Partie XI - La Vraie Langue Celtique de l’abbé Henri Boudet   Trésors   Les Bijoux de la Castafiore   
LA VRAIE LANGUE CELTIQUE BOUDET TINTIN BIJOUX CASTAFIORE REPAS CHEZ SIMON CHAMPAIGNE

Vous prendrez bien un doigt de... : Tintin et les Gitans

Effrayée, la petite gitane Miarka fait connaissance avec le capitaine Haddock en le mordant à la main droite entre le pouce et l'index dans l'album des aventures de Tintin Les bijoux de la Castafiore. A la page 61, Haddock se mord les doigts de ne pas être compris du professeur Tournesol ("Allons, capitaine, calmez-vous").

Chez les Tsiganes sud-hongrois et roumains, la femme stérile égratigne la main gauche de son mari avec un couteau tranchant, entre le pouce et l'index, à l'endroit nommé en tsigane : selle du diable; l'homme en fait autant à sa femme ; Ce sang est aussitôt recueilli dans une écuelle et on l'enterre sous un arbre ; neuf jours après, on le retire et l'on y verse du lait d'ânesse (Mélusine, Volumes 8 à 9, 1897 - books.google.fr).

Les cinq doigts de la main c'est chacun comme une personne. Ton pouce droit c'est le Malheur. Ton pouce gauche c'est la Mort. L'angle de ton pouce avec l'index c'est la "selle du Diable". Ton index, lui, c'est le Bonheur. Ton doigt du milieu, c'est le Mal et la Mauvaiseté. Le doigt de l'anneau, c'est le Bien et la Guérison. Le doigt de l'oreille, c'est la Pie (Jean-Louis Boncoeur, Le Diable aux champs, 1981 - books.google.fr).

C'est une pie qui vole l'émeraude (cf. Esmeralda de Notrre Dame de Paris) offerte par le Maharadjah de Gopal à Bianca Castafiore. Le diable est aussi souvent mentionné dans les dialogues, avec Faust c'est compréhensible. Tintin remarque "mais à qui diable, est cette autre voiture ?", page 16. "Diablesse" est adressée par Haddock à Miarka, page 2. Il dit encore "Satanée marche" et "Un peu de fermeté, que diable !" à la page 5.

Sur la couverture, Tintin se place ostensiblement l'index (du bonheur ?) sur la bouche (les peuples heureux n'ont pas d'histoire).

Miarka, la fille à l’ourse est l’un des livres les plus connus de Jean Richepin. Ses racines familiales à Ohis ont permis à l’académicien d’écrire, à la fin du XIXe siècle, ce grand roman populaire, traversé par le choc des cultures entre les Bohémiens vagabonds, buveurs de vent, assoiffés d’espace, et les paysans de la Thiérache. Miarka naît dans de terribles circonstances, qui lui donneront une ourse pour nourrice, à Ohis, lieu de passage privilégié des Bohémiens. Sa grand-mère, condamnée à rester sur place sous la protection du maire, l’élève et l’instruit dans l’idée qu’elle est destinée à devenir la reine des Romani – les tarots l’ont annoncé (www.editionstrotteuraile.fr - Miarka, la fille à l'ourse).

"miarka" en polonais signifie setier, mesure de grains, [picotin (google)] (Archives polonaises d'etudes orientales, Volumes 28 à 29, 1964 - books.google.fr).

Le setier (sextarius) était le sixième du congé (congius) et le seizième du muid (modius). Cette proportion a variée. Le setier est une ancienne mesure de capacité, de valeur variable suivant les époques, les régions, et la nature des marchandises mesurées (liquides et matières sèches). Il contenait une certaine quantité de pouces cubes (fr.wikipedia.org - Setier).

"faust" signifie poing en allemand, toujours en rapport avec la main. La morsure de Miarka marque un des trois empans.

Il y a trois empans différents : l'écartement entre le pouce et l'index qu'on écarte ; entre le pouce et le majeur ; entre le pouce et l'auriculaire (Roger Pinon, Les mille et une mesures du temps: croissance et décroissance de la journée dans les traditions populaires d'Europe occidentale, 2007 - books.google.fr).

Le petit Empan (Spithama), qui est de sept pouces, et qui représente l'espace compris entre le pouce et l'index (Augustin-Pyramus de Candolle, Théorie élémentaire de la botanique, 1813 - books.google.fr).

Le petit empan se situe entre doigt du bonheur (index) et celui du malheur (pouce).

Un proverbe grec parle d'un empan de vie, pour signifier une vie courte (Louis Jacquet, Les psaumes et le cœur de l'homme: étude textuelle, littéraire et doctrinale, Volume 1,, 1975 - books.google.fr).

Le psaume 38 (Vulgate) est qui est gravé sur le gnomon de l'église Saint Sulpice de Paris. On y lit :

Ps 38,6 Carrières : vous avez mis à mes jours une mesure fort bornée.

Dans les versions récentes des Psaumes, il est noté "empan" ("Vois, d'un empan seulement tu as fait mes jours") reprennant Symmaque (spithamas), traducteur ébionite de la Bible du IIème siècle né à Samarie (Jean Calès, Le livre des Psaumes, Volume 2, 1936 - books.google.fr, Johann Friedrich Schleusner, Johann Christian Biel, Novus thesaurus philologico-criticus, Volume 3, 1821 - books.google.fr).

Ps 38,13 Carrières : parce que je suis devant vous comme un étranger et un voyageur (verset adapté aux gens du voyage).

Faust, dans L'Histoire du Docteur Johann Faust, fait un voyage "au dessoubz les etoiles" : « les hommes me sembloient estre grands comme le poing », « le monde n'estoit pas si long qu'un empan ». Du moins dans les versions allemandes et française du récit. [...] Il reste au-dessous de la sphère de feu qui fait le partage, dans le système du monde aristotélicien, entre le monde élémentaire, et le monde céleste. Cela devrait cependant suffire pour éprouver, comme nombre de voyageurs célestes, la crainte et le vertige que procure le fait de contempler le monde avec le regard des dieux. Ou, à l'inverse, pour être soumis à la tentation, à l'image du Christ emporté par le diable sur le sommet du Temple, puis au sommet d'une montagne, et contemplant de ces hauteurs les « royaumes du monde et leur gloire » (Matthieu 4,8). [...]

On lit dans Le livre de la dimension (Sepher ha shiour, faisant partie du corpus Shiour qomah originaire de Babylone et pré-kabbalistique), chaque empan est la dimension de l'univers entier (Georges Lahy, Vie mystique et kabbale pratique: angéologie et pratiques théurgico-magiques dans le Shiour Qomah, la Merkavah et la Kabbalah Maassith, 1995 - books.google.fr).

La leçon de l'ascension de Faust pourrait en effet être celle-là : à emprunter le regard du diable, on n'apprend rien de neuf. C'est en ce sens que ce voyage est, sinon une satire, du moins une condamnation, d'ailleurs assez convenue, de la vana curiositas : curiosité de l'astrologue qui veut accéder à la connaissance des événements futurs et que dénoncent protestants et catholiques - c'est l'objet de la bulle Cœli et Terrae de Sixte V (1586)- mais aussi curiosité de l'astronome, qui prétend éclairer les Écritures par la science. Une condamnation qui réunit en tout cas l'auteur très probablement luthérien de l'Historia von D. Johann Fausten et son traducteur français, Palma Cayet, alors reconverti de fraîche date au catholicisme (Thibaut Maus de Rolley, Voler avec le diable : démons et voyages célestes, Voyager avec le diable: voyages réels, voyages imaginaires et discours démonologiques, XVe-XVIIe siècles, 2008 - books.google.fr).

Page 16 : Mécontent de sa curiosité, Matéo (Matthieu) jette des pierres dans l'eau qui éclabousse Tintin à la recherche d'un piste.

Sur une gravure sur cuivre de 1533, on montre l'utilisation d'instruments de mesure astronomique. On y aperçoit le tour de main pratique de l'empan destiné à des mesures du ciel. Cette mesure (la plus courte) était appelée pied-de-poule et était très importante pour la constatation de la lune nouvelle et de la pleine lune. Encore de nos temps, les coutumes de fêtes slaves sont liées à de nombreuses traditions de la lune nouvelle. On peut assurer qu'elles proviennent de vieilles fêtes de la lune qui, à l'époque chrétienne, sont devenues les fêtes principales de l'année religieuse. La distance de l'empan court ou « pied de poule » correspond, bras tendu et doigts écartés, à la distance entre les bouts du pouce et de l'index écartés et fait 13° au ciel. On en formulait le principe ainsi : « Autant d'empans entre soleil et lune à l'ouest, autant de jours jusqu'à la lune nouvelle ». La mesure de la longueur du pied-de-poule est aussi devenue une mesure de temps puisqu'il y a un proverbe qui est aussi courant en Yougoslavie et qui dit : « De Noël jusqu'à la fête des rois, le jour a poussé d'un pied-de-poule ». Dans le Poitou les paysans disent encore : « Après la Nau chaqu' jour avance D'la patt' d'un jou (coq) ». On verra comment la lune, à part le changement de sa forme et son mouvement rapide, est devenu l'astre préféré des cultures magiques à cause des fortes amplitudes des oscillations pendulaires de son orbite (Cahiers d'études cathares, Volume 39, Société du souvenir et des études cathares, 1988 - books.google.fr).

Une magnifique pleine lune page 40 et un hululement de chouette lugubre créent une ambiance mystérieuse conforme aux légendes faisant des tsiganes des sorciers.

Cette scène de nuit est datée du 22 mai, date anniversaire d'Hergé, et fête de saint Emile - dont Milou est un diminutif - et de saint Caste (cf. Casta-fiore) martyrisé en Afrique du Nord vers 210 sous l'empereur Sévère (Albert Algoud, Tintinolâtrie, 1987 - books.google.fr).

Voici une occasion de parler de Mantinée, au sujet de Aïma, élevée par des Gitans, héroïne d'Alexandre Papadiamnatis.

Publié pour la première fois en feuilleton dans le journal Akropolis en 1884, Gyftopoula (« La Petite Gitane) » est un roman historique sur Georges Gémiste-Pléthon, le philosophe byzantin qui, retiré en Péloponnèse, voulut restaurer le paganisme hellénique au milieu du XVe siècle Mais le personnage principal est Aïma ["sang" en grec], une fillette de quinze ans confiée dix ans auparavant à une famille de Gitans. Ses aventures sont directement liées aux derniers jours de l'Empire byzantin. La Grèce est abandonnée à son sort. Avant la tombée de la nuit ottomane, qui durera quatre siècles. Aima, entrée dans le temple de Pléthon, a à peine le temps d'admirer ce qui sera bientôt balayé par l'Histoire. Car, au moment même où Constantinople tombe, un tremblement de terre détruit les chimères du philosophe. Sous les décombres sont ensevelis Aima et toute aspiration de l'hellénisme à un nouveau départ. Ici, Aïma, à la fois effrayée et fascinée, quelques minutes avant la fin, s'approche des statues des anciens dieux : " Il y avait d'abord celle d'Artémis, qui lui fit l'effet d'une femme masculine. Sa robe, qui couvrait à peine une partie de son corps, ondulait de telle manière qu'on eût dit que le vent en agitait les plis. Elle avait un pied devant l'autre, et cet écartement, large de plus d'un empan, donnait l'impression que la déesse marchait d'un pas rapide et décidé" (Karine Coressis, la fille de Bohême, Patrimoine littéraire européen: Vol. 12 - Mondialisation de l'Europe (1885-1922), 2000 - books.google.fr).

C'est un bel hommage que, dans son admirable poème Les douze paroles du Tzigane (Parole VI, Autour d'un bûcher, 1907), Costis Palamas (Patras, 1859 - Athènes, 1943) présente au souvenir de Gémiste Pléthon en disant : «Je m'incline devant ton rêve sans réalité, philosophe, et je lui dresse un autel ; une belle intelligence te l'a inspiré.»

Dans son traité L'Histoire de la Grèce après la bataille de Mantinée, petit ouvrage non négligeable, composé principalement avec les matières fournies par Diodore de Sicile et Plutarque, il s'est occupé de la visite de Platon en Sicile, où le philosophe athénien venait pour donner à Denys des conseils visant à la réforme de son État. Le choix de cette page de l'histoire grecque, dit M. Mamalakis, est très caractéristique pour Gémiste ; il a voulu que la sagesse et la philosophie dirigeassent la politique d'un État. Ce sont là des conceptions qui le pousseront plus tard à présenter à l'Empereur et au despote de Morée ses projets de réforme de l'administration et des organisations de la Grèce. Le traité sur la Thessalie, composé probablement en 1414, présente un certain intérêt en rappelant la résistance des Grecs contre Philippe de Macédoine et en évoquant à l'empereur Manuel l'exemple d'Ëpammondas (Börje Knös, Gémiste Pléthon et son souvenir. In: Bulletin de l'Association Guillaume Budé : Lettres d'humanité, n°9, mars 1950 - www.persee.fr).

Le mois de mai

Dans Les Bijoux de la Castafiore, on apprend page 1 que l'histoire se passe en mai et que la Castafiore arrive à Moulinsart le 16. Page 12 le capitaine Haddock, à qui il n'arrive que des malheurs, est mordu au doigt (index gauche) par le perroquet offert en cadeau par la diva qui donne aussi à Tintin un vynile de l'Air des bijoux.

Saint Ubald ou saint Thiébaud, évêque de Gubbio (Engubium), en Ombrie, mourut le 16 mai de l'année 1161, sans avoir pu payer les gages d'un fidèle serviteur, Belge d'origine. Pour l'en indemniser, il l'avait autorisé à prendre après sa mort l'anneau qu'il portait au pouce. Le serviteur ne put retirer cet anneau sans enlever la phalange supérieure du doigt de son maître. Il enferma l'un et l'autre dans un bâton de pèlerin et partit pour son pays. Au 1er juillet il arriva en vue de l'antique château d'Engelburg, bâti sur l'une des hauteurs qui dominent l'entrée de la vallée de Saint-Amarin. Accablé de fatigue, il s'endormit à l'ombre d'un sapin contre lequel il posa son bâton. A son réveil, il fit de vains efforts pour le reprendre; les gens du voisinage, qu'il appela à son secours, n'y réussirent pas mieux : le mystérieux bâton resta fixé contre l'arbre. Cependant le pèlerin ne voulut point quitter ce lien sans emporter son précieux héritage, et il passa la nuit en prières auprès de son bâton. Pendant cette même nuit, Frédéric-le-Jeune, comte de Ferrette, vit du haut de son château d'Engelburg trois lumières resplendissantes sur la cime d'un sapin de la vallée. De grand matin il descendit avec tous les gens de son manoir, trouva le pèlerin qu'il interrogea sur ses aventures, et se mit avec lui et toute sa suite en prières, afin de reconnaître la volonté de Dieu; il fit vœu enfin de bâtir une chapelle à l'endroit où se trouvait le bâton, pour y déposer la sainte relique qu'il contenait. Aussitôt le bâton put être détaché : les chapelains de Frédéric l'ouvrirent, en sortirent la relique et la portèrent en grande pompe dans l'église de Vieux-Thann, où elle fut en vénération jusqu'à ce que la chapelle, vouée par le comte, pût être construite. Elle ne tarda pas à y être placée et attira bientôt de toutes les parties de l'Alsace, puis successivement de tous les pays de l'Europe, une telle affluence de pèlerins, qu'en peu de temps cette première chapelle devint trop petite et dut être remplacée par une autre plus vaste. Des habitations, un village, une ville s'élevèrent à l'entour, le bruit des miracles opérés par le doigt du serviteur de Dieu se répandit toujours plus loin; les pèlerins arrivèrent en plus grand nombre, et, grâce à leurs pieuses et généreuses largesses, on put, dès l'année 1275. faire les préparatifs nécessaires pour remplacer la seconde chapelle par l'admirable monument que Thann doit, comme Strasbourg et Fribourg en Brisgau, à l'immortel génie d'Erwin de Steinbach. Certains esprits chagrins voient trop de merveilleux dans ce récit ; ils l'appellent fable, conte, légende, que sais—je? mais je les défie d'assigner une autre origine à la ville de Thann. Schœpflin, qui ne saurait être suspect en pareille matière , avoue ingénùment qu'il faut attribuer l'existence de Thann à la relique de saint Thiébaud et rapporte les faits tels que je viens de les exposer (Abbé Heinrich, Thann - septième fête séculaire de la fondation de la ville, Revue catholique de l'Alsace, 1861 - books.google.fr).

En fait, l'évêque de Gubbio st Ubaldo (16 mai au martyrologe romain) ne s'est jamais appelé Teobaldo (ou Thiébaud), lequel est le nom d'un saint français. Le culte du second, déjà établi à Thann, fut usurpé par les autorités civiles et religieuses, pour introduire le culte du premier car il était de parenté allemande et qu'il fallait un saint allemand pour faire réussir le pélerinage qu'on voulait essentiellement allemand. On garda le nom de "Thiébaut" avec le jour de sa fête (30 juin) (nominis.cef.fr - Saint Ubald de Gubbio).

Hansi, le célèbre dessinateur alsacien, en parle dans son livre L'Alsace (Hansi, L'Alsace, 1936 - books.google.fr).

Jean-Jacques Waltz, alias Hansi ou Oncle Hansi, né le 23 février 1873 à Colmar et mort le 10 juin 1951 à Colmar, est un artiste illustrateur français. Il s'est fait connaître par ses fines et satiriques observations des Allemands, notamment par son livre Le Professeur Knatschke (1912), réunion fantaisiste des œuvres de ce grand savant imaginaire et de sa fille Elsa Hansi a pris un parti clair, en faveur de la France. Cela lui a attiré des inimitiés de la part des autonomistes, des compatriotes favorables à l'Allemagne et des Allemands. Ceux-ci lui ont reproché ses outrances, comme ses caricatures où il dessinait les Allemands expulsés brutalement d'Alsace. Il les dessinait dans tous les cas emportant une pendule (fr.wikipedia.org - Hansi).

Dans Le Premier Phonographe, un professeur sympathique, Oberlehrer Doktor Rosshirt, surnommé Biff, "nous demandait de lui dire de combien de degrés était l'angle que forment les aiguilles d'une pendule quand elle marquait 11 heures et 13 minutes" (Takeshi Matsumura, Hansi, Souvenirs d'un annexé récalcitrant : remarques lexicographiques, 2016 - halshs.archives-ouvertes.fr, Hansi, Professor Knatschké: suivi de, Madame Bissinger prend un bain et Le premier phonographe, 2003 - books.google.fr).

Il existe une montagne du nom de Hansi dans le canton de Thann.

La paroisse de Burbach a été classée dans le canton de Thann. Niederwiller et La Boutique (755 m.) en font partie. La ferme de Niederwiller avec ses habitants et sa chapelle qui disparut pendant la Révolution dépendait non de la cure, mais de l'abbaye de Masevaux, dont elle était la propriété. La chapelle était dédiée à S. Jean et les forêts au-dessus de cette ferme ainsi que la montagne portent encore le nom de Hansi (Revue catholique de l'Alsace, Volume 19, 1900 - books.google.fr).

Les Bijoux de la Castafiore seraient-ils un hommage à Hansi ?

Les roses font leur apparition à la page 20 : roses de mai.

A Thann [encore] en Alsace, c'était la coutume qu'au premier jour de mai une petite fille, la « Rose de mai », toute couverte de fleurs et de rubans, parcourût les rues avec une amie chargée de recueillir dans une corbeille des dons, pour la fête du printemps, tandis que leurs compagnes chantaient : Rose de mai, tourne-toi trois fois, fais-toi voir et revoir! Rose de mai, viens dans la verte forêt! Réjouissons-nous, mai nous ramène au milieu des roses. (Maienröslein, ker dich dreimal'rum, Lass dich beschauen rum und num ! Maienröslein, komm in grünen Wald hinein, Wir wollen alle lustig sein. So fahren wir vom Maien in die Rosen) (Charles Joret, La rose dans l'antiquité et au Moyen Age: histoire, légendes et symbolisme, 1892 - books.google.fr).

Au moment de la déclaration de la guerre, le 1er août 1914, toute l'Alsace était allemande. Dès le 7 août, Thann fut libérée par les troupes françaises. Alors que les combats faisaient rage en 191516 au Hartmannswillerkopf, à 9 km, en direction de Soultz, et qu'il fallut attendre quatre ans pour que la totalité de l'Alsace redevienne française, toute la région allant de Saint-Amarin à Dannemarie ne fut jamais reprise. Le maréchal Joffre se rendit plusieurs fois à Thann qui était devenue la capitale de l'Alsace française (fr.wikipedia.org - Thann).

Mais que va-t-on faire des authentiques Allemands qui sont venus peupler « la province perdue » après 1870 ? On va, pour eux, inventer des « camps de concentration » (c'est leur dénomination) dans la France du Sud, après avoir soigneusement vérifié qu'ils ne sont pas des espions - lesquels sont parfois des prêtres en soutane. D'autant que les premiers prisonniers de guerre Alsaciens-Lorrains allemands refusent d'être incorporés dans l'armée française au prétexte que, la guerre finie, ils ne pourraient pas rentrer au pays... L'issue du conflit ne leur apparaît pas alors plus clairement qu'au général Joffre et au président Poincaré. À Crest (Drôme), on parquera des Sintés, les Tziganes d'Alsace, « libérés » par la prise de Thann et de sa région (Gérard Guicheteau, Les douleurs de la guerre, 2008 - books.google.fr).

Une chapelle et un ermitage Sainte Madeleine se trouvait près du Vieux-Thann. Localité disparue, située au lieu-dit Bruderstal, vallon entre les pentes du Herrenstubenkopf et l'Amselkopf. Une charte de Sigismond d'Autriche de 1471 cite une mine «an dem perg zu Maria Magdalenen». Un «Bruderweg», signalé dans l'Urbaire de Cernay de 1580 permet de penser qu'à cette époque déjà un ermitage était joint à la chapelle qui Le tout fut vendu à la Révolution comme bien national en 1794. Un des ermites s'appelait André. Il a laissé son nom au sentier - Andrespfad - menant à l'ermitage. (Le Haut-Rhin: R-Z, Volume 3 de Le Haut-Rhin: dictionnaire des communes : histoire et géographie, économie et société, Université de Haute-Alsace, 1982 - books.google.fr).

Sainte Marguerite, dont le prénom est porté par l'héroïne du Faust de Gounod chanté par la Castafiore, et sainte Marie Madeleine, vierge et pécheresse, se rejoignent dans la foi trouvée (Autour de Rennes le Château : Marie-Madeleine ou enfiler des perles).

Marie Madeleine et l'empan

Philippe de Champaigne, né à Bruxelles en 1602 et mort à Paris en 1674, "peintre de la Madeleine", a peint Le Repas chez Simon.

Le repas chez Simon illustre selon Pierre de Celle (mort en 1183) cette opposition : Simon ne connaît que la loi, Marie Madeleine cherche la grâce. Bien des prédicateurs inscrivent l'histoire de la Madeleine à l'intérieur d'une grande fresque de la lutte apocalyptique contre le démon : sept démons étaient entrés en elle, sept démons en sont sortis. Les cinq sermons de Pierre de Celle sur Marie Madeleine sont tous consacrés au péché. Peut-être davantage encore que pour les commentateurs médiévaux qui l'ont précédé, c'est la pécheresse qui le fascine (Colette Manhès, Jean-Paul Deremble, Les vitraux narratifs de la cathédrale de Chartres, 1993 - books.google.fr).

La mesure entre dans le vocabulaire législatif en tant que disposition adaptée au but à atteindre (fr.wikipedia.org - Mesure).

Chez Champaigne, toutes les inscriptions sont signifiantes et non décoratives Citons, pour mémoire, l'« Ex-voto» de 1662, représentant deux religieuses de Port-Royal (dont l'une est la fille malade de Champaigne), dans lequel l'inscription commençant par CHRISTO VNI MEDICO ANIMARUM ET CORPORUM... tient presque le tiers du tableau. Il convient également de dire quelques mots du personnage de Simon. Contrairement à son caractère selon le texte de l'Evangile (E. selon St-Luc VII, 36-48), le Simon du tableau de Champaigne est un personnage noble. [...] Le « Shema Israël ! », inscrit sur le bonnet de Simon, n'est-il pas la parole de Moïse par excellence ? (Le tableau de Moïse par Champaigne qui se trouve à l'Ermitage de Léningrad montre également des tables de la Loi commençant par «Ecoute Israël!», ce qui n'est pas habituel à l'iconogrphie chrétienne). [...] Enfin, détail important, le chien qui s'appuie sur Simon par ses pattes de devant peut être interprété comme le symbole de la fides, de la Foi. Tout se passe comme si Philippe de Champaigne avait voulu donner un personnage et des accessoires nobles à un principe noble. Selon nous, le « tu ne feras pas d'images » est là, en évidence, parce qu'il représente pour le peintre un principe d'importance capitale. En même temps, sa présence est un reflet du dilemme que le peintre a pu ressentir, à un certain point de sa vie, à être peintre ; de son sentiment qu'il y a une contradiction à vouloir faire des tableaux du divin — et c'est pourquoi le tableau en en question est contradictoire. L'inscription est le symbole de la contradiction interne qu'à un certain moment, le peintre a dû éprouver à être «imagier» (Claude Gandelman, Le Regard dans le texte: image et écriture du Quattrocento au XXe siècle, 1986 - books.google.fr).

Au "Shéma Israël" répond le "Allô j'écoute" de Coco, perroquet offert à Haddock par la Castafiore qui chante "Ah je ris de me voir si belle en ce miroir" (page 34).

La justice des Pharisiens que nostre Seigneur dit ne suffire pas pour entrer au Royaume du Ciel, se peut entendre en trois façons, selon trois diverses explications des saincts Peres; ou selon S. Chrysostome (in Mat. hom. 16), de l'entier accomplissement de la loy de Moyse, qui ne suffit pas sans l'observation des préceptes Evangeliques ; ou selon la Glose ordinaire la vicieuse interpretation que les Pharisiens apportoient à la loy ancienne, entendant qu'elle defendoit seulement les actes extérieurs des choses illicites, non les actes intérieurs des désirs & des pensées ; en quoy ils estoient justes deuant les hommes qui ne voyent que le dehors, non deuant Dieu qui fonde, & pénètre les cœurs ; ou selon S.Augustin (Civit. Dei, Lib. 20, c. 9), de la contradiction & contrariété qui se trouuoit entre leurs discours & leurs faicts entre leurs paroles & leurs œuures, preschant la vertu & pratiquant le vice, parlant de Dieu, & n'aymant que le monde : en quoy toute leur iustice residoit en leur bouche, leur conscience en estant vuide ; semblables aux Perroquets qui parlent comme les hommes, & ne sont pourtant que des bestes irraisonnables, & qui semblent à les entendre, porter sur la langue la raison qu'ils n'ont pas dans le cerveau. Ainsi les Pharisiens parloient comme les justes, vivoient comme les pécheurs, & leur langue faisoit monstre de la saincteté que leur ame n'auoit pas. Ce qui leur est reproché dans sainct Matthieu 22. Dicunt, & non faciunt. En tous ces trois sens nous pouuons entendre littéralement ce que nostre Seigneur nous dit en ce texte ; que si nostre iustice ne surpasse la justice des Pharisiens; c'est à dire si outre les Commandemens moraux de la loy ancienne nous n'obseruons la loy Euangelique, & si nous n'evitons les péchez du cœur, aussi bien que ceux du corps,& si nous ne conformons nostre conscience à nostre langue, nostte vie à nostre foy, nos œuvres à nostre profession, nous n'entrerons jamais au ciel qui n'est ouuert qu'à la parfaicte justice, de laquelle les Pharisiens decheoyent en trois façons ; & en rejettant la doctrine de l'Evangile & en ne tenant conte de reigler leur intérieur, & est destruisant leurs saincts discours par leurs actions injustes, Nisi abundaverit, &c. (Étienne Molinier, Sermons Pour Tous Les Dimanches De L'Anee: Diuise en deux Volumes, Volume 2, 1639 - books.google.fr).

On reconnaît bien là Hergé, même dans les années 1960.

De noble extraction, comme le prouvent les actes notariaux, Etienne de Molinier [contemporain de Champaigne, Poussin] naquit à Toulouse, rue de la Dalbade, vers 1580. Après de solides études au Collège des jésuites et à l'Université, il se destina d'abord au barreau puis à l'état ecclésiastique. Très vite il se distingua comme prédicateur à Paris, où il rencontra François de Sales (1618-1619). De retour à Toulouse, Etienne de Molinier fut souvent sollicité pour prêcher l'Avent ou le Carême dans les paroisses de la ville ou les diocèses de la région. Il séjourna quelque temps à Notre-Dame de Garaison, dans le Gers. En 1629, l'Archevêque de Toulouse, Charles de Montchal, lui donna la cure de Saubens dont il démissionna en 1636. Etienne de Molinier mourut le 30 octobre 1647 et fut inhumé, comme ses ancêtres en l'église de la Dalbade (La Vie intellectuelle à Toulouse au temps de Godolin, Bibliothèque municipale de Toulouse, 1980 - books.google.fr).

Garaison, près de Monléon-Magnoac, est un pélerinage à l'occasion d'une apparition de la Vierge à la bergère Anglèse de Sagazan (mort en 1582) vers 1515/1520 connu tardivement par une recension de Geoffroy en 1607 (René Laurentin, Patrick Sbalchiero, Dictionnaire des «apparitions» de la Vierge Marie, 2007 - books.google.fr).

Champaigne pose la question du pardon de l’intercession. Ajouté à cela la question brûlante du jansénisme parisien et le miracle de sa fille qui obtient une guérison, le pharisien pourrait paradoxalement bien être le Saint Siège catholique romain plus attaché au dogme qu’il ne l’est à l’homme (fr.wikipedia.org - Le Repas chez Simon (Philippe de Champaigne)).

Par là, on retrouve le papegai rabelaisien du Livre V, parodie du souverain pontife (pape) (Autour de Rennes le Château : BERGERE PAS DE TENTATION QUE POUSSIN TENIERS GARDENT LA CLEF PAX DCLXXXI PAR LA CROIX ET CE CHEVAL DE DIEU J ACHEVE CE DAEMON DE GARDIEN A MIDI POMMES).

La visibilité (où déjà la transgression se marque) de la proscription de l'image dans la représentation du repas chez Simon par Philippe de Champaigne serait un bon indicateur de cette contradiction et de la recherche des voies de son dépassement dans l'iconographie catholique moderne (Pierre-Antoine Fabre, L'image possible, Emblemata sacra: rhétorique et herméneutique du discours sacré dans la littérature en images, 2007 - books.google.fr).

La main divine requiert un examen plus précis, surtout quand il s'agit de la dextre. Le pouce et l'index sont tendus, tandis que les trois autres doigts sont repliés. Bernard Dorival (1971) y voit le symbole de la miséricorde du Christ et du rachat de la pécheresse, emprunté aux Hieroglyphiques de Pierus (Yvon Le Gall, Marie-Madeleine chez le Pharisien, de Champaigne à Jean Béraud, Le pardon, 1999 - books.google.fr).

Les Hiéroglyphes de Pierus est le nom commun d’un ouvrage de l’humaniste Giovanni-Pietro Valeriano, publié à Bâle en 1556 sous le titre Hieroglyphica sive de Sacris AEgyptiorum literis commentarii Ionnais Pierii Valeriani Bolzanii Bellunensis. Traduit en français par Montlyart il sera régulièrement publié entre 1536 et 1631 par sous le titre de Commentaires Hieroglyphiques. Ce code a été utilisé par le peintre Philippe de Champaigne qui possédait l'édition française de 1615 (fr.wikipedia.org - Les Hiéroglyphes de Pierius).

Philippe de Champaigne, Le Repas chez Simon (vers 1656) - Nantes - art.rmngp.fr

On remarque sur le tableau de Champaigne le deuxième personnage à partir de la droite posant le doigt de sa main droite sur la bouche comme le fait Tintin sur la couverture de l'album. De même il y a un chien (Milou) et un chat (siamois) comme chez Simon où le chat est gris, et donc le pharisien/perroquet.

Les mesures assyriennes, desquelles les mesures hébraïques dérivent nécessairement, puisqu'elles ne dérivent pas des mesures égyptiennes, devaient être réglées, de leur côté, par rapport à la coudée assyrienne de 0,54 m de longueur et par rapport à l'Empan assyrien de 0,27 m, comme les mesures hébraïques étaient réglées elles-mêmes par rapport à la coudée septénaire de 0,525 m et par rapport au Zéreth de 0,2625 m. Les capacités de ces mesures en dérivent donc (Recueil de travaux relatifs à la philologie et à l'archéologie égyptiennes et assyriennes, Institut français d'archéologie orientale du Caire, 1886 - archive.org).

Dans le système hébreu antique des poids et mesures, pour les liquides le hin, sixième partie du Bath, contient 12 log, celui-ci correspondant, selon Josèphe, au xestes grec ou sextarius romain ("miarka") soit environ un peu moins d'un demi litre.

Le cotyle, moitié du xestes, serait la capacité - la livre de Jean 12,3 - du vase d'albâtre à parfum que versa Marie Madeleine sur les pieds de Jésus (Jacques Martin, Explications de plusieurs textes difficiles de l'Ecriture, qui jusqu'à présent, n'ont été ni bien entendus, ni bien expliquez par les commentateurs, 1730 - books.google.fr, Bernard de Montfaucon, L'Antiquite expliquee et representee en figures, Première partie, 1722 - books.google.fr).

La moitié du Log hébreu (xestes) vaut 2 rébiite.

L'Empan (Dodrans), qui est de neuf pouces, c'est-à-dire, l'espace compris entre le pouce et le petit doigt ouverts le plus possible. Le petit Empan (Spithama), qui est de sept pouces, et qui représente l'espace compris entre le pouce et l'index ouverts le plus possible (Augustin-Pyramus de Candolle, Théorie élémentaire de la botanique, 1813 - books.google.fr).

La différence entre l'empan et le petit empan se retrouve dans la capacité du Sipthame cube grec (environ 12 litres) et le Séphel hébreu (environ 18 litres) ou Apet égyptien (Zéreth cube). Le Sath ou Séath hébreu vaut, comme le Spithame cube, environs 12 litres : c'est les 2/3 du Séphel (Recueil de travaux relatifs à la philologie et à l'archéologie égyptiennes et assyriennes, Institut français d'archéologie orientale du Caire, 1886 - archive.org).

Mais 2/3 ne vaut pas 7/9 au cube.

Au moins deux cathédrales en Angleterre (Canterbury et Exeter), de même que l'abbaye de Cluny en Bourgogne revendiquaient le vase à parfums (alabastrum) de Marie-Madeleine (Sculptures d'albâtre du Moyen Age: d'Angleterre en Normandie : Rouen, Musée départemental des antiquités, 12 février-31 mai 1998 [et] Evreux, Musée de l'ancien évêché, juillet-octobre 1998, 1997 - books.google.fr).

Mon petit doigt m'a dit

Certaines personnes ont pour habitude, au moment où l’on soulève le séfèr Tora pour hagbaa, de lever leur auriculaire. Le mot hébreu pour auriculaire est zéreth (zayin, rèch, taw), soit une valeur numérique de 607. Si l’on ajoute les quatre autres doigts de la main, on obtient 611, la valeur numérique du mot Tora (taw, waw, rèch, hè) comme pour Edom (www.chiourim.com).

Le Raham de la Torah serait la pie, cela signifie clémence, miséricorde (cf. Bismillâhi Ar.Rahmâni Ar.Rahîm), de guématrie 248 (resh heth mem) ou 808 (mem final) comme Abraham (aleph beth resh hé mem). L'oiseau annonce la pluie et le Messie. C'est le nom d'un descendant de Caleb, l'espion envoyé en terre sainte par Moïse (Brian Pivik, Gematria and the Tanakh, 2011 - www.qabbalah.info, Johannis Buxtorfii P. Lexicon chaldaicum, talmudicum et rabbinicum, 1869 - books.google.fr).

Une légende raconte que c'est en priant le "vrai dieu" que le jeune Abraham à 15 ans chassa les pies qui ravageaient les champs de son père Tharé et des Chaldéens adonnés à l'astrologie et à l'adoration des éléments.

Aboulpharadj (Chr. syr., pg. 11 et Hist. Dyn., pg. 13) rapporte la même légende, qui avait été empruntée par Michel le Syrien (XIIème siècle) à un livre apocryphe aujourd'hui perdu, et dont certains rabbins attribuaient la rédaction à Abraham lui-même. Ce livre était intitulé : Prières contre les pies qui dévastaient les champs des Chaldéens (Chronique de Michel le Grand, patriarche des Syriens Jacobites, traduit par Victor Langlois, 1868 - books.google.fr).

Mon petit doigt m'a dit : "Je l'ai appris ou entendu par une source que je ne veux pas dévoiler. Je soupçonne que tu veux me le cacher." Une réplique d'Argan dans la scène VIII de l'acte II du Malade Imaginaire de Molière témoigne qu'il en est ainsi au moins depuis le XVIIe siècle. C’ est aussi le titre français d’un des romans d’Agatha Christie. Il a été porté à l'écran par Pascal Thomas avec Catherine Frot (Prudence) et André Dussolier (Bélisaire). Dans d'autres pays, c'est un petit oiseau qui l'a dit (Espagne : Me lo ha dicho un pajarito) (www.expressio.fr).

Mon petit doigt m’a dit, c’est Les Bijoux de la Castafiore racontés par Hitchcock à Mankiewicz, dans des décors de Roger Hart et des costumes de Donald Cardwell, bref, du théâtre de boulevard des années 50 revisité par Raoul Ruiz et Mocky (Jean-Baptiste Morain, mon petit doigt m’a dit, 2005 - www.lesinrocks.com).

La pie n'est pas à proprement parler un petit oiseau, mais sa réputation est faite au moins depuis le huguenot Clément Marot, au sujet des Dominicains, frères prêcheurs habillés de blanc et noir comme les pies et qui servaient d'espions dans les places de guerres et dans les armées :

...l'autre grand sermonneur Porte sur soy les couleurs d'une pie. O bonnes gens pour bien servir d'espie ! (Chant IX, De l'Amour fugitif, 1527) (Oeuvres de Clement Marot, Volume 2, 1731 - books.google.fr).

Pour La Fontaine : L'homme d'Horace, Disant le bien, le mal à travers champ, n'eût su / Ce qu'en fait de babil; savait notre agace. / Elle offre d'avertir de tout ce qui se passe, Santant, allant de place en place, Bon espion, Dieu sait (L'Aigle et la Pie) (Jean de La Fontaine, Fables choisies de La Fontaine: précédées de sa vie et de celle d'Esope, 1849 - books.google.fr).

La pie de La Fontaine s'appelle Margot (Marguerite).

Dans Les Célibataires, Balzac fait la vieille fille Sylvie espionner Pierrette (cf. Piérides filles de Piérus changées en pies) comme une pie (Honoré de Balzac, Oeuvres illustrées, 1867 - books.google.fr).

Le mot de "Satan" est peut-être à mettre en relation avec le verbe "sut", "errer", qui présenterait le diable comme un "espion de dieu" (Mircea Eliade, The encyclopedia of religion, Volume 13, 1987 - books.google.fr).

Dieu fit la colombe ; Satan fit la pie. Dieu fit l'abeille ; Satan fit la guêpe. Dieu fit la vigne ; Satan fit la ronce (Henry Najean, Le Diable et les sorcières chez les Vosgiens, 1970 - books.google.fr).

En Gn 22, le sacrifice d'Isaac, l'épreuve nous paraît plus que cruelle, insupportable. Nous ne sommes pas les seuls à sentir le texte ainsi. Très tôt, les rabbins ont interprété l'ordre de sacrifier Isaac comme n'étant pas de Dieu, mais de Satan. Une autre interprétation juive fait également intervenir le diable, mais pour empêcher Abraham d'obéir (cf. le commentaire rabbinique de la Genèse « Bereshit Rabba ») (Thomas Römer, Dieu obscur: cruauté, sexe et violence dans l'Ancien Testament, 2009 - books.google.fr).

Comme toujours, dans le Midrash, ces paraboles répondent aux exigences dramatiques du récit ; elles explicitent l'action, l'étoffent, dévoilent les conflits intérieurs des personnages et leur donnent du relief. La présence de Satan, et celle d'Isaac qui en est conscient, accentue la solitude d'Abraham : Satan ici personnifie le doute qu'Abraham doit nourrir pour rester humain (Elie Wiesel, Célébration biblique. Portraits et légendes, 1975 - books.google.fr).

The Divines [dont les Puritains anglais] of the sixteenth and seventeenth centuries, tell us, in their sermons and pious admonitions, that "Conscience is God's spy, and man's overseer: God’s deputy judge, holding its court in the whole soul, bearing witness of all a man's doing and desires." (John Trapp, 1601-1669) (Thomas Cogan, An ethical treatise on the passions, founded on the principles investigated in the Philosophical treatise, 1807 - books.google.fr).

"Ne sais-tu donc pas que j'étais présent lorsque l'ordre te fut donné ?" dit Satan à Abraham que Dieu met à l'épreuve. Cette présence de Satan fait penser au "Prologue dans le Ciel" du Faust de Goethe inspiré du Livre de Job.

Le patriarche réagit exactement comme au début de son histoire avec Dieu. En Gn 12, Dieu lui avait ordonné : « Pars, toi, de ton pays [...] vers le pays que je te ferai voir » (v. 1) ; l'ordre de Dieu en Gn 22 décèle la même structure : « Pars, toi, vers le pays de Moriyya... » (v. 2). Ce sont les deux seuls textes dans la Genèse qui sont construits avec l'expression hébraïque d'insistance lék leka ; et le terme Moriyya contient en hébreu une allusion au verbe « voir », qui est également employé en 12,1. [...] Ce n'est pas un nom géographique mais théologique, construit à l'aide du verbe ra'ah - « voir », qui est un des mots clés du récit. Selon le livre des Chroniques (2 Ch 3,1), le mont Moriyya est la montagne du temple de Jérusalem. L'auteur de Gn 22 avait probablement déjà cette identification en tête. Il connaît donc la théologie deutéronomiste selon laquelle il n'existe qu'un seul lieu licite pour le culte sacrificiel, à savoir : le temple de Jérusalem (Thomas Römer, Dieu obscur: cruauté, sexe et violence dans l'Ancien Testament, 2009 - books.google.fr).

Des lois aux lois de l'hospitalité, de l'hospitalité du coeur à la charité

Pour rapprocher Sacrifice d'Isaac et Repas chez Simon le thème de l'hospitalité est approprié, puisque ici c'est aussi le sujet de l'album des Bijoux de la Castafiore où Moulinsart accueille les Romanichels de bon coeur et la Castafiore, à contre-coeur :

Lors d'un repas du Christ invité chez un Pharisien, une femme répand sur ses pieds un flacon de parfum précieux et les essuie de ses cheveux. Les disciples sont choqués de ce geste et de cette prodigalité. Mais il rectifie leur attitude : « Puisqu'elle a beaucoup aimé, il lui sera beaucoup pardonné ». En réalité, conformément à la prophétie de Jésus, nous rencontrons tous des passants dont il a pris le visage et qui nous demandent à boire. L'acte d'hospitalité nous met toujours en contact avec Dieu. Il est toujours mêlé à la prière. Louis Massignon l'a montré dans un admirable article sur « les trois prières d'Abraham, père des croyants ». La seconde fut présentée près du chêne de Mambré. C'était par excellence celle de l'hospitalité dans le désert et il obtint un enfant, dans sa vieillesse et celle de sa femme : il l'appela Isaac. La première prière portait déjà sur un sujet voisin : Abraham marchanda le salut de Sodome et Gomorrhe que Dieu allait punir parce que les habitants tuaient leurs hôtes. Il essaya d'obtenir le pardon des villes, si l'on y trouvait d'abord quelques dizaines de justes, puis dix, puis un seul. Mais cela ne se produisit pas. Le récit atteste déjà qu'il faut compter toujours sur le pardon de Dieu, mais que l'homme peut lui préférer totalement la mort. Il montre aussi que l'hospitalité est nécessaire puisqu'elle fonde l'existence même des cités. La troisième prière d'Abraham est prononcée lors du sacrifice d'Isaac. C'est un acte de foi héroïque : il sait, comme l'a montré Kierkegaard après après le texte même de la Bible, que Dieu ne lui prendra pas son fils mais aussi qu'il faut tout lui donner. Les Chrétiens, qui ont lu ce texte, ont reconnu que Dieu avait donné son fils. Celui qui protège autrui par son amour doit être capable de tout donner pour cet amour même. On assiste en somme à une dialectique de l'amour infini et du pardon infini. Dieu est toujours en cause. Toujours, c'est à lui qu'on donne l'hospitalité. Dans les images antiques, il se cachait sous les traits du mendiant ou de l'étranger. Mais il prenait aussi un autre visage que les païens ont seulement pressenti, celui de l'Ange, qui était en réalité son visage même. C'était aussi un Ange qui s'était présenté au fils de Tobie pour accomplir auprès de lui, comme dit Massignon, la « Visitation de l'étranger ». Il s'était fait son compagnon de voyage lorsqu'il était parti pour rouvrir les yeux de son père et pour sauver ceux qu'il aimait. Dieu nous accompagne de la sorte, accepte notre hospitalité, nous offre en échange la sienne, qui est le Paradis, mais peut-être aussi la Croix. Il existe un dernier exemple, le plus mystérieux peut-être et le plus sobre. Il s'agit du combat de Jacob avec l'Ange. Cet accueil-là ne s'accomplit pas à l'hôtel, ni apparemment au Paradis, il ne connaît d'autre cadre que la nuit (mais tel est peut-être le mystère du Paradis). Jacob a lutté toute la nuit avec l'Ange, qui était Dieu, en lui disant : « Je ne te lâcherai pas avant que tu ne m'aies béni ». Au matin, l'Ange s'est dérobé en lui laissant une blessure, qui était sans doute celle de l'Amour (Alain Michel, L'hospitalité des dieux, des hommes et des coeurs, Mythes et représentations de l'hospitalité, 1999 - books.google.fr, flipbook.cantook.net).

Les sens de la mesure

La musique a le son et Hergé a l'image. / Le père de Tintin songea qu'il est dommage / D'écarteler les sens et scinder l'émotion. / Un chef d'œuvre naquit de ces deux ambitions. / Les Bijoux de la Castafiore se sont choisis / Deux parrains naturels, Racine et Rossini. / Hergé a sa diva, oui c'est toujours la même. / Il lui fallait un chœur : il s'offrit la Bohème. La troupe de tziganes qui s'installe au château. Un piano, un décor et levons le rideau (Lucas Fournier, Chantons sous la pie, 36 facéties pour des Papous dans la tête, 2014 - books.google.fr).

Le repas chez Simon de Champaigne, janséniste comme le fut Jean Racine, rassemble les 5 sens : toucher (morsure chez Hergé) par l'onction de Marie Madeleine (cf. "Noli me tangere" : les corps) ; odorat par l'encensoir au milieu de la salle du banquet (roses chez Hergé) ; vue et ouïe par le manteau du Pharisien, "Tu ne fera pas d'image" et "Ecoute, Israël (l'album lui-même et "Allô j'écoute") ; goût par l'un des convives qui pioche dans les fruits posés sur la table entre les lits (goût de l'alcool chez Hergé, pages 5 et 56, car personne ne mange dans l'album).

L'importance du sens de la vue est renforcée par la grande présence de la télévision dans l'album : transformation du salon de marine en studio, "invention" de la télé en couleur par Tournesol, alors que le capitaine Haddock lui précise qu'aux Etats Unis (les "States" selon la Castafiore, page 55) c'est déjà fait (page 48).

"Les Occidentaux croyaient en la Bible, où il était dit que Dieu a "tout disposé avec mesure, nombre et poids" (Livre de la sagesse XI,20), mais jusque vers le début du XIIIe siècle ils n'accordèrent que peu d'attention délibérée ou délibérative à la notion de réalité quantifiable" [à la suite de Platon et d'Aristote]. [...] Ces deux hommes se faisaient une plus haute idée que nous de la raison humaine, mais ils ne croyaient pas nos cinq sens capables de mesurer soigneusement la nature. [...] Ce qui peut être mesuré en termes d'unités n'est pas aussi simple que nous, qui avons l'avantage d'arriver après les erreurs de nos ancêtres, le pensons. Ainsi, lorsqu'au XIVe siècle les savants du Merton College d'Oxford commencèrent à prendre en considération les avantages qu'il y aurait à pouvoir mesurer non seulement les grandeurs, mais aussi des qualités aussi fugaces que le mouvement, la lumière, la chaleur et la couleur, ils y allèrent à l'esbroufe, sautèrent le pas, et parlèrent de la quantification comme d'une certitude, d'une vertu et d'une grâce. [...] Le choix que fit l'Occident à la Renaissance fut de percevoir le plus de réalité possible de façon visuelle et simultanée, ce qui était alors et resta pendant des siècles le trait le plus caractéristique de sa culture. [...] La réussite intellectuelle typique de l'Occident a été d'associer les mathématiques et la mesure en leur confiant la tâche de rendre cohérente une réalité perceptible par les sens (Alfred W. Crosby, La mesure de la réalité: la quantification dans la société occidentale (1250-1600), traduit par Jean-Marc Mandosio, 2003 - books.google.fr).

En 1647, Blaise Pascal (1623-1662), contemporain de Champaigne, Poussin, reprend l'expérience de Torricelli de 1643, et ajoute une échelle graduée. Par la fameuse expérience du Puy de Dôme, effectuée en 1648 par Florin Périer (son beau-frère), il confirme l'observation de l'Italien en montrant que la hauteur du mercure dans le tube dépend de l'altitude (Danielle Fauque, Mesure de la pression atmosphérique, 2016 - books.google.fr).

On peut juger de la capacité des encensoirs du Temple, par ce que disent les mêmes Auteurs (Massechet Ioma), que le Grand-Prêtre prenoit tous les jours du feu dans un encensoir d'argent, qui tenoit quatre cabes ; (le cabe tenoit une pinte, une chopine, un posson, un pouce cube, & un peu davantage). Il jettoit ce feu dans un autre encensoir, qui tenoit trois cabes. Mais le jour de l'Expiation, il prenoit un encensoir de trois cabes, & n'en changeoit point (Augustin Calmet, Isaac-Louis le Maistre de Sacy, Commentaire littéral sur tous les livres de l'ancien et du nouveau testament: L'Exode et le Levitique , Volume 2, 1717 - books.google.fr).

Le cab valait quatre log soit environ 2 litres (Recueil de travaux relatifs à la philologie et à l'archéologie égyptiennes et assyriennes, Institut français d'archéologie orientale du Caire, 1886 - archive.org).

Les encensoirs du temple contenaient alors 12 ou 16 log (setiers).

Yom Kippour ("le jour des propitiations"), également appelé le Jour du Grand Pardon, est une fête juive considérée comme la plus sainte de l’année juive (fr.wikipedia.org - Yom Kippour).

Le Kippour est à mettre en rapport avec l'absolution par Jésus de Marie Madeleine qui, chez Simon, "verse des torrents de larmes pour l'expiation de ses anciens péchés" (Étienne Michel Faillon, Monuments inédits sur l'apostolat de sainte Marie-Madeleine en Provence et sur les autres apôtres de cette contrée, Volume 1, Migne, 1818 - books.google.fr).

En passant par Thann : les trois sapins

Turenne

Portrait de Turenne en buste, de 3/4 dirigé à gauche, dans une bordure ovale] / Champaigne pinxit ; Nanteuil sculpebat - gallica.bnf.fr

Le retour victorieux du maréchal Turenne, qui battit les Impériaux le 5 janvier 1675 à Turckheim, débarrassa Thann de ces hôtes indésirables (Thann, 1161-1961: regards sur 8 siècles d'histoire locale, 1961 - books.google.fr).

Le Vert Guignet

Dans toute cette affaire, c'est une émeraude verte qu'on qu'on retrouvera, volée par la pie et découverte par Tintin le pur avant d'être perdue par les maladroits Dupondt « C'est l'émeraude qui... qui est tombée dans l'herbe... et comme c'est vert, l'herbe » ; « Je dirais même plus » (BDC,61,1,1) véhiculée dans leur voiture verte tandis que se rend à Milan, vêtu de vert, le toujours vert Tournesol (Philippe Ratte, Tintin ou l'accés à soi, 2015 - books.google.fr).

Vert aussi comme les sapins de Thann, avant qu'ils ne soient brûlés pour commémorer le miracle de saint Thiébaut.

M. Guignet, répétiteur à l'École polytechnique et membre de la Société, entre dans quelques explications au sujet d'un vert de chrome propre à l'impression sur tissus et dont la fabrication se fait régulièrement depuis six mois dans l'usine de M. Charles Keslner, à Thann (Haut-Rhin ). Cette fabrication, suivant l'auteur, a pour but la production en grand d'un oxyde de chrome hydraté d'une composition chimique particulière, possédant une belle teinte vert-émeraude et résistant à l'action des réactifs les plus énergiques (Bulletin de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale, 1859 - books.google.fr).

Le capitaine Haddock est un "catalyseur de guigne" (Hergé, Numa Sadoul, Entretiens avec Hergé, 1989 - books.google.fr).

Les sorcières de Thann

Les autochtones friands d'histoire raconteront qu'un grand nombre de sorcières furent brûlées à Thann. Depuis 1572 jusqu'en 1620, on vit périr sur les bûchers dans leurs murs cent-cinquante-deux personnes comme sorcières (M. Moret, Le Moyen-Age Pittoresque, 1840 - books.google.fr).

Dans le Malleus maleficorum, on peut lire : « Ainsi au diocèse de Bâle, dans la ville de Thann, une sorcière brûlée avait avoué avoir tué plus de quarante enfants de la manière suivante : à leur sortie du sein, elle leur enfonçait une aiguille sur le haut de la tête dans le cerveau » (II, 1, 13) (Jean-Michel Doulet, Quand les démons enlevaient les enfants: les changelins : étude d'une figure mythique, 2002 - books.google.fr).

Le château de l’Engelbourg, dominant Thann, fut bâti aux alentours de 1224 par le comte Frédéric II de Ferette, pour contrôler l’entrée de la vallée de la Thur. Très endommagée quelques siècles plus tard lors de la Guerre de Trente Ans, la forteresse fût détruite sur l'ordre de Louis XIV en 1673, à la suite de la disparition de son aspect stratégique. La tour principale se brisa en plusieurs tronçons. La partie principale, tombée sur la tranche et tournée vers la ville de Thann, constitue l’actuel “Œil de la Sorcière”, qui semble fixer les toits du village et l’horizon (wikitravel.org - L'OEil de la sorcière à Thann).

Peinture à Thann

Pas mal de peintre sont nés à Thann : Henri Lebert (1794-1862), Marcel Rieder (1862-1942), Charles Filiger (1863-1928) (Ecole de Pont-Aven), Robert Kammerer (1882-1965), Charles Walch (1896-1948) (fr.wikipedia.org - Thann).

Un tableau de Mathias Grünewald, Sainte Madeleine au pied de la croix, vue de derrière de la crucifixion du Retable d'Issenheim, avec son attribut le pot d'onguent, est passé par Thann pour plus de sécurité dans les années 1650-1651 pendant les désordres de la Fronde. La Haute-Alsace était aux mains des adversaires de Mazarin. Son neveu, Charles-Armand de la Porte, duc de la Meilleraye, premier duc de Mazarin, devint seigneur de Thann et imposera ses vues catholiques, s'occupant plus à faire le missionnaire que le gouverneur selon Condé (Pantxika Béguerie, Georges Bischoff, Grünewald: le maître d'Issenheim, 2000 - books.google.fr, Paul Weiss, 1516-1700: heurs et malheurs d'une ville et d'une province, 2000 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Armand-Charles de La Porte de La Meilleraye).

Dans un carnet d'esquisses inédit, datant probablement des années 1881-1882, Henner a dessiné rapidement sur deux feuillets la Mise au tombeau de la prédelle du Retable d'Issenheim.2* Rapide relevé séparant le paysage du groupe pathétique, il a cependant la valeur d'une interprétation personnelle, isolant le motif du visage douloureux de Marie sous un voile — que l'on retrouve dans d'autres études dessinées, jusque dans l'1mportant fragment peint d'une Tête de Vierge au voile bleu, aujourd'hui au musée Henner — en même temps que celui du personnage penché sur un corps sans vie. [...] L'importante composition crépusculaire de La femme du lévite d'Ephraïm (Ottawa,Tanenbaum Collection) exposée au Salon de 1898 et préparée par de nombreuses études dessinées ou peintes trahit sans doute la dépendance à l'égard du style de Prud'hon - qui fut souvent qualifié de, soulignons-le, de «Corrège français» —, mais aussi, en dessous du corrégisme assez orthodoxe de l'œuvre, la double inspiration, comme le suggère Albert Boime, de Holbein et de Grünewald (Sylvie Ramond, Grünewald dans l'art français du XIXème siècle, De Grünewald à Menzel: L'image de l'art allemand en France au XIXe siècle, 2003 - books.google.fr).

Jean Jacques Henner (1829-1905), La femme du Lévite d'Ephraïm (vers 1895) - Colmar, Unterlinden - www.flickr.com - Mazanto

L'histoire du lévite d'Ephraïm est abominable, d’un temps d’une violence extrême. Un Lévite et sa concubine font halte à Gabaa, ville de la tribu de Benjamin. Seul un vieillard accepte d’ouvrir sa porte au couple d’étrangers. Mais quelques hommes de la tribu, bandits dénués de tout sens moral, lui réclament le Lévite. Pour ne pas enfreindre les lois de l’hospitalité et empêcher des relations contre-nature, le vieil homme offre sa propre fille aux vauriens. Mais le Lévite intervient alors pour leur proposer son aimée, qu’il sacrifie par là. Celle-ci est violée et violentée par les bandits, et déposée au petit matin, morte, devant la maison du vieillard. Alors le Lévite découpe le corps de sa concubine en douze morceaux, qu’il envoie aux douze tribus d’Israël. Le peuple assemblé décide de laver l’offense subie par le Lévite en levant une armée contre les enfants de Benjamin. Au terme d’une guerre dévastatrice, la tribu de Benjamin est vaincue. Femmes et enfants ont péri avec les hommes. Seuls six cent d’entre eux ont survécu. Mais le peuple d’Israël réalise alors qu’il a donné une de ses douze tribus en holocauste (blog.ac-versailles.fr - Aline Beilin, Jean-Jacques-Rousseau, Le lévite d'Ephraïm, 2013

L’Alsace. Elle attend (1871) est une commande d’épouses d'industriels de Thann, faite à l’initiative d’Eugénie Kestner à Jean-Jacques Henner, peintre né à Bernwiller, dans le sud de l'Alsace. Le tableau est offert à Léon Gambetta (1838-1882) qui est alors un des plus farouches opposants à l’abandon de l’Alsace-Lorraine au nouvel Empire allemand suite à la guerre de 1870 et qui le fait graver par Léopold Flameng pour lui assurer une large diffusion (www.histoire-image.org, www.musee-henner.fr).

Les trois sapins

Malachie Tschamser (1678-1742), né François-Antoine, fut père-gardien du couvent des Franciscains de Thann et rédigea une chronique. Il y raconte d'après le récit d'Andreas Schenk (1628) la création de Thann à partir de la relique de saint Ubald. Il est question de trois sapins que, par tradition, on brûle devant la cathédrale aux vigiles de la translation des reliques de saint Thiébaut (30 juin) (Paul Weiss, 1516-1700: heurs et malheurs d'une ville et d'une province, 2000 - books.google.fr).

Il y a bien trois sapins noirs (effet de profondeur de champ), mais aussi comme calcinés, sur la couverture du magazine Paris Flash annonçant le mariage de la Castafiore et du vieux loup de mer (page 27). La vignette montre d'ailleurs bien visiblement les deux pouces de Haddock (référence à Ubald ?).

Pourquoi à cet endroit de l'album ? Le magazine est un pastiche de Paris Match (comme "matchs" allumettes en anglais). Il y avait une fabrique d'allumettes à Lauw ("le pré" en vieil alémanique) à 13 km de Thann dans la vallée de Masevaux, de 1850 à 1855 (fr.wikipedia.org - Lauw (Haut-Rhin)).

En 1672, un loup enragé semait la terreur dans la région de Thann (Paul Weiss, 1516-1700: heurs et malheurs d'une ville et d'une province, 2000 - books.google.fr).

Ubaldo Baldassini (né vers 1085 à Gubbio et mort le 16 mai 1160 dans la même ville), vénéré en tant que saint Ubald par l’Église catholique, fut évêque de Gubbio, en Ombrie.

Les Fioretti de saint François (chapitre 21) nous racontent comment les habitants de la ville avaient peur d'un loup rodant dans les environs et que le saint allant à la rencontre de la bête le convertit à la sagesse en lui disant : « Frère loup, je te commande, au nom de Jésus-Christ, de me suivre maintenant sans rien craindre, et nous allons conclure cette paix au nom de Dieu » et comment les habitants reçurent le loup et le nourrirent. Pour certains, Saint François le rendit végétarien (fr.wikipedia.org - Ubaldo Baldassini, fr.wikipedia.org - Gubbio).

Il existe un sonnet du rossignol (n° 57) dans le Bestiaire moralisé dit de Gubbio datant du XIIIème siècle.

Après Flaubert, on peut voir des références à Balzac dans l'album (La Croix d’Huriel : Tintin, Hergé et la Croix d’Huriel : Le Lotus Bleu ou l’hospitalité).

"Ne pas adorer un bijou de femme ! une voix de rossignol ! faite comme un modèle. Où a-t-elle eu les yeux d'épouser cette grosse souche d'Alsacien ?" et "Je connais les lois ; je suis un vieux loup, je dois retrouver mes dents" dit le Père Goriot à différents endroits du roman (Honoré de Balzac, Le père Goriot, Volume 1, 1835 - books.google.fr).

L'alsacien est Frédéric de Nucingen, juif converti, surnommé "Loup-Cervier", qui a épouse Delphine, fille du Père Goriot (fr.wikipedia.org - Frédéric de Nucingen).

Ernst Robert Curtius, né le 14 avril 1886 à Thann et mort le 19 avril 1956 à Rome, est un philologue allemand, spécialiste des littératures romanes En 1919, son premier ouvrage intitulé Les pionniers littéraires de la France nouvelle/ Die literarischen Wegbereiter des neuen Frankreich fait scandale en Allemagne, dans le contexte de la défaite allemande de 1918 et de l'humiliation causée par la signature du Traité de Versailles, car Curtius y fait l'éloge d'écrivains français qu'il admire, notamment André Gide qui lui dédiera son roman Robert en 1930, Romain Rolland, ou encore Paul Claudel. En 1923, il publie un Balzac (fr.wikipedia.org - Ernst Robert Curtius).

Les juifs à Thann

Une communauté juive a existé à Thann dès le XIIIe siècle. En 1648, à fin de la guerre de Trente Ans, la Communauté peut renaître. En 1653, le premier Juif à s’établir à demeure à Thann est Lazare Brunschwig, marchand de chevaux. Après la mort de son protecteur franco-suédois en 1657, la ville de Thann essaie de s’en débarrasser. Elle accuse Brunschwig de tromper les bourgeois, de tenir synagogue, de travailler les dimanches et jours fériés. Les Thannois n’obtiennent pas gain de cause, même après la prise de possession de la ville par son nouveau seigneur, le cardinal Mazarin (1659). À ceux qui réclament son départ, l’intendant Colbert répond qu’il fallait faire en sorte qu’il quittât la ville de lui-même. En 1672, l’intendant La Grange abolit dans les pays d’ancienne domination autrichienne le péage corporel auquel étaient soumis les Juifs. Un an avant, le roi s’était opposé à l’application d’une mesure d’expulsion générale ordonnée par le duc de Mazarin, gouverneur de l’Alsace. Celui-ci finit par tolérer la présence de Juifs même dans les seigneuries qui lui appartiennent personnellement (Thann, Issenheim, etc.). En 1681, le roi crée un rabbinat d’Alsace, calquant les institutions du judaïsme alsacien sur celles de la communauté de Metz.

La famille Dreyfuss était habitante de Thann et les noms de certains de ses membres sont gravés sur une plaque commémorative des victimes de la guerre 39/45 (fr.wikipedia.org - Synagogue de Thann).

L'émancipation des Juifs de France se fait en deux temps. Les Juifs portugais et avignonnais, qui avaient depuis 1787 joui de tous les droits civils comme Français naturalisés, sont déclarés citoyens à part entière par une majorité de 150 voix, le 28 janvier 1790, par l'Assemblée. Deux jours après le décret du 27 septembre 1791, l’Assemblée nationale se sépare et, le 13 novembre, Louis XVI ratifie la loi déclarant les Juifs citoyens français (fr.wikipedia.org - Emancipation des Juifs).

Dans Les Bijoux, "le perroquet amené en cage, puis perché sur un support, finira libre à la toute dernière case, comme la pie, le Milan, le rossignol, la chouette, et même les guêpes : le désir ne reste pas en cage, il s'envole et surgit de la plus innocente des cachettes, faisant paraître dérisoire, vain, brouillon, le manège quotidien des habitants et des habitats, leurs cachettes, précautions, assurances, polices, médecine, secrets, habitudes" (Philippe Ratte, Tintin ou l'accés à soi, 2015 - books.google.fr).

Le perroquet émancipé reste un perroquet.

La communauté israélite de Thann décida la démolition de la synagogue bâtie en 1817 ou 1818 et sa reconstruction sur une plus grande échelle, en style néo-byzantin, en 1859. La synagogue est en partie détruite par un bombardement le 19 janvier 1915. Le pignon arborant un soleil n’a jamais été refait après guerre. La façade comporte l’inscription en hébreu : "Que ce lieu est redoutable !" (Genèse 28:17) (fr.wikipedia.org - Synagogue de Thann), comme sur l'église de Rennes le Château en français.

La marche brisée

Les chutes dans l'escalier à cause de la marche cassée apparaissent aux pages 5, 6, 7, 11, 12, 35, 43, 44 et 62 des Bijoux de la Castafiore.

La cantillation est la prononciation de la hauteur musicale des voyelles de chaque mot d'un verset du texte sacré des religions chrétienne, coranique, hébraïque, et bouddhique.

La marche brisée ou "darga tevir" est un terme présent dans la cantillation hébraïque qui est la prononciation soigneuse et nuancée de la hauteur musicale des voyelles de chaque mot d'un verset du Tanakh, la Bible hébraïque. Le hazane, maître-cantillateur, utilise un répertoire de motifs musicaux traditionnels et stéréotypés, les tropes. [...] L'importance philosophique de la cantillation s'évoque dès l'énoncé du mot ta'am, mot hébreu succinct qui se traduit largement par « commandement, ordonnance », « goût, saveur » et « sens ». Les te'amim peuvent, à eux seuls, éclairer le sens de plus d'un passage du texte biblique. Certains manuscrits médiévaux de la Michna fourmillent de signes de cantillation, et les noms des te'amim, pittoresques et très signifiants, sont souvent d'origine araméenne. Plusieurs maîtres du judaïsme, tel Rachi, se sont penchés sur les systèmes d'ordonnances et de signes de cantillation et soulignent la pérennité de leur aspect musical, considéré comme sacré (fr.wikipedia.org - Cantillation hébraïque).

Dans les morceaux de phrases sémantiquement moins graves mais trop longs, la monotonie est brisée par le couple darga tevir = une marche brisée qui qui permet de monter puis de redescendre vers l'intonation première (Hervé Krief, Les grands courants de la spiritualité juive, 2008 - books.google.fr).

L'accent darga est un trigramme en forme de « Z » inversé. L'accent tevir est un digramme point et virgule à droite (fr.wikipedia.org - Cantillation hébraïque).

L'émeraude ou l'oeil de Shiva

Dans le huit-clos des Bijoux de la Castafiore, tout le monde s'épie entre les quatre murs de Moulinsart.

C'est en haut d'un peuplier que Tintin trouve l'émeraude dérobée par la gazza ladra, pages 59-60.

La culture des peupliers était indispensable à la production des allumettes qui s'appelaient "lucifer" en néerlandais et en anglais (avant "match") (Histoire Allumetière des Pays-Bas 1870-1979 - home.base.be).

"Qui a des allumettes" dit quelqu'un dans le noir qui se produit facilitant la fuite des journalistes du Tempo di Roma, page 34.

La magie se poursuit par la réponse du geai ou de la pie porte-guigne, éclair de demi-deuil à travers la ramée. J'écoute le peuplier ami, avide de brise, respirant de tout son feuillage, et qui dit sa prière pour défaire les charmes (Roger de Lafforest, Les figurants de la mort, 1939 - books.google.fr).

Roger Poumeau de Lafforest, né le 11 janvier 1905 à Paris et mort le 16 novembre 1998, est un journaliste et écrivain français, tout à la fois influencé spirituellement par Jacques Maritain et politiquement par Charles Maurras, comme de nombreux jeunes issus de la droite dans les années 1920. Il a reçu le prix Interallié en 1939 (fr.wikipedia.org - Roger de Lafforest).

René Guénon (RG comme Hergé, Georges Rémi) écrit, en 1927, sur l'origine du Graal mise en rapport avec Lucifer et son émeraude frontale, sans citer ses sources (Cycle du Graal, gnostiques alexandrins... ?) (Thèmes : Tintin).

Leopoldo Diaz (1862-1947), diplomate et poète argentin, parle en 1906 du diamant noir de Lucifer :

Et le diamant noir que Lucifer déchu, Dans sa haine rebelle et dans sa félonie, A serti sur le front de la nuit infinie (Leopoldo Díaz, Atlantida conquistada : poème en sonnets, traduit par Frédéric Raisin, 1906 - books.google.fr).

On retrouve l'oxymore "diamant noir" chez Alfred Jarry dans le chapitre-portarit consacré au poète Laurent Tailhade (chap. XXII "De la grande Eglise de Muflefiguière"), pastiche teinté d'une ironie cinglante à l'égard des pierres précieuses (Anne Gourio, Chants de pierres, 2005 - books.google.fr).

Gestes et opinions du docteur Faustroll, pataphysicien est un ouvrage romanesque d'Alfred Jarry achevé en 1898 et édité pour la première fois en 1911 chez Fasquelle. On y suit les pérégrinations à travers Paris du Docteur Faustroll, pataphysicien, de son domestique Bosse-de-Nage, cynocéphale papion (babouin), et de l'huissier de justice René-Isidore Panmuphle, venu saisir les biens de Faustroll. C'est la Bible du Collège de Pataphysique, qui y a consacré de nombreuses exégèses. Le dernier chapitre (Livre VIII, chapitre XLI) est consacré au calcul de la « surface de Dieu », et à sa démonstration, mêlant une vision du Christ, le théorème de Pythagore et le respect du dogme de la sainte trinité dans une symbolique mathématique et mystique. Faustroll y conclut que « DIEU EST LE POINT TANGENT DE ZÉRO ET DE L’INFINI. », et donc que « La Pataphysique est la science. » (fr.wikipedia.org - Gestes et opinions du docteur Faustroll, pataphysicien, Autour de Rennes le Château : Dalle verticale de Marie de Nègre : un triangle isocèle rectangle).

Ce qui montre peut-être le plus nettement la signification essentielle du Graal, c'est ce qui est dit de son origine: cette coupe aurait été taillée par les Anges dans une émeraude tombée du front de Lucifer lors de sa chute. Cette émeraude rappelle d'une façon très frappante l'urnâ, la perle frontale qui, dans le symbolisme hindou (d'où elle est passée dans le Bouddhisme), tient souvent la place du troisième oeil de Shiva, représentant ce qu'on peut appeler le «sens de l'éternité», ainsi que nous l'avons déjà expliqué ailleurs. Du reste, il est dit ensuite que le Graal fut confié à Adam dans le Paradis terrestre, mais que, lors de sa chute, Adam le perdit à son tour, car il ne put l'emporter avec lui lorsqu'il fut chassé de l'Éden. [...] Ce qui suit peut sembler plus énigmatique : Seth obtint de rentrer dans le Paradis terrestre et put ainsi recouvrer le précieux vase ; Il est dit que Seth demeura quarante ans dans le Paradis terrestre. [...] On doit donc comprendre que Seth et ceux qui après lui possédèrent le Graal purent par là même établir un centre spirituel destiné à remplacer le Paradis perdu, et qui était comme une image de celui-ci (René Guénon, Le roi du monde, 1927 - rene-guenon.ch).

Il est rapporté (origine inconnue) que Jophiel aurait présidé à l'expulsion d'Adam et Eve du Paradis. Zophiel serait un autre nom de Jophiel (en.wikipedia.org - Jophiel).

Chez les éditeurs du Paradise Lost de Milton, l'ange Zophiel à l'aile rapide est l'espion de dieu (god's spy) (The Poetical Works of John Milton: With Life, Critical Dissertation and Explanatory Notes, Volume 1, 1854 - books.google.fr).

Certains y voient une mauvaise lecture ou une transcription de Fludd ou Agrippa du nom de l'ange Jophiel (William Shepard Walsh, Classical, mediaeval, legendary, Volume 2 de Heroes and Heroines of Fiction, 1966 - books.google.fr).

Mais on pourrait y voir Tsaphiel (mirans deus) ou Tzaphiel associé à la sephira Binah (intelligence, compréhension) dans la Kabbale (Zohar) (Richard Webster, Encyclopedia of Angels, 2009 - books.google.fr).

Avoir conscience qu'il y a la Loi, qu'elle oblige de manière inconditionnée, sans savoir à quoi elle oblige, c'est là, disions-nous, l'éprouver comme énigme, c'est-à-dire dans l'angoisse. Ce hiatus entre conscience-de-Loi et connaissance de la Loi, procède donc du paradoxe fondateur de l'éthique, de la précession de la Loi sur le Bien qui la prive de tout contenu déterminé, rend son appel proprement insensé. C'est le même paradoxe que Kierkegaard nous fait découvrir dans le récit de la Genèse. Impossible à Adam de comprendre l'ordre divin, l'interdiction de goûter aux fruits de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, puisque la « connaissance » qu'il implique, la compréhension de la faute, n'est possible qu'après sa transgression. Pour savoir ce qu'est le bien, il faut être dans le mal ; pour pouvoir respecter la Loi, il faut l'avoir déjà transgressée (Jacob Rogozinski, Le don de la Loi: Kant et l'énigme de l'éthique, 1999 - books.google.fr).

C'est la compréhension de leur faute ou de leur situation qui fait changer le couple d'état de conscience.

Moulinsart est un locus amoenus, une Arcadie et une sorte de Paradis. Dans son parc, au pied du peuplier, tombera l'émeraude comme elle tomba du front de Lucifer (Le Serpent rouge : Le voyage de l’âme : L’Arcadie d’Hergé, La Croix d’Huriel : Tintin, Hergé et la Croix d’Huriel : Hélène et Moulinsart).

Joaillerie et damnation

La signification que l'on donne aux pierres précieuses varie selon les traditions. Dans le cas du pectoral d'Aaron (Exode), les pierres ne sont pas associées aux tribus, une à une.

Le Targoum sur le Cantique des Cantiques a été rédigé à une date incertaine, les estimations les plus courantes le font remonter au VIIIe siècle. Il a constitué l'une des sources majeures des interprétations que les cablistes ont rédigées à son propos.

5:14 : Les douze tribus de Jacob, Son serviteurs furent serties sur le diadème de la sainte couronne d'or et taillées dans douze perles avec les trois pères du monde : Abraham, Isaac et Jacob. Ruben fut gravé sur le sarduis, Siméon sur le topaze, Lévi sur l'escarboucle, Juda sur l'émeraude, Issachar sur le saphir, Zabulon sur le diamant, Dan sur la jacinthe, Naphtali sur l'agate, Gad sur l'améthyste, Asher sur le béryl, Joseph sur l'onyx, Benjamin sur le jaspe. Comparables aux douze constellations, ils éclairèrent comme un flambeau, resplendissent comme l'ivoire et par leurs oeuvres, flamboient comme le saphir (Targoum sur le Cantique des Cantiques, traduit de l'hébreu et de l'araméen par Charles Mopsik, 2014 - www.charles-mopsik.com).

Mais la présence d'un monocle dans le nid de la pie conduit vers le Lapidaire chrétien (vers le XIIIème siècle).

Le lapidaire mixte, mi-chrétien mi-païen, est consacré aux douze gemmes les plus célèbres de La Bible : celles du Pectoral d’Aaron, reprises en partie par la Jérusalem Céleste. L’Exode (28, 15-21 et 39, 8-13) décrit deux fois le gigantesque pendentif qui orne la poitrine du Grand Prêtre, élaboré selon les directives divines : « Ils le garnirent de quatre rangs de pierres précieuses : première rangée : une sardoine, une topaze, une émeraude ; deuxième rangée : un rubis, un saphir, un jaspe ; troisième rangée : une pierre d’ambre, une agate et une améthyste ; quatrième rangée : une chrysolite, un onyx et un béryl ; elles étaient serties d'or dans leurs montures. Il y en aura 12, d'après les noms des fils d'Israël. Elles seront gravées comme des cachets, chacune avec le nom de l'une des 12 tribus. »

À la fin de la Bible, L’Apocalypse de saint Jean dépeint la Jérusalem céleste, dont les piliers sont taillés dans les mêmes gemmes, à quelques exceptions près : « Les soubassements du mur de la ville sont ornés de toutes sortes de pierres précieuses ; le premier est de jaspe ; le deuxième de saphir ; le troisième de calcédoine ; le quatrième d'émeraude ; le cinquième de sardonyx ; le sixième de sardoine ; le septième de chrysolithe ; le huitième de béryl, le neuvième de topaze ; le dixième de chrysoprase ; le onzième d’hyacinthe ; le douzième d'améthyste (XXI, 19-20). »

L'émeraude au 3e rang dans l'Exode et au 4e dans l'Apocalypse marque la foi de la Trinité, les 4 Evangélistes. Elle est verte. La verdeur de la foi pérenne ; Les griffons qui gardent les émeraudes représentent les diables ; les Arimaspes, qui n'ont qu'un œil, symbolisent les vrais croyants. Elle est associée à l'apôtre Barthélémy et à la tribu d'Ephraïm.

L'agate au 8e rang dans l'Exode, absente de l'Apocalypse symbolise le 3ème temps du Baptême. Elle est noire, veinée de blanc. Deux couleurs induisent deux significations : le noir représente la tristesse des pécheurs ; le blanc la vie au Paradis. Elle est associée à l'apôtre Judas et à la tribu de Dan (Valérie Gontero, Un syncrétisme pagano-chrétien : la glose du Pectoral d’Aaron dans le Lapidaire chrétien, Revue de l’histoire des religions, 2006 - rhr.revues.org).

Dans l'Apocalypse de saint Jean VII, 2-8, où 144000 de certaines tribus d'Israël seront marqués au front, "les noms offerts de douze tribus ne sont pas tous les mêmes que ceux des tribus qui avaient réellement composé le peuple d'Israël; car on y trouve ceux de Joseph et de Lévi, à la place de ceux de Dan et d'Ephraïm. Que faut-il donc entendre ici par le terme Israël? L'église chrétienne, et ce sens se confirme par la suppression des tribus de Dan et de Bethel, qui, ayant rendu leurs noms odieux par les excès de leur idolâtrie et par le funeste exemple qu'elles avaient donné, figureraient mal ici comme faisant partie du nouvel Israël, de l'église de Christ, dont le caractère essentiel est l'adoration du seul vrai Dieu. Pourquoi, dira-t-on peut-être, si le mot Israël désigne l'église chrétienne, est-il fait ici rénumération des noms des douze tribus? n'eût-il pas suffi de dire les tribus ou les douze tribus d'Israël? Sans doute, si ces noms étaient les mêmes que ceux des douze tribus qui avaient composé ce peuple, cette énumération serait vaine ; mais elle est destinée précisément à marquer, par cette différence de deux noms, que l'Israël ici indiqué est figuré. Et si le nombre de douze tribus y est offert, quoique l'église chrétienne n'ait pas été de même divisée en douze parties, c'est pour la continuation et le complément de la figure ici employée. Mais il faut entendre ici l'église dans l'empire romain, et non dans le monde en général ; car fange qui tient le sceau de Dieu, étant monté du lever du soleil, c.-à-d. dès l'établissement du christianisme dans cet empire, cela montre que c'est dans celui-ci que ce sceau sera imprimé; qu'en conséquence c'est dans celui-ci que vivront les fidèles qui doivent en être marqués, et qu'auront lieu ces maux dont ils doivent être garantis" (Philippe Basset, Explication raisonnée de l'Apocalypse, d'après les principes de sa composition, Volume 1, 1832 - books.google.fr).

Jean de Monléon rappelle la légende qui fait sortir l'Antéchrist de la tribu de Dan selon le prophète Jérémie. De même Jéroboam issu de la tribu d'Ephraïm instaura le culte de veaux d'or (III Reg. XII) (Jean de Monléon, Le sens mystique de l'apocalypse: commentaire textuel d'après la tradition des Pères de l'Eglise (1948), 1984 - books.google.fr).

Après cela, je vis quatre anges debout aux quatre coins de la terre. Ils retenaient les quatre vents de la terre afin qu'il ne souffle pas de vent, ni sur la terre, ni sur la mer, ni sur aucun arbre. Et je vis un autre ange qui montait du côté du soleil levant et qui tenait le sceau du Dieu vivant. Il cria d'une voix forte aux quatre anges qui avaient reçu le pouvoir de faire du mal à la terre et à la mer: «Ne faites pas de mal à la terre, ni à la mer, ni aux arbres, avant que nous ayons marqué d'une empreinte le front des serviteurs de notre Dieu.» (Apocalypse 7,1-3) (www.enseignemoi.com - Apocalypse 7, 3).

Ces vents qui doivent souffler sur les arbres après que les 144000, dont ne fait pas partie la tribu d'Ephraïm, sont marqués au front se réfèrent peut-être à Isaïe prophétisant l'inefficacité des attaques d'Ephraïm (du royaume d'Israël) contre le royaume de Juda.

A l'époque d'Achaz, fils de Jotham, lui-même fils d'Ozias qui était roi de Juda, Retsin, le roi de Syrie, monta avec Pékach, le fils de Remalia, le roi d'Israël, contre Jérusalem pour l'attaquer, mais sans parvenir à s'en emparer. On annonça aux membres de la dynastie de David: «Les Syriens ont pris position sur le territoire d'Ephraïm.» Achaz et son peuple en furent tout secoués, comme les arbres de la forêt lorsqu'ils sont secoués par le vent. Alors l'Eternel dit à Esaïe: «Sors donc à la rencontre d'Achaz avec ton fils Shear-Jashub, au bout de l'aqueduc du réservoir supérieur, sur la route du champ du teinturier. Tu lui diras: 'Sois tranquille, n'aie pas peur et que ton coeur ne se trouble pas devant ces deux bouts de bois fumants, devant la colère de Retsin et de la Syrie ainsi que du fils de Remalia! 5 Ne sois pas troublé parce que la Syrie a décidé de te faire du mal, parce qu'Ephraïm et le fils de Remalia disent: Montons contre Juda, semons-y la panique, frayons-nous un passage et proclamons-y roi le fils de Tabeel.'» Voici ce que dit le Seigneur, l'Eternel: Cela ne se produira pas, cela n'aura pas lieu. Certes, Damas est la capitale de la Syrie et Retsin le souverain de Damas, mais d'ici 65 ans Ephraïm ne sera plus un peuple. Samarie est la capitale d'Ephraïm et le fils de Remalia le souverain de Samarie. Si vous ne croyez pas, vous ne subsisterez pas.» L'Eternel dit encore à Achaz: «Demande pour toi un signe à l'Eternel, ton Dieu! Demande-le, que ce soit dans les plus extrêmes profondeurs ou les lieux les plus élevés.» Achaz répondit: «Je ne demanderai rien, je ne provoquerai pas l'Eternel.» Esaïe dit alors: «Ecoutez donc, membres de la dynastie de David! Est-ce trop peu pour vous de fatiguer les hommes, pour que vous abusiez encore de la patience de mon Dieu? Voilà pourquoi c'est le Seigneur lui-même qui vous donnera un signe: *la vierge sera enceinte, elle mettra au monde un fils et l'appellera Emmanuel. (Esaïe 7, 1-14) (www.enseignemoi.com - Esaïe 7).

Ephraïm a rapport avec la chute (cf. la marche brisée).

On lit dans le deuxième livre des Chroniques que le roi de Juda Amasias engagea des hommes de la tribu d'Ephraïm au royaume d'Isarël pour faire une guerre bientôt victorieuse aux Edomites. Un prophète lui ordonna de les renvoyer : "C'est pourquoi, si tu viens avec la tribu de la maison d'Éphraïm, Yhwh te fera trébucher devant l'ennemi, car c'est dans la main de Yhwh qu'il y a la force d'aider ou de faire trébucher". Joas roi d'Israël répliqua en défaisant l'armée de Juda qu'il avait défiée. Il perça une brèche dans les murailles de Jérusalem entre la Porte d'Ephraïm et celle de l'Angle, et pilla les trésors du Temple et de la maison du roi. Il rentra à Samarie avec des otages. Amasias mourut assassiné pour s'être détourné du culte de YHWH. (R. Le Déaut, J. Robert, Targum des Chroniques tome I, Annalecta biblica 51, 1971 - books.google.fr).

Le psaume 77 insiste sur la rebellion d'Ephraïm et son rejet par YHWH. Osée menace Israël, en particulier la tribu d'Ephraïm, au sujet de son idolâtrie, mais, comme les textes bibliques de la période perse ou hellénistique, laisse la porte ouverte à une réconciliation avec Juda sous sa prédominance (Sophie Ramond, Les leçons et les énigmes du passé: Une exégèse intra-biblique des psaumes historiques, 2014 - books.google.fr).

Ainsi du repas chez Simon raconté dans les Evangiles à l'Apocalypse, on parcours le Nouveau Testament du début à la fin ("C'est fini mille sabords" dit le perroquet à la page 62).

Le Lapidaire chrétien met en relation l'émeraude, Ephraïm et l'apôtre Barthélemy. Cependant saint Jérôme dit que Judas est issu de la tribu d'Ephraïm.

C'était l'opinion commune du temps d'Eusèbe et de saint Jérôme, que Judas était originaire de la tribu d'Ephraïm et natif du bourg d'Iscariot. Il est vrai que nous ne trouvons point ce nom de lieu dans les livres de l'Ancien Testament : mais ce pouvait être un bourg nouveau, bâti depuis le retour de la captivité. D'autres croient qu'il était de la tribu d'Issachar ; et qu'au lieu d'Iscarioth, il faut lire Issachariotes. D'autres lisent : Isch-cariotes, l'homme natif de Carioth, ville connue dans l'Ecriture (Vide Josue, XV, 25; Amos, II, 25 ; Jerem. XLVIII, 23, 41). D'autres dérivent son surnom du syriaque, Isch-sckariotha, celui qui porte la bourse. On sait que Judas tenait l'argent commun de la compagnie des Apôtres (Joan. XXII, 6) (Sainte Bible expliquée et commentée, abbé Sionnet, contenant le texte de la Vulgate, 1840 - books.google.fr).

Le Repas chez Simon est un épisode de la vie du Christ rapporté par les quatre Évangiles : Matthieu (Mt 26,6-13), Marc (Mc 14,3-9), Luc (Lc 7,36-50) et Jean (Jn 12,1-8)), mais avec de grandes divergences sur le lieu, la personnalité de la femme, le nom du protestataire et les paroles de Jésus. Chez Jean, Judas intervient pour protester contre cette gabegie parce qu'il est dit qu'il est un voleur (gazza ladra).

« Six jours avant la Pâque, Jésus arriva à Béthanie, où était Lazare, qu’il avait ressuscité des morts. Là, on lui fit un souper ; Marthe servait, et Lazare était un de ceux qui se trouvaient à table avec lui. Marie, ayant pris une livre d’un parfum de nard pur de grand prix, oignit les pieds de Jésus, et elle lui essuya les pieds avec ses cheveux ; et la maison fut remplie de l’odeur du parfum. Un de ses disciples, Judas Iscariot, fils de Simon, celui qui devait le livrer, dit : "Pourquoi n’a-t-on pas vendu ce parfum trois cents deniers, pour les donner aux pauvres ?" Il disait cela, non qu’il se mît en peine des pauvres, mais parce qu’il était voleur, et que, tenant la bourse, il prenait ce qu’on y mettait. Mais Jésus dit : "Laisse-la garder ce parfum pour le jour de ma sépulture. Vous avez toujours les pauvres avec vous, mais vous ne m’avez pas toujours." » (Jean 12:1-8, Édition Segond) (fr.wikipedia.org - Le Repas chez Simon).

Si l'on se tourne vers les commentateurs médiévaux, on se rend compte qu'il existe une tradition favorable à l'identification du Pharisien et du Lépreux, tradition qui s'oppose à l'exégèse classique de saint Augustin. Ainsi Origène « identifie Simon le Pharisien de Luc et Simon le Lépreux de Marc et de Matthieu », et « il le nomme lépreux, plutôt que pharisien, parce que cela convient à son allégorie ». C'est effectivement sur l'allégorie que va s'appuyer la tradition d'un Simon unique. Sa personnalité de pharisien est importante : il est le représentant de l'ancienne loi qui, malgré l'enseignement du Messie, juge encore sur les vieux critères, comme le montre son indignation devant le geste de la pécheresse. Mais c'est surtout le beau symbole de la lèpre qu'ont retenu les commentateurs, en identifiant la lèpre physique et la lèpre morale du péché. Le personnage de Simon devient exemplaire : il est défiguré par la maladie, et en même temps rongé intérieurement par son pharisaïsme (Maurice Accarie, Le théâtre sacré de la fin du Moyen Âge: étude sur le sens moral de la Passion de Jean Michel, 1979) (Le Cercle et la Croix des Prophètes : Les Prophètes et Rennes le Château : Le sceau-signature du Grand Parchemin).

On assisterait dans dans Les Bijoux de la Castafiore non à la damnation de Faust, mais à celle d'Ephraïm par l'intermédiaire, en particulier, de celle de Judas.

Les guématries des tribus d'Apocalypse 7 Juda 30, Ruben 259, Gad 7, Aser 501, Nephtali 570, Manassé 395, Siméon 466, Lévi 46, Issachar 830, Zabulon 95, Joseph 156, et Benjamin 152, puisque Dan 54 et Ephraïm 331 sont exclus, mises en somme donne 3507. 3507 * 41 = 144000 - 213. (E.W. Bullinger, Number in Scripture, 2015 - books.google.fr).

Both Abraham and Joseph, being Hebrews, were regarded as strangers or foreigners in Egypt. The Hebrew word for “stranger” or “foreigner”, zuwr, has a numerical value of 213 (see Strong 357, entry# 2114). Both Abraham and Joseph were representatives of Christ, the “light of the world”.

41 est la guématrie de gebul "frontière" (cf. Genèse 10,19) et de em "mère". En grec Ephraïm vaut 656 comme Messias (J. Marc. Merrill, Books Written In Stone:: Enoch The Seer, The Pyramids Of Giza, And The Last Days, Volume 2, 2012 - books.google.fr, Philippe Barret, Moïse, Jésus, Mahomet: Préceptes moraux de la Torah, du Nouveau Testament et du Coran, 2010 - books.google.fr).

Il est peut-être bon de rappeler enfin que le premier meurtrier de la Genèse, Caïn, a précisément été "maudit et et chassé", banni, mais marqué d'un signe "afin que le premier venu ne le frappât point", donc nullement stigmate infamant, mais marque destinée au contraire à le protéger : tout à la fois exclu et sacré, tel apparaît Caïn, symbole parfait de l'ambiguïté totale du numineux (Christian-Nils Robert, L'impératif sacrificiel: justice pénale, au-delà de l'innocence et de la culpabilité, 1986 - books.google.fr).

The demarcation of boundaries is one of the huge issues raised poignantly in the narrative of Joshua 22. It is not, of course, the only text in the Old Testament to do so. Once one begins to register directly this aspect of the question (who is ‘in’? who is ‘out’? why? and how do we know?), the texts can proliferate. The difficulty at this point is working out how to delimit them, and then relate the various texts to each other in meaningful ways. [...]

The roots of the ‘two houses united’ theme in Ezekiel 37 can be traced back into earlier prophetic texts: e.g., Hosea 2:2 (EVV 1:11); Micah 2:12-13; Jeremiah 32:36-41 (cf. 50:4-5). Moving ‘forward’ through these texts, the ‘future hope’ orientation of the theme stands out with increasing clarity, as does the ever-broadening scope for the inclusiveness of the new community: Zephaniah 3:9; Zechariah 2:10-17 (EVV 2:6-13; cf. 8:9-13, 20-23). [...]

The prophet Jeremiah looks forward to the day when ‘the house of Judah shall join the house of Israel, and together they shall come from the land of the north to the land that I gave your fathers for a heritage’ (Jer. 3:18). One of the most pointed statements of this aspiration is found in the work of Jeremiah’s younger contemporary, Ezekiel. Ezekiel 37 is well known for its vision of the valley of dry bones, but it is the record of Ezekiel’s symbolic action with the ‘two sticks’ which is of interest to us. It appears at one of the major ‘seams’ in the book of Ezekiel—preparing the way for the substantial concluding vision of chapters 40-48—and forges a strong link between unity and ‘oneness’. The ‘action’ which Ezekiel is required to perform is much simpler than those in the earlier part of the book. Two sticks are to be inscribed with the names of Judah and ‘Joseph’, identified further as ‘Ephraim’, and then to be clutched in one fist, ‘that they may become one in your hand’ (37:17b). In response to the (inevitable) question from his audience as to what he is doing, he is to announce the divine intent to rejoin the tribes of the north to Judah, and so to gather the northern exiles back to their land and ‘make them one nation in the land’, with one king over them. This oracular promise is further elaborated in terms of David as shepherd-king (v. 24) ruling them on their ancestral land (David J. Reimer, The Old Testament and the Unity of the People of God, Finlayson Memorial Lecture, 2011, pp. 12-13, 17-18).

La cantillation de Ezéchiel 37:22 passe par un darga tevir sur "un seul roi" ("Je ferai d'eux une seule nation dans le pays, dans les montagnes d'Israël; ils auront tous un même roi, ils ne formeront plus deux nations, et ne seront plus divisés en deux royaumes") (Joshua R. Jacobson, Chanting the Hebrew Bible (Student Edition), 2005 - books.google.fr, biblehub.com - Ezekiel 37,22).

La haftara est une portion des livres des Neviim ("Les Prophètes") qui est lue publiquement à la synagogue après la lecture de la Torah. Elle présente généralement un lien thématique avec la parasha qui l'a précédée. La haftara pour la parashat Vayigash (Genèse 44:18–47:27) est Ezéchiel 37:15–28. Elle raconte, comme la parasha, la réconciliation entre les enfants de Jacob, et toutes deux développent en particulier les relations entre Juda et Joseph, en tant qu'individus dans la parasha, en tant que représentants du royaume de Juda et du royaume d'Israël dans la haftara.

Le maqam (mode musical) utilisé lors du sabbath au cours duquel on lit la parashat Vayigash est le Maqam Bayat, le maqam de la diplomatie, ici la négociation de Juda. Certains chantent selon le maqam Mahour, le maqam de la colère, celle du même Juda (fr.wikipedia.org - Vayigash).

On retiendra que dans Ezéchiel 37, Ephraïm est assimilé à Joseph ce qui permettrait de supposer sa survivance à travers son père dans la liste des 12 tribus formant les 144000, et éloignerait sa damnation. Reste Dan.

Dans la brèche du mur d'enceinte du parc du château de Moulinsart (page 14), on pourrait reconnaître Peretz, fils de Juda ("gloire de l'Eternel" en hébreu) par Tamar sa bru, ancêtre du roi David. Et dans la rose "Crimson glory" que Tournesol offre à la Castafiore (page 24), Zerah son jumeau.

Quand Zerah, le frère de Pérets, sortit son bras du ventre de sa mère, la sage-femme de Tamar attacha un cordon brillant rouge à son poignet mais Zerah rentra son bras et ce fut Perets qui naquit le premier et la sage-femme dit, « Quelle brèche tu as faite ! » C'est comment cela que Perets reçut son nom, qui veut dire « brèche ». Zerah naquit ensuite, et son nom signifie « brillant rouge. » (fr.wikipedia.org - Perets).

The name Zerah means 'shining' and it was given him because of the bright colour of the crimson thread. Nachmanides (1194-1270) quotes a view that Zerah is a reference to the sun, while Perez alludes to the moon, in which there is sometimes a 'breach' (i.e. it is not always full). He hints further at an esoteric meaning to the name, connected with the dynasty of his descendant, David (Abraham Cohen, The Soncino Chumash: The Five Books of Moses, with Haphtaroth, 1947 - books.google.fr).

Un seul roi règne aussi en Belgique divisée en Wallons et Flamands.

Le clivage entre Flamands et Wallons donna lieu à un premier éclat dans les années qui suivirent la Deuxième Guerre mondiale. Le Nord et le Sud du pays se prononcèrent différemment sur le retour du Roi Léopold III engendrant de violentes émeutes en Wallonie. La Question Royale ne sera résolue que par l’abdication du Roi et l’accession au trône de son fils Baudouin 1er. Au cours des années 1950, le contentieux s’aggrava entre les 2 communautés avec l’affirmation de la prééminence flamande. Jusqu’en 1960, la frontière linguistique était flottante en fonction des résultats enregistrés lors des recensements décennaux. Le volet linguistique de cette étude ayant été supprimé sur insistance des militants flamands, la frontière fut tracée de manière définitive par la loi du 6 avril 1962 (Le contentieux communautaire devient un casse-tête - www.histoire-des-belges.be).

Les Bijoux de la Castafiore est le vingt-et-unième album de la série qui a été prépubliée dans Le Journal de Tintin du 4 juillet 1961 au 13 septembre 1962, puis publiée en album par les éditions Casterman en 1963 (fr.wikipedia.org - Les Bijoux de la Castafiore).

Du côté de chez Proust

Les 3 chevaux sur lequels parie Igor Wagner (pages 23 et 53) s'appellent Sarah, Oriane et Sémiramis, des pouliches ou juments, noms de femmes, dont les initiales forment "SOS". Le jeu serait-il une échappatoire, une bouée de sauvetage, pour Wagner, qui, en effet, s'évade littéralement et astucieusement de ses séances de gammes, supportant la personnalité écrasante de son employeur la Castafiore (image maternelle) ?

Les comportements addictifs sont mis en rapport avec un inachèvement du processus de séparation d'avec la mère (Gérard Pirlot, Psychanalyse des addictions, 2013 - books.google.fr).

SOS est l'interprétation en code Morse du signal de détresse et de demande d'assistance immédiate signé à la convention de Berlin le 3 novembre 1906 On lui attribua par la suite (par rétroacronymie) les significations Save Our Souls (« sauvez nos âmes »), Save Our Ship (" sauvez notre navire ") ou encore Send out Succour (" envoyez des secours ") (fr.wikipedia.org - SOS).

Parallèlement à William Cooke et Charles Wheatstone qui développent au Royaume-Uni en 1837 un premier modèle de télégraphe électrique, basé sur la déviation d‘une aiguille aimantée désignant les différentes lettres de l’alphabet, Samuel Morse, peintre américain, met au point un système de télégraphie électrique basé sur les rythmes du courant. Les messages retranscrits par interruption rythmée du courant s’inscrivent alors sur une bande de papier. Dès 1851, le Morse franchit les frontières : ce système est adopté en Allemagne, en Autriche, en Angleterre et en France sous le Second Empire (Télégraphe Morse - collectionhistorique.orange.com).

On a depuis 1883 la Poule d'Essai des pouliches à l'hippodrome de Longchamp qui se déroule en mai comme cette aventure de Tintin, inexistant chez Proust. En 1903, la gagnante fut Rose de Mai, pendant la guerre il n'y a pas eu de course, en 1919, Galéjade ("Qui ne connaît quelqu'une de ces plaisanteries, ces galéjades, comme on dit dans le Midi (...) où Israël se moque de lui-même avec une amère ironie", Jérôme et Jean Tharaud, Petite histoire des Juifs, 1928, p. 2). On a aussi la mention de l'hippodrome de Balbec dans Les jeunes filles en fleurs (1919 chez Gallimard), aux réunions duquel le narrateur avoue à Elstir n'avoir pas voulu aller (Marcel Proust, A l'ombre des jeunes filles en fleurs (1919), 1946 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Poule d'Essai des Pouliches, www.cnrtl.fr - Galéjade, Simon Epstein, Les Dreyfusards sous l'Occupation, 2001 - books.google.fr).

"Se ruiner au jeu" dit-on. En effet Balbec renverrait à Baalbek (l'Héliopolis greco-romain cf. Fulcanelli), dont les ruines imposantes rappellent encore celles de Karnak (Arts et Lettres : Section littérature : XXème siècle).

La Castafiore appelle de ce nom Haddock, dans la vignette qui précède l'appel de Wagner dans la cabine téléphonique de la page 23.

Dans chaque jardin le clair de lune, comme Hubert Robert, semait ses degrés rompus de marbre blanc, ses jets d'eau, ses grilles entr'ouvertes. Sa lumière avait détruit le bureau du télégraphe. Il n'en subsistait plus qu'une colonne à demi brisée, mais qui gardait la beauté d'une ruine immortelle (Du côté de chez Swan).

Un lien s'établit "entre clair de lune, ruine prochaine et expérience esthétique, que cette dernière ait lieu lors d'une promenade au milieu des villas de Combray ou parmi les monuments de Paris (Temps retrouvé). [...] Après la mention d'Hubert Robert, du clair de lune et des jardins, le portrait de la ruine anticipée serait presque complet, si ce n'était pour son caractère temporel et esthétique principalement illustré par l'image d'une « ruine immortelle » dans un paysage « détruit » où il ne « subsistait plus qu'une colonne à demi brisée ». Cette colonne unique, dernier vestige d'un temps qui n'est plus, nous rappelle qu'« il n'y a que le temps qui dure », ce temps immortel dont la ruine est le seul témoin. Ainsi apparaît le vieux thème du mémento mori, « rappelle-toi que tu es mortel » (Marie-Magdeleine Chirol, L'imaginaire de la ruine dans A la recherche du temps perdu de Marcel Proust, 2001 - books.google.fr).

Les Bergers d'Arcadie de Poussin sont aussi un "memento mori", et Moulinsart est un locus amoenus, un paradis, une Arcadie (Le Serpent rouge : Le voyage de l’âme : L’Arcadie d’Hergé).

Hubert Robert (Paris, 1733 - id. 1808) est un peintre ruiniste, un des principaux artistes français du XVIIIe siècle (fr.wikipedia.org - Hubert Robert).

La marche brisée du grand escalier de Moulinsart est aussi prémonitoire de la ruine finale, ou de la ruine possible de la Belgique par la division.

On ne présente pas Sarah, femme d'Abraham, prénom sémitique ou juif (comme Sarah Bernhardt, contemporaine de Proust).

Elle apparaît dans la première mention d'une oeuvre picturale dans Du côté de chez Swan, on retrouve des considérations abordées pour le tableau Le repas chez Simon de Champaigne sur le statut de l'image. On peut en dire autant de la madeleine de Proust.

Dans le dénouement du drame du baiser du soir, "le père, grand comme un seigneur de Combourg, [...] concède la jouissance provisoire de la mère. Celle-ci n'a qu'à s'exécuter. Ce grand jeu de pater familias régentant les sexes et les plaisirs suscite la première référence picturale du texte. Le père pose, « avec le geste d'Abraham dans la gravure d'après Benozzo Gozzoli que m'avait donnée M. Swann, disant à Sarah qu'elle a à se départir du côté d'Isaac ». Double « illustration » du geste paternel, double caution : la Bible, l'art florentin. Contre l'effacement irrémédiable du vécu, le Livre et l'Art organisent l'Eternité, étayent la présence mélancolique de ce qui est perdu. En fait, tout cela qui serait possible, est hypothéqué par une superposition d'incertitudes, un vacillement saisit les assises de la Culture. La cacophonie vocalique (à Sarah qu'elle a à...) renvoie le lecteur à une interrogation sur le sens possible du texte, sur l'énigme du « se départir du côté d'Isaac... » que la fiction élucide : Abraham doit, à l'instar du père, dire à la mère Sarah qu'elle s'en aille avec Isaac le fils. Le souvenir vague du texte biblique n'y trouve aucun inconvénient. Le texte lui-même en revanche, s'il opère un inopportun retour, fait apparaître le caractère « pastiche » et postiche de l'énoncé proustien. Si quelqu'un s'en va sur l'ordre d'Abraham, ce n'est pas Sarah, c'est Agar, et ce renvoi n'est pas acte de clémence mais violence de mort frappant avec la mère l'enfant « illégitime » Ismaël. Corrélativement la référence picturale se perd. [...] Falsifier l'histoire du Patriarche et de Sarah rejoint évidemment les profanations diverses et insistantes de la culture juive, culture de la Mère, dans l'oeuvre de Proust. Au-delà de cet investissement intime du scripteur, c'est la fonction tutélaire de tout modèle culturel — livre, tableau — qui se trouve déstabilisée. Alors que chez un Balzac, l'ovale des Madones de Raphaël semble convoqué pour attribuer un « label » de qualité à l'invention romanesque, la référence culte chez Proust organise un vacillement d'ensemble du système culturel en tant qu'il ne se fonde en valeur que par la reconnaissance de références sûres. Il s'agit dans le système du texte proustien de prendre à revers l'opération de l'investissement iconique pratiqué par Swann [qui] peut d'un Nicolas Maes faire un Vermeer, il est agent du change des noms, ce faisant il consolide et érige l'idole autre profanation de la culture juive d'ailleurs... Le souvenir culte doit être berné. Toute image semble destinée à subir une perversion subtile qui déjoue l'idolâtrie fétichisante de la référence iconique. [...] L'image introduit à l'illusion et l'on saisit à quel point la peinture peut-être pour Proust le modèle même de l'illusion jusque dans le faux changement qu'introduit l'espace séparatif. L'imagerie référentielle n'est donc pas par hasard violée par l'écriture proustienne. L'image est l'instrument d'un culte idolâtre, Swann l'atteste en vénérant l'image de l'image dont Odette serait l'image. Substitut trompeur et décevant, la reproduction d'art est aussi bien un appel à la vénération qu'à la profanation (Jean-Pierre Guillerm, Le goût de la peinture. Les références à la peinture dans À la recherche du temps perdu, Des mots et des couleurs, Volume 2, 1986 - books.google.fr).

L'erreur volontaire ou non de Proust se reflète dans la citation du passage par Auerbach dans Mimesis qui met Agar à la place de Sarah mais laisse Isaac (autre jeu ?) (Annie Julia Wyman, A glimpse of unplumbeb depths, Read Harder, 2014 - books.google.fr).

Erich Auerbach est un critique littéraire et philologue allemand, né le 9 novembre 1892 à Berlin et mort le 13 octobre 1957 à Wallingford (Connecticut), aux États-Unis. Il fait partie de la tradition romanistique allemande, dont il est devenu, avec Leo Spitzer et Ernst Robert Curtius, l'un des représentants les plus connus. Son oeuvre la plus célèbre est Mimésis : représentation de la réalité dans la littérature occidentale. L'ouvrage, paru en 1946, à Berne, est un succès international. En 1950, polémique violente avec Ernst Robert Curtius après son compte rendu critique de Mimésis et la parution de La Littérature européenne et le Moyen Age latin (fr.wikipedia.org - Erich Auerbach).

On est frappé par la passivité de la mère, sa docilité. Partagée entre sa volonté d'aguerrir son fils – rôle qui devrait revenir au père – et sa soumission à celle de son mari, elle obéit. Proust compare son père à « Abraham disant à Sarah qu'elle a à se départir du côté d'Isaac ». Il fait là une confusion pleine de sens et peut-être volontaire entre Sarah, l'épouse en titre, et Agar, la servante dont le patriarche a eu un fils, Ismaël. Ce glissement lui permet dedire l'essentiel : son père renvoie sa femme « du côté de » son fils comme Abraham a renvoyé dans le désert Agar avec Ismaël. En lui ouvrantla chambre de Marcel, il lui ferme la sienne : « Allons, bonsoir, je vais me coucher » (Evelyne Bloch-Dano, Madame Proust, 2004 - books.google.fr).

En hébreu "mère" et "frontière" (em et gebul) ont même valeur 41.

Sémiramis est réputé mère ou belle-mère incestueuse de Trebeta ou Treiber, fondateur du peuple des Triboques qui occupaient une partie de l'Alsace (Reiner, Chronique de Bernard Hertzog, Revue d'Alsace, Volumes 1 à 2, 1834 - books.google.fr, Jules Verne, Géographie Illustrée de la France et de ses colonies, 2015 - books.google.fr, (Encyclopédie: ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, Tome XVI, 1765 - books.google.fr).

Sémiramis est aussi un opéra de Rossini, comme la Gazza Ladra, mentionné pour son duo « Serbami ognor si fido » dans un article de Proust dans le Figaro du 7 mai 1905 :

Ceux qui ne l'ont [Madame de Guerne] pas entendue chanter avec la merveilleuse Mme Kinen, le grand duo de Sémiramis, ignorent qu'elle sait vocaliser comme la Patti. Il serait injuste de ne pas associer au nom de Mme de Guerne celui du comte Henri de Ségur, son frère...

Oriane est un personnage d'opéra baroque, Amadis, de Lully datant de 1684. Mais on connaît aussi Oriane de Guermantes.

Un certain nombre d'autres personnages aristocratiques fréquentent le salon de Mme de Villeparisis. Ce sont des personnages purement épisodiques: ils ne nous retiendront pas longtemps. Introduits dans la première version, ils ont été à peine retouchés. Au comte d'Argencourt — Belge qui se donne, sans y réussir, des airs parisiens — l'auteur a seulement prêté en plus une admiration enthousiaste de la duchesse de Guermantes. [...] Le prince de Faffenheim a fourni l'occasion de deux petites additions, seulement amusantes. D'après Mme de Marsantes, quoique étranger, le prince est très bien pensant: c'est l'antisémitisme en personne (G, i, 230). Et quand le narrateur entend le prince, petit, rouge et ventru, dire: « Ponchour, matame la marquise », il sent s'évanouir à tout jamais « le frôlement des elfes et la danse des Kobolds » qu'il avait associés dans son esprit à ce nom romantique et il ne lui reste plus qu'un accent qui faisait songer à un concierge alsacien. (Albert Feuillerat, Comment Marcel Proust à composé son roman, 1934 - books.google.fr).

L'accent alsacien de Faffenheim, premier ministre allemand désirant être membre de l'Institut, renverrait à Pfaffenheim commune du Haut-Rhin dans l'arrondissement de Thann. Il rencontre donc Oriane de Guermantes chez madame de Villeparisis (Du côté de Guermantes, A la recherche du temps perdu VII).

Oriane de Guermantes, née Guermantes a épousé son cousin Basin, le prince des Laumes, qui deviendra duc de Guermantes à la mort de son père. Elle devient donc princesse des Laumes par son mariage, puis duchesse de Guermantes à la mort de son beau-père. Elle est la cousine du prince et de la princesse de Guermantes (proust-personnages.fr).

Oriane a été incapable de pardonner la double «gaffe» de l'ami d'autrefois [Forcheville] soutenir Dreyfus et épouser Odette (Raymonde Coudert, Proust au féminin, 1998 - books.google.fr).

Odette, encore épouse de Swan, passe chez madame de Villeparisis le même jour que Faffenheim. Oriane, madame de Guermantes, l'aperçoit et l'évite en se retirant :

Et elle se leva sans me dire adieu. Elle venait d'apercevoir Mme Swann, qui parut assez gênée de me rencontrer. Elle se rappelait sans doute qu'avant personne elle m'avait dit être convaincue de l'innocence de Dreyfus. — Je ne veux pas que ma mère me présente à Mme Swann, me dit Saint-Loup. C'est une ancienne grue. Son mari est juif et elle nous le fait au nationalisme. Tiens, voici mon oncle Palamède... (Marcel Proust, Du côté de Guermantes, A la recherche du temps perdu, 1920-1921 - books.google.fr).

Jeanne Clémence Weil, mère de Marcel Proust, est issue d’une famille juive venue d’Alsace et d’Allemagne. Son grand-père paternel Baruch Weil (1782-1828) est né à Niedernai actuellement dans le Bas-Rhin (fr.wikipedia.org - Jeanne Weil Proust).

L'affaire Dreyfus

De la même manière que Dreyfus fut faussement accusé de trahison (d'espionnage cf. la pie), l'album des Bijoux met en scène des Tsiganes sur lesquels les soupçons convergent au sujet du vol de l'émeraude de la Castafiore.

Alfred Dreyfus, né à Mulhouse [à 20 km de Thann] le 9 octobre 1859, et mort à Paris le 12 juillet 1935, est un officier français d'origine alsacienne Alfred Dreyfus est le benjamin des neuf enfants de Raphaël Dreyfus, industriel dans le tissage du coton, et de Jeannette Libmann-Weill. Après l'annexion de l'Alsace-Lorraine par l'Allemagne, en 1872, les Dreyfus optent pour la nationalité française et quittent l'Alsace pour Paris. Alfred décide alors de s'engager dans l'armée française, souhaitant voir l'Alsace revenir à la France (fr.wikipedia.org - Alfred Dreyfus, www.dreyfus.culture.fr).

De multiples coïncidences entre l'Affaire Dreyfus et les romans populaires antérieurs ou postérieurs ont été remarquées : — Les Habits Noirs, de Féval (1863), où il y a une histoire de bordereau, où un innocent est envoyé au bagne, et revient se venger sous le déguisement de Trois-Pattes, nom équivalent à Dreyfus (trois pieds). — diverses oeuvres de Jules Verne, notoirement antisémite avant l'Affaire, laquelle n'a rien arrangé dans un premier temps, car Verne n'imaginait pas l'Armée et l'Etat capables de telles fourberies. Il s'est ensuite rendu à la raison devant l'évidence de la culpabilité d'Esterhazy, et ce revirement peut transparaître dans divers romans, dont Les frères Kip (1902), envoyés au bagne pour un crime dont ils étaient innocents, le maître mot du livre étant la "revision" de leur procès. Le début du roman se passe à la taverne des Trois Pies (trois pieds ?), et la première condamnation à mort des frères, exécutoire vers le 9 mars 1886 si leur pourvoi était rejeté (blogruz.blogspot.fr).

Dreyfus est un "drei füssen" trois pieds. On peut lire dans une lettre anonyme de 1898 adressée à la Préfecture de Nancy : "Dreyfus signifiant trois pieds ou triple pied, il deviendra plus fort que la Triple Alliance, ce qui rendra l'Allemagne maîtresse de la France et de tous ses secrets militaires" tandis que la Croix de l'Est applaudit à l'exécution de l'ouverture des Maîtres Chanteurs de Wagner, musique à entendre souvent pour être bien comprise (Pierre Birnbaum, Le moment antisémite: Un tour de la France en 1898, 1998 - books.google.fr).

La Pénitence (1646-1647) de Poussin retraçant le repas chez Simon affiche au premier plan un tripode supportant un bassin. L’œuvre appartient à la seconde série des Sacrements réalisée de 1644 à 1648 pour Paul Fréart de Chantelou, l’ami et mécène de l’artiste, aujourd’hui conservée à la National Gallery of Scotland à Edimbourg (museefabre.montpellier3m.fr).

On ne compte plus les chutes et blessures au pied du capitaine Haddock, "depuis le moment où, débarquant sur l'île au Trésor il heurte du pied un vestige, jusqu'à la fameuse marche cassée des Bijoux de la Castafiore, en passant par la cantine qu'il prend sur le pied dans Coke en en Stock, les chaussures qu'il n'arrive pas à lacer à temps en route vers la lune, le vase qu'il brise si symptômatiquement en tentant de se chausser, parce que sa jambe se raidit... (TAT,48,2,2). Le pied et le nez chez lui subissent sans cesse des atteintes castigatoires. Dès la marche d'approche, il se plaint « Mes pauvres pieds ! » (TAT,16,4,2), exactement comme Milou au début (TAT,1,1,2). Et quand il se met à faire des « pied de nez » (TAT,52,1,2) parce qu'il se prend pour une grande personne, cela tourne à son ridicule (TAT,53,4,2 et 3)" (Philippe Ratte, Tintin ou l'accés à soi, 2015 - books.google.fr).

Avec Dreyfus, il est question de Thann avec un de ses fervents défenseurs Auguste Scheurer-Kestner (1833-1899), alsacien de tradition protestante, religion qu'il abandonnera s'en remettant au scepticisme positiviste d'Emile Littré.

Sa vie durant, le sénateur, élu président de la Société de chimie de Paris en 1894, fut un amoureux des sciences et de la technologie. Ses premiers souvenirs étaient marqués par les prodiges apportés par l'invention des allumettes, de l'éclairage au gaz, ou par l'arrivée du chemin de fer à Thann, sa ville natale, située dans les environs de Mulhouse. Après avoir épousé la fille de Charles Kestner, fabricant de produits chimiques à Thann, et pris la direction de la fabrique, Scheurer se fit appeler Scheurer-Kestner. [...]

L'œuvre scientifique de Scheurer-Kestner est considérable pour un homme qui mène en même temps une carrière de grand industriel et d'homme politique. Son activité de chimiste, très intense jusqu'en 1870, est tôt reconnue : membre de la société industrielle de Mulhouse dès 1854, il est secrétaire du comité de chimie de 1869 à 1872. Notons que son frère Albert Scheurer (1848—1924) occupera cette même fonction de 1877 à 1924, soit quarante-sept ans ! Mais même après 1870, alors qu'il est souvent éloigné de son laboratoire de Thann, il continue à publier abondamment et ne s'éloigne jamais de la science. [...] Différents travaux portent sur la fabrication du silicate de soude, du chlorure de calcium, des sels de fer et d'étain, sur le vert de Guignet, mais aussi sur le violet d'aniline. Il a publié des méthodes pour de nombreux dosages industriels. Mais son œuvre la plus constante, qui se poursuit de 1868 à 1896, concerne la détermination expérimentale par calorimétrie du pouvoir calorifique des combustibles, les houilles en premier lieu, mais aussi toutes sortes de combustibles lignites, schistes, pétroles, gaz. [...] Il perfectionne la méthode d'analyse de la matière organique contenue dans les ossements fossiles, en distinguant osséine soluble et insoluble (Laurence Lestel, Itinéraires de chimistes 150 ans de chimie en France, 2007 - books.google.fr).

Le 25 novembre 1897, Zola qui, en 1896, s'était déjà attiré des insultes par un article Pour les juifs, publié dans Le Figaro (16 mai), signe dans le même journal un article intitulé M. Scheurer-Kestner, qui est une courageuse et magnifique apologie du vice-président du Sénat. Il a joué un rôle primordial dans l'affaire Dreyfus. Son action parlementaire sera un échec, mais pour les nombreux savants qui signent les pétitions des 14 et 15 janvier 1898, première manifestation publique des « intellectuels », Scheurer-Kestner, l'un des leurs, a démontré l'innocence de Dreyfus, justifiant ainsi leur engagement (Pierre Pierrard, Les Chrétiens et l'affaire Dreyfus, 1998 - books.google.fr, Laurence Lestel, Itinéraires de chimistes 150 ans de chimie en France, 2007 - books.google.fr).

Barrès, auteur de La Colline inspirée, parle du Pacte de Thann, promesses solennelles de respect des particularismes alsaciens émises par le maréchal Joffre à Thann le 24 novembre 1914, réaffirmées par le Président de la République Raymond Poincaré à St-Amarin le 11 février 1915. Elles ne seront pas tenues (Bernard Wittmann, Jean Keppi, Organisateur de l’autonomisme alsacien, démocrate, chrétien et antinazi, 2016 - www.josephrosse.com, Maurice Barrès, L'Ame française et la guerre: Tome III - La Croix de guerre (1915-1920), 2015 - books.google.fr).

L'antisémitisme français qui sévit depuis la fin des années 1880 et trouve son apogée dans l'affaire Dreyfus a relégué en seconde place la question de l'Alsace. L'esprit revanchard de Paul Déroulède s'efface au profit de la pensée nationaliste de Maurice Barrès. Si les Juifs français sont des patriotes et des républicains convaincus, rares sont ceux qui versent dans un nationalisme exacerbé, teinté d'antisémitisme. Après la réhabilitation d'Alfred Dreyfus, ils s'efforcent de témoigner davantage leur amour de la patrie à leurs concitoyens même si aux yeux des antisémites, ils demeurent des étrangers et des espions au service de l'Allemagne. Toutefois, l'Union sacrée prônée dès les premiers jours de la guerre réconcilie les familles spirituelles devant la menace du danger. L'Affaire semble oubliée. Le dreyfusard Joseph Reinach (1856 - 1921), demande alors à Maurice Barrès d'être réintégré dans la Ligue des Patriotes, s'excusant presque d'avoir été démissionnaire à une époque d'ardentes luttes politiques. Ardent patriote, il consacre alors plusieurs études à l'Alsace, estimant désormais que le conflit engagé est justifié car l'heure est venue pour la France de recouvrer la province enlevée en 1871 (Philippe-E. Landau, Juifs d'Alsace et de France pendant la Première Guerre mondiale, 2005 - judaisme.sdv.fr).

Joseph reinach est le fils d'un banquier d'origine allemande, frère aîné de l'archéologue Salomon Reinach et de l'historien Théodore Reinach (franc-maçon loge Alsace-Lorraine, Orient de Paris). Dès 1894, il prend la défense de Dreyfus, sollicitant le président de la République Jean Casimir-Perier pour que le jugement ne se déroule pas à huis clos et dénonçant dans le journal Le Siècle les faux ajoutés au dossier par le colonel Henry, ce qui lui vaudra d'être poursuivi pour diffamation par la veuve de ce dernier en 1898. En 1897, il s'associe à Auguste Scheurer-Kestner pour obtenir la révision du procès. Ses prises de positions contribuent au ralliement de personnalités comme Anatole Leroy-Beaulieu et Gabriel Monod. Il participe à la création de la Ligue des droits de l'homme et du citoyen dont la première assemblée générale se tient quelques jours plus tard. Il commence aussi à rédiger sa monumentale Histoire de l'affaire Dreyfus, qui paraît en en 1901 et qui comptera sept volumes après la réhabilitation de Dreyfus dix ans plus tard (fr.wikipedia.org - Joseph Reinach).

L'Île au trésor ou l'Île du diable

On peut voir Tintin en train de lire «L'île au trésor» à Moulinsart pendant que monsieur Wagner fait ses gammes («ah ces gammes !») (page 43) (moserm.free.fr).

Fanny est le prénom de l'épouse américaine de Robert Louis Stevenson, Fanny Van de Grift (1840-1914), et de la dernière épouse d'Hergé. Fanny Vlamynck devient coloriste aux Studios Hergé, en 1956. Leur liaison débute en cette même année. En 1977, Hergé divorce de son épouse Germaine Kieckens (1906-1995) et se marie finalement avec Fanny (fr.wikipedia.org - Fanny Rodwell, fr.wikipedia.org - Fanny Van de Grift).

Paschal Grousset traduit L'Île au trésor de Robert Louis Stevenson, Paris, Hetzel, 1885.

Dans la très remuante loge Diderot, Pascal Grousset, député radical de la Seine, conteste les formes du procès dès le 9 janvier 1895. Il publie L'affaire Dreyfus et ses ressorts secrets : précis, éd Godet et Cie, Paris, 1898 dont Jaurès salue les hypothèses intéressantes (www.vrijmetselaarsgilde.eu, fr.wikipedia.org - Paschal Grousset, Voyage dans le temps : La séparation : Les événements).

Alfred Dreyfus, accusé de haute trahison, fut incarcéré à Saint Martin sur l'Île de Ré [note de musique] du 18 janvier au 21 février 1895, avec des mesures de sécurité renforcées pour prévenir évasion, suicide et même communication avec l'intérieur ou l'extérieur de la citadelle. Le 22 février 1895 on embarque Alfred Dreyfus sur le Ville-de-Saint-Nazaire, qui accoste à l'île Royale le 12 mars. Gardé en secret total sur l'île Royale, il pose pied sur l'île du Diable cinq jours plus tard. Ces deux îles consituent les Îles du Salut sur la côte de la Guyane avec l'île Saint Joseph (iledere.pagesperso-orange.fr).

Les ciseaux dorés

Les ciseaux dorés sont l'objet de contes en Catalogne et en Scandinavie, rapportant le vol de ciseaux (tranchant) et d'une pelote rouge par la servante de la Vierge Marie qui la change en hirondelle. En Wallonie, on associait jadis Les hirondelles et la Vierge Marie, en affirmant que les hirondelles quittaient notre région le 8 septembre, jour de la Nativité de la Vierge, pour n'y revenir que le 25 mars, jour de l'Annonciation (Autour de Rennes le Château : Dalle verticale de Marie de Nègre : sur la carte de l’Aude).

Dans plusieurs textes danois, le conte n'est pas raconté à propos de l'hirondelle, mais à propos d'un autre oiseau, le vanneau. On trouve l'un de ces textes dans le Danmarks folkesagn de Just Matthia Thiele de 1843. Une servante vole une paire de ciseaux dorés à son maître et à sa maîtresse, et quand ils l'accusent du vol, elle dit : « Que je sois transformée en oiseau si j'ai volé ces ciseaux ! » Elle est transformée en vanneau avec une queue en forme de ciseaux et un cri qui ressemble à « Voleuse ! Voleuse ! » (Thiele 1968 : 243 sq.) (Galina Kabakova, Contes et légendes étiologiques dans l'espace européen: Essai littéraire, 2015 - books.google.fr).

L'élagueur des Bijoux s'appelle Vanneau (page 58) et la pie traite Tintin de voleur quand il récupère l'émeraude dans son nid (page 60).