Partie IX - Synthèse   Chapitre LVIII - Autour de Rennes   Poussin connaissait-il le Jugement de Mantinée ?   
LES BERGERS D'ARCADIE JUGEMENT MANTINEE NICOLAS POUSSIN

Une question s’impose : Poussin pouvait-il connaître le jugement de Mantinée ?

Par un raisonnement spécieux, on pourrait dire qui si Les Bergers d’Arcadie version 2 concernent Mantinée et les Samnites, alors son modèle le Et in Arcadia Ego du Guerchin ferait de même. Le crâne de ce tableau ferait référence par jeu de mots à CRANITE dont Dion Cassius a donné comme étymologie le terme grec krania, cornouiller. (Les Bergers d'Arcadie : ts, ts !, Les Bergers des Abruzzes).

La mouche sur le crâne indiquerait qu'il y a bien des richesses matérielles à trouver. "La mouche vint se poser sur le crâne dans les peintures des Vanités (je pense notamment au peintre Barthel Bruyn) non seulement comme symbole de mort, mais elle signifie également l'inutilité et l'inconsistance des biens matériels, des richesses, de l'orgueil. Elle est l'élément perturbateur du tableau et, souvent, le seul élément vivant dans la construction (www.natacha-mercier.com - Natacha Mercier : Mouches).

Or Le Guerchin a peint avec le même duo de bergers Apollon écorchant Marsyas (en.wikipedia.org - Et in Arcadia ego : Guercino).

Et in arcadia ego et Le Marsyas du Guerchin

Marsyas est un thème de ce qui est appelé la Base de Mantinée connue par Pausanias et par sa découverte ou redécouverte par Georges Fougères à la fin du XIXème siècle dans une église byzantine de Mantinée. Pausanias, entrant à Mantinée par la porte S.E., vit d'abord un temple double, dont une moitié était consacrée à Asclépios, l'autre à Latone et à ses enfants. Dans ce dernier sanctuaire était un groupe de Latone, d'Artémis et d'Apollon, sculpté par Praxitèle. Le piédestal de ces statues était orné d'un bas-relief représentant «une Muse et Marsyas jouant de la flûte» (V111, 9).

Le 11 août 1887, les fouilles que j'avais commencées à Mantinée, mirent au jour trois plaques qui servaient de dallage à une église byzantine. La face inférieure, appliquée contre terre, portait les bas-reliefs représentés par les planches I, 11, III. L'autre face avait été usée et polie par les pieds des fidèles. Les trois pièces sont en marbre blanc, peut-être de Doliana, près Tégée. […] Les motifs de l'ornementation, remarquables par leur simplicité, sont identiques sur les trois plaques. La corniche supérieure rappelle le profil d'un chapiteau dorique: une bande plate représente le tailloir et surmonte une moulure arrondie en forme d'échiné. La bordure inférieure, qui figure la base, se compose d'une moulure légèrement concave et d'une bande plate. Entre ces deux lignes en saillie, les personnages se détachent par groupes de trois sur un fond lisse. Chaque panneau porte trois trous de scellement, dont deux entament, par derrière, l'arête supérieure; l'autre est creusé dans l'angle gauche delà face inférieure. Ces ressemblances prouvent que les trois plaques appartenaient à un même monument. Ce monument n'était ni une frise ni une balustrade extérieure. La division du sujet en groupes indépendants indique qu'il ne se déroulait pas sur une ligne continue. De plus, la disposition des trous destinés aux crampons exclut toute idée de scellement latéral. L'hypothèse la plus plausible est celle d'un piédestal quadrangulaire dont chaque côté était orné d'un bas-relief. Deux tenons fixaient, à la partie supérieure, chaque plaque au corps même de la base; un autre la maintenait, en bas et de côté, par le coin gauche. Nous supposons, à chaque angle du piédestal, des colonnettes ou des pilastres qui encadraient les panneaux à droite et à gauche et les enfermaient comme dans un cartouche. Le spectateur qui regardait la statue de face, avait, devant lui, sur la base, le sujet principal de la décoration: la lutte d'Apollon et de Marsyas; les Muses occupaient les faces latérales et la face postérieure, il y avait probablement trois groupes de trois Muses: deux d'entre eux ont été retrouvés; le troisième n'a pu encore être découvert.

Il était naturel de représenter sur le piédestal d'une statue de Latone et de ses enfants un épisode se rapportant à leur légende. Nos bas-reliefs répondent exactement à la description de Pausanias. L'identification est presque certaine, à condition d'introduire dans le texte une très légère correction. La lecture « Moûsa kai Marsuas aulôn » présente un sens très obscur. Les archéologues oui été fort embarrassés pour tirer de ces mots une explication satisfaisante. Les solutions timides qu'ils ont proposées confirment l'étrangeté du fait exprimé et la possibilité d'une erreur de texte. En effet, les représentations d'un Satyre jouant de la flûte devant une Ménade sont assez fréquentes sur les monuments figurés. Mais, il est plus malaisé d'interpréter un groupe composé d'une Muse et de Marsyas. M. de Witte semble croire que Pausanias avait voulu désigner Euterpe, la Muse qui préside aux jeux des flûtes et qui serait, par cela même, la compagne ordinaire du père des Satyres. Si, au lieu de « Moûsa », on lit « Moûsai », le texte de Pausanias gagne singulièrement en précision et en clarté. Les bas-reliefs de Mantinée représentaient «les Muses et Marsyas jouant de la flûte». L'interprétation du sujet indiqué par ces termes est très simple. Nous la trouvons tout au long dans Hygin (fab. 165).

Les monuments figurés déjà connus, surtout les vases peints et les sarcophages, nous fournissent de nombreux exemples de groupes de Muses mêlées à cette dispute. Tantôt elles suivent, attentives, les péripéties de la lutte; tantôt elles assistent, impassibles, seules ou accompagnées d'autres divinités, à l'exécution du jugement rendu par elles. Ainsi l'archéologie confirme le témoignage des mythographes. Les Muses, compagnes ordinaires d'Apollon, jouent un rôle actif dans le débat le plus solennel où l'honneur de leur dieu favori et de l'art qu'elles représentent, ait été engagé. Pausanias ne pouvait négliger un détail si caractéristique dans l'épisode que lui représentaient les bas-reliefs de Man- tinée. Aussi la présence des Muses avait-elle attiré son attention. Par un scrupule de précision dont on doit lui savoir gré, il a cru devoir en faire mention dans ses notes. Les mots « Moûsa kai Marsuas aulôn » suffisaient à éveiller dans l'esprit du lecteur ancien le souvenir d'une légende très distincte des autres traditions relatives au mythe de Marsyas. Les Muses et Marsyas en sont les personnages les plus frappants. C'est pourquoi Apollon est laissé de côté et l'idée de la lutte musicale n'est pas indiquée. Elle se trouvait implicitement contenue dans la présence simultanée des Muses et du Satyre. L'allusion au concours fameux où les Muses avaient figuré comme arbitres, était saisie de tous (Gustave Fougères, Bas-reliefs de Mantinée : Apollon, Marsyas et les Muses).

Les deux tableaux du Guerchin pointeraient bien ainsi vers Mantinée. D’autant que la première version des Bergers d’Arcadie par Poussin présente une « bergère » qui est là une vraie jeune fille rougissante différente de la femme posée de la version 2, comme la jeune fille assassiné dans le temple d’Aléa.

Sur la version 1, un fleuve ou une rivière est symbolisé par un vieil homme tenant une urne d’où s’écoule un flot vif. En Egypte, le fleuve Alphée est représenté par un jeune homme pourchassant Aréthuse. Ici c’est un vieillard qui rappelle plus l’Achéron.

Achéron, fils du Soleil et de la Terre, fut changé en fleuve, et précipité dans les Enfers, pour avoir fourni de l'eau aux Titans lorsqu'ils déclarèrent la guerre à Jupiter. Trois petits fleuves de ce nom coulaient en Grèce : en Epire, en Elide, et en Laconie. Celui-ci disparaissait aux environs du cap Ténare, ce qui explique la fable. L'Achéron, comme le Styx, était un fleuve que les ombres passaient sans retour. En grec, son nom exprime la Tristesse et l'Affliction. Il est représenté sous la figure d'un vieillard couvert d'un vêtement humide. Il se repose sur une urne noire, d'où sortent des ondes écumantes, parce que le cours de l'Achéron est si impétueux qu'il entraîne comme des grains de sable de gros blocs de rochers. Le hibou, oiseau lugubre, est un de ses attributs (www.dicoperso.com - Les fleuves de l'enfer).

Mais le personnage agenouillé de la version 2 est souvent interprété astronomiquement comme la constellation d’Hercule qui avait un temple à Mantinée. La constellation d’Hercule située entre la Couronne boréale et l’Aigle était appelée Ophis par les Grecs ou en faisait partie. Or c’est justement le fleuve Ophis, affluent d'Alphée, qui serpente dans la plaine de Mantinée, comme serpente le manteau vert de l’allégorie de fleuve de la version 1 dont la barbe blanche s'allonge.

Si le personnage barbu, le genou droit fléchi, de la version 1 est encore Hercule, alors le "berger" à gauche est le bouvier avec sa besace : de Moschos, poète épique de la Grèce antique au IIème siècle avant J.C., " Ayant déposé son flambeau et son arc, le funeste Amour prit un aiguillon de bouvier, suspendit une besace à ses épaules, puis, après avoir attelé au joug des taureaux au col endurant, il ensemença le sillon fertile de Déo. Et, levant les yeux au ciel, il dit à Zeus lui-même : " Remplis mes champs d'épis, si tu ne veux pas, taureau d'Europe, que je te mette à la charrue ". " ; dans les Bacchantes d'Euripide, un vieux bouvier du Cithéron, vêtu d'une peau de chèvre, avec une besace et un bâton, annonce à Penthée leur furie meurtrière (traduction de H. Grégoire). Le jeune femme plus à gauche est alors la Vierge.

La version 1 des Bergers d'Arcadie

La position de Mantinée devait la rendre froide en hiver, brûlante en été, et malsaine en toutes saisons: non seulement des marais l'entourent, mais un ancien bras de l'Ophis la traverse et forme un marais dans son enceinte. Mantinéus fils de Lycson, bâtit une ville à laquelle il donna son nom. Dans la suite en vertu d'un certain oracle, Antinoë fille de Cephée fils d'Aléus, ayant pris pour guide un serpent, bâtit une ville dans l'endroit ou il s'arrêta et y transféra les habitans de l'ancienne Mantinée; c'est en mémoire de ce serpent qu'on avait donné le nom d'Ophis (qui veut dire serpent) au fleuve qui passe par la ville. Il est probable que Pausanias désigne sous ce nom le grand torrent, qui aujourd'hui se jette dans un gouffre à 3500 mètres au Sud-Ouest de Mantinée. Ce torrent inonde encore en hiver les fossés de la ville, et une dérivation pourait facilement y amener ses eaux ; il prend son origine près de Tegée ; une simple tranchée, ouverte sur la roule actuelle de Tripolitsa à Argos, suffisait pour jeter dans son lit le grand cours du Saranda Pôtamos, travail exécuté par l'armée d'Agis, en 418 avant J. C. L'Ophis passait encore à travers Mantinée à l'époque où la ville fut prise par Agésopolis (98e Olympiade). Au temps de Philopœmen, un fossé dont ou voit encore la trace dirigé de l'Est a l'Ouest, traversait la plaine, sans doute pour préserver la vi lie des débordements du torrent; sur ce fossé, à 1400 mètres de Mantinée et dans la direction de Tégée se voient les ruines d'un pont antique. Pour bien concevoir les événements militaires dont cette plaine a été le théâtre à diverses époques, il faut reconnaître que le cours de l'Ophis s'est reporté continuellement vers le Sud, depuis le cours le plus ancien qui traverse Mantinée jusqu'à son lit actuel. Agésopolis, fils de Pausanias, prit donc la ville non par force avais par adresse. Il détourna le fleuve Ophis et lui fit prendre son cours le long des murs, qui bâtis en brique crue se délayèrent bientôt et n'offrirent aucune résistance. Agésopolis n'eut pas la gloire de l'invention en cette entreprise, il ne fit que ce que Cimon, fils de Milliade, avait fait avant lui au siège d'Eïon sur le Strymon contre Bogès qui défendait la place pour le Roi de Perse. Cette ville est surtout célèbre par la bataille qu'Epaminondas, général Thébain, y livra aux armées combinées du Péloponèse, de l'Achaïe et d'Athènes, l'an 364 avant J. C. Ce grand homme y fut tué au sein de la victoire. Philopémen y remporta aussi une victoire sur Machanidas, 206 ans avant J. C. Mantinée fut prise par Antigone, qui la nomma Antigonie. Enfin Adrien parvenu à l'empire fit reprendre à la ville son ancien nom, ne trouvant pas bon qu'elle en portât un qui rappelait trop son affection pour les Macédoniens ; il y institua des jeux quinquennaux en l'honneur de son favori Antinous (Ferdinand Aldenhoven, Itineraire descriptif de l'Attique et du Péloponèse, 1841).

Connaissance de Mantinée jusqu’au XVIIème siècle

C’est de Venise que vient la connaissance de cette région du Monde, et que se popularisent les représentations du thème du Memento mori.

The first pictorial representation of the familiar memento mori theme that was popularized in 16th-century Venice, now made more concrete and vivid by the inscription ET IN ARCADIA EGO, is Guercino's version, painted between 1618 and 1622 (en.wikipedia.org - Et in Arcadia ego).

C’est encore à Venise, Vercellese, 1502, in-6°, que se fait la première édition de l’Arcadia de Sannazaro exécutée sans l’aveu du poète, qui se plaignit même de cette publication prématurée (fr.wikipedia.org - Jacopo Sannazaro).

L’Arcadie est une province occupant le plateau central de l'ancien Péloponnèse, entre l'Achaie, au N., l'Elide et la Messénie, à l'O. et au S., la Laconie, l'Argolide et la Corinthie à l'E.; nommée primitivement Pélasgie, puis Arcadie, d'Arcas, fils de Callisto. Contrée montagneuse où se voyaient les pics du Lycée au S., et les monts Pholoé, le Ménale, etc. Nombreuses forêts. Vallées bien arrosées et célèbres pour leur belle nature. Peuple chasseur et pasteur, les Arcadiens adoraient surtout Pan et Diane, et leur pays passait pour l'asile de la paix et de la simplicité rustiques. Leurs villes principales étaient : Orchomène, Mantinée, Tégée, Caphyes et Mégalopolis, construite à l'époque de la ligue achéenne. Le roi des Arcadiens, Aristocrate, ayant trahi les Messéniens, fut lapidé, et la royauté abolie vers 671 av. J.-C. Vers 232, l'Arcadie entra dans la ligue achéenne, à qui elle donna son plus illustre chef, Philopoemen ; elle suivit le sort de la Grèce soumise par les Romains en 146 av. J.- C., fit partie de l'empire d'Orient et de l'empire Grec, passa à Venise après 1204, et tomba au pouvoir des Turcs en 1470 (Charles Dezobry, Théodore Bachelet, Dictionnaire général de biographie et d'histoire, Volume 1, 1863).

Mantinée aujourd'hui est bien différente de ce qu'elle était autrefois, avoir le terrain qu'elle occupait anciennement il s'en faut peu qu'elle ne fût aussi grande que Mavramatia ou Messene a présent il n'y a qu'environ 800 maisons; selon Pausanias Mantinée était ornée d'une grande quantité de bâtiments publics de toutes espèces les uns plus superbes que les autres il n'y reste plus de bâtiments publics qu'une mosquée pour les Turcs et cinq ou six petites Eglises pour les chrétiens.

Plan de la Mantinée antique

Région de Mantinée

La colonisation de l'intérieur est complète au VIIème siècle. Les Grecs se réfugient dans les îles et sur les côtes. Les Slaves vivaient en groupes familiaux ou tribus qui pourvoyaient chacune à leur sécurité sans être groupées sous l'autorité d'un chef unique. Ils n'habitaient pas de villes fortifiées, mais des buttes au milieu des fleuves ou des marais. Les traces de leur domination subsistent surtout dans la toponymie, où se retrouvent nombre d'éléments slaves. La région de Mantinée fournit des exemples irrécusables de celle slavisation du territoire pendant le VIème et le VIIème siècles: c'est dans les vieilles cartes ou dans les noms populaires des montagnes, des rivières, et des hameaux qu'il faut les rechercher, avant que la restauration systématique de la nomenclature classique en ait effacé les dernières traces. Un relevé complet de toutes les racines slaves dans les vocables géographiques de la Grèce rendrait les plus grands services. La substitution d'un village slave appelé Goritza (diminutif de Gori, colline) est attestée par le cosmographe vénitien Dominicus Niger : « Mantinea urbs illa est, quant nunc Gorizam vocant. Inde Mantinea urbs, altéra ab eà quae in maritimis est,cujus interitu Goriza modo dicta renata est ». Goriza ne figure pas encore sur les cartes du XVIème siècle, mais les géographes du XVIIème, qui s'inspirent du texte de Dominicus Niger et du manuel du Jésuite Briet, ne l'oublient pas […].

Le fait que les Slaves chassèrent devant eux les anciens habitants de race grecque, qui allèrent chercher un refuge lointain sur les promontoires ou parmi les lagunes de la cote, ressort de la fondation de villes côtières, comme Arkadia, Monemvasia,. Astros, Mantinée de Messinie. Cette dernière, tout à fait inconnue à l'époque classique, offre, avec Koron, un curieux exemple du transfert d'un nom antique à la suite d'une émigration ou d'une transplantation des habitants de race hellénique, contraints de céder la place aux envahisseurs. Suivant toute vraisemblance, la Mantinée de Messénie fut élevée au VIème ou au VIIème siècle par une colonie de Mantinéens qui emportèrent avec eux le nom de leur vieille cité, Elle est mentionnée chez les chroniqueurs byzantins, comme une forteresse importante qui eut à subir plusieurs sièges. Elle s'élevait entre Kalamata et Giannitza, ou, d'après Dominicus Niger, entre Thouria et Leuctres : « Ac deinde Mantinea in excelsa rupe, unde -Epea, id est celsa, nomen fortia est, nunc Mantegna ». Ce kastro ligure sur les catalogues de châteaux moraïtes relevant de la Seigneurie sous le nom de Mantegna in brazzo. Les cosmographes vénitiens la placent sur leurs cartes près de Kalamata et l'appellent Mantineta. Mantegna, Motegia. Il en reste encore un souvenir dans les hameaux de Palaio-Manlineia, de Mégali — et de Micra-Mantineia, situés dans le dénie moderne d'Abia, sur la berge du Sandava-Potamos (ancien Choirios).

Ce sont ces foyers permanents qui ont permis à l'hellénisme orthodoxe de refluer sur l'intérieur et de reconquérir le terrain perdu, par le moyen de la propagande religieuse et par l'évangélisation des Slaves. L'expédition du Stratège Stavrakios en 783 marque la déchéance de la domination slave. Pendant le IXème siècle, les missions établies à Hagios Pétros, a Christianou, à Nicli, répandent à profusion la bonne parole, convertissent les barbares, multiplient les églises. Les Slaves, en acceptant l'orthodoxie, abdiquaient aussi leur langue et leur race et se métamorphosaient en Hellènes. De cette époque datent ces innombrables chapelles byzantines que les archéologues ont. la surprise de retrouver mêlées, dans le sous-sol des villes antiques, aux débris de la vieille Grèce. Ni Goritza d'Arcadie ni Mantinée ne figurent sur aucune liste d'évêchés jusqu'ici connues, mais elle fut à n'en pas douter un centre religieux assez important et bien peuplé, comme le prouvent les nombreuses et spacieuses ruines d'églises byzantines que nous y avons découvertes.

A côté de Goritza, les catalogues de Kastros vénitiens signalent une importante forteresse, celle de Drobolitza, déjà ruinée en 1467. Les cartes du XVIe siècle placent cette Drobolitza, Droboliz ou Dorboglitza au centre de la péninsule. Il semble que ce château, distinct de celui de Moukhli et de la ville de Nicli, et dont le nom est à consonance slave, ait précédé l'installation de Tripolitza au même endroit. Le nom de Tripolitza (en turc Taraboloussa) ne serait alors qu'une adaptation romalque du vocable slave Droboglitza : il faudrait attribuer à la future capitale de la Morée une ancienneté plus grande qu'on ne fait d'ordinaire Le nom de Trapolitza apparaît sur une carte anglaise de 1660, et c'est seulement au XVIIIème siècle que Dorboglitza se transforme définitivement en Tripolitza.

Le silence des chroniqueurs officiels et des lettrés, comme Constantin Porphyrogénète, Léon VI, Chalcondyle [traduit par Blaise de Vigenère] sur ces villes récentes de création barbare, leur persistance à n'user que des noms classiques vides de réalité, s'expliquent, soit par l'ignorance du gouvernement byzantin sur l'état du thème du Péloponnèse, soit par un sentiment de pudeur à l'égard de l'opinion publique. Comme les empereurs de Chine, le basileus des Romains n'avouait pas ses pertes.

Au XVe siècle, au moment de la première conquête turque, le nom de Mantinée d'Arcadie revient plusieurs fois dans le récit des campagnes de Tourachan en 1452, de Mahmoud en 1458. Après la conquête, le Péloponnèse dévasté n'est plus qu'une ruine. C'est sans doute à cette époque que Goritza se dépeupla et disparut. Les beys et les agas prirent la place des byzantins, dont les Francs avaient respecté les privilèges. L'insalubrité croissante de la plaine forçait la population décimée à relluer vers les hauteurs, dans les villages établis à Kapsia, Tsipiana, Pikerni, Kakouri. La plaine désertée, infestée par la malaria, ne retint autour des cabanes de Goritza qu'un petit groupe de cultivateurs. Pendant la seconde domination turque, au XVIIe siècle, ce misérable débris de Mantinée dut lui-même faire l'ascension de la petite colline au Nord de l'enceinte et se réfugier au sommet du mamelon dans les ruines d'un petit monastère grec, dernier vestige de la ville byzantine. Le nom de Goritza se retrouve, altéré, dans le nom turc Gourtzouli, donné à cet éphémère établissement. Pendant ce temps-là, le nom de Mantinée était, sur les lieux mêmes, tombé dans l'oubli el ne survivait plus que dans la mémoire des érudits d'Europe. La tradition locale lui avait substitué le vocable anonyme de Paleopoli (la vieille ville), par lequel les Grecs modernes ont souvent désigné les ruines dont ils ne savaient rien, sinon qu'elles remontaient aux temps antiques.

Au début du XIXe siècle, les voyageurs n'ont plus retrouvé qu'un tchiflik ou ferme turque entourée de quelques masures. Aujourd'hui tout a disparu, et dans ce séjour mortel seules les puissantes assises de 371 n'ont pas péri.

Pendant tout le moyen âge, l'intérieur de l'Arcadie demeure terra incognita. Les bandes conquérantes des Francs et des Turcs ne font qu'y passer. Le gouvernement byzantin ne possède aucune notion sur ces territoires perdus. L'insécurité y est telle qu'aucun voyageur ne s'y hasarde. Aussi les premiers géographes de la Renaissance, qui s'appliquèrent à reconstituer pour le monde érudit, les linéaments de l'ancienne Grèce, travaillent d'imagination d'après les textes classiques. Quand ils essayent d'indiquer l'emplacement des villes antiques, leurs notions approximatives flottent en pleine fantaisie. Sur la plus vieille carte de Grèce, celle de Nicolaus Sophianus, publiée à Rome en 1480, Mantinée descend au sud de Tégée et voisine avec Phigalie. Avec les Vénitiens, qui disputent la Morée aux Turcs vers la fin du XVIe siècle, la science commence à pénétrer à leur suite. Les cosmographes de la sérénissime République, renseignés par les rapports des capitaines, des provéditeurs et des ingénieurs militaires, commencent à lever un coin du voile. On dresse des listes de châteaux dépendant de la Seigneurie ; les noms modernes prennent place sur les cartes à côté ou aux dépens des noms classiques : on sort de la convention pour entrevoir la réalité.

Ainsi Dominicus Niger, dans ses excellents Commentaires géographiques (1557), signale l'existence de Goritza à la place de l'ancienne Mantinée, et précise la situation de la Mantinée de Messénie. Thomaso Porcacchi introduit Droboliz, Cartena, Mucli, Londari dans sa carte de la Morée, 1576 (Fougères, Gustave, Mantinée et l'arcadie orientale).

Dominique Mario le Noir ou Dominicus Marius Niger, Vénitien, vivait sur la fin du XVème siècle, vers l'an 1498. II donna au Public vint-six livres de Géographie, onze de l'Europe, autant de l'Asie, et quatre de l'Afrique. II ne parle point de l'Amérique.-ce qui fait connaître qu'il composa cet Ouvrage, avant qu'Améric Vespuce eût découvert cette quatrième partie du monde l'an 1491. Nous avons cet ouvrage corrigé par Wolfgang de Weissenburg, imprimé à Bâle l'an 1557 (Louis Moreri, Le grand dictionnaire historique ou Le mélange curieux de l'histoire sacrée et profane, 1747).

Page concernant Mantinee de Dominicus Niger

(Dominicus Marius Niger, Strabo, Hieronymus Gemusaeus, Laurentius Corvinus, Geographiae commentaria, Petri, 1557)

L’atlas "Descriptio della Geographia Moderna de Tutto la Gretia ... Opera di Iacomo Gastaldo Cosmographo ...” imprimé par Donato Bertello à Venise en 1567 ..." décrit la Grèce avec les connaissances de l’époque. Giacomo (Jacopo) Gastaldi (~ 1500, Villafranca, Piémont – octobre 1566, Venise), est un important cartographe vénitien du XVIe siècle. Né dans une grande famille du Piémont, il s’installe à Venise en 1539 où il est d’abord ingénieur avant de devenir le cartographe le plus renommé d’Italie et le cosmographe officiel de la Sérénissime République. Cent-neuf cartes lui ont été attribuées en tout, dont une grande carte d’Afrique en huit feuilles publiée en 1564. Il publie en 1548 une édition de la Géographie de Ptolémée contenant des cartes réalisées à partir de 1542, dont deux planisphères. Ces planisphères, dont la première date de 1546, représentent les masses continentales de l’hémisphère nord reliées entre elles dans leur partie la plus septentrionale, sauf entre l’Amérique / Groenland et l’Europe. À partir de 1562, Gastaldi reconnait dans un opuscule la séparation de l’Amérique et de l’Asie, et nomme le détroit correspondant détroit d’Anian (Streto di Anian), du nom d’un royaume asiatique décrit par Marco Polo. Gastaldi coopéra avec Giovanni Battista Ramusio, géographe et Secrétaire du Conseil des Dix, qui reprit ses cartes dans son ouvrage Delle Navigationi et Viaggi. Il fut abondamment copié et son œuvre contribua au maintien de l’art de l’eau-forte à Venise (fr.wikipedia.org - Giacomo Gastaldi).

Sebastiano Compagni est l’auteur d’une ambitieuse description du monde, actuellement conservée dans trois manuscrits (un seul est complet, le Vat. lat. 3844, dont la copie a été achevée le 13 juin 1509). Il existe une édition du XVIe siècle, sous le nom de Dominicus Marius Niger (Geographiae Commentariorum l. IX, Bâle, Henricus Petri, 1567), qui présente un état du texte remanié. On sait peu de chose de Sebastiano Compagni. D’origine ferrarraise, il est le neveu du cartographe Antonio Leonardi, actif à Rome puis à Venise entre 1461 et 1483. Sa description du monde est une vaste synthèse, réalisée sur le modèle de la Géographie de Ptolémée, typique de son érection en modèle indépassable, dont il reprend l’ordonnance et une part non négligeable des toponymes. Les connaissances acquises par la lecture de Ptolémée sont complétées de données fournies par les auteurs antiques (Pline, Pomponius Mela, Solin, Strabon etc.), enrichies des connaissances accumulées tout au long du Moyen Age, plus particulièrement aux XIVe et XVe siècles. Le projet est ambitieux puisqu’il s’agit de décrire de manière extrêmement détaillée l’ensemble du monde connu en identifiant, dans la mesure du possible, toponymes antiques et toponymes modernes. Sebastiano Compagni n’ignore pas les découvertes récentes des modernes (Nathalie Bouloux, L’océan Indien dans la description du monde de Sebastiano Compagni, Directeur d'études : M. Patrick Gautier Dalché, Les représenations de l’espace en occident de l’antiquité tardive au XVIème siècle, École Pratique des Hautes Études).

Déjà en 1545, Giacomo Gasta publiait sa carte de Morée avec la ville de Dropolitza, forteresse fondée au XIVème siècle, à proximité de Mantinée, qui sera remplacée plus tard par Tripolitza au même endroit. En 1574, une carte mentionne Dropolitza ou Dropoglitza comme Idropolitza (Die Erde: Zeitschrift der Gesellschaft für Erdkunde zu Berlin, Volume 88, 1957).

Le duc de Nevers

Une autre source d'information, du vivant de Poussin, apparaît avec l'entreprise du duc de Nevers de restaurer l'empire byzantin, comme on l'a vu dans le chapitre Kabbalisation du Tarot : Les Gonzagues.

Charles de Gonzague-Nevers entreprit une croisade pour délivrer la Grèce du joug turc et pour conquérir Constantinople. Descendant d'une Palélogue, il estimait avoir les titres pour exécuter ce plan.

Pendant dix ans, des renseignements lui arrivèrent de tous côtés sur la topographie, la population, les dispositions politiques , tous les tenants et aboutissants des diverses parties de la Grèce. Je trouve plusieurs de ces documents statistiques dans quelques manuscrits de la même collection où sont conservées les pièces précédentes. On y voit exposé avec des détails plus où moins exacts, mais assez circonstanciés, l'état de plusieurs îles2, et surtout la situation de la Morée. Deux de ces petits mémoires, littéralement transcrits, montreront de quelle nature étaient ces renseignements que recueillait avidement le duc de Nevers, passionné pour les grandes entreprises. La division territoriale de la Morée lui est ainsi décrite: " Ceste presqu'isle est la teste et forteresse de toute la Grèce, et qui n'est à postposer à aucune autre contrée par son excellence; abondante en toutes choses nécessaires à la vye; ses plaines et collines fort fertiles; fort pourveue de bons havres qui forment plusieurs caps en pointes de terre. Les villes de ce quartier sont Micene; Lerne, où Hercules tua l'hidre dans les maretz; Nauplia, aujourd'hui Neapolis, Naples; Epidaurus; Hennione; Trazen; Posidonie; Argia; Sparte, autrement Lacedemon, maintenant Misithra; Lisandre et Agesilae; Epidaurus, aujourd'huy Malvatie. La Messenie s'estend dès le mont Taiger et fleuve Pamisus jusques à l'Alphée. La première ville est Messene contre la mer; Modon, Coronae, Arcadia, Elis, Olympia, Phidias, Cyllene, Leprinus, Corine, Myrsinus. En Achaia, sont les villes Dyme, Cbiarenza, Olemus, Fatras, Vostiza, Egira, Xilocastro, Hellice, Bura, Pellene, Sicone, Vasilicon. Reste l'Arcadie, de tous costez esloignée de la mer; ses villes: Megalopolis, Leontari, Stimfalus, Lalea, Mantinea, Psofîs. "

Ce fut néanmoins par suite de ces querelles de cour, qui agitèrent les commencements du règne de Louis XIII, que le duc de Nevers se rencontra avec un personnage singulier qui, ranimant plus que jamais le projet grec, y donna un développement un instant assez large pour avoir appelé l'attention de l'Europe. Le personnage qui parvint ainsi à changer le caractère de l'entreprise aux yeux de l'Occident catholique fut un capucin. Ce capucin, il est vrai, était le fameux père Joseph, qui, avant de se rendre tout entier l'instrument du despotisme de Richelieu, et avant le pouvoir absolu de ce cardinal, remplissait déjà un rôle important en France et dans la chrétienté. Nous nous contenterons de rappeler que, bien avant l'année 1624, où Richelieu entra au conseil, le père Joseph se trouvait au centre des plus grandes relations. Il obtint notamment la confiance du duc de Nevers, qu'il vit fréquemment à Loudun, eu 1616, lors des conférences qui se tinrent dans cette ville pour raccommodement du prince de Condé avec la cour, négociation dont le P. Joseph fut un agent actif de ce dernier côté. Le duc de Nevers établit à cette époque son ordre de la Milice chrétiennel, sous le titre de la Conception immaculée de la Vierge. Un homme connu dans l'archéologie comme curieux d'antiquités, dans l'histoire littéraire comme traducteur aussi médiocre que fécond des auteurs anciens, mais dont les mémoires contiennent des notions très-exactes sur les contemporains, principalement sur la maison de Nevers (car il en fut un des clients les plus intimes), l'abbé de Marolles dit de cet ordre de la Milice chrétienne, fondé par le duc de Nevers : " Le père Joseph, capuchin, en fut le grand promoteur. Il avoit aussi suggéré à ce prince généreux de faire équiper des vaisseaux pour embarquer des chevaliers de sa milice, et aller au secours des chrétiens opprimez sous la domination du Turc, et particulièrement de ceux qui sont en la Morée, qu'il espéroit attirer dans les intérests de son entreprise par une révolte considérable. "

Les deux vies du P. Joseph, dont l'une est, jusqu'à un certain point, la contre-partie de l'autre, deux ouvrages dont il faut user, du reste, avec quelque réserve, racontent le voyage que ce capucin fit à Rome en 1617, pour soumettre au saint-père le projet de cette institution. Celle de ces deux histoires qui est intitulée : Le véritable père Joseph, donne même à entendre que la grande impulsion imprimée alors par ce religieux à l'entreprise du duc de Nevers fut une intrigue politique de l'évêque de Luçon, qui, se préparant le ministère, et voulant connaître à fond l'état de la maison d'Autriche, saisit l'occasion de ce projet de croisade afin de pouvoir, sous ce prétexte pieux, envoyer en Espagne un homme à lui, parfaitement placé, par un caractère de prosélytisme ardent, pour voir bien des choses dont l'accès devait être interdit à un ambassadeur. Le P. Joseph aurait donc fait le voyage de Madrid comme missionnaire ostensible, au nom de la religion, du duc de Nevers et des Grecs, et comme explorateur secret pour le compte de Richelieu. Quoi qu'il en soit, des interprétations politiques du rôle du P. Joseph dans le nouveau projet de croisade, il est certain que l'infatigable activité de ce moine ambitieux donna un moment, comme je l'ai dit, une importance européenne à l'entreprise du duc de Nevers.

A l'automne de cette même année 1618, le duc de Nevers envoie en Grèce le nivernais M. de Lange marquis de Châteaurenaud, un de ses gentilshommes, qui y distribue son portrait. Nous avons, à ce sujet, les lettres de remerciements de Denys, archevêque de Lacédémone, et de Métrophane, archevêque de Malvoisie , du 13 et du 14 juillet 1618, celle-ci écrite en italien, et la première en bon grec. La marche de M. de Châteaurenaud était éclairée par une sorte de tableau statistique du Magne, envoyé au prince, et où sont énumérés cent vingt-cinq bourgs ou villages renfermant quatre mille neuf cent treize feux, et pouvant fournir dix mille combattants, dont quatre mille armés et six mille sans armes. De plus, il était accompagné de Pierre de Médicis, porteur d'une promesse ainsi conçue : " Nous duc de Nevers, promettons au seigneur Pierre de Médicis, qu'au premier chapitre général qui se tiendra de nostre Ordre, nous obtiendrons pouvoir et auctorité de distribuer l'Ordre à ceux de son pays qui auront les conditions requises, et selon l'avis dudit seigneur Pierre de Medicis et des premiers dudit pays. " L'annonce des honneurs que devait ainsi dispenser Medicis augmentait le prix des largesses qu'avait à distribuer le comte de Châteaurenaud (Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, Volume 15, 1842).

On ignore si le cardinal Giulio Rospigliosi (futur Clément IX / 1600 - Rome 1669) fut effectivement le commanditaire des Bergers d'Arcadie, même s'il est certain que le sujet traité et la façon de le réaliser correspondent parfaitement à l'esthétique humaniste du cercle Barberini, du nom d'Urbain VIII, pape de 1623 à 1644, qui soutint constamment Charles Ier de Mantoue, duc de Nevers, dans ses entreprises : croisade grecque et défense du duché de Montferrat, auquel participe le Père Joseph. Important mécène, Urbain VIII soutient des artistes comme les peintres Nicolas Poussin ou Claude Lorrain. C'est lui aussi qui, en 1635, nomme Athanasius Kircher au Collège romain. Il est peu vraisemblable que Poussin ait eu accès directement à la source ficinienne. En revanche, on sait que dans le cercle d'Urbain Barberini, la pensée de Kircher (1602-1680) était connu, puisque, passionné de philosophie de la nature, d'égyptologie, de la langue copte et de multiples curiosités, il était un ami personnel du pape. La philosophie de Ficin a pu être transmise au cercle Barberini d'une façon assez ésotérique. Dès lors la mélancolie se transforme ; elle perd un peu de dimension de délire divin, pour devenir l'ardeur d'une spiritualité empreinte de gravité, de souci de l'au-delà et de nostalgie du divin, propre au recueillement poétique des Begers d'Arcadie (Jean-Louis Vieillard-Baron, Et in Arcadia ego, Hermann, pp. 15-16 et pp. 78-79).

Un Gonzague comme client de Poussin

Le tableau Olympos et Marsyas identifié, et publié en 1969, par Pierre Rosenberg, acquis en vente publique par le Louvre (1968), provenait sans doute de la collection Fesch (vendue en 1844). Il n'est pas gravé, mais on peut en rapprocher une mention, dès 1665, dans l'inventaire de Charles ll Gonzague, duc de Mantoue, d'une "dispute entre Marsyas et Apollon avec une autre figure" (Jacques Thuillier, Tout l'oeuvre peint de Poussin, 1974 - books.google.fr).

Les Illustres Bergers

François Ogier était selon l'abbé de Marolles un proche de son groupe, ou académie fondée en 1619. Il était connu sous le nom d'Arcas dans le groupe des Illustres Bergers avec Nicolas Frénicle (Mathilde Bombart, Guez de Balzac et la querelle des Lettres: écriture, polémique et critique dans la France du premier XVIIe siècle, 2007 - books.google.fr).

Bernard Frénicle de Bessy (vers 1605 - 1675) était son frère et fut un grand mathématicien qui étudia les nombres premiers et les carrés magiques (Nicolas Le Moyne, Les siecles litteraires de la France, jusqu'a la fin du 18e siecle, 1800 - books.google.fr).

Humanistes et épicuriens, les Illustres Bergers, groupe de jeunes poètes catholicisant, essentiellement parisiens, formé vers 1625 se sont donné pour mission défendre « la poésie, l'amitié, le vin, l'amour, les livres et Pierre de Ronsard ». Cultivant un cercle très unis - certains d'entre eux se tutoient -, ils se rassemblent dans des campements champêtres sur les bords de la Seine près de Saint-Germain ou dans la maison de campagne de Godeau, futur évêque de Vence, à Villepreux. S’appliquant à vivre comme les bergers héros de L’Astrée, ils se caractérisent pas des pratiques collectives dédiées à la célébration de leur art. Ils se donnent ainsi des pseudonymes romanesques sous lesquels ils sont repris dans deux textes de Frenicle, « les Eglogues de N. Frenicle » et l'Entretien des Illustres Bergers : Colletet prend le nom de Cérilas, Fernicle est Aminte, Louis Mauduit est Mélinte, de Villeneuve Tarcis, Godeau Ergaste, Malleville Damon, François Ogier Arcas, Philippe Habert Lizidor, Guillaume Habert Lyris, Conrart Philandre, Jacques Deslandes, ami très proche de Frénicle, mais qui n’a pas connu une carrière littéraire brillante, probablement le "docte Argis", Philinte, qui sait profiter des leçons du grand Scévole devant être Tristan l'Hermite, et les plus âgés Frédéric Morel Cléophon, Guillaume Lusson Céphilore, Cotignon De La Charnaye Méléandre tandis que Richelet prend le nom de Ménalque (fr.wikipedia.org - Illustres Bergers, Claude Faisant, Mort et résurrection de la Pléiade, 1998 - books.google.fr, Y. Fukui, Raffinement précieux dans la poésie française du XVIIe siècle, 1964 - books.google.fr, Stéphane Macé, Entre polémique et vision syncrétique : les héritiers de Ronsard au cours du premier XVIIe siècle, Littératures classiques 2011/2 (N° 75) - www.cairn.info).

La pastorale fournit à la poésie du XVIIe siècle non seulement une atmosphère, un décor et des protagonistes, mais aussi un style de comportement et une éthique de l'amour que la galanterie moderne va encore raffiner et, pour ce qui est des arguments et des actions, un magasin de lieux communs qui, tout en perpétuant l'habitude alexandrine de la compilation et de la contamination, importent et acclimatent en France le mythe de l'Arcadie sur lequel pourront se construire tout un imaginaire et une représentation idéalisée des rapports sociaux. Aussi s'appelle-t-on Arcas, Aminte, Cérilas et Damon lorsque l'on se retrouve entre initiés, par exemple, chez les "illustres bergers" ou encore Bélisanthe, Mélinthe, Arthénise, Amarante, Aristée ou Daphnis, sans parler de la célèbre Sapho qu'est devenue Madeleine de Scudéry. Ces choix onomastiques concourent à la littérarisation des rapports entretenus entre les membres d'un même cercle. Toutefois, même publiés dans les oeuvres, ils assurent paradoxalement la fermeture de ce cercle : l'intelligence du texte, la compréhension de ses allusions, dépend en effet de la proximité, sinon de l'appartenance du lecteur à la communauté en instance de représentation (Mélinda Caron, Les pratiques d'écriture et de sociabilité de Louise d'Epinay à la lumière de ses contributions à la Correspondance littéraire et de ses lettres à Ferdinando Galiani 1755-1783, 2009 - papyrus.bib.umontreal.ca).

Frenicle, en 1635, tombera dans la poésie religieuse. Déjà en 1625 il produisit la paraphrase du psaume 150 (Premières oeuvres poétique du sieur Frenicle). En 1638, il s'attaque à quatre autres psaumes, les 1, 21, 119 et 139 selon la version hébraïque. En 1652, il obtient un privilège pour l'impression d'une "Paraphrase des cent cinquante Pseaumes de David en Vers François" qui l'occupe pendant les dernières années de sa vie. Elle sera publiée en 1661 (Antoine Adam, Histoire de la littérature française au XVIIe siècle -: L'époque d'Henri IV et de Louis XIII, Volume 1, 2014 - books.google.fr).

Mantinée

Mettant à part l'Amyntas (voir Amyntor "défenseur" en grec selon Robert Graves), berger des Bucoliques de Virgile, comme Damon et Ménalque, Amintas est le père de Philippe II de Macédoine, qui vécut otage à Thèbes auprès d'Epaminondas, le vainqueur de Mantinée en 362 (avant machin) (Jacques-Joseph Bullotte, Leçons élémentaires d'histoire ancienne, Volume 2, 1811 - books.google.fr).

Dans l'Entretien des Illustres bergers (1634, dont la composition remonte au moins à 1628) de Nicolas Frénicle, des personnages portant des noms de bergers, comme Aminte, réfèrent tous à un groupe de poètes réunis dans une petite académie; parmi eux, Anaximène et Cléomène.

Le roman de Nicolas Frénicle entérine cette modernisation de l'Arcadie qui prend souvent la forme d'une fable sur la perte d'un royaume. Il ne se déroule d'ailleurs pas en Arcadie, mais sur les bords de la Seine, où les bergers sont très ostensiblement les prête-noms d'une petite coterie poétique réelle. Ils accueillent cependant deux authentiques personnages romanesques, Anaximène et Cléomène, originaires d'Arcadie. Comme tout personnage de roman, ils racontent leur histoire. Anaximène évoque donc l'Arcadie devant un auditoire étranger, français, ce qui permet de jouer sur la reconnaissance qu'implique l'emploi d'un topos mais de dépayser celui-ci, en confrontant deux états de faits, mythique et historique. L'Arcadie n'est justement plus seulement un topos, mais un lieu de roman. Ce décentrement fictif inédit opère un déplacement important. L'Arcadie d'Anaximène est tout à fait contemporaine, c'est-à-dire « misérable » et en ruines : "Il n'y a personne parmi vous qui n'ait ouï parlé de l'Arcadie, c'est une province du Péloponnèse, dont les habitants se sont vantés d'être les premiers peuples de la terre, et que l'origine de leurs familles avaient précédé la lune et le soleil ; ses villes qui n'ont plus que de tristes reliques de leur grandeur passée, étaient autrefois l'honneur de la Grèce." La ville de Mantinée est citée comme le berceau familial du personnage; le choix de ce toponyme provient peut-être de la lecture de l'Arcadia de Sidney dans la traduction de Baudoin. Anaximène évoque les conséquences ambivalentes des vicissitudes historiques sur sa famille. « Contrainte par les communes misères de la Grèce à se cacher pour un temps », elle s'établit sur le mont Lycée. Cette notation révèle une information historique assez précise, les invasions ayant en effet entraîné un déplacement de la population arcadienne vers les montagnes. Mais le père du héros trouve à Constantinople un maître, qui lui apprend les sciences et le Grec antique dans toute sa pureté originelle ! Les mythologies de l'Arcadie ne sont plus qu'un ensemble de légendes que les vieillards racontent, de même que les jeunes gens pour séduire leur bergère. Il n'est plus besoin d'aucun moyen magique pour se rendre dans ce pays et en partir. Totalement naturalisée et peut-être pour la première fois, l'Arcadie n'a plus aucune dimension allégorique. Elle est un lieu de roman qui représente l'écart entre l'histoire et la fable; elle n'a plus d'arcadique qu'une certaine visée conciliatrice des conflits - ce qu'illustre parfaitement ce sage de Constantinople gardien de la mémoire et de la langue de l'origine (Françoise Lavocat, L'Arcadie comme monde, réalité et fiction, Devant la fiction, dans le monde, 2009 - books.google.fr).

La conciliation des conflits appelle la paix ("PAX"), le gardien lui-même, le tout à Constantinople (Autour de Rennes le Château : BERGERE PAS DE TENTATION QUE POUSSIN TENIERS GARDENT LA CLEF PAX DCLXXXI PAR LA CROIX ET CE CHEVAL DE DIEU J ACHEVE CE DAEMON DE GARDIEN A MIDI POMMES BLEUES).

Cléomène, prénom masculin, est aussi un roi de Sparte, troisième du nom, qui prit plusieurs fois la ville de Mantinée au IIIème siècle avant machin.

L'abbé de Marolles (1600 - 1681) était un proche des Gonzague, duc de Nevers. De ce fait, il y avait possibilité de contact entre l'entourage des Gonzague et Nicolas Frénicle.

Le père de l'abbé, le capitaine Marolles, avait quitté sa compagnie des Cent-Suisses et était passé au service de la maison de Nevers, en qualité de gouverneur du jeûne duc de Rethelois. L'abbé de Marolles (1600 - 1681) se vit donc naturellement introduit à l'Hôtel de Nevers, et il y fut très-favorablement accueilli de l'aînée des filles, la princesse Marie de Gonzague, la future reine de Pologne, "qui se pouvait dès lors appeler la gloire des princesses de son âge par la beauté de sa personne et par les excellentes qualités de son esprit."

La princesse Louise-Marie de Gonzague-Nevers aimait le jeu de tarot : " Comme les loix de ce jeu ne luy sembloient pas assez belles, ny assez diversifiées, elle trouva bon d'y en faire de nouvelles. " En 1637, elle demanda à l'abbé de Marolles " de les escrire & de les faire imprimer, afin de s'en servir plus commodément, et que personne ne pust abuser ". Le résultat en fut la toute première règle de ce jeu, imprimée à Nevers (22 v’la l’Tarot : Kabbalisation du Tarot : Tarot et Gonzague).

Pierre Cottignon de La Charnays, gentilhomme nivernais, était un habitué du groupe des Illustres Bergers sous le nom de Meleandre selon M. Cauchie. Il fut poète et auteur d'un roman (Les Bocages, La Muse champêtre) (Frank Greiner, Les amours romanesques de la fin des guerres de religion au temps de l'Astrée, 1585-1628: fictions narratives et représentations culturelles, 2008 - books.google.fr).

Dans son Phylaxandre, roman mêlé de chevalerie et de pastorale, suivant la recette de Montemayor. Au milieu de géants et de magiciens, paraissent « deux vieillards vestus de chacun une soutane jaune, couronnez de laurier, l'un portant une harpe et l'autre un livre (...)». Ce sont deux prêtres de Phoebus, l'auteur le dit, il les désigne aussi par "les deux Druydes" (Pierre Sage, Le "bon prêtre" dans la littérature française d'Amadis de Gaule au Génie du christianisme, 1951 - books.google.fr).

On connaît deux Anaximène célèbres dans l'Antiquité : Anaximène de Milet, fils d'Eurystrate, qui vivait vers l'an 500, disciple de Thalès, inventeur selon Pline du cadran solaire que Diogène de Laërce attribue à son maître Anaximandre qui avait installé un gnomon à Lacédémone ; et Anaximène de Lampsaque, fils d'Aristoclès, philisophe cynique, conseil d'Alexandre qu'il abusa pour épargner sa ville natale de la destruction, qui écrivit une histoire de la Grèce de la Théogonie à la bataille de Mantinée (Le grand dictionnaire historique, AN-AZZ, 1743 - books.google.fr).

Bergère

Parmi les pastorales à la mode, il faut signaler la Fidèle Bergère (au second livre de L'Entretien des Illustres Bergers en 1634) et Palemon, de Nicolas Frenicle; les Bocages, du sieur de la Charnays ; la Mélize, du sieur du Rocher ; l'Eromène, de Marcassus, et surtout la Chasteté invincible, de J.-B. de Croisille (XVIIe siècle; lettres, sciences et arts, France, 1590-1700, 1882 - books.google.fr).

Le Palémon et l'Entretien des Illustres bergers de Nicolas Frénicle, l'Arcadia et l'Elvio de Crescimbeni, par exemple, montrent clairement que la focalisation sur l'intrigue amoureuse, dans la tragi-comédie pastorale, implique une simplification du statut de l'Arcadie et du berger poète: dans la Fidelle Bergère pastorale incluse dans Y Entretien des Illustres Bergers, les bergers de roman habitent les bords de la Seine, et les bergers de théâtre «les agréables païsages que le fleuve Penée arrouse de ses paisibles eaux au pied du mont Olympe». Tandis que les satyres qui hantent l'Arcadie romanesque de Nicolas Frénicle sont des serviteurs déguisés, c'est Pan «des Pasteurs & le maistre et le guide», comme dans l'Aminta, qui ouvre la pastorale dramatique. On peut aussi penser que la pastorale dramatique, quoique considérée par un Ignacio de Luzân comme un «monstre moderne», est au début du XVIIe siècle une forme plus codifiée, et plus ancienne, que le roman; elle accueille donc peut-être aussi des bergers plus conventionnels.

L'antithèse amour vs repos n'est pas originale et on en retrouve les traces dans maintes pièces de l'époque (Silvanire de J. Mairet, La fidèle bergère de N. Frenicle, etc.), outre que dans le roman d'amour par excellence, l'Astrée, comme l'a montré J. Ehrmann dans son étude pénétrante: Un paradis désespéré (Clitophon de Pierre Du Ryer, présenté par Luigia Zilli, 1978 - books.google.fr).

La même exigence de repos se retrouve dans la Fidelle bergère de Frénicle, où l'on cherche à dépasser la crise sentimentale qui était à l'origine de la pastorale baroque, par la distinction de deux types d'amour: d'une part, l'amour violent, excessif, qui est cause de souffrances, troubles, folie, conséquences sanglantes et funèbres; de l'autre, l'amour modéré, vertueux, non pas libre mais doucement asservi, et surtout source de ce « repos assuré », dont il était question. (D. Dalla Valle, La pastorale dramatique baroque, L'italianisme en France au XVIIe siècle, Etudes de littérature étrangère et comparée, Actes du congrès national, 1966 - books.google.fr).

Boskopula (Boscopula) est le titre d'une pastorale, Une idylle d'un goût assez sauvage, publiée en 1638 à Venise en dialecte grec crétois, de Nicolas Drymitikou (ou Drymitino) (Catalogue des livres imprimés de la Bibliotheque du Roy. Belles lettres. Tome premier, Volume 1, 1750 - books.google.fr, Claude C. Fauriel, Chants populaires de la Grèce moderne: Chants historiques, Volume 1, 1824 - books.google.fr).

Remarquons que Boskoop est le nom d'une variété de pomme du nom de la ville du même nom aux Pays-Bas (1856).

Les écrivains crétois commencent à imiter leurs collègues italiens, puis des œuvres originales apparaissent peu à peu, comme L'Érophile de Georges Chortatzis, le Sacrifice d'Abraham (XVIe siècle) et, surtout, L'Erotocritos, un long poème épique écrit au début du XVIIe siècle par Vicenzos Kornaros (GEOguide Crète, Gallimard Loisirs, 2015 - books.google.fr).

Procès

Si le jugement de Mantinée était connu avant Fougères, le découvreur de l'inscription en 1892 ? (Autour de Rennes le Château : Poussin pouvait-il connaître le Jugement de Mantinée ?).

Selon Meister, le jugement de Mantinée commence par l'énumération des accusés :

Voici ceux qui sont redevables à Aléa : (Si)syrnos, (S)o(kl)ès, (Ph)ilomélidas, Théo(k)osmos, Aristomachos, (Dr)oméas, (Sti)lpas, Ph(an)is, A(k)rantos (ou Adrantos), Antilaïdas, Bothis, (Hesklaros). Mis hors cause : Thémandros (ou Phémandros). Hesklaros pourrait être un adjectif (privé de kleros : lot de terre civique c'est-à-dire l'expulsion) (Dubois) (Adolphe Reinach, Bulletin annuel d'épigraphie grecque, Volumes 1 à 4, 1909 - books.google.fr, Laurent Dubois, Recherches sur le dilecte arcadien, 1988 - books.google.fr, Gerhard Thür, Symposion: Vorträge zur griechischen und hellenistischen Rechtsgeschichte, Volume 6, 1985 - books.google.fr).

Plusieurs pseudonymes des Illustres Bergers sont en rapport avec des procès dans l'Antiquité grecque ou dans la littérature de l'époque. Mais cela peut ne pas être significatif.

Il est vrai, déjà dans les Guêpes, jouées l'an 423 avant J.-C., Aristophane se propose de fronder la manie que les Athéniens avaient pour les procès, et la sottise ou l'iniquité de leurs juges. Racine l'a imitée dans les Plaideurs (Emile Lefranc, Histoire de la Littérature Grecque, 1838 - books.google.fr).

Dans les tout derniers temps de la guerre, alors qu'Athènes vaincue à Aigos-Potamoi tente de négocier avec Sparte, se succèdent les procès politiques truqués, suscités par de fausses dénonciations et destinés à éliminer, sous l'apparence de la légalité, les partisans du régime démocratique que certains travaillent à miner de l'intérieur : d'abord Cléophon puis des stratèges et taxiarques en charge, susceptibles de s'opposer au régime oligarchique, sont victimes de fausses dénonciations faites par des agents des oligarques, suivies d'un procès qui se déroule, dans sa seconde partie, de manière illégale. Cléophon. qui s'oppose à la capitulation alors que la famine sévit dans Athènes assiégée, est accusé au printemps 404 par le bouleute Satyros de Képhissia — qui, sous les Trente, sera le chef des Onze — sous le prétexte de désertion de poste : pour le procès, le greffier Nicomachos fournit à point nommé un texte permettant d'adjoindre aux héliastes, qui auraient dû seuls juger Cléophon et l'auraient vraisemblablement acquitté, les membres de la Boulè, dont un certain nombre sont à cette date partisans de l'oligarchie, afin de le faire condamner plus sûrement : Cléophon est en effet jugé coupable et condamné à mort par ce tribunal nouveau, grâce à une machination à laquelle Théramène, qui a écarté lors du procès des Arginuses plusieurs rivaux potentiels, n'a certainement pas été étranger (Silvia Milanezi, Individus, groupes et politique à Athènes de Solon à Mithridate, 2013 - books.google.fr).

Ergaste est un personnage de l'Astrée d'Urfé mais aussi de Francion de Charles Sorel publié en 1623. Il est impliqué dans un procès visant à enrichir son ancienne maîtresse Emilie (Wim De Vos, Le singe au miroir: emprunt textuel et écriture savante dans les romans comiques de Charles Sorel, 1994 - books.google.fr).

Un chef de cohorte romaine stationné pour l'hiver à Chéronée, devant le refus opposé par le jeune Damon à ses avances, s'apprêtait à recourir à la violence. Alarmé, Damon et quinze de ses amis assassinèrent le Romain et plusieurs de ses hommes avant de s'enfuir de la ville. En réaction, le Conseil de Chéronée condamna à mort par contumace les meurtriers Damon et ses hommes firent alors irruption dans la ville, assassinèrent les magistrats et prirent à nouveau la fuite. De passage avec des troupes, L. Licinius Lucullus entama une enquête et dédouana la cité de toute responsabilité dans les troubles récents puis repartit en relevant la garnison de Chéronée. Après ces événements, Damon, devenu brigand, ravagea la campagne et menaça la ville. Les citoyens l'attirèrent « par des ambassades et décret bienveillants », le nommèrent gymnasiarque avant de le tuer. Plus tard, les Orchoméniens soudoyèrent un délateur romain, qui cita la cité en justice devant le proconsul de Macédoine pour le meurtre des soldats romains. Grâce au témoignage écrit de Lucullus qui la disculpait, la cité « échappa au risque d'une condamnation extrêmement grave » (Julien Fournier, Entre tutelle romaine et autonomie civique: l'administration judiciaire dans les provinces hellénophones de l'empire romain, 129 av. J.-C-235 ap. J. C, 2010 - books.google.fr).

Orchomène dont il s'agit est en Béotie, près de Chéronée (fr.wikipedia.org - Orchomène (Béotie)).

Mélinte est identifié avec Louis Mauduit dans deux pièces de vers de Colletet : a) Le fléau des procès, Prière aux Muses en fureur de Louis Mauduit ; b) Elégie à L. Mauduit (Revue d'histoire de la philosophie et d'histoire générale de la civilisation, Volume 10, Université de Lille, Faculté des lettres, 1942, p. 120).

Anaximène de Lampsaque, élève de Zoïle, est réputé l'auteur de Rhétorique à Alexandre qui fait partie du corpus aristotélitien. Il un «théoriciens» de la rhétorique judiciaire, avec Aristote (Isabelle Donegani, "A cause de la parole de Dieu et du témoignage de Jésus-- ": le témoignage selon l'Apocalypse de Jean : son enracinement extra-biblique et biblique : sa force comme parole de sens, 1997 - books.google.fr).

Lampsaque avait aussi un vin renommé, le vin étant célébré par les Illustres Bergers

Les noms

Les seuls noms complètement lisibles sur l'inscription de Mantinée sont ceux d'Aristomachos, d'Antilaïdas et de Bothis (Laurent Dubois, Recherches sur le dilecte arcadien, 1988 - books.google.fr).

Aristomachos d'Athènes, cité par Pline, écrivit sur les plantes et parle de la cytise bonne à engraisser les moutons. Le cytise fut découvert premièrement dans l'île de Cythnos puis répandu dans les Cyclades (Pline, Histoire naturelle, Livre XIII, XLVII, Collection des auteurs latins: avec la traduction en français, Volume 24, avec la traduction en français de Désiré Nisard, 1860 - books.google.fr).

Aristomaque de Soles, qui demeura 58. ans sans s'amuser à autre chose, qu'à observer le faict des mouches à miel, pour en escrire plus seurement (Blaise de Vigenère, Traité des chiffres, 1586 - books.google.fr).

Il écrivit aussi sur le vin, et le miel. Soles était communément considérée comme la ville chypriote (Histoire naturelle de Pline, traduit par Nisard, 1851 - books.google.fr).

La supposition d'émigrations dôriennes par mer, parties du golfe Maliaque pour se rendre au promontoire nord-est du Péloponèse, est de plus appuyée par l'analogie des Dryopes ou Dryopiens. Pendant les temps historiques, ce peuple occupa plusieurs établissements détachés dans diverses parties de la Grèce, tous maritimes et quelques-uns insulaires : on le trouvait à Hermionê, à Asinê et à Eiôn, dans la péninsule Argolique (tout près des importantes villes dôriennes composant l'Amphicktyonie d'Argos), à Styra et à Karystos dans l'île d'Eubœa, dans l'île de Kythnos, et même à Kypros (Chypre). Ces colonies dispersées ne peuvent avoir été établies qu'au moyen d'expéditions par mer. Or, on nous dit que la Dryopis primitive, la contrée natale de ce peuple, comprenait et le territoire situé près de la rivière Spercheios et au nord de l'Œta, occupé dans la suite par les Maliens, aussi bien que le district voisin au sud de l'Œta, qui, plus tard, fut appelé Dôris. Les Dryopiens en furent chassés, d'après un récit, par les Dôriens, d'après un autre récit, par Hêraklês et les Maliens : quoi qu'il en soit, ce fut du golfe Maliaque qu'ils partirent sur leurs embarcations en quête de nouvelles demeures, que quelques-uns d'entre eux trouvèrent sur les promontoires de la péninsule Argolique (G. Grote, Histoire de la Gréce depuis les temps les plus reculés jusqu'a la fin de la géneration contemporaine d'Anglais, Volume 3, traduit par Alfred L. de Sodous, 1865 - books.google.fr).

Certains ont fait de la nymphe océanide Doris, fille de d'Océan et de Thétys, l'origine du nom de dorien (dorius) (Jacques Rollin, Charles-Antoine Jombert, Cl. J.B. Bauche, Novitius seu Dictionarium latino-gallicum, 1750 - books.google.fr).

Arcas, qui aime Doris dans les Eglogues, doit être François Ogier, comme l'indique M. Gauchie. Cependant Arcas qui apparaît dans l'Entretien et qui aime Arthénice, doit être identifié avec Racan ; le grand succès qu'obtinrent ses Bergeries expliquerait une allusion de Frenicle (Y. Fukui, Raffinement précieux dans la poésie française du XVIIe siècle, 1964 - books.google.fr).

Baïf rapporte quelque part un échantillon des doctes entretiens qu'il avait avec Jérôme Aléandre. Ailleurs, il cite Egnatius. Encore un savant vénitien dont il devait goûter la fréquentation : J. B. Cipelli, dit Egnazio ou Egnatius, disciple d'Ange Politien, était un ami de Budé, qui en parle souvent dans sa correspondance. Quant aux Grecs, il va sans dire qu'ils possédaient des droits tout particuliers à la faveur de Lazare. Au mois d'août 1533, Denys Zannétinos, évèque catholique grecde Zéa et Thermia, faisait copier un manuscrit théologique : Testimoniorum e S" Scriptura et SS. Patribus collectio de S. Spiritus a Pâtre et Filio processione. Il offrit ce manuscrit à Baïf avec une dédicace où il proclame la bienveillance que celui-ci prodiguait aux Grecs. Il suffisait d'être Grec pour se voir bien reçu de l'ambassadeur, qui s'enquérait avidement si le nouvel hôte n'avait pas quelque manuscrit en sa possession. Cette dédicace paraît autographe. [...] Nicolas Sophianos, d'une famille noble de Corfou, avait été un des premiers élèves du collège du Quirinal, où il avait certainement connu Baïf. Employé plus tard par Mendoza à rechercher des manuscrits dans les monastères grecs, il publia une Description ou Carte géographique de la Grèce et une Grammaire de la langue grecque vulgaire, dédiée au cardinal de Lorraine, le protecteur de Baïf. Quant à Zannétinos, son hommage n'était pas entièrement désintéressé : nous voyons ainsi en septembre suivant, Baïf, écrivant au cardinal de Lorraine, lui recommandait « ung evesque nommé Dionisio Greco », qui sollicitait « quelque provision pour vivre ». Baïf subvenait à la fois au mérite et à l'indigence : Colletet rapporte qu'on appelait son palais à Venise « le sacré temple des Muses et le favorable azile des sçavants incommodés » (Lucien Pinvert, Lazare de Baïf (1496(?)-1547), 1900 - archive.org).

Thermia, la Cythnos des anciens, appelée quelquefois par corruption Fermia et Fermina, a environ douze milles de longueur du sud au nord, sur une largeur moyenne de trois à quatre; sa circonférence est de trente milles environ, et sa surface, fort montagneuse, est entièrement composée de Roches primordiales. [...] Dans une petite plaine de la partie orientale et septentrionale de l'île, dominée par une masse d'environ quarante à cinquante pieds de puissance de ces Calcaires d'un gris bleuâtre, schisteux et en couches fort minces, on voit sortir du milieu du sol schisteux plusieurs sources chaudes ("thermai"), autrefois très-renommées, lesquelles ont valu à l'île son nom moderne: elles sont situées dans le fond du petit bassin que forme le port de Saint-Erini, éloigné de trois milles environ au nord de la ville. Ce lieu s'appelle Loutro, c'est-à-dire Bains, nom générique que l'on donne en Grèce à toutes espèces d'eaux thermales (M. Virlet, Terrains primordiaux des îles, Expédition scientifique de Morée de 1833, Tome II, 1834 - books.google.fr).

De Dryops descendent les Dryopes du Parnasse, à ce que dit Apollonios. Les Dryopes en question ("ceux qui ont un visage de chêne") furent, selon Pausanias, chassés par Héraklès du Parnasse vers l'Arcadie. Le thème de l'origine des Dryopes comme descendants de Dryops fils d'Apollon et de Dia se retrouve dans une scholie à Apollonios de Rhodes et dans l'Etymologicum Magnum. Mais l'ancienneté de la localisation des Dryopes en Arcadie n'est pas sûre. Comme le souligne M. Sakellariou, la légende ne situe pas Dryops en Arcadie même, et il est possible qu'on "ait introduit Dryops dans les généalogies des héros de l'Arcadie parce qu'on rencontrait dans les récits se rapportant aux Dryopes de Grès centrale, un Dryops, fils d'Arkas (cf. Strabon, VIII, 6,13)" (Madeleine Jost, Image de l'Arcadie au IIIe siècle avant J.-C., Mélanges Pierre Lévêque: Anthropologie et société, 1989 - books.google.fr).

Lazare de Baïf, né au Manoir des Pins, près de La Flèche en 1496 et mort à Paris en 1547, est un diplomate et humaniste français. Il a protégé le jeune Ronsard à la Cour. Son fils est le poète Jean-Antoine de Baïf. Ambassadeur à Venise et en Allemagne sous François Ier, il fut également poète, en français, et dans un latin élégant. Il a traduit Électre de Sophocle en 1537, puis Hécube également de Sophocle (fr.wikipedia.org - Lazare de Baïf).

Guillaume Colletet est un poète et essayiste français, né et mort à Paris (12 mars 1598 - 11 février 1659). Appartenant au groupe littéraire des Illustres Bergers, il fait partie des premiers membres de l'Académie française. Il eut de la réputation dans son temps, jouit de la protection de plusieurs grands personnages, entre autres de Richelieu, dont il fut quelquefois le collaborateur. On a de lui des poésies (tragédies, pastorales, etc.), parmi lesquelles on remarque le Banquet des poètes, 1646, et de nombreuses épigrammes ; des traités assez estimés sur la poésie morale, le sonnet, l'églogue, réunis sous le titre d'Art poétique, 1658 ; des traductions, entre autres, celles des Couches de la Vierge, de Jacopo Sannazaro, et de Scévole de Sainte-Marthe (fr.wikipedia.org - Guillaume Colletet).

Les deux chefs de file du groupe littéraire des Illustres Bergers sont Guillaume Colletet (Cérilas) et Nicolas Frénicle (Aminte) : tous d’eux sont d’anciens libertins, sévèrement compromis à l’occasion du procès de Théophile. Cela n’est d’ailleurs pas indifférent, car Théophile fait partie de ces figures qui, sans avoir ignoré le prestige ni les qualités de Malherbe, ont refusé toute allégeance à une poétique jugée trop contraignante. Il manifeste fièrement son indépendance. [...] A l'issue du procès de Théophile et du Parnasse satyrique, Colletet fut condamné par contumace à neuf années de bannissement, le 11 juillet 1623. Il se retira pour quelque temps à Saint-Denis, où sa famille n'était pas sans influence, avant de revenir tranquillement à Paris. [...] Comment Colletet peut-il être à la fois l’un des membres les plus doués de la petite académie de Piat-Maucors, qui se signale par des prises de position d’un purisme intransigeant, et revendiquer dans le même temps la liberté d’inspiration d’un Théophile ? Comment Frénicle, cet ancien libertin dont on peut penser qu’il n’a pas totalement renié son passé, peut-il brutalement renoncer à l’inspiration profane et consacrer exclusivement sa fin de carrière à la veine religieuse ? Peut-être appartenait-il justement à ces esprits si portés à la complexité de fédérer malherbiens et ronsardisants : le syncrétisme peut être une autre facette de cette liberté constamment revendiquée et parfois portée jusqu’à la contradiction. (Stéphane Macé, Entre polémique et vision syncrétique : les héritiers de Ronsard au cours du premier XVIIe siècle, Littératures classiques 2011/2 (N° 75) - www.cairn.info, Gilles Banderier, Note biographique sur Guillaume Colletet. In: Revue belge de philologie et d'histoire, tome 80, fasc. 3, 2002 - www.persee.fr).

Les Illustres Bergers admirent Malherbe et le vieux poète fait même une brève apparition parmi eux sous le nom de Silvan. Apollon, dans les Elégies de Frénicle, prend la forme de Malherbe pour juger un concours de poésie. Théophile, déjà, avait associé dans un de ses vers : "La douceur de Malherbe et l'ardeur de Ronsard". Colletet reprend l'expression : "Malherbe avec douceur nous flatte et nous attire, / Mais Ronsard nous transporte et nous charme le sens" (Antoine Adam, Histoire de la littérature française au XVIIe (1948), Volume 1, 1997 - books.google.fr).

Malherbe pourrait être Ménalque (Françoise Lavocat, Le temps des bergers, Tempus in fabula: topoï de la temporalité narrative dans la fiction d'Ancien Régime, 2006 - books.google.fr).

Le kéryle

Le pseudonyme de Collletet était Cérilas qui pourrait être une allusion au kerylos, oiseau mâle de l'alcyon chez les Grecs anciens.

On attribue à Sappho un mari, riche commerçant de l'île d'Andros dans les Cyclades, Kerkolas ou Kerylas (Willis Barnstone, The poetics of ecstasy: varieties of ekstasis from Sappho to Borges, 1983 - books.google.fr).

Dans la lettre de Sappho (Ovide, Héroïdes), par les mots d'une poétesse, l'imaginaire se démasque : le « saut de Leucade », comme l'envol d'Alcyone, métamorphose le désir par une magique transgression (Jean-Michel Ropars, Le saut de Leucade : une question de sens, 2013 - ch.hypotheses.org).

Alcyone sera transformé en alcyon.

Aristote ne parle du Ceryle qu'en un seul endroit, où, après avoir décrit les deux espèces d'halcyons, il dit l'halcyon & le Ceryle habitent donc auprès de la mer. Hist. Liv. VIII. ch. 3. (Histoire des animaux d'Aristote, Volume 2, traduit par Armand Gaston Camus, 1783 - books.google.fr, La Vraie Langue Celtique de l’abbé Henri Boudet : Trésors : Gincla - Babylone).

On retrouve le kéryle dans un fragment (n° 45) d'Archiloque (milieu du VIIe siècle av. J.-C.) né à Paros dans les Cyclades, d’après une scholie d’Aratos, (traduction de F. Lasserre et A. Bonnard, Les Belles lettres, 1958, p. 18) : “(…) corneille transportée (de plaisir) …telle que l’alcyon (kérylos), sur la roche du promontoire, elle battait des ailes et prenait son vol” (Jean-Michel Ropars, Le saut de Leucade : une question de sens, Mythologie grecque (o luchnos n° 136, novembre 2013, article cinq), 2013 - ch.hypotheses.org).

L’invocation à l’oiseau qui ouvre le stasimon d’Iphigénie en Tauride d'Euripide entretient, elle, une liaison encore plus étroite avec la poésie lyrique, puisqu’elle provient directement d’Alcman, le poète spartiate du VIIe av. J.-C. [...] Euripide emprunte particulièrement à Alcman le souhait de devenir céryle, le mâle qui, trop âgé pour voler, se laisse porter sur les flots par l’alcyon, la femelle. La tonalité plus mélancolique du stasimon d’Iphigénie en Tauride se fait sentir dès le début avec la comparaison que le chœur met en place : sa musique mélancolique, son « thrène » (v. 1095) s’apparente à l’élégie d’Alcyoné pleurant la mort en mer de son mari Céyx (v. 1091).

Aristophane nous semble aussi penser particulièrement à ce chant d’Iphigénie en Tauride quand, dans les Grenouilles (v. 1309), il fait commencer sa critique des parties lyriques d’Euripide par "Akuones" suivi d’une relative, même si le personnage d’Eschyle se livre à ce moment à un montage de citations dont la visée parodique est évidente. Cette poésie des oiseaux a encore été exploitée, après les poètes lyriques Alcman ou Alcée, par Aristophane dans sa pièce intitulée les Oiseaux. [...] Le sort des compagnes d’Iphigénie prêtresse d’Artémis en Tauride est nettement réglé, selon les prédictions d’Athéna (IT, vv. 1467-69) : elles doivent à leur tour regagner la Grèce (Christine Amiech, Deux chants aériens chez Euripide, 2014 - revel.unice.fr).

Encore un céryle dans l'Odyssée de Lycophron (Alexandra), dont le petit de la compagne est jeté à la mer par Amphibaios, nom de Poséidon à Cyrène (déformation ce Amphigeios ou Amphigaios ?), image d'Ulysse tombé à la mer selon une légende béotienne après que le radeau construit chez Calipsô se fut disloqué (André Hurst, Les Béotiens de Lycophron, La Béotie antique: Lyon - Saint-Étienne, 16-20 mai 1983, 1985 - books.google.fr).

L'évocation de Glaucos, qui suit immédiatement, permet d'introduire indirectement le personnage d'une autre Alcyone, homonyme de la première et grand-mère de Glaucos. Le dieu marin Glaucos passait pour être un mortel divinisé. Ce pêcheur d'Anthédon, cité de Béotie habitée ou fondée par des Thraces, aurait goûté une herbe qui rendait immortel. Glaucos aurait ainsi été le fils d'Anthas, fondateur d'Anthédon, lui-même fils de Poséidon et d'une certaine Alcyone (Pausanias) (N. Icard, Lycophron, Alexandra 738-765, 2012 - www.cn-telma.fr).

En définitive, Poseidon Hippios est le résultat d'une combinaison du dieu local Hippos avec le Poseidon chthonien importé en Arcadie par les Minyens. Un autre détail de sa légende reporte encore notre pensée vers la Béotie : c'est l'intervention, dans son cycle, de la nymphe Arné associée à Rhéa. Dans la fable mantinéenne, Arné joue indirectement le rôle de nourrice du jeune dieu cheval. Comme personnage mythologique, Arné, fille d'Eolos, appartient au cycle des AEoliens de Béotie, originaires, disait-on, de Thessalie. C'est une héroïne posidonienne ; de ses amours avec Poseidon naît le héros Bœotos. Elle donne son nom à la ville thessalienne d'Arné, plus tard Kiérion. Dans le bassin du Copais, elle reparait, comme éponyme d'Arné, appelée auparavant Sinoessa, ensuite Chéronée. [...] Le Posoidan minyen descend d'Arcadie jusqu'au Ténare. Il passe aussi à Cyrène (Schol. Pind. Pyth. IV, I) où il a pu être importé soit par les Minyens de Thôras (Hérod. IV, 146), soit par le Mantinéen Démonax avec Zeus Lykaios (Hérod. IV, 203. — Millier. Nuinism. de l'Afr. ancienne. I, 07. — Studniczka. Kyrene, p. 15). (Gustave, Fougères, Mantinée et l'arcadie orientale, 1898 - digi.ub.uni-heidelberg.de).

Eucolie chez Jean de la Pierre

Les Erinyes sont identifiées aux malédictions mêmes, aux "arai". Dans les Euménides d'Eschyle, après leur défaite et l'acquittement d'Oreste, les Erinyes s'apprêtent à faire sentir à Athènes le poids de leur courroux, ce que craint la déesse Athéna. [...] Cette identification de l'Érinys à la malédiction se retrouve dans les Sept, où Étéocle, au vers 70, prie «Malédiction, puissante Érinys d'un père». Elle se marque même, dans cette tragédie, par toute une série de formules. On dit en effet indifféremment, dans les Sept, que «les imprécations d'un père s'accomplissent» (v. 655) ou que «l'Érinys appelée par les vœux d'un père accomplit les imprécations courroucées d'Œdipe en démence» (Suzanne Saïd, Concorde et civilisation dans les Euménides, Théâtre et Spectacles dans l'antiquité: actes du Colloque de Strabourg, 5-7 de novembre, 1981, 1983 - books.google.fr).

Comme est une "ara" la malédiction du Jugement de Mantinée commencée par le terme "euchola" (Laurent Dubois, Recherches sur le dilecte arcadien, 1988 - books.google.fr).

Les malédictions entrent dans la catégories des voeux.

Car la promesse et le vœu n'ont même pas besoin du gage ; qu'il s'agisse du vœu-promesse (une fière chandelle) ou du vœu-menace (la grève de la faim), du vœu-malédiction (les Décius, le hara-kiri) ou du vœu-consécration (vœux monastiques, serment d'Hippocrate), l'objet symbolique n'est pas nécessaire, la formule suffit. L'ex-voto délie, si le gage lie. Le serment, où l'invocation de témoins sacrés et l'appel à des sanctions épouvantables viennent compléter la promesse, est déjà une forme plus complexe. Celui qui voue ou qui se voue n'a pas besoin d'être cru ; il croit en lui-même et c'est assez. Celui qui jure cherche des répondants, des témoins et des juges ; il a déjà le souci du contrat. Le gage est si l'on veut la forme tangible de cette auto-malédiction. « Si j'y manque, que la foudre m'écrase » a comme parallèle : « Voici mon fils en otage » (Jacques Olivier Grandjouan, L'Astragale et le pari, 1969 - books.google.fr).

Alors que la bataille de Sentinum (-294) semblait perdue, moitié par politique, moitié par superstition, le consul Décius résolut d’imiter la mort de son père (bataille de Trifanum ou bataille de Suessa, -339). Il appela le grand prêtre, Marcus Livius, et, s’appuyant sur sa javeline, il prononça la même formule de consécration personnelle, et puis il se jeta, seul et sans armes, au milieu des ennemis, au milieu desquels il tomba bientôt, accablé de coups. Le prêtre, qui était aussi un bon soldat, cria aux troupes que leur victoire était maintenant assurée, et pleins de confiance dans ses paroles, ils se laissèrent ramener à la charge et mirent les Gaulois en déroute. Ce fut le dernier acte de dévouement de ce genre ; les Romains devinrent plus savants et plus philosophiques, peut-être aussi plus raisonnables ; et cependant [...] on a le sentiment d’une décadence lorsque, deux cents ans après, Cicéron ne sait pas qui sont les « neuf dieux » de Decius, et qu’il regarde leur sacrifice comme « un acte héroïque à la vérité, mais indigne d’hommes intelligents » (Charlotte Mary Yonge, Le dévouement des Decius, Le livre d’or des bonnes actions - www.biblisem.net).

A l'euchola du Jugement de Mantinée pourrait répondre l'Eucolie, déesse des voeux du Grand empire de l’un et l’autre monde (pp. 233-250) de Jean de la Pierre publiée alors que se créait le groupe des Illustres Bergers. L'auteur parle d'ailleurs (pp. 443-444) de l'alcyon mâle et femelle comme symbole de la fidélité dans le mariage (Jean de La Pierre, Le Grand Empire de l'un et l'autre monde divisé en trois royaumes, 1625 - books.google.fr).

Eucolie, fille de Jupiter, chassée de la Terre par les hommes qui n'obtenaient rien des Dieux avec leurs prières et députée auprès de ceux-ci, se plaint à son père qui veut punir les hommes. Il envoie Thémis, déesse de la Justice enquêter. Mais sa fille penche vers la miséricorde.

Eucholie est une vierge, comme Minerve et Diane, possédant un carquois, comme Diane, et trois flèches, d'or, d'argent et de plomb.

Les Frères Arvales organisaient deux sortes de cérémonies: le premier type englobait des voeux émis chaque trois janvier (voeux ou vota habituels ou réguliers, destinés à protéger la personne de l'empereur) et des voeux extraordinaires, à divers moments de l'année, selon les événements. Le second type comprenait des sacrifices offerts pour commémorer diverses circonstances essentielles touchant le prince, ou pour marquer les jours de fête liés au culte des diui. Ils apportaient aussi leur contribution au culte impérial.

Il est plausible qu'au moment où ils étaient formulés devant la statue de Minerve, des vœux et des prières aient été accompagnés, précédés ou suivis par des dons en numéraire. De même, il est possible que ces dons, parfois aient coïncidé avec des sacrifices sanglants exécutés pour remercier la déesse de son appui (Ginette Dubosc, Recherches sur les empereurs romains et la déesse Minerve: de Tibère à Antonin Le Pieux, 2004 - books.google.fr, Ginette Dubosc, Minerve et l'argent, Sertorius, Libanios, iconographie, Volume 60 de Pallas, 2002 - books.google.fr).

Dans Le grand empire de l’un et l’autre monde de Jean de la Pierre (1625) est une allégorie avec des accents millénaristes, nous pouvons observer la présence de moyens utilisés pour critiquer une société qui a perdu ses valeurs (principalement chrétiennes) et qui semble hausser les vices au rang des qualités humaines : Des territoires imaginaires (dans Le grand empire de l’un et l’autre monde, un royaume allégorique qui souhaite la reconnaissance des dieux), soulignent en même temps, ironiquement, les similarités entre le monde réel et celui décrit dans le texte. L’œuvre de Jean de la Pierre contient des références livresques manifestes pour un lecteur de Lucien. Le prétexte de Jean de la Pierre est similaire à celui de Dialogues des dieux : une réunion des dieux, entre lesquels Momus, le dieu de la raillerie, « le grand bouffon des Dieux », joue un rôle important, à l’occasion de laquelle on institue l’existence d’un royaume allégorique des aveugles. De plus, le texte continue avec une descente en enfer, ce qui offre l’occasion d’une ironie, dans le style de Lucien, avec des références livresques aux figures mythologiques classiques, de la vanité du monde, sous la forme de sa prétendue science, avant de passer à une critique de la fausse politique et de la fausse morale. La démarche de Jean de la Pierre est didactique : la satire est typologique, comme il avertit le lecteur dans la préface : « Je t’ay mis devant les yeux diverses sortes d’aveugles, pour t’exercer à trouver quelque nouveau secret de guarison, et de plus encore, je te propose diverses vices, tayes & mailles en l’œil, pour voir si tu en és aucunement atteint, & en descouvrir les causes diverses ». Comme dans le cas d’Artus Thomas ou Joseph Hall, les catégories des vices ont la primauté sur les défauts individuels. La situation de ces auteurs est d’autant plus intéressante que le recours à Lucien, là où on peut le deviner, les place dans la catégorie de ces « lecteurs innocents » mentionnés par Christiane Lauvergnat-Gagnière dans Lucien de Samosate et le lucianisme en France au XVIe siècle, qui utilisent une série des images et thèmes devenus déjà des lieux communs à l’époque, sans entrer dans le rôle que le satiriste jouait dans les polémiques religieuses du XVIe siècle ; au contraire, les stratégies lucianesques sont adaptées au début du XVIIe siècle aux demandes de la satire, ayant une orientation politique et morale. [...] La stratégie narrative utilisée par Jean de la Pierre est, comme nous l’avons remarqué, plus proche des textes de Lucien : au lieu d’un voyage imaginaire, on présente une allégorie des trois royaumes : celui des aveugles, celui des borgnes et celui des clairvoyants, souvent interrompue par des excursus mythologiques et des interventions rhétorique, et que l’auteur accompagne d’une explication liminaire : « Ces trois royaumes, vous feront voir les trois estats & ordres des hommes, ces aveugles sont les amants, infortunez & desastreux de ce monde: ces borgnes & chassieux, sont les mauvais politiques: les clair-voyants sont les belles & grands ames choisiez ». Mais ce texte est aussi celui qui contient les invectives les plus transparentes contre des adversaires, nommés par le qualificatif très vague de « mauvais politiques », et qui sont coupables d’avoir essayé de proposer des solutions utopiques pour réformer l’État : « ainsi en font ceux qui se forgent un Estat abstraict, comme des idées de Platon, & au lieu d’appliquer le remede aux membres malades en particulier; ils l’appliquent à une abstraction Metaphysique, qui est justement l’eschelette de ce fol ». À qui s’en prend ici Jean de la Pierre ? Il est difficile de savoir avec précision, mais la cible pourraient être les textes utopiques produites par des auteurs protestants, tels Louis Turquet de Mayerne, avec sa Monarchie aristo-démocratique (1611), ou l’auteur inconnu de L’Histoire du grand et admirable royaume d’Antangil (1616). De plus, de la Pierre utilise le cynisme de Lucien pour discréditer l’idée de projet utopique en soi, à côté d’autres abstractions métaphysiques, dans un fragment où il utilise le motif ubi sunt pour présenter l’image des philosophes païens qui se trouvent dans l’enfer et qui sont soumis au supplice d’être accusés sans cesse de l’immatérialité de leurs conceptions (« ils sont tous couverts de confusion, on s’en rit, on s’en moque, c’est le joüet & passe-temmps de ces esprits folets, & lutins, l’un se gaussant de Platon, luy demande, ou est la belle republique de papier » (Radu Toderici, Satire et anti-utopie au début du XVIIe siècle, 2011 - phantasma.lett.ubbcluj.ro, Corin Braga, La censure idéologique chrétienne de l'imaginaire utopique, 2009 - www.metabasis.it).

Les [grandes] Quinquatries du 19 mars, célébrées en l'honneur de Minerve, étaient la fête des artisans parmi lesquels on rangeait les maîtres d'école. Ils chômaient ce jour-là et recevaient de leurs élèves un Minerval défini par saint Jérôme, in Eph., VI, 4 = PL, XXVI, col. 540 : munus [quod] grammaticus et oralor aut in sumptos domesticos, aul in templi stipes, aut in sordida scorta conuertit (Symnaque, Arts rhétoriques: Livre II, le discours simple, Livre 2 ;Livres 5 à 8, 2003 - books.google.fr).

Les Petites quinquatries, Autre fête de Minerve, étaient célébrées aux ides de juin (Complément du dictionnaire de l'Académie Française, 2, 1847 - books.google.fr).

Il faut compter à côté du salaire fixe un casuel formé des présents d'usage à certains jours de fête, aux Quinquatries (minervale munus), aux Saturnales (sportula saturnalicia), au jour de l'an (strena calendaria), etc. (Adrien Asselineau, Droit romain: étude sur la condition des gens de lettres et des artistes à Rome, 1896 - books.google.fr).

Les Sept contre Thèbes est une tragédie grecque d'Eschyle qui raconte la guerre des sept chefs, expédition qui trouve son origine dans la lutte qui oppose Étéocle et Polynice, les frères d'Antigone, après la mort de leur père, Œdipe, pour la possession du royaume de Thèbes. En effet, les deux frères s'étaient mis d'accord pour occuper à tour de rôle le trône, mais Étéocle, son tour fini, avait refusé de laisser sa place (fr.wikipedia.org - Les Sept contre Thèbes).

Polynice décida de se retirer à Argos en emportant le chiton et le collier d'Harmonie et de laisser ainsi le trône à Étéocle en échange de ces objets (le collier avait été donné à Harmonie par Aphrodite, le chiton par Athéna) ; il en fit présent par la suite à Argéia, la fille d'Adraste, roi d'Argos (Euripide, Les Phéniciennes) (Francis Vian, Les origines de Thébes: Cadmos et les Spartes, Numéro 48, 1963 - books.google.fr).

Athéna avait déjà joué un grand rôle dans la fondation de Thèbes.

Cadmus, qui n'avait aucune nouvelle de sa soeur Europe enlevée par Zeus, reçut de l'oracle de Delphes l'ordre de cesser ses recherches et de bâtir une ville à l'endroit où s'arrêterait une vache qu'il devait rencontrer. Dans les pays des Phocéens, il trouva, en effet, ou acheta, suivant d'autres, une vache du troupeau de Pélagon et la suivit en Béotie : elle s'arrêta à l'endroit où plus tard s'éleva la ville de Thèbes. Avant de la sacrifier à Pallas, ou à Gaïa, ou à Zeus (Ovide), il envoya ses compagnons Sériphe Déiléon puiser de l'eau dans un bois consacré à Arès; mais un dragon, fils d'Arès et d'Aphrodite, les dévora. Cadmus tua le monstre d'un coup de pierre (Hyginus), ou d'un coup d'épée (Phérécyde), et en sema les dents, par le conseil d'Athéna. D'après Stésichore, ce fut Athéna elle-même qui sema les dents; il en sortit des hommes armés nommés Spartes (= semés), qui assaillirent d'abord Cadmus, mais bientôt s'entretuèrent, croyant que la pierre que leur avait jeté Cadmus venait de l'un d'eux, à l'exception de cinq, qui l'aidèrent à bâtir sa ville. Cadmus expia le meurtre du dragon en servant Arès pendant huit ans. Ce temps expiré, il reçut d'Athéna la royauté de Thèbes, et épousa Harmonie, fille d'Arès, qui lui fut fiancée par Zeus. Tous les dieux assistèrent à la noce qui eut lieu à Thèbes, et firent divers présents aux nouveaux époux. Cadmus remit à Harmonie un vêtement qu'il avait reçu d'Athéna et le fatal collier, si célèbre dans les légendes thébaines, présent d'Héphaistos, d'Aphrodite ou d'Europe (Cadmos - www.cosmovisions.com).

Polynice arrive avec une armée argienne pour reprendre le trône à son frère Étéocle. Polynice est accompagné de Tydée, favori d'Athéna.

On peut reconnaître dans le Polymice de Jean de la Pierre le Polynice troyen qui comme lui fait voeu de tuer son frère germain Etéocle.

"Octroyez moy de tuer mon frere, & que ma partie aduerse & contraire ensanglante mon bras victorieux de sa mort, je demande la palme toute infame, que de tuer mon frère Germain."

En effet le vers grec donné dans Le grand monde est tiré des Phéniciennes d'Euripide (Evripidis Tragoediae, Volume 1, édité par August Matthiae, 1819 - books.google.fr).

Selon Pausanias (II,25,1), sur le chemin d'Argos à Mantinée, on voyoit un temple [double] qui avoit une porte au levant & l'autre au couchant. Du côte du levant étoit une statue en bois de Vénus, & du côté du couchant, celle de Mars. On croyoit que c'étoit des offrandes de Polynice & des Argiens, dont ces divinités avoient embrassé la cause; ce qui, suivant les marbres de Paros, feroit remonter l'àge de ces statues à 1251 ans avant notre ère (Encyclopédie méthodique: ou par ordre de matières, Volume 60, Panckoucke, 1791 - books.google.fr).

Les flèches d'Eucolie

Il vint aussi des extrémités de l'Asie dans la Grèce et dans l'Italie, cet Abaris, hyperboréen ou scythe, doté par le Dieu Apollon qu'il adorait d'une flèche à l'aide de laquelle il parcourait l'univers. On a dit jadis poétiquement, et Suidas et Iatubique ont répété, que, grâce à ce don précieux, Abaris traversait les airs. On a prisa la rigueur cette expression figurée. Mais le même Iambique raconte immédiatement après, que « Pythagore déroba à Abaris la flèche d'or avec laquelle il se dirigeait dans sa route (qua se gubernabat)... que, lui ayani ainsi ravi et caché la flèche d'or sans laquelle il pouvait discerner le chemin qu'il devait suivre,Pythagore le força à lui eu découvrir la nature.» A la prétendue flèche, substituons une aiguille magnétique de même forme, d'une grande dimension, et qu'on a dorée pour la préserver de la rouille : au lieu d'une fable absurde, le récit d'Iamblique contient un fait vrai, raconté par un homme qui n'en pénètre point lu mystère scientifique (Jacques Rémi, A. Texier, Dictionnaire d'orfèvrerie, de gravure et de ciselure chrétiennes, Volume 4, 1857 - books.google.fr).

Si la flèche d'or vient d'Apollon frère d'Artémis, Abaris est aussi lié avec Athéna dont il fit le palladium donné au Troyens. Mais on dit qu'il y a eu plusieurs Abaris.

Il faut fixer son existence avant la guerre de Troie, si, d'après Firmicus Maternus, il avait fabriqué le palladium des os de Pélops, représentation de la déesse Athéna. Porphyre et Jamblique le font contemporain de Pythagore (Revue des questions historiques, Volume 21, 1877 - books.google.fr).

C'est sur les raisons profondes de la rupture de la trêve qu'Homère parvient au résultat le plus surprenant. La traîtrise des Troyens est manifeste et elle paraît sans excuse. Pandare a violé le pacte pour le compte d'Alexandre, vaincu par Ménélas et Zeus punira les parjures, collectivement responsables. C'est du moins ce qui ressort des discours des Achéens. Mais Homère modifie complètement le thème, en faisant précéder l'incident d'une délibération chez les dieux. Agamemnon vient de tirer la conclusion du combat : il réclame Hélène, ses trésors et une indemnité convenable, puisque Ménélas est vainqueur. Les Troyens n'ont le temps ni d'accepter ni de refuser, mais leur intention ne fait pas de doute : ils sont décidés à rendre Hélène. Zeus, garant des serments, propose alors aux dieux de laisser la paix s'installer entre les deux peuples. Héré s'oppose violemment à cette solution, pourtant conforme au pacte, et fait apparaître clairement que la restitution d'Hélène lui importe moins que la destruction de Troie. C'est donc pour réveiller la guerre et assurer la ruine d'Ilios qu'Athéné est envoyée parmi les Troyens, afin de les inciter à rompre la trêve. On ne saurait mieux dire que les Troyens sont les victimes d'une provocation machinée par une déesse acharnée à leur perte. Il est vrai que la responsabilité de Pandare demeure entière, car Athéné n'a tenté qu'un héros capable de prêter l'oreille à pareille félonie. "Ainsi c'est l'ambition qui décide Pandare, et, dirions-nous, un appétit d'avancement... Mais la force avec laquelle un sentiment aussi déraisonnable entraîne l'âme et commande les gestes, voilà qui, selon Homère, serait impossible sans Athéna. Les Troyens sont conscients de la traîtrise de Pandare : c'est l'un d'entre eux qui a le courage de le reconnaître, en pleine assemblée : Anténor n'attend rien de bon "d'un combat engagé de la sorte". Est-ce parce que le poète est honteux de voir chez un héros une telle forfaiture, comme le pense G. Murray, qu'il en fait reposer le faute sur une divinité ? Nous ne le croyons pas, car l'intervention d'Athéné a d'abord comme résultat de libérer l'ensemble des Troyens de leur culpabilité pour la reporter sur un individu isolé parmi eux. Pandare est un héros de second plan, un homme des marches orientales, qui expie immédiatement son crime sous les coups de Diomède, au chant V 72 ; avec lui s'éteint toute faute (Michel Woronoff, Folie de princes et génocide troyen, Mélanges Pierre Lévêque, Volume 8, 1994 - books.google.fr).

Pandare est riche comme Déméter et attiré par la richesse. Il est aussi archer. L'arc de Pandare est un don d'Apollon, le dieu à l'arc d'argent, mais il en fabrique aussi (Dictionnaire des Troyens de l'Iliade, Tome II, Droz, 1988 - books.google.fr).

Pandare aura tout naturellement une âme ouverte aux paroles qu'Athéna lui glissera à l'oreille : « Veux-tu m'en croire, sage fils de Lycaon ? Aurais-tu l'audace de lancer un trait aigu contre Ménélas ? Tu acquerrais ainsi la reconnaissance et la gloire auprès de tous les Troyens et surtout auprès du roi Paris. De lui surtout tu recevrais de brillants présents, s'il peut voir le preux Ménélas, fils d'Atrée, dompté par ta flèche et monté au bûcher funèbre. Allons, va, tire donc sur l'illustre Ménélas... » (Georges Méautis, Mythes inconnus de la Grèce antique, 1944 - books.google.fr).

Avant que d'être tué par Diomède, Pandare le blessa de sa lance, ce qui le rendit furieux (hubris).

Lors du siège de Troie, le Palladium devient un enjeu majeur : en effet Hélénos, capturé par Ulysse, révèle que Troie ne tomberait pas tant qu'il abriterait la statue. Dans la tradition grecque, le palladium est dérobé par Ulysse et Diomède qui la ramènent au navire. Selon la tradition romaine, elle est emportée par Énée en Italie et sera placée plus tard dans le temple de Vesta, à Rome (fr.wikipedia.org - Palladium (mythologie)).

Lors de la dixième année de la guerre, Glaucos rencontre sur le champ de bataille Diomède. Interpellé par le héros grec, Glaucos se met en devoir de narrer son ascendance : il est le petit-fils de Bellérophon, lui-même petit-fils de Sisyphe, et donc descendant d'Éole. Diomède se reconnaît alors lié à Glaucos par les lois de l'hospitalité : son propre grand-père, Œnée, roi de Calydon, a accueilli Bellérophon dans son palais. Les deux guerriers cessent alors le combat et échangent leurs armes en signe d'amitié. Homère remarque à cet endroit que « Zeus, fils de Cronos, ravit aussi à Glaucos sa raison, puisqu'en troquant ses armes avec Diomède, le fils de Tydée, il lui donne de l'or en échange de bronze – la valeur de cent bœufs contre celle de neuf !» (fr.wikipedia.org - Glaucos fils d'Hippoloque).

Dans sa 19ème lettre à Hécébole, l'empereur Julien dit que les armes de Diomède qu'il échangea étaient d'argent. Dans celle à Thémistius il revient à la version d'Homère (Julien, Oeuvres complètes, Volume 3, traduit par René Tourlet, 1821 - books.google.fr).

Selon le conseil du devin Polyeidès, devin qui ressuscita Glaucus, fils de Minos, Bellérophon s'était endormi dans le sanctuaire d'Athéna Chalinitis : réveillé, il trouva près de lui le mors que lui avait donné la déesse. [...] Athéna elle-même apparait en lutte contre la Chimère sur un œnochoé à figures rouges (Revue archéologique, Ernest Leroux, 1985 - books.google.fr).

De même, Bellérophon, le pompier volant, aux commandes de son Canadair Pégase, vient à bout de l'embrasement volcanique non pas avec de l'eau, mais avec du plomb. Si certaines sources prétendent que Bellérophon tue Chimère avec une arme quelconque, arc selon le Pseudo-Apollodore (katetoxeuse, Bibliotheca), lance selon Athénée (eisèkontikôs, Déipnosophistes), d'autres sources, comme Eustathe, conscientes que des traits – qu'il s'agisse de flèches ou d'une lance – sont impuissants contre un incendie, imaginent que que Bellérophon recourt à un procédé autrement sophistiqué et remporte la victoire "au moyen de plomb versé dans la gueule de Chimère [...] plomb qui, fondu par le feu, la tua" ou, en d'autres termes " Bellérophon s'élevant dans les airs grâce à Pégase jeta dans la gueule de Chimère du plomb qui en fondant la fit périr" (Eric Foulon, Le volcan Chimère, Connaissance et représentations des volcans dans l'antiquité: actes du Colloque de Clermont-Ferrand, Université Blaise-Pascal, Centre de recherche sur les civilisations antiques, 19-20 septembre 2002, 2004 - books.google.fr).

Les modernes interprètent quelques fois en imaginant des flèches plombées, ce qui a pu passer par la tête des anciens.

Eustathe de Thessalonique, érudit et ecclésiastique byzantin du XIIe siècle, ne dit pas avec quel outil il place le plomb dans la gueule de la Chimère. Théopompe (IVème siècle avant machin) dans ses Philippiques dit que c'est avec une lance qu'il le fit. Pindare ne parle que de pluie de flèches (François-Anne David, Antonio Francesco Gori, François-Valentin Mulot, Le Museum de Florence: Pierres antiques, Volumes 7 à 8, 1801 - books.google.fr).

La Chimère est un monstre diabolique à tête de lion, corps de chèvre et queue de dragon, hérité de l'imagerie byzantine ; il lui arrive de de cracher des flammes, ce qui souligne son appartenance à la grande famille des dragons. Dans la mythologie grecque, elle dévore les humains qu'elle croise jusqu'à ce que Bellérophon, précurseur des archanges tueurs de dragons, monté sur le cheval ailé Pégase, la tue en usant d'un stratagème : comme il ne peut l'aborder avec une lance, à cause des flammes qu'elle crache, il la transperce de flèches de plomb ; le métal au contact de sa chair enflammée, fond en elle et la consume à mort (Pierre Ripert, Le bestiaire des Cathédrales, 2004 - books.google.fr).

Eros est né au commencement des Temps et aurait assuré l'union des éléments primordiaux. Sa naissance précéda celle d'Aphrodite. On le représentait comme un enfant ailé portant un carquois plein de flèches. En fait, il y avait plusieurs Amours, les Erotes, car les passions sont infinies. D'où le mythe selon lequel les flèches à pointe d'or inspiraient un désir passionné et celles à pointe de plomb qui Eros bandant son arc détournaient les personnes de ceux qui tombaient amoureux d'elles. Eros pouvait ainsi inspirer l'Amour ou le décevoir (Dimitri Makariyannis, La Grèce pour tous, 2001 - books.google.fr).

Carrière d'Eucolie

La déesse des voeux Eucolie fait une apparition dans La Vallée de Tempé de Claude-Henri Watelet (1718 - 1786), peintre, aquafortiste, collectionneur, critique d'art, poète didactique et auteur dramatique, publiée en 1747 et peuplée de bergers (Claude Henri Watelet, La vallée de Tempé, 1747 - books.google.fr).

Proche de Rousseau dont il cultive l'amitié, Watelet est aussi très lié avec le poète zurichois Salomon Gessner. Moins connu que Rousseau, celui-ci participe pourtant activement au renouvellement du sentiment du paysage au XVIIIe siècle : ses poèmes développent l'idée d'un retour nostalgique à l'âge d'or et construisent l'image de la Suisse comme refuge de l'innocence et de la nature. Or, Watelet joue un rôle important dans l'introduction en France des oeuvres du poète. Ses Idylles et poèmes champêtres évoquent une Arcadie peuplée de bergères aux noms grecs et parviennent en France par l'intermédiaire de Jean-Georges Wille. Elles commencent à être traduites dès 1762. La réputation de Gessner se développe alors en France grâce aux soins de Diderot, Grimm et Turgot : une copie manuscrite de ses Idylles est envoyée à Rousseau, et des artistes comme Vernet et Watelet lui rendent visite à Zurich. Une vraie similitude peut être observée entre les trajectoires artistiques et littéraires de Gessner et de Watelet. Dans sa jeunesse, Watelet écrit plusieurs pastorales, jouées en société et parfois publiées : en 1742, il publie une pastorale, qui met en scène une jeune bergère et en 1747, il publie La Vallée de Tempé, « séjour de délices et de tranquillité » qui s'inscrit dans la tradition des « Pastorales et Bergeries ». Milon, intermède pastoral, en un acte, en vers est directement inspiré des œuvres de Gessner : « Cet Intermède, qui forme un petite pièce pastorale à deux acteurs, doit tout ce qu'il peut avoir d'agréable à une Idylle charmante de Gessner. » Puis Watelet participe plus activement à l'introduction des œuvres du poète : les Idylles et poèmes champêtres traduits par Huber sont ornés de vignettes gravées en 1760 par Watlet d'après Poussin et Pierre (Charlotte Guichard, Les Amateurs d'art à Paris au XVIIIe siècle, 2008 - books.google.fr).

Le petit roman intitulé Sylvie de Watelet, basé sur l'Aminte (pseudonyme de Nicolas Frenicle dans les Illustres Bergers) du Tasse qui se passe dans les environs de Ferrare, est écrit en prose poétique. Watelet corse son récit d'éléments empruntés au poètes latins, au Temple de Gnide et au Temple de l'Amour : "Il étoit l'heure où tout repose, jusqu'aux amans malheureux, lorsque dans un Hameau de l'Arcadie, la Bergere Silvie s'éveilla." (University of Oregon Monographs: Studies in literature and philology, Numéros 1 à 4, 1939 - books.google.fr, Claude Henri Watelet, Silvie, 1743 - books.google.fr).

Avant Jean de la Pierre, Natale Conti mentionne comme surnom de Dèméter (Cérès) "Euchola bene virens" (bien verdissante) ; Mais c'est Erinnys qui écoute ou exauce les prières (Natale Conti, Mythologia, Sive Explicationes fabularum, 1582 - books.google.fr).

Démèter aurait pu être la déesse Eucolie si elle avait été fille de Zeus et non de Chronos. De plus elle n'est pas réputée déesse vierge comme Hestia, Athéna ou Artémis.

Mais déjà chez Pindare, dans le fragment 122.20, préservé dans les Deipnosophistai d'Athénée, écrit vers 200, "euchôla" (avec un oméga et non un omicron) signifie "prière" (Anne Pippin Burnett, Servants of Peitho: Pindar fr.122 S., 2011, William J. Slater, Lexicon to Pindar, 1969, www.hellenicgods.org - Prayer in hellenismos).