partie ix - synthèse   Chapitre LVIII - Autour de Rennes   Les parchemins : dans le texte   
PARCHEMINS PETIT GRAND SOT PECHEUR BLAISE

Les Nonagones se proposent maintenant d'étudier les parchemins qui auraient été retrouvés par l'abbé Bérenger Saunière dans le pilier carolingien lors de la réfection de l'église sainte Marie Madeleine, anisi que le cryptogramme du Sot Pêcheur. Ici, il ne s'agit pas de les déchiffrer, mais de définir quel sens leurs textes en clair peuvent avoir. L'interprétation de ces textes se centre autour de la figure de saint Blaise de Sébaste, et des autres Blaise qui le recontrent dans la tradition occidentale.

les images des parchemins ont été repris du site (revelations-gnose-occultisme.pagesperso-orange.fr - Parchemins).

Le Codex Bezae

Théodore de Bèze, qui avait recueilli le Codex qui porte son nom, dérobé par les protestants à Lyon à Saint Irénée, l'offrit à l'université de Cambridge en 1581.

Dès le XVIe siècle les critiques s'intéressent à la question que soulève l'existence de deux manuscrits bilingues : le Codex Bezae (D, d) et le Codex Lodianus (E, e) (D et E désignent le texte grec, d et e le texte latin). C'est sur cette base que se dessinera la problématique dite du texte occidental. La troisième édition du Nouveau-Testament que donne Stephanus [Robert Etienne (Paris, 1503 - Genève, 1559)] en 1550 inclut déjà le manuscrit D et le désigne dans son apparat par "beta 3". En 1686, le théologien Hollandais [d'origine suisse] Jean Leclerc [Genève, 1657 - Amsterdam, 1736], intrigué par les variantes du Codex Bezae suggéra l'hypothèse de deux éditions réalisées par Luc lui-même. L'une aurait donné le texte du Codex Bezae, l'autre, le texte normalement retenu. Cependant, après examen des variantes en question, il devait conclure qu'il s'agissait d'interpolations. Le XVIIIe siècle avec les travaux de Bengel, Wettstein et Semler, étendit la problématique en considérant les familles de manuscrits. La question n'était plus celle de deux manuscrits particuliers, mais plutôt celle d'un groupe occidental dont D était un témoin. Malheureusement le terme occidental était encore entendu sur le plan géographique. Le texte donné par D est souvent considéré comme une rédaction tardive et dégénérée, mais il est cependant publié pour la première fois par Kipling en 1793. Les travaux et l'édition de White en 1799 permettaient de faire apparaître les particularismes de la version Philoxéno-harkléenne et ouvrait ainsi la voie à la recherche des sémitismes dans le N.T. et dans les Actes. C'est en 1848 que F.A. Borneman présente une thèse favorable au manuscrit D. Pour lui, le texte occidental est le texte original qui a été abrégé par la suite. Cette thèse, du moins dans son esprit, sera reprise par A.C. Clark en 1914. Mais il faut reconnaître que le criticisme allemand dans son ensemble devait montrer peu d'intérêt pour la question dite du texte occidental. [...]

C'est Wettstein qui met en place la numérotation des manuscrits grecs en quatre corpus, dont le premier pour les évangiles. Cette numérotation sera conservée par Tischendorf et adoptée par Gregory avant qu'il mette au point une nouvelle numérotation en un seul corpus. Par ailleurs, Wettstein désigne les onciaux par des lettres majuscules. Dès lors, A = codex Alexandrinus;B= codex Vaticanus;C= codex Ephraemi syri rescriptus;D= codex Bezae (év.-ac.) et codex Claromontanus (ép. de P.), L = codex Regius, etc (Paul Tavardon, Le texte alexandrin et le texte occidental des Actes des apôtres: Doublets et variantes de structure, 1997 - books.google.fr).

La désignation de «texte occidental » remonte à Johann Jakob Griesbach, né en Hesse-Darmastdt à Butzbach en 1745 et mort à Iéna en 1812 (de.wikipedia.org - Johann Jakob Griesbach).

Le type syro-latin (Griesbach dit: occidental) se divise en deux groupes, l'occidental et l'oriental. On pourrait qualifier le type syro-latin de périphérique, en rappelant la célèbre théorie de G. Pasquali sur le conservatisme des régions périphériques (Storia délia tradizione e critica del testo. p. 160). Le groupe occidental comprend le Codex Bezae, bilingue gréco-latin écrit à Lyon au VIe Siècle, et la Vêtus Latina, traduite à Carthage dans le dernier tiers du IIe siècle (Byzantina, Volume 5, 1973 - books.google.fr).

Le révérend Thomas Kipling, de l'université de Cambridge, qui a donné pla première édition du Codex en 1793, et Schulz pensaient que le Codex Bezae a été écrit en Egypte, et Bengel le voyait en relation avec l'aire anglo-saxonne (J. Rendel Harris, Codex Bezae: A Study of the So-Called Western Text of the New Testament, 1891 - books.google.fr).

Edward Everett Hale mentionne le Codex Bezae dans une vitrine de l'University Library de Cambridge ouvert à la page où est relaté l'épisode des épis de blé du petit patrchemin (Edward Everett Hale, Ninety Days' Worth of Europe, 1861 - books.google.fr).

Edward Everett Hale (Boston, 1822 – 1909) was an American author, historian and Unitarian minister. Edward Everett Hale have a prominent position among short-story writers of 19th century America. His short story "The Brick Moon", serialized in the Atlantic Monthly, is the first known fictional description of an artificial satellite. It was possibly an influence on the novel The Begum's Fortune by Jules Verne. (en.wikipedia.org - Edward Everett Hale).

On peut conclure que le Codex Bezae a été étudié dès le XVIème siècle et que des copies, s'il n'y avait pas d'édition, ont dû circuler. Cela peut autoriser une certaine ancienneté aux parchemins de Saunière.

Le petit parchemin

Le petit parchemin transcrit l'épisode des épis de blés de Luc 6,1-5 dans la version du Code Bezae :

Et factum est cum in sabbato secundo primo abire per segetes discipuli autem illius coeperunt uellere spicas et fricantes manibus manducabant quidam autem de farisaeis dicebant ei ecce quid faciunt discipuli tui sabbatis quod non licet respondens autem ihs dixit ad eos numquam hoc le gistis quod fecit dauid quando esuriit ipse et qui cum eo erat introibit in domum dei et panes propositionis manducauit et dedit et qui cum erant quibus non licebat manducare si non solis sacerdotibus eodem die uidens quendam operantem sabbato et dixit illi homo si quidem scis quod facis beatus es si autem nescis maledictus et trabaricator legis (Fol. 206 a.) (Bezae Codex Cantabrigiensis, being an exact copy, in ordinary type, of the celebrated uncial Graeco-Latin manuscript of the Four Gospels and Acts of the Apostles ... Edited with a critical introduction, annotations, and facsimiles by Frederick Henry Ambrose Scrivener, 1864 - books.google.fr).

La signature de SION se lit à la fin des quatre lignes du bas du parchemin : propositioniS - quI - nO - noN.

La parabole des épis de blé mangés par les disciples un Jour de sabbat est rapportée par Matthieu (12, 1-5), Marc (2, 23-28) et Luc (6, 1-5), à peu près dans les mêmes termes. Il est à remarquer que Matthieu 12,1-5 est précédé des paroles du Christ inscrite sur la fresque de la Montagne fleurie de l'église Marie-Madeleine de Rennes-le-Château : "Venez à moi vous tous qui souffrez et qui êtes accablés et je vous soulagerai" qui renvoie aux deux lignes du grand parchemin : "Jesu medela vulnerum", Jésus remède aux blessures.

Deux mots sont rajoutés au texte : REDIS et BLES.

En REDIS on peut reconnaître DIS, le dieu Dis Pater, contraction de Dives (richesses qui se tiraient des entrailles de la terre, le dieu des enfers étoit regardé comme le dieu des richesses. Ditis Pater, le Pere Dis, était regardé comme le Créateur et le Pere du genre humain, en particulier des Celtes comme en témoigne Jules César qui l'assimile à Pluton.

L'abbé Boudet en parle page 22 de La Vraie Langue Celtique, page qui correspond au psaume 22 (Vulgate) : "d'une onction tu me parfumes la tête" (Ps 22,5) :

L'explication d'une tradition soi-disant druidique rapportée par César fait ressortir encore cette conséquence. « Les Gaulois, dit il, se glorifient de descendre tous de Pluton et ils assurent tenir cette croyance de l'enseignement des Druides: c'est pourquoi ils comptent le temps, non par les jours, mais par les nuits et ils sont attentifs à indiquer les jours de naissances, les commencements de mois et d'années, de telle sorte que le jour suive la nuit. » (Lib. VI. 18, de bello gallico.)

Au puissant Dieu Pluton, pour le rendre propice; / On jeta tous ces corps, alors cbauds et sanglans, / Pendant l'obscurité, dans des brasiers ardens : / Les chairs de ces taureaux étaient encor tremblantes; / Mais d'huile on arrosa leurs entrailles brûlantes (Virgile, L'Eneide: mise en vers français, Livre VI, Volume 1, 1802 - books.google.fr).

Il y a aussi RE du latin "res", chose, mais aussi ce qui concorde avec Dis, le bien possédé.

Res marque la possession (res esse, rem habere), l'acquisition (rem parare, struere...), la gestion (rem servare, tutari...) ou la mauvaise gestion (rem perdere, res labi). Les différents emplois de res font ressortir deux éléments : solidité de la possession, l'activité du sujet possédant. Cependant res désigne un tout solide qui disparaît en subissant une sorte de dégradation (Monique Crampon, Salve Lucrum, Volume 63 de Annales littéraires de l'Université de Besançon, 1985 - books.google.fr).

Où apparaît saint Blaise

Cette ambiguïté de la divinité solaire, aussi bien femelle que mâle, aussi bien bénéfique que maléfique, on la reconnaît dans le célèbre « saint » Blaise. Disons d'abord qu'il y a eu plusieurs pieux personnages du nom de Blaise dans l'histoire du christianisme, mais qu'au-delà des figures authentiques se distingue un visage mythologique, celui que les sculpteurs gaulois ont fixé dans la pierre sous forme du « Monstre Androphage » (du type de la Tarasque de Noves, conservée au Musée Calvet d'Avignon, ou des têtes coupées d'Entremont conservées au Musée Granet d'Aix-en-Provence) reconnaissable sur d'innombrables chapiteaux d'églises ou de simples chapelles romanes, notamment dans le Massif Central. C'est un peu l'image du Dis Pater latin dont César dit que les Gaulois se disaient tous issus. Or Dispater, ou Dis Pater, c'est Jup-Piter, dieu des vivants et des morts, celui que les Gaulois honoraient sous le nom de Teutatès (ou Toutatis), « Père du Peuple », ou de Sucellos (« Qui frappe Fort »), le dieu au marteau, celui que les Irlandais nomment, dans leurs épopées, Dagda, le « Dieu Bon » : sa massue avait une caractéristique bien révélatrice, car lorsqu'il frappait quelqu'un avec une extrémité il tuait, mais lorsqu'il frappait avec l'autre, il ressuscitait. C'est aussi l'Esus représenté sur l'Autel des Nautes de Paris(conservé au Musée de Cluny). Et par là, on rejoint le personnage épique de Cûchulainn, le guerrier qui peut, à lui seul, s'opposer à plusieurs armées, et dont le nom veut dire « Chien de Culann ». Car ce personnage de dieu-frappeur est reconnaissable dans saint Blaise. L'un de ses archétypes, Blasios, évêque arménien, mort paraît-il en 316, subit le martyre : il fut déchiré par des crocs et des peignes de fer. Ce détail peut à lui seul rendre compte du personnage mythique (Jean Markale, Le christianisme celtique et ses survivances populaires, 1983 - books.google.fr).

Au dieux et à ces saints dont la puissance est associée aux rochers, aux sources, à la lumière, s'opposent les dieux funèbres et leurs successeurs chrétiens. Les Gaulois se disaient descendus d'un dieu de la nuit et de la mort, Dispater. Du moins, César emploie-t-il ce nom, mais les Gaulois ont laissé très peu d'autels qui le portent. Ils savaient que Dispater n'était pas un dieu de chez eux ; c'était les druides qui leur avaient appris à le regarder comme leur père, mais où les druides avaient-ils pris leur science ? Les Gaulois préféraient à ce dieu étranger et trop abstrait un dieu à forme animale, le Horkos grec, l'Orcus latin. Parce qu'il se nourrissait de cadavres, il est devenu « l'ogre » français, Vorco italien, Vuerco espagnol. Il était le loup, nocturne et insatiable comme la tombe. Il était le chien de la noire Hécate. Il était Cerbère le mangeur de chair (kréoboros). Les Gaulois le figuraient par le célèbre « carnassier androphage », symbole saisissant de la cruauté de la mort. Il est le lion de Noves du musée d'Avignon, le chien dévorant du musée de Clermont, l'ours difforme qui se dressait sur la place de l'église de Gipcy-l'Ours en Bourbonnais. C'est lui qui a nommé Orcival en Auvergne, Orcemont en Seine-et--Oise, Orceveaux en Haute-Marne, Orcet en Puy-de-Dôme, Orchaise près de Blois, Orchies dans le Nord, et là et ailleurs Orches, Orçay, Orsay ; n'est-ce pas son nom que portent encore la rivière Ourcq, et l'Ource bourguignonne et l'Ourse pyrénéenne ? Ne s'est-il pas déguisé jadis sous les traits de saint Ours, mystérieux compagnon de saint Ours, mystérieux compagnon de saint Victor et soldat dans la Légion thébaine ? Les combattants thébains étaient noirs, et saint Ours semble avoir succédé à un dieu de la mort. Il existe un village de Saint-Ours à petite distance du funèbre Orcival. A Loches, dans l'église très ancienne de Saint-Ours, qui fut bâtie par les fées, on a retrouvé un autel reproduisant les mystères d'Attis. « Loup » en celtique se disait blez. En gallois, bela signifie « loup » et « belladone », bleidgi « chien-loup », blai « loup » ou « ravageur » ; « loup » se dit bleidh en comique, et bleiz en breton de chez nous. C'est le loup qui a nommé Les Blais en Isère et Blaise dans les Ardennes, et la rivière la Blaise en Eure-et-Loir, et une Biaise qui en Haute-Marne traverse Blézy et Blaise et recueille le Blaiseron. Le loup figure dans les armes de Blois, il a nommé le Blésois et la Beauce (Belsa). Une monnaie carnute porte, avec le signe S, symbole du soleil, un loup. Tout cela est fort naturel, puisque, au moyen âge encore, la France paysanne vivait sous la menace du loup. Quelle place il tient dans notre folklore ! D'autre part, l'équation carnassier = mort se retrouve jusqu'au Pérou. Mais deux points sont instructifs pour nous. Plusieurs statuettes gallo-romaines figurent le Jupiter infernal, Dispater, sous l'aspect d'un homme vêtu d'une peau de loup. En second lieu, parmi plusieurs martyrs nommés Blasios, certain évêque arménien, mort en 316 paraît-il, mais aussi obscur et non moins douteux que les autres Blasios, fit parler de lui en Occident. Il obtint vite une éclatante popularité. Comme il avait péri déchiré par des crocs ou des peignes de fer, il devint le patron des cardeurs de laine et fut invoqué aussi par les maçons qui raclent leur plâtre avec une ripe. Rien de plus légitime, si toutefois sa légende était véridique. Mais en vertu de son nom, il reçut bien d'autres pouvoirs. Dans les pays de langue germanique, parce que blasen en allemand signifie « souffler », Sankt Blasius fut le maître des tempêtes, capable de marcher sur la mer ; sur les calendriers du Nord, il était désigné par un cor ou par un navire aux voiles déployées, ou par des joues gonflées d'air, et sa fête, la Blasmesse, était une fête du vent que les marins Scandinaves n'osaient pas mentionner. En Flandre parce qu'un nom celtique de l'orge, braccia, rappelle Blas, il fut le patron des « brasseurs » et malteurs. En France, étant le loup, il ne fut pas seulement l'héritier d'Orcus : il pouvait protéger les troupeaux, comme le Vélès ou Volos des Slaves, qui est un berger à tête de loup. Il était aussi chez nous, en sa qualité d'associé d'une grande déesse, le patron des laboureurs et le gardien des semailles. D'ailleurs, nos vieux mots blaice, blaiche, blaisse, ont signifié « la récolte des blés ». En outre, sans doute pour expier son indigne conduite envers la cigogne, il s'était fait le médecin des gorges et des gosiers : son premier miracle avait été de sauver un enfant qui avait avalé une arête. Le clergé touchait la gorge des malades avec deux cierges en croix ou un peu d'huile, consacrés à saint Blaise. Mais son rôle funéraire fut d'abord le plus important. Februus était un surnom de Pluton, février était le mois des morts, et la Saint-Blaise vient le 3 février, lendemain de la Chandeleur, jour autrefois sacré à Proserpine et à Cérès. Il nous paraît donc significatif que la Vierge noire, à Vichy, soit logée dans une église Saint-Blaise, et que le Saint-Blaise, et que le personnage soit installé près de la Vierge noire à Bollène, à Marseille, à Pézenas, à Montpellier et ailleurs. Il occupait une place d'honneur à Rocamadour ; à Châtillon-sur-Seine, il domine un rocher d'où jaillit, nouvelle rencontre, la rivière Ource. Des circonstances inconnues amenèrent un saint de chez nous à empiéter sur le domaine de saint Blaise. Il s'agit d'un authentique bourgeois montpelliérain nommé Roch, né à la fin du XIIIe siècle. Pèlerin charitable, il acquit la réputation de guérir la peste noire, dont il porte sur les jambes les plaies buboniques. Un chien l'accompagne. Vers 1630, sa dévotion s'établit dans le Forez. Elle se répandit en Auvergne et en Velay. En Allier dans la région reculée d'Arfeuilles (Fortier-Beaulieu, Revue du Folklore français, 1937), il était particulièrement renommé. Les paysans venaient à Arfeuilles se procurer des herbes de saint Roch qu'ils suspendaient dans leurs étables. On lui brûlait « jusqu'au bout » autant de cierges que l'on avait de bêtes. A Trinité, Haute-Loire, on lui faisait bénir le pain, le vin et le grain. Dans le Midi, à l'apparition du phylloxéra, en 1876, on eut recours à saint Roch. Sa fête tombe régulièrement le 16 août, le jour où dans le Midi a lieu la bénédiction du bétail. Mais Arfeuilles la célèbre le 3 février, jour de la Saint-Blaise... Est-ce que par hasard, roc aurait rappelé orc ? En tout cas, la similitude est frappante, entre saint Roch, son chien, son bâton surmonté de la gourde du pèlerin, et la figuration gallo-romaine de Dispater, le dieu au maillet, accompagné du chien symbolique. L'histoire de de Dispater-Orcus ne s'arrête pas là. Dante devait le montrer au centre de l'Enfer, comme le ver dans le fruit, sous la forme d'un démon démesuré, de ses trois bouches déchirant trois damnés. Mais la légende est moins pessimiste. Un prêtre, un peu partout, entendant parler d'un monstre, lui a passé son étole autour du cou et l'a rendu souple comme un gant. Le tympan des églises romanes figure souvent le Jugement dernier. Dans l'angle inférieur droit, les damnés sont précipités dans une gueule béante, vaste comme un portail d'église. Cette gueule, c'est bien Dis-pater-Blez dans son rôle dantesque (Émile Saillens, Les Vierges Noires: leurs origines, 1945 - books.google.fr).

Le grand parchemin

Le Grand Parchemin (de Rennes le Château) transcrit le chapitre 12,1-11 de l'évangile de Jean. L'épisode relate la visite de Jésus à Béthanie lorsque Marie l'oint de nard sur les pieds.

Un mot sur l'ordre chronologique que nous suivons. Nous supposons d'abord, et l'on en verra la raison plus tard, que le 14 Nisan, premier jour de Pâques, était, cette année-là, un vendredi. Or Jean (XII, 1) dit que Jésus vint à Béthanie six jours avant la Pâque. Il s'agit maintenant de savoir comment il faut compter ces six jours. Le 14 Nisan est-il compris ? Alors, en revenant de six jours en arrière, nous trouvons que Jésus serait arrivé à Béthanie le jour même du sabbat, ce qui n'est pas vraisemblable, car c'eut été transgresser la loi sabbatique, et Jésus ne se serait pas exposé sans des motifs puissants à paraître mépriser la loi. Ou bien Jean compte-t-il les deux jours qui servent de limite, le 14 Nisan et le sabbat, et veut-il désigner le sixième jour avant la Pâque, c'est-à-dire le premier jour de la semaine (le dimanche) ? Il faudrait alors admettre que la caravane des Galiléens est arrivée à Jéricho le jour du sabbat ou du moins qu'elle y a passé le sabbat, ce dont les évangélistes ne disent absolument rien. Pour lever la difficulté, il ne reste donc qu'à supposer que Jean compte six jours entiers depuis le 14 Nisan exclusivement, et qu'ainsi Jésus est arrivé à Béthanie le vendredi. Nous avons déjà trouvé un autre exemple de cette manière de compter. Ou bien, en adoptant l'opinion de Jacobi, que le sabbat était déjà commencé quand Jésus arriva (on sait que le sabbat commençait le vendredi soir), on pourrait compter les jours à la manière ordinaire (August Neander, Vie de Jésus, traduite par Pierre Goy, 1851 - books.google.fr).

Après avoir ainsi préparé l'esprit de ses disciples aux événements qui s'approchaient, Jésus partit avec eux de Jéricho le vendredi, et vint à Béthanie pour y passer le sabbat dans la maison de Lazare. L'heure du repas étant arrivée, il s'assit à table avec la famille. Dans cette circonstance, les deux sœurs de Lazare montrèrent de nouveau la différence de leurs caractères, par la manière différente dont elles cherchèrent à témoigner leur reconnaissance à celui qui avait ressuscité leur frère. Tandis que Marthe ne songeait qu'à sertir ses hôtes, Marie, né consultant que son cœur, mettant de côté toute autre considération, court chercher ce qu'elle avait de plus précieux, une livre du nard le plus pur, et le répand sur les pieds de Jésus qu'elle essuie ensuite avec ses cheveux. Comme Jésus avait l'habitude de repousser plutôt que de rechercher les hommages extérieurs rendus à sa personne, Judas, qui ne pouvait ni apprécier ni comprendre les sentiments qui avaient dicté la conduite de Marie, crut répondre aux intentions de son Maître en désapprouvant hautement ce qu'il considérait comme une pure prodigalité. Au lieu de répandre inutilement « ce baume, ne valait-il pas mieux le vendre et donner « le produit aux pauvres ? » Mais comme Jésus regarde toujours à l'intention, il discerne dans le cœur de Marie l'amour qui est le principe de la véritable sanctification. — Aussi, bien loin d'approuver un jugement mesquin, qui prétend appliquer une même mesure à toutes les actions, il répond à Judas: « Laisse-la, elle a gardé cela pour ma sépulture; c'est un dernier témoignage d'amour et de respect qu'on ne peut pas apprécier avec la mesure ordinaire; elle a pressenti que je ne serais bientôt plus au milieu de vous, tandis que vous aurez toujours des pauvres. » (August Neander, Vie de Jésus, traduite par Pierre Goy, 1851 - books.google.fr).

L'entrée de Jésus à Jérusalem ("dimanche des rameaux") fait immédiatement suite à l'épisode de Marie lui oignant les pieds.

Le bruit des actions de Jésus, et en particulier de la résurrection de Lazare, s'était répandu à Jérusalem, et avait vivement ému la multitude des Juifs accourus de toutes les contrées pour célébrer la fête. Dès que le sabbat fut passé, un grand nombre accoururent aussitôt à Bétbanie, pour Voir Jésus et Lazare, et pour se convaincre par eux-mêmes de la réalité du miracle qu'on leur racontait (Jean XII, 9), et peut-être y arrivèrent-ils déjà le matin du premier jour de la semaine, avant que Jésus fût lui-même parti, ou du moins avant qu'il fût entré à Jérusalem. [...] Suivi de ses disciples et de la foule accourue à Béthanie depuis le jour précédent, Jésus se dirigea vers Jérusalem. En apprenant son arrivée, une multitude sortit de la ville et vint au-devant de lui. L'enthousiasme allait croissant; de toutes parts on racontait que le miracle qui avait naguère fait tant de bruit dans la capitale était bien réel, que Lazare avait été ressuscité. Comme la foule devenait à chaque instant plus nombreuse et plus compacte, Jésus parvint à se procurer un ânon et monta dessus, afin d'avancer plus facilement et de pouvoir se montrer aux regards de tous. Ainsi fut amenée d'une manière toute naturelle une circonstance parfaitement propre à représenter l'humble et pacifique avénement du roi théocratique, et à réaliser la prophétie de Zacharie (IX, 9). (August Neander, Vie de Jésus, traduite par Pierre Goy, 1851 - books.google.fr).

Prophétie de Zacharie où apparaît le mot "ani", humble, pauvre se manifestant dans l'inscription "XR ANI TE".

Ainsi le grand et le petit parchemin parlent de sabbat et possiblement tous deux de sa transgression.

Le Sot Pêcheur

Les Pères, en commentant les passages scripturaires en question, n'ont fait que très tardivement le rapprochement entre le poisson, nourriture sacrée, et le Christ, nourriture eucharistique. Nous n'avons plus le commentaire d'Origène sur le passage de Jean XXI, 8-13. Il nous faut descendre jusqu'à saint Augustin, dans son Traité sur l'Evangile de Jean (vers 416) pour trouver un premier témoignage explicite : Piscis assus est Christus passus, ipse est et panis qui de caelo descendit — « Le poisson grillé est le Christ souffrant, c'est lui aussi qui est le pain descendu du ciel ». Augustin n'ignorait évidemment pas le symbolisme du poisson, mais la question n'est pas là. Il est le premier à avoir clairement affirmé que le poisson mangé dans le repas sacré s'identifiait au Christ et à avoir ainsi donné une valeur eucharistique à l'Ichthys.

Symbole que l'on retrouve sur la pierre tomable de l'abbé Henri Boudet.

Léviathan

La signification originelle du repas au poisson devra être cherchée en dehors du Nouveau Testament et en dehors de la tradition patristique.

Les repas au poisson, à l'ouverture du sabbat (vendredi soir) avaient à l'époque où est né le christianisme, et plus précisément en Syrie, une signification religieuse hors de pair. Toutes les survivances juives dans le culte chrétien sont loin d'être décelées ; dans le sujet qui nous occupe elles semblent indéniables. Le problème du repas au poisson étiez les juifs est lié au problème de la cena pura. Tertullien, à deux reprises, nomme la cena pura parmi les grandes observances rituelles du judaïsme : « Vous (les marcionites) célébrez les jours, les mots, les années « (cf. Gai. IV, 10) — et, ce me semble, les jours de sabbat et les « cenae purae, les jeûnes et les jours de fête. Il fallait vous en abstenir, « comme il fallait renoncer à la circoncision. » Les juifs de langue latine de l'époque impériale, et plus précisément les juifs de Rome, appelaient du nom de cena pura, le jour avant le sabbat, dit aussi parasceve, à savoir le vendredi. Ainsi en témoigne la traduction latine du livre premier de l'Adversus haereses d'Irénée : «La parasceve dite cena pura, c'est-à-dire le vendredi. » Saint Augustin s'exprime de même. Le codex Bezae Cantabrigiensis (VIe siècle) rend assez régulièrement le terme parasceve par l'expression cena pura : Mt. XXVII, 62 : In crastinum autem, quae est post cenam pur am, convenerunt principes sacerdotum. Lc. XXIII, 54 : Et dies erat cena pura et sabbatum inlucescebat. Le vendredi était célébré par un repas solennel qui a pu donner au jour son qualificatif. En quoi consistait ce repas ? Il ne peut s agir d'un simple repas « kasher », car c'était là, au moins en théorie, le propre de chaque repas juif et pas seulement le vendredi, encore que, à Rome ou en milieu romain, il dût être difficile pour les juifs de toujours manger kasher. D'autre part, la cena pura n'est pas seulement un repas plus fin ou plus luxueux par la rechercha des mets, mais un repas qui se distinguait des autres repas juifs par un caractère tout spécial. Cette particularité provenait du fait qu'étant organisé le vendredi soir, c'est-à-dire au début du sabbat, il constituait le premier des trois repas sabbatiques obligatoires, et le plus solennel des trois (51). Or, la nourriture spécifique de ce premier repas sabbatique était précisément le poisson, et l'on peut dire que la cena du vendredi chez les juifs est pura précisément parce que c'était un repas au poisson. Les témoignages abondent sur ce point. Nous en citons ici quelques-uns in extenso, empruntés au Talmud. Talmud, Shabhath 1.18 b: Déclaration du rabbi Simon ben Pazi. — « R. Simon ben Pazi déclara au nom du rabbi « Jehosua ben Levi, au nom de Bar Qappara : Qui observe les trois repas le jour du sabbat, sera préservé des trois tribulations : des « souffrances messianiques, du jugement infernal et de la guerre de Gog et Magog... Qui célèbre le sabbat dans la jubilation, celui-là recevra un héritage incommensurable... Comment prépare-t-on le « sabbat dans la jubilation ? Avec des repas de bettes, avec de grands « poissons et de l'ail... Même une nourriture de peu d'importance — à condition qu'on la prépare en l'honneur du sabbat — est un mets délicieux pour le sabbat. — Que veut dire cela ? Rabbi Papa répondit : Un mets comprenant du poisson grillé... Je voudrais avoir « part avec ceux qui célèbrent le début du sabbat à Tibériade et la «fin du sabbat à Sepphorim ». Talmud, Shabbath 119 a : Histoire du rabbi Joseph, du poisson et de la perle. — « Un jour (Joseph) était dans son bateau et un vent « balaya la perle précieuse, la fit tomber dans la mer et la perle fut engloutie par un poisson. Quand on eut retiré ce poisson de l'eau et qu'on le mit en vente la veille du sabbat, les pêcheurs demandèrent qui pourrait bien acheter un si grand poisson ; on leur répondit : Allez, apportez-le à Joseph le vénérateur du sabbat, car il a coutume d'en acheter de pareils. Et les pêcheurs le lui apportèrent et il l'acheta. Quand il l'ouvrit, il trouva la perle qu'il vendit pour 13 mesures de deniers-or. Un jour un vieillard le rencontra et lui dit : Qui prête au sabbat sera remboursé par le sabbat ». [...]

Ce n'est pas sans raison que le poisson inaugurait chez les juifs la cena pura, le premier repas sabbatique, au soir du vendredi. C'est que le poisson est la nourriture eschatotogique et messianique par excellence. Quand à la fin des temps, le Messie se manifestera, Léviathan sortira des eaux de la mer. L'ange Gabriel avec l'aide de Dieu le capturera. Léviathan sera eoupé en morceaux et sera distribué aux bienheureux comme nourriture et comme remède. Ici encore il convient de laisser parler les textes : Apocalypse de Baruch : « Quand sera accompli ce qui doit se « produire en ces temps, le Messie commencera à se manifester. Et semblablement Behemoth se manifestera en son lieu et Léviathan sortira de la mer — les deux grands monstres — que j'ai créés au 5e jour de la création, et que j'ai réserves pour ces jours. Ils serviront alors de nourriture à tous les survivants. Et la terre donnera ses fruits par milliers, un plant de vigne portera mille sarments, un sarment portera mille grappes, une grappe portera mille grains de raisin, et un grain de raisin donnera une mesure de vin — et heureux seront ceux qui ont eu faim ». Apocalypse d'Henoch : « Et l'ange de la paix qui était avec moi me dit : Ces deux monstres (Léviathan et Béhémoth) préparés conformément à la grandeur de Dieu, nourriront... (lacune). » Apocalypse d'Esdras : « A Léviathan tu as donné la septième part, à savoir la part aqueuse et tu as réservé {Léviathan seul ou Léviathan et Béhémoth) pour servir de nourriture à ceux que tu veux, et quand tu veux ». Talmud, Baba Bathra 74 b - 75 a : Déclaration de rabbi Dimi. — « Quand arriva rabbi Dimi, il dit au nom du rabbi Jonathan : En « ces temps là, Gabriel fera la chasse au Léviathan, car il est dit : « Peux-tu tirer hors de l'eau Leviathan avec un hameçon et comprimer sa langue avec une cordelette ? Et si le Saint — que son nom soit loué — ne l'aidait pas, Gabriel n'en aurait pas raison. Car il est dit : Celui qui l'a créé, approche avec son épée... Rabba dit au nom de rabbi Johanan : En ce temps là, le Saint — que son nom soit loué — préparera de la chair de Léviathan un repas pour les pieux, car il est dit : Les compagnons firent un festin. Par festin il faut entendre un repas. » Suivant la tradition, quand Jonas se trouvait dans le ventre du monstre marin, il lui donna l'ordre de nager vers le Léviathan, dans l'intention de le capturer et de le faire manger aux juifs pieux. La capture et la manducation de Léviathan inaugurent l'ère messianique. L'on a objecté qu'il était difficile d'admettre la signification messianique d'un monstre malfaisant. C'est oublier l'évolution subie par Léviathan dans la croyance juive ; à l'époque du Christ, il avait perdu ses caractéristiques redoutables et malfaisantes pour devenir, ainsi que l'indiquent nos textes, un poisson eschatologique. Progressivement même, les traits du Léviathan se reporteront sur le Messie à venir, au point que les deux tendent à s'identifier complètement. Un texte du XIIIe siècle, dans lequel des traditions bien plus anciennes ont abouti, suggère cette superposition : Zohar (à propos de Jonas II, 11) : « Quand Dieu redonnera la vie aux morts, alors il ordonnera au poisson, dont le ventre symbolise les cimetières, de cracher les morts et de les rendre. Et par le poisson nous trouverons un remède pour le monde entier. De même que le poisson, quand il eut avalé Jonas, mourut et ne revint à la vie qu'après trois jours et ensuite rendit Jonas, de même maintenant le monde est mort, mais à l'époque messianique, il ressuscitera les morts et les rendra à la vie. » L'allusion devient plus précise encore si l'on veut bien se souvenir que pour les cabbalistes, Jonas est le second messie (Messias ben Joseph), prodrome du troisième et dernier messie (Messias ben David). Or, on le sait, à l'époque de Jésus l'attente de la venue du Messie, et donc du Poisson qui l'accompagnera, qui inaugurera les temps nouveaux, et avec qui il s'identifie, était particulièrement vive. Faut-il tellement s'étonner que les chrétiens, tributaires des traditions juives plus que l'on ne voulait l'admettre, aient reporté sur le Christ tout le symbolisme du grand Poisson, comme ils ont reporté sur Jésus tous les traits du Messie, et aient continué par leurs repas au poisson la cena pura juive ? L'on peut même concevoir qu'en un second temps, la manducation de l'Ichthys s'est développée et fortifiée par contraste avec la cena pura — repas d'attente chez les juifs, repas de possession ou d'achèvement chez les chrétiens. Mais quoi qu'on veuille bien penser de ces rapprochements, il reste hors de discussion que le poisson est un animal messianique et eschatologique, qui comme tel figure sur la table des juifs, le vendredi soir, au jour de la cena pura. Et il est non moins certain que les repas chrétiens au poisson — qui n'ont pas d'explication dans les écrits spécifiquement chrétiens, répétons-le — trouvent au mieux leur explication si l'on veut bien admettre qu'ils continuent la cena pura iau poisson. Les juifs mangeront Léviathan au début de l'ère messianique, mais en outre, dans le Royaume, les bienheureux se nourriront principalement de poissons. Nul doute que cette croyance ait corroboré encore la signification de la cena pura (Cyrille Vogel, Le repas sacré au poisson chez les Chrétiens. In: Revue des Sciences Religieuses, tome 40, fascicule 1, 1966 - www.persee.fr).

L'ange Gabriel est associé à Rochemaure sur la Croix d'Huriel.

Il est avec le ciel des accommodements, et les rabbins ont imaginé des moyens d'éluder ces prescriptions trop rigoureuses. Les usines israélites devraient chômer le jour du sabbat, mais alors elles ne pourraient soutenir la concurrence de celles des gentils c'est pourquoi, le vendredi soir, on les confie à un infidèle au moyen d'une vente simulée. Ne pas chauffer les poêles le jour du sabbat, ce serait s'exposer à périr de froid; on loue donc une femme chrétienne, qui s'acquitte de ce devoir en retour d'un verre d'eau-de-vie. Il en est de même de la cuisine. On prépare les aliments dès le vendredi et on les mange froids le lendemain, ou bien on les fait réchauffer au four d'un boulanger chrétien. Ces aliments consistent surtout en une sorte de boulettes à la sauce piquante qui, au dire du Talmud, donne aux croyants un avant-goût du délicieux léviathan, dont les élus seront exclusivement nourris dans un monde meilleur. Enfin l'Israélite orthodoxe ne doit pas s'éloigner de plus de deux mille pas. Que faire, lorsque la nécessité impose un déplacement plus prolongé ? On se rend à la place où se terminent les deux mille pas, et l'on y dépose un morceau de pain, ce qui constitue une sorte d'élection de domicile. Dès cet endroit on peut faire encore deux mille pas, et ainsi de suite (G. Richard, Coutumes, Moeurs et croyances des juifs de Russie, Bibliothèque universelle et revue suisse, 1881 - books.google.fr).

Dans un poème de Wace sur le martyr de Marguerite, Leviathan intervient parmi toute une foule de diable : "Sathan appelle Leviathan pour surveiller les derniers moments d'Olibrius et veiller à ce qu'on ne leur dérobe pas son âme et qu'il ne puisse se sauver." (Wace, La vie de sainte Marguerite, présenté par A. Joly, 1879 - books.google.fr).

Avant de mourir, selon le récit de Jacques de Voragine, Marguerite adressa au ciel une prière : "Elle pria avec dévotion pour elle-même, pour ses bourreaux, et encore pour ceux qui auraient mémoire d'elle et l'invoqueraient, ajoutant que toute femme en couches en danger qui l'invoquerait mettrait au monde un enfant indemne". Cette ultime requête ne laisse de surprendre, de la part d'une vierge qui n'a jamais eu à connaître les douleurs de l'enfantement. Rien dans la logique explicite du récit ne vient justifier ce souci tardif des femmes en couches... Il n'y a là aucun mystère : Jacques de Voragine prend acte d'une croyance déjà établie, et lui donne un fondement "historique". Marguerite est en effet la grande accoucheuse, celle dont la ceinture apaise les douleurs, celle dont on lit la vie au chevet des parturientes. Cela suffit à expliquer la présence dans le récit de ce passage en rupture avec tout le contexte. Mais le rappel de cet usage n'explique rien : pourquoi Marguerite est-elle donc, de longue date, créditée de vertus obstétricales ? Ici encore, il est facile de répondre. Comme le notait par exemple Paul Perdrizet, c'est à l'analogie entre la délivrance et la sortie du ventre du dragon que Marguerite doit ses "vertus maïeutiques" (op. cit. : 176). Là est bien l'essentiel. Mais les textes cités plus haut permettent de donner tout son sens à une comparaison qui pourrait sembler assez arbitraire : le sein même de la Vierge y était comparé au ventre du crocodile et à l'enfer. Que dire de celui d'une humble fille d'Eve! N'est-il pas rapproché du Shéol par les Proverbes ? Louis Réau note d'ailleurs à juste titre que les images de Marguerite sortant du ventre du dragon grâce à l'arme de la croix rappellent celles du Christ brisant la porte des enfers, souvent représentée comme la gueule du Léviathan. Rappelons enfin le parcours métaphysique que représente toute naissance. L'enfant vient d'un au-delà aux contours indécis, marqué néanmoins d'une connotation négative. Porté à la lumière, il sort en somme des enfers. Voilà bien le parcours de la perle et de Marguerite : la comparaison n'a rien de fortuit. [...]

Ce système symbolique trouve un prolongement immédiat dans les pratiques. A l'imitation d'autres saints ou saintes à dragon, on prête à Marguerite une ceinture dont elle aurait entouré la bête. Il en existe bien sûr plusieurs reliques, ou copies paraliturgiques : deux à Paris, une à Amiens, et tant d'autres... De cette ceinture on entoure le ventre des femmes en couches : n'est-ce pas pour apaiser l'animal matriciel, que les traditions populaires représentent volontiers comme une sorte de reptile ou de batracien ? Cette croyance étrange se reflète dans des pratiques qui ont beaucoup intrigué historiens et ethnographes : on offre dans la région rhénane aux saints du "mal de mère" des ex-voto en forme de crapaud qui représentent la matrice ; lors des accouchements, on rapproche des parfums du bas-ventre de la parturiente, on lui fait respirer des odeurs nauséabondes - par exemple la fumée de vieilles savates brûlées - afin d'attirer vers le bas une matrice qui remonte pour mieux retenir l'enfant : cette cure est en tous points comparable aux méthodes utilisées pour attirer les serpents dans des pièges, ou au contraire les éloigner. Brûler des vieilles savates à cet effet est un procédé très caractéristique, encore employé dans la région d'Alicante il y a une cinquantaine d'années. Que le dragon de la légende évoque la matrice, un détail du texte de Jacques de Voragine le suggère encore d'une autre manière : Marguerite en prison demande à Dieu de lui montrer "l'ennemi qui combat avec elle (ou : en elle, secum)", et le dragon se présente. Le démon confesse un peu plus loin sa honte d'être vaincu non par un homme, mais par une jeune fille, supposée plus sensible, sans doute, à l'appel de la chair. Qui est donc l'ennemi d'une vierge défendant sa foi, et aussi sa virginité ? Le diable, bien sûr, mais surtout l'attachement à la chair, et donc le lieu de la jouissance et de la fécondité – le dragon, ventre infernal. [...]

Et, en effet, on peut le lire comme la répétition d'une même séquence formelle : celle du passage de l'intérieur à l'extérieur, correspondant, dans la logique du récit, aux étapes successives d'une vocation spirituelle. Marguerite est d'abord éloignée de la sphère paternelle : elle est mise en nourrice à la campagne. Olibrius l'arrache ensuite à l'intimité retrouvée d'une vie bucolique. Les supplices portent alors à l'extérieur de son corps ce qui était son intérieur caché. Mise au cachot, elle est avalée par le dragon, et ressort de son ventre. Prend place alors dans le texte de la Légende dorée un épisode qui ne s'explique guère en dehors de l'hypothèse ici présentée : la sainte est tentée par le diable, et, parvenant à le vaincre, elle l'écrase de son talon. N'y-t-il pas là une allusion à des figures de la sortie ? Un souvenir d'Eve chassée du paradis, et l'annonce de la Rédemption : la femme écrasant le serpent est la Vierge, par qui Jésus vint au monde, lui qui libéra les justes de l'enfer. Plus clairement encore, dans la suite, Marguerite obtient des aveux du démon : "Et il ajouta que Salomon avait enfermé une multitude infinie de démons dans un vase, et qu'après sa mort ces démons en faisaient sortir du feu ; les hommes, dans l'idée qu'un grand trésor y était enfermé, le brisèrent : et les démons qui en sortirent emplirent l'air." Nouvelle image, donc, d'une libération. La sainte ensuite, jetée dans un bassin, "en ressortit indemne à la vue de tous". Vient enfin l'ultime délivrance : Marguerite frappée à sa demande par le bourreau rend l'esprit. Selon un manuscrit toulousain du XIVe siècle résumé par A. Aymar, interviennent alors "deux anges emportant, dans un linge, un petit corps nu, symbole de l'âme de la martyre (op. cit. : 302)"... (Jean-Pierre Albert, La légende de sainte Marguerite : un mythe maïeutique ? 2008 - halshs.archives-ouvertes.fr).

Ceintures

Jean Baptiste a était vêtu de poil de chameau, avec une ceinture de cuir autour des reins ; il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage. Il proclamait: «Celui qui est plus fort que moi s'en vient derrière moi. Je ne suis pas digne de m'incliner devant lui pour délier la courroie de ses sandales. Moi, je vous ai baptisés dans l'eau, mais lui vous baptisera dans l'Esprit Saint. » (Bernard Lafrenière, Traduction interlinéaire de l'Évangile selon saint Marc, 1996 - books.google.fr).

La pensée grecque a également utilisé l'image de la présure et du lait comme analogie pour l'union de l'âme et du corps : « L'âme ceinture l'homme dans sa totalité et le ligote à son tour, étant elle-même entravée, comme la plus insignifiante goutte de présure procède à l'égard d'une énorme masse de lait » (fragment de Diogène d'Oenoanda, cité par J. Pioeaud, « La Présure et le lait. Quelques remarques sur la rêverie de la caille du lait », Les Etudes classiques, 1975, XLIII (1) : 6) (L'homme: revue française d'anthropologie, Volume 28, 1988 - books.google.fr).

Le serpent est dans l'iconographie gnostique un symbole ouranien: gardien de l'espace sacré, il figure l'Océan, la ceinture marine qui sépare les eaux inférieures des régions supérieures du pneuma; pour les Ophites qui le vénèrent, il est le Fils du Dieu de lumière (Annie Zdenek, Gnose et science dans Die Verzauberung de Hermann Broch, Recherches germaniques, Numéro 36, Université des sciences humaines de Strasbourg, 2006 - books.google.fr).

Au geste de la jeune épousée qui dénoue sa ceinture au jour de ses noces, à celui de la femme sur le point d'accoucher qui défait, son bandage de poitrine et ses cheveux, symbole du libre passage au travers de son corps, répond la mort par étranglement. car la correspondance phantasmatique de la bouche d'en haut et de la matrice qui, fermée, provoque la suffocation, peu expliquer que seules les femmes en Grèce, se suicident par pendaison (C. Bonnet-Cadilhac, Traduction et commentaire du traité hippocratique “Des maladies de jeunes filles”, History and Philosophy of the Life Sciences, Volume 15, 1993 - books.google.fr).

Tarasque

Tout au long du littoral méditerranéen à l’Ouest de l’embouchure du Rhône et jusqu’à l’Andalousie, les légendes font état de la Bête carnassière de mœurs amphibies, hantant les eaux douces, les zones palustres et même les eaux saumâtres.

Le texte le plus ancien mentionnant la Tarasque qui nous soit parvenu, est " La vie de Sainte Marthe ", que la légende attribue à une certaine Martilla (ou Marcelle), qui aurait été la servante de la Sainte. Le texte en question est un apocryphe datant du XIIème siècle, attribué à un certain Synthique et connu des exégètes sous le titre de " Pseudo-Marcelle ". Parmi les nombreux textes qui suivirent il en est deux, datant tous deux du XIIIème siècle, qui demandent à être pris en considération : " Speculum Historiae " de Vincent de Beauvais et " La Légende Dorée " de Jacques de Voragine. " Pseudo-Marcelle ", " Speculum Historiae " et " La Légende Dorée " donnent tous trois une description minutieuse de la Tarasque ; avec une variante toutefois, seuls les deux premiers parlent de sextupédie. Le passage " Senos pedes et ungens ursinas " (six pattes et des griffes d’ours), identique chez Synthique et Vincent de Beauvais, ne figure pas chez Jacques de Voragine. En revanche les trois textes sont conformes quant à la généalogie de la Bête ; la Tarasque est née de l’accouplement d’un Léviathan et d’un (d’une) Bonachus, monstre propre à la Galatie, appelé également Bonachos et Onachum.

Le fait d'avoir 6 pattes catalogue la bête parmi les insectes qui devaient pulluler sur les bord du Rhône.

Galatès est le fils d'Hercule et de Galatée. Il a donné son nom à la Gaule et à la Galatie (parfois utilisés l'un pour l'autre).

D’anciennes traditions, dans lesquelles on a voulu voir le souvenir de phénomènes volcaniques dont cette contrée aurait été le théâtre, plaçaient dans le voisinage d’Héraclée la bouche des enfers par où Hercule y aurait pénétré, et par laquelle il aurait traîné jusqu’à la lumière Cerbère vaincu et enchaîné (Georges Perrot, Exploration archéologique de la Galatie et de la Bithynie, d'une partie de la Mysie, de la Phrygie, de la Cappadoce et du Pont, exécutée en 1861, 1872 - books.google.fr).

Cet exploit d'Hercule, descendu dans la caverne d'Acherusia près d'Héraclée en Bythinie, rappelle fortement celui de Marthe. D'autant que la côte méditerranéenne gauloise a été parcourue par Hercule lors de ses pérégrinations.

La voie terrestre joignant l'Italie en Espagne, à travers les Alpes ligures, les territoires celto-ligures des Préalpes, les pays celtiques, puis ibériques, était apparemment une sorte de voie sacrée, protégée par un respect religieux, inspiré aux indigènes par le souvenir du héros divin Héraklès, de sa puissance, et des bienfaits qu'il avait apportés. Cette voie présentait à la vérité un grand intérêt économique pour les pays qui la traversaient ou qui la bordaient. La conscience collective de cet intérêt prenait la forme d'un sentiment religieux entretenu par les relations amicales entre les marchands et les voyageurs grecs ou étrusques hellénisés, et les dynastes régionaux, sous l'égide du héros divin (Jean-Jacques Hatt, Mythes et dieux de la Gaule, Tome 2, 1997 - www.vendomois.fr).

Les Visigoths constituèrent un empire englobant toute la Gaule au sud de la Loire et à l'ouest du Rhône, ainsi que toute la péninsule Ibérique à l'exception du royaume suéve au nord-ouest. Mais en 507, Alaric II fut défait et tué par Clovis, et les Francs occupèrent pratiquement tous leurs territoires au nord des Pyrénées. Après quoi le royaume visigoth, qui devait durer deux siècles encore et tomber pour finir aux mains des Arabes en 713, fut réduit à la péninsule Ibérique plus la Narbonnaise, une étroite bande de terrain bordant la côte méditerranéenne, des Pyrénées à l'embouchure du Rhône. Au VIe siècle, le monnayage visigothique, entièrement en or, se répartit en deux périodes que sépare l'inauguration par Léovigild d'un monnayage « national» vers 580. Durant la première période, celle des monnaies pseudo-impériales, on frappa des solidi et des tremisses, dans la seconde uniquement des tremisses. Dans la première période, les monogrammes royaux ou les lettres indiquant peut-être le lieu d'émission font totalement défaut, de sorte que l'attribution aux Visigoths est entièrement basée sur la présence d'exemplaires dans les collections espagnoles ou dans des trésors dont on sait qu'ils ont été trouvés en Espagne ou au Portugal. Les solidi, relativement rares, portent les noms, plus ou moins déformés, d'Anastase, Justin Ier ou Justinien. Au droit, le buste impérial est de grande taille et ornementé de manière compliquée; au revers, la longue croix ou le christogramme que tient la Victoire a fréquemment un pied en forme de fourche. Les tremisses sont communs et, bien que de de type uniforme, ils sont de style extrêmement varié. Le type du droit comporte un buste de profil avec une grande croix bien en évidence sur la poitrine, accompagné du nom déformé d'un empereur byzantin. Le revers montre, avançant vers la droite, portant une couronne et une palme, une Victoire de profil qui, progressivement, va se déformer en une sorte d'animal ressemblant soit à un insecte, soit à un dragon, parfois même à un kangourou. Nous ignorons si ces monnaies proviennent d'émissions locales, souscontrôle municipal, et jusqu'à quel point elles étaient - si même elles l'étaient - soumises à la juridiction royale. Il nous est également impossible de déterminer parmi les premières monnaies au nom d'Anastase celles qui furent émises en Gaule méridionale par les Visigoths et celles qui le furent par les Francs après la conquête de 507. Le monnayage «national» visigothique débuta quelques années avant la fin du règne de Léovigild (568-586), le plus grand des rois visigoths. Les circonstances exactes de ce changement sont incertaines, mais on sait qu'il se déroula en trois phases. Les premières pièces sont au type traditionnel de la Victoire, mais le nom du roi y remplace la légende déformée des séries pseudo-impériales. Dans la seconde phase, à la Victoire succède une croix sur des degrés, copiée des solidi du contemporain de Léovigild, l'empereur byzantin Tibère II, et la légende du revers donne le nom de l'atelier. La troisième phase voit l'introduction du buste royal de face sur les deux côtés de la pièce. Au droit, il s'accompagne du nom du roi et du titre de rex. et sur l'autre côté du nom d'un atelier et d'une épithète laudative (par exemple: pius. In clitvs) destinée à caractériser le roi mais qui, pour des raisons de place, a dû être rejetée au revers de sorte qu'elle semble qualifier l'atelier (Philip Grierson, Monnaies du Moyen âge, 1976 - books.google.fr).

Le motif de la Victoire transformé en animal a pu être repris dans l'illustration de la légende de Marthe et de la tarasque qui marque en effet une victoire, sur le paganisme, les éléments naturels (crues du Rhône, invasion d'insectes ?).

Or, continue la légende, dans le fleuve, entre Arles et Avignon, en un lieu alors nommé Nerluc (le bois noir), vit un dragon, moitié animal (terrestre), moitié poisson, qui dévore les passants et submerge les navires. On demande à Marthe d'en délivrer le pays. Elle entre dans le bois, asperge le monstre d'eau bénite et lui montre la croix, et il devient doux comme un agneau. Elle le lie avec sa ceinture, le ramène au peuple qui le tue — et devant le miracle, se convertit. Les gens, dit Voragine, appelaient ce dragon Tarasque, d'où le nom de Tarascon donné au lieu anciennement nommé Nerluc (Saints et dragons: rôle des traditions populaires dans la construction de l'Europe, Volume 2, 1998 - books.google.fr).

L'intérêt de la légende de la tarasque, monstre à moitié Léviathan dont le poisson du sabbat annonce son partage lors de la victoire du Messie juif, est de faire lien entre le Sot Pêcheur et le grand parchemin par l'entremise de Marthe, présente et affairée à l'onction de Jésus, pendant le sabbat, effectuée par Marie de Béthanie qui est identifiée à Marie Madeleine par ce même grand parchemin.

Si la dynamique de l’épopée exigeait des dieux, le grand fleuve, rival du Rhin, mais orienté vers la Provence, terre du soleil, imposait à Mistral au moins deux figures divines : un dieu fluvial, un dieu solaire. Le premier : le Drac, est emprunté au folklore rhodanien ; mais sa figure est isolée et grandie, pour en faire un digne partenaire du dieu solaire, Mithra. En fait, ce n’était qu’un génie aquatique parmi d’autres. Il y avait aussi les Trêves, qu’on voit entraîner au fond des eaux le criminel Ourrias, dans un épisode fantastique, le plus beau peut-être, de Mireille. Et il y avait non un Drac, mais des Dracs ; dans diverses rivières, des bons et des mauvais. Parmi les légendes recueillies16, Mistral a opéré un tri, choisi traits et détails ; il a animé, poétisé la figure du monstre, – mi-reptile, mi-poisson, mais pourvu d’une tête humaine ; ravisseur et dévorateur ; capable d’ailleurs d’errer sur les rives, de prendre une forme à son gré. Surtout il a précisé sa valeur mythique. Il le fait entendre clairement : le Drac qu’il a recréé, avec son corps onduleux, ses yeux glauques, ses lèvres tremblantes, sa voix indistincte, ses manières caressantes, évasives, – incarne la séduction de l’eau, à la fois câline et perfide. Cela dans les anses, les bras où le fleuve s’alentit et flâne parmi les fleurs des marécages. Mais pour la puissance du courant et la furie des crues, il fallait une autre figure mythique : ce sera le taureau, le Rouan : une note de Mistral précise le double sens du terme : « taureau en pleine force, masse d’eau qui se précipite » ; il en fait le nom emblématique du Rhône, dérivé du Rhodanus.

Il faut cerner ce qu’était Mithra pour notre poète. Indifférent à ses origines mazdéennes, à son sens primitif, il voit en cette figure divine le Soleil, et le Soleil de Provence. « Soleil de la Provence », « dieu rhodanien », c’est de ces appellations qu’use le prince, dans sa prière à Mithra. Le dieu solaire introduit par les légions romaines, dont le culte a remonté la vallée du Rhône vers la Germanie, laissant sur son passage une série de monuments : c’est lui que Mistral intègre dans la mythologie de son terroir. Ces monuments énigmatiques semblent l’avoir fasciné, ainsi que le rituel des mystères ; il a dû examiner les uns, tenter de s’informer des autres. Deux monuments surtout l’ont retenu : le bas-relief de la Fontaine de Tourne, à Bourg-Saint-Andéol ; et le « dieu d’Arles ». Le premier illustrait une scène reproduite à de nombreux exemplaires, avec quelques variantes : le jeune dieu immolant un taureau. De ce sujet, le poème donne deux exégèses. Celle du prince d’Orange doit être celle de l’auteur : il connaît Mithra, et voit dans l’immolation du taureau un sacrifice à ce dieu, sacrifice inconsciemment reproduit aujourd’hui dans les Arènes. Plus intéressante, l’interprétation d’une sorcière de Bourg-Saint-Andéol : le taureau, le Rouan, représente l’antique batellerie du Rhône ; le dur jeune homme qui l’égorge est le futur destructeur des mariniers. – Nous devons comprendre que, pour Mistral, le Rouan incarne ici à la fois l’antique batellerie et le fleuve lui-même, égorgé, en même temps qu’elle, qui était sa vie, par l’homme des temps nouveaux, « Il a crevé pour tous, aujourd’hui, le grand Rhône », sera le dernier mot de Maître Apian. L’autre monument est au musée d’Arles : c’est le torse acéphale d’un dieu, étroitement enroulé dans les replis musculeux d’un serpent. Ce dieu, pour Mistral, est Mithra ; le prince d’Orange croit reconnaître dans le serpent, le génie du Rhône. Il retrouve celui-ci à la fontaine de Tourne, où l’on voit un serpent qui rampe et ondule aux pieds du taureau immolé. Ainsi le Drac et Mithra, le Fleuve et le Soleil, sont, pour le prince rêveur et pour le poète, deux divinités associées, inséparables. Et lors du banquet offert par le prince aux mariniers, il leur propose de célébrer conjointement, en fondant deux traditions locales différentes, « la Rouanado e la Soulenco », la fête du Rhône et celle du Soleil (Hélène Tuzet, Retour à Mistral ou : Thrène pour un fleuve défunt, 2014 - licorne.edel.univ-poitiers.fr).

Les Trèves sont des fées présentes à Rochemaure (La Croix d'Huriel : Sot Pêcheur et Par ce signe tu le vaincras 1).

Il semble que dans la religion de Mithra, le dimanche, jour du soleil, était "particulièrement sanctifié". Ainsi les adeptes de Mithra devaient-ils corriger l'ordre traditionnel de la semaine planétaire qui plaçait en tête le jour de Kronos-Saturne, tout comme les chrétiens célébraient leur dies dominica ou "kuriakè" le jour du Soleil et non le jour de Saturne qui se trouvait correspondre au sabbat juif. [...] origène a conservé un fragment de Clese, où il est dit que selon "la doctrine des Perses et l'initiation mithriatique pratiquée chez eux", l'âme, dans son ascension, passe par sept portes dont la dernière est d'or et est attribuée au Soleil. Dans ce classement où le Soleil a la position la plus eméinente, l'ordre des planètes est celui des jours de la semaine et le dimanche se trouve au plus haut rang le plus sacré des jours (Vivarais et Languedoc, Fédération historique du Languedoc méditerranéen et du Roussillon, 1972 - books.google.fr).

Jésus s'opposa à l'idée qu'un jour hebdomadaire ou « sabbat » dût être rigoureusement respecté. L'origine de la semaine de sept jours provient sans doute du culte primitif de la lune. Les jours de la pleine lune étaient sacrés presque partout dans l'Antiquité ; ce fait impliquait la reconnaissance d'un cycle d'environ quatorze jours, dont une semaine était la moitié. La véritable longueur d'une semaine ainsi déterminée était exactement de sept jours et trois huitième. Les Babyloniens et les Perses avaient adopté ce mode, et leurs calendriers contiennent des instructions au sujet de plusieurs actes dont il fallait s'abstenir certains jours appelés « sabbat », lesquels semblent revenir une fois sur sept. [...] Le dimanche dédié au soleil était sacré depuis des siècles dans les religions païennes et notamment chez les adorateurs de Mithra. Le jour du Seigneur des mithraïstes devint le jour du Seigneur des chrétiens, en l'an 321, avec le décret de l'empereur Constantin (Christian Elleboode, Jésus, l'héritier: Histoire d'un métissage culturel, 2011 - books.google.fr).

Les peignes et l'arête de poisson

D'après La Légende dorée, après que Blaise fut désigné comme évêque de Sébaste (Arménie) et pour échapper aux persécutions de Dioclétien, le saint gagna une caverne du Mont Argée, ancien volcan au sud est d'd'Ancyre, appelée aussi Sébaste en l'honneur d'Auguste, où il vécut en ermite. Le gouverneur le fit arrêter. En route, Blaise sauva un enfant mourant qui avait avalé une arête de poisson, et obtint d'un loup qu'il restituât un pourceau qu'il avait ravi à une pauvre veuve. Le gouverneur, ne pouvant obtenir de lui qu'il sacrifiât à ses dieux, le fit jeter en prison. Là, la veuve lui apporta du pain et la tête de son pourceau, ainsi qu'une chandelle : ceci explique l'utilisation de chandelles dans le culte du saint. Par la suite, le gouverneur le fit torturer à l'aide de peignes de fer qui lacéraient ses chairs, puis ordonna qu'on le jette dans un étang. Mais alors Blaise fit un signe de croix, et la surface de l'étang devint pour lui solide. Le gouverneur le fit alors décapiter. Lors de sa mort, le saint demanda à Dieu que quiconque l'invoquerait pour un mal de gorge ou une autre maladie fût exaucé, et cela lui fut accordé (fr.wikipedia.org - Blaise de Sébaste).

Blaise serait le doublet d'une divinité solaire perse : Mithra.

Le Péroun russe avait pour compagnon Volos, Veles, que nous avons vu figurer avec lui dans les traités conclus avec les Grecs; c'était un dieu des campagnes et des bergers, sans doute à la façon du Mithra perse, « Mithra, roi des gras pâturages ». Ce Veles était des plus populaires, car il a survécu à l'introduction du christianisme, sous le nom de saint Blaise, patron des bestiaux (André Lefèvre, Germains et Slaves: origines et croyances, 1903 - books.google.fr).

L'oppidum de Saint-Blaise est un site archéologique majeur en Méditerranée occidentale, situé sur la commune de Saint-Mitre-les-Remparts, près de Fos-sur-Mer, dans les Bouches-du-Rhône (fr.wikipedia.org - Oppidum de Saint-Blaise).

Mitre appelle Mithra mais en fait il s'agit d'un Demetrius. Le couple Blaise de Sébaste et Demetrius de Thessalonique a pour doublet Blaise et Demetrius de Veroli où ils aboutirent en compagnie de sainte Marie Salomé, mère des apôtres Jacques et Jean. Véroli est en concurrence avec les Saintes Maries de la Mer, connu depuis le VIe siècle sous le nom de « Sanctae Mariae de Ratis », c'est-à-dire Saintes-Maries-du-Radeau ou de la Barque, pour accueillir cette femme témoin du Christ. Comme Blaise et Demetrius vont de pair et que Blaise se rapproche de Mithra, on ne peut que penser que Demetrius est un camouflage du même dieu perse.

Il est significatif que les saintes Maries est accosté en Camargue aux bouches du Rhône près desquelles se trouvent Saint Blaise et Saint Mitre. Or le culte des Maries semblent avoir pour origine des saintes persanes, religieuses d'Hazza en Perse mésopotamienne. Le culte de Sara, étant aussi persane, a été adjoint en 1719 (Jacques Baudoin, Grand livre des saints: culte et iconographie en Occident, 2006 - books.google.fr).

Le BLES du petit parchemin peut faire référence à Blaise.

Et saint Blaise, — qui décidément était mis à toutes les sauces ! — fut considéré (lui aussi !) comme patron des agriculteurs et des laboureurs, parce qu'il apprivoisa des bêtes sauvages. Dans de nombreuses communes, les cultivateurs apportaient à l'église le 3 février une poignée de céréales ou de grains à semences pour les faire bénir. Au retour, ils mélangeaient cette poignée bénite au reste des semences, afin d'assurer une bonne germination et de préserver les plants des gelées et des orages.

Et comme le fait justement remarquer Van Gennep, la coutume se fondait dans l'Isère comme en Savoie sur le jeu de mots qui assimilait blà (blé) à San blâ ou à Sin Blé. La Saint-Blaise, c'était aussi... la fête des bêtes ! (Claude Muller, Coutumes & traditions du Dauphiné, 1977 - books.google.fr).

« Et le lendemain, (de la Chandeleur), pour Sen Blat (Saint-Blaise), les crêpes, c'était pour les bêtes, les champs, la récolte. Eh, tè, blat, c'est le blé ! » clame Rose Bertin, emportée par un crescendo enthousiaste à l'évocation des rituels d'un passé qu'elle regrette. (Les Toureilles, 1991.) Le 2 et le 3 février, en effet, se partagent l'espace : le 2 février, la crêpe de la Chandeleur est pour l'intérieur, l'aire fermée, la maison. Le 3, celle de la Saint-Blaise est pour l'extérieur, l'aire découverte, les champs. Toutefois, parmi mes nombreux informateurs au premier degré, Rose Bertin fait partie de la petite minorité — une quinzaine à peine — qui se souvienne de cette fonction de la crêpe de saint Blaise. Blaise est parfaitement vécu par tous ceux qui l'évoquent dans son rôle de saint protecteur agraire. Mais le thème de la fabrication, le jour de saint Blat (Blaise), de la crêpe faite de blat (blé), et protégeant donc par extension toute production agraire, est moins fréquent. En fait, il semble que l'association de la crêpe de saint Blaise avec le blé n'existe que là où le vocable gascon de saint Blaise est Sen Blat et non Sen Blas (Isaure Gratacos, Calendrier pyrénéen: rites, coutumes et croyances dans la tradition orale en Comminges et Couserans, 1995 - books.google.fr).

On trouve une légende de "Seint Bles" dans un manuscrit conservé à Cambridge (Montague R. James, The western manuscripts in the library of trinity college, cambridge, Volume 1, 1900 - books.google.fr).

Au sabbat nous baisons le cul du diable. Pourquoi ? L'âme véritable est portée dans le dans le ventre et non ailleurs. L'os d'immortalité termine le bas de l'épine dorsale et il est nommé en kabbale Luz. C'est le fondement du corps et la pierre fondamentale du Temple. Il n'y a là nulle inversion, nulle nulle messe à rebours ! C'est la messe peut-être qui inverse l'adoration de forces un peu platement appelées «génésiques». N'est-il pas naturel que les Templiers qui sont au lieu de de la pierre fondamentale, c'est-à-dire Luz - là où circulent les âmes de l'échelle de Bethel car la pierre du rêve de Jacob fut translatée pour établir le fondement du Temple (Zohar) —, baisent au fondement celui qui les reçoit. Ainsi communient-ils à l'âme du Prince architecte du monde. [...] On aura invoqué ici un saint patron du souffle anal, des tempêtes alvines et météorologiques. C'est Blaise, Vlas, dieu des pendus. En son jour en pays Scandinaves on interdit l'usage d'aliments flatulents, tant on craint que le jeu sur blasen et Blasius, à la Saint-Blaise (3 février), ne déchaîne des tempêtes pendant toute l'année. Saint Blaise est celui qu'Eva Pocs a évoqué dès les premières heures de notre sabbatique convent : Volos-Veles. Car bien des siècles avant la première mention de cette divinité slave, le culte du saint est attesté en rapport avec les maux de gorge, les souffles, la protection des animaux domestiques. D'origine byzantine, ce culte apparaît dès le début du VIème siècle. [...] La nuit du 1er mai — ou ce jour — que dans toute l'Europe apparaissent les Feuillus. Mais les feuilles tournent aussi à la Saint-Jean d'été et au 1er novembre. Pline nous explique qu'aux solstices les feuilles des arbres bicolores (peuplier, saule, olivier) se retournent. Celles qui paraissaient claires le jour précédent sont sombres le lendemain. En ces nuits de tournefeuilles, selon saint Grégoire le Grand (Dialogues), les âmes des morts se reposent sur les feuilles. Lorsque nous nous en revêtons, en se retournant, elles nous incorporent, par leur naturel mouvement, les souffles des défunts. Voilà ce que nous apprend le 1er mai, ce que nous enseigne le temps où tombent les premières feuilles, le 11 novembre et son sabbat de la Saint-Martin. Voilà enfin la leçon de «l'agraire» Loup Vert de Jumièges de la Saint-Jean Baptiste, quand tournent les feuilles (Claude Gaignebet, Discours de la sorcière de Saint Julien Lampon, Le sabbat des sorciers en Europe: XVe-XVIIIe siècle : colloque international E.N.S. Fontenay-Saint-Cloud, 4-7 novembre 1992, 1993 - books.google.fr).

La fontaine où se trouve le bas-relief de Mithra à Bourg-Saint-Andéol s'appelle fontaine de Tourne. Saint Andéol (où résonne Eole, le dieu des vents) est mort martyrisé le 1er mai 208, qui était un dimanche, jour sacré de la religion de Mithra, selon la tradition (Vivarais et Languedoc, Fédération historique du Languedoc méditerranéen et du Roussillon, 1972 - books.google.fr).

Une translation des reliques de Saint Blaise est célébrée le 1er mai.

Volcanisme

Le Bonachus avait pour principale caractéristique la faculté d’expulser sur des distances considérables, ses excréments, que l’on ne saurait mieux comparer qu’à de la lave en fusion, et qui carbonisaient instantanément tout ce qu’ils atteignaient (cerbi.ldi5.com).

La tarasque alliait l'eau par le Leviathan, et le feu par le bonachus. La bête galate avait donc un rapport avec le volcanisme, qui a élu domicile dans le Vivarais, Rochemaure se trouvant sur un dyke, comme Ancyre, la capitale de la Galatie, aujourd'hui Ankara. La légende de la fondation de la ville raconte qu'on y trouva une ancre. Alors que proclame un vieux cantique cité par Mistral, "Allez sans voile et sans cordage, Sans mât, sans ancre, sans timon, Sans aliments, sans aviron, Allez faire un triste naufrage ! Retirez-vous d'ici, laissez-nous en repos, Allez crever parmi les flots ! (Frederic Mistral, Mireille: poème provençal, 1864 - books.google.fr).

A l'extrémité de la région qui est l'objet de nos recherches on remarque un vaste Système volcanique qui s'étend sur plusieurs Départemens. On croit qu'il se rattachait à celui dont l'île basaltique de Brescou est une extrémité, et que de cette pointe, jetée dans la Méditerranée, il s'avançait par les hauteurs de Nizas et de l'Arvene, tournait vers Lodève, gagnait les lieux voisins de Cabrillac, parvenait à Langogne et à Pradelles, prolongeait là une de ses branches dans le Velai, et continuait ensuite au-delà de l'ancienne Chartreuse de Bonnefoi et de Montpezat vers Thueys, Jaujac et les Monts Couérou [Coiron], jusqu'à Rochemaure, sur les bords du Rhône; ainsi, dans cette vaste étendue, des bouches énormes, vomissant des torrens embrasés, des pluies de cendres et de pierres, avaient, pendant long-temps, accumulé les couches de matières liquéfiées et formé ces chaussées énormes que le voyageur contemple encore. L'histoire se tait sur les révolutions physiques dont ces lieux furent les témoins, et seulement l'idiome vulgaire, reste informe, mais précieux de la langue des Romains, a conservé à quelques Montagnes, volcanisées autrefois, des noms qui indiquent que si les anciens peuples de la Gaule Méridionale n'ont point vu les flammes s'élever îles Cratères que nous retrouvons dans ces contrées, ils ont cependant reconnu que ces rochers avaient, comme ceux de l'Etna, des Iles Vulcaniennes et du Vésuve, été couverts par des laves brûlantes, et qu'ils ont comparé ces feux à ceux que la fable plaçait dans les sombres demeures de Pluton. Lou Mount Tartas, (Mons Tartas), lous Ufernels ou Infernels (Inférni), l'Arvene (Averni), indiquent, en effet, que ces antiques peuplades ne s'étaient point méprises sur ces volcans, dont l'un était, disait-on, l'entrée, la bouche des enfers, Inferni gula, et où l'on avait placé, selon les idées mythologiques de ces temps reculés, l'Averne et le Tartare (Alexandre Louis Charles André Du Mège, Statistique générale de départmens pyrénéens, ou, Des provinces de Guienne et de Languedoc, Volumes 1 à 2, 1828 - books.google.fr).

La tarasque de sainte Marthe a pour parent l'Onachum ou Bonachos galatien qui expluse des excréments incandescents par l'anus, voie basse.

C'est à Cluny, dans les années 1030, sous l'abbatiat d'Odilon, que fut instituée la commémoration solennelle de tous les défunts, le 2 novembre, lendemain de la Toussaint (Michel Lauwers, La mémoire des ancêtres, le souci des morts: morts, rites, et société au Moyen Age : Diocèse de Liège, XIe-XIIIe siècles, 1997 - books.google.fr).

L'institution de la Commémoration des Morts gagna, dès le principe, tous les cœurs et frappa les ames d'admiration pour son fondateur. Elle était l'expression d'une pensée à la fois si chrétienne et si humaine, elle témoignait d'un si grand amour pour les hommes et d'une si grande piété envers Dieu, qu'on n'hésita pas à la considérer comme une inspiration de Dieu même. La légende l'attribua à une révélation, dont le récit, s'il en faut croire le moine Jotsald (Vita Odilonis, liv. II, c. XIII), était répandu partout de son temps. On racontait qu'un moine de Rhodez, revenant d'un pèlerinage à Jérusalem, fut poussé par la tempête sur les côtes de Sicile, dans une de ces lîes volcaniques où les anciens plaçaient le Tartare et les forges de Vulcain. Il y trouva un reclus, auprès duquel il s'arrêta quelques jours, en attendant que la mer, devenue plus calme, lui permît de continuer son voyage. Ce solitaire lui demanda de quel pays il était. « — Je suis Aquitain, répondit le moine. — Connais-tu un monastère qu'on appelle Cluny et son abbé Odilon ? — Je les connais parfaitement; mais pourquoi me faites-vous cette question? — Je vais te le dire, et grave bien mes paroles dans ta mémoire. Il y a, près d'ici, des feux souterrains qui vomissent » des flammes; les ames des pécheurs, par un jugement manifeste de Dieu, y endurent pour un temps déterminé divers supplices. Une multitude de démons est sans cesse occupée à renouveler leurs tourments, à les accroître chaque jour, à les rendre de plus en plus intolérables. Souvent j'ai entendu ces démons se plaindre amèrement entre eux de ce que la miséricorde divine accordait fréquemment à ces ames souffrantes leur libération par l'intercession des hommes religieux et par les aumônes qui se font dans divers lieux saints. Ils se plaignent surtout de la congrégation de Cluny et de son abbé. C'est pourquoi, je t'en adjure au nom de Dieu, lorsque tu seras de retour dans ta patrie, fais part à cette communauté de ce que je viens de te dire; recommande-lui de redoubler de prières, de veilles, d'aumônes, pour la rédemption des ames placées dans les peines, afin que la joie se multiplie dans le ciel, et que le deuil règne parmi les démons. » Rentré en France, le moine de Rhodez raconta ces choses à Odilon et à ses religieux, qui en éprouvèrent une grande joie, et s'occupèrent de travailler de plus en plus au soulagement des ames du purgatoire : de là vint à Odilon la pensée de fonder la Fête des Trépassés (Jean-Henri Pignot, Histoire de l'ordre de Cluny depuis la fondation de l'Abbaye jusqu'à la mort de Pierre-le-Vénérable: 909-1157, 1868 - books.google.fr).

Au Pérou, dans certaines communautés indiennes christianisées ayant conserver une part de leur propre culture, le volcan est un lieu de passage obligatoire des âmes qui s'y purifient par le feu et en sont libérées sous forme de colombes (Valérie Robin Azevedo, Miroirs de l'autre vie: pratiques rituelles et discours sur les morts dans les Andes de Cuzco, Pérou, 2008 - books.google.fr).

Sabbat et âme

Les Juifs reconnaissent une sorte de Purgatoire qui dure pendant toute la première année qui suit la mort de la personne décédée. Selon eux, l’ame, pendant ces 12 mois, a la liberté de venir visiter son corps, revoir les lieux et les personnes pour lesquels elle a eu pendant la vie quelque affection particulière. Ils nomment le Purgatoire le sein d'Abraham, le trésor des vivants, le jardin d'Eden, la Gehenne supérieure, à l'opposition de l'enfer qu'ils appellent Gehenne inférieure. Le jour du sabbat est, selon eux, un jour de relâche pour les âmes du Purgatoire ; et au jour de l’expiation solennelle, ils font beaucoup de prières et d'œuvres satisfactoires pour les soulager (François-Joseph-Michel Noël, Dictionnaire de la fable, Tome II, 1810 - books.google.fr).

Blaise celte et gorge

Un Blaise apparaît aussi la légende Merlin, être fou et rempli de vent.

Dans le cas de Merlin, bien que le texte de la Vita Merlini ne le précise pas, ce loup gris traduit vraisemblablement le mot celtique bleizh (qui signifie « loup »). En réalité, ce loup (bleizh) n'est autre que maître Blaise, personnage bien connu des romans français où il est justement le scribe et le confident attitré de Merlin (chez Robert de Boron, dans le Merlin et ses suites, etc.). Maître Blaise transcrit exactement tout ce que lui rapporte Merlin. Il est le scribe qui recueille ses prophéties, son porte parole et son secrétaire particulier à la fois. Blaise est ainsi le double de Merlin, comme le loup est le compagnon de l'Homme sauvage. Dans les Prophéties de Merlin, compilation romanesque de la fin du XIIIe siècle, lorsque maître Blaise meurt, c'est un certain maître Antoine qui le remplace. Cesdeux personnages portent des noms de saints particulièrement liés aux animaux (le loup pour Blaise, le cochon pour Antoine) et à une période calendaire (le 3 février pour Blaise, le 17 janvier pour Antoine). Ils témoignent l'un et l'autre de l'importance du thème de l'animalité divine lié à l'enchanteur. Dans la Vita Merlini, l'invocation de Merlin au loup (v. 102 et suiv.) souligne la sollicitude singulière de l'enchanteur pour les bêtes sauvages en général et pour le loup en particulier. Tel saint Blaise dans la Légende dorée, Merlin sait parler aux animaux et se faire comprendre d'eux. [...]

En usant d'une métaphore capitale dans la pensée théologique des Celtes (et, curieusement, aussi du christianisme), on pourrait dire que Blaise «délie» la gorge de l'enfant. À l'inverse du loup qui paralyse à la gorge les personnages qu'il rencontre, le « loup » Blaise guérit la gorge en la déliant. Le christianisme n'a retenu comme véritable pouvoir thaumaturgique que la capacité à délier mais, primitivement, le loup Blaise lie et délie, autrement dit possède un pouvoir de vie et de mort à la fois. En ce sens, il s'apparente à ce dieu lieur gaulois dont parle un historien grec du IIe siècle après J.C., Lucien de Samosate, Ogmios (Philippe Walter, Merlin ou le savoir du monde, 2012 - books.google.fr).

La découverte de deux tablettes de défixion à Bregenz, publiées par R. Egger, Aus der Unterwelt der Festlandkelten, JOEAI, XXXV, 1943, p. 93-137, fait d'Ogmios un dieu souterrain assimilé à Dis-Pater. Il doit lier plusieurs parties du corps de la victime (Annales littéraires de l'Université de Besançon, 1973 - books.google.fr).

Thomas de Cantimpré (1201- Louvain, 1272), dominicain, considéré comme un précurseur de la science moderne, explique, à la même époque, le fait qu'un homme qui est vu par un loup devient muet par l'action desséchante sur sa gorge du pneuma, autrement dit du spiritus issu du regard du loup (Max Caisson, La science du mauvais oeil (Malocchio), Le Regard, Numéro 30 de Terrain (Paris, France), 1998 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Thomas de Cantimpré).

En s'appuyant sur les cérémonies qui avaient lieu à Jumièges à la Saint-Jean [Loup Vert], Gaignebet a établi un lien intéressant entre le loup, les fêtes des solstices et la gorge. [...] Comme saint Biaise et le loup, saint Jean-Baptiste a un pouvoir sur la gorge : chaque fois que le larron qui avait volé les ornements d'un tombeau près d'une église de saint Jean- Baptiste tentait d'entrer dans l'église, "il était frappé à la gorge comme par un vigoureux athlète et il était jeté aussitôt à la renverse" (Asdis R. Magnusdottir, La voix du cor: la relique de Roncevaux et l'origine d'un motif dans la littérature du Moyen Age (XII-XIVe siécles), 1998 - books.google.fr).

La Saint-Blaise, en Angleterre surtout, et le Carnaval, connaissent le tabou du travail des fibres textiles, cardage et purification, par crainte de lier magiquement les vents. La relation du pantagruelion au souffle y est donc explicite. Comment situer, face à ces deux pôles, le caractère ursin de Blaise? Est-il chanvre, est-il ours ? Pour des raisons de symbolisme élémentaire, les cheveux et les poils correspondent, dans le registre animal, aux fibres du domaine végétal. Les jeunes filles procèdent aux semailles, les cheveux dénoués ; la présence d'un chauve est de mauvais augure. Les divinités chargées de la croissance ont en commun un aspect velu et hirsute. L'ours est donc en fait le maître de toutes les plantes textiles dangereusement liantes. Nous en trouvons confirmation dans l'aspect de sa parèdre, l'être mythique qui lui est associé : nymphe des fontaines, des sources et des lacs, sirène médiévale compagne de l'homme sauvage. Mélusine, elle est représentée peignant sa longue chevelure. Elle est la redoutable image du rouissage. Enfin, saint Blaise est-il ours, ou souffle ? Déjà Aristote nous apprend que le jour de sa déshibernation cet animal mange d'une plante purgative et expulse un bouchon anal qu'il a conservé tout l'hiver. C'est ce pet de l'ours qui assure la libération printanière des âmes (Claude Gaignebet, Marie-Claude Florentin, Le carnaval: essais de mythologie populaire, 1974 - books.google.fr).

Le volcanisme, c'est le météorisme de la terre (Pierre Vandevennne (12/04/2005, 21h23)).

L'anneau de saint Blaise

Parmi les bagues à inscriptions doivent être rangés les amicaux de caractère, talismanique. Celle qu'on a trouvée dans le tombeau d'Ulger, évêque d'Angers au XIe siècle, est surmontée d'un jaspe ordinaire et porte l'inscription quelque peu mystérieuse THEBAL GUT GUTTHAN! (Guéris bien la goutte). L'anneau de saint Blaise, évêque de Sébaste, conservé dans le trésor de l'abbaye de Viguogne et reproduit dans le Hierogazophilacium Belgicum d'Arnold Bayssius, fournit, sur sa face extérieure, la légende analogue GHEBAL. GVT. GUTHENsis, GVTHANI; et à l'intérieur, NAI. GUBA. VBA. GOTA.

GHEBAL : mot hébreu signifiant "guéris !" ; GUT : allemand "bien" (Lt-Col Dervieu, La bague au moyen âge, Revue archéologique t. XIX - loadz.free.fr).

Le peigne d'or

On retrouve un peigne d'or dans la main d'un saint identifié à saint Blaise dans un vitrail à York en Angleterre (The Painted Glass of York: An Account of the Medieval Glass of the Minster and the Parish Churches, 1927 - books.google.fr).

In Nottingham, the mayor was installed on Saint Michael's Day, in Coventry this happened at Candlemas, in York on the following day, Saint Blaise's Day (François Laroque, Shakespeare's Festive World: Elizabethan Seasonal Entertainment and the Professional Stage, traduit par Janet Lloyd, 1993 - books.google.fr).

Les sirènes, Vénus, les banshees ont des peignes d'or qui leur servent à lisser leurs cheveux.

Flandre au lion ! était le cri des comtes de Flandre ; Au peigne d'or ! celui des sires de Culant. Telle autre maison faisait de son cri de guerre une sorte d'exhortation aux vaillants ou de menace aux vaincus, sans caractère propre ou générique (Paul Lacroix, L'ancienne France: la chevalerie et les croisades, féodalité, blason, ordres militaires, 1886 - books.google.fr).

La définition de quelques cris étranges a échappé à toutes les investigations. Celui des Culant du Berry "Au peigne d'or!" et celui, non moins curieux, des Châteauvilain (Franche-Comté) "Chastelvilain à l'arbre d'or!" étonnent d'autant plus qu'ils n'ont ni peignes ni arbres dans leurs blasons (Magasin pittoresque, Jouvet & cie., 1889 - books.google.fr).

Culan se trouve sur le méridien de Paris. C'est la pointe nord du parler occitan ("Croissant occitan") et de l'araire chambige, répandue dans le sud de la France, absente sur la façade atlantique, dans la vallée du Rhône et dans les Alpes.

Culan est le nom du forgeron de la légende irlandaise dont Demné tua le chien qu'il remplaça pour devenir le "chien de Culan", Cuchulainn.

Culan en irlandais se rapporte à une coiffure de cheveux laissés longs en arrière de la tête, appelée en anglais coolin que le roi Edouard Ier interdit en 1295 (Dublin Penny Journal, Volume 1, 1833 - books.google.fr).

Cela rappelle les cheveux longs des rois mérovingiens.

L’institution des rois chevelus, bien antérieure à la conversion des Francs au christianisme, traduit ainsi l’intégration de modèles culturels transmis par le canal de la romanité et repris par Grégoire de Tours, qui les intègre dans sa construction narrative. L’historiographe, qui ne peut ignorer la symbolique biblique de la chevelure royale, y compris celle de la désinvestiture par la coupe des cheveux, ni ses liens avec la vocation sacrale des rois vétérotestamentaires, apparaît ainsi comme le véritable « inventeur » des reges criniti. La longue chevelure permet à Grégoire de Tours d’établir une filiation entre les rois mérovingiens et ceux de l’Ancien Testament; elle devenait l’expression d’une forme d’élection divine que la conversion au christianisme devait magnifier (Régine Le Jan, La sacralité de la royauté mérovingienne, 2003 - www.cairn.info).

Le peigne d'or des couronnement des rois d'Angleterre

The ancient Regalia of England, from the time of the Conquest to that of the Commonwealth, comprised the presumed royal ensigns and vestments of Edward the Confessor, and consisted of— 1. The crown ; 2. The orb, or mound ; 3. The sceptre with the cross ; 4. The sceptre with the dove ; 5. The staff ; 6. The bracelets ; 7. The spurs ; 8. The sword, or swords ; 9. The ring ; 10. The comb ; 11. The ampulla and spoon ; 12. The chalice and paten ; 13. The royal robes, buskins, &c.

In the Cotton MS., Claudius A. VIII. is an inventory of the Regalia, preserved in the Abbey of Westminster about the year 1450, written by a monk named Richard Sporley, by the aid of which, combined with the inventory made in 1649, we shall be able to arrive at something like a satisfactory conclusion.

Few persons are aware of such an article forming part of the English Regalia, but in Sporley's Catalogue we find "unum pectinem aureum" and in "a brief out of the book called Liber Regalis, we read, The prayers being ended, a shallow quoife is put on the King's head, because of the annoynting: if his Majestie's haire be not smooth after it, there is King Edward's ivory combs for that end. Amongst the regalia at Westminster, the Parliament commissioners found neither a gold nor an ivory comb, but "one old combe of home, worth nothing." (J.R. Planché, Regal Records Or A Chronicle of the Coronations of the Queens Regnand of England, 1838 - books.google.fr).

L'onction des rois suivant leur onction permet de mettre en relation le peigne d'or avec l'huile. D'autant que la pierre de Scone qui serait la Lial Fail irlandaise (saxum fatale : pierre du destin), ainsi que la pierre de Bethel que Jacob oignit d'huile.

The Stone of Scone in the Coronation Chair at Westminster Abbey. Published in A History of England (1855)

Dans certaines églises où l'on vénère saint Blaise, les fidèles recueillent l'huile des lampes allumées sur l'autel de l'évêque de Sébaste. Cette huile, appelée huile de saint Blaise, guérit — dit-on — les maux de gorge (André Jeanmaire, Vieux Metz : Le Quartier Saint-Eucaire, 1974 - books.google.fr).

En Maurienne, on connaît également l'huile de saint Blaise, ainsi à Notre- Dame du Cruet [...] « Le curé bénit une huile de saint Blaise, en frotte le cou avec un pinceau aux fidèles qui se présentent à la table de communion. Ils en emportent une petite quantité chez eux comme remède. » (Roger Devos, Vie et traditions populaires savoyardes: Chablais, Faucigny, Genevois, Tarentaise, Maurienne, Combe de Savoie, 1991 - books.google.fr).

Quatre églises sont dédiées à saint Blaise en Angleterre, celles de Milton dans le Berkshire, de Saint-Blazey en Cornouailles, de Haccombedans le Devonshire, et de Boxgrove dans le Sussex, celle-ci dédiée en même temps à la Vierge. La commémoration de ses divers attributs a lieu encore tous les sept ans dans la ville de Bradford, où l'on célèbre en son honneur une de ces solennités théâtrales, moitié chrétiennes, moitié mythologiques, qui rappellent les mystères et les pageants du moyen-âge. On y mêle aux personnages de l'histoire du saint ceux de la fable des Argonautes, le héros grec Jason partageant les honneurs avec son compatriote l'évêque de Sebaste (Les saints et les fêtes du calendrier anglican, Revue britannique: Revue internationale reproduisant les articles des meilleurs écrits periodiques de l'étranger, complètés par des articles originaux, Volume 1, 1852 - books.google.fr).

Le dernier roi d'Écosse à être couronné sur la pierre de Scone fut John Balliol, le 30 novembre 1292. Ce dernier avait dû, pour triompher de ses compétiteurs, prêter au roi d'Angleterre Édouard Ier un serment d'allégeance qui en faisait son suzerain. Mais la volonté d'Édouard de faire sentir de tout son poids les devoirs qu'imposait la nouvelles sujétion des Écossais au roi anglais entraîna un mouvement de révolte dont Balliol prit la tête en désavouant le serment fait à Édouard. La campagne militaire qui s'ensuivit vit le triomphe d'Édouard, qui se saisit, entre autres symboles de la royauté écossaise, de la pierre de Scone en 1296. la pierre fut prise comme butin de guerre et emportée à l'abbaye de Westminster où elle fut placée sous la King Edward's Chair (trône du couronnement du roi Edouard le Confesseur) sur laquelle les souverains anglais s'asseyaient, afin de symboliser leur domination autant sur l'Écosse que sur l'Angleterre. (fr.wikipedia.org - Pierre du destin).

Selon la légende, l'abbaye aurait été fondée en 616, sur le site d'un ancien îlot de la Tamise baptisée Thorn Ey (« Île de Thorn »). Un pêcheur nommé Aldrich y aurait été témoin de visions de l'apôtre Pierre. Au xe siècle par Dunstan de Cantorbéry qui y installa une communauté de moines bénédictins avec l'appui du roi Edgar le Pacifique. Puis, au milieu du XIe siècle, le roi anglo-saxon Édouard le Confesseur fait construire son palais sur les rives de la Tamise à proximité du monastère qu'il décide alors de construire avec des dimensions plus grande et qu'il dédia à saint Pierre. L'abbatiale est consacrée le 28 décembre 1065, peu avant la mort du souverain le 5 janvier 1066. Le 6 janvier, Édouard le Confesseur est enterré dans l'église et neuf ans plus tard son épouse, Édith de Wessex, est enterrée à ses côtés. L’Angleterre est envahie par le duc de Normandie Guillaume le Conquérant et celui-ci se fait couronner roi d’Angleterre dans l’abbatiale le 25 décembre 1066 (fr.wikipedia.org - Abbaye de Westminster).

But the south transept was not devoid of altars. One such existed bearing the dedication of St. Blaise, the patron saint of Woolcombers, though not a trace survives today. For upwards of a century all knowledge of its existence disappeared. Only within comparatively recent times has its curious history been revealed. The Chapel of St. Blaise, according to Dart, originally consisted of an enclosure, square in plan, and surrounded on three sides with stone walls or screens. The eastern screen stood several feet east of the place where is now the modern wall, which provides a back to the monuments of Matthew Prior, Shakespeare, and others. The western enclosure was pierced with a doorway in the centre and skirted the passage leading into St. Faith's Chapel. On the south it was bounded by the wall of the transept. In the document entitled the 'Cartulary of Westminster' quoted by Dean Stanley, it is stated that Prior Richard de Merston spent one hundred marks on the altar of St. Blaise and its appurtenances. Moreover, this Chapel was closely associated with the famous name of Abbot Nicholas Litlyngton, who was buried here in 1386 beneath a plain marble slab. Apparently some traces his tomb still remained when Widmore was writing his history during the first half of the eighteenth century Dart, again, when enumerating the Benefactors of the Abbey, speaks of 'his chapel' in connexion with the great Abbot. Hence we can assume that it was equipped with splendid furniture and that its screens were at least as ornate as those which have escaped destruction. Striking confirmation of the magnificence of the Chapel has been revealed within the last few years by the discovery of the two majestic paintings of the Incredulity of St. Thomas the Apostle and St. Christopher on what was once its south wall. Professor Tristram has claimed that the emergence of these two great figures which, hidden away behind monuments, had passed out of the mind of man, 'must rank among the most important discoveries of recent years'. The figure of St. Christopher, over nine feet high, is clothed in a tunic. The general colour scheme is purple, blue, and yellow, on a light green background. Purple and green predominate in its companion on a vermilion background diapered with crimson fleur-de-lis. The two figures are outstanding examples of the work of the Westminster School of painters in the latter part of the thirteenth century. They may even be the work of Master Walter, the King's painter, one of the most famous English craftsmen of his day. It is possible that these figures formed part of a series adorning the whole south transept. They clearly added immense dignity to the grave of Nicholas Litlyngton. At some date unknown, but subsequent to the Dissolution, the Dean and Chapter decided that this Chapel, stripped by now of most of its glory, might well be adapted to form a choir vestry. Accordingly they extended its area westward to the wall now covered with the monuments of Handel and others, enclosing it with wainscot partitions. The first allusion to the Chapel in this, its Post-Reformation character, occurs in the pages of Keepe whose history was written in 1682. His words suggest that its use as a vestry had become an established custom by that time. In the South Cross where the Dial and Clock stand and the place made use of at present as a Revestre, was formerly a Chappel dedicated to St. Blase in which Chappel Nicholas Litlyngton Abbot of Westminster was buried in the year 1386, after he had governed the Monastery twenty five years. Dart speaks in greater detail and complained of this 'scandalous blot on the beauty of this part of the Church'. Thus the existence of the medieval chapel was still remembered in the early decades of the eighteenth century, when further changes took place. In 1721 there died a distinguished Old Westminster, the poet Matthew Prior. It was decided to commemorate him with a monument of exceptional importance, including a bust by Coysevox presented to him, when at Versailles on a diplomatic mission, by Louis XIV. The inscription was composed by Dr. Freind, the Headmaster, 'in honour of one who had done so great honour to the school'. The monument was designed by James Gibbs and placed in the hands of the sculptor Rysbrack for execution, the immense sum of £500 having been bequeathed by Prior for 'this last piece of human vanity'. Down came the eastern screen of the Chapel of St. Blaise and part of that on the north. An ugly wall was erected from pillar to pillar to serve as a background for the huge monument. It seriously reduced the original area of the Chapel, though it came in useful, later on, for the memorials of Shakespeare and others. The Dean and Chapter a few years later, decided to transfer the Choir Vestry to the adjoining Chapel of Saint Faith, at the same time destroying the remaining vestiges of the Chapel of St. Blaise, save for a few tiles which disappeared in the following century (Jocelyn Perkins, Westminster Abbey, its Worship and Ornaments, Volume III, Alcuin Club Collections, Volume 38, Mayhew-McCrimmon, 1952 - books.google.fr).

The Chapel of St. Blaise, is supposed to have been originally occupied as a treasury, or place of security for the numerous valuables, either deposited in, or belonging to, the ancient monastery. Dart describes it as having in his time three doors, the inner one being cancellated; and that in the middle of great thickness, lined with skins, resembling parchment, and driven full of nails. He adds, that there was a traditionary account, that these were the skins of some captive Danes, which had been tanned and placed here in memorial of the delivery of England from the yoke of those invaders. (Edward W. Brayley, The History and Antiquities of the Abbey Church of St. Peter, Westminster, Volume 2, 1823 - books.google.fr).

Le scone est un petit pain britannique, ou cake lorsque la recette inclut du sucre, d'origine écossaise. Les scones sont principalement constitués de blé, orge ou avoine, avec de la levure comme levain (fr.wikipedia.org - Gâteau scone).

Boudet fait une même association entre pierre et pain page 167 de La Vraie Langue Celtique :

Le cercle de pierres, ordinairement de forme ronde, représente le pain : Cromleck, en effet dérive de Krum (Kreum), mie de pain et de to like (laï ke), aimer, goûter. Dans le Cromleck de Rennes-les-Bains, on voit de fortes pierres rondes, figurant des pains, placées au sommet de roches énormes.

En Angleterre, l'huile de saint Thomas Beckett (donnée par Notre-Dame) n'apparaît que sous Edouard II et n'est utilisée régulièrement qu'à partir de l'accession au pouvoir des Lancastre. Les onctions sont moins nombreuses en Allemagne où l'on attribue aucune origine particulière à l'huile utilisée. La remise des insignes est faite par le célébrant et par des corps privilégiés : les pairs de France, les barons des cinq ports et les chefs du peerage en Angleterre, les princes électeurs en Allemagne. Les objets utilisés qui sont de date très variable sont partout considérés comme immémoriaux et sacrés. La couronne de France serait celle de Charlemagne ou de saint Louis, l'épée Joyeuse est carolingienne, en Angleterre on attribue les regalia à saint Edouard le Confesseur, en Allemagne, à Charlemagne ou à Otton Ier. Ils sont gardés en lieu sûr (Westminster, Saint-Denis, Karlstein sous les Luxembourg et Nuremberg après 1424) où ils sont exposés régulièrement à la vénération des foules. En Allemagne, leur possession est considérée comme le signe tangible de la légitimité du prince. Après la cérémonie, une nouvelle procession ramène l'élu de Dieu au palais au milieu de la liesse populaire. Banquet du sacre, tournois, adoubements par le nouveau roi clôturent la fête. Le sacre fait du prince une personne mixte mi-laïque mi-ecclésiastique. Si l'Eglise ne lui reconnaît que le rang d'un diacre et des prérogatives liturgiques restreintes (le roi de France communie sous les deux espèces, l'empereur lit l'Evangile de Noël), le peuple ne doute pas de son caractère sacré et même quelque peu magique. Le roi de France guérit les écrouelles, avec un succès que n'ébranlent ni ses conflits avec le pape ni la guerre de cent ans. Le rite formalisé au XIIIe siècle (« le roi te touche, Dieu te guérit ») fonctionne même pour des pèlerins étrangers au royaume ou lors des expéditions d'Italie. Les rois d'Angleterre rencontrent aussi le succès avec les cramps rings qui soignent l'épilepsie (the king's evil). Rien de tel en Allemagne où le roi ou l'empereur sont néanmoins revêtus d'un caractère religieux très net. Le sacre est-il général et obligatoire ? Les pratiques impériales ont certes gagné assez généralement toute l'Europe chrétienne, l'Italie du Sud y compris. Mais la péninsule Ibérique fait bande à part. Le sacre y est inconnu (Portugal) ou encore tardif et rare. La Navarre le pratique depuis 1257 par influence française, l'Aragon de 1204 à 1414, la Castille de 1332 à 1379. Au XVe, il n'y a donc sacre ni en Aragon ni en Castille mais simplement une réception solennelle des insignes royaux. L'héritier qui a été juré (reconnu solennellement) par les Cortes et les grands auxquels il a promis le respect des Fueros reçoit le pouvoir à Las Huelgas de Burgos (pour la Castille), à Saragosse (Aragon) ou Lisbonne. Plus exactement, il y manifeste publiquement pour la première fois l'étendue et la nature de son pouvoir. En effet, les princes espagnols avaient le souci de démontrer leur indépendance vis-à-vis de la papauté qui avait protégé la Reconquista mais multiplié les interventions et obtenu la vassalité de certains d'entre eux. Aussi, en recevant l'onction, précisait-on bien que cela n'engageait à rien vis-à-vis de Rome et on y renonça assez vite. Passèrent alors au premier plan l'adoubement royal et le couronnement. Selon les cas, le roi est adoubé par l'évêque, s'adoube lui-même ou reçoit l'adoubement du bras mécanique de la statue de saint Jacques. Ensuite, il s'autocouronne (selon le modèle de Frédéric II) et reçoit solennellement l'épée du royaume. Le retour au palais se fait sur un cheval blanc sceptre ou globe d'une main, épée dans l'autre (Jean Favier, XIVe et XVe siècles: crises et genèses, 1996 - books.google.fr).

Carré SATOR et Mithra

Et M. Carcopino passe alors en revue les diverses explications proposées par les « spécialistes » qui se sont attaqués au problème. Il semble qu'un seul d'entre eux, à travers l'explication mithriaque qu'il donne, ait soupçonné la réalité : il s'agit de M. Omodeo (Critica 38, 1940, 45 s.), qui voit dans le semeur (Sator) Mithra, le Démiurge, et dans les roues (rotas) qu'il tient (tenet) celles du char solaire (arepo) dont la course est en train d'œuvrer le monde (opera). Que l'on rejette cette interprétation en ce qu'elle a d'exclusivement mithriaque et par conséquent de non-chrétien, n'implique nullement que l'on doive en repousser l'idée principale ; or cette idée n'est pas fausse, sous réserve du double sens suggéré par le mot AREPO : ce mot suggère en effet, non seulement l'idée du char, ou plutôt du Chariot polaire — et non pas du mythique « char solaire » — , mais aussi, par extension, celle du cosmos au milieu duquel se tient, immobile en son ubiquité, le char cosmique mené par la Providence ; on aurait pu s'en aviser en se demandant comment un « semeur » peut en même temps « tenir les roues d'une charrue »... Il semble donc que l'on puisse envisager de traduire, dans cette perspective, à peu près ainsi : par son œuvre (opera) dans le monde (arepo) le divin semeur (sator) maintient à leur place (tenet) les roues du char cosmique (rotas). C'est-à-dire, ésotériquement : par sa création continue, le créateur réalise sa perfection (puisque, en définitive, tout est toujours parfait) (Études traditionnelles, Numéros 321 à 328, 1955 - books.google.fr).

La thèse mithriatique a été reprise par W.O. Moeller (Walter O. Moeller, The Mithraic origin and the meanings of the Rotas-Sator square, 1973 - books.google.fr).

Une chapelle Saint Blaise se trouve à Gras, entre Rochemaure et Bourg-Saint-Andéol, celle de Saint Sulpice à Saint Marcel d'Ardèche un peu plus au sud.