham s'étant levé le matim, dans de désir de savoir ce qui seroit arrivé aux villes de Sodome et Gomorrhe, et à son neveu, vint au lieu où il avoit été auparavant avec le Seigneur ; Et regardant Sodome et Gomorrhe, et tout le pays d'alentour, il vit des cendres enflammées qui s'élevoient de la terre comme la fumée d'une fournaise (La Sainte Bible, Genese et Exode, Tome 2, Méquignon, 1820 - books.google.fr).

La vie religieuse des nomades s'est sensiblement adaptée aux lieux et aux circonstances ; le fait de ne pas manger de porc, viande très riche en calories, permet aussi d'éviter la transmission de maladies telles que la peste porcine. La viande cachère (ou kasher) des juifs oblige à tuer le mouton selon des rites précis, comme entre autres, celui d'égorger l'animal pour le vider de son sang (Joël Lodé, Le désert, source de vies, 2012 - books.google.fr).

The fact that Lot lost respect and his family when he chose Sodom is not a coincidence. Abram (later Abraham) and Lot were both nomadic shepherds. Remember the story of their separation, and how Lot “pitched his tent toward Sodom. Abram, in contrast, pitched his tent among the oak trees at Mamre. Lot and his family became completely corrupted. Abram stayed faithful. What was Lot doing living in a city ? What about his herds ? Who was taking care of them ? Lot didn't take take care of business; Abram did. Abram stayed out with his herds, keeping his pulse on the intricate choreography of God's provision for his livestock (Joel Salatin, The Marvelous Pigness of Pigs: Respecting and Caring for All God's Creation, 2016 - books.google.fr).

L’utilisation des propriétés bactéricides des gaz remonte à des temps très anciens. C’est Ulysse qui, de retour d’Ithaque après vingt ans d’absence, adresse à sa nourrice Euryclée les vers suivants « Vieille femme, apportez le soufre, remède des maux, apportez aussi le feu pour que je purifie le palais », puis, après qu’il eût massacré, avec l’aide de son fils Télémaque, les prétendants à son trône en train de festoyer dans son palais Euryclée raconte : « Maintenant tous ces corps sont rassemblés sous les portiques de la cour ; votre époux, qui vient d’allumer un grand feu, purifie avec le soufre ses superbes demeures » (Torck, 1985). Au Moyen-Âge, lors d’épidémies de peste, à côté des quarantaines, les maisons contaminées étaient traitées à l’aide de fumée de paille, de soufre, d’antimoine et d’arsenic. À la fin du XVIIIe siècle, le premier procédé de désinfection des surfaces par voie aérienne est codifié par Guyton-Morveau qui eut l’idée de faire dégazer l’acide chlorhydrique par l’action de l’acide sulfurique sur le sel marin (Chaigneau, 1977). Ce procédé très utilisé pendant les guerres de la Révolution et de l’Empire pour la désinfection des prisons et hôpitaux, disparut progressivement du fait de son agressivité alors qu’on assistait à l’apparition du formaldéhyde dont les propriétés bactéricides furent découvertes par Loew en 1888 et confirmées plus tard par Buchner et Segall. À partir de là, les publications d’inventions de procédés de diffusion pour le « traitement de l’air » n’ont pas arrêté (P. Maris (2012). Les méthodes de désinfection des surfaces par voie aérienne au péroxyde d’hydrogène sont-elles des alternatives au formaldéhyde ?, EuroReference, No 6, ER06-12M02 - hal-anses.archives-ouvertes.fr).

La purification de Sodome et Gomorrhe se fait aussi avec le soufre et le feu.

Talthybios est à la fois le porte-parole et l'ambassadeur du roi Agamemnon. Il porte à l'occasion son sceptre et a suffisamment d'autorité pour séparer Ajax et Hector dans la mêlée. C'est lui qui vient chercher l'esclave Briséis, butin d'Achille réclamé par Agamemnon. Dans l’Iliade, Briséis est la captive d'Achille, que l'armée grecque lui a offerte comme récompense. Il l'aime et compare leur relation à celle d'un homme et de son épouse, et ne supporte pas le fait qu'Agamemnon partage son lit avec elle. Quand la querelle se termine, ce dernier jure qu'il n'a jamais dormi avec Briséis (fr.wikipedia.org - Briséis).

"Et s'il y a le moindre mensonge dans mon serment, puissent les dieux m'envoyer les mille souffrances qu'ils envoient à quiconque les a offensés en jurant!" À ces mots, il égorgea le porc avec le bronze impitoyable; Talthybios le brandit et le jeta dans les profondeurs de la mer (Frédéric Chapot, Bernard Laurot, Corpus de prières grecques et romaines, 2001 - books.google.fr).

À l'occasion pourtant des Grands Mystères d Éleusis, lors du rite nommé «À la mer les mystes!», chaque candidat à l'initiation se purifiait par un bain dans la mer et l'égorgement sur le rivage d'un porc qu'on brûlait ensuite et dont on dispersait les cendres (Renée Koch, Comment peut-on être dieu: La secte d'Epicure, 2005 - books.google.fr).

Marsyas, en grec, c'est en quelque sorte morosis, c'est-à-dire le sot unique, celui qui, en musique, a voulu faire passer la flûte avant la cithare ; aussi est-il représenté avec une queue de cochon. Il faut voir dans Marsyas, selon Fulgence, un composé de l'adjectif "môros", « fou », et de l'adjectif "oios" « seul, unique » (plutôt que de "eis", « un, seul »). La cithare est l'instrument d'Apollon, celui dont il jouait dans son concours avec Marsyas. On ne connaît pas de représentation de Marsyas avec une queue de cochon ; peut-être Fulgence suggère-t-il un rapprochement de Marsyas avec le grec "us" ou le latin sus, « porc ». [...]

Fulgence veut retrouver dans le nom d'Orphée l'adjectif au féminin "ôraia", « convenable, beau », dont il donne un équivalent latin un peu approximatif, et le substantif "phônè", « voix » ; quant au nom Eurydice, il est effectivement composé de l'adjectif "eurus", « large, vaste », rendu en latin par profunda, et du substantif "dikè", « jugement ». (Fulgence, Mythologies, traduit et annoté par Étienne Wolff, Philippe Dain, 2013 - books.google.fr).

Verre, sel et soufre

L’eau de la source du Styx, en Arcadie, aurait été, d’après le dire de Pausanias, non moins néfaste que la lave et la cendre du Vésuve : elle donnait la mort à l’homme et aux animaux qui avaient le malheur d’en boire; elle dissolvait les métaux et la poterie, et brisait, à son simple contact, les vases de verre, de cristal et de murrhin. Les anciens n’avaient pas été mal inspirés en donnant le Styx pour fleuve aux enfers.

Les morceaux de verre trop menus pour être recollés étaient fondus, mêlés au soufre, pour servir de soudure à la pierre : « Vitrum sulphurí concoctum, nous dit Pline, ferruminatur in lapidem ». C’est par allusion à cet emploi du menu verre que Juvénal disait, en parlant d’un gobelet rompu : « Verre à boire brisé, réclamant le soufre pour ses menus morceaux. » Ces menus morceaux de verre étaient ramassés à Rome par des gens du peuple, juifs ou autres, à la façon de nos chiffonniers, et vendus aux soufriers, ou fondus par eux-mêmes, par mélange avec le soufre Quelquefois ces morceaux, ces débris de verre devaient être utilisés, ainsi qu’on le fait de nos jours, sous le nom de calvin, dans les ateliers, pourla fabrication du verre. C’est ce que Pline nous apprend, en parlant du verre de l’Inde, dans la composition duquel il fait entrer des morceaux de cristal; ce qui en faisait, dit-il, un verre hors ligne, « et ob id nullum comparari ». On s’en servait encore, tant blancs que colorés, en les taillant sous forme de dés, pour entrer dans la composition des mosaïques : « Calculi fiunt fragmenta aliquos etiam pluribus modis versicolores. » Le moine Théophile, dans son Traité sur les arts, faisait la remarque que, de son temps, on trouvait dans les débris des édifices antiques de ces petits cubes de verre blanc, noir, vert, jaune, rouge et pourpre, qui avaient servi aux mosaïques. Nous­même nous n’avons pas été sans en rencontrer dans les fouilles dirigées par nons sur différents points de la Normandie. Citons, entre autres, ce bracelet de dés de verre de diverses couleurs, qui ornait le poignet de l’Orphée jouant de la lyre, de la belle mosaique de la forêt de Brotonne (Achille Deville, Histoire de l'art de la verrerie dans l'antiquité, 1871 - books.google.fr, La Vraie Langue Celtique de l’abbé Henri Boudet : Etudes particulières de psaumes : Psaumes 115 et 59 : Arcadie, verre et serres).

Selon certains philologues, le substantif hyalos, qui vient du verbe hyein (pleuvoir), signifierait goutte d'eau, selon d'autres, comme Morin et Kisa. il vient de hais (sel) (Trowbridge 1930; Morin 1873-1919; KtSA 1908). Dans le premier cas, pour identifier le verre on s'appuie sur les caractéristiques physiques de cette matière et, en particulier, sur sa luminosité et sa transparence, dans le second cas, sur sa constitution chimique. Dans les deux cas, la science et la technique sont à la base de la définition grecque du verre. Comme nous l'avons déjà signalé, les premières associations évidentes entre le nouveau mot et le verre apparaissent à l'intérieur d'un raisonnement à caractère scientifique. Comme dans le célèbre passage de la comédie d'Aristophane Les Nuées où on parle d'une technique, manifestement très répandue, fondée sur la propriété ardente du verre qui permet d'effacer à distance une phrase écrite sur la cire. La technique utilise une sphère de verre transparent dont l'ingénieux artisan Strepsiade, interlocuteur de Socrate dans la comédie, dit qu'on peut l'acquérir dans n'importe quelle droguerie. Du moment qu'il n'est pas possible de faire converger les rayons du soleil en un point sans utiliser un objet transparent, il est évident que, par hyalos, Aristophane entend un verre ou un cristal dont les propriétés principales sont la transparence et, selon la forme, la capacité à faire converger les rayons solaires en un point situé à une distance donnée. À propos de la composition chimique des corps, Platon, auquel on attribue souvent la première association hyalos-verre, écrit dans Timée (61 b) : « Quant aux corps faits de terre et d'eau au point que l'eau y occupe les interstices de la terre, eux mêmes fortement comprimés, les particules d'eau qui surviennent de l'extérieur ne trouvant aucune voie d'entrée en s'écoulant autour de toute la masse la laissent intacte ; tandis que les particules du feu, s'insinuant dans les interstices des molécules d'eau, agissent l'air comme l'eau sur la terre; elles sont l'unique cause de la fonte et de l'écoulement du corps composé. Or il arrive que certains de ces corps aient moins d'eau que de terre et c'est le cas toutes les espèces de verre et de pierres qu'on peut fondre ; d'autres corps ont, au contraire, plus d'eau et ce sont tous les corps qui, condensés, prennent l'aspect de la cire et ceux qui sont propres à parfumer». Dans ce passage, le verre est défini comme un mélange de particules d'eau et, en plus grande proportion, de terre, qui, sous l'action des particules de feu, atteint l'état liquide. C'est la fusibilité donc que Platon attribue aussi aux métaux qui définit la constitution matérielle du verre. Une telle acquisition constitue un résultat fondamental pour la métallurgie antique, entraînant également la définition du verre. Conformément au choix des philosophes grecs qui préfèrent le ternie hyalos pour rappeler les liens entre le verre et les concepts scientifiques généraux, Philolaos, disciple de Pythagore auquel on attribue entre autres une cosmologie héliocentrique originale, décrit le soleil comme un corps semblable au verre (hyaloëidés) « qui reçoit la lumière empruntée au feu présent dans l'univers et nous la transmet » (Aetius, II, 25,1 1). Nous examinerons plus loin les contextes médicaux dans lesquels la transparence de hyalos a servi à redéfinir la terminologie des parties de l'œil. Sur la base de ce que nous avons dit à propos de la relation établie par les philosophes grecs entre la nature physico-chimique du verre et une dénomination scrupuleuse de ce dernier, il n'est pas surprenant que ce soit un contexte scientifique et plus spécifiquement optique qui ait inspiré à Lucrèce l'utilisation d'un terme capable d'évoquer efficacement la qualité du matériel utilisé pour sa démonstration expérimentale de la nature de la lumière. L'étymologie de vitrum souligne l'attention de Lucrèce à forger des termes techniques et scientifiques au moins aussi expressifs que les termes grecs. Isidore de Séville et Claude de Saumaise sont les premiers à faire remonter le substantif vitrum, plus ou moins directement, au verbe videre et cette leçon est précisée par les philologues modernes identifiant dans le lemme vitrum un composé de la racine vid, empruntée précisément au au verbe videre, à laquelle on ajoute le suffixe -trum pour désigner la fonction instrumentale. Ainsi l'étymologie du mot vitrum indiquerait un instrument transparent pour voir ou pour faire voir. Du moment que. pour Aristote et plus tard pour Lucrèce, la vision se fait uniquement à travers le diaphane, c'est-à-dire un milieu transparent, il n'est pas sans importance que l'effort linguistique de Lucrèce pour trouver un mot latin apte à désigner efficacement le verre se soit concrétisé dans un terme évoquant les principes d'une théorie précise de la vision. Il est tout à fait singulier qu'une matière assez commune chez les Romains comme le verre ne soit rebaptisée qu'au milieu du IIe siècle av. J.-C. dans une œuvre scientifique au caractère éminemment théorique. Avant que Lucrèce n'ait forgé le mot, les auteurs latins ont l'habitude de translittérer le grec, utilisant de préférence hyalus ou crystallus, apparemment sans trop se préoccuper des propriétés scientifiques de ce matériau. En outre, la création du mot vitrum par Lucrèce coïncide, tout au moins chronologiquement, avec la diffusion de la technique du soufflage: même s'il peut s'agir d'une coïncidence fortuite, il est de toute façon intéressant que, précisément au moment où il est possible grâce à la nouvelle technique d'étendre la gamme des produits fabriqués en créant des objets toujours plus sophistiqués, soit introduit un terme destiné à obtenir un succès immédiat et à se substituer très rapidement à à ceux utilisés précédemment pour désigner le verre. Il ne faut pas penser que les interprétations d'Aristote et de Lucrèce du mécanisme de la vision sont les seules à contenir des allusions au verre. Comme le montrent les études de Giovanni Di Pasquale et de Giorgio Strano dans ce catalogue, les allusions à une utilisation scientifique du verre investissent bien d'autres problèmes relatifs à l'optique et à la catoptrique. Mais même à la lumière de ces exemples, il nous semble difficile de soutenir que le choix du verre en tant que matière idéale pour expliquer certains phénomènes relatifs à l'optique et au fonctionnement de l'œil est fortuit. Toutefois, dans le même temps, les contextes dans lesquels ces références apparaissent ne sont pas homogènes ; en outre, l'optique et les théories de la vision dans l'Antiquité ne sont pas les seules disciplines au sein desquelles se manifeste un intérêt scientifique pour le verre. En effet, le contexte dans lequel l'attention des philosophes naturalistes de de l'Antiquité pour les propriétés optiques particulières du verre prend sa source n'est pas seulement la physique et l'astronomie mais, et de façon très importante, la médecine et l'anatomie (Marco Beretta, Verre et vision, Le verre dans l'empire romain: arts et sciences (exposition, Paris, Cité des sciences et de l'industrie, 31 janvier-27 août 2006), 2006 - books.google.fr).

Le Scholiaste d'Aristophane parle de machine de verre ronde et épaisse : "kataskeuasma ualou trochoeides pachu" (Gisbert Cuper, Lettres de Critique, de Histoire, de Litterature, 1742 - books.google.fr).

L'antre de Mercure représente le lieu occulte pour les alchimistes, le havre paradisiaque où est conservé le trésor que Dieu a donné aux hommes pour les guérir des misères humaines et de toute maladie, bref, la «pierre des philosophes» elle-même. L'origine du mythe est liée à l'hymne homérique A Hermès (I, 2-16 et 246- 251) où il est raconté qu'Apollon, ayant pénétré dans la caverne de Mercure, découvrit dans ses recoins beaucoup d'or et d'argent. Cette grotte qui porte en son sein les métaux précieux est représentée dans les livres alchimiques par de fines gravures, selon l'iconologie de la caverne qui recèle le trésor des sept métaux planétaires. Cesare Délia Riviera développe le sujet avec beaucoup de soin et souligne que la porte à travers laquelle on arrive à ce «don divin » est située à l'« Orient ». Voilà d'ailleurs une indication que l'on retrouve dans La Bugia, ce qui laisse supposer que l'ouvrage de Palombara s'inspire de celui de Cesare Délia Riviera, d'autant que ce dernier aborde le sujet de la caverne de Mercure d'une façon très proche de celle dont Palombara, d'une manière analogue, émaillera les pages de La Bugia. Cependant la source commune est le lapidaire d'Orphée, Lithica, où il est question du don offert par Zeus aux mortels pour les délivrer du mal : celui-ci est déposé dans la caverne de Mercure et n'est accessible qu'aux hommes savants, pieux et purs. Les Lithica, poème vraisemblablement composé autour de la première moitié du IIe siècle ap. J.-C, s'inscrit dans le cadre de la littérature apocryphe orphique. Il s'agit d'un lapidaire où sont enseignées les vertus astrologiques et médico-magiques des pierres. La première édition est l'éd. aldine de 1517. L'importance que les alchimistes de la Renaissance et leurs successeurs attribuèrent à ce texte est tout à fait compréhensible si nous le replaçons dans le cadre de la littérature hermétique des Kyranides (cf. L. Delatte. Textes latins et vieux-français relatifs aux Cyranides, Paris, 1942; A. J. Festugière, La Révélation d'Hermès Trismégiste, I-IV, Paris, 1949-1954, I, p. 201 sq.). Orphée fut célébré par les hermétistes comme l'un des pères des sciences alchimiques, le premier à les introduire d'Egypte en Grèce (cf. M. Maier, Symbota) (Mino Gabrierle, La Porte magique et la doctrine alchimique de Palombara, Alchimie: art, histoire et mythes : actes du 1er colloque international de la Société d'Étude de l'Histoire de l'Alchimie, (Paris, Collège de France, 14-15-16 mars 1991), 1995 - books.google.fr).

Dans les poésies attribuées à Orphée, louées par Pindare, se trouve l'invention de produire le feu au moyen de la réfraction des rayons de lumière sur un corps convexe transparent. La description en est si claire qu'elle ne laisse pas le moindre doute. L'instrument nommé est un morceau de cristal de roche, le soleil le frappe, il est placé au-dessus de bois résineux, il y jette un rayon visible qui produit d'abord de la fumée et ensuite une petite flamme. Toutefois l'auteur s'étonne que le cristal [...] restait froid quoiqu'il fût la cause du feu (Daniel Ramée, Histoire de l'origine des inventions, des découvertes et des institutions humaines, 1875 - books.google.fr, Orfeôs Argonautika umnoi kai peri lithôn: Orphei Argonautica hymni et de lapidibus, traduit par Willem van de Water, 1689 - books.google.fr).

Les Cananéens et la consommation du porc

On remarque aussi avec F. Vigouroux (Dictionnaire de la Bible, Paris, Letouzey, 1912, t. 5, col. 543544) que les « Chananéens qui précédèrent les Hébreux en Palestine mangeaient le porc et l'offraient en sacrifice ». On a retrouvé de nombreux ossements de porc dans le haut lieu néolithique de Gazar, là où se profère bien plus tard l'exorcisme christique (Marc 5,1-20) (Philippe Walter, Tristan et Yseut, 2006 - books.google.fr).

Sodome est une ville de Canaan, dont la Genèse (10,19) parle comme d'une des villes de l'Orient où s'étaient établis les descendants de Canaan, en partant de Gérar et de Gaza. Au temps d'Abraham Sodome avait son roi particulier, et Loth, neveu d'Abraham, s'y était établi. Suivant la Genèse Sodome était une des villes frontières du sud des Cananéens, dans ou près de la vallée de Siddim, vallée que la Genèse nomme un jardin de Dieu, à cause de sa beauté, de sa fertilité, de l'abondance de ses eaux, et dont, après la catastrophe, il ne resta plus de trace. Or la Genèse place aussi cette vallée de Siddim dans le voisinage de la mer Salée, c'est-à-dire dans la contrée qui fait aujourd'hui le tiers méridional de la mer Morte. Conformément au détail que donne l'Écriture sur l'ancienne fertilité de cette contrée, il faut que le salpêtre ait été, non pas produit par ce violent ébranlement, mais poussé en grande masse au jour, de manière à saler l'eau du lac autrefois douce. Il suit de laque ce n'est pas seulement le sol au sud du lac Salé, mais les environs méridionaux de ce lac, vallis salinarum, qui durent leur qualité actuelle à cette catastrophe (Dictionnaire encyclopédique de la théologie catholique: rédigé par les plus savants professeurs et docteurs en théologie de l'Allemagne catholique moderne, Tome 22, 1864 - books.google.fr).

Au sujet de la vallée des Salines. Ajoûtez : Mais comme nous avons deja remarqué ailleurs que l'Idumée que David conquit au retour de son expédition contre la Syrie, devoit être à l'orient de la terre Sainte, nous devons aussi chercher la vallée des Salines dans le même pays. Or nous trouvons dans la Palmyréne, qui est dans la Syrie de Soba, environ à une lieuë de Palmyre, ou Thadmyre, vers le midi, tirant du côté de l'idumée, une grande plaine de sel, d'où l'on tire beaucoup de sel pour tout le pays. C'est apparemment dans cette plaine que David défit les Iduméens, qui croient venus à sa rencontre lorsqu'il retournoit de la guerre de Syrie. La ville de Palmyre, & la vallée de sel dont nous parlons, sont environ à deux journées de Bozra capitale de l'idumée orientale. C'étoit le chemin de David en revenant de la Syrie de Soba à Jérusalem. Pline dit que les solitudes de Palmyre s'étendent jusqu'à la ville de Pétra. Ce qui, a donné lieu à placer la Vallée des Salines prés de la mer morte, c'est que les Septante ont traduit par la vallée de sel, ce que S. Jérôme a rendu par la vallée du bois, prés de Sodome (Augustin Calmet, Commentaire littéral sur tous les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, Les épîtres canoniques et l'Apocalypse, 1716 - books.google.fr).

L'élevage des cochons à la glandée était une forme de pâturage extensif déjà très répandu dans le monde antique (les bucoliques bergers de l'Arcadie étaient des éleveurs de porcs) (Orlando Ribeiro, Opúsculos geográficos, Volume 1, 1989 - books.google.fr).

C'est en raccompagnant ses "visiteurs" des Chênes de Mambré, au pays de Canaan, qu'Abraham apprend que Sodome et Gomorrhe doivent être détruites.

Porc et verre

Le mot gore aurait été formé, soit sur la base d'une racine onomatopéique (hypothèse fort discutable), soit à partir d'un verbe normand gourer « se gorger de nourriture », luimême dérivé du latin vorare « dévorer ». Le mot gore apparaît, en fait, dans des textes bien avant le XVe siècle. On se souvient, en effet, que Chrétien de Troyes dans son Chevalier de la Charrette évoque un pays de Gorre, royaume mystérieux de l'Autre Monde où Guenièvre (étymologiquement : « blanc fantôme ») est emmenée par son ravisseur Méléagant. Tout laisse à penser que cette créature féerique désignée par la couleur blanche est proche parente de cette truie ou de cette laie blanche que les récits celtiques évoquent parfois. Guenièvre serait bien alors cette Gorre, cette truie blanche ou ce blanc porc de l'Autre Monde qui attire les humains dans son royaume pour leur prodiguer ses bienfaits (alimentaires ou sexuels) (Philippe Walter, Tristan et Yseut, 2006 - books.google.fr).

Le royaume de Gorre est un territoire imaginaire, cité dans la légende arthurienne. Il a pour capitale la ville de Bade, où Méléagant, prince de ce royaume, retient Guenièvre prisonnière. Selon Chrétien de Troyes (Lancelot ou le Chevalier de la charrette), il est dit que ce royaume n'est accessible que par deux ponts : le pont sous l'Eau et celui de l'Épée. Le royaume de Gorre peut être vu comme une transposition de l'Autre Monde des Celtes.

Le mot « Gorre » résulte peut-être d'une altération de voirre (« verre »), auquel cas le pays de Gorre pourrait aussi être assimilé à l'île de Verre des récits celtiques (Mireille Séguy, Lancelot, éditions Autrement, Paris, 1996, p. 164) (fr.wikipedia.org - Royaume de Gorre).

Mode tragique et mode comique de la représentation de la transgression

Le mot « moche » doit probablement son origine à un surnom de Mercure Moccus (un des noms du porc en langue celtique) d'après une inscription gallo-romaine de Langres. Une telle étymologie viendrait apparemment contredire l'idée d'une valorisation celte de l'animal porcin. Dans cette logique, tout ce qui est en relation avec lui ne saurait être que « moche ». Toutefois, c'est moins la saleté qu'une divine laideur qui est en cause dans le mot. La tête caractéristique du porc a sans nul doute contribué à la réputation d'un adjectif attribué à un dieu au faciès porcin. Les premiers masques de Carnaval ont été fabriqués à l'aide de la tête des porcs tués à Noël. On se dissimulait derrière le groin et on s'enveloppait aussi parfois de la peau soyeuse de l'animal. Le rire suscité par le visage difforme (et moche) du Moccus (porc) aurait-il un quelconque rapport avec le verbe (se) moquer apparaissant dans les textes dès le XIIe siècle ? En tout cas, il n'existe pas d'étymologie connue de ce verbe qui pourrait bien permettre d'établir un lien direct entre le faciès moche des porcins et le rire rituel du masque moqueur luimême en forme de tête de porc (Philippe Walter, Tristan et Yseut, 2006 - books.google.fr).

Le mot « soc », « pièce métallique de la charrue destinée à ouvrir le sillon », vient d'un gaulois *sukko désignant le porc. On le rapproche du vieil irlandais socc « groin ; soc », du gallois hwch et du breton houc'h « verrat ». Le terme est donc d'origine métaphorique. Le soc était comparé au groin du porc qui fouit la terre. Plutarque apporte à ce propos une explication qui confirme en grec une même proximité verbale entre le soc (hyneos) et le porc (hyos). [...] Pour Plutarque, l'interdiction de manger la viande de cet animal en vigueur en Égypte et dans les peuples sémitiques s'expliquerait alors par la vénération envers l'initiateur de l'agriculture, beaucoup plus que par des considérations d'impureté. On retiendra ce rôle initiatique du porc bien reconnu dans la tradition antique car il rejoint les croyances celtiques (Philippe Walter, Tristan et Yseut, 2006 - books.google.fr).

L’Orfeo de Poliziano est l’un des premiers textes profanes représenté sur scène. Tout en n’étant pas une tragédie régulière, il réserve au héros un destin tragique dans le sens grec, en insistant sur l’énorme démesure de la punition subie par Orphée par rapport à ses deux erreurs : le fait de s’être retourné pour regarder Eurydice et sa déclaration de vouloir désormais préférer l’amour homosexuel. Orphée est donc mis à l’épreuve deux fois par la mort de son aimée, et finalement déchiré et décapité par les bacchantes scandalisées par son choix homosexuel et par sa déclaration misogyne. Grâce aux recherches de Nino Pirrotta, publiées pour la première fois en 1969, nous savons aujourd’hui que l’Orfeo de Poliziano n’a pas été un épisode isolé, mais qu’il a été précédé et suivi par d’autres fables tragiques comme celle de Cefalo e Procri, attribuée au Parmesan Francesco dal Pozzo et mis en scène à Bologne en 1475. À propos de la structure métrique de la scène de la mise à mort d’Orphée, Pirrotta arrive à des conclusions qui auraient sans doute arrêté l’attention de Warburg : le chœur des bacchantes est en effet un canto carnascialesco (un chant du carnaval) qui était sans doute joué selon la forme mimique et musicale de la moresca, une danse déchaînée, très répandue dans l’Europe tout entière sous des formes différentes [...]. La datation exacte de la représentation de l’Orfeo de Poliziano aujourd’hui encore fait l’objet d’une discussion entre les spécialistes; il semblerait cependant fort probable qu’elle puisse avoir eu lieu pendant le banquet du dernier jour du carnaval. Il a été remarqué par Stefano Carrai que la prise en compte de l’occasion carnavalesque est déterminante pour l’interprétation du texte : le retournement d'Orphée vers Eurydice est considéré depuis Boèce, comme l'exemple négatif de l'homme qui ne sait pas se détourner des plaisirs de la chair, le dernier jour du carnaval étant justement celui qui doit marquer la suspension des relations sexuelles proscrites pendant le carême. D'après l'étymologie proposée par Carrai carnascialesco serait un terme composé de carne (la chair) et lasciare (laisser, abandonner la chair). La mise à mort d'Orphée et les allusions sexuelles manifestes qui associent dans la moresca des bacchantes de Poliziano la jouissance du vin à la jouissance de la chair composent donc les traits ambivalents d'une action théâtrale de cour qui capte certains éléments du rite popualire du carnaval (Giovanni Careri, Rituel, Pathosformel et forme intermédiaire, L'Homme: revue française d'anthropologie, Volumes 165 à 168, 2003 - books.google.fr).

La circonstance de la représentation est maintenant bien connue: celle-ci n'a pas eu lieu, comme on l'avait cru d'abord, pour célébrer le contrat de mariage de François de Gonzague, neveu du cardinal, et d'Isabella d'Este, mais vraisemblablement lors d'un banquet familial offert par le cardinal François à son père, le marquis de Gonzague, le dernier jour du carnaval, le 15 février 1480 (Émilie Séris, Les étoiles de Némésis: La rhétorique de la mémoire dans la poésie d'Ange Politien, 1454-1494, 2002 - books.google.fr).

Le carnaval étant la fête de toutes les transgressions et de toutes les inversions, on s'attend à ce que les plaisirs de Sodome, de Lesbos et d'ailleurs soient exaltés ; il est vrai qu'ils sont favorisés çà et là par des travestissements ambigus et par un compagnonnage où l'hétérosexualité n'est qu'une mascarade. Mais le carnaval en définitive met en avant surtout des images de sexualité féconde. Aux simulacres de coït alternent des mimes d'accouchement — qui sont le plus souvent le fait des hommes eux-mêmes. Même si se mêle à ces mises en scène un vocabulaire scatologique, il n'est pas question de moquer la parturition, ou de remettre en cause l'enfantement, finalité heureuse de la sexualité. Le carnaval, dans le galimatias obscène qui le caractérise, ne fait que proclamer bien haut les ordres de Dieu Créateur : « Soyez féconds, multipliez-vous, emplissez la terre et soumettez-la ! » (Michel Feuillet, Le carnaval, 1991 - books.google.fr).

Les Bacchantes d'Euripide et les Thesmophories d'Aristophane peuvent, à son avis, être rapprochées parce qu'elles reproduisent, chacune à sa manière, des structures mythiques communes. [...] Le mythe de Dionysos peut subir au théâtre deux traitements différents, selon qu'il est décliné en tragédie ou bien en comédie : la version tragique correspondrait aux conséquences sérieuses de la violation de tabous rituels, quand l'homme qui vient espionner les secrets des femmes provoque leur folie bachique et subit le sparagmos de leurs propres mains (ce sont les Bacchantes) ; la version comique consisterait à refuser tous les tabous, comme le fait le carnaval, à se délecter du sacrilège et de la violation de la solennité rituelle, de manière à détourner une tragédie potentielle en farce comique (ce sont les Thesmophories) (Rossella Saetta Cottone, Penthée spectateur de tragédie, La Philologie au présent: pour Jean Bollack, 2010 - books.google.fr).

Dans les Bacchantes, la victime du démembrement est Penthée.

Dans la mythologie grecque, Penthée (« la douleur, le chagrin »), fils d’Échion (l’un des Spartes), et d’Agavé (fille de Cadmos), est roi de Thèbes. Successeur de Cadmos sur le trône de Thèbes, il s’oppose à l’introduction du culte dionysiaque dans son royaume. Alors qu’il est caché dans un arbre du mont Cithéron pour épier la bacchanale, il est découvert et mis en pièces par les ménades, à la tête desquelles figure sa propre mère et ses deux tantes, Ino et Autonoé (fr.wikipedia.org - Penthée).

Orphée, qui, selon la version d'Hygin, a voulu comme Penthée assister aux mystères de Dionysos, subit le même sort, dépecé par les Ménades de Thrace (Octavian Bohuciu, Le mythe indoeuropéen dinitiation à la guerre : le motif Daco-Roumain, Ogam, Amis de la Tradition Celtique, 1958 - books.google.fr).

Porc et musique : le cri d'Orphée

Platon utilise le verbe huénéo, «être stupide comme un porc» (Théètète, 166), et il compare l'humanité à un porc enfoui dans un grossier bourbier, dont la méthode dialectique le délivre (République, VII, 533 d) ; ce même Platon évoque le mot huomousia, « goût pour la musique de porc », pour caractériser un manque de goût (Hippias maj. 984) (Joël Thomas, La truie blanche et les trente gorets dans Enéide de Virgile, Mythologies du porc, 1999 - books.google.fr).

Il y a une musique de porc même si elle est considérée négativement.

Dans la sculpture médiévale, toutes les combinaisons se rencontrent, et partout : les plus fréquentes sont l'âne qui vielle et le porc cithariste (ou inversement) qui se font volontiers face, alternant sans doute couplets ou répons; la chèvre harpiste (à Notre-Dame de Beaune, où elle fait face à un lion hippocéphale qui tient une flûte de Pan et fait sonner une clochette) ; mais aussi, le singe flûtiste ou violoneux, la chèvre flûtiste (crypte de Canterbury, vers 1120) ou carillonnante; l'ours à cornemuse (stalles de Westminster) ou encore une sorte de chien simiesque à pattes de canard (musée de Chalon—sur-Saône) (Victor Henry Debidour, Le bestiaire sculpté du Moyen Age en France, 1961 - books.google.fr).

Vers le XIIIe siècle apparaît le psaltérion appelé instrumento di porco à cause de sa forme incurvée rappelant le groin du porc (www.museedelhistoire.ca).

Instrumento di Porco - mistholme.com

Le psaltérion triangulaire à angle tronqué que nous venons de trouver dans plusieurs monuments du XVe siècle, entre autres dans une Danse des Morts allemande, avait encore à cette époque, dans les pays d'outre-Rhin, aussi bien qu'en France, en Angleterre et en Italie, une assez grande vogue, mais dans le siècle suivant il devint plus rare, ou du moins l'usage en fut abandonné chez plusieurs nations. Du temps de Prœtorius, c'est-à-dire au XVIIe siècle, les Allemands ne s'en servaient plus. L'auteur de la Sciagrapkia le prend pour un instrument italien d'après le modèle qu'il en donne, et que j'ai reproduit comme exemple de la forme du psaltérion au XVIIe siècle. Prœlorius ajoute que c'était un instrument peu estimé, et placé à peu près au même rang que la chifonie ou lyre des paysans et des mendiants. Les habitants de la Péninsule le désignaient sous le nom vulgaire à'instrumento di porco, nom que Prœlorius rend par Schweinkopf, qui se traduirait littéralement en français par tête de porc. D'où provient cette dénomination triviale ? Probablement de la ressemblance que présentait l'instrument avec une hure, parce qu'il était large à son sommet et s'allongeait en diminuant progressivement jusqu'à l'angle tronqué qui en formait la base. Quelle chute pour le psaltérion, pour l'instrument du roi David qu'un pareil rapprochement ! (Georges Kastner, Les danses des morts, 1852 - books.google.fr).