partie ix - synthèse   Chapitre LVIII - Autour de Rennes   PSPRAECUM ou PS PRAECUM : le petit frère des pieuvres   
PS PRAECUM PSPRAECUM

PS PRAECUM : du latin de Rennes-le-Château

PS ou Psautier

"Ps" est une abréviation de "Psaume" mais aussi une abréviation moderne de "Psautier" qui se note en latin "Psalterium". Chez les troubadours "Psaut." est l'abréviation de "Psautier", mais de nos jours par exemple "Ps. Sin." désigne le Psautier du Sinaï.

Aussi on trouve l'expression "Psalterium precum" (precum pour praecum) dans divers ouvrages de religion. Dans le recueil de bulles du pape Clément XII (pape de 1730 à 1740) on trouve parmi les textes régissant la vie de l'ordre de saint Antoine au Liban l'anotation suivante : "Confirmantur Regulae & Constitutiones Congregationis Montis Libani Monachorum, Syrorum Maronitarum Ordinis Sancti Antonii Abbatis 8. Audita morte Summi Romani Pontificis, vel Reverendissimi Domini Patriarchae nostri, fiant exequiae solemnes in singulis Monasteriis, & unusquisque Sacerdos dicat unam Missam, & non Sacerdos centum quinquaginta Pater Noster & Ave Maria, quod est integrum Psalterium precum. Idem fiat pro Episcopo in Monasteriis, quae in ejus Dioecesi sunt, & pro Benefactoribus insignibus in Monasterio, cui benefecerunt.[...] 10. Bis in anno fiat commemoratio pro omnibus Monachis defunctis nostri Ordinis; Bis quoque pro parentibus, affinibus, & amicis Monachorum, & pro omnibus, qui in Cœmeteriis nostri Ordinis sepulti sunt : Et bis pro Benefactoribus, & pro illis, qui literas Frarernitatis Ordinis nostri habuerunt ; Semel scilicet mense Novembri, & semel ante initium jejunii Quadragesimalis. In utraque commemoratione dicatur in unoquoque Monasterio Missa solemnis, & quilibet Sacerdos dicat unam Missam, & non Sacerdos Psalterium precum" (Bullarium romanum, CAP. XII., De Monachis infirmis & decedentibus, 1738).

Centum quinquaginta Pater Noster & Ave Maria constituent le psautier qui a donné naissance au Rosaire (Autour de Rennes-le-Château : Dévotion du scapulaire et du rosaire, Autour de Rennes-le-Château : Croix d'Huriel et rosaire).

Ces constitutions recoupent l'évolution des règles monastiques au temps de la Réforme. Cette interdiction des obits particuliers ou la suppression de de leur perpétuité ne résultent pas de la dilution de la solidarité des vivants et des morts mais du risque qu'elle fait courir à la vie monastique, en réduisant le moine au rôle de sacrificateur particulier. La messe doit être communautaire pour ses hommes qui ont le sens de l'Église et du collectif. L'intercession est faite par tous les moines pour tous les humains et les intentions particulières sont réservées aux coreligionnaires trépassés et les familiers : pour chaque moine défunt, les prêtres diront trois messes, les non-prêtres un psautier et les convers cent pater. Pour les parents, ou les bienfaiteurs, des services seront célébrés aux Quatre-temps. Bref, la prière pour les défunts, et surtout pour les laïcs, ne doit plus encombrer la liturgie (Jean-Marie Le Gall, Les moines au temps des réformes : France, 1480-1560, 2001).

Le Psautier distribué selon l'ordre des heures canoniales, pour estre recité chaque semaine. Avec les oraisons de l'Eglise, pour les dimanches & les grandes festes, & les hymnes en vers françois - A Cologne, par Pierre Laville. M.DC.LXXXIV. est une traduction de l'hébreu du port-royaliste Antoine Le Maistre (1608-1658), frère de Isaac Lemaistre de Sacy (1613-1684). D'après G. Brunet, Imprimeurs imaginaires..., 1866, Pierre Laville est un imprimeur fictif (catalogue.bnf.fr - Antoine Le Maistre).

D'Antoine Le Maistre sont aussi publiés des Pseaumes de David (sic : Le XVIIème siècle ne connaît que la graphie « pseaume » et « pseautier » (Revue des sciences philosophiques et théologiques, Volume 68, 1984)), de la Vulgate et d'une traduction d'après l'hébreu à l'effigie de David en frontispice gravée par Nicolas Pitau d'après Jean-Baptiste de Champaigne.

Blaise de Vigenère, «disciple esleu» de Le Fèvre [de la Boderie], présente le Psautier de David comme une encyclopédie religieuse et profane: condensant l'enseignement des deux Testaments, mais aussi une doctrine scientifique, économique, politique et et morale, « c'est une vraye librairie spirituelle, suffisante pour instruire en toutes les occasions qui se sçauroient presenter, toutes manieres de personnes» («epistre au Roy» in Le Psaultier de David torné en prose mesurée ou vers libres (strophes non rimées)(1588)) (Bruno Méniel, Renaissance de l'épopée: la poésie épique en France de 1572 à 1623, 2004).

La version de Vigenère s'inscrit dans une stratégie de reconquête catholique du psautier déjà entreprise par Baïf et Desportes.

Le Psautier de David, traduit par Vigenère comporte sur le titre une vignette ovale insérée dans un cadre, signée De Leu, représentant l'ange apparaissant à David ; cette vignette était adaptée de la figure de David pénitent [ange tenant un crâne] attribuée à Abraham de Bruyn, qui ouvre la traduction des Psaumes. Etrangement d'autres vignettes représentent les signes du Zodiaque (Jean Balsamo et Michel Simonin. "Abel L’Angelier et Françoise de Louvain (1574-1620) suivi du Catalogue des ouvrages publiés par Abel Langelier (1574-1610) et la veuve L’Angelier (1610-1620)", Genève, 2002).

 

www.pitts.emory.edu - Le Psauter de David de Blaise de Vigenère

Le code de Vigenère intervient dans le décryptage de la stèle de Marie de Nègre et du grand parchemin. PS PRAECUM aussi (reinedumidi.com - Code 1).

Joachim de Flore écrivit un Psalterium decem cordarum, où il utilise la lettre grecque du petit oméga pour mettre en meilleure lumière les courbes convergentes figurant la mission finale de l'Esprit qui procède du Père et du Fils, et seule assure leur totale unité (Les ratés du Saint Esprit).

Le psaume LXVIII ou 68 (Vulgate et 69 actuel) d'où est tirée l'expression "Retire moi de la boue" fait partie naturellement du psautier (Autour de Rennes-le-Château : Retire moi de la boue ou la Couronne boréale).

Le psalterium, en latin, c'est aussi le psalterion, un instrument de musique. Psalterion (du grec psaltêrion , « harpe ») est un terme qui désigne, dans la Vulgate, indifféremment les instruments à cordes destinés à jouer les psaumes (psalmos, psalmus) Le psaltérion aurait une origine très ancienne qui a été attribuée au roi David. Dans les enluminures, à travers le Moyen Age, le Roi David est représenté jouant de divers instruments, selon la période, il joue de la lyre, du psaltérion ou de la harpe, voir de la vièle à archet (apemutam.free.fr - Psalterion, www.margotton-lutherie.com - Lyre de David).

Psautier Bénédictin, St Remy de Sens ? Vers 842 - 850 - Angers BM ms 18, f.13v-14r.

Sur la dalle présumée de Marie de Nègre, châtelaine de Rennes-le-Château, se trouve une ligature ou fioriture entourant le "P-S" de PS PRAECUM qui fait penser à la calligraphie de Pierre Moreau.

Pierre Moreau paraît dans l’histoire typographique comme un météore : brillant, éclatant même, mais éphémère. Issu de la calligraphie, il ne viendra à la typographie qu’à la fin de sa carrière.

Portrait de Pierre Moreau par Charles David, ca. 1630

Né vers 1599, Pierre Moreau est le fils d'un officier aux finances, Gaspard Moreau, et de Antoinette de Pars, la tante du financier Noël de Pars, associé aux banquiers Tallemant et Rambouillet. En 1643, probablement protégé, Moreau devient imprimeur du roi ; entre 1643 et sa mort en 1648 il publie une trentaine d’ouvrages avec ses caractères, essentiellement des textes de dévotion et des textes poétiques ou dramatiques. Leur particularité typographique et la netteté de leur impression font qu’ils sont toujours recherchés aujourd’hui.

Les manuels de calligraphie de Pierre Moreau ne comprennent que quelques planches, assez élégantes, d’écritures italiennes (bâtardes et rondes) ou de financière. Outre ces trois traités, Moreau publie aussi des livres de dévotion, entièrement gravés : Les Saintes prières de l’âme chrestienne (1631, 8°, 106 ff.), Les Devotes prières (1634) et Les Heures chrestiennes (réemploi du texte gravé des Saintes Prières).

Ses caractères sont parmi les plus étonnants, les plus innovants et les plus beaux de l’époque. Les écritures sont superbes, bien équilibrées. Aux cinq corps de caractères sont associés un certain nombre d’ornements supplémentaires : arabesques flottantes, fleurons de traits « entortillés », grandes lettrines gravées sur cuivre.

Conscient de la valeur de sa création, Moreau se protège de la contrefaçon en obtenant un privilège du roi pour les « caractères de son invention ». Ce privilège sera respecté, et Moreau sera seul à utiliser ses nouvelles « lettres », ce qui limitera considérablement leur diffusion. Entre 1644 et 1648 [1645 : date de la légende du berger Pâris], date de la mort de l’imprimeur, Moreau n’aura le temps de produire que 33 impressions (dont plusieurs petites brochures). À sa mort, ses caractères tomberont dans l’oubli, et ne seront ressuscités qu’éphémèrement par Fournier dans son Manuel typographique (1764), comme représentants de la « Ronde ».

L’Énéide de Virgile (1648, in-4°) est le dernier livre imprimé par Pierre Moreau et avec ses caractères (Notes de Lecture : Les Caractères de Civilité, Typographie et Calligraphie sous l’Ancien Régime (2011), Pierre Moreau, calligraphe, graveur, imprimeur, fr.wikipedia.org - Pierre Moreau, Isabelle de Conihout, Poésie et Calligraphie imprimée à Paris au XVIIe siècle, Bibliothèque Mazarine, Paris, Editions Comp’Act, 2004).

Ce qui nous intéresse particulièrement puisque l'inscription en lettre grecque de la dalle "ET IN ARCADIA EGO" où se trouve aussi "PS PRAECUM" fait probablement référence à l'oeuvre de Virgile (Autour de Rennes-le-Château : Le Tombeau d'Anchise, L'étoile hermétique : Alchimie et Astrologie). Virgile est l'un des plus grands représentants de la latinité. Et c'est par le latin que l'on a le plus de chance de traduire PS PRAECUM avec succès.

Trois siècles après Théocrite, Virgile (70 - 19 avant J.C.), le très grand poète romain, inspiré par les "Idylles", écrivit en latin dix chefs d'oeuvre poétiques de la poésie bucolique, connus sous le nom d'"Eglogues" ou "Bucoliques" ("Bucolics"). Contrairement à Théocrite, qui avait placé ses bergers en Sicile, Virgile les ramena en Arcadie, une Arcadie qui ressemblait pourtant fort à l'Italie du nord, où il était né. La première apparition du tombeau en Arcadie se trouve dans cet ouvrage (Eglogue V, 42-44) (arcadia.ceid.upatras.gr - Arcadie).

Une implication de Virgile et de son oeuvre dans le mystère de Rennes-le-Château est possible (Etoile hermétique : Alchimie et Astrologie).

Dans une ses lettres (Epist. 127, 12) où Jérôme associe directement, sans aucune insérende, des vers de Virgile sur la chute de Troie à des versets d'Isaïe et des Psaumes sur la chute de Jérusalem. Les uns et les autres nourrissent également sa méditation assombrie sur la signification spirituelle de la prise de Rome par Alaric. Il y a là matière à une étude qui ferait pendant à celle de Schelkle pour Augustin. Tant il est vrai que pour Jérôme aussi — malgré qu'il se soit cru parfois obligé d'en avoir — Virgile a pu être l'objet d'une lectio diuina.

Dans quelle mesure, au contraire, dans la sensibilité poétique de Jérôme et de ses contemporains, les Virgiliocentones chrétiens [Juvencus, Proba etc.] n'avaient-ils pas achevé d'unir inséparablement le monde poétique de Virgile à tout le monde intérieur du christianisme? On conçoit mieux ainsi que Jérôme n'ait perçu aucune dissonance profonde entre les vers du Mantouan et ceux des uates d'Israël (Revue des études anciennes, Volume 61, 1959).

On a parlé de sensibilité préchrétienne de Virgile, mais ne faut-il pas parler de virgilianisme des chrétiens ? Car Virgile est quand même AVANT le christianisme...

Un évêque comme Jean-Pierre Camus, d'une famille de grands commis de l'ancien régime, né en 1584, mort peut-être à 67 ans, évêque de Belley, accorde autant de place dans ses citations à Virgile qu'aux Psaumes, qui s'en partagent la prédominance (Jean Pierre Camus, Jean Descrains, Homélies des états généraux : (1614-1615), 1970).

Inversement Diderot avait menagé dans sa bibliothèque une place à David, à côté d'Homère et de Virgile.

Dans ses commentaires des Psaumes, Antonio Agelli cite les termes latins de la dalle de Marie de Nègre présents avec PS PRAECUM : Cellis : ps. 44 & 48 ; Arcis : ps. 140 ; Reddis : ps. 15, 17, 30, 44, 94 & 118 ; Regis : ps. 2 et de nombreux autres dont le 44 (Antonio Agelli, Commentarii in Psalmos et in divini officii cantica, Lyon, 1611).

Antonio Agelli et les "petits champs"

Antonio Agelli (Sorrento, 1532 – Roma, 19 novembre 1608), théatin en 1551, fut préposé de l'ordre à Gênes en 1572 et à Crémone en 1579. Membre de la commission de révision de la Vulgate instituée par Pie V, jusqu'à l'édition du pape Clément VIII, il est nommé évêque d'Acerno en 1593 et se démet onze ans plus tard. Ses Commentaires sur les Psaumes et les Cantiques (Roma, 1606) furent très appréciés, et réédités à Paris en 1611 (it.wikipedia.org - Antonio Agelli).

Alors qu'Antonio Agelli était évêque d'Acerno, celui de Carcassonne était aussi italien. Il s'agit d'Annibale de Ruccelai, ou Rucellai, ou Oricellai (Oricellarius), mort le 28 janvier 1601. Prélat italo-français du XVIème siècle et du XVIIe siècle, il est gentilhomme florentin et est un neveu de Giovanni Della Casa, prélat italien, qui devait lui laisser en mourant sa grande fortune et qui était secrétaire du pape. Annibale de Ruccelai est gouverneur de Rome et connu à la cour de France, par les missions pour les papes Paul IV et Pie V. Il est évêque de Carcassonne et abbé du Jard de 1569 à 1601. Ruccellai a le litre de préfet du Vatican et réside à Rome. Les revenus de son évêché de Carcassonne sont attribués à Christophe de Lestang, évêque de Lodève, dont le temporel a été saisi par le duc de Montmorency. Christophe de Lestang jouit de ces revenus jusqu'à l'époque où il est lui-même appelé au siège de Carcassonne en 1603 (fr.wikipedia.org - Annibal de Ruccellai).

Son tombeau est dans l'église Sant'Andrea della Valle à Rome près de la Place Navonne, dont la facade fut rendue célèbre par "La Tosca" de Puccini, qui posséde la plus haute coupole de la ville aprés celle de Saint-Pierre. Elle abrite également les tombeau des Papes Pie II (1458-1464), Pie III (1503) (cite-du-vatican.over-blog.com - Annibal de Ruccellai).

Annibal Rucellai était un gentilhomme attaché à la maison de Carlo Carafa, du parti pro-français, neveu du pape Paul IV qui fonda, avec Saint Gaétan de Thiene, l'ordre des Théatins auquel appartenait Antonio Agelli. La famille Carafa fut persécutée par le successeur de Paul IV, Pie IV qui fit étrangler le cardinal Carlo Carafa. Son frère Antonio fut fait cardinal en 1568 par le pape Pie V. Le pape Sixte V le chargea en 1585 de présider la commission de révision de la Vulgate à laquelle participèrent William Allen, émigré d'Angleterre, Antonio Agelli, Pierre Morin, un grécisant français, Bartolomé de Valverde, hébraïsant espagnol et le jésuite Robert Bellarmin. Le pape Sixte V prit les choses en main et imposa sa version, contestable, "prout optime fieri potest" qui commença à être diffusée et envoyé aux princes catholiques. Peu après sa mort, les cardinaux firent reprendre et racheter tous les exemplaires. Sur les instances de Bellarmin, une nouvelle commission présidée par le cardinal Colonna, Carafa étant mort en 1591, fut instituée avec ceux qui y avaient travaillé sous Sixte V, donc Antonio Agelli, et d'autres. Finalement c'est le pape Clément VIII qui promulga le texte le 9 novembre 1592 (Guy Bedouelle, Bernard Roussel, Le Temps des Réformes et la Bible, Volume 5 de Bible de tous les temps, 1989).

Le terme "agelli" se trouve plusieurs fois dans le texte 'Dirae", Les imprécations. "Agelli" est soit le génétif singulier soit le nominatif pluriels de "agellus" : "petit champs".

Les Imprécations comprennent deux poèmes, qu'on a cru longtemps à tort n'en faire qu'un : le premier, de 103 hexamètres dactyliques, est une malédiction lancée par un homme qu'une confiscation au profit des vétérans a dépouillé de son patrimoine; la seconde (Lydie), de 80 hexamètres, une lamentation du poète, chassé de son pays où la maîtresse qu'il aimait est demeurée. Que les deux poèmes soient d'un seul et même auteur, c'est ce qui ne saurait être sérieusement contesté, car l'exécution littéraire des deux morceaux est semblable, et le nom de Lydie, héroïne du second poème, se trouve trois fois déjà dans le premier. Mais l'auteur en est-il Virgile ? C'est possible, ce n'est pas certain. C'est possible parce que les Imprécations (Dirae) se trouvent mentionnées par Donat et Servius dans leur liste des oeuvres de Virgile ; et aussi parce que des deux poètes à qui elles ont été attribuées, Valérius Caton et Virgile, il est beaucoup plus vraisemblable que leur auteur soit le second nommé (remacle.org - Maurice Rat, Notice sur les Imprécations, 1935).

Les lieux parcourus dans l'épilogue du Da Vinci code avec la découverte de la cachette du Graal sont les suivants : Hôtel Ritz (Place Vendôme), rue des Petits-Champs, rue de Richelieu, Palais-Royal, Comédie-Française, rue de Rivoli, passage Richelieu, Musée du Louvre (www.renneslechateau.com - Jean-François Géralt, Le Da Vinci Code à Paris : vérités et mensonges).

L’Abbé Houssay, alias abbé Julio, est né à Cossé-le-Vivien (Mayenne) le 3 mars 1844 et mort le 27 septembre 1912 à Genève. En 1885, il abandonnait le ministère paroissial et fondait la vaillante petite feuille intitulée la Tribune du Clergé, avec le concours des abbés Déramey, professeur en Sorbonne, Sanvert, Roca, Jouet et de tous les prêtres libéraux de l’époque. C’était au numéro 21 de la rue Croix des Petits-Champs dans la mystérieuse officine où se forgeaient tous ces vibrants articles, échos éloquents des revendications des opprimés et des exploités. Rapprocher toutes les religions, mettre en lumière tous les points communs qui existent entre elles, montrer qu’au fond c’est toujours le même Dieu, le Père universel, qu’elles honorent, établir enfin que la Religion est ce qui doit réunir, rallier, relier les hommes, et ce qui doit les diviser, tel est le programme qui fut élaboré par Julio, de concert avec Mme de Morsier, la Comtesse d’Adhémar, le Mage Jhouney, l’abbé Pochon, le pasteur Wagner et quelques autres dont les noms nous échappent. Un grand événement vint couronner sa carrière apostolique. C’est sa consécration comme évêque et comme chef de l’Église catholique libre de France. Il avait abandonné en effet l'Eglise catholique romaine, en rupture avec Rome depuis 1885. Dans sa nouvelle église, il n’y a ni chaises payantes, ni quêtes, ni casuel ; il n’y a qu’une seule classe, parce que tous sont égaux. C’est l’église gratuite, c’est l’Église de tout le monde (Fabre des Essarts, Extraits de l’ouvrage Les Hiérophantes, pages 277-285, fr.wikipedia.org - Ernest Houssay).

Le rite Ecossais n'a pas échappé à la ronde infernale des adresses. Le fondateur en était le frère Jean­Pierre-Paul Savalette de Lange, garde du Trésor Royal, après avoir été conseiller au Parlement de Paris. Le mardi 23 octobre 1804 le Suprême Conseil du rite Ecossais se réunit dans son nou­veau local, rue Neuve des Petits Champs n° 23, à Paris. Cependant, le 2 novembre 1804, la loge "Saint Napoléon" donne pour adresse "à Mr. Bailhache, rue Neuve des Petits-Champs n° 26, maison Leyda". Selon les convocations, les réunions du Suprême Conseil se font, en 1814, le 8 avril, rue Neuve des Petits-Champs n° 36, près la rue Helvétius. Le 11 mai de la même année elles précisent le n° 26 de la même rue (www.ledifice.net - Histoire des domiciles des Loges de Paris et de l'hôtel de la Grande Loge de France).

La Loge parisienne de l'Etoile Polaire fut fondée en 1766, et les Coeurs Simples de l'Etoile Polaire (dont nous ignorons s'il s'agit d'un changement de nom ou d'une dissidence de la précédente) quelques années plus tard. L'une et/ou l'autre a compté parmi ses membres quelques personnalités du monde des arts comme les architectes Chaussard (1729-1818), Nicolas Le Camus de Mézières (1721-1789), Charles De Wailly (1730-1798), Mangin (1752-?) et Chalgrin (1739-1811) qui travailla à Saint Sulpice... Constituée par la Grande Loge le 3 avril 1762, sous le titre de Cœurs Simples, ses titres furent renouvelés le 13 juin 1775 par le Grand Orient sous le titre de Cœurs Simples de l'Etoile Polaire. En 1777, le secrétaire Mangin est remplacé par le marquis de Baroncelly-Javons, officier aux gardes françaises, officier du Grand Orient, rue Neuve-des-Petits-Champs, vis-à-vis la compagnie des Indes. (www.mvmm.org - L'Etoile Polaire).

En Terre sainte

En hébreu, le lac de Tiébriade ou de Gennesareth a pour nom « lac de Kinneret ». Le nom Kinneret apparaît dans le livre des Nombres. Une explication du nom Kinneret est qu'il s'agit d'une allusion à sa forme, kinnor signifiant «lyre», d'où Kinneret « en forme de lyre ». Selon le Talmud, le nom du lac lui vient du fait que « ses fruits sont doux comme le son de la lyre » (Talmud de Babylone, Meguila 6a) (fr.wikipedia.org - Lac de Tibériade).

Le mot "Genesareth" se trouve dans le décryptage du grand parchemin qui fait intervenir PS PRAECUM (reinedumidi.com - Code 1).

Le "Liber precum", ou "Liber praecum" (comme dans PS PRAECUM) - on trouve les deux orthographes -, est un livre de prières ou de dévotion dans le style que publiait Pierre Moreau : Liber praecum, heures. Manuscrit sur vélin, du XIVème siècle, petit in-4, veau brun. Bibliothèque Sainte-Geneviève, BB. L. 62. et Liber precum, latin-français. Manuscrit du XIVème siècle, dernier tiers in Bibliothèque des ducs de Bourgogne, n° 10532 , Marchai, t. I, p. 211 (Michel Hennin, Les monuments de l'histoire de France, catalogue des productions de la sculpture, de la peinture et de la gravure relatives à l'histoire de la France, 1858).

Mais precum est plus correct que praecum comme l'indique cette remarque d' Antoine-Augustin Renouard, Annales de l'imprimerie des Alde: ou Histoire des trois Manuce et de leurs éditions, 1803) : 1560. Liber Praecum, seu Missale Mozarabum, litterulis rubro-nigris eleganter impressum. Ven. apud Aldi filios. In-8°. Après l'intitulé ainsi énoncé, on ajoute cette note: « Livre très-rare, parce qu'il est passé en entier dan» les Espagnes. J'en ai vu un seul exemplaire. » Ou l'auteur de cette annonce n'a pas vu le livre dont il parle, ou il ne l'a pas suffisamment examiné. D'abord il eût copie le titre sans un ae au mot precum que les Alde n'ont pu estropier ainsi; et si ce livre existe, il est, ou antérieur à 1560, ou portant tout autre nom que Apud Aldi filios. Il est notoire qu'en cette année il ne peut plus y avoir aucune édition à leur nom.

De cette façon, on peut voir PS PRAECUM comme PS. PRECUM, psautier de dévotion ou de prières.

Quoi qu'il en soit des origines, les recueils de Preces sont déjà assez nombreux à l'époque carolingienne, annexés à des Psautiers ou constitués en Libelli plus ou moins indépendants. A cause sans doute de leur usage liturgique, les Psautiers les plus anciens ne comportent pas de prières de dévotion privée et, en dehors des « collectes psalmiques », celles-ci ne semblent s'y être introduites qu'assez timidement. Les premières additions consistent en prières ante et post Psalterium, «Cantiques bibliques» d'usage liturgique (Benedictus, Magnificat, etc.), Te Deum, Pater, Gloria in excelsis et Symboles de foi. Au cours du IXème siècle, cet ensemble sera cet ensemble sera cet ensemble sera complété par des Litanies des Saints, d'ordinaire suivies d'oraisons, et, quelquefois aussi, par une assez longue série de Preces. Tel est déjà, en substance, la struture des Psautiers d'Angers (Angers 18), de Beauvais (Florence, Ashburnham 54), de Corbie (Zürich, Car. C. 161) et de Verceil (Bibl. Capit. 149). Toujours dans le même but de subvenir aux besoins de la dévotion privée, les Psautiers médiévaux y adjoindront un calendrier, des hymnes liturgiques, les offices de la Vierge, du Saint-Esprit ou des défunts, voire des parties plus ou moins considérables du Missel (Collectaires), de l'Antiphonaire et du Rituel. A partir de la fin du XIIIème siècle, un phénomène inverse se produira, qui donnera naissance aux « Livres d'heures ». Oifices de la Vierge ou des morts, calendrier et Litanies des Saints, Psaumes de la Pénitence et Psaumes Graduels, se détacheront du Psautier, entraînant avec eux un certain nombre de Preces et autres textes de dévotion privée (Henri Barré, Prieres anciennes de l'occident a la mere du Sauveur. Des origines a saint Anselme, 1963).

Le calendrier est en effet un élément important de résolution du mystère de Rennes-le-Château.

Autres psalteria

Le psalterium est aussi partie du nom d'une constellation éphémère, près d'Orion le chasseur, le Lièvre, la Baleine, Eridan... Orion et Eridan sont impliqués dans notre hypothèse sur le cryptogramme du "Sot pêcheur" qui a été trouvé dans la Villa Béthania de l'abbé Bérenger Saunière à Rennes-le-Château (Autour de Rennes-le-Château : Sot Pêcheur et Par ce signe tu le vaincras 1).

belsim.wordpress.com - Pasalterium Georgii

Maximilian Hell, the Hungarian-born director of the Vienna observatory, introduced this constellation in 1789 from stars beneath the feet of Taurus. He showed it under the name Psalterium Georgianum on a chart published in 1789 in the annual Ephemerides astronomicae for 1790 (a psaltery is an ancient form of harp). The constellation honours King George III of England, patron of William Herschel, the discoverer of Uranus. Both Herschel and King George were of German extraction. Bode, another German, changed the name to Harpa Georgii on his Uranographia atlas of 1801.

It was created out of stars taken from Eridanus, the river, and is located between that constellation and Cetus, the sea-monster. Psalterium Georgii, is no longer considered an official constellation and its stars have been returned to Eridanus (www.ianridpath.com - Harpa, www.pa.msu.edu - Psalterium Georgii).

Dans le domaine zoologique, l'estomac des ruminants est divisé en quatre poches : la panse ou rumen, le bonnet ou reticulum, le feuillet ou psalterium et la caillette ou abomasus. Le feuillet ou psalterium ou omasum est situé du côté droit.

"Stomach of sheep. a, OEsophagus; c, rumen or paunch; d, reticulum or honeycomb-bag; e, psalterium or many-plies; f, abomasum or reed; b, beginning of duodenum." - Thomson, 1916

Université de Floride - Estomach de mouton

Le psalterium davidis est l'ancienne dénomination d'une membrane du cerveau humain.

Le fornix (trigone) est une commissure intra et inter hémisphérique. Il s'étend de l'hippocampe au corps mamillaire dans chaque hémisphère. Les deux fornix sont réunis par le psalterium (psalterium davidis : lyre de David) qui est une fine membrane. Il entre dans la formation du circuit de Papez qui s'est révélé être surtout impliqué dans les fonctions mnésiques et d'apprentissage (Bruno Baudot, Petit traité d'écriture analogique, 2003, Francis Eustache, Bernard Lechevalier, Fausto Viader, Traité de neuropsychologie clinique, 2008).

Fornix - intranet.tdmu.edu.ua

L'hippocampe est une figure fulcanellienne.

PS ou Psaume ou PS PRAECUM comme "Psaume des prières"

Pour resserrer les références, considérons "PS" de PS PRAECUM comme l'abréviation de "Psaume". Ainsi PS PRAECUM serait un "PS PRECUM" un psaume des prières, de prières. Or une telle acception existe pour la récitation de la messe.

Arrivé au bas de l'autel, le célébrant, selon la liturgie romaine, après avoir fait le signe de la croix commence la messe par le psaume : Judica me Deus. Il récite ensuite l'antienne : Introïbo ad altare... extraite du psaume Judica. Ce psaume est sans titre dans l'hébreu et dans les Septante. Plusieurs auteurs, notamment Bellarmin pensent, qu'il a été fait par David, lorsque Saûl le persécutait (Charles Rohault Fleury, Georges Rohault de Fleury, La messe: études archéologiques sur ses monuments, Volume 1, 1883). C’est le psaume des prières au bas de l’autel (La barrette de Saint Pierre des Latins, N° 20, avril 2011).

Le bas de l'autel désigne, à Rennes-le-Château, le panneau de Marie-Madeleine à la croix bourgeonnante et au crâne.

Psaume 42, le psaume Judica me, Deus a longtemps été récité par le prêtre au début de la messe, au bas de l'autel, à cause du verset 4, Introibo ad altare Dei, Je m'avancerai vers l'autel du Seigneur. Le psalmiste se trouve triste, isolé et abandonné, au milieu de gens qui font le mal. Il en appelle à Dieu pour qu'il « lui rende justice », qu'il le juge avec équité, c'est-à-dire pour qu'il vienne à son secours et qu'il prenne le parti de sa faiblesse en lui donnant lumière et courage (Jacques Farges, Prier avec les Psaumes: méditations bibliques, 1972).

Les prières du bas de l'autel sont elles-mêmes divisées en deux parties. La première partie, qui comprend le Ps. 42 (Judica me), est la plus récente. On la trouve déjà dans un Ordo rhénan du Xème siècle, mais elle ne s'est pas imposée d'une façon générale avant le XVIème siècle. Dans les liturgies monastiques, p. ex. dans celle des Chartreux, elle manque encore aujourd'hui. La Compagnie de Jésus, lors de sa première assemblée générale, en 1558, avait même décidé de ne pas adopter ce psaume, lorsque, quelques années plus tard, il fut prescrit d'une façon générale dans le Missel de S. Pie V (Josef Andreas Jungmann, La liturgie de l'Eglise Romaine, 1957).

On récitait le psaume «Judica me » au bas de l'autel au début de toutes les messes, à l'exception de celles des morts et celles du temps de la Passion.

Mais on voit dans Paris de Crassis qu'avant Pie V on récitait le psaume Judica aux messes des morts, avec cette différence, qu'au lieu du Gloria Patri on disait Requiem aternam. On a jugé à propos de ne pas dire ce Psaume aux Messes des Morts et au temps de la Passion, à cause de ces paroles : O mon âme, pourquoi êtes-vous triste ? Quare tristis es, anima mea ? Ces paroles doivent bannir toute tristesse, au lieu que les Cérémonies lugubres de l'Office des Morts et du temps de la Passion l'inspirent. Mais à ces Messes-là mêmes on n'ôte pas au Prêtre la consolation intérieure qu'il espère de trouver à l'Autel, et il dit toujours pour ce sujet : J'entrerai jusqu'à l'Autel de Dieu qui réjouit ma jeunesse (Pierre Lebrun, Explication litterale, historique et dogmatique des prières et des cérémonies de la messe suivant les anciens auteurs et les monumens, 1843).

Dans les prières au bas de l'autel, le verset du psaume 42 (hébr. 43), Introibo ad altare Dei, était répété trois fois.

L'Instruction « Inter oecumenici » du Conseil pour l'exécution de la Constitution sur la liturgie, en date du 26 septembre 1964, est un document d'une ampleur exceptionnelle, comme on peut le constater en passant en revue les grands thèmes traités : rappel des principes fondamentaux de la réforme, normes générales pour la formation des clercs, des religieux et des fidèles; la messe, les sacrements et les sacramentaux; l'office divin; l'aménagement des églises et des autels en vue d'obtenir la participation active des fidèles. C'est ce document qui inspirera en grande partie le commentaire qui va suivre, car, pour la première fois, nous voyons l'esprit de la réforme prendre corps dans un ensemble de prescriptions portant sur toutes les dimensions de l'action liturgique, depuis la culture religieuse et spirituelle de tous, prêtres et fidèles, jusqu'à la disposition des lieux sacrés. C'est un nouveau monde qui se crée, pour que l'Eglise puisse instaurer sa nouvelle pédagogie. Plus concrètement, la messe est modifiée sur les points suivants : le psaume des prières au bas de l'autel est supprimé, ainsi que le dernier évangile et les prières « léoniennes »; la doxologie du canon et la prière qui s'enchaîne au Notre-Père seront dites ou chantées à haute voix; tous les doublages (ou récitation parallèle à voix basse par le célébrant de morceaux confiés à des lecteurs) sont supprimés; le rite de la petite élévation est simplifié. Ces modifications sont obligatoires et font désormais partie des rubriques De plus, on concède aux fidèles l'autorisation de se joindre au célébrant pour le Notre-Père, qui pourra être chanté en latin aux Grand-Messes, ou récité dans la langue du pays aux messes lues (Etudes, Volume 322, 1965).

Pourquoi manifester un intérêt pour un psaume de prières qui n'est pas réciter lors des messes des morts et de la Passion ? N'y aurait-il pas de mort (voir le coup de lance encore saignant de la mise au tombeau de la station XIV du chemin de croix de Rennes-le-Château) ?

Il reste à déterminer dans ce cas la signification de RECIS ARCIS REDDIS CELLIS qui accompagnent le PS PRAECUM séparé en deux par une flèche.

Pour cela, sont utilisés les Commentaires d'Antonio Agelli.

Pour arcis, on ne trouve qu'une occurence de ce terme, dans le lexique à "Circumstantia" :

Circunstantia pro arce, vel aeditus locus vndique muris cinctus, & ostio circumstantie pro ostio firmissimo, vt est arcis : 140.3

Qui fait référence au verset 3 du psaume 140 :

Pone Domine custodiam ori meo et ostium circumstantiae labiis meis "Éternel, mets une garde à ma bouche, veille sur la porte de mes lèvres !"

Dans le commentaire, il est dit : "Sententiae porro intelligentia ex voce circumstantiae pendet : circumstantia vero iuxta sacrarum litterarum consuetudinem, arx dicitur, et aeditus locus undique muris cinctus ac firmus. Sic solent LXX, vacare arcem Sion, circumstantiam Sion" où la bouche fermée est comparée à la forteresse (arx, arcis en latin) de Sion. Le terme "circumstantia" est employé, désignant les choses alentours, choses qui entourent ("déplacement circulaire , circumstantia chez nous, et chez les Grecs péristase" pour Sénèque (Oeuvres complètes de Sénèque le philosophe, Volume 2).

Ce vers du psaume 140 est à mettre en relation avec le signe harpocratique symbole du silence :

Pour mieux comprendre cette notion de symbole apotropaïque, il faut considérer, en suivant une étude d'André Grabar, le cas de la réutilisation du signe d'Harpocrate dans quelques traditions chrétiennes. Une fresque du monastère copte de Baouît représente ainsi trois moines qui posent horizontalement le doigt en travers de leur bouche en une variante du signe harpocratique. Dans la ligne directe de la tradition égyptienne pharaonique, l'observation du silence revêtait en effet une importance particulière pour les Pères du désert, qui s'efforçaient de fuir toute interaction basée sur la parole. Mais au premier signe des moines de la fresque de Baouît s'en ajoute un deuxième: leur main droite levée en un signe de prière. On retrouve le même double geste dans certaines représentations chrétiennes, comme par exemple une fresque des douze Apôtres dans l'église Sant Miquel à Terrassa, en Catalogne (lXe-Xe s. apr. J .-C.), ainsi que dans de nombreux psautiers archaïques grecs et latins chaque fois pour indiquer que les personnages en question récitent des psaumes. De fait, les inscriptions qui accompagnent la fresque de Baouît permettent bel et bien d'identifier les moines comme des lecteurs de psaumes. Mais pourquoi donc attribuer un signe du silence à des personnages qui sont censés chanter des prières à haute voix ? Un élément de solution nous est donné par la lecture de quelques commentaires à propos d'une secte d'hérétiques appelés par dérision Passalorynchitae, dont les membres avaient la particularité d'être tellement obsédés par 1e silence qu'ils avaient presque toujours le doigt posé sur les lèvres jusqu'à en être enfoncé dans leurs narines. Philastre, évêque de Brescia (fin du IVe s. apr. J.-C.) consacre un chapitre de son traité sur les hérésies à ces étranges fanatiques : Et ils désirent en cela imiter la condition des saints prophètes, parce que saint David a dit: "O Seigneur, mets une garde sur ma bouche et veille sur la porte de mes lèvres ! (pone, domine, custodiam ori meo, et ostium circumstantiae labiis meis" (psaume 140).

La citation du psaume attribuée à David permet de comprendre que le geste en question n'était pas toujours utilisé par les Passalorynchites, et vraisemblablement par d'autres chrétiens, comme un signe de silence absolu, mais fonctionnait aussi - surtout dans les contextes de récitation de psaumes - comme signe d'euphémisme destiné à prévenir toute parole impure, voire comme symbole apotropaïque ayant pour fonction de protéger la bouche contre toute intrusion du démon. C'est ce qui ressort d'un commentaire de saint Jérôme sur le même psaume (Francesca Prescendi, Youri Volokhine, Dans le laboratoire de l'historien des religions: Mélanges offerts à Philippe Borgeaud, Numéro 24 de Religions en perspective, 2011).

Le second verset du psaume 140 : que ma prière s'élève devant toi comme un encens, mes mains comme l'offrande du soir, que la tradition a depuis longtemps appliqué au sacrifice du Christ expirant sur la croix à l'heure où l'on offrait le sacrifice vespéral dans le temple. Aussi Augustin ne fait-il qu'une brève allusion à cette tradition que tout le monde connaît : « Cela s'entend d'habitude de la tête elle-même, tout chrétien le sait. Car c'est alors que le jour déclinait que le Seigneur rendit l'âme sur la croix » (Monique Vincent, Saint Augustin, maître de prière: d'après les Enarrationes in Psalmos, Volume 84 de Théologie historique, 1990).

Lorsque le prêtre encense les offrandes, il récite les trois versets du psaume 140 : Que ma prière monte... La myrrhe est une résine aromatique utilisée comme parfum ou baume. Elle symbolise déjà la mort et l'ensevelissement de Jésus. Le psaume 140 est le psaume du lucernaire. La prière du lucernaire est attestée très tôt dans les communautés chrétiennes. Au IVe siècle, saint Basile, dans son Traité du Saint-Esprit, y fait allusion comme à une pratique déjà ancienne : «Il a paru bon à nos pères de ne pas recevoir sans reconnaissance la lumière de fin de jour, mais bien de rendre grâce dès qu’elle brille. Le peuple prononce alors l’antique acclamation : "Joyeuse lumière, splendeur de la gloire du Père, saint et bienheureux Jésus-Christ !" Suivait la récitation du psaume 140. À partir du Ve siècle, le lucernaire tend à être intégré à l’office du soir, les Vêpres, ou aux Complies, dont il n’est plus que l’introduction. L’office divin du rite ambrosien (de l’Église de Milan) donne une place encore prééminente au lucernaire. L’hymne "Joyeuse lumière" a retrouvé une jeunesse grâce avec la nouvelle "Liturgie des Heures" depuis Vatican II (fr.wikipedia.org - Lucernaire).

Mais les quatres mots de la dalle de Marie de Nègre sont traversés par la flèche de PS PRAECUM, psaume 42 "Judica me"...

Est-ce une coïncidence ou volontaire ? La forteresse (en ruine) d'Arce (hameau de la commune de Limoux) voisine avec la Roque Mude, anagramme RUPEM PACS de PS PRAECUM, qui serait une roche du silence. Cela est expliqué dans la deuxième partie de cette article. On trouvera Harpocrate dans l'article "Autour de Rennes-le-Château : Au niveau de la sole".

Le psaume 44 rassemble les trois autres mot de la dalle de Marie de Nègre :

Cellis : au sujet de, psaume 44 :

Myrrha, & gutta, & casia à vestimentis tuis, à domibus eburneis, ex quibus delectauerunt te filiae regum in honore tuo. "La myrrhe, l’aloès et la casse parfument tous tes vêtements ; dans les palais d’ivoire les instruments à cordes te réjouissent".

La casse renvoie à la XIV station du chemin de croix de Rennes-le-Château ou La casse saigne (Autour de Rennes-le-Château : Chemin et signe de croix).

Reddis : au sujet de, psaume 44 :

Et intende, prospere procede, & regna, propter veritatem, & mansuetudinem, & justitiam,& deducet te mirabiliter dextera tua "Avance avec prospérité : règne ensuite par la vérité, la douceur et la justice. Oui, ta droite sera ton guide au milieu des merveilles".

Regis : au sujet de, psaume 44 :

Omnis gloria eius filiae Regis ab intus, in fimbriis aureis, circumamicta varietatibus (entre autres vers du psaume) "Toute resplendissante est la fille du roi dans l’intérieur du palais ; elle porte un vêtement tissu d’or"

Chant nuptial composé par un poète de cour, ou allégorie nuptiale due à un écrivain de « sagesse », de tout temps juifs et chrétiens ont vu dans ce beau poème du Psaume 44 la célébration des noces mystiques du Roi-Messie avec Israël ou avec l'Eglise.

En premier lieu, c'est une prophétie qui attribue la divinité au Messie. Au psaume 44, que la paraphrase chaldaïque et presque tous les rabbins entendent du Messie, et qui dans le fait ne peut convenir qu'à lui, nous lisons: Votre trône, ô Dieu, dure dans tes siècles des siècles. La verge de direction est le sceptre de votre règne. Vous avez chéri la justice et haï l'iniquité. Pour cela Dieu, votre Dieu, vous a oint de l'huile d'allégresse. Le Messie oint par Dieu d'une huile excellente est appelé Dieu sans addition, et Dieu dont le trône subsiste dans tous les siècles (Jacques Paul Migne, Scripturae sacrae cursus completus, 1841).

Dans la liturgie des Heures, le psaume 44 est chanté ou récité, en deux parties, à l’office des vêpres du lundi de la deuxième semaine et à l’office du milieu du jour du samedi de la quatrième semaine (fr.wikipedia.org - Psaume 44 de la Vulgate).

Le mot Messie peut s'écrire MESSIAS qui est l'anagramme des lettres SAE SIS et M de la pierre de Coumesourde (Coume Sourde) où est gravé aussi PS PRAECUM comme on le voit dans la deuxième partie de cet article.

Consécration de l'autel

Il semblerait que les inscriptions de la dalle de Marie de Nègre est un rapport avec la consécration des autels des églises, lors de l'inauguration ou de la réparation d'une profanation.

Eau grégorienne

arcis : dans les cercueils : cendre (des morts, voir le sens spirituel donné par Pierre Le Merre, ci-dessous)

reddis : dans les chariots : sel

"Medieval Rennes-le-Chateau was called Reddis or Rhedae and was situated in a region then called Razes". Pierre de Voisins étaitr seigneur de Rennes (Reddis) (Charles Romey, Histoire d'Espagne, Tome 9, 1848). Or Raeda ou Rheda, c'est le chariot en latin inspiré du gaulois. On peut en déduire un redda qui aurait donné Reddis. D'où les chariots. Le sel était transporté dans des chariots comme en témoigne Claude Pache qui emprunta la route de la saline de Tourmont à Morges au printemps 1510 (André Besson, Fabuleuse Histoire Du Sel, 1998).

cellis : dans les celliers : vin

regis : d'un roi : eau

En Catalogne, le prêtre bénit pendant la messe de l'Épiphanie « l'eau des Rois » avec laquelle on asperge les maisons pour les protéger (une eau bénie le jour des Rois), d'où l'"eau d'un roi"

Eau Grégorienne : Terme de Droit Canon. Aqua Gregoriana. Les Canonistes donnent ce nom à Veau bénite, avec laquelle on purifie les Eglises polluées. Son origine remonterait au pape Grégoire Ier le Grand.

C'est Grégoire le Grand (Homélies 25 et 33) qui officialisa la fusion des trois Marie. La Marie-Madeleine biblique, originaire de Magdala, près du lac de Tibériade, fut délivrée des sept démons par le Christ (Luc VIII, 2 ; Marc XVI, 9). Elle le suivit dès lors, assista à la crucifixion, la descente de Croix et la mise au tombeau. Elle fut surtout le premier témoin de sa résurrection (Marc, XVI, 9-11). Elle est identifiée à deux autres femmes de l'Evangile : d'une part, la pécheresse anonyme de l'onction au repas chez Simon le pharisien (Matthieu XXVI, 6-13 ; Luc VII, 36-50), qui par ailleurs est identifiée avec Marie, sœur de Marthe et de de Lazare (Jean XII, 1-8) ; d'autre part, à Marie de Béthanie, sœur de Marthe et de Lazare (Luc X, 38-42 ; Jean XI, 1-45) (Michel Rouche, Mariage et sexualité au moyen age: accord ou crise ? Volume 21 de Cultures et civilisations médiévales, 2000).

Depuis le temps de saint Augustin, presque tous les Pères latins, et avec saint Grégoire le Grand, Bède et saint Bernard, ont cru que Marie-Madeleine a été la même que Marie, soeur de Marthe et que la femme pécheresse (Jean Paul Migne, Scripturae sacrae cursus completus, Volume 27, 1843).

II faut dire que l'eau, le sel & la cendre sont mêlés ensemble pour l'expiation du temple pollu, qui n'est autre que notre ame souillée de vice & du péché: expiation qui ne peut être parfaite sans l'eau de nos larmes, marque du repentir, fans le sel d'une ferme résolution de n'offenser désormais; cette résolution nous étant figurée par le sel préservatif de la corruption ; c'està-dire, de la rechute: & finalement sans la cendre, qui n'est autre chose que la mémoire de la mort du Sauveur, réduit en cendre par le feu de son amour; ou bien sans la cendre; c'est-à-dire, fans une vraie & parfaite mortification. La cendre est une chose menue & de vil prix , & partant hiérogliphe de l'humiliation. Ainsi les Hébreux de Béthulie suppliant Dieu, jettent de la cendre sur leurs têtes. Ainsi le Roi de Ninive s'humilia, s'élevant de son trône , & s'assit fur la cendre; & ainsi le pain d'Elie cuit sous la cendre , nous a figuré le pain du Ciel humilié en l'Incarnation de Notre-Seigneur en fa Passion & en son sacrement, on y ajoute encore du vin pour marquer la douceur. voilà cette eau Grégorienne , cette eau exorcisée & préparée par ledit évêque de Mendes pour l'expiation de ce temple poilu; cette eau, ce saint lavacre de nos ames. Mais passant plus outre, & pénétrant plus avant dans ce mystère, faut dire que le sel est jetté dans l'eau , mêlé avec l'eau, pour nous marquer l'union hypostatiquedu Verbe divin avec l'hurnanite , le Verbe incarné pour l'expiation de nos fautes. Que si l'eau &: le sel nous marquent l'Incarnation, on peut dire que l'eau & le vin nous figurent la Rédemption. Et finalement nous pouvons dire que le vin est le hiérogliphe de la divinité, l'eau de l'humanité. Et voilà comme cette réconciliation nous figure & nous marque les plus hauts & plus secrets mystères de notre religion (Pierre Le Merre, Recueil des actes, titres et mémoires concernant les affaires du clergé de France, 1769).

L'évêque commence la consécration de l'autel par la récitation du psaume 42 Judica qui est récité au début de chaque messe : Introïbo ad altare Dei. Avec de l'eau grégorienne préalablement bénite il marque cinq croix gravées dans la pierre de l'autel, une au centre et les autres aux coins dans un ordre déterminé. L'évêque fait ensuite sept fois le tour de l'autel en l'aspergeant d'eau grégorienne en chantant le psaume 50 : Miserere. L'évêque fait le tour intérieur de l'église en aspergeant les murs comme il l'avait fait pour l'extérieur, et on chante le psaume 67 (psaume des batailles), puis le 90. Le cérémonial se poursuit avec le psaume 25, le songe de Jacob, les psaumes 94, 149, 150 (psaumes de louanges), 83, 91, 44, 45, 86, 147

Nous retrouvons le psaume 42 "Judica me", absent lors des messes des morts et de la Passion. L'eau grégorienne est aussi utilisée pour la reconsécration d'un lieu profané. Le psaume 67 y est chanté.

L'antienne est le premier verset du psaume; c'est un appel à Dieu, pour qu'il se lève, qu'il revienne en son temple ; qu'il confonde et éloigne les méchants qui ont profané sa maison sainte ou qui voudraient la profaner encore : Antienne : Que Jéhovah se lève, et que ses ennemis soient confondus ! qu'ils fuient ceux qui n'ont jamais eu pour lui que de la haine ! Le psaume LXVII Exurgat Deus, chant triomphal, ne commence ici qu'aux versets où il est question des assemblées dans le temple ancien, et de son sanctuaire : In ecclesiis benedicite Deo Domino ; les Juifs venaient y offrir leurs présents, et Jéhovah y manifestait sa puissance et sa miséricorde (Georges-Lazare Berger de Charancy, Instructions générales en forme de catéchisme, 1819, Maurice Gruau, L'homme rituel: Anthropologie du rituel catholique français : Essai d'une ethnologie de l'intérieur, 1999, Théophile Bernard, Cours de liturgie romaine, Volume 8, 1902).

De l'huile, mets de l'huile !

Les psaumes 140 et 44 définis dans les occurrences des termes ARCIS REGIS REDDIS CELLIS ont été comparés par des auteurs religieux anciens, pères de l'Eglise comme Augustin, Jérôme, Hilaire de Poitiers. Augustin en fait usage dans la Question 59 (LIX) de ses LXXXIII diverses questions : De decem viginibus.

LIX rappelle l'inscription en bas à droite de la dalle de Marie de Nègre LIXLIXL présent avec PS PRAECUM. Mais aussi, dans le psaume LIX, ou plutôt dans le titre de ce psaume, sont rappelées diverses victoires remportées par David dans les guerres qu'il a vaillamment soutenues contre ses ennemis, dont il a fait ses tributaires : il frappa Edom, par la défaite de douze mille hommes dans la vallée des Salines (Ps. LIX, 1 et 2) (Discours sur les psaumes, Œuvres complètes de Saint Augustin, Volume 13, 1871).

Les Salines sont un lieu près du Puech d'en Couty à Sougraigne.

LIXLIXL se décompose en LIX (59), LI (51) et XL (40) ou LI (51), XL (40), IX (9) et L (50). La somme de ces trois premiers nombres est 150, celle des trois suivants 150 aussi, qui est le nombre de psaumes du psautier (musico1.free.fr - Rennes le Château).

Tous les détails du texte sont orientés vers l'interprétation eschatologique. L'attente de l'Époux par les vierges est celle de la Parousie. Le sommeil des vierges quand l'Époux tarde à venir représente la mort, lot commun des hommes. Le cri qui retentit dans la nuit, c'est-à-dire qui advient inopinément, figure la trompette finale, et l'invitation à se lever pour aller à la rencontre de l'Époux est le signal de la résurrection générale. Tous doivent préparer leur lampe pour se devant l'Époux, c'est-à-dire s'apprêter à rendre compte de leurs actes lors du jugement ultime. La salle des noces est le Royaume des cieux, où est célébrée l'union définitive de l'humanité avec le Christ. Sa porte close sépare définitivement ceux qui sont admis dans le Royaume, parce qu'ils ont de l'huile dans leur lampe, et ceux qui en sont exclus. Cette interprétation eschatologique de la parabole des dix vierges est unanimement acceptée dans la tradition occidentale. Même des exégètes qui, à l'instar de Jérôme, s'inspirent pourtant de très près du commentaire d'Origène, qui applique la parabole à la vie présente, la maintiennent. Avant Augustin, on la trouve dans le De decem uirginibus, et dans le Commentaire sur Mathieu d'Hilaire.

D'autres thèmes abordés dans la Question 59 sont plus spécifiques. Qu'elles soient sages ou folles, les vierges sont au nombre de cinq, en raison des cinq sens de l'homme qui peut en user bien ou mal : les sages font preuve de tempérance, les folles d'intempérance. Ce qui distingue surtout les vierges sages des folles, c'est que les unes ont avec elles une fiole contenant une réserve d'huile qui leur permet de garder leur lampe allumée jusqu'à la venue de l'Époux, tandis que les autres n'en ont pas et sont obligées de courir en acheter au dernier moment. La lampe symbolise les œuvres, le vase représente le cœur, et l'huile est sa motivation secrète, la conscientia. Augustin oppose en effet l'huile qu'on a secum (avec soi ou en soi) et celle qu'on va se procurer à l'extérieur chez les marchands : c'est en elles-mêmes et sous le regard de Dieu seul que les sages trouvent la motivation de leurs actions justes, en cherchant la gloire qui vient de Dieu, tandis que les folles font ces mêmes actions pour une raison qui n'est pas bonne : parce que cela leur vaut les louanges des hommes. les vendeurs d'huile représentent en effet les flatteurs.

Au jugement, les vierges sages ont pour elles le témoignage de leur conscience, tandis que les folles, qui n'ont rien, prient les sages de partager l'huile avec elles ; mais c'est impossible : chacun doit rendre compte de ses propres œuvres, et, si personne ne peut se vanter de porter sur lui-même un jugement véridique, on le peut encore moins sur autrui. Chez Augustin, l'opposition est constante entre l'huile qu'on a en soi et celle qu'on cherche au dehors, qualifiée, d'après le Ps 140, 5, d'« huile du pécheur », c'est-à-dire de l'adulateur, qu'est le vendeur d'huile. C'est la marque propre de notre auteur : le thème ne se retrouve ailleurs que sous son influence directe.

C'est la réserve d'huile qui intéresse essentiellement Augustin ; certes, cette huile des motivations alimente la lampe des bonnes œuvres, mais, à la différence d'autres auteurs, il passe généralement très vite sur ce demier thème. Tout cela est en place dès la Question LIX. Augustin apportera ensuite quelques compléments et procèdera à des variations, mais il s'en tient à cette interprétation de base. L'influence du commentaire d'Hilaire sur l'interprétation augustinienne est certaine. On trouve chez les deux auteurs des thèmes caractéristiques semblables. L'explication du refus des vierges sages de partager leur huile est la même : chacun doit rendre compte de ses propres actes. La justification du non-lieu opposé par l'Époux à la prière des vierges folles qui frappent à la porte et lui demandent d'ouvrir est analogue : avant la Parousie, il y a place pour la conversion et la miséricorde, mais pas quand le temps du jugement est venu. Les noces eschatologiques dont parle la parabole sont les noces éternelles de l'humanité avec le Verbe, qui succèdent aux fiançailles du temps de l'lncarnation, quand désormais l'homme mortel devient participant de l'immortalité. Ce demier thème est inconnu des autres commentaires de la parabole, et le fait qu'on le trouve à la fois chez Hilaire et Augustin est donc particulièrement significatif. L'interprétation de l'huile qui caractérise l'exégèse augustinienne (la motivation de l'acte, que l'homme porte dans sa conscience) lui a probablement été suggérée par la lecture du commentaire d'Hilaire. Si en effet l'évêque de Poitiers, avec la majeure partie des Pères, voit dans l'huile un symbole des bonnes actions qui doivent obligatoirement accompagner la foi, il est le seul à mettre l'huile en relation avec la conscience de l'homme. Pour Hilaire, « les fioles sont les corps humains dans les entrailles desquels doit être caché le trésor d'une conscience droite » ; ce qu'on achète aux marchands, c'est « la conscience d'une bonne action », et la lumière des lampes est «la conscience resplendissante d'une bonne action ». Augustin, quant à lui, dit qu'avoir l'huile avec soi, c'est « plaire à Dieu intérieurement, dans la joie de la conscience », c'est avoir « dans le cœur et la conscience la joie des bonnes œuvres ». On peut également penser que c'est en lisant le commentaire d'Hilaire qu'Augustin a songé à faire des vendeurs d'huile le symbole des flatteurs : chez Hilaire, en effet, ils vendent « la conscience d'une bonne action ». L'expression a dû paraître peu satisfaisante à Augustin, pour qui, tout le monde étant instruit par le Maître intérieur, il est impossible que cette conscience puisse être donnée de l'extérieur et il ne peut donc s'agir que d'un ersatz, d'une tromperie, ce qu'est la flatterie. On peut également penser que lorsque souligne que la phrase des vierges sages : « Allez vous acheter de l'huile » n'est pas un conseil, mais plutôt une manière de leur faire comprendre leur faute, il prend position contre Hilaire, qui voit là une exhortation positive.

Il apparaît qu'en 393-395, quand il rédige la Question 59, Augustin n'a pas connaissance du commentaire d'Origène sur Matthieu, qui n'est pas encore traduit en latin. L'explication du nombre cinq des vierges sages et folles pourrait à première vue laisser penser le contraire : si les chrétiens sont figurés par cinq vierges, dit Augustin, c'est en raison de la tempérance des cinq sens qui est en honneur chez eux. Ce thème, totalement absent des commentaires antérieurs, à savoir le traité anonyme Sur les dix vierges et celui d'Hilaire, avait été exploité par les gnostiques valentiniens, pour qui, au dire de Tertullien, les vierges folles étaient les sens faciles à tromper, et les vierges sages, les facultés intellectuelles de l'âme.

Le rapport entre les cinq sens et les cinq vierges a été particulièrement développé dans le commentaire d'Origène et chez ses utilisateurs, notamment Ambroise et Jérôme. La caractéristique d'Origène, retenue par Jérôme, est de parler non seulement du bon usage des sens corporels, mais de l'existence de cinq sens spirituels, organes de la connaissance de Dieu : les cinq vierges folles représentent les hommes qui font un usage exclusif des sens corporels, les cinq sages figurant ceux qui se servent aussi des sens de l'homme intérieur par lesquels l'homme peut percevoir Dieu143. Il n'y a rien de tel chez Augustin, qui ne parle que du bon ou du mauvais usage des sens du corps, comme Ambroise dans le De paradiso, un ouvrage qu'il a beaucoup médité et qui pourrait être ici encore sa source.

Augustin ignore en fait tout ce qui fait l'originalité de l'interprétation de l'Alexandrin : l'application de la parabole à la vie présente de l'Église et non au jugement eschatologique ; l'idée que le sommeil des vierges figure non la mort, mais la torpeur spirituelle ; et surtout, l'assimilation de l'huile à la connaissance spirituelle, voire à la juste intelligence de l'Écriture. Quand les vierges sages disent aux folles : « Allez vous acheter de l'huile », pour Origène, c'est un bon conseil qu'elles leur donnent, celui d'acquérir cette connaissance, s'il en est temps encore, auprès des marchands d'huile qui ne sont autres que les apôtres et les docteurs". Cette interprétation, que Jérôme reprendra partiellement en 398 dans son commentaire sur Matthieu, et qui est familière à d'autres utilisateurs d'Origène", est très différente de celle de l'Hipponate [Augustin d'Hippone].

Le trait le plus original de l'exégèse d'Augustin est d'assimiler l'huile que l'on se procure à l'extérieur à la flatterie, laquelle est « l'huile du pécheur » dont le Ps 140, 5 dit : « Que le juste me reprenne et me corrige dans sa miséricorde, mais que jamais l'huile du pécheur n'oigne ma tête ». Ce verset a frappé Augustin dès l'époque où il rédige ses LXXXIII Diverses Questions, comme le prouvent deux lettres datables de la fin du sacerdoce. Il le cite souvent et reprend dans presque tous ses grands commentaires de la parabole, en opposant toujours cette huile à celle que l'on a en soi. Mais dans la Question 59, Augustin précise, ce qu'il ne fait plus jamais ensuite, que l'huile que l'on a en soi est « l'huile de joie » du Ps 44, 8 : c'est la joie intérieure qui procède du bien et naît dans la conscience de celui qui se préoccupe d'agir pour Dieu seul et non pour se faire bien voir des hommes. L'utilisation, à propos de la parabole des dix vierges, de cette opposition des deux huiles (Ps 140, 5 et Ps 44, 8) ne se trouve que dans l'œuvre d'Augustin, ou chez des auteurs qui en dépendent directement, comme Paulin de Nole et Cassiodore. C'est le seul thème de la Question 59 qu'Augustin abandonne par la suite.

L'opposition des deux huiles n'est pas inconnue de la tradition exégétique. On la rencontre à propos de Mt 6, 17, où l'homme qui jeûne se voit enjoindre d'oindre sa tête d'huile parfumée pour cacher son ascèse aux yeux des hommes. Le passage correspondant n'a pas survécu dans le traité Sur Matthieu d'Origène, mais l'Alexandrin commente Mt 6, 17 dans ses Homélies sur le Lévitique en l'éclairant par l'antithèse des deux huiles du Ps 44, 8 et du Ps 140, 5.

Dans son commentaire du Psaume 140, 5, de tonalité très origénienne, Hilaire oppose aussi à l'huile du pécheur la bonne huile de la doctrine spirituelle que répand le juste, en citant Mt 6, 17, mais pas le Ps 44, 8 ; il en va de même dans l'homélie de Chromace sur ce verset de Matthieu, visiblement dépendante du commentaire d'Hilaire. Ambroise, de son côté, a rapproché l'huile de Mt 6, 17 de l'huile de joie du Ps 44, 8, qui n'est autre que l'Esprit Saint, mais sans allusion au Ps 140, 5. Le rapprochement entre les Ps 140, 5 et 44, 8 se trouve donc seulement chez Augustin et Origène. Cependant, si l'on en croit Jérôme, l'Alexandrin n'avait pas été le seul à mettre en relation les deux versets. Il écrit en effet, quand il commente Mt 6, 17: « Lisant cette parole du Psalmiste: "Que l'huile du pécheur n'aille pas oindre ma tête", beaucoup disent qu'il existe en revanche une bonne huile, dont il est dit ailleurs : "Dieu, ton Dieu, t'a oint de l'huile d'allégresse, te préférant à tes compagnons" (Ps 44, 8). Le Seigneur nous prescrit, dans la pratique de la vertu, d'oindre la faculté royale qu'est notre cœur avec l'huile de l'Esprit. Augustin, quand il écrit la Question 59, ne peut dépendre de ce texte que Jérôme écrit quelques années plus tard. En revanche, il peut fort bien avoir la même source que Jérôme. Quelle est-elle ? Il doit s'agir d'un exégète latin ancien, grand lecteur d'Origène ; c'est vraisemblablement l'auteur d'un commentaire sur Matthieu que le prêtre de Bethléem déclare avoir utilisé dans la préface de son propre commentaire de cet Évangile : Victorin de Poetovio (Martine Dulaey, Sur les LXXXIII diverses questions d'Augustin, Revue d'études augustiniennes et patristiques, Volume 52, 2006).

De même que le chrétien est dédié par l'eau et l'huile, ainsi l'autel est consacré par l'ablution et l'onction. On achève enfin de consacrer l'autel par des onctions, au centre et aux quatre coins, avec l'huile et le saint chrême, et procède de même, du sud au nord, pour les murs de l'église, en y traçant douze croix. On sait que des « croix de consécration "peintes ou sculptées sur les murs ou les supports perpétuent, en maint édifice, le souvenir de cette coutume rituelle. Un tel rite suppose donc que l'édifice à consacrer soit implanté d'ouest en est... (Congrès archéologique de France, Volume 154, Société française d'archéologie, 2002).

Psaume 140,5 :

Corripiet me iustus in misericordia et increpabit me oleum autem; peccatoris non inpinguet caput meum quoniam adhuc et oratio mea in beneplacitis eorum "Que le juste me frappe, c’est une faveur ; qu’il me châtie, c’est de l’huile sur ma tête : ma tête ne se détournera pas ; mais de nouveau ma prière s’élèvera contre leur méchanceté"

Psaume 44,8 :

Dilexisti iustitiam et odisti iniquitatem propterea unxit te Deus Deus tuus oleo laetitiae prae consortibus tuis "Tu aimes la justice, et tu hais la méchanceté : C’est pourquoi, ô Dieu, ton Dieu t’a oint d’une huile de joie, par privilège sur tes collègues"

Tout ceci laisse penser que PS PRAECUM a bien un rapport avec les 150 psaumes du livre de la Bible. Cependant PS PRAECUM est constitué de 9 lettres et peut être interprété d'une autre façon.

PS PRAECUM : P S P R A E C U M, 9 lettres

Les initiales des saints du grand calendrier nonagonal correspondent à 6 des lettres de PSPRAECUM ou PS PRAECUM.

P : Pierre, 29 juin - Sommet en Manche

M : Marie l'Egyptienne, 9 avril - Sommet en Atlantique

A : Antoine, 17 janvier - Rennes-le-Château

C : Casarie, 8 décembre - Ferrassières

S : Simon, 28 octobre - Le Patchalet

U : Ugoline (Ugolina en italien, Hugoline), 8 août - Vieille-Chapelle

 

E : peut vouloir dire le breton Erwan traduit par Yves en français, 19 mai - Edern

R : c'est Richarde fêtée le 18 septembre qui entre dans le concert ergotique d'Antoine et de Yves - Ban-Saint-Martin

L'origine d'Andlau est liée au nom de l'impératrice Richarde, épouse de l'empereur Charles le Gros qui fait ériger l'abbaye vers 880. Elle s'éleva, nous dit-on, à l'endroit même où s'érigeait le "dolmen de la fécondité" vénéré par les populations gallo-romaines. Selon la légende, l'impératrice des Francs se serait retirée dans cette contrée "sauvage, où il avait plus d'ours que d'hommes", après avoir été répudiée par son mari, Charles le Gros, sous prétexte d'infidélité. Sortie "blanche comme neige" de l'épreuve du feu qu'elle s'imposa pour prouver son innocence, l'impératrice bienfaisante et douce fit bâtir "un couvent pour les pauvres et déshérités", (en réalité une abbaye princière pour les jeunes filles de la noblesse) à l'endroit où une ourse faisait boire ses petits. La fondation destinée aux femmes reçoit le nom allégorique d'Eléon, en souvenir du célèbre sanctuaire en Terre Sainte. L'abbaye jouit d'un statut semblable à celle d'Ottmarsheim et de Sainte Croix près de Colmar. Léon IX (fêté le 19 avril) fait canoniser en 1049 Richarde et transférer ses restes dans la nouvelle église en construction. L'empereur Henri II fait passer l'abbaye sous statut d'immédiateté d'empire en 1004. Frédéric Barberousse donne l'abbaye en fief à Hadzigue en 1160. En 1211 l'empereur devient avoué de l'abbaye après l'extinction des derniers avoués, les Eguisheim-Dabo. En 1288 l'abbesse d'Andlau reçoit le titre de princesse ; elle s'entoure d'une véritable cour, à l'instar des abbés de Murbach. Andlau, comme tous les terroirs d'exception, deviendra aussi un centre florissant du vignoble grâce à Richarde avec la bénédiction de la papauté et sous la protection des seigneurs d'Andlau juchés sur leur château en haut de la montagne. L'abbaye relevant directement du Pape se trouve prédestinée à devenir le fournisseur privilégié de bons crus du Vatican. Autour d'elle se développe la ville d'Andlau, empreinte d'esprit chevaleresque que maints ordres, comme la Commanderie des Templiers ou celle des Chevaliers Teutoniques, se chargent de concrétiser avant la légende, inspirés par le charme des gracieuses pensionnaires de l'abbaye, libres de tout serment religieux, selon le voeu de sa fondatrice. La mésaventure des ses tristes noces avaient certainement convaincu Sainte Richarde de la primauté des élans du cœur.

Ce lieu de recueillement, où les femmes celtes venaient puiser la fertilité légendaire de l'ours, devint un site miraculeux pour les nombreux pèlerins qui viendront, par la suite, demander aux reliques de Sainte Richarde la guérison de leur mal de jambes. L'empoisonnement à l'ergot provoqué par l'ingestion de farine de seigle était fatal au Moyen-Âge. Les symptômes comprenaient un ralentissement de la circulation sanguine, qui provoquait l'alternance d'une sensation de grande chaleur et de grand froid, puis de la gangrène aux extrémités du corps (Sainte Richarde).

En 1748, Duhamel et Boucher donnent une description méthodique de la symptomatologie de l'ergotisme gangréneux, qui deviendra vite la référence. Ils décrivent à la maladie quatre périodes. A la première période " Un homme sain, robuste, gai, devient tout à coup sombre, mélancolique, presque stupide ; il sent un malaise, un brisement dans les membres et un accablement général pendant le jour ; pendant la nuit, il est agité de rêves effrayants qui l'éveillent en sursaut : il est dans une agitation continuelle au lit et d'une pâleur presque livide ; il ressent des douleurs vagues au dos et surtout aux jambes ; il éprouve des mouvements involontaires ou des contractions spasmodiques dans les membres qui sont quelquefois douloureuses comme des crampes ; parfois une chaleur cuisante et momentanée envahit la partie qui doit éprouver les effets du mal. Le pouls commence alors à s'animer un peu, mais quelquefois il ne se dérange pas du tout, l'appétit se soutient ; le ventre est un peu dur et tendu, mais libre, quelquefois douloureux ; les urines toujours libres et abondantes mais couleur de paille et limpides. C'est ainsi que la maladie débute pour l'ordinaire et cet état en est la première période ". Suivent les trois autres périodes. " Ce mal a trois manières de se terminer : ou bien il ne passe pas au quatrième temps et alors le malade guérit, ce qui est annoncé par un fourmillement qui succède à l'engourdissement des membres ; ou bien le mal né aux extrémités les plus éloignées s'arrête à une certaine hauteur ; ou bien il monte et la mort est inévitable (Pierre C. Lile, L'ergotisme au XVIIIème siècle).

P, deuxième p de PS PRAECUM : Procope le Décapolite, fêté le 27 février

Un des plus célèbre Frère franc-maçon du XVIIIème siècle était appelé Frère Procope, auteur d'une Apologie de l'Ordre. Selon un témoignage anonyme il aurait été reçu à Aubigny-sur- Nère chez le duc de Richmond en 1718, ce qui semble un peu précoce. Ce Procope, Michel Procope-Couteaux, était médecin et frère, par le sang, du tenancier du très connu Café Procope à Paris, créé par leur père (Pierre Chevallier, Les ducs sous l'acacia ou Les premiers pas de la franc-maçonnerie française 1725-1743).

L'Ordre des Francs-Maçons Trahi, et le Secret des Mopses Révélé est en réalité un écrit de propagande maçonnique du XVIIIème siècle. Certaines éditions de ce livre ont une épître dédicatoire au Frère Procope, l'un des Vénérables des 22 loges établies à Paris. L'Ordre des Mopses : une société d'hommes et de femmes, en réalité une Loge mixte, qui avait été établie à la suite de l'excommunication que le Pape Clément VII avait lancée en 1736 contre la Franc-Maçonnerie et qui pensait y échapper en n'exigeant point de serment.

Michel Procope-Couteaux, docteur-régent de la Faculté de médecine en l'Université de Paris, était le second fils de François Procope-Couteaux, qui le premier établit en France les lieux appelés cafés, et nous fit connaître l'usage des glaces et autres rafraîchissements. Michel naquit à Paris le 7 juillet 1684. On le destina dés fon enfance à l'état ecclésiastique, et à l'âge de neuf ans il prêcha en l'église des Cordeliers du grand couvent de cette ville, un sermon en grec, de sa composition. Il quitta par la fuite cet état pour celui de la médecine, profession dans laquelle il avait fon frère aîné, qui s'établit depuis en Espagne, où il fut premier médecin du Roi. Les connaissances que Michel Procope acquit dans fon art lui valurent la réputation d'un bon théoricien ; mais l'amour du plaisir et de la liberté lui permit peu d'être un grand praticien. Son esprit le fit bientôt connaître dans le monde. Il était petit, laid et bossu ; néanmoins il fut recherché des plus grandes et des plus aimables compagnies, où il a toujours été connu sous le nom du Docteur Procope. Il fut marié trois fois. Il épousa en troisièmes noces la fille aînée de M. le comte de Montfort, sœur du marquis de ce nom, capitaine au régiment du Roi. Il mourut à Chaillot près Paris, le 9 décembre 1753, âgé de soixante-neuf ans et six mois.

Michel Procope-Couteaux est l'auteur avec Jean-Antoine Romagnesi de la comédie Les Fées. Inspirée du conte Riquet à la houppe de Charles Perrault, Riquet, prince " si laid et si mal fait, qu'on douta longtemps s'il avait une forme humaine ", elle a figuré au répertoire de la Comédie Italienne pendant près de vingt ans à partir de 1736, année de sa création. Elle a été plusieurs fois imprimée et jouée à la Cour. La critique, " ignorant " la filiation de Perrault, se contenta de signaler que la comédie avait pour sujet l'Esprit préférable à la beauté. D'un côté sont mis en scène l'Obscurantisme, la Bêtise, la Soumission et la Tyrannie ; de l'autre, l'Amour et la Raison pacifiés, la Conscience de soi et l'Ouverture au monde. Cette fable, où la primauté de l'expérience est consacrée et la foi inconditionnelle dans l'entendement humain attestée, participe aux réflexions philosophiques qui contribuent à la propagation de l'empirisme de Locke et annoncent l'optimisme triomphant des Lumières.

Le véritable nom de cette famille, originaire de Palerme en Sicile, est Cuto. François-Procope Cuto, en s'établissant à Paris, où des dérangements de fortune l'avaient attiré, avait francisé son nom, francisation italianisée en Coltelli. A l'égard du nom Procope qui précède, c'était un nom de baptême, qui par la suite est devenu un nom de famille pour les descendants. François, dont on a retrouvé le certificat de baptême, est né le 9 février 1651 à Palerme et baptisé en l'église Saint-Hippolyte. Ses parents étaient Onofrio et Domenica Samarqa, ou Samarque, nom séfarade.

A la suite de quelles tribulations le Sicilien (en qui il faut renoncer à voir un gentilhomme ruiné) - échoua-t-il à la Foire Saint-Germain où il devint commis de Harouthioun (ou Pascal), arménien précurseur du " café " à Paris ? On ne sait. Il suivit son patron quai de l'École ; lorsque ce dernier eut fermé boutique, il retourna à la Foire Saint-Germain, s'associa à un certain Logerot pour louer une échoppe, et gagna rapidement assez d'argent pour pouvoir, dès 1675, se marier avec Marguerite Crouïn : il en eut, de 1676 à 1688, huit enfants. Ses relations semblent localisées dans les milieux italiens. Mais en 1684 le Sicilien, à la tête d'une affaire prospère, se fit naturaliser.

En 1686, désormais Procope-Couteaux, il se transporta rue des Fossés-Saint-Germain ; il y fonda l'établissement qui devait au cours des siècles suivants connaître la célébrité sous le nom de " Café Procope ". Procope loua de plus les deux maisons attenantes, ce qui lui fournit un assez vaste espace. Le hardi Sicilien, abattant les cloisons, consacra le rez-de-chaussée des deux immeubles à son café, y installa de petites tables de marbre commodes et avenantes, accrocha au plafond des lustres de cristal, orna enfin les murs d'une élégante tapisserie et, suprême raffinement, de miroirs et de glaces. Le café devenait digne de devenir le rendez-vous des honnêtes gens... et des gourmets. Peut-être avait-il été appelé par un de ses parents éloignés : l'endroit où il s'installe - un établissement de bains à l'enseigne du " Saint Suaire de Turin " - avait été tenu par les descendants du Procopio Coltelli venu à Paris dans la suite de Catherine de Médicis (www.rosalio.it - Famille Cuto, Encyclopédie méthodique - Volume 6, Jean Leclant, Le café et les cafés à Paris (1644-1693), Nathalie Rizzoni, Les fées de Romagnesi et Procope-couteaux (1736) entre Perrault et Marivaux).

Placées sur le nonagone dans l'ordre calendaire, PS PRAECUM donne RUPEM PACS = RUPEM PAX le rocher silence, ou le rocher silencieux ou le rocher muet ou la roche muette. Comme certains graffiti de Pompéi, cs ou gs sont à la place de la lettre x.

Bergère, pas de tentation, que Poussin Teniers gardent la clef PAX, DCLXXXI par la Croix et ce cheval de Dieu, j'achève ce daémon de gardien à midi pommes bleues"

Cette phrase est le résultat du décryptage de deux objets assez douteux de cette affaire : la dalle de Marie de Nègre d´Able, dame d´Haupoul de Blanchefort effacée par Bérenger Saunière, mais reproduite par Eugène Cros et par Eugène Stublein et l´un des parchemins, supposé avoir été trouvé par cet abbé dans son église de Rennes-le-Château (Le coin de l'énigme). Le nombre de lettres de la stèle ajoutées à celles de PS PRAECUM de la dalle correspond à celui des 140 lettres en trop du "grand parchemin" auxquelles on a oté les mots "AD GENESARETH" (reinedumidi.com - Code 1). 140 comme le numéro du psaume en jeu dans le décryptage des mots ARCIS REDDIS CELLIS REGIS de la dalle de Marie de Nègre. Le numéro 44 de l'autre psaume a pour valeur 2 x 22.

Eugène Delacroix, Christ sur le lac de Genesareth - 1854 - Metropolitan Museum of Art, New York

www.grandspeintres.com - Delacroix

On remarque que la montagne au fond à gauche présente un profil inversé au relief de droite du tableau des Bergers d'Arcadie de Nicolas Poussin.

PAX en numérologie grecque (RHO, ALPHA, KHI) n'a jamais valu 681 mais 100 + 1 + 600 soit 701. 681 est la valeur de BUTHÔS (le gnostique bythos) : " Toi le Mâle, Toi la Femelle, Toi la Voix, Toi le Silence, Nature engendrée de la Nature. Toi, Roi, Eon des Eons, Comment est-il permis de t'appeler ... Père de tous les Pères, Père de Toi-même, ... Propator qui n'a aucun père, ... 0 Fils de Toi-même. Mais l'Esprit initié Dit ceci et cela, Célébrant par des danses L'Ineffable Bythos. " Le silencieux Bythos rejoint le mot latin PAX qui signifie paix mais aussi " silence ! ".

Eleysin (autre nom d'Eleusis) vaut 700, mais peut s'écrire aussi ELEUSINA soit 701 comme PAX (www.jwmt.org).

Pax se retrouve sur la dalle donnée dans Pierres Gravées du Languedoc (attribué à Eugène Stüblein) dans une transcription grecque de ARCADIA qu'il faut lire en latin.

Les mots KHONX-OM-PAX étaient utilisés en conclusion des Mystères d'Eleusis pour renvoyer les initiés. Ils proviennent de l'ancien sanscrit Kansch, Aum, Paksch, qui sont encore employés par les Brahmanes dans la conclusion de leurs rites (SAUTRAN vs SFUTRAN). Le mot KHONX n'a pas passé le seuil du Temple d'Eleusis. Mais la destinée du mot PAX est très singulière. Tandis que l'origine et le vrai sens mystique nous est peut-être inconnu, ce mot dans le sanctuaire de Cérès, aussi étranger, a pénétré la vie quotidienne des nations de l'antiquité. Placé à la fin de la formule, il a contracté le sens de fin connecté à celui de silence. Tout conspire à attacher une idée de mystère et de discrétions à cette exclamation. C'est sous cette fausse acception qu'elle circulait dans les anciens langages. Le mot paix en français signifiant silence ! provient sans doute de cette expression. Anquetil du Perron a observe que le mot que Theodore de Mopsueste traduit par fortune, est bakht, un mot Zend, préservé dans le perse, signifiant fortune, ou destin. Comme le sanscrit et le zend ont de nombreuses racines communes, le mot bakht est semblable au sancrit Pakscha qui est transformé en différents dialectes en Fakht, ou Vakhs, avec le même sens que le mot zend (Sergei Semenovitch Uvarov, Essay on the mysteries of Eleusis).

Il est certain qu'on montrait dans l'enceinte mystique d'Eleusis, non loin du puits Callichoron, un rocher consacré, appelé agelastos petra, "la pierre triste", où l'on racontait que Cérès était venue s'asseoir, absorbée dans la douleur de la perte de sa fille, pendant le temps qu'elle avait passé dans la demeure de Céléus. On faisait voir à Salamine une autre agelastos petra, consacrée par la même tradition, et Mégare se vantait de posséder également, sous le nom d'anaklêthris petra, une roche d'où Déméter avait appelé sa fille avec de grands cris de désespoir. En rencontrant dans le téménos le plus saint d'Eleusis, tout auprès du Callichoron, au pied du promontoire rocheux où s'élevait le plus ancien sanctuaire du culte mystique, un rocher isolé, consacré par la piété des adorateurs de Déméter et sur lequel on avait dressé un colosse de la déesse sous sa forme d'"affligée", il est bien difficile de ne pas considérer ce rocher comme étant la "pierre triste" elle-même (Article Eleusinia - Daremberg et Saglio (1877)).

Tandis que Déméter est assise auprès du puits, les filles de Céléos, le roi d'Eleusis, viennent y puiser de l'eau. L'hymne homérique les appelle Callidicé, Cleisidicé, Démo et Callithoé ; c'est du moins ce que porte le texte parvenu jusqu'à nous, car celui que Pausanias a eu sous les yeux n'en comptait que trois, et les appelait, d'accord avec Pamphos, Diogeneia, Pamméropé et Saisara. Et cette donnée du nombre de trois est bien celle qui était anciennement consacrée, car les filles de Céléos étaient les types héroïques des trois grands sacerdoces confiés aux femmes dans le culte mystique d'Eleusis. Les jeunes filles abordent l'étrangère, en lui demandant son nom et son pays. Elle répond s'appeler Dôs et avoir été enlevée en Crète par des pirates, des mains desquels elle a fini par s'enfuir, et elle sollicite une hospitalité généreuse. Les filles de Céléos lui montrent alors les demeures des principaux princes d'Eleusis et celle de leur père, où elles vont aller parler à leur mère Métanire, qui recueillera l'étrangère et la prendra pour nourrice de son jeune fils Démophon. La reine consent, et ses filles lui amènent la divine voyageuse toujours inconnue. Mais Déméter reste en proie à son violent chagrin. Son visage, en signe de deuil, est couvert d'un voile, et ce n'est qu'en franchissant le seuil hospitalier de Céléos qu'elle le découvre. Alors, malgré son déguisement, l'éclat de son origine céleste rayonne aux regards de Métanire, saisie d'une crainte respectueuse. La reine cède son propre siège à Déméter, mais celle-ci refuse de s'y asseoir. La déesse reste silencieuse, les yeux baissés, et ne consent à se reposer que lorsque Iambé lui a présenté un siège couvert d'une peau de brebis. Là, le visage caché dans ses mains, muette, immobile, absorbée dans sa douleur, elle refuse tout breuvage et toute nourriture. Chacun s'efforce de la distraire, et Iambé seule y parvient par ses propos joyeux. En voyant un sourire involontaire se dessiner sur les lèvres de la déesse déguisée, Métanire lui offre une coupe de vin, qu'elle refuse encore ; mais elle consent à accepter un breuvage singulier, dont elle donne la formule et qui devient le type du cyceon des mystères. Gerhard a pensé reconnaître cette scène dans la peinture d'un vase à figures noires Iambé, dont on fait une fille de Pan et d'Echo ou bien une esclave thrace, est mise par son nom même en rapport avec le vers iambique et personnifie l'élément comique qui intervenait sous la forme des Gephyrismi dans les Grandes Eleusinies et sous celle des Stenia dans les Thesmophories. Dans un article spécial, il a été déjà montré comment, sous l'influence des Orphiques, elle se transforma dans l'obscène Baubo (Article Ceres - Daremberg et Saglio (1877)).

Le mot "mystère" dérive du verbe grec méô "garder les yeux ou la bouche fermés", à partir d'une racine indo-européenne *mus-. Les initiés aux Mystères se devaient en effet garder le silence, en particulier à Eleusis.

Dans la tradition romaine, Tacita, la "Déesse muette," était identifiée à une déesse de la Terre et de la Mort, figure centrale des Larentalia. La contrepartie grecque devait être Déméter et Perséphone (Nikolay P. Grintser, What did musteries mean to ancient Greeks ?).

" La vague du cœur ne jaillirait pas si haut, avec une telle beauté, elle ne deviendrait pas esprit, si le vieux rocher muet, le Destin, ne se trouvait pas sur sa route. " Cette parole d'un écrivain allemand, Hölderlin, résume l'esprit même des mythes grecs.

La roche du silence a son correspondant à Arce dans la commune de Limoux à proximité de Saint-Salvayre. Dans le lexique des Poésies complètes de Bertran de Born muda signifie muette. Or à Arce se trouve la Roque Mude qui culmine à 682 mètres... (www3.webng.com - Lexique médiéval).

En anglais "mud" veut dire "boue", ce qui rapproche du Serpent rouge : "Retire-moi de la boue".

Après avoir fondé la cité de Rhedae, au sixième siècle, les Wisigoths entourèrent cette ville de forteresses pour en défendre les approches. L'un de ces châteaux-forts fut construit à Arques. On l'appelait Arces, mot latin traduit du grec qui signifie commandement. On retrouve quelques restes des substructions de cet édifice dans le fondement des hautes murailles qui entourent le donjon actuel. Près du village de Saint-Polycarpe on trouve du côté du midi le hameau d'Arce, et sur un terrain avoisinant on trouve les ruines d'un vieux château auquel se rattachent quelques souvenirs historiques. Les seigneurs d'Arce jouèrent souvent un rôle assez marquant parmi les nobles de la contrée feudataires des comtes de Rhedez, et qui étaient souvent en rébellion contre leur souverain. Le château d'Arce fut démoli lors de la guerre des Albigeois. Dom Vaissette cite un acte de serment, daté de 1172, par lequel Oton d'Aniort, Ugo de Carderone et Guillaume d'Arce jurent sur les saints Évangiles dans l'église de Limoux; de conserver et de défendre le château de Coustaussa, au profit de son seigneur Pierre de Vilar, viguier de Rhedae, et du comte Roger de Béziers. La cité de Rhedae rayonnait donc comme un astre au milieu des châtellenies, des prieurés, des bourgs et des villages qui couvraient la contrée. Elle atteignit alors à l'apogée de sa gloire; car, dans ses murs, c'est-à-dire à la cour de ses comtes, se réunissaient les seigneurs féodaux de Termes, de Pierre-Pertuse, de Castelpor, de Puylaurens, d'Aniort, les abbés mitrés d'Alet et de Saint-Polycarpe, les châtelains de Carderone, de Castillon, d'Arce, de Blanchefort, de Brenac et tant d'autres qu'il serait trop long d'énumérer. C'est aussi dans Rhedae que se réunissaient fréquemment quelques riches vassaux qui aspiraient à devenir des seigneurs châtelains, les syndics des monastères de Cubière, de St-Martin-de-Lys, et enfin, les supérieurs des prieurés de Montazels, d'Espéraza, de Luc, d'Arques et de Couiza (A Sipra - Alet).

Le Cri Cri

Le " cheval de dieu " du message "Bergère..." explique toute l'affaire : " Grelet en Poitou, grésillon en Anjou, criet en Normandie, cricket en Angleterre, Grille en Allemagne, guersillon du côté de la Bretagne, grillon à Paris, grinchon en Flandres, cri-cri ou petit cheval du bon Dieu chez les enfants [ou dans les Antilles mais il s'agit d'un phasme]... (www.inra.fr).

Le Cri-Cri est une revue du début du XXème siècle publiée par René Godfroy.

René Godfroy, venu à l'anticléricalisme en réaction à l'affaire Dreyfus, fournit La Lanterne, et d'autres journaux, de rééditions de Lavrate, collaborateur du Monde Plaisant, mort en 1888. Il réimprime début 1905 la série intitulée " Nos bons curés " ainsi que plusieurs dizaines de cartes postales.

www.caricaturesetcaricature.com.

La Lanterne n'en est pas à son coup d'essai quant à l'utilisation de la caricature. Elle poursuit sa propagande par l'image inaugurée fin 1902 avec une affiche du dessinateur Ogé intitulée " Voilà l'ennemi " et diffusée quelques semaines avant la création d'une " Association anticléricale et républicaine des Lanterniers " vouée à un important succès. Godfroy publie de Sébastien Faure Douze preuves de l'inexistence de Dieu ; Réponse aux paroles d'une croyante, à Versailles (1905-1906, 27 p., imprimerie ouvrière La Gutemberg, Viroflay). Sébastien Faure (1858-1942), anarchiste détaché du guédisme, se consacra à l'affaire Dreyfus et rédigea un J'accuse plus violent que la lettre de Zola. Il s'investit ensuite dans la propagande néo- malthusienne aux côtés d'Eugène Humbert et entreprit de faire vivre une communauté éducative fondée sur les principes libertaires : La Ruche dont les principes pédagogiques de Sébastien Faure s'inspiraient de ceux de Paul Robin. Lors de la guerre de 14-18, persuadé dans un premier temps par Louis-Jean Malvy d'interrompre sa campagne pacifiste, il la reprend avec la publication d'un hebdomadaire de quatre pages intitulé Ce qu'il faut dire. Victime d'une campagne de calomnies et de rumeurs malveillantes, il est accusé d'avoir pincé les fesses d'une fille d'une dizaine d'années, ce qui lui valut une condamnation à 6 mois de prison pour outrage aux bonnes mœurs. Il mit sur pied l'imprimerie La Fraternelle, fit paraître en 1922 le premier numéro de Le Revue anarchiste, puis assuma la direction et la coordination de L'Encyclopédie anarchiste (pagesperso-orange.fr/libertaire - Sébastien Faure). Il fut membre de la Franc Maçonnerie, dont il démissionnera en 1914.

Le numéro 157 avec La société littéraire et artistique de Cidrophile-les-Doctes de Germain Picard est édifiant. Donnons quelques extraits :

Le comte de Calville est un pomologue étonnant. Son jardi- nier a crée une pomme nouvelle : la Paulina Calvilla. On ne peut la manger, mais elle est superbe et pèse 750 grammes. Il cherche en ce moment la pomme bleue, qu'il espère obtenir d'une greffe savante. Trois cents pommes de diverses espèces, conservées dans l'alcool, sont rangées autour du cabinet de M. le comte, qui sait les noms et connaît la provenance et les qualités de chacune d'entre elles.

Le président de droit est M. le Maire, un homme comme on n'en voit pas ailleurs, très gros, très riche et très imposant. Il parle peu, il ne fait rien, il laisse M. l'Adjoint gouverner les affaires de la mairie, mais il reçoit tous les quinze jours ses confrères à dîner et collectionne les timbres-poste et les jarretières. Quelle collection ! Bone Deus ! 15,000 timbres-poste et 6,000 jarretières. Entre autres pièces rarissimes, il montre avec orgueil un timbre-poste zoulou, un timbre à l'effigie de Henri IV et la jarretière que la comtesse de Salisbury laissa tomber au bal de la cour. Honni soit qui mal y pense ! […] M. de Hautefaçon est un archéologue de premier ordre. Il a découvert les ruines d'un village lacustre sur la colline qui nous protège contre le Vent du nord, et a écrit à ce sujet trois grosses brochures qui seront imprimées l'an prochain. Son salon est un musée dans lequel on voit, entre autres curiosités authentiques : la quenouille de la reine Berthe, la pantoufle de Cendrillon, l'anneau de Mélusine, le poignard de Rollon et la rondache de don Quichotte.

Le vice-président, M. Bonafoy, est un pédagogue de la nouvelle école. Il supprime la grammaire vieux jeu et réduit l'orthographe à sa plus simple expression. Plus de mots écrits, plus de syllabes, plus de points ni de virgules. C'est très ingénieux. Il vous faut trente quatre lettres pour écrire une phrase : " Cet été j'ai eu des idées, oh ! des idées osées, " par exemple. Eh bien ! suivant le nouveau système, il n'en faut plus que quatorze : CETGUDIDODIDOZ Vous voyez quelle économie de temps, d'encre et de papier pour les particuliers, et quelle économie d'argent pour l'Etat, qui pourra supprimer les trois quarts des écoles. Heureux enfants de l'avenir pour qui l'étude ne sera plus aride, vous bénirez la mémoire de M. Bonafoy. Ou l'inventeur du SMS.

Ou le numéro 31, avec Les Templiers d'Alphonse Allais :

" …Nous étions dans une grande pièce qui devait communiquer avec la chapelle.

- Je vois ce que c'est, fit Schwartzbacher, nous nous trouvons dans le château des Templiers.

Il n'avait pas termine ces mots, qu'une immense porte de fer s'ouvrit toute grande. Nous fûmes inondes de lumière. Des hommes étaient là, à genoux, quelques centaines, bardés de fer, casque en tête, et de haute stature. Ils se relevèrent avec un long tumulte de ferraille, se retournèrent et nous virent. Alors, du même geste, ils firent Sabre-main ! et marchèrent sur nous. J'aurais bien voulu être ailleurs. Sans se déconcerter, Schwartzbachermann, - oui, c'est Schwartzbachermann, - retroussa ses manches, se mit en posture de défense et s'écria d'une voix forte :

- Ah ! nom de Dieu ! messieurs les Templiers, quand vous seriez cent mille... aussi vrai que je m'appelle Durand ! (Cri Cri).

REDDIS REGIS CELLIS ARCIS

On aurait pu croire les quatre mots tirés du Cantique des Cantique :

Arcis, de Arx : citadelle. La Tour de David est la citadelle près de la Porte de Jaffa : " Ton cou est comme la tour de David, Bâtie pour être un arsenal; Mille boucliers y sont suspendus, Tous les boucliers des héros. " : IV, 4.

Regis, cellis : roi, cellier. Le roi (l'Époux) m'a introduite dans ses celliers : II, 4, (commenté par Saint Bernard, Sermons sur le Cantique et Sainte Thérèse d'Avila, Des pensées de l'Amour de Dieu).

La tradition hébraïque connaît neuf cantiques. Salomon devait composer le neuvième, le Cantique des Cantiques ("Shîr Ha-Shîrim"). Aucun nouveau cantique n'a été composé après Salomon. Car le dixième cantique sera chanté par les enfants de l'Exil lorsqu'ils pourront fêter la fin de l'Exil. Neuvième et mystérieux chant, le "Cantique des Cantiques", poème par excellence, est attribué, dans son en-tête, à Salomon, le sage des sages. On ne peut toutefois déterminer si le roi, fils de David, est l'auteur-compositeur du Chant (cantique "de" Salomon) ou l'auteur à qui est dédicacé ce texte superbe (cantique "pour" Salomon...) (cf 1 R 5,12; Si 47,17). Son association avec Salomon donne symboliquement au poème la dimension plus large d'une noce entre un roi et l'épouse "noire mais belle" qui représente sa terre fertile et dont le corps est comparé à des éléments de cette terre (st.symphorien.metz.free.fr - Cantique des Cantiques).

C'est le rituel du Grade de Maître du régime écossais rectifié, de la Grande Loge Suisse Alpina, rédigé au Convent Général de l'Ordre, en l'an 1782, version complétée par Jean- Baptiste Willermoz, conforme à la Tradition du Régime Ecossais Rectifié, et adapté sur quelques points pour être en accord avec la Constitution de la loge suisse et ses Principes généraux, qui, en fait, nous guide (members.freemail.ch - Rituel du Grade de Maître (RER)).

Les quatre mots de la dalle REDDIS, avec REDDIS, REGIS, CELLIS et ARCIS présents avec PS PRAECUM sont, quand on cherche bien, quatre verbes latin conjugués à l'indicatif présent de la deuxième personne du singulier.

REDDIS : tu rends

Le Vénérable Maître dit : " Votre tablier sera désormais (attaché avec ce ruban bleu) bordé de bleu. L'Ordre en vous décorant de cette couleur qui vous rapproche de la classe des Maîtres, vous invite à redoubler de zèle et d'exactitude, afin que vous soyez digne d'y parvenir. " En lui rendant son épée, il poursuit : " Je vous rends votre épée. Qu'elle soit désormais le signe de votre vigilance à repousser loin de vous tout désir injuste et dangereux. " L'épée de Vénérable symbolise la parole créative, la force illuminatrice, quand par exemple, au cours de l'initiation, le Vénérable maître la pose sur la tête du néophyte et frappe par trois fois la lame à l'aide de son maillet.

Cette épée a sans doute un rapport avec le mot clé MORTEPEE.

REGIS : tu diriges

C'est le rôle de Vénérable Maître que de diriger les travaux et les cérémonies de la loge.

CELLIS : tu frappes

Pour procella, " tempête de vent " " ouragan ", deux étymologies sont en concurrence. La première tire le mot du verbe procello, dépasser, s'élever en avant des autres, la seconde le rapproche du verbe cello, frapper" (Éléonora Tola, La métamorphose poétique chez Ovide: Tristes et Pontiques).

Au cours des "Voyages" du Candidat, le Vénérable Maître bat les neuf coups par trois fois trois, qui sont répétés par les Surveillants, et dit : " Frère Second Surveillant, que le Compagnon fasse avec vous, autour de ces tristes restes, les neuf voyages emblématiques, lesquels pourront se terminer en trois, s'il se laisse guider par vos conseils.

ARCIS : tu fais venir (tu appelles)

ARCIO, IS, IRE, II et IVI, ITUM, tr VIème siècle après J.C. dans Priscien de Césarée : mander (faire venir), demander à quelqu'un de venir. Dans la langue du droit, cieo et cio signifiaient " appeler a comparaitre, citer " (www.dicolatin.com).

Le Vénérable Maître dit encore : " Frère Premier Surveillant, puisque le Frère Compagnon est décidé à subir les épreuves nécessaires, qu'il soit introduit. " A quoi le Premier Surveillant ajoute : " Frère Second Surveillant, puisque le Frère Compagnon est décidé à subir les épreuves nécessaires, qu'il soit introduit. " Le Second Surveillant, ayant reçu l'ordre du Premier, va frapper à la porte par la batterie de Compagnon, qui lui est répétée par le Frère. Le Second Surveillant dit : " Le Vénérable Maître vous ordonne d'introduire dans la Loge ce Frère Compagnon. " Le Frère Introducteur fait entrer le candidat à reculons dans la Loge, en le tenant toujours exactement le dos tourné vers la partie orientale. Il le place ainsi à l'Occident, entre les deux Surveillants, en face du mausolée.

Du neuf

Le temps était venu où Salomon devait élever un Temple à la Gloire du Grand Architecte de l'Univers sur les plans, tracés par une main céleste, qui avait été remis à David, son père, il fut aidé dans cette grande entreprise par Hiram, roi de Tyr. Il lui envoya Hiram Abif, tyrien de nation, l'architecte le plus célèbre de l'univers, le plus habile dans tous les ouvrages de l'art. Salomon l'établit chef de tous les ouvriers. Hiram Abif les sépara d'abord en trois classes, afin que chacun pût recevoir une paye proportionnée à son mérite et à ses talents. Mais l'orgueil, l'envie et la cupidité traînent à leur suite le désordre, la confusion et le crime. Trois compagnons perfides conçurent le détestable projet de forcer Hiram Abif à leur donner le mot de maître, pour s'en procurer la paye. Dans ce dessein, ils se placèrent à trois différentes portes du Temple, à l'heure où, après que les ouvriers s'étaient retirés, il avait la coutume d'aller seul vérifier les travaux. Hiram, étant entré par la porte d'Occident, et voulant se retirer par celle du Midi, y trouva un de ces compagnons, qui lui demanda le mot de maître en le menaçant de le tuer s'il résistait à sa demande. Et sur son refus, ce scélérat lui donna un grand coup de marteau sur l'épaule gauche. Hiram chercha son salut dans la fuite et, voulant s'échapper par le porte du Nord, il y trouva le second assassin, qui lui fit la même demande. Et, sur son refus, ce monstre lui porta un grand coup de massue sur l'épaule droite. Cependant, il eut encore la force de s'enfuir vers la porte d'Orient. Mais il y trouva le troisième compagnon, qui le voyant déjà affaibli par les coups qu'il avait reçus, lui demanda impérieusement le mot de maître. Hiram ne put se dissimuler l'extrémité du danger où il se trouvait en le refusant, mais il préféra son devoir à la conservation de sa vie. Le compagnon, irrité, lui porta un grand coup de maillet sur le front, qui le fit tomber mort. Ces furieux, s'étant réunis, résolurent d'enterrer son cadavre, espérant que leur crime resterait ignoré. Mais comme il était encore jour, ils le cachèrent d'abord sous un monceau de pierres, et ils profitèrent ensuite des ténèbres de la nuit pour le porter sur un lieu élevé aux environs du Temple, où ils l'enterrèrent. Après que sept jours se furent écoulés, Salomon, inquiet sur le sort du Maître Hiram, ordonna à neuf maîtres de le chercher dans tous les ateliers, et dans l'enceinte qu'il avait tracée pour la construction du Temple. Les neuf maîtres se partagèrent en 3 équipes. Trois d'entre eux sortirent par la porte du Midi, trois par la porte du Nord, trois autres enfin par la porte d'Orient. Dans leurs recherches, ils appelèrent en vain le maître Hiram. Mais ceux qui s'étaient dirigés du côté de l'Orient trouvèrent un cadavre, qu'ils reconnurent, à la lame d'or triangulaire dont il était encore décoré, pour le corps de notre Respectable Maître Hiram. Alors ils jetèrent des cris de douleur, et se firent entendre par les deux autres équipes de maîtres. Ceux-ci accoururent et, s'étant réunis, ils vérifièrent ensemble que ce cadavre était le corps du maître Hiram, et qu'il avait été assassiné. Mais ils ne purent soupçonner de ce meurtre abominable que quelques méchants compagnons, qui auraient voulu lui arracher le mot de maître pour en avoir la paye. Dans la crainte qu'ils eurent qu'il n'eût été forcé de le leur dévoiler, ils convinrent de ne plus employer l'ancien mot, et d'y substituer la première parole qu'ils prononceraient entre eux, en exhumant le corps d'Hiram. Après cet accord, ils plantèrent sur cette éminence une branche d'épine nommée acacia, pour reconnaître le lieu où ils l'avaient découvert, et ils se rendirent auprès du roi Salomon, afin de lui apprendre cette triste nouvelle. Le roi, pour témoigner la tendre amitié qu'il avait pour Hiram Abif, ordonna à ces neuf maîtres d'exhumer son corps et de le transporter dans le Temple, et voulut pour honorer sa mémoire qu'ils fussent accompagnés par tous les autres maîtres. Les neuf maîtres qui avaient été chargés de faire les premières recherches, étant arrivés les premiers vers l'éminence qui couvrait le cadavre du maître Hiram, l'un d'eux le prit par le doigt index qui se détacha de l'os et lui resta dans la main. Un autre le prit par le doigt du milieu, mais la chair lui resta aussi dans la main. Enfin, un troisième essaya de l'élever en le prenant par le poignet; mais ainsi qu'il était arrivé aux deux premiers, la chair lui resta dans la main. Alors, il s'écria; M.... B...., ce qui signifie le corps est corrompu ou la chair quitte les os, et il se mit en devoir d'exhumer le cadavre. Les huit autres maîtres se réunirent à lui pour l'élever, en présence de tous les autres maîtres et selon les ordres du roi. Ils portèrent le corps d'Hiram dans le Temple en grande pompe, étant décorés des marques de leur grade, avec des gants blancs, afin de témoigner qu'ils étaient innocents du sang d'Hiram. Le roi Salomon lui fit faire des obsèques magnifiques et, pour honorer son zèle et sa fermeté, il fit placer sur le tombeau la lame d'or triangulaire où était gravée la parole des Maîtres. Salomon ayant approuvé la résolution qui avait été prise par les neuf maîtres, de ne plus employer le mot de leur grade, et d'y substituer le premier mot qu'ils auraient prononcé en déterrant le cadavre, tous les maîtres se rangèrent en cercle autour du tombeau pour exécuter ce projet. Alors le maître qui avait relevé le corps d'Hiram donna le mot M.... B...., à celui qui était à sa droite pour le faire passer de maître en maître jusqu'à ce qu'il fut connu de tous, et ce mot leur est resté pour se reconnaître entre eux.

La pieuvre gravée sur la dalle de Marie de Nègre sous PS PRAECUM donne une indication directe sur sa signification maçonnique. En effet " La pieuvre maçonnique " est vilipendée par Théoclaste en 1897, par Drummont en 1905, G. Vindex en 1912, par Barrès en 1920.

PSPRAECUM ou PS PRAECUM ordonné

www.renneslechateau.it - Le grand parchemin

Maçonnerie et Eleusis

Le 16 novembre 1831 eurent lieu les obsèques solennelles de Hegel mort deux jours plus tôt. Sur sa tombe, le franc-maçon bien connu à Berlin, Förster prononce l'éloge funèbre : il qualifie Hegel de "Cèdre du Liban", de "Laurier qui décorait la science de sa couronne" ou encore "l'étoile du système solaire de l'esprit mondial". L'assemblée ainsi rassemblée autour de la dépouille du grand Hegel comprit ainsi que le plus grand philosophe de la modernité était maçon. Qu'est ce en effet le Cèdre du Liban ? Le thème essentiel du 22ème grade du REAA, chevalier du Royal Hache ; Liban est le mot de passe de ce grade, le cèdre figure sur le tablier du maçon de ce grade que l'on qualifie d'ailleurs de prince du Liban. Le laurier et la couronne de laurier signalent ce même grade. A l'époque postérieure du Congrès de Vienne où Metternich avait réclamé l'interdiction universelle de la maçonnerie, Hegel ne pouvait officiellement faire état de ses convictions : Förster, le jour de ses obsèques, révèle le secret. Hegel écrira dans son essai sur La Religion des Grecs et des Romains que la multiplicité des croyances religieuses devrait nous inciter à critiquer, c'est-à-dire établir le fondement de nos propres jugements car ceux-ci pourraient être faux tout à la fois ou seulement vrais à moitié ! Hegel est un authentique fils des lumières, un "aufklärer". Son parcours maçonnique est tout entier en filigrane dans le texte hégélien. Face à l'hostilité de l'époque, Hegel parle à mots couverts : mais ceux qui savent lire et écrire recouvraient des éléments essentiels de la maçonnerie écossaise à plus haut niveau, de quoi ruiner le détournement d'auteurs géré depuis 1945 qui a voulu faire de ce philosophe le père du catholicisme le plus traditionaliste, en particulier dans la philosophie académique française. Aujourd'hui, le Hegel libre nous apparaît dans toute sa lumière, en particulier depuis la chute du mur de Berlin qui a permis l'accès à des archives inédites jusqu'alors. Sa maxime préférée lorsqu'il était au séminaire de Tübingen, au Stift, était de "ne jamais faire la paix avec le dogme". Lorsqu'il était précepteur dans la famille des Steiger, il adorait chanter l'hymne à la joie dans sa maison d'accueil, code maçonnique pour se faire remarquer par la famille qui recevait tout ce que la maçonnerie allemande comptait de plus fin lettré et cultivé. Dans une lettre à Schelling, il écrit : "Raison et liberté restent notre devise et l'Eglise invisible reste notre point de ralliement". Kant avait déjà employé cette expression "d'église invisible", mais Lessing, constamment cité par Hegel, avait dans Ernst et Falk, dialogue maçonnique (1778) écrit que les "maçons", hommes exemplaires, "ne vivent pas dans un stérile isolement, qu'ils cessent d'être un jour une Eglise invisible". A l'époque grecque, Eleusis était célèbre pour être le lieu des initiations avec le bain rituel dans la mer Egée. Ce lieu mythique entre tous a été profané aujourd'hui par l'emplacement d'une usine de transformation d'hydrocarbure en lieu et place où Chateaubriand venait rêver en pensant aux philosophes grecs. Hegel, pour rendre hommage à ce lieu symbolique entre tous, à la fin de sa période suisse, écrit un hymne nommé Eleusis dédié à Holderlin. Cet hymne date de août 1796 au lieu de Tschugg : il commence par une évocation des lieux, déclame : "ne vivre que pour la vérité, ne jamais faire de paix avec le dogme qui régit l'opinion et le sentiment". Il s'adresse directement à Cérès elle-même, il lui demande d'ouvrir les portes de son sanctuaire afin de comprendre les révélations (offen barungen). Le temple d'Eleusis demeure muet, les dieux se sont enfuis d'un monde profané. Le "fils de l'initiation" (der Sohn der Weihe) estimait trop sacré l'enseignement ésotérique (dit dans le temple) pour le rendre exotérique (en dehors). Les mots restaient trop pauvres et les initiés devaient garder le silence, sinon la sanction était terrible. Manifestement, Hegel appelle au présent les enfants d'Eleusis actuels, les fils de l'initiation, c'est-à-dire les enfants de la veuve. Un signe qui ne trompe pas : il reprend presque mot à mot certain syntagmes des Dialogues maçonniques de Lessing. Hegel n'évoque pas le mystère de l'eucharistie mais le secret maçonnique ; il n'évoque pas le passé mythologique de l'initiation d'Eleusis mais la foi éleusienne actuelle de lutte contre les dogmes conformément à l'époque de l'aufklärung. En 1796, lorsque Hegel compose Eleusis, il sait déjà qu'il va entrer au service de la famille Gogel. Cette famille a joué un rôle important dans l'Ordre des Illuminés de Bavière fondé en 1776 par Weisbaupt. Le futur "principal" de Hegel appartient à une dynastie de dignitaires de la maçonnerie de l'ordre des Illuminés. Ceux-ci avaient baptisé mythiquement Eleusis la ville d'Ingolstad où était né Weisbaupt, le fondateur de l'ordre. En choisissant ce titre, Hegel s'inscrit tout naturellement dans cette filiation : notons à titre historique que les Lettres à Constant de Fichte, recueil de ses planches maçonniques prononcées en Loge paraîtront dans les Eleusinien des 19 Jahrhundert. Le baron de Knigge convertit l'aristocratie aux idées nouvelles venues de Paris : Goethe, les philosophes Reinhold et Jacobi font partie de ses recrues les plus célèbres. Même si l'ordre fut interdit en 1784 pour des raisons politiques, les illuminés restèrent pendant la première moitié du 19ème siècle au pouvoir en Saxe Weimar, en Saxe Gotha et en Bavière. La fameuse querelle de l'athéisme qui atteignit Fichte fut en réalité une querelle contre la maçonnerie allemande et ses représentants les plus éminents, Reinhold, Fichte, Jacobi, Hegel, Schille et Lessing. Ce dernier dans Nathan le Sage assigne au "Templier" le rôle de restaurer l'ordre des Templiers du RER. La Eleusis moderne n'est autre que l'ordre maçonnique lui-même : la famille Gogel fut donc, selon toute vraisemblance, la clef qui a ouvert à Hegel le monde maçonnique des idéaux de la Révolution française. Schiller, le plus grand poète de langue allemande, est aidé au pire moment de sa vie par le Duc de Schleswig-Holtein, maçon et illuminé, Frederick Christian II : est-ce dû au hasard ? La préface de la Phénoménologie de l'esprit, rédigée a posteriori comme toute bonne préface, fourmille des occurrences de sacré, profanation, initiation, peu courantes dans les textes philosophiques jusqu'à cette époque. La correspondance de Hegel, qui nous est accessible en français depuis la deuxième moitié du vingtième siècle, est encore plus explicite : il y est question de "fils de l'initiation", de l'enseignement vivant d'Eleusis qui "vivant, il se ferme la bouche. Ce que l'initié s'est ainsi interdit à lui-même, une sage loi lui interdit de révéler aux esprits plus pauvres ce qu'il a vu, entendu, senti dans une nuit sacrée". Le secret hégélien est le secret maçonnique où tout initié se doit de ne pas révéler ce qu'il voit en Loge, "la loi du silence" qui clôt les tenues ordinaires. Le silence est le thème de prédilection du quatrième grade du REAA, celui de maître Secret. Que l'on traduise "offenbare mysterien" par "mystères on ne peut plus transparents" (J.P. Lefebure) ou par "mystères révélés" (Hyppolite), l'allusion à la révélation maçonnique est patente (offen barung). Nous faisons grâce au lecteur libre et de bonnes mœurs d'autres traductions de l'historiographie hégélienne officielle française qui, pendant trente ans, a imposé à des générations de thésards et d'agrégatifs les expressions de "mystères de la révélation christique" ou "du mystère de l'incarnation de la triologie". Or dans les mystères d'Eleusis, il n'y a rien de révélé : "Dans les mystères éleusiniens, il n'y avait rien d'inconnu". Si Eleusis présente des rapports avec la "nouvelle église", il s'agit bien du terme qui servait à définir les illuminés et la franc-maçonnerie allemande dans son ensemble, expression que l'on retrouve chez Lessing entre autres (Christophe Vallée, Le cèdre du Liban ou Hegel revisité).

Dans le rituel de réception de maître dont on parle plus haut, l'introducteur annonce : " Son nom est ....., il a cinq ans passés, il a travaillé dans la seconde division du porche, il a poli la pierre brute et préparé ses outils. " A chaque degré maçonnique correspond un âge symbolique ; il est de trois ans pour l'Apprenti, cinq ans pour le Compagnon, sept ans (et plus) pour le Maître maçon.

Ces cinq ans révolus se retrouvent dans les Mystères d'Eleusis au sujet desquels Tertullien parle du quinquenium dont il est question dans Autour de Rennes-le-Château : Shugborough.

Dalle de Coumesourde ou de Coume Sourde

La dalle de Coumesourde ou de Coume Sourde fait penser dans son tracé à un tablier maçonnique tel qu'on le voit ci-dessous. Elle porte aussi l'expression PS PRAECUM réuni.

http://www.themaac.com/aprons.html

Ce tablier comporte un camp du 32ème degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté formé d'un nonagone incluant un heptagone puis un pentagone.

Les initiales SAE et SIS, s'il on ajoute le M du milieu du dessin, donnent l'anagramme MESSIAS, entité présente dans l'œuvre de Martinès de Pasqually dont Jean-Baptiste Willermoz fut proche.

Il importe de préciser les rapports entre la Franc-maçonnerie Rectifiée et les Elus-Cohen de Martinès.

Le Rite Écossais Rectifié (RER) est une rite très inspiré de la chevalerie templière. Il est né en 1778 à Lyon en France à l'occasion du "Convent des Gaules" sous l'impulsion de Jean-Baptiste Willermoz. On trouve à son origine le rite Allemand dit de la "Stricte Observance Templière" du baron Karl von Hund und Altengrotkau (mort un 8 novembre 1776, jour des Quatre Couronnés). Il contenait alors quatre degrés "bleus" : apprenti, compagnon, maître et maître écossais ; un Ordre intérieur chevaleresque en 2 étapes écuyer-novice et chevalier bienfaisant de la Cité Sainte, substitué au " Chevalier du Temple " de la Stricte Observance ; une classe "secrète" : Profès et Grands Profès.

Les rituels du Rite ont été principalement écrits par Jean-Baptiste Willermoz, né à Lyon et mort à l'âge de 94 ans, le 29 mai 1824. Le rite disparut peu après la Révolution Française. Plusieurs tentatives furent entreprises pour le réveiller. Des Grands Prieurés qui avaient été créés pour l'administrer, seul subsista le Grand Prieuré Indépendant d'Helvétie.

J.B. Willermoz, Réau-Croix dans l'Ordre des Cohen, membre de son Tribunal Souverain, fut par la suite le chef véritable de la Stricte Observance Templière en France. Willermoz n'est pas un simple Réau-Croix. En sa lettre du 20 juin 1768, don Martinez de Pasqually, lui donna ses titres dans l'Ordre des Cohen : " Inspecteur Général de l'Ordre … Juge Souverain. . . Conducteur et Commandeur en Chef des Colonnes d'Orient et d'Occident de notre Grande-Mère Loge… " Il en porta les titres et les transmit en son nom (ww2.morgane.org - Elus Cohen, www.fm-fr.org - Le Rite Ecossais Rectifié).

En 1822, les deux obédiences qui régissent les ateliers symboliques sont la Grande Loge Nationale, à Berne et le Grand Prieuré d'Helvétie. Elles fusionnent en 1842 pour former la Grande Loge Suisse Alpina, les Hauts Grades Rectifiés restant sous l'Egide du Grand Prieuré d'Helvétie. En 1876, la vie maçonnique s'organise de la manière qui a continué jusqu'à nos jours, autour de 3 principales structures: La Grande Loge Suisse Alpina pour les Loges Symboliques ; Le Grand Prieuré Indépendant d'Helvétie pour les Hauts Grades Rite Rectifiés ; Le Suprême Conseil de Suisse pour les Hauts Grades du R.E.A.A (fr.wikipedia.org - Franc-maçonnerie en Suisse).

C'est sous l'enseigne, authentique ou non, de la Grande Loge Alpina que le fascicule Les descendants mérovingiens et l'énigme du Razès wisigothique, attribué à Madeleine Blancassal, fut publié. Mais aussi Un trésor mérovingien à Rennes-le-Château d'Antoine l'Ermite.

Messie antique

SAE + SIS + M = MESSIAS

Le martinisme s'inscrit dans la mouvance chrétienne, même s'il s'en éloigne sur plusieurs points : La doctrine de la réintégration présente ainsi des caractéristiques qui la distinguent du christianisme et le Messias de Martinès est quelque peu différent du Messie des chrétiens ou de celui qu'espèrent les juifs. Exilé, l'homme conserve son statut et il continue d'occuper le centre de l'univers où sa mission doit s'exercer. Dieu ne laisse cependant pas l'homme seul dans sa mission. Il lui envoie ou choisit parmi l'humanité des élus, soit des hommes qui ont en eux de l'angélique et du divin. Beaucoup sont prophètes et sont choisis pour maintenir le vrai culte parmi les hommes. Ces élus, que Martines classe en trois catégories, il en dresse la liste : Hély (non pas Elie), Enoch, Melchisédech, Ur, Hiram, Elie, et le Christ (ou Messias). Une autre liste comprend, Abraham (parfois Adam et Abel), Enoch, Noé, Melchisédech, Josué, Moïse, David, Salomon, Zorobabel et le Messie. A travers tous ces élus circule, à des degrés divers de présence, un seul et même esprit, le prophète récurrent, le Messias coexistant avec et dans l'humanité en voie de réintégration. Un nom domine celui de ces élus, Hély. Il est omniprésent dans le Traité, et son rôle est essentiel dans le sauvetage des hommes (Robert Amadou, Le Dieu un et la Trinité selon Martinès de Pasqually).

La destruction des enfants du père des dieux fut arrêtée par le moyen de sa femme Rhéa. Rhéa avait dans la destruction des enfants de Saturne une aussi grande part que Saturne lui-même; mais dans le progrès de l'apostasie et de l'idolâtrie, Rhéa obtint de la gloire aux dépens de Saturne. Saturne ou Adam était représenté comme une divinité morose; Rhéa comme une divinité extraordinairement aimable; et dans sa douceur elle offrait à son mari une pierre entourée de bandelettes; il la dévorait avec avidité et les enfants de ce cannibale étaient sauvés. La pierre liée de bandelettes se dit en langage sacré: Ebn-Hatâl; mais Ebn-Hatâl, veut dire aussi: le fils qui porte le péché.

L'histoire de la pierre enroulée ne finit pas au moment où elle est avalée et où cesse la mort des enfants de Saturne. Cette pierre fut, dit-on, conservée près du temple de Delphes, où l'on prenait soin de la frotter chaque jour avec de l'huile, et de la couvrir de laine (MAURICE, Antiquités Hindoues, vol. II, p. 348). Si cette pierre symbolise le fils qui porte le péché, elle symbolisait aussi naturellement l'Agneau de Dieu immolé depuis la fondation du monde, dont nos premiers parents étaient revêtus d'une manière symbolique, alors que Dieu les revêtit de peaux d'animaux. Ainsi donc, quoique représenté à l'œil par une pierre, il doit avoir le vêtement de laine qui lui convient. Lorsqu'il était représenté comme une branche, la branche de Dieu, cette branche était aussi entourée de laine (POTTER, vol. I, Religion de la Grèce, ch. V, p. 208). L'onction quotidienne d'huile est très significative. Si la pierre représentait le Fils qui porte le péché, que pouvait signifier l'onction quotidienne de ce Fils qui porte le péché? N'est-il pas évident qu'elle le désignait comme l'oint du Seigneur, le Messie que les idolâtres adoraient en opposition au vrai Messie qui n'avait pas encore été révélé? L'un des noms donnés à cette pierre ointe et enroulée confirme fortement cette conclusion. Ce nom est Baitulos. Nous le trouvons dans Priscien, (liv. V vol. I, p. 180, note et liv. VI, vol. I, p. 294), qui parlant de cette pierre que Saturne, dit-on, dévora au lieu de Jupiter, ajoute "quem Graeci Baitulon vocant", que les Grecs appellent Baitulos. Or, B'hai-tuloh veut dire l'enfant qui rend la vie4. Le père des dieux et des hommes avait détruit ses enfants en les mangeant, mais en avalant cette pierre enroulée il leur rendit la vie, paraît-il (HÉSIODE, Théogonie, 1. 495, p. 41). De là le nom de Baitulos, et le sens de ce nom s'accorde exactement avec ce qui nous est dit dans Sanchoniathon (liv. 1, ch. 6, p. 22) sur les Baithulia faites par le dieu Phénicien Ouranos: "Ce fut le dieu Phénicien Ouranos qui inventa les Baithulia: il fit des pierres qui se remuaient comme si elles avaient la vie." Si la pierre Baithulos représentait l'enfant qui rend la vie, il était naturel que cette pierre fût faite de telle sorte qu'elle parût avoir la vie en elle-même.

Il y a une grande analogie entre cette pierre enroulée qui représentait le fils porteur du péché et cet Olenos mentionné par Ovide, qui prit sur lui une faute qui n'était pas la sienne et fut ensuite changé en pierre. Nous avons déjà vu qu'Olenos, lorsqu'il fut changé en pierre, fut placé en Phrygie sur la sainte montagne d'Ida. Nous avons des raisons de croire que la pierre qui, dit-on, fut si utile aux enfants de Saturne et fut élevée près du temple de Delphes, était précisément une représentation de ce même Olenos. Nous lisons qu'Olen fut le premier prophète de Delphes qui fonda le premier temple de cette ville (PAUSANIAS, liv. X, Phocica, ch. 5, p. 321). Comme les prophètes et les prêtres portaient d'ordinaire le nom du dieu qu'ils représentaient (Hesychius dit expressément que le prêtre qui représentait le grand Dieu sous le nom de la branche, était lui-même appelé dans les mystères du nom de Bacchus, p. 179), cela indique un des noms les plus anciens du dieu de Delphes. Si donc, il y avait sur le mont Ida une pierre sacrée appelée la pierre d'Olenos, s'il y avait une pierre sacrée dans l'enceinte du temple de Delphes, fondé par Olenos, peut-on douter que la pierre sacrée de Delphes représentât la même que celle du mont Ida ? La pierre enroulée de Delphes était appelée expressément un dieu par Priscien dans le passage déjà cité. Ce dieu donc qui en symbole avait reçu l'onction divine avait la vie aux enfants de Saturne père des dieux hommes, identifié à l'Olenos du mont Ida, était regardé, on le sait, comme occupant la place même du Messie, le grand porteur du péché, qui vint prendre les péchés des hommes, prit leur place et souffrit pour eux : Olenos, en effet, comme nous l'avons vu, prit volontairement sur lui une faute dont il était personnellement innocent (Alexander Hislop, Les deux Babylones).

La région des " blonds Arimaspes " a toujours offert, ou vendu, blé et farine à la maigre Grèce, dont Hérodote disait qu'elle avait reçu la pauvreté comme triste bienvenue au jour. Mais ces trafics n'allaient pas jadis sans un relatif symbolisme religieux, car il n'est pas permis d'oublier, par exemple, que le hiérophante d'Eleusis, un Eumolpide de race thrace, montrait aussi aux époptes, dans la nuit sacrée du Télesterion, en silence, un épi moissonné. A Eleusis, comme à Délos, le mystère de l'épi qui meurt et ressuscite comportait une promesse d'éternité, à laquelle Déméter donnait sa garantie ; Apollon lui-même, peut-être, qui n'a pas manqué de figurer un jour, à l'occasion, le laurier en main, dans le groupe des divinités éleusiniennes (Ch. Picard, La route des processions hyperboréennes en Grèce, 1946).

Olen, le fondateur du premier temple de Délos, écrivit des hymnes, avant Orphée lui-même, qui étaient chantés à Eleusis pendant les Mystères.

Les deux interprétations

Les deux interprétations de PS PRAECUM se retrouvent donc autour de la Roque Mude, la roche du silence par l'anagramme RUPEM PACS (RUPEM PAX) et par le contenu du psaume 140 : Pone Domine custodiam ori meo et ostium circumstantiae labiis meis "Éternel, mets une garde à ma bouche, veille sur la porte de mes lèvres !" qui est symbolisé par le signe harpocratique du doigt sur la bouche. La Roque Mude est associée au 25 décembre comme semble l'indiquer la présence de Saint Salvayre (Saint Sauveur) à proximité.