Partie XIII - La Croix d’Huriel   Tintin, Hergé et la Croix d’Huriel   Le problématique Tintin au Tibet   
NONAGONES CROIX HURIEL TINTIN TIBET

Tintin au Tibet est le vingtième album de la série de bande dessinée Les Aventures de Tintin, créée par le dessinateur belge Hergé. L'histoire est d'abord pré-publiée du 17 septembre 1958 au 25 novembre 1959 dans les pages du journal Tintin, avant d'être éditée en album de soixante-deux planches aux éditions Casterman (fr.wikipedia.org - Tintin au Tibet).

Problème d'échec

Le configuration du jeu page 2 relève peut-être plus du problème (R150 Göran Wicklund, Problemesis 2004 - christian.poisson.free.fr, Aaron Alexandre, Collection des plus beaux problèmes d'échecs au nombre de plus de deux mille: recueillis dans les auteurs anciens et modernes, Tome 2, 1846 - books.google.fr).

que d'une partie jouée en tournoi (www.chessgames.com).

Le sortie du roi, alors que la partie ne semble pas à sa fin, mais au milieu, vu le nombre de pièces sur le plateau, et sur les lignes de départ, relève d'un problème.

Pour les blancs : Rd4 ou Re4, Dh6 ou Dg6, Ph5 ou Pg5, Fh7 ou g7.

Pour les noirs : Ch3 ou Cg3, Pg4 ou Pf4, D sur la ligne 5, C derrière la D blanche en g6 ou f6.

Le problème tibétain

Les pays limitrophes de la Chine ont été peu étudiés. On doit cependant citer pour le Tibet l'ouvrage du Père Desgodins, La mission du Tibet de 1898 à 1870 (Paris, 1872), et celui de L. Fze Tcheng, Le problème tibétain (Paris, 1941), surtout consacré aux questions du XXe siècle, ou encore les ouvrages de Whu Kuo Lee, Tibet in modern World's politics (1774-1922) (New York, 1931), et de P. Hsieh. Tibet's diplomatie history (Shanghai, 1928), qui apportent au passage des informations utiles sur la structure politique et sociale du pays ainsi que sur la complexité des Intrigues locales autour de la succession des Bouddhas vivants (Pierre Renouvin, L'Epoque contemporaine, Tome 2, 1960 - books.google.fr).

Le problème tibétain n'est pas purement politique et social : «Ce serait simplifier excessivement la situation, écrit William Newell dans le Manchester Guardian du 2 avril, que d'estimer les présentes difficultés du gouvernement chinois au Tibet comme celles de la mise au pas d'un pays arriéré. Il s'agit essentiellement d'un problème religieux. L'exportateur traditionnel d'idées religieuses au Tibet est l'Inde, tandis que c'est de Chine que venait l'autorité politique. Mais le gouvernement communiste semble n'avoir même pas réussi à gagner l'allégeance du minimum de Tibétains nécessaires à l'établissement d'une république semi-autonome, comme il l'a fait en d'autres parties de la Chine avec des minorités. Il n'est pas fait mention du Tibet dans le dernier plan de cinq ans, sinon pour dire qu'on n'y fera rien pendant ces cinq années. La vérité semble être que, malgré de puissants liens économiques entre le Tibet et la Chine, les caractères  tibétain et chinois sont très opposés. Robert K. Ekvall, fils d'un missionnaire au Tibet, qui parle parfaitement le chinois et le tibétain depuis son enfance, et qui est intervenu plusieurs fois comme conciliateur dans des disputes entre les deux races, donne de nombreux exemples de cette différence d'attitude dans son livre "Tibetan Skylines" (1955) et dans ses ouvrages précédents. Tandis que les Chinois méprisent les Tibétains pour leur barbarie et leur inorganisation, les Tibétains de leur côté ressentent l'intolérance des Chinois et leur orgueil de civilisés. Le chauvinisme Han, comme Mao Tse-tung l'appelle, ne meurt pas par le seul fait que les Chinois deviennent communistes».

Le même jour, un éditorial du Manchester Guardian constatait : «La déclaration de M. Nehru au Parlement semble indiquer qu'il en a fini de son attitude équivoque ; elle contribuera largement à racheter l'honneur du gouvernement indien. Il a réagi vivement aux insinuations chinoises de ces derniers jours en niant que Kalimpong soit le centre de commandement des insurgés tibétains et en insistant sur le fait que le Parlement ne laissera pas limiter, par quelque autorité intérieure ou extérieure que ce soit, son droit de discussion. Il y avait un accent de fierté dans le contraste qu'il établit entre les «traditions» de la Chine et de l'Inde. Il ne dénonça pas la tyrannie chinoise au Tibet. Cela n'aurait servi à rien et n'aurait pu que faire du tort aux possibilités pour M. Nehru de jouer un rôle modérateur. Encore moins encouragea-t-il les Tibétains à continuer un combat qui doit leur coûter très cher ; les gens du dehors n'en ont le droit que s'ils ont l'intention eux-mêmes d'intervenir et de supporter une partie des frais. Mais il déclara carrément que "nos sympathies sont avec les Tibétains" parla "des profonds sentiments d'affinité, de l'Inde envers  le Tibet" ; et, en se demandant si les lettres censées envoyées par le Dalaï-Lama au commissaire chinois avaient réellement été écrites, il laissa entendre que les Chinois avaient menti. Ce qui est rendre aux Chinois la monnaie de leur pièce» (Synthèses, Numéros 156 à 162, 1959 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Tibet).

Le rêve du grimpeur de falaise et la problématique des rêves

Dans chaque cas, le rêve s'occupe d'un problème non résolu et de quelque manière qu'on l'interprète, il y a tentative de solution. Les rêves traitant de problèmes moraux subjectifs sont aussi répétitifs que les rêves objectifs, mais c'est le problème, non l'événement, qui se répète. Soit sous la même forme, soit dans des formes différentes, comme lorsque dans une discussion nous argumentons de manière ou d'autre : «Considérez la chose de cette façon... considérez-la sous un autre angle.» Mais tous les rêves n'aboutissent pas toujours à une solution satisfaisante du problème qui nous tracasse. Il faut rappeler ici que les rêves ne représentent que l'effort du subconscient pour trouver une solution. Le rêve remplit parfois son but, mais beaucoup d'autres tournent court. Certains rêves posent seulement le problème ; d'autres offrent une solution peu satisfaisante, enfin quelques-uns donnent la solution exacte. […]

Nous distinguons donc plusieurs types de rêves, selon le succès de leurs efforts et le degré de leur réussite finale.

a) Certains rêves, échouant dans leur recherche d'une voie de salut, «résolvent» le problème par un expédient : ils «l'imaginent» résolu par la satisfaction du désir. Les rêves des enfants, comme le dit très justement Freud, appartiennent souvent à cette catégorie puisqu'ils sont le plus couramment «satisfaction d'un désir». Mais qu'ils ne représentent, comme il le prétend, aucun problème à résoudre, me paraît loin d'être exact. Comme exemple il prend le rêve de son fils, rêvant qu'il grimpait sur le Simony Hut. Il y avait un problème, quoi qu'il en dise. Le garçon, fatigué, n'avait pu durant le jour atteindre le sommet. Il en avait été déçu. Et, dans son rêve, il avait recommencé l'expérience, pour savoir comment il aurait pu réussir. Ainsi les privations auxquelles doivent s'astreindre les explorateurs de l'Arctique les font rêver de repas plantureux. La satisfaction des désirs est une très pauvre manière de résoudre nos problèmes. Mais c'est une manière, lorsqu'il y a frustration de nos impulsions et de nos désirs, soit par le fait d'événements extérieurs, soit à cause d'un interdit interne. Ainsi la fille de Freud rêva que son petit ami Emile faisait partie de la famille et que sa mère venait, dans la chambre, distribuer sous les lits des poignées de barres de chocolat. Là aussi, il y avait problème, car d'une part, Emile ne faisait pas partie de la famille, et de l'autre la mère de l'enfant lui avait, la veille, refusé du chocolat. Ici les désirs sont satisfaits en partie, mais le problème ne reçoit qu'une solution mal adaptée.

b) D'autres rêves revivent simplement les expériences originales qui provoquèrent le trouble. Ils ne vont pas plus loin que la présentation du problème. Ils sont ainsi reproductifs sans essai de solution du problème. Tels sont les rêves répétitifs et les cauchemars de l'enfance. Ces rêves montrent inlassablement une expérience antérieure à laquelle nous ne nous sommes pas adaptés comme il l'eût fallu, pour ne pas être troublés. C'est une jeune femme qui souffre continuellement du même cauchemar : bruit persistant, devenant de plus en plus fort, jusqu'à ce que se produise un événement qui la réveille. L'association personnelle lui permit de se rappeler que, ayant été très malade dans son enfance, sa fièvre avait monté à 41°. C'était le bruit de la circulation de son sang, jusqu'à la crise, qui se rappelait ainsi à elle, à travers les années. Une autre jeune femme fit un cauchemar durant lequel elle fut prise, en rêve, de convulsions. Elle tomba de son lit. On diagnostiqua une épilepsie, pour laquelle on la traita durant plusieurs années. En fait, le cauchemar venait d'un électrochoc qu'elle avait dû subir : les électrodes, ayant glissé, avaient provoqué une convulsion et l'avaient presque tuée. Le souvenir de cette expérience, en analyse, la guérit à la fois de ses cauchemars. La fonction de ceux-ci avait été de rappeler la cause de sa névrose qui fut dès lors finie. De telles expériences sont trop terribles pour l'individu, sur le moment, c'est pourquoi il les refoule dans son subconscient. Les retrouver dans leur entièreté permet de guérir le patient. Pourquoi nous éveillons-nous à la suite de certains rêves ? De même que nous nous endormons pour oublier les soucis et fatigues du jour, de même nous nous éveillons à la fin de certains rêves pour échapper aux problèmes insolubles de la nuit. C'est la raison pour laquelle ces rêves-là sont de la plus grande importance pour découvrir la qualité du problème qui nous préoccupe et la cause initiale du trouble dont nous souffrons. C'est la raison pour laquelle je les étudie particulièrement dans mes traitements psychanalytiques.

c) D'autres rêves encore reproduisent événements et problèmes (comme dans le paragraphe b), mais en indiquant les conséquences possibles de nos actions. Le rêve du garçon au couteau est typique en l'occurrence. Aussi celui de la fille, folle de rage parce que sa mère l'avait battue. Elle rêva qu'un monstre se précipitait sur elle. Le monstre ce n'était pas seulement sa mère voulant lui faire du mal mais sa propre colère personnalisée qui venait pour la détruire. Ces rêves ne suggèrent pas encore de solution mais ils font ressortir les conséquences désastreuses de notre conduite. Ils nous mettent en garde contre nous-mêmes. Le malheur c'est que de telles mises en garde ont parfois un effet désastreux sur notre psyché. La peur suscitée par de tels rêves est parfois si grande qu'elle provoque des refoulements d'où naissent des névroses. Biologiquement, ils sont utiles pour réprimer nos émotions, maîtriser nos actions. Psychologiquement, ils donnent parfois des résultats catastrophiques.

d) Certains rêves semblent nous présenter un portrait de nous-mêmes, une peinture de notre âme véritable. Ils sont photographiques, miroirs véritables de ce que nous sommes vraiment. En cela, ils peuvent nous aider à la solution de problèmes psychiques. Jung fait le point, lorsque, opposant ses vues à celles de Freud, il dit : «le rêve est d'abord, pour moi, une peinture sublimée des conditions psychologiques de l'individu dans sa vie éveillée». Par exemple, ce rêve de l'homme marié dont la femme et la mère ne s'entendaient pas. Les altercations étaient fréquentes. Il prenait toujours le parti de sa femme contre sa mère. Mais une nuit il rêve qu'il est dans une voiture avec sa femme et sa mère et qu'un accident se produit. Sa femme est grièvement blessée. Cependant, il s'occupe de sa mère, l'éloigne du lieu de l'accident tandis que sa femme souffre  horriblement. Ce rêve révéla clairement, et il dut l'avouer lui-même, qu'il était plus attaché à sa mère qu'à sa femme. On peut interpréter ce rêve comme une «satisfaction du désir d'être débarrassé de sa femme». Mais c'était davantage que cela : la révélation d'un problème qu'il n'avait pas voulu voir. Le rêve n'apportait aucune solution au problème, mais il montra au patient sa véritable pensée. Et cela l'éclaira pour trouver la voie à suivre. Autre exemple : il s'agit d'une femme dont le père, devant lequel elle avait été en adoration, mourut. Elle eut une peine immense. Mais ensuite elle fit plusieurs rêves de nature sexuelle, de plus en plus sordides et révoltants, où son père était son partenaire. Son complexe d'Electre, qu'elle ignorait, lui fut ainsi révélé. Hélas il l'attacha de façon morbide à ce vieillard décédé et toute sa vie conjugale s'en trouva gâchée. De tels «rêves-portraits» nous révèlent sur nous-mêmes des faits choquants. L'homme brave se découvre lâche, l'esthète raffiné rêve de choses grossières, la mégère cruelle devient sentimentale et douce, le bon père de famille a des désirs incestueux. De tels rêves sont «à l'opposé» de ce que nous croyons être. Ils révèlent les refoulements qui sont en nous et qui risquent de provoquer une une névrose. La vérité c'est que notre caractère, que nous considérons comme normal, est souvent formé de traits de caractère en réaction avec ceux que nous refoulons. Ainsi, l'enfant réprimandé parce qu'il est sale refoule ce trait de son caractère, et devient un esthète ; mais le goût de la saleté reste en lui comme un désir inconscient, qui produit l'obsession-impulsion d'être propre. Quand son conscient est en veilleuse, ses goûts véritables réapparaissent dans ses rêves. Le patient auquel je songe ici était atteint d'un complexe de contamination. Il lavait ses mains cinquante fois par jour, en manière de protection contre son désir, lorsqu'il était enfant, de jouer avec ses selles. Nous disons : «Il ne faut pas réveiller le chien qui dort», mais très souvent nos rêves nous obligent à «nous réveiller». Ils nous forcent à nous accepter tels que nous sommes. Les rêves qui corrigent les fausses attitudes Certains rêves ne concernent pas tellement les émotions refoulées, mais plutôt les attitudes d'esprit qui les tiennent refoulées, et qui sont donc anormales, car elles prolongent les névroses.  Une femme avait ramassé de la belle mousse fraîche pour remplacer la mousse moisie de son jardin. Mais elle rêve que cette mousse fraîche moisissait aussi. Rapporté à son état psychique, il lui permit de comprendre que, dans son enfance, elle avait adopté le masque (ou super-ego) d'être «charmante douce, désirable», parce que c'était la seule façon pour elle de gagner l'affection de son père. Mais ce masque avait depuis longtemps perdu son utilité. Le rêve lui signalait que cette personnalité (ou super-ego) était elle aussi «moisie». Le rêve ne résolvait pas le problème mais lui indiquait sa nature. Et c'était déjà la moitié du chemin parcouru vers la solution. Ce que le rêve doit nous dire sur nous-mêmes n'est pas toujours (mauvais) ou «faux». Il nous révèle souvent aussi nos potentialités refoulées, alors qu'elles n'auraient jamais dû l'être. Ainsi un homme brutal rêve qu'il soigne avec tendresse un animal blessé. C'est son «moi bon» qu'il a refoulé. Nous rêvons de violence et d'agressivité, mais si nous relâchons cette agressivité, elle peut s'affirmer en confiance en soi et en volonté. Rappelons ici le rêve cité au début de cet ouvrage, de l'homme qui, rêvant qu'il était à Trafalgar Square, vit toutes les statues s'animer. C'est un rêve de Pygmalion. Il prouvait que certaines qualités de cet homme, pétrifiées en lui jusque-là, pouvaient se mettre à vivre et lui procurer de nouvelles possibilités. Le rêve suivant est typique de ce genre, avec des prolongements moraux et psychiques C'est celui d'une femme entre deux âges, célibataire. «Je rêvais que j'étais infirmière dans un hôpital en train de manger avec une autre infirmière. Je venais de prendre la première bouchée de mon plat, lorsque je vis ma compagne s'emparer de mon dessert. Furieuse, je lui jetai le reste de mon assiette à la figure. Mais ensuite, horrifiée par mon geste, je m'en allai dans la cour, vers l'étable d'un âne que, enfant, on m'avait donné pour me consoler de je ne sais plus quoi. Je restai alors longtemps appuyée contre cet âne. Le sol était couvert de ses excréments mais ceux-ci ressemblaient à des meringues. Je comprenais peu à peu que quelqu'un de doux et de gentil veillait sur moi, en tous lieux, et voulait m'être secourable. Mais je restai cependant cachée pour qu'on ne me retrouve pas». Cette patiente était l'enfant non désirée de parents aisés. Sa mère n'avait même pas voulu la regarder à sa naissance. Elle l'avait aussitôt confiée à une nurse qui la gâta outrageusement. Un jour qu'elle avait vu un garçon poursuivre et chatouiller sa soeur aînée dans le jardin, elle la blâma, au cours du repas, pour sa conduite indécente. A cette remarque, sa soeur répliqua qu'elle était jalouse, ce qui était si près de la vérité que, de colère, la patiente lança son couteau sur sa soeur. Cette scène correspond à celle de l'hôpital dans le rêve. Tout le monde évidemment, père, mère, gouvernante, et soeurs condamnèrent ce geste et elle se sentit humiliée et dépitée. L'âne symbolise à la fois son humiliation et son besoin d'amitié, car c'était son animal favori. Mais cet âne était castré et il symbolisait aussi, pour elle, le rejet de toute sexualité dans sa vie, par punition du geste meurtrier qu'elle avait accompli. C'est qu'à l'origine, et malgré son jeune âge (9 ans), c'était son désir sexuel, excité par la vue de sa sœur chatouillée, qui avait provoqué la querelle. La chose qu'elle désirait (la meringue) se transformait en une autre, sale celle-ci : le crottin. Le rêve s'achevait sur la certitude qu'une personne gentille la cherchait, ce qui lui permit de comprendre qu'elle s'était trop chargée de culpabilité et pour cette raison, toujours écartée de toute tendresse et de tout amour. Cette patiente put découvrir ceci elle-même, en s'analysant spontanément et sans le secours du psychanalyste. Son rêve lui révéla sa jalousie, son dépit, ses désirs sexuels, son humiliation, ses remords. Bien que très déguisée, la cause originelle de sa névrose lui apparut, dont les principaux symptômes étaient son état dépressif, son mépris d'elle-même, son complexe de culpabilité. Son rêve lui révéla aussi pourquoi elle ne guérissait pas : elle refusait de se pardonner à elle-même. Ce rêve en suscita peu à peu d'autres qui l'amenèrent vers la solution totale de ses problèmes et la tranquillité de son esprit. Cette sorte de rêve montre l'effort du subconscient pour transmettre au conscient des problèmes que nous n'avons pas encore réglés en nous.

e) Le rêve qui réussit totalement. C'est celui, selon ma conception, qui reproduit les problèmes latents, fait revivre leurs causes initiales et, ensuite, par des efforts répétés, apporte une solution satisfaisante à ces problèmes. Exemple frappant de cette sorte de rêve idéal : celui du grimpeur de falaise. A force de répéter au dormeur ce qu'il devait faire en cas de chute, il l'aida à agir comme il le fallait pour éviter l'accident. Cet entêtement du rêve à «mettre en garde» contre un accident possible provoque parfois l'abandon total d'un sport qui ne convient pas à celui qui le pratique. L'utilité biologique du rêve est, dans ce cas, évidente. D'autres rêves, toujours de la même lignée, imposent des solutions encore plus définitives, telles que celle préconisée par le rêve «du sodium». Il s'agit d'un problème plus psychologique. Mais le rêve conseille clairement au dormeur : «si tu retrouvais l'audace que tu as eue ce jour-là, tu serais capable d'affronter toutes les épreuves de la vie». Dans cet ordre d'idées cependant le rêve le plus significatif et le plus satisfaisant est celui de «Prométhée» cité précédemment. Il suggère l'attitude exacte qu'il faut prendre, vis-à-vis de nos impulsions de base, avec lesquelles nous luttons si difficilement, même après des siècles de civilisation.

Dans l'interprétation des rêves il faut donc considérer le début comme une indication sur les problèmes et les causes possibles de nos névroses, la fin comme une suggestion de solution de ces problèmes. Beaucoup de nos patients viennent nous trouver en se plaignant de rêves décourageants. En fait, ils se souviennent surtout du début de leurs rêves qui décèle presque inévitablement leur trouble. Mais lorsqu'ils parviennent à se souvenir de la fin de ces rêves, ils reprennent souvent courage. Freud lui-même semble avoir commis la même erreur, soit lorsqu'il considère les rêves des autres, soit lorsqu'il se préoccupe de son propre rêve au sujet d'Irma. Il considère les faits transmis au début de ces rêves et ignore leur fin qui contient cependant le message réel, et consolant, permettant la solution des problèmes posés (J.A. Hadfield, Rêves et cauchemars (1954), Le Monde en 10/18, Numéro 31, 1962 - books.google.fr).

James Arthur Hadfield (1882–1967) was a pioneer of psychodynamic psychotherapy in Britain, who became an influential figure at the interwar Tavistock Clinic Hadfield was also interested in psychical research. He was a believer in life after death and telepathy. He wrote the chapter "The Mind and the Brain" for the book Immortality: An Essay in Discovery Co-Ordinating Scientific, Psychical, and Biblical Research (London: Macmillan, 1917) (en.wikipedia.org - J.A. Hadfield, André Taffin, Comment on rêvait dans les temples d'Esculape. In: Bulletin de l'Association Guillaume Budé, n°3, octobre 1960 - www.persee.fr).

Enfant d'une famille religieuse, son père, prénommé comme lui, est missionnaire dans les Îles Loyauté (Nouvelle Calédonie) et sa mère est l'ethnologue Emma Foster Hadflield (www.sppg.it).

L'homme des neiges : un problème résolu

Le problème de l'homme des neiges attire depuis plusieurs années une attention bien méritée, mais malgré le grand nombre d'efforts faits pour l'éclaircir, il est encore loin d'être résolu. Il reste toutefois bien probable que cet anthropoïde énigmatique existe ou existait encore à une date assez proche dans la Haute Asie Centrale et l'Himalaya. Dans les assertions des témoins, il est à noter que l'on trouve toujours la mention de caractéristiques remarquablement coïncidentes, voire identiques : l'homme des neiges serait un animal ayant à peu près les dimensions de l'homme, ou un peu plus. Sa tête aurait surtout un occiput haut et conique, un front bas, des arcades sourcilières très développées, ainsi que des arcs zygomatiques apparents ; sa mâchoire inférieure serait massive et sans menton accentué, ses yeux petits, sa bouche grande avec des lèvres peu distinctes, ses canines de fortes dimensions. D'après d'autres sources, comme par exemple la communication du Professeur V. KHAKLOV, publiée dans Informazyonnye materialy o snejnom Tchéloweke, fasc. 4, 1959, le nez de l'homme des neiges peut être caractérisé comme très court et plat. Quant aux figurations réalistes de cet être énigmatique, elles manquent, bien qu'il en existât des images conventionnelles en assez grand nombre, dans plusieurs traités de médecine thibétaine par exemple, comme le mentionne l'article précédent du Professeur G. DÉMENTIEV, et également E. VLCEK dans son article «Old literary évidences for the existence of Snow man in Tibet and Mongolia», publié dans Man, volume LIX, 1959 (S. M. Uspenski, Une figuration inconnue de l'Homme des neiges, La Terre et la vie, Volumes 106-107, 1959 - www.google.fr/books/edition).

Le problème de l'existence de l'homme des neiges est résolu, du moins dans l'album. Ce n'était pas apparemment le problème principal.

Echec scolaire et problèmes d'école : le rêve d'Haddock

L'enseignement des mathématiques peut aussi bien désigner l'apprentissage des notions mathématiques fondamentales ou élémentaires de base que l'apprentissage et l'initiation à la recherche (enseignement supérieur des mathématiques). Suivant les époques et les lieux, les choix des matières enseignées et les méthodes d'enseignement changent (mathématiques modernes, méthode de Moore, éducation classique…). Dans certains pays, le choix des programmes scolaires dans l'éducation publique est fait par des institutions officielles. Cédric Villani, dans une conférence TED, rappelle une difficulté importante que l'enseignement des mathématiques ne résoudra pas à lui seul : le processus d'une découverte mathématique ne relève pas lui-même des mathématiques. George Pólya indiqua en revanche vers le milieu du 20e siècle quelques techniques permettant de résoudre des problèmes existants, dans son livre Comment poser et résoudre un problème ("How to solve it").

Vers la même époque quelques ouvrages proposaient d'acquérir les mécanismes de résolution par une multitude d'exercices proposés avec leur correction détaillée en regard. En France et pour les mathématiques, il y eut dans le secondaire les ouvrages de Pierre Louquet. Dans le monde anglophone et concernant un grand nombre de disciplines, la série des Schaum's Outlines (années 1930) poursuit ce but.

George (György) Pólya, né à Budapest (Hongrie) le 13 décembre 1887 dans une famille juive hongroise convertie au catholicisme en 1886 et mort à Palo Alto (États-Unis) le 7 septembre 1985, est un mathématicien américain d'origine hongroise et suisse (fr.wikipedia.org - Mathématiques).

Le passé explique le présent. Faire l'histoire émotionnelle de la première enfance, c'est retourner aux sources des attitudes irrationnelles. A partir de 1945 l'orientation scolaire et professionnelle trouve dans la psychologie dynamique, de nouveaux éléments de prédiction. L'influence de l'inconscient dans le choix professionnel est étudiée systématiquement. Les conseillers-psychologues ne prennent plus uniquement en considération les acquisitions et les dons naturels, ils misent aussi sur l'affectivité. Des mécanismes inconscients comme l'identification ou l'opposition au père et la compensation pouvant être la cause d'une réussite ou d'un échec scolaire ou professionnel, les praticiens s'essayent à les démonter systématiquement à l'aide des techniques projectives (Rorschach, Thematic Apperception Test de Murray, Test des quatre Images de Van Lennep, etc.) (René Pasquasy, Problèmes de synthèse posés au psychologue à propos de l'accès aux études supérieures, Bulletin Trimestriel, Volumes 32 à 33, Association des Amis de l'Université de Liège, 1960 - books.google.fr).

Dans le rêve de Haddock, il y a identification par échange d'habits enfantins entre le capitaine et Tournesol, qui comme professeur peut jouer un rôle paternel. Haddock en habit d'écolier sur l'échiquier peut renvoyer à l'échec scolaire (probable vu son comportement actuel) et se retrouve en comparaison avec Tournesol brillant professeur, inventeur etc. Le problème de l'échec scolaire serait à mettre en relation avec l'alcoolisme.

Le coup du parapluie peut référer à l'album de l'Affaire Tournesol.

La pièce d'échiquier en forme de tête de vache sacrée, l'habit de Tournesol en porteur indien indique peut-être l'origine ou des échecs, aux défenses indienne, est-indienne, ouest-indienne qui sont des ouvertures (fr.wikipedia.org - Défense indienne).

Notre jeu d'échecs, avec ses tours, ses cavaliers et ses fantassins, paraît être d'origine indienne. Williams Jones, le premier, en a fait connaître le nom sanscrit tchatur-anga ou les quatre anga. Anga signifie un corps d'armée. Les poètes indiens emploient quelquefois le mot tchatur-anga pour désigner une armée en général. D'après Williams Jones, le jeu d'échecs aurait existé de tout temps dans l'Inde. On voit une allusion à ce jeu dans un vers du Râmâyana, où le poète compare à une table de jeu à huit côtés, Ashtapada, l'effet que produisaient les maisons de la ville d'Ayodhya; mais ce rapprochement est douteux. Les récits des écrivains arabes ne s'accordent pas sur l'origine du jeu d'échecs. Massoudi en place la découverte sous le règne d'un prince indien nommé Belhyt, sans déterminer l'époque à laquelle ce prince régnait. Ibn Khallekan fait de Belhyt un contemporain d'Ardechir, fils de Babek, ce qui le ferait vivre vers le milieu du IIIe siècle. Le même auteur fait honneur de la découverte du jeu d'échecs à un personnage nommé Sissah, fils de Dâher; et il fixe cet événement sous un prince nommé Schadram. Celui-ci aurait fait placer dans les temples de ses états, les pièces du jeu, qu'il regardait non seulement comme un exercice agréable, mais très utile au développement des facultés de l'esprit. (MÉMOIRES DE L'INSTITUT. Acad. des Insc. et Belles-lettres, t. XVIII, 1849 ; Mémoires géog., hist. et scient. sur l'Inde, par Reinaud, p. 132.) (J. Thirion, L'histoire de l'arithmétique, Revue missionnaire des jésuites belges, Volume 33, 1883 - books.google.fr).

L’échec scolaire est une notion récente, qui apparaît, sous cette dénomination, en 1950 (V. Isambert-Jamati) mais qui ne sera utilisée que dans les années 1960. Mais la genèse de cette idée est plus ancienne. C’est autour des concepts d’inadaptation scolaire, d’anormalité, voire de débilité mentale légère que se forge la notion d’échec scolaire. Autrement dit, l’approche du problème est d’abord psychologique. Le constat selon lequel certains élèves au quotient intellectuel dit normal (le rapport âge mental/âge réel serait alors de 90 à 110) ne réussissent pas les exercices scolaires, redoublent telle ou telle classe et prennent du retard par rapport à un cursus scolaire très balisé (un an, un niveau), qui constitue la norme, alerte psychologues, pédagogues, sociologues. N’y avait-il pas échec scolaire avant 1950 ? Bien sûr, des «mauvais élèves» existaient… et ils n’étaient pas présentés comme candidats au Certificat d’études primaires. Mais ce fait était «normal» dans une société où la production agricole et industrielle n’avait pas besoin de lettrés, où une culture orale très vivante persistait. Il n’y a pas eu d’âge d’or de la réussite scolaire… «Tout se passe comme si une école pourtant officiellement chargée de donner à tous les enfants un bagage minimum – le niveau du certificat d’études – s’était longtemps assez facilement résignée à ne le donner qu’à une fraction des enfants d’ouvriers et de paysans (à peine 50 % de la population) ; du moment qu’ils étaient à peu près alphabétisés, il n’y avait pas de scandale à les voir entrer ainsi au travail… (Francine Best, L’échec scolaire, Que sais-je ?, 1996 - www.cairn.info).

C’est en effet en 1960 que le terme apparaît dans le fichier analytique de la bibliothèque nationale mais les litotes employées pour désigner auparavant (ou pour masquer !) l’échec scolaire sont nombreuses : insuccès scolaire, déficience intellectuelle, élèves en difficulté ou en grande difficulté, redoublants, refus de l’école, décrocheurs, élève faible, peu doué... la liste n’est sans doute pas close ! Pourtant les données statistiques de 1959-1960 indiquent que plus de 25% des enfants redoublent le cours préparatoire, 60% des élèves de CM2 sont en retard, 50% à peine passent en sixième, 10% des jeunes seulement sont bacheliers et 50% de la population de plus de 25 ans n’ont aucun diplôme. L’échec scolaire devient un problème à partir du moment où la scolarité au-delà du primaire et un niveau d étude «correct» devient la norme. Parler de l’échec scolaire, souvent perçu comme une «déviance», c’est sans doute dans un premier temps se pencher sur son «histoire naturelle». C’est remonter dans le temps jusqu’au tournant des années 1880 marquées par l’ouverture d’un espace public de traitement des problèmes scolaires (Joël Gaillard , L’alternance entre le «penser» et l’«agir» de la SEGPA vers la réclusion scolaire, 2007 - hal.univ-lorraine.fr).

Au pays des morts

La mort de Tchang pose un problème certain à Tintin, alors que la plupart des autres protagonistes semblent bien l'accepter. Retrouver Tchang vivant résoud le problème.

Fritz Sarasin (Ethnographie des Kanak de Nouvelle-Calédonie et des îles Loyauté (1991-1912), 1929 : 254) notait en son temps que :

«Le rêve est pour les indigènes une réalité ; c’est pourquoi il joue un rôle décisif (Leenhardt 1922c, p. 15). Il est l’expérience de la séparation de l’âme et du corps, comme chez d’autres peuples premiers (Gräbner 1924, p. 38). Dans le rêve, on peut aller vers le pays des morts, rencontrer des parents morts et apprendre d’eux nombre de choses normalement cachées.»

Et il poursuit le parallèle entre la «seconde vue» ou voyance et rêve en renvoyant à Emma Hadfield, mère du psychanalyste, (Among the Natives of the Loyalty Group, Londres, Macmillan, 1920 : 161) ; on peut aussi rapprocher le rêve de «l’état de transe» – autre forme possible de la dissociation du corps et de l’esprit – qui permet de «visiter le pays des morts» (Sarasin, 2009 : 254) (Isabelle Leblic, Les Kanak et les rêves ou comment redécouvrir ce que les ancêtres n’ont pas transmis (Nouvelle-Calédonie), Journal de la Société des Océanistes 130-131, 2010 - journals.openedition.org).

Problème

"problème" : Ca 1380 «difficulté d'ordre spéculatif, à laquelle on cherche une solution satisfaisante pour l'esprit» (Evrart de Conty, Problèmes d'Aristote, ms B.N., fr. 210, fo1a ds Gdf. Compl.); 2. a) 1612 «(dans le domaine scientifique) question à résoudre par des méthodes logiques, rationnelles» (Cl.-G. Bachet, Problèmes plaisans et delectables qui se font par les nombres, Lyon [titre] cf. Cioranescu 17e, 9170); b) 1900 «exercice scolaire de mathématiques» (Colette, Cl. à l'école, Paris, Ollendorf, p.138); 3. a) 1753 «chose, personne que l'on conçoit ou que l'on explique mal» (La Beaumelle, Le Siècle de Louis XIV ds Brunot t.6, p.1383); b) 1775 «difficulté d'ordre pratique à laquelle on se trouve confronté» (Voltaire, Lett. Delisle, 25 mars ds Littré); c) 1954 avoir des problèmes «avoir des difficultés (matérielles, psychologiques, sentimentales)» (Beauvoir, op. cit., p.507); d) 1963 il n'y a pas de problème (Lar. encyclop.). Empr. au lat. problema «problème, question à résoudre», gr. "prolèma" «ce qu'on a devant soi, obstacle; tâche, sujet de controverse, problème», dér. de "proballô" «jeter devant; mettre en avant comme argument; proposer (une question, une tâche, etc.)». L'expr. « pas de problème » est un calque de l'angl. no problem, où problem est att. dep. 1934 avec un sens affaibli (v. Rey-Gagnon Anglic. et NED Suppl.2) (www.cnrtl.fr).

Rêve

Enfin, l'aspect théologique du problème onirique, la validité du rêve en tant que moyen de communication avec la  divinité, pose des problèmes centrés autour des dieux du rêve. Le mot accadien couramment utilisé pour «rêve», suttu, est de même racine que le mot «sommeil», sittu  Du point de vue sémantique la situation est identique pour le mot munattu dont le sens le plus fréquent est «petit matin», mais qui ans certains cas appelle la traduction «sommeil» dans le sens de «rêve». Il est possible qu'à l'origine munattu se soit rapporté au sommeil des premières heures du matin, peut-être même à l'état hypnagogique dans lequel, suivant les sources classiques, se produisent des rêves de nature particulière. Macrobe, dans son Commentaire du Songe de Scipion, les nomme phantasma en grec et visum en latin. Dans les textes littéraires accadiens d'époque tardive on rencontre pour «rêve» l'expression tabrît mûsi, traduite d'habitude, de façon quelque peu inadéquate, par «vision nocturne». Elle est utilisée en poésie comme synonyme typique de rêve et signifie avant tout «révélation nocturne». En sumérien «rêve» est généralement rendu par le mot m.a.m.ú pour lequel on a proposé l'interprétation «création de de la nuit» (A. Falkenstein ) et également par ù, dont le sens primitif est «sommeil». Les Hittites ont adopté ces deux termes, surtout ù, à titre de sumérogrammes (A. Leo Oppenheim, Le rêve: son interprétation dans la Proche-Orient ancien, 1959 - books.google.fr).

Les civilisations anciennes ont connu un rite, l'incubation, extrêmement curieux en lui-même et dans son histoire, mais curieux aussi par les problèmes psychologiques qu'il soulève. Ainsi que l'indique son étymologie (incubare = se coucher) ce rite consistait à se rendre en pèlerinage dans un lieu sacré ou dans un temple, à s'y coucher, à s'y endormir et à attendre de la divinité consultée qu'elle envoie, porteur d'un message ou d'une révélation, le rêve qui lui était demandé. [...]

Bien que Marie Delcourt ait écrit que «la psychologie de l'incubation est encore plus mal connue que son mécanisme» (L'oracle de Delphes, p. 85), on trouve nombre de remarques psychologiques dans les travaux précités, et aussi dans le livre ancien, mais toujours utile, d'Alfred Maury, La magie et l'astrologie, Didier et Cie, Paris, 4e édition, 1877, notamment IIe partie, chap. Ier, et dans l'article de Georges Dumas, Comment on gouverne les rêves, Revue de Paris, 6 (1909), p. 344-366. On en trouve même, dans ses propres travaux, de très intéressantes, dont quelques-unes sont relevées et discutées dans cette étude. [...] 

Employée peut-être dès le Pléistocène et en tout cas en Assyrie-Babylonie, en Egypte, elle eut dans le monde grec et romain une aire de diffusion considérable à la fois dans l'espace et dans le temps, tout en se resserrant, nous rechercherons plus bas pourquoi, autour de la divination — on pourrait même dire de la consultation — médicale dans les temples d'Asklépios, l'Aesculapius des Latins. Elle fut une des dernières institutions du paganisme à demeurer debout, après avoir eu, durant un millénaire, des centaines de temples, dont les plus célèbres étaient ceux d'Épidaure, d'Athènes, de Cos, de Pergame, de Rome. [...]

A ses débuts, dont, selon Marie Delcourt, on trouve déjà des traces chez Homère, elle était le mode de consultation habituel des divinités chthoniennes, peut-être à cause de l'analogie entre la terre, séjour de l'obscurité, et le sommeil, royaume de l'ombre, durant lequel elle se réalisait, peut-être aussi parce qu'elle était une forme ou une survivance de l'évocation des morts (André Taffin, Comment on rêvait dans les temples d'Esculape. In: Bulletin de l'Association Guillaume Budé, n°3, octobre 1960 - www.persee.fr).

Cf. pour Delcourt Le Crabe aux pinces d'Or (www.nonagones.info - La Vraie Langue Celtique de l’abbé Henri Boudet - Etudes particulières de psaumes - Tintin et le Crabe aux pinces d’Or ).

Khor-Biyong

Quant aux noms de lieux, comme Weï-Pyiong ou Khor-Biyong, ils ont été inventés par Hergé à partir de localités belges qu'il connaît bien, pour y être passé avec les scouts : Wépion, sur la Meuse, et Corbion, sur la Semois (Philippe Goddin, Hergé, lignes de vie, 2007 - www.google.fr/books/edition).

Encore que:

James Arthur Hadfield is perhaps best known as being the analyst of W. R. Bion, while Bion was analysing Samuel Beckett (en.wikipedia.org - J.A. Hadfield).

Wilfred Ruprecht Bion, né le 8 septembre 1897 à Mathura, en Inde britannique et mort le 8 novembre 1979 à Oxford, est un psychiatre et psychanalyste britannique, pionnier de la psychothérapie de groupe, de la psychanalyse groupale et de la théorisation sur la psychose.

Bion reformule ce que l'on peut rapprocher de ce que l'on nommait jusque-là processus primaire (inconscient) et processus secondaire (préconscient et conscient). Il ne distingue pas conscient et inconscient, mais fini et infini, idée déjà avancée par Sigmund Freud dans Analyse avec fin et analyse sans fin.

Dans ce cadre, il désigne des niveaux de pensée, ces pensées étant divisées en éléments alpha et bêta.

Les éléments alpha sont des impressions sensorielles mises en image, que l'on peut dire assimilées par la psyché, elles sont organisées et réutilisables. La fonction alpha traite les phénomènes, des impressions sensorielles, au-delà de ce que l'on peut en penser. Cette fonction est liée aux rêves, aux souvenirs, ou encore aux pensées oniriques. Les éléments alpha sont absents de la pensée psychotique.

Les éléments bêta sont des impressions sensorielles non assimilées. La fonction bêta correspond à la gestion des émotions brutes, qui sont «encaissées» et qui «cherchent à être assimilées». Une trop grande accumulation d'éléments bêta provoque une «indigestion mentale», un refoulement de l'apprentissage en raison du trop d'information à traiter.

C'est pourquoi, selon lui, le rêve préserve l'individu de l'état psychotique, en permettant de traduire des impressions sensorielles (bêta) en images assimilables (éléments alpha) (fr.wikipedia.org - Wilfred Bion).

Remarquons que le fonctionnaire laïc s'appelle "drung'khor" en tibétain.

Le verbe ‘byon signifie «arriver, venir (honorifique)», et 'khor serviteur (Guillaume Oisel, Morphosyntaxe et sémantique des auxiliaires et des connecteurs du tibétain littéraire : étude diachronique et synchronique, 2013 - tel.archives-ouvertes.fr).

Tintin est "celui qui vient", ou représente "celui qui vient" (oh là là !).

Il y a encore Pôh-Prying, page 44 (Poperinge).

Tintin au Tibet, page 10 - gausserand.philippe.free.fr

Le problème de la masturbation

C’était un problème pour l'Eglise, mais il était mineur. Un peu comme aujourd’hui pour la marijuana, dont on s’inquiète surtout pour autant qu’elle annonce l’héroïne, on y voyait le doigt dans un engrenage. Prenez le texte assez célèbre que Pierre Damien, ce moine réformateur du XIème siècle, consacre à la sodomie. Il y aurait, selon lui, quatre types de sodomie : en substance, la masturbation solitaire et la masturbation mutuelle, l’acte inter-crural (par friction du sexe entre les cuisses du partenaire) et l’acte sodomite proprement dit. Damien règle la question en une phrase : la masturbation solitaire est la racine de la sodomie ; mais il n’y revient plus. Suivent cinquante-cinq pages sur les problèmes de rapports sexuels dans les monastères, des amitiés particulières entre moines, des relations entre les plus vieux et les plus jeunes, etc. Si l’on avait posé à Damien la question de savoir ce qu’il pensait de la masturbation, il aurait répondu : «c’est une mauvaise chose», mais n’aurait pas jugé nécessaire d’épiloguer. Or il en va de même avec Thomas d’Aquin : la masturbation est un acte contre-nature - à ce titre elle est horrible -, mais elle n’est qu’un élément dans une liste ; elle ne constitue pas un problème en soi.

Si les discours varient selon les pays, selon que la culture est plutôt catholique ou protestante, selon qu’on considère la masturbation comme un vice rétrograde lié à l’Église ou comme une perversion nouvelle des écoles de garçons, l’inquiétude est d’abord le fait d’individus qui se réclament des Lumières. L’Église, d’ailleurs, est à la traîne : des médecins qui lui sont liés expriment le souci de ne pas laisser à ces « modernes » le monopole de la question.

Le problème de la masturbation, c’est qu’on y fait usage d’autres facultés que celles qui sont requises dans le cadre d’une sexualité «normale». On y fait œuvre avant toute chose d’imagination - cette faculté si nécessaire à la vie dans le monde moderne, et si cruciale dans le processus par lequel on devient un individu moderne. Dans ce contexte, la masturbation apparaît comme la part maudite de l’imagination.

On peut réprimer ou interdire beaucoup de choses, mais il est très difficile de réprimer ou d’interdire la masturbation. D’autant plus qu’elle est secrète - après l’imagination et l’excès, c’est sa troisième caractéristique. Mais elle l’est d’une manière très particulière : le secret est public.

La crainte de la masturbation viendrait donc de ce qu’elle comporte quelque chose de social (on l’apprend de quelqu’un d’autre) pour déboucher sur quelque chose de strictement individuel et privé (le vice solitaire). Elle irait à contresens du mouvement de l’individu moderne, qui part du privé pour s’ouvrir sur la dimension sociale.

L’essor de la fiction et de l’inquiétude qu’elle suscite, celui de la lecture privée, et la formulation de la masturbation comme problème, sont les développements d’un même monde. Les problématiques sont semblables. En un certain sens, il en va de même avec l’extension du crédit.

Du monde ancien, Freud conserve l’idée que la masturbation, pratiquée par un adulte, constitue un problème. Elle est à la fois l’indice d’un développement interrompu avant l’heure et le substitut d’une insatisfaction sexuelle. Dans son étude sur Dostoïevski par exemple, Freud établit un lien entre l’addiction à la masturbation et d’autres addictions, comme celle qui caractérise le joueur compulsif.

Il n’en reste pas moins qu’il modifie profondément le discours dont il hérite. Avec lui, la masturbation n’est plus un problème que chez l’adulte qui n’y a pas renoncé. Elle est, en revanche, considérée comme une étape essentielle du processus de construction de la sexualité. Il serait trop long de décrire en détail l’élaboration de la conception freudienne de la masturbation. Sans doute doit-elle, pour une part, à la réflexion de Havelock Ellis, l’inventeur du terme «auto-érotisme», qui considérait la masturbation comme une pratique naturelle aux enfants, aux animaux et aux peuples primitifs, mais impropre à l’être mûr et civilisé (Le vice de la modernité : une histoire culturelle de la masturbation, Entretien avec Thomas W. Laqueur, Entretien réalisé par  Éric Fassin, Philippe Mangeot, Vacarme 2003/2 (n° 23), 2003 - www.cairn.info).

C'est l'influence de la psychanalyse qui a été fondamentale dans le changement d'attitude des médecins et psychologues à ce sujet. Le changement le plus important apparaît en 1940. L'interprétation historique peut retenir qu'en 1905 (date des Trois essais de Freud) se termine la période pré-freudienne 1928, date du symposium de pédagogie psychanalytique, marque l'intérêt soudain des psychologues et des pédagogues (Bibliographie : R.A. Spitz, Authority and masturbation, Philosophie, Volume 9, 1955 - books.google.fr).

Pour en revenir à Aristophane :

Les allusions à la sexualité entre hommes et à la masturbation, si présentes dans les autres pièces d'Aristophane, sont exclues de Lysistrata : cette «hétérosexualité conjugale  étendue comme norme devait être un des éléments comiques les plus importants de la pièce (Sandra Boehringer, L'homosexualité féminine dans l'antiquité grecque et romaine, 2007 - books.google.fr).

Cette pratique est le plus souvent associée aux esclaves - chez Aristophane, par exemple, dans les Cavaliers, ou dans la Paix (Vie d'Esope: livre du philosophe Xanthos et de son esclave Esope, du mode de vie d'Esope, traduit par Corinne Jouanno, 2006 - books.google.fr).

 

Katmandou. Temple de Jagannath dédié à Krishna (daté de 1563). Une jeune femme nue est assise sur les jambes d’un noble personnage en habit de ville. A côté d’eux, un serviteur agite un chasse-mouche et se masturbe de l’autre main. La taille des personnages donne une idée de la position sociale de chacun - universvoyage.com

Hergé entre masturbation et échec scolaire

Quant à Georges, ayant achevé ses années d'école primaire, il rejoint le 7 octobre 1919 l'école supérieure de la place de Londres, toujours à Ixelles. C'est un établissement «professionnel» qui, en deux ans, doit préparer les garçons à entrer dans la vie active. Sans doute cet enseignement lui déplaît-il : pour la seule et unique fois de sa scolarité, ses résultats laissent à désirer. Il est question qu'il arrête ses études et devienne apprenti à la maison Van Roye-Waucquez. C'est aussi cette année-là qu'il découvre le scoutisme, aux Boy-Scouts de Belgique, des scouts «neutres», c'est-à-dire d'une laïcité affirmée. Le scoutisme n'en est encore qu'à ses débuts : le mouvement a été créé en 1908 et la première troupe belge date de 1910. Georges quitte l'enseignement laïc. Il est inscrit au collège Saint-Boniface, établissement archiépiscopal où tous les enseignants sont des prêtres et où chaque journée commence par une messe. Une pression directe s'est exercée : celle d'Henri Van Roye-Waucquez, le patron d'Alexis Remi. Homme très bien-pensant, il a vivement insisté pour qu'Alexis Remi change ses enfants d'école. Il a même dû proposer de payer leurs frais de scolarité. Une chose est sûre, cette décision inscrira durablement Hergé dans un milieu catholique et traditionaliste. Georges quitte sans le moindre regret l'école professionnelle pour entamer ses «humanités modernes». Un autre changement le marque davantage : un an plus tard, il doit quitter les «scouts sans Dieu» pour rejoindre la troupe du collège Saint-Boniface ; elle fait partie de l'Association des scouts Baden-Powell de Belgique, placée sous l'égide de l'Église catholique. Alexis Remi, soumis aux pressions de son patron et des responsables de Saint-Boniface, a dû insister fortement auprès de Georges. À Numa Sadoul, Hergé racontera le «déchirement de quitter ses chefs, ses amis», évoquant le «sentiment de trahison ?!» qu'il avait éprouvé. Mais, dans un autre entretien, non relu, le tableau qu'il dresse de sa première troupe est assez différent : ces scouts n'avaient de neutre que le nom, explique-t-il ; les chefs affichaient une attitude ouvertement et parfois agressivement antireligieuse. Quant à l'ambiance, elle était souvent trouble. Cinquante ans après, Hergé évoquait avec un dégoût non dissimulé les bagarres brutales et les séances de masturbation collective dans lesquelles les plus grands entraînaient les petits (Benoît Peeters, Hergé, fils de Tintin: Édition revue et mise à jour, 2011 - books.google.fr).

Il y a du Tintin en Haddock écolier qui jouera aux échecs, "jeu d'intellectuels" en opposition apparente avec l'enseignement professionnel.

Nos vieux auteurs ont toujours présenté les échecs comme un jeu propre à développer les forces intellectuelles, comme un jeu de science et de sérieuse méditation : meri ingenii ludus, exercitatio honesta. Voltaire, qui rit de tout, n'en parle qu'avec respect : «C'est le jeu qui fait le plus d'honneur à l'esprit humain ; il est allégorique comme les fables indiennes ; c'est l'image de la guerre» (Louis de Royer, Du jeu et du pari, législations anciennes, législation romain, législation français, 1878 - www.google.fr/books/edition).

Haddock poubelle

Comme l'écrit avec Apostolidès : "Dans les albums, pour des raisons qui tiennent autant à l'environnement social (ils sont soumis aux lois relatives aux publications pour la jeunesse) qu'à la structure profonde du récit (Tintin est un héros préœdipien qui n'a pas accès à la différence des sexes), la sexualité est totalement niée, refoulée, et ne peut se dire qu'à travers un déguisement qui la rend acceptable parce que non reconnue comme telle" (www.onehope.be).

Haddock est comme la partie d'Hergé que celui-ci perçoit négativement, une poubelle, ou bien celui qui peut en parler.

Problème de blancheur

Un rêve de blancheur serait à l'origine de l'album (Eudes Girard, Une lecture de Tintin au Tibet, Études, 2009/7-8 (Tome 411) - www.cairn.info).

La blancheur est un élément à la fois purifiant et culpabilisant. C'est naturellement Tintin au Tibet qui nous y invite et nous offre la meilleure illustration du problème. L'immaculée vision, les rêves de blanc, la neige, l'infini diaphane du ciel que, du fond de sa prison, chante Verlaine avec nostalgie, la translucide liquidité sont autant d'aspirations à la pacification, à l'équilibre intérieur, quand on se sait en proie au doute ou à la fièvre créatrice. Le blanc est évocation radieuse et aveuglante, libératrice et oppressive : sur la neige, la lumière s'amplifie, étincelle jusqu'à blesser le regard. On peut dire que la «vision limpide» pèche par excès de clarté. Elle nettoie l'oeil, mais à la façon d'un bain de vitriol... L'angoisse naît de ce trop-plein de pureté, trop-plein d'innocence. Dans cette matière, comme souvent, c'est l'abondance qui meurtrit et conduit au néant. D'ailleurs, rêve de blanc est ouverture à l'Infini, cet Infini qui est le vide. Mais n'allons pas aussi loin et restons dans les limites d'un monde plus mesuré : sans parler de «néant», je vais dire que la blancheur est source de dangers, de peurs et de repliements sur soi-même (Hergé, Numa Sadoul, Entretiens avec Hergé: Tintin et moi, 1983 - books.google.fr).

Bion reformule ce que l'on peut rapprocher de ce que l'on nommait jusque-là processus primaire (inconscient) et processus secondaire (préconscient et conscient). Il ne distingue pas conscient et inconscient, mais fini et infini (fr.wikipedia.org - Wilfred Bion).

Vargèse

Chamonix est proche de Saint Gervais les Bains. Il y a aussi le forestier Gervais, parrain de Tiennet Depardieu le narrateur, dans Les maîtres sonneurs, de Georges Sand, dont le héros est Huriel. Le Vargèse de Tintin au Tibet serait Saint Gervais les Bains de la Haute-Savoie, pays burgonde, anagramme presque parfait. Dans Cœurs Vaillant n°10 de 1939, on lit "... Jean Vaillant, qui visitait ... la Maison de Repos des Cœurs Vaillants, à Saint-Gervais, en Haute-Savoie, se promenait allègrement... sur les pentes enneigées du Mont d'Arbois, lorsqu'il vit venir à lui, à toute vitesse ... Jo, Zette et Jocko...). C'est parce que Cœurs Vaillants possédait un établissement de repos à Saint-Gervais que cette ville a été choisie pour Jo & Zette et plus tard pour Tintin au Tibet. Il semble que, malgré les états d'âmes de Georges Rémi, l'œuvre d'Hergé présente une certaine continuité (T. Paparanic, Annonce prépublication Tintin au Tibet, 16 mai 2014 - www.forum-tintinophile.com)

Nous retrouvons aussi Charles Nodier, dont le héros de l'Histoire du roi de Bohême et de ses sept châteaux s'appelle Gervais, amoureux d'Eulalie, "les deux aveugles de Chamonix". Dès les premières pages, Nodier se reconnaît plagiaire de Laurence Sterne (Tintin, Hergé et la Croix d’Huriel - L’axe Cheverny - Huriel : saint Gervais  - www.nonagones.info).

"Migou"

Dans la liste des dénominations, il en est une qui est un «nœud» étymologique et phonétique : c'est le surnom de «migou» employé la première fois par le moine Foudre Bénie, ce moine qui «lévite» et qui a des visions. Sur l’origine du mot, la réponse la plus simple est dans le texte (51C1) : elle tient au franchissement d’une frontière à la fois géographique et linguistique. Les héros sont passé du Népal au Tibet où l’Abominable Homme-des-neiges ne s’appelle plus un yéti mais un migou. Cependant, ce terme «migou» reste, d'après D.Quella-Guyot, une vraie énigme. Or, si on se base sur le travail de Poelmeyer, l’expression «Migou» renverrait au terme «migoe» qui signifie «homme sauvage». La traduction s’accorde avec l’idée d’un être primitif et cannibale. Cependant, il faut noter que si Hergé avait été fidèle à la transcription phonétique, il aurait dû écrire «Mikeu» au lieu de «Migou» (Tintin, Hergé et la Croix d’Huriel - L’axe Cheverny - Huriel : saint Gervais  - www.onehope.be).

Notons qu'en langue dravidienne (Inde) "migu" signifie grand, ce qui correspond à la taille du yéti par rapport aux humains (Bulletin de l'École française d'Extrême-Orient, Volume 34, Numéro 2, 1935 - books.google.fr).

Voire Yéti "grand ancêtre".

Il fut un temps où on se demanda si l’homme était apparu sur un continent pour aller ensuite changer de couleur sur les autres continents (monogénisme), où s’il n'était pas apparu simultanément, ou à peu près simultanément, sur plusieurs continents, chaque homme ayant sur chaque continent sa couleur propre (polygénisme). Le polygénisme fut bientôt rejeté, parce qu'il tenait trop du miracle : comment le même accident (l’homme) aurait-il pu se produire, à peu près semblable, en des points différents ? Au polygénisme on préféra le monogénisme, quels que soient les problèmes soulevés par la diversification tardive de l'espèce humaine en races, dans la théorie monogéniste.

Mais supposons que l’homme, au lieu d’être l'accident, soit l’expression du désir profond de la terre entière. Du coup, le soi-disant miracle n'a plus rien de miraculeux : la même terre engendre, de façon tout à fait normale, des hommes à peu près semblables, et cependant différents, parce que nés en des lieux, des milieux différents. Supposons maintenant que l'homme puisse être, après tout, l'expression du désir le plus profond de l’univers tout entier. Rien d'étonnant dans ce cas à ce que les hommes d’un seul et même univers apparaissent à peu près semblables, quoique différents parce que nés de terres différentes (René Laurenceau, Polygénisme, Lumières Dans La Nuit N° 185, 1979 - archive.org).

En 1968, il y aura Vol 714 pour Sydney, 22e album de bande dessinée de la série Les Aventures de Tintin (fr.wikipedia.org - Vol 714 pour Sydney).

Conclusion : Sambre et Meuse et le figuier maudit

Haddock chante à la fin "nous voilà au bout de nos peines" alors que Alexandra David-Neel dira le contraire "nous n'étions qu'au commencement de nos peines" au pays des "brigands gentilhommes" du Tibet (Alexandra David-Néel, Grand Tibet et vaste Chine: récits et aventures, 1999 - books.google.fr). Il chante au début sur la route des montagnes Sambre et Meuse.

Nationalisme et héritage de la Révolution s'allient. Ainsi lorsqu'en 1879 Robert Planquette écrit Le Régiment de Sambre et Meuse, chanson devenue célèbre "Tous ces fiers enfants de la Gaule Allaient sans trêve [...] au cri de Liberté [...] qui l'a conduit à l'immortalité." Cette ascendance gauloise, en venant à prendre des aspects racistes, par exemple chez Paulin-Méat, chez Sculfind de Beaurepas ou chez Jaffrennou, sera considérée avec ironie par des intellectuels catholiques ou par Anatole France. Léon Gautier, par exemple, écrit dans La Littérature catholique et nationale : "Il ne manque point, parmi nous, d'historiens et de critiques qui rapportent à la race celtique toutes les qualités comme tous les travers de notre intelligence. Suivant ces juges étranges, nous serions encore aujourd'hui de véritables Celtes que le christianisme, Rome et les Germains auraient à peine touchés. [...] Jeanne d'Arc est une Gauloise gardez-vous d'en douter. M. Henri Martin qui l'affirme est un Gaulois. [...] Singulière doctrine. [...] Il est trop évident que notre civilisation se compose de quatre éléments distincts celtique, romain, gemnanique et chrétien" (André Simon, Vercingétorix et l'idéologie française, 1989 - books.google.fr).

Le cacatholique Tintin n'est pas raciste, il part à la conquête religieuse du Tibet et sa religion, pour lesquels Hergé, à travers Haddock ("Grand Sachem", "Grand Mufti", etc.), montre son mépris. Le bouffon-Haddock est là pour dire ce que l'on n'ose dire sérieusement : tu l'as dit, bouffon !

Tintin, plus courageux qu'un sherpa, plus pur que les purs bouddhistes, ne se reconnaît que dans son autre-miroir le converti Tchang. Envisager la mort de Tchang, c'est envisager sa propre mort : inacceptable pour un vivant bien portant, encore plus pour un héros dont le créateur n'envisage pas la disparition comme le fit Conan Doyle pour Sherlock Holmes (Philippe Ratte, Tintin ou l'accés à soi, 2015 - books.google.fr).

Y-a-t-il une rencontre de Tintin avec un Tibétain ?

Tout ce qui constitue véritablement l'autre, la pensée, les coutumes, ce qui constitue LE problème, doit laisser la place à la supériorité crétine : les villages du Tibet portent des noms belges tibétinisés. La montagne himalayenne est crétinisée bouffonnement par les débats entre ange gardien et démon présents dans la psyché de Milou (Eudes Girard, Une lecture de Tintin au Tibet, Études, 2009/7-8 (Tome 411) - www.cairn.info).

Le jaune de l'écharpe de Tchang renverrait au jaune de l'ange Raphaël ("Dieu guérit" en hébreu) avec la comparaison entre Tobie et son chien et Tintin et Milou (www.nonagones.info - Tintin, Hergé et la Croix d’Huriel - Tournesol ou l’ange Raphaël : Le Trésor de Rackham le rouge).

Un tableau acheté par Pedro Madrazo, directeur du Musée royal de Madrid, en 1875 à une vente à Salamanque peut donner une indication :

Tobie et l'ange. Le jeune homme marche appuyé sur son bâton et tient un poisson par les ouïes; un beau chien de chasse le suit. Il est vêtu d'une robe verte et d'un manteau jaune et porte un petit bonnet en velours violet. L'archange Raphaël, vêtu d'une robe noire avec écharpe jaune et manteau rouge, est aussi muni d'un bâton de voyage. Il indique du doigt le chemin à suivre (A. Lavice, Revue des Musées d´Espagne, 1864 - books.google.fr).

Tchang a habité la rue Raphaël (sans doute le peintre) à Anderlecht en 1931. Il avait pris connaissance du peintre dans ses années de collège en Chine (Jean-Michel Coblence, Tchang Yifei, Tchang ! Comment l'amitié déplaça les montagnes, 2003 - books.google.fr).

Bartolomé Esteban Murillo (Séville probablement le 31 décembre 1617 – Séville, le 3 avril 1682) est un peintre baroque espagnol du XVIIe siècle. Il est avec Diego Vélasquez, Francisco de Zurbarán et José de Ribera l'un des principaux représentants du Siècle d'or en peinture et le chef de file de l'école de Séville, second centre artistique de l'Espagne au XVIIe siècle après Madrid (fr.wikipedia.org - Bartolomé Esteban Murillo).

Hergé donne à entendre la symétrie des deux personnages par rapport à Tintin : Tournesol en situation de père, Tchang en position de fils, tous deux adoptifs, bien sûr. On comprend que Tournesol, qui a fait de Tintin son fils spirituel (c'est manifeste dans toute l'aventure lunaire, au point d'y partager avec lui l'autorité), n'ait aucune envie de voir ce fils décider de se reconnaître désormais non plus en référence à une image paternelle adoptive, mais en sa propre descendance (ou fraternité) adoptive, Tchang (Philippe Ratte, Tintin, ou, L'accès à soi, 2015 - www.google.fr/books/edition).

Et qui donc est plus capable qu'un père spirituel, de donner des consolations ? En suivant les bons conseils de cet homme sage, le jeune homme ne s'exposera pas à passer pour un étourdi, comme il arrive à cet âge, où les talents déjà acquis, ne sont pas accompagnés de l'expérience : Gens absque consilio et prudentia. Utinam saperent et intelligerent, et novissima providerent ! (Deuter. XXXII, 28 et seq.). Le père spirituel donnera à son pénitent, autant qu'il le pourra, les mêmes instructions que l'archange Raphaël donnait à Tobie, et qui lui furent d'une si grande utilité que, dans l'excès de sa reconnaissance, il disait à son père : Quid illi ad hæc poterimus dignum dare (Tob. XII, 3.) ? L'oeil de l'homme de bien, illuminé par la lumière divine, en vertu de son saint ministère, découvrira tous les moyens de salut qui vous sont nécessaires, o bien aimé jeune homme, et il vous les communiquera avec plus de zèle et de clarté que ne pourraient le faire toutes les sectes philosophiques (Angelo Antonio Scotti, Homélies adressées aux jeunes gens pour leur servir de lectures spirituelles, 1863 - books.google.fr).

Tintin/Tchang et Tobit/Tobie ainsi que Tibet/Tobie. Tintin aura l’œil sur l’œil de la tête de yack où se trouve la tanière du yéti. Tobie soignera les yeux de son père Tobit avec le fiel du poisson péché dans le Tigre (œil du tigre) sur les indications de l’ange.

Chez Proust, Charlus se positionne comme le père spirituel de Morel, son amant, s'identifiant à l'ange Raphaël, nom qui est d'abord celui de l'ange avant que d'être celui du peintre, cité avec Vélasquez et Boucher(Jean Paul Enthoven, Raphaël Enthoven, Dictionnaire amoureux de Marcel Proust, 2019 - www.google.fr/books/edition).

Pas d'entrée "Murillo" dans ce dictionnaire.

Le comte Gabriel de La Rochefoucauld, prince bavarois de La Rochefoucauld, naquit à Paris, le 13 septembre 1875. Tout comme son père, il fut l'ami de Marcel Proust qu'il rencontra dans le courant de l'année 1901, et qui en fera l'un des nombreux modèles de Saint-Loup. Gabriel avait rencontré Proust lors d'une soirée mondaine et sa curiosité avait été suffisamment éveillée pour qu'il demandât à la personne avec laquelle il quittait cette soirée : «Quelle sorte de personne est ce Marcel Proust ? - C'est le plus extraordinaire tempérament littéraire qui ait peut être existé» déclara le sentencieux ami. «J'accueillis le propos avec bienveillance et scepticisme», écrira Gabriel longtemps après, «mais la seconde fois que je vis Proust, je pensai aussitôt à cette parole, dans laquelle j'ai vu depuis une prédiction». Il devint un des intimes du grand écrivain et participait aux grands diners que donnait Proust, chez sa mère au 45, rue de Courcelles. [...] La Maison du prince de La Rochefoucauld, rue Murillo était très cotée ; il se montrait un excellent maître de Maison, veillant au plaisir de ses hôtes, attentif auprès des femmes. Le Tout-Paris se bousculait dans ses salons ; on y rencontrait toute l'aristocratie et le monde de la littérature, Proust, Montesquiou, Barrès, Bourget, etc. (Georges Martin, Histoire et généalogie de la maison de La Rochefoucauld, 1975 - books.google.fr).

Le grand raid qui suivit commença un peu avant minuit, le 30 janvier 1918, au moment où Proust quittait la demeure de Gabriel de La Rochefoucauld, rue Murillo, après une exécution du second quatuor de Borodine. Une fois encore Proust eut l'occasion de jouir du même spectacle sublime, car son taxi tomba en panne, avenue de Messine, et il dut battre le pavé pendant une demi-heure. Lorsqu'il regagna enfin le 102 boulevard Haussmann, il proposa gentiment au chauffeur, qui était âgé : «Si vous avez peur de rentrer, je peux vous coucher dans mon petit salon.» Mais le vieil homme était sourd, et, sans prendre garde autour d'eux, il répliqua : «Oh ! non, je pars pour Grenelle. Ce n'est qu'une fausse alerte, et il n'est rien venu du tout sur Paris». Au même moment, une bombe explosa à proximité (George Duncan Painter, Marcel Proust, Tome 2 : Les annees de maturite (1904-1922), 1966 - books.google.fr).

Toby means buttocks; “tickle toby” is roughly equivalent to the modern “kick ass.” Laurence Sterne's Tristram Shandy, a work Barham knew well, has a passing reference to “Tickletoby's mare,” which is traceable to Tappecoue's mare in Rabelais' Gargantua and Pantagruel IV.XIII. The name Tappecoue, suggestive of tape—cul (literally, “smack— ass”) was translated by Sir Thomas Urquhart as “Tickletoby.” (Richard Harris Barham (1788 - 1845), The Ingoldsby Legends, Tome 1, 2013 - www.google.fr/books/edition).

Pour Laurence Sterne cf. www.nonagones.info - La Vraie Langue Celtique de l’abbé Henri Boudet - Etudes particulières de psaumes - Tintin et ses sept châteaux, ou plus. L’oncle de Tristram s’appelle Toby.

A côté de l'heureux ménage des parents de Tristram, se place l'oncle Toby Shandy, un ancien capitaine blessé au siège de Namur, qui passe son temps à élever des citadelles dans son jardin et à discuter les moyens de les attaquer et de les défendre (Paul Prat, Histoire de la littérature, 1891 - books.google.fr).

Maistre François Villon sus ses vieulx jours se retira à Sainct Maixent en Poictou , soubs la faveur d'un homme de bien, abbé du dict lieu. Là, pour donner passe-temps au peuple, entreprint faire jouer la Passion en gestes et language poicievin. Les roles distribués, les joueurs recolés, le ihéâtre préparé, dist au maire et eschevins, que le mystère pourroit estre prest à l'issue des foires de Niort, restoit seulement trouver habillements aptes aux personnages. Les maire et eschevins y donparent ordre. Il, pour un vieil paysan habiller qui jouoit Dieu le père, requist frère Estienne Tappecoue, secretain des cordeliers du lieu, lui prester une chape et estole. Tappecoue le refusa, alléguant que par leurs statuts provinciaulx estoit rigoureusement défendu rien bailler ou prester pour les jouants. Villon répliquoit que le statul seulement concernoit farces, momeries et jeux dissolus; et que ainsi l'avoit vu practiquer à Bruxelles et ailleurs. Tappecoue ce nonobstant, lui dist peremptoirement, que ailleurs se pourvust, si bon lui sembloit, rien n'espérast de sa sacristie. Car rien n'en auroit sans faulte. [...]

Ainsi estoit traîné à escorchecul par la poultre [jument effrayée par des acteurs grimés en diables envoyés par Villon] tousjours multipliante en ruades contre lui, et forvoyante de paour par les haies, buissons, et fossés. De mode qu'elle lui cobbit toute la teste, si que la cervelle en tomba près la croix Osan nière; puis les bras en pièces, l'un ça, l'aultre là, les jambes de mesme, puis des boyaulx feit un long carnage : en sorte que la poultre au convent arrivante, de lui ne portoit que le pied droict et solier entortillé (Pantagruel, Chapitre XIII) (Les Oeuvres de François Rabelais : Pantagruel, Tome 2, 1854 - books.google.fr).

On pense aussi, comme étole, à l'écharpe blanche donnée par le Grand Précieux à Tintin à grands sons de trompes.

Jaune et blanc,

Couleurs du vatican.

Il y aurait des choses à faire sur la Belgique dans Tristram Shandy.

Thomas Urquhart de Cromarty (ou Urchard, 1611–c. 1660) est un écrivain et traducteur écossais, principalement connu pour ses traductions de Rabelais (fr.wikipedia.org - Thomas Urquhart).

"...voiture à deux roues, espèce de char-à-bancs connu en Bourgogne sous le nom de tapecul" (Les Dahlias, choix de nouvelles, contes et légendes en vers et en prose, 1844 - www.google.fr/books/edition).

Idem en Provence "char à banc" : tapo-cuou (tapo-quiéu) (Frédéric Mistral, Lou tresor dou Felibrige ou Dictionnaire provencal-francais, 1878 - www.google.fr/books/edition).

Encore qu'en Wallonie le tapecou est plutôt une trappe (qui bascule) (Charles Marie Joseph Grandgagnage, Auguste Scheler, Dictionnaire etymologique de la langue wallonne, Tome 2, 1880 - www.google.fr/books/edition).

Mais quand on le voit se hasarder sur ces fameuses «traverses» de Bretagne, on imagine quels ont pu être les moyens de locomotion occasionnels, carrioles suspendues ou non, charrettes couvertes ou non, ou encore le rustique char à banc dont le point commun est l'inconfort le plus total ; pour aller de Concarneau à Fouesnant Flaubert relate : "on trouva d'abord la voiture, puis un homme pour nous conduire, puis le cheval et enfin des harnais. Après que tout se fut ajusté l'un dans l'autre à grand peine, nous nous juchâmes dans le tape-cul" (Jean Cuisenier, François Hippolyte Lalaisse, Tome 1, 2002 - books.google.fr).

Pour Tintin, Tchang et Flaubert cf. www.nonagones.info - Tintin, Hergé et la Croix d’Huriel - Le Lotus Bleu ou l’hospitalité.

Le Grand Précieux cite même l'évangéliste Marc 11, 22-23. Que cache cette citation ?

Dans les Evangiles nous rencontrons le figuier maudit et desséché (Marc XI, 12-14; 20-26); l'acte accompli ici par Jésus rentre dans la catégorie de la prière sans en avoir la forme (vers. 24). Remarquons qu'en annonçant au verset 14 la chute du peuple juif, Jésus parle en juge, tandis qu'au verset 25 insistant sur l'amour, il indique le rôle de ses disciples. Ce qu'il peut faire comme envoyé de Dieu n'appartient pas à ses disciples; à eux la prière de la foi faite dans un esprit de charité. On donne à ce passage, ce me semble, un sens forcé. Il règne ici une confusion de plusieurs paroles de Jésus prononcées à différentes occasions. Il n'y a pas de rapport entre l'acte symbolique du figuier maudit et la foi qui transporte les montagnes ou la prière de la foi et le pardon des offenses. Cet amalgame se retrouve, quoique moins étendu, chez Matthieu XXI, 10-22. Il paraît être dû à la source commune des deux évangélistes qui a accolé plusieurs articles hétérogènes dans une même section. Au reste, ce phénomène se reproduit à chaque pas dans les synoptiques; on n'a qu'à se souvenir du sermon de la montagne (F.C.J. Van Goens, La prière d'après le Nouveau testament, Revue de théologie et de philosophie, Volume 21, Schweizerische Geisteswissenschaftliche Gesellschaft, 1888 - books.google.fr).

L’arbre de la Bodhi est un arbre important dans le bouddhisme, car c'est sous cet arbre, ficus religiosa, qui se trouve à Bodhgaya que le Bouddha atteignit l'éveil (ou l'illumination), un état appelé bodhi. Cet arbre fait l'objet d'une grande vénération parmi les bouddhistes, et des foules de pèlerins viennent pour le voir et se recueillir tout au long de l'année (fr.wikipedia.org - Arbre de la Bodhi).

Pour un autre figuier cf. Oliveira da Figueira dans les Cigares du Pharaon (www.nonagones.info - Tintin, Hergé et la Croix d’Huriel - Les Cigares du Pharaon : esclavage et résurrection).

Chez Marc, suite à l'épisode du figuier, Jésus chasse les marchands du temple.

Ils arrivèrent à Jérusalem. Entrant dans le Temple, se mit à chasser ceux qui vendaient et achetaient dans le Temple. Il renversa les tables des changeurs, et les sièges de ceux qui vendaient des colombes. Et il ne laissait personne transporter d’objet à travers le Temple. Il les enseignait, en disant : “N’est-il pas écrit : Ma maison sera appelée une maison de prière pour toutes les nations ? Mais vous, vous en avez fait une caverne de voleurs.” Les grands-prêtres et les scribes entendirent et cherchaient comment le faire périr ; car ils le craignaient, parce que toute la foule était frappée par son enseignement. Quand le soir vint, il sortit de la ville. (11,15-19) (www.aularge.eu).

 

Jacob Jordaens, Le Christ chassant les marchands du Temple (vers 1650), Paris, musée du Louvre - fr.wikipedia.org - Jacob Jordaens

La trivialité plébéienne de la toile n'exclut pas la réflexion théologique : un museau bovin pointe derrière la figure du Christ. La couleur de l'animal n'est pas fortuite : elle fait sans doute allusion au sacrifice de purification évoqué dans le livre des Nombres (19) et que l'épître aux Hébreux interprète à la lumière de la Passion. Comme la vache rousse immolée hors du camp, Jésus, "pour sanctifier le peuple par son propre sang, a souffert hors de la porte» de la ville" (He 13,12) (La Bible de Jérusalem: 20 siècles d'art, Partie 2, 2009 - books.google.fr).

Jacob Jordaens (en français parfois Jacques Jordaens et en néerlandais Jacobus Jordaens) est un peintre et graveur flamand, né le 19 mai 1593 à Anvers, où il meurt le 18 octobre 1678. Il est contemporain de Murillo (fr.wikipedia.org - Jacob Jordaens).

Qui ne sait de quoi le respect religieux est capable, et qui ne comprend pas que des adorateurs passionnés aient pu d'eux-mêmes ramasser les cheveux d'un maître presque divin ? Les Buddhistes du Tibet sont allés dans cette voie aussi loin que cela était possible; et le stupide respect qu'ils ont pour leurs Lamas les a prosternés devant les plus dégoûtantes reliques qu'ait inventées la superstition humaine. Dira-t-on que le pur et chaste Çakyamuni a inventé ce culte ignoble, et n'est-ce pas plutôt par une suite de pitoyables analogies que les Tibétains sont descendus aussi bas ? Les légendes qui rapportent que les disciples da Çakyamuni recueillaient ses cheveux et des débris plus impurs encore s'expliquent donc d'elles-mêmes par cette ferveur d'adoration qui n'a jamais manqué dans l'Inde (Eugène Burnouf, Introduction à l'histoire du buddhisme indien, 1876 - books.google.fr).

Pourquoi Hergé tenait-il tant au titre Le Museau de la vache pour l'album Tintin au Tibet ? Selon Smolderen et Sterck, c'est "à contrecœur qu'il a fini par se résoudre à abandonner son premier titre, Le Museau de la Vache, quand on lui a démontré noir sur blanc que les titres où figuraient le nom de Tintin  se vendaient mieux que les autres." (www.onehope.be).

Marc 11-16 raconte les derniers jours de Jésus.

Si, traditionnellement, le récit de la passion commence en Mc, XIV, 1, il faut noter que les indications chronologiques et topographiques qui scandent le ministère de Jésus à Jérusalem commencent au ch. XI, pour disparaître curieusement aux ch. XII et XIII et réapparaître aux ch. XIV-XVI. Elles suggèrent, si on les combine, «une sorte d'emploi du temps régulier que Jésus aurait suivi pendant quelques jours», qui constituent même une octave ou «semaine sainte», ainsi que l'a compris et gardé pour l'essentiel la liturgie chrétienne. Toutefois, l'accumulation des faits et paroles rapportées à propos du troisième jour rend, dans la rédaction actuelle de Mc, XI-XVI, ce schéma hebdomadaire invraisemblable :

1 : XI, 1-11 : entrée messianique à Jérusalem.

2 : XI, 12-19 : malédiction du figuier ; purification du temple.

3 : XI, 20 - XIII, 37 : figuier desséché ; controverse sur l'autorité ; parabole des vignerons homicides ; controverses sur le tribut, la résurrection, le plus grand commandement, le fils de David ; apostrophe contre les scribes et parole sur la pauvre veuve ; discours apocalyptique.

4 : XIV, 1-11 : complot ; onction à Béthanie ; proposition de Judas.

5 : XIV, 12-72 : préparation de la pâque et dernière Cène ; arrestation et comparution devant le Grand Sanhédrin.

6 : XV, 1-47 : comparution devant Pilate ; passion, mort.

7 : XVI, 1 : sabbat.

8 : XVI, 1-8 : tombeau vide au matin de la résurrection.

On note le peu d'intérêt manifesté ailleurs dans Mc pour une continuité topographique et chronologique par le rédacteur final, et de la difficulté présentée par l'encombrement de la troisième journée à Jérusalem (Cahiers, Volumes 15 à 17, 1975 - books.google.fr).

Marc 12, 20 : "Il y avait 7 frères". Voilà donc le cas. Le cas en question. Le cas en question rappelle curieusement tant le livre de Tobie (chapitre 3, où une femme, Sarra, survit à sept maris) que les Maccabées (2 M 7) où sept frères acceptent de mourir tout en proclamant généreusement leur foi en la résurrection. Ces associations, si elles étaient présentes à l'esprit des interlocuteurs, ajoutent au tour ironique qui traverse la question et le cas exposé (Benoît Standaert, Évangile selon Marc: ptie. Marc 11, 1 à 16, 20, 2010 - books.google.fr).

Avec un peu de curiosité, l'illusion de compréhension mutuelle et de respect de l'autre se dissipe. Cacatholique, c'est dégueulasse, comme son nom l'indique. Le rôle que les aventures de Tintin ont est plus intéressant que la vie psychanalytique du trou du cul d'Hergé.