Partie XI - La Vraie Langue Celtique de l’abbé Henri Boudet   Etudes particulières de psaumes   Excursion en Syldavie : Le Sceptre d’Ottokar, réaction chimique   
LA VRAIE LANGUE CELTIQUE BOUDET TINTIN SCEPTRE OTTOKAR CHIMIE

www.nonagones.info se propose d'interpréter le Sceptre d'Ottokar comme réaction chimique, plutôt qu'alchimique. Les différentes réactions présentées ici mises en parallèle les événements de l'album sont un peu disparates, mais elles sont centrées sur les rapports entre alkali et acide. Le pélican et l'alambic plongeront ces suppositions dans l'histoire de la chimie, chimie qui n'est une spécialité de l'auteur de cet article.

A la suite de l'Île noire qui aurait un certain rapport avec La Fée aux Miettes de Charles Nodier, on s'en inspire encore en s'appuyant sur l'Histoire du roi de Bohême et ses sept châteaux.

Le Roi de Bohême et ses sept châteaux et dédoublement

Cette avance trouve son expression surtout dans les essais théoriques de Nodier, et dans son œuvre expérimentale, bien que satirique, L'Histoire du roi de Bohême et de ses sept châteaux. La critique de cette œuvre révèle qu'elle ne fut pas comprise, probablement même pas lue en entier sauf par quelques amis fidèles. Quarante ans plus tard, le terrain était préparé pour l'expérimentation linguistique et littéraire visant à des sensations directes sans compréhension intellectuelle ainsi qu'à la participation active du lecteur. Les Illuminations restent toujours hermétiques, mais elles sont acceptées comme œuvre d'art. Dans le Roi de Bohême, contenant une série de pastiches délibérés et publiés ouvertement comme tels, Rimbaud put trouver tout d'abord la défense du pastiche et de l'inspiration par les idées d'autrui pour arriver à une création originale, dispensant l'auteur de toute reconnaissance de dette. On y trouve un élément autobiographique intéressant : le dédoublement de la personnalité, Théodore étant son imagination, Don Pic de Fanferluchio sa mémoire, et Breloque, son jugement. Elément que nous retrouvons dans «Délires» de la Saison en Enfer, où l'interprétation selon laquelle la Vierge Folle et l'Epoux Infernal Rimbaud, se rapproche sans doute, plus de la vérité que l'interprétation réaliste attribuant ces rôles à Rimbaud et à Verlaine. Nous tenons à ajouter que la signification du symbolisme de l'œuvre de Nodier devient évidente à l'aide d'une comparaison avec un passage tiré de son essai «De la Palingénésie humaine», qui constitue sa confession de foi. Nodier croit que la création du monde n'est pas finie, l'homme est un être incomplet, et l'être compréhensif sera le résultat de la progression harmonique de la création future. Cet être compréhensif possédera les «sens intelligentiels de la mémoire, de l'imagination et du jugement» (M.L. Schoenfeld, Sur l'inspiration de Rimbaud dans sa Lettre du Voyant, Zeitschrift für französische Sprache und Litteratur, Volume 83, 1973 - books.google.fr).

Bande dessinée

Ce n'est guère un hasard si les années sont témoin de la naissance d'un équivalent de l'excentricité narratologique dans un genre qui croise les domaines textuel et iconique. En effet, la bande dessinée – innovation sémiotique où l'excentricité est inhérente, en ce qu'elle lance un dé à la suprématie du texte – émerge précisément au moment où la deuxième génération après Sterne de l'excentricité littéraire connaît son apogée dans l'Histoire du roi de Bohême de Charles Nodier (1829). La bande dessinée naît sous la plume de Rodolphe Töper avec ses premières «histoires en estampes» : Les Amours de Mr. Vieux Bois (1827), Docteur Festus (1829), Mr. Cryptogame (1830), Mr. Jabot (1831), Mr. Pencil (1831)... Töpffer souligne l'aspect novateur de l'interdépendance sémiotique texte-dessin dans ces «petits livres [...] de nature mixte» dans lesquels : Les dessins, sans ce texte, n'auraient qu'une signication obscure; le texte, sans les dessins, ne signierait rien. Le tout ensemble forme une sorte de roman, d'autant plus original qu'il ne ressemble pas mieux à un roman qu'à autre chose (Susan Pickford, Le voyage excentrique: Jeux textuels et paratextuels dans l'anti-récit de voyage, 1760-1850, 2018 - books.google.fr).

L'ouvrage du Roi de Bohême est né de la rencontre, de l'entente et de la connivence d'un écrivain de fantaisie et d'humour inquiets, d'un éditeur plus épris de ses livres que de ses gains et d'un artiste qui, après des débuts classiques de graveur sur cuivre, se tournait vers une technique nouvelle qu'il allait contribuer à faire triompher. L'éditeur Delangle était très lié avec Nodier qui avait assumé chez lui la direction d'une collection de «Petits Classiques français» d'une typographie très élégante (1825-1826) et lui avait confié de 1827 à 1829 la publication de plusieurs de ses ouvrages, dont ses Poésies, également très soignées. Nodier connaissait bien Johannot qu'il recevait à l'Arsenal. Il appréciait la souplesse de ses dessins. [...] Depuis une dizaine d'années une nouvelle technique de gravure en relief, importée d'Angleterre, tentait de s'imposer : la taille au burin sur bois de bout, c'est-à-dire perpendiculairement au fil du bois, permettait des gravures d'une finesse très supérieures. [...] Tony Johannot, avec la collaboration de l'excellent graveur Porret, brisa d'un seul coup les contraintes de la tradition par un dessin lisible et élégant, «un trait simple avec un emploi modéré de hachures, comme de libres croquis à la plume», par une étonnante variété de styles et de tons, passant du mondain au rustique, du familier au fantastique, du badin au burlesque, du sentimental au tragique. Mais la grande nouveauté fut l'extrême souplesse de la mise en page : refus systématique des vignettes têtes de page ou culs-de-lampe. Les cinquante gravures sont semées dans le texte avec un caprice apparent. Mais en fait les intentions de l'auteur sont saisies et mises en valeur avec autant de respect que d'ingéniosité. Aristide Marie voit juste quand il écrit : «Nul doute que cet étrange livre n'ait été exécuté dans une étroite communion de vues entre l'auteur et le vignettiste» (Simon Jeune, Le roi de Bohême et ses sept châteaux : livre-objet et livre ferment, Charles Nodier: Colloque du deuxième centenaire, Besançon, mai 1980, 1981 - books.google.fr).

Tristram Shandy et la chimie

C'est dans Tristram Shandy qu'on lit l'Histoire du roi de Bohême et de ses sept châteaux (1. V, ch. 263), contée dans une quinzaine de pages par le caporal Trim, qui (à force d'être interrompu par son capitaine Toby) ne parvient pas à dépasser la phrase : Il était un certain roi de Bohême... Or, Charles Nodier a trouvé le moyen de pousser cette mystification plaisante jusqu'aux dernières limites, dans son Histoire du roi de Bohême et de ses sept châteaux, parue à Paris en 1830 (Lazar Saineanu, Problèmes littéraires du seizième siècle: Le Cinquième livre, Le moyen de parvenir, Les Joyeux devis, 1927 - books.google.fr).

Balzac fait un lien entre le père de Tristram Shandy, Walter (Gauthier) et la chimie avec son conte La dernière fée.

Il était une fois un chimiste et sa femme qui faisaient bon ménage ensemble; le mari aimait les creusets, la femme chérissait les cornues, d'où il s'ensuivait qu'ils menaient la vie la plus agréable du monde. Voilà qui sonne juste, avec une pointe d'ironie. Quelle ironie ? C'est ici la version B nous fournit une indication précieuse. Par un beau jour de printemps, en effet, lisait-on dans la première, un rayon de soleil entre dans le laboratoire; le chimiste se détourne de ses instruments et regarde sa femme en train de feuilleter le Cabinet des Fées. Des idées lui viennent, la vie lui apparaît sous un jour nouveau : Il lui en coûta bien des fioles [...] il cassa plus d'une bouteille, et la paix du laboratoire fut troublée pour la première fois depuis cinq ans. Le chimiste répandit je ne sais combien d'ingrédients et son feu s'éteignit. La femme du chimiste, semblable à Psyché qui reçoit le premier baiser de l'amour, ne dit rien, mais quelques mois après elle cria si fort [etc...]. Ainsi naquit Abel. On sera sans doute surpris de voir un conte merveilleux commencer sur ce ton. En fait, il s'agit là de l'une des plus anciennes tentations de Balzac. Ce genre de plaisanterie foisonnait dans Une Heure de ma Vie et dans les deux premiers romans. Tant qu'il ne s'agissait, toutefois, que de romans gais ou parodiques, on acceptait sans trop de gêne de voir notre auteur recourir aux mêmes facilités que Victor Ducange et Pigault-Lebrun. Dans Le Vicaire, roman sentimental, on était déjà moins à l'aise devant les commentaires sur les servantes de curé. Cette fois encore, il n'a pu résister. Et il ne s'agit nullement d'une «erreur» de premier jet, puisque, dans la seconde édition, il a corsé son texte en ajoutant après la description du rayon de soleil : «Les pensées du chimiste étaient aussi nombreuses, aussi remuantes que les essaims, de manière que la douce influence de l'air leur donna une direction toute opposée à celle qui d'habitude les portait au cerveau; le chimiste regarda donc sa femme». Et surtout, il nous a donné la clef de ce passage, avec ses raisons d'y tenir :

Il n'a été donné qu'à Sterne de faire lire le premier Tristram Shandy sans que fille, femme ou mère ou prêtre puisse en rougir; cette observation n'est à d'autre fin que de prévenir que je n'essaierai pas de refaire ce qu'il a si bien fait, mais qu'il me soit permis de dire qu'il n'y avait pas de pendule chez notre chimiste, et qu'alors aucune circonstance malheureuse ne troubla la conception de l'héritier présomptif du chimiste ainsi qu'il arriva à ce pauvre Tristam. Cela étant, la femme de notre savant eut un enfant beau comme le jour (version B, I, p. 12-13).

Le père de Tristram remplit une fois par mois ses devoirs conjugaux, le même jour qu'il remonte la pendule de l'escalier.

On sait combien Balzac était pénétré de Sterne, dont la paraphrase de l'histoire du Roi de Bohème, par Nodier, devait, en 1830, lui inspirer l'admiration que l'on sait, et qui devait lui fournir le serpent-épigraphe de La Peau de Chagrin. Mais dès 1820-23, l'auteur de Tristram est l'un de ses phares, et pas seulement comme fournisseur de plaisanteries gaillardes. C'est lui qui a inspiré les commentaires de Wann-Chlore sur les domestiques qui sont «d'humbles amis»; c'est de lui, dans ce même roman, que vient l'idée de «prédestination», et dans un passage abandonné on pouvait lire : «La mort de Wann était évidemment prochaine. Sir Charles voulut essayer d'un remède. Il s'approcha du lit et lut à Wann le passage de Sterne où ce profond historien du cœur humain a raconté l'histoire de l'homme aux deux femmes». Or, non seulement ce passage, qui se réfère au sermon sur Le Lévite et sa concubine, nous indique l'une des sources du roman (terminé en même temps que La Dernière Fée), mais surtout il nous montre un Balzac sensible, autant qu'à l'humour de Tristram, aux observations morales et psychologiques des Sermons et des Lettres à Eliza Draper. Le Sterne du remontage de l'horloge et de l'âne qui regimbe (dont il sera question dans La Peau de Chagrin), est aussi le Sterne sensible et sentimental, et il est particulièrement intéressant, au printemps 1823, de constater chez notre jeune auteur cette double attirance. Roman poétique, comme nous le verrons plus loin, La Dernière Fée s'ouvre sur cette notation vigoureuse qui nous montre un Balzac encore fortement engagé dans la tradition intellectualiste et critique du dix-huitième siècle (Pierre Barbéris, Les Mystères de La dernière fée, L'Année balzacienne, 1964 - books.google.fr).

Déjà dans Tristram, il est question de produits chimiques à usage médical. Walter Shandy s'en prend à Hippocrate et à Lord verulam (Francis Bacon) :

En deux traits lancés, l'un contre Hippocrate, l'autre contre lord Verulam, mon père acheva l'affaire. Le trait lancé au prince des médecins, par lequel il commença, n'était qu'une courte insulte à propos de sa plainte dolente de l'ars longa, — et vita brevis. — La vie courte, s'écria mon père, et l'art de guérir long! Et qui devons-nous remercier de l'un et de l'autre, si ce n'est l'ignorance des charlatans eux-mêmes, — et leurs tréteaux chargés d'orviétan chimique, et de bagage péripatèticien, avec lequel, dans tous les temps, ils ont commencé par flatter le monde, et flni par le tromper. — O my lord Verulam ! s'écria mon père, quittant Hippocrate, et dirigeant son second trait sur lui comme sur le principal des vendeurs d'orviétan, et le plus convenable pour faire un exemple, — que te dirai-je, mon grand lord Verulam ? que dirai-je de ton souffle intérieur, — de ton opium, — de ton salpêtre, — de tes onctions grasses, - de tes purgatifs, le jour,- de tes clystères, la nuit, et de tes succedaneum ? (Laurence Sterne, Vie et opinions de Tristam Shandy par Sterne, traduit par Léon de Wailly, 1842 - archive.org).

Hieronymo Ferranti (d'Orviéto), plus connu sous le nom de l'Orviétan, où l'on confondait en une seule dénomination le triacleur et son remède. L'Orviétan florissait à Paris sous Henri IV et Louis XIII, mais il est probable qu'il y eut toute une lignée de charlatans portant le même surnom, et dont chacun se prétendait propriétaire exclusif du fameux antidote. Tous l'avaient sinon inventé du moins perfectionné. Tous aussi devaient se dire natifs d'Orviéto, d'où la drogue avait pris son nom. Ce Hieronymo Ferranti ne fait qu'un sans doute avec le Hieronymo de Bologne, dont le chroniqueur l'Estoile nous parle au long en l'année 1601. Le prénom est le même, et les épreuves auxquelles il se soumettait sont les mêmes ; la nationalité est la même aussi. Il avait peut-être commencé par se dire de Bologne, à cause de la célèbre Faculté de médecine de cette ville ; il se sera dit ensuite d'Orviéto pour mieux s'identifier avec son électuaire (Lancette française: Gazette des hopitaux civils et militaires, Volume 63, Numéro 1, 1890 - books.google.fr, Jacques de Solleysel, Le parfait maréschal, 1754 - books.google.fr).

Pélican, jumeaux, alambic

Nous nous attarderons sur une oeuvre du même genre beaucoup moins connue et dont il n'existe que quelques rares exemplaires: il s'agit du Cours de chymie de Pierre Thibaut. Le frontispice nous intéresse au premier chef car c'est l'occasion de découvrir plusieurs appareils de verrerie dont le chimiste se servait quotidiennement au laboratoire. Sur une double étagère située à la partie supérieure de la gravure, on reconnaît l'alambic, le pélican ainsi que les vases gémeaux, sorte de double alambic assurant une fonction semblable à celle du pélican, c'est-à-dire un brassage permanent entre les phases liquides et gazeuses d'un mélange chauffé. A gauche, on note un aludel (qui vient de la traduction arabe du grec aithalé désignant le matériau sublimé) qui servait à transformer certains solides directement en vapeurs lesquelles se condensaient sur les parois froides de l'appareil. On repère aussi deux cornes d'abondance. De celle de gauche sortent divers produits de la nature (surtout des fruits), tandis que celle de droite laisse échapper des morceaux de matière qui portent chacun un symbole chimique particulier. Parmi ces derniers, on reconnaît ceux de l'étain (ou Jupiter), du plomb (ou Saturne), du cuivre brûlé (aes ustum), du safran de Mars (oxyde ou sulfure de fer), du vif-argent (ou Mercure), de l'or (ou Soleil) et du fer (Mars). Pierre Thibaut est un chimiste dont l'oeuvre n'a jusqu'à présent pas fait l'objet d'une étude approfondie. La première édition de son Cours de chymie date de 1667 et fut rapidement traduite en anglais. L'édition disponible à Mons est celle de Leyde (1672). L'Approbation qu'on peut y lire, signée par Fagon, "Conseiller & Medecin ordinaire du Roy, & Docteur Regent en la Faculté de Medecine de Paris", est caractéristique de l'esprit avec lequel on concevait la chimie et de la volonté de rendre accessibles les divers secrets que les alchimistes se plaisaient à conserver (La Bibliothèque de l'Université de Mons-Hainaut: 1797-1997, 1997 - books.google.fr).

Thibaut a publié un Cours de chymie en 1667 à Paris qui se distingue des autres traités du même genre écrite jusqu'alors. L'auteur ayant pris le parti de retrancher de son livre tout raisonnement «inutile ou nuisible» aux opérations et n'a réservé aucune place à un quelconque développement de sa théorie de la matière ni aux principes de cette science. On y trouve uniquement des procédés qui semblent se suivre sans logique apparente. Il y a cependant fort à parier que Thibaut considérait cinq principes, ou du moins cinq corps simples dans les choses naturelles, un esprit, un phlegme, une huile, un sel et une terre. Ce chimiste observe une différence de nature entre le sel qui dissous une substance et un autre qui provoque la précipitation de celle-ci ; il évoque à l'égard de ces deux sels leur «action & réaction», termes que l'on retrouve également chez Le Febvre et Glaser au sujet de corps salins. Il paraît toutefois dangereux de reprendre le terme de «réaction» chez les trois auteurs pour décrire une opération dont les « belligérants » sont des sels ; on est loin encore du concept moderne de réaction chimique. Pour l'auteur, un corps peut être calciné par un acide ; ce sera alors une «calcination philosophique». Ce procédé permet «d'ouvrir» la substance. Une préparation a attiré notre attention, celle du «précipité blanc». Pour sa production il est nécessaire de chauffer modérément du mercure avec de l'eau forte. Une fois le métal dissout, on verse sur la liqueur de l'eau concentrée en sel marin. Cette «eau marine» provoque la précipitation du mercure en une poudre blanche acre (HgCb ou HgNHCl) que l'on lave à grande eau. Le produit de cette opération est vu comme un «mercure ouvert & calciné doucement par l'eau forte retenant seulement fort peu des sels de ladite eau forte, le reste des sels en ayant esté emporté par lesdites dulcorations reitérées». Il faut savoir que l'eau forte est issue de la distillation du nitre avec du vitriol vert et est perçue par Thibaut comme une liqueur qui détient en son sein à la fois l'esprit de nitre et celui de vitriol, considérés comme on le voit comme des sels ; l'eau forte est en réalité de l'acide nitrique. Cet auteur explique que le sel de l'eau marine livre combat aux sels de l'eau forte, c'est «un sel contraire à ceux de l'eau forte, si-tost qu'ils se sentent joints ensemble, ils se combatent, & se combatant l'un l'autre le mercure s'eschappe & se deschaine d'une bonne partie de ses sels, & partant tombe & se précipite au fond du vaisseau». Thibaut pose donc une opposition (de nature ou d'action, on ne peut dire) entre le sel commun (le précipitant) et les sels de l'eau forte, esprits de nitre et de vitriol (les dissolvants). On relève également l'assimilation entre esprits acides et sels ; les premiers étant aussi appelés «esprits salineux». Ce sont pour l'auteur les sels qui provoquent dans un composé le vomissement du fait de leur acrimonie. La causticité provient des sels. Les sels ont selon Glaser une pointe : pour préparer les cautères à base de chaux vive, il est déconseillé d'utiliser des vaisseaux vernis de «crainte que les sels de la gravelée ne corrodent le plomb du vernis desdits vaisseaux, & n'esmoussent inutilement leur pointe en cette action devant retenir toute leur force & activité pour cautériser les chairs sur lesquelles on les doit appliquer», écrit Thibaut.

Les sels dont il est question ici seraient plutôt alkalins, mais ils sont tout de même équipés d'une pointe qui leur procure force d'agir. En revanche, lorsqu'on utilise l'esprit de soufre, l'auteur nous déconseille de nous servir d'un vaisseau de terre non vernissée qui est poreuse et donc pénétrable par la pointe de l'acide. En outre pour la dissolution du corail, l'esprit de soufre est plus efficace que le vinaigre distillé, ou le jus de citron ; serait-ce une question de taille de pointe ? (Rémi Franckowiak, Le développement des théories du sel dans la chimie française de la fin du XVIe à celle du XVIIIe siècle, 2002 - halshs.archives-ouvertes.fr).

Al

Le fondateur de la dynastie des Ottokar de Syldavie est Almazout.

Mazout : Empr. au russe mazut, même sens, qui remonterait, prob. par l'intermédiaire d'une langue turcotatare, à l'ar. mahzulàt «restes, déchets» (Usakov 2, 1 18 ds Vasmer t 2, p. 88). V. cependant le russe dial. mazutina «tache, tache de graisse». En anglais Masut (1897), attesté dans l'Encyclopédie de Berthelot en 1899 (Trésor de la langue française: Lot - Natalité, 1971 - books.google.fr).

G. Wyrouboff écrit en 1898 : «On désigne en Russie sous ce nom les résidus de la distillation du pétrole qui servent de combustibles, principalement pour les bateaux à vapeur circulant sur la Volga...». [...]

Materia Tingens Nom : latin donné par Scheele au composant de l'alcali phlogistiqué (KCN) qui confère la coloration au bleu de Prusse. Du latin tingere, «tremper, teindre». Ce composant (HCN) était obtenu par l'action des acides sur l'alcali phlogistiqué. Guyton de Morveau lui donna le nom d'acide prussique, vu son origine (Bleu de Prusse). Il s'agit de l'acide cyanhydrique, HCN (Pierre de Menten de Horne, Dictionnaire de chimie: Une approche étymologique et historique, 2013 - books.google.fr).

Alcali, s. m., de l'article arabe al, et du mot, également arabe, kali, par lequel on désigne la Salsola Soda, L., plante marine d'où l'on retire la soude, l'un des principaux alcalis comme un des caractères distinctifs des alcalis leur solubilité dans l'eau froide et leur saveur acre, urineuse et caustique ; on les considérait aussi comme des corps indécomposés, et par conséquent tout à fait distincts des oxydes ; mais aujourd'hui il est reconnu que beaucoup d'entre eux n'ont qu'une saveur amère, nullement caustique, et se dissolvent à peine dans l'eau à la température ordinaire; que les alcalis sont des corps composés soit d'un métal et d'oxygène (telles sont la potasse , la soude, la lithine, la baryte, la strontiane, la chaux, la magnésie), soit d'hydrogène et d'azote (ammoniaque), soit d'hydrogène et de carbone, soit d’oxygène, d'hydrogène, d'azote et de carbone (tels sont les principes immédiats des végétaux). Ces principes immédiats (la morphine, la strychnine, la brucine, la quinine, l’émétine, la delphine, la vératrine, la solaline, etc.) ont été nommés alcalis végétaux ou bases salifiables végétales (V. ALCALOÏDIS), pour les distinguer des huit premiers alcalis, appelés alcalis minéraux. Ainsi les alcalis sont regardés comme de véritables oxydes , dont l'affinité pour les acides est beaucoup plus grande que celle des terres et des anciens oxydes métalliques. On leur assigne pour caractères distinctifs de verdir le sirop de violette, de rougir la couleur Jaune de curcuma, de ramener au bleu les couleurs bleues végétales rougles par les acides, de former avec les acides des combinaisons connues sous le nom de sels. Les alcalis sont solides ou liquides; presque tous sont vénéneux ; beaucoup sont très-caustiques; quelques-uns sont administrés à l'intérieur , ordinairement a l'état de sels. Les boissons acidulées, et particulièrement l'eau vinaigrée donnée en abondance, sont les moyens les plus efficaces de neutraliser les alcalis (Pierre Hubert Nysten, Dictionnaire de médecine, de chirurgie, de pharmacie, des sciences accessoires et de l'art vétérinaire, 1840 - books.google.fr).

Antagonisme

La réaction entre alkalin et acide ont été l'objet d'un débat.

Nicaise Le Febvre (c.1615-1669), successeur de Davisson en 1651 au poste de démonstrateur de chimie au Jardin du Roi, expliquait la correspondance esprit/sel par leur identité de constitution. Il est vrai aussi qu’il songeait leur rencontre en terme de combat voire de tuerie. Combat que Christophle Glaser (1628-1678), successeur de Le Febvre, décrit par la destruction de la pointe acide par les sels alkalis, alors que cet appendice peut se glisser sans encombre dans les pores des métaux. On ne sait pourtant pas ce qui pousse ces corps à s’anéantir. La puissance des acides est quant à elle mécaniquement expliquée, leur subtilité spirituelle ne réside plus en leur ténuité, mais bien dans leur géométrie. On comprend que la connaissance de la matière, esprit salin pour Le Febvre, perde toute son importance chez Glaser. Ce n’est plus le plus ou le moins de corporéité qui rend la substance plus ou moins agissante, Glaser marque, si ce n’est le virage de la science chimique vers une chimie mécaniste, du moins l’introduction de considérations mécanistes dans la chimie. L’intérêt pour le sel va dorénavant s’éloigner de la question de la matière première pour se focaliser sur sa nature expérimentale. [...]

Le combat acido-alkalin est une destruction, une transformation de la géométrie des belligérants. L’opération est sélective, il faut qu’il y ait concordance entre pointes (de l'aicde) et pores (de l'alkali), et irréversible. L’alkali, tout comme d’ailleurs le sel salé, ne peut être défini que par son action avec un acide.

«On a donné le nom d’alcali aux sels lixiviels & aux sels qui sentent l’urine, l’un s’appelle alcali fixe, & l’autre alcali volatil : les sels acides sont pris ordinairement pour les antagonistes de ces alcalis, parce que leur mêlange ne se fait quasi jamais sans une grande ébullition & effervescence ; mais on pourroit dire avec plus de raison que cette ébullition & cette effervescence ne sont pas des combats, mais plutôt une jonction tres-convenable de deux matieres qui avoient été naturellement unies ensemble, & qui n’ont été separées que par la violence du feu, & qui se replacent aux mêmes endroits d’où la flamme les avoit arrachez. Aussi les compare-t-on les unes à des guaines, & les autres à des pointes propres pour s’introduire dans ces guaines» (Homberg, 1702, op. cit. in n. 3, 41.)

Wilhelm Homberg, né à Java en 1652 d’un père allemand travaillant pour la compagnie hollandaise des Indes Orientales, a trouvé la mort à Paris la même année que Nicolas Lemery en 1715 (Rémi Franckowiak, Le développement des théories du sel dans la chimie française de la fin du XVIe à celle du XVIIIe siècle, 2002 - halshs.archives-ouvertes.fr).

«On sçait, que toutes les fois, que l'on joint un alkali aux solutions métalliques, leurs dissolvans acides s'unissent avec l'alkali ; les substances métalliques tombent ; & le goût, que ces solutions avoient d'abord, est détruit ou changé. [...] Cette nouvelle liaison, de l'acide & de l'alkali, se fait d'abord lentement» (Gilles Boulduc, «Essai d’analyse en général des nouvelles eaux minérales de Passy ; avec des raisons succinctes, tant de quelques phénomènes, qu’on y aperçoit dans de différentes circonstances, que des effets de quelques opérations, auxquelles on a eu recours pour discerner les matières, qu’elles contiennent dans leur état naturel», Mémoires de l’Académie Royale des Sciences, 1726). (Rémi Franckowiak, Le développement des théories du sel dans la chimie française de la fin du XVIe à celle du XVIIIe siècle, 2002 - halshs.archives-ouvertes.fr).

Le terme "liaison" se traduit par "Anschluss" en allemand.

Rappelons qu’effectivement depuis Barchussen et Homberg, l’union effervescente d’un acide à un alkali n’est plus interprétée comme un conflit, bien au contraire ; pour le premier, c’est la manifestation de « retrouvailles entre deux amis », pour l’autre, la réunion de deux parties d’un tout. Les alkalis fixes et volatils ne différeraient entre eux que par la quantité de phlogistique qui entre dans la composition des seconds (Rémi Franckowiak, Le développement des théories du sel dans la chimie française de la fin du XVIe à celle du XVIIIe siècle, 2002 - halshs.archives-ouvertes.fr).

Johann Conrad Barchussen (1666 - 1723) et Homberg sont allemands (en.wikipedia.org - Johann Conrad Barchusen).

Un débat s'élève aussi au sujet de l'existence de pointe chez l'alkali volatil (M. Betbeder, Lettre à M. Boyer, Journal de médecine, de chirurgie et de pharmacie, Volume 6, 1757 - books.google.fr).

Oeuvres de M. Bosc d'Antic, 1780 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Paul Bosc d'Antic).

Pour Etienne-François Geoffroy, «Du changement des Sels acides en Sels alkalis volatiles urineux» (1717), «la difference des sels alkalis volatiles d’avec les sels alkalis fixes dépend principalement de la quantité de terre plus ou moins grande, qui se trouve unie avec les acides & les soufres. Dans les sels fixes il y a beaucoup de terre qui leur sert de base, & dans laquelle les acides sont engagés avec quelque peu d’huile. Dans les sels volatiles au contraire il y a très peu de terre & beaucoup d’huile qui donnent corps aux acides» (p. 227). La thèse de l’auteur est de prouver la transformation des acides du règne minéral en sels volatils urineux ; transformation qu’il n’hésite pas à appeler «transmutation». (Rémi Franckowiak, Le développement des théories du sel dans la chimie française de la fin du XVIe à celle du XVIIIe siècle, 2002 - halshs.archives-ouvertes.fr).

L'alkali volatil, ancien acide, pourrait avoir gardé des pointes.

Le pélican est un volatile. Pointe qui pique : comme le sceptre d'Ottokar IV qui en frappe le rebelle. "Eih blannek, eih blevek" : qui s'y frotte s'y pique (page 21).

L'effervescence se produira à la fin de l'album avec la foule en délire à l'apparition du roi.

Vert

Notre professeur Halambique est spécialiste de «Sigi... Comment dites-vous ? De sigillographie... Vous ne connaissez pas ? C'est la science qui s'occupe des sceaux...» Il ne nous en faut pas plus pour réaliser que cette aventure est bel et bien scellée, dessinée sous le sceau du secret, sous le sceau d'Hermès, celui qui rend hermétiques aussi bien les flacons que les textes et les dessins : on le nomme le «Sceau des sceaux». Et l'alambic distillateur de pommes gagne ici un «H», comme en portent tous les « fils en Hermès » et tous les pèlerins qui cheminent sur les sentiers de Gnose ; c'est l'êta, septième lettre de l'alphabet grec, signature de l'Esprit et de la Sagesse ; et RG deviendra Hergé... Le spécialiste Halambique habite rue du Vol-à-Voile, pour un dieu des voleurs qui se cache, pas de surprise. Au numéro 24 dites-vous ? La lettre «X» ? L'inconnu ? L'homme du secret ? Allons bon... Dans cet album aussi il y a trop de vert pour que ce soit un coup du sort, et les deux fenêtres vertes du château sur la couverture nous fixent d'un drôle de regard. Hergé s'y dessinera lui-même, pages 38 et 59, vêtu tout de vert aux côtés de Jacobs, jouant le rôle du Magistère tricolore, noir, blanc et rouge. Il ne saurait exister de meilleurs guides. Nous y reviendrons. Mais, dès à présent, nous pourrions en profiter pour entrer plus avant dans la symbolique hergéenne ; il n'y aura pas de meilleur lieu que celui-ci où Hergé se montre en livrée. Le choix de l'habit vert et or n'est pas anodin, pas anodin du tout ! C'est l'habit du bouffon de cour ! «Depuis les temps les plus anciens, les bouffons portaient les mêmes couleurs. Le vert et le jaune - ou l'or qui le représente - leur étaient exclusivement réservés. De nombreux manuscrits, dont celui de la Cité de Dieu de saint Augustin, substituèrent l'or au jaune. Cette substitution permet de blasonner la livrée des fous en la lisant à la façon d'un rébus : jaune-vert, or vert ou or naissant, synonyme en alchimie d'or philosophique, le regulus ou petit roi.» Le petit roi Georges Remi, comme «George le le Vert dans les campagnes balkaniques», sut choisir son habit en toute connaissance de cause et se mit en scène et en effigie parlante, précisément, dans son album le plus royaliste (Bertrand Portevin, Le démon inconnu d'Hergé, ou, Le génie de Georges Rémi, 2004 - books.google.fr).

En termes de Chimie, on dit qu'on a apposé le sceau d'Hermès à un vaisseau, quand on l'a si bien bouché, qu'il ne s'en peut pas exhaler le moindre atome : ce qui ne se fait qu'en fondant au feu de la lampe l'extrémité du col d'un matras, & en le tortillant & rejoignant ensemble (Dictionnaire universel françois et latin, Tome 5, 1743 - books.google.fr).

Selon le dictionnaire de Nodier et Verger, compilation de plusieurs ouvrages lexicographiques :

Alkali ou Alcali, mot arabe, terme de chimie, sel fossile et minéral que l'on reconnaît à son goût caustique, à son odeur fétide, à l'effervescence qu'il fait avec tous les acides, et à la couleur verte qu'il fait prendre à toutes les teintures bleues des végétaux (Charles Nodier, Dictionnaire universel de la langue française, rédigé d'après le Dictionnaire de l'Academie: ouvrage enrichi de plus de 6000 mots, Tome 1, 1832 - books.google.fr).

Rouelle caractérise les acides par leur saveur «austère et aigre», et par le changement en rouge qu’ils opèrent sur les teintures bleues des fleurs des végétaux. Quant aux alkalis, il les distingue par leur goût «d’urine pourrie», et par la capacité de faire virer au vert le sirop de violette. [...] Guillaume-François Rouelle naquit le 15 ou 16 septembre 1703 à Mathieu dans le Calvados, et trouva la mort à Passy le 3 août 1770 (Rémi Franckowiak, Le développement des théories du sel dans la chimie française de la fin du XVIe à celle du XVIIIe siècle, 2002 - halshs.archives-ouvertes.fr).

Pirotte

Pirotte : féminin de Pirot, var. de Pierot, dimin. de Pierre (VLg, IX, pp. 1 II et 1 14) (Martine Willems, Le vocabulaire du défrichement dans la toponymie wallonne, Volume 266,Numéro 1, 1997 - books.google.fr).

Alchimiquement, on retrouve une pierre philosophale.

Une veuve Pirotte (Anne-Jeanne Sylville) fabriquait des pianos à Liège au XIXe siècle au 33 rue des Pêcheurs; en 1894, sous le nom de Veuve Pirotte-Stahl au 4 rue de Pitteurs (Malou Haine, Nicolas Meeùs, Dictionnaire des facteurs d'instruments de musique en Wallonie et à Bruxelles du 9e siècle à nos jours, 1986 - books.google.fr).

On pense au chimiste Stahl :

Jean-Jacques Rousseau fait d’ailleurs remarquer que les sels sont «les principaux sujets dont s’occupe la chymie» (Institutions chimiques, entre 1746-1753) de son siècle. Mais le sel est devenu pluriel, on ne parle plus que de chimie des sels ; et Ernst-Georg Stahl peut rédiger en 1723 son Traité des Sels traduit et publié en français en 1771. La chimie au début du XVIIIe siècle place alors en la chimie saline tous ses espoirs de se faire accepter comme science à part entière, au même titre que la physique, et de faire oublier la mauvaise impression dont s’est fait l’écho Fontenelle, le secrétaire perpétuel de l’Académie Royale des Sciences à laquelle elle appartient depuis 1699, qui la jugeait «confuse» et «enveloppée» (Rémi Franckowiak, Le développement des théories du sel dans la chimie française de la fin du XVIe à celle du XVIIIe siècle, 2002 - halshs.archives-ouvertes.fr).

Immatriculations

L'automobile du roi Muskar XII porte le numéro A 11.

Le spécialiste Halambique habite rue du Vol-à-Voile, pour un dieu des voleurs qui se cache, pas de surprise. Au numéro 24 dites-vous ? La lettre «X» ? L'inconnu ? L'homme du secret ? Allons bon... (Bertrand Portevin, Le démon inconnu d'Hergé, ou, Le génie de Georges Rémi, 2004 - books.google.fr).

K est la 11ème lettre de l'alphabet français. Ak peut être une abréviation de Alkali (ASA Special Publication, Volumes 28 à 32, American Society of Agronomy, Crop Science Society of America, 1963 - books.google.fr).

Jedan muškarac ijedna žena (Un homme et une femme, 1966), un "homme", dans certaines langues slaves, se dit "muskarac" (Dalibor Brozovic, Hrvatska enciklopedija, Tome 3, 1999 - books.google.fr).

Le nom de Muskar a la même terminaison qu'Ottokar.

La note de restaurant où Tintin mange ses champignons est de 11 francs.

Kropow

Kropow : ville de (tête de) chou, du néerlandais krop (www.gorianet.it).

Quand on voit les feuilles de chou rouge, à défaut de chlorophylle verte, renfermer ainsi, daus les cellules voisines du derme, des principes colorants qui, dans les mêmes circonstances, ou sous l'influence des alcalis, peuvent se transformer en matières colorantes bleue et jaune, et former par leur réunion du vert, on est bien tenté d'admettre que la couleur verte de la chlorophylle est due à deux principes colorants analogues. Il ne résulte évidemment pas de là que l'infusion alcoolique verte de la chlorophylle doive se comporter en tout comme celle des choux rouges verdie par un alcali; car les matières colorantes, dans la chlorophylle globulaire, comme aussi dans les feuilles de chou, sont toujours associées à d'autres principes organiques qui augmentent ou diminuent leur altérabilité, et qui peuvent modifier leurs caractères chimiques. Ainsi, la matière colorante jaune de la chlorophylle, qui ne paraît être autre que la xanthophylle colorant en jaune les feuilles automnales, est toujours associée à un principe gras ou résineux, qui la rend beaucoup moins soluble dans l'eau et beaucoup moins altérable que la matière jaunâtre des feuilles du chou rouge (M. Martens, Recherches sur la couleur des végétaux, Bulletins de l'Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, Volume 20, 1853 - books.google.fr).

Marienburg

Notre tintinologue nantais constate que les fleuves syldaves, imaginaires, ont une étymologie obtenue par hybridation comme souvent avec Hergé. Les noms de base sont la Moldau et la Vistule qu’on a hybridé par interversion des syllabes (comme Hergé le fit pour forger le nom de Mustler = Mussolini + Hitler) : Mol-Stu et Vi-le-dau, puis Mol-tus et Valedi d’où Wladir pour rappeler Wladimir (www.7soleils.org).

Le château de Kropow de la page 30 a une certaine ressemblance dans la disposition d'une partie du château teutonique de Malbork

Tout d'abord, celui des Chevaliers teutoniques. Les Chevaliers teutoniques se trouvaient à la pointe du combat contre les Slaves, en Prusse orientale depuis le XIIIe siècle. A l'époque goethéenne encore, les Allemands voyaient en eux ce qu'en réalité ils avaient été : des reîtres effroyables, des pilleurs et des massacreurs. De nos jours, par contre, ils ont rejoint dans l'imagination populaire, les héros impassibles et farouches du temps germanique, un Hagen, un Hildebrand ! Moeller van den Brück est même allé jusqu'à crééer un terme nouveau, le concept du «style prussien» pour désigner un ensemble culturel créé à l'origine par les Chavaliers teutoniques et dont le château de la Marienburg sur la Vistule, les drames de Kleist, la philosophie de Kant, la stratégie de Clausewitz et Schlieffen seraient les multiples et magnifiques expressions ultérieures (Robert Minder, Mythes et complexes agressifs en Allemagne, Psyché, Numéros 21 à 26, Ligue d'hygiene mentale, 1948 - books.google.fr).

Le nom des châteaux (et des villes dont ils sont à l'origine) est important dans l'appropriation idéologique du territoire, parce que ce sont les têtes de pont, les premières édifications de l'Ordre au moment de ses conquêtes en territoire païen. Leur valeur symbolique est donc très forte. Tout comme chez Henri de Livonie, ces fondations confèrent une nouvelle organisation spatiale du territoire et s'opposent au monde païen, vu alors comme désorganisé. Certains châteaux sont nommés en l'honneur de pèlerins importants ayant contribué à leur édification, tels Braunsberg, édifié grâce au marquis de Brandenburg venu en Prusse en 1266, et Konigsberg, nommé en l'honneur du roi de Bohème Ottokar II venu prêter main-forte en Sambie vers 1255. D'autres viennent plutôt renforcer la toponymie chrétienne en sol nouvellement conquis : Christburg, Engleburg, Marienburg, Marienwerder, Saint Georges (sur une montagne en Carsovie en 1259), Christmemel, Heiligenberg, etc. [...]

L'une des figures les plus importantes dans la chronique de Pierre de Dusbourg au niveau de la toponymie de la conquête demeure la patronne de l'Ordre teutonique : la Vierge Marie. Sur le plan de la toponymie, comme pour saint Nicholas, grâce à l'Ordre teutonique, la Vierge imprime sa présence sur le territoire Prussien. Certaines dédicaces importantes ont ainsi lieu, notamment l'île Sainte Marie (Marienwerder) en 1236 qui accueillera un château et une ville, ainsi que la fameuse forteresse de Marienbourg, chef-lieu de l'Ordre qui se développe au cours des années 1280. En outre, on sait qu'en 1336, une tentative d'édifier une seconde Marienburg en Lituanie eut lieu entre Welyn et Beisten sur l'île Romayn de la Memel. [...]

Saint Georges est un saint antique qui aurait subi le martyre vers 296. Redécouvert lors des croisades, ce n ' est qu'au XIIIe siècle que sont culte devint véritablement important en Occident sous l'influence de Richard Cœur de Lion et des rois d'Angleterre, dont il est le saint patron. Sa fête, le 23 avril (IX des calendes de mai), ne fut d'ailleurs proclamée qu'en 1222 au concile d'Oxford. Étant donné son caractère de martyr et de saint militaire, il était particulièrement vénéré par les membres des ordres religieux-militaires et apparaît sur le plus ancien sceau de commanderie de l'Ordre teutonique conservé (1232). Dans le calendrier liturgique de l'Ordre, sa fête est commémorée par une lectio et le statut 32 de la règle de l'Ordre, intitulé De festivitatibus, précise que la fête de saint Georges doit être célébrée en avril suivant la coutume du pays (Benoît Martel, La christianisation de la russe par l'Ordre teutonique, 2017 - archipel.uqam.ca).

L'association à la Vierge de saint Georges et de sainte Élisabeth manifestait cependant clairement la double vocation, militaire et hospitalière, des teutoniques. En Prusse, la bannière de saint Geroges était en tête de l'armée dans les batailles (Alain Demurger, Chevaliers du Christ. Les ordres religieux-militaires au Moyen Age (XIe-XVIe siècle), 2015 - books.google.fr).

Un indice peut justifier le choix du château de Marienburg (Malbork en Pologne). Dans la salle des regalia du château de Kropow, une fresque représente saint Georges en cavalier terrassant le dragon en présence d'une femme, page 30.

Une autre fresque de la salle reproduit une mosaïque de la basilique Saint Vital de Ravenne.

Deux grands panneaux muraux latéraux, disposés face à face, cantonnent la mosaïque de l'abside ; ils portent les mosaïques les plus célèbres, probablement, de tout l'art byzantin. Il s'agit des cortèges présidés par le couple impérial, l'empereur Justinien et son épouse Théodora. Le premier cortège est dirigé par Justinien, portant les attributs impériaux ainsi qu'une tunique et des chaussures de pourpre, un diadème et un bijou précieux fixant sa chlamyde. Il offre une patène d'or au Christ, et est suivi de l'évêque Maximien et de sa garde impériale, dont les boucliers sont ornés d'un chrisme. Sa démarche symbolise le rétablissement de la communion et le chrisme rappelle le souvenir de Constantin (fr.wikipedia.org - Basilique Saint-Vital de Ravenne).

La domination de la race teutonique en Europe est liée essentiellement à ces deux villes ; Ravenne nous rappelle Théodoric et l'époque où les éléments romain et germain existant côte à côte faisaient contraste l'un avec l'autre; Aix-la-Chapelle, la cité de Charlemagne, nous montre les deux éléments fondus ensemble et produisant un résultat entièrement distinct des facteurs dont il est dérivé. Rome était le centre, la métropole de l'empire de Charlemagne, comme de celui de Theodoric, mais le berceau du principe teutonique n'est pas là; il faut le chercher à Ravenne et à Aix-la-Chapelle (Gustave Masson, sur "Historical and architectural sketches, chiefly Italian" de Edward A. Freeman, 1877) (Polybiblion: Revue bibliographique universelle, Volume 20, 1877 - books.google.fr).

Malbork (Marienburg en allemand) est une ville de 39 000 habitants (1998) du nord de la Pologne, Proche de Gdansk. La ville en elle-même, construite autour de la forteresse de Marienbourg (Malbork en polonais), a été fondée en 1274 sur la rive droite de la rivière Nogat, bras de la Vistule, par les chevaliers teutoniques. Le château fortifié devint le siège de l'ordre des chevaliers teutoniques et la plus grande forteresse gothique d'Europe. La rivière et le terrain plat permettant un accès aisé aux barges à une centaine de kilomètres de la mer, les chevaliers teutoniques l'intégrèrent à leur État, y collectèrent des péages et imposèrent un monopole sur le commerce de l'ambre. La ville devint plus tard membre de la ligue hanséatique et de nombreuses réunions de la Hanse s'y tinrent (fr.wikipedia.org - Malbork).

La "Table de Perusa" que l'on trouve chez des auteurs catalans pourrait être la table d'honneur de l'Ordre teutonique qui était dressée à Marienbourg en diverses occasions, comme lors de la visite de Louis de Bourbon :

Dans un ouvrage, qu'il faudrait toujours consulter quand il s'agit des institutions du Moyen Age, le dictionnaire de Lacurne de Sainte-Palaye, au mot "Table", et à l'expression Table d'honneur, où on lit : «Le maistre de Prusse tenant une grande feste à la Chandeleur 1373, après une belle expédition faite par les François et autres, fit couvrir la table d'honneur et voult qu'à cette table fussent assis douze chevaliers de plusieurs ; royaumes.» (Hist, de Louis de Bourbon, p. 76). (Amédée Pagès, La «Table de Prusse» et l'Ordre teutonique dans l'ancienne littérature catalane. In: Romania, tome 62 n°246, 1936 - www.persee.fr).

La chevalerie a été remise à la mode par l'ouvrage célèbre de Jean-Baptiste de Lacurne de Sainte-Palaye. Mémoires sur l'ancienne chevalerie; considérée comme un établissement politique et militaire... A Paris, chez Nic. Bonav. Duchesne. M.DCC.LIX. 12°, 2 vol. La seconde édition comporte un troisième volume. (Françoise Karro, “La rencontre du comte de Guibert et de Gluck, Belgisch tijdschrift voor Muziekwetenschap, Volume 44, 1990 - books.google.fr).

Charles Nodier préface une des éditions du Mémoires sur l'ancienne chevalerie en 1826. Saint Palaye n'y parle pas directement de l'ordre teutonique mais de la croisade en Prusse (avec saintré) et des patrons des ordres comme saint Georges (Jean-Baptiste de La Curne Sainte-Palaye, Mémoires sur l'ancienne chevalerie;: Les cinq mémoires sur l'ancienne chevalerie. Pt. I-IV, Tome 1, 1759 - books.google.fr).

Le doge Gradenigo (page 2)

Pietro Gradenigo (né en 1251 à Venise – mort dans la même ville le 13 août 1311) est le 49e doge de Venise, élu en 1289. Sous son règne, la république risque de disparaitre au cours d'une guerre civile dévastatrice mais ses adversaires battus, il réussit à calmer la situation à faire gagner sa faction qui façonne Venise dans un sens oligarchique (fr.wikipedia.org - Pietro Gradenigo).

En 1291, après la perte de la Terre sainte par les croisés, l'ordre teutonique transféra son siège à Venise. En 1309, le siège du grand maître de l'Ordre fut transféré de Venise à Malbork.

Paracelse, petit-fils d'un grand-maître de l'ordre teutonique

Le père de Paracelse, connu sous le nom de Guillaume de Hohenheim, était, suivant l'opinion commune, fils naturel d'un grand-maître de l'ordre teutonique; on ajoute qu'il se rendit assez habile dans la médecine et qu'il exerça cet art dans la Carinthie, depuis l'an 1504 jusqu'en 1534, qui est celui de sa mort. Comme il s'était beaucoup appliqué à l'étude de la chimie , il inspira le même goût à son fils, qui cultiva ensuite cette science sous plusieurs maîtres, et d'abord sous Jean Trithème, abbé de Spanheim, homme d'une grande réputation dans cette partie au commencement du seizième siècle. Paracelse en apprit quelqnes secrets, mais il abandonna ce premier maître pour aller entendre Sigismond Fugger de Schwatz, chimiste fameux qui , par sa propre expérience et par le commerce continuel qu'il entretenait avec cette foule d'artistes dont il était entouré, passait pour le prodige de son temps. Paracelse parle non-seulement fort au long de tous les maîtres qu'il avait suivis, mais il fait encore le détail de ses voyages, et dit, avec cette emphase qui lui était naturelle, qu'il avait parcouru la France, l'Espagne, le Portugal, l'Angleterre, la Marche, la Prusse, la Pologne, la Lithuanie, la Hongrie, la Valachie, la Transylvanie, la Croatie, l'Illyrie et plusieurs autres pays ; il ajoute même que partout il s'était entretenu sur la médecine avec les docteurs, les chirurgiens, les baigneurs , les femmes, les magiciens, les alchimistes, les nobles et les paysans. Ce fut par la longue énumération de ses travaux littéraires et le pompeux étalage des connaissances qu'il avait tirées de ses voyages que Paracelse chercha à se faire un nom dans le monde. Les circonstances étaient favorables ; l'étude de la chimie n'occupait que peu de personnes , elle croupissait d'ailleurs dans l'obscurité , et il se montra comme un homme qui voulait en relever le lustre. Il est vrai qu'il dut cet avantage à la fortune et au hasard autant qu'à son mérite ; mais ses voyages, son esprit vif , son application , ne laissèrent pas de lui donner d'abord une supériorité qu'il soutint par des apparences de magie. Tout ce qu'il fit de mieux , fut de s'appliquer en Hongrie à la connaissance des métaux et de se mettre au fait des secrets de la chimie métallique. Quant à la médecine, il la pratiqua à sa mode et d'une manière toute nouvelle. La méthode de Galien lui parut trop lente ; il mit en usage les médicaments les plus actifs, dans le dessein d'accélérer la cure des maladies, sans trop s'embarrasser s'il n'avançait point aussi la mort des malades. Il réussit mieux dans la chirurgie; car, au témoignage d'Oporin, qui fut son secrétaire pendant deux ans et qui d'ailleurs ne le flatte guère, il était trèsexpert pour la guérison des ulcères, même les plus désespérés. Sa médecine, quoique toute extravagante à bien des égards, trouva des admirateurs; eh quel est l'homme qui n'en trouve pas ? Il se vit bientôt dans une réputation dont il avait besoin pour raccommoder ses affaires, car les biens qui lui étaient venus de la naissance étaient fort médiocres , mais les maladies vénériennes lui en procurèrent de considérables. - Ce fut des livres de Basile Valentin qu'il tira la doctrine des trois éléments. Il l'adopta ouvertement dans la suite ; il eut même l'effronterie de publier ce système sous son nom et d'établir le sel, le soufre et le mercure comme les trois principes dont on lui devait la découverte. Il faisait grand cas d'Hippocrate et de quelques anciens ; mais il avait un souverain mépris pour les docteurs de l'école et singulièrement pour les Arabes. Le ton avec lequel il publia ses sentiments fit tant d'impression sur les habitants de Bâle que les magistrats de cette ville l'engagèrent à enseigner publiquement la médecine dans leur université et lui assignèrent de gros appointements. En 1527 et 1528 il fit des leçons tous les jours pendant deux heures, quelquefois en latin, mais plus fréquemment en allemand. Il expliqua ses propres ouvrages, et particulièrement les livres intitulés : De compositionibus, de gradibus, de tartaro; livres, dit Van Helmont, pleins de bagatelles et vides de choses. Gravement assis dans sa chaire, Paracelse fit brûler les œuvres de Galien et d'Avicenne à la première leçon. «Sachez, dit-il, médecins, que mon bonnet est plus savant que vous ; ma barbe a plus d'expérience que vos académies : Grecs, Latins, Français, Italiens, je serai votre roi.» Il apostrophe encore les médecins dans un de ses ouvrages, où il dit : «La nature entière viendra à mon secours pour m'aider à noyer dans le lac de Pilate toute votre astronomie et les éphémérides de vos saignées. Je veux que mes fourneaux mettent en cendres Esculape, Avicenne et Galien, et que tous les auteurs qui leur ressemblent soient consumés jusqu'aux dernières particules par un feu de réverbère.» (Biographie médicale par ordre chronologique, Tome 1, 1855 - books.google.fr).

Il faut encore se prémunir contre une fâcheuse tradition bien enracinée dans nos mentalités contemporaines qui veut que la chimie (d’avant Lavoisier) ait connu un tournant décisif dans son histoire marqué par des personnages comme Nicolas Lemery, ou Wilhelm Homberg, ou encore Etienne-François Geoffroy – la discussion reste ouverte quant à l’homme, et s’articule autour de thèmes tels que les éléments chimiques, la réaction chimique ou autres concepts du discours chimique – la faisant définitivement basculer dans une chimie digne de ce nom. Au mieux, la chimie d’avant ce moment clef est perçue comme une pré-chimie, au pire elle est appréhendée dans l’opposition alchimie/chimie, autrement dit irrationalité/rationalité. W. Newman et L. Principe ont montré la vacuité de cette distinction dans un même champ du savoir en démontrantn la synonymie des mots alchimie et chimie pour désigner une pratique identique au XVIIe siècle ; B. Joly a mis en lumière l’entière cohérence des textes se rapportant à l’une comme à l’autre discipline. Il est désormais évident que la discontinuité historique de la chimie – on le constatera ici – n’existe que dans la lecture qui y en est faite. Les travaux chimiques que nous allons analyser peuvent se rattacher à une dominante davantage théorique, ou davantage pratique, mais en aucun cas ne doivent être considérés pour autre chose que ce qu’ils sont, c’est-à-dire des productions de la chimie de l’époque examinée ; aussi l’expression chimie hermétique dans ce contexte renvoie-t-elle simplement à une pratique chimique qui se plaçait sous le patronage d’Hermès Trismégiste, suivant une proposition faite par Petrus Severinus et reprise par Du Chesne (Rémi Franckowiak, Le développement des théories du sel dans la chimie française de la fin du XVIe à celle du XVIIIe siècle, 2002 - halshs.archives-ouvertes.fr).

Sel

Quand Paracelse (1493-1541) ajouta le Sel au nombre des principes des choses naturelles, aux côtés des Mercure et Soufre, il ne fit certainement qu’officialiser une position déjà très favorable pour cette substance dans la conception que l’on se faisait de la structure de la matière, en rivalité peut-être même avec le couple principiel Mercure/Soufre et en comparaison parfois avec la Pierre des Philosophes. Le rôle du Sel n’aurait cessé de croître à partir de l’importance que lui a accordée la chimie arabe – avec entre autres Jabir ibn Hayan et surtout Ar-Razi – dont fut héritière la chimie médiévale occidentale dès les XIIe et XIIIe siècles, date à partir de laquelle d’ailleurs ont commencé à circuler en Europe des traités dissertant de corps salins. Le Ars Alchemie de Michael Scot (mort en 1235) est un exemple de livre sur les sels et aluns, dans la tradition de Razi qui avait proposé dans son influent Kitab al-asrar (ou dans sa traduction latine, Liber Secretorum) une classification des sels, aluns et vitriols. On peut préciser que Razi acquit une grande part de sa notoriété grâce à un écrit pseudonymique intitulé le Liber de Aluminibus et Salibus dans lequel étaient décrits les sel gemme, sel de table, sel amer, «sel nabatéen», sel alkali, sel armoniac et d’autres encore. Cette chimie médiévale se dota par la suite de trois liqueurs acides qui deviendront de précieux instruments de travail pour les opérations sur les sels : dans l’ordre de leur découverte, les acides nitrique, sulfurique et chlorhydrique, à partir des substances salines correspondantes (salpêtre, vitriol et sel commun) (Rémi Franckowiak, Le développement des théories du sel dans la chimie française de la fin du XVIe à celle du XVIIIe siècle, 2002 - halshs.archives-ouvertes.fr).

Au-delà de son marché régional, le sel de Lunebourg est pris en charge par les marchands han- séates de Lübeck. Ceux-ci s'en sont fait une manière de spécialité, probablement dès le XIIe siècle. Dans tout l'espace de la Baltique et de la Scandinavie, ils en garderont l'exclusivité jusqu'au déclin de ce sel devant la concurrence atlantique. De Liibeck, le sel est expédié vers Bergen, les ports de Prusse et surtout en Scanie; sur la rive orientale de la Baltique, les Lübeckois le vendent dans leurs nombreux comptoirs, à Riga, Reval, Narva. En Prusse, ils se heurtent à la concurrence de l'Ordre Teutonique, qui se fait marchand de sel pour mieux asseoir son influence sur cette contrée en cours de colonisation. La suprématie commerçante de Lübeck dépendait étroitement d'une situation politique qui tenait fermée la route maritime du Sund. Tout alla donc fort bien pour le commerce de la cité hanséate tant que dura cette situation. (Jean François Bergier, Albert Hahling, Une Histoire du sel, 1982 - books.google.fr).

De son côté l'Ordre des Chevaliers teutoniques installé depuis 1309 à Marienburg maintenait d'une main de fer ses conquêtes, détruisait les brigands, assurait l'ordre sans ménagement en Prusse et conquérait des peuples païens. L'Ordre avait permis l'installation coloniale de nouvelles villes allemandes, et de leurs marchands entre l'Elbe et l'Oder, et au-delà dans les nouvelles régions conquises. Il entra dans la Hanse tout en veillant toujours à ses intérêts particuliers. Il était la seule grande entreprise hanséatique strictement organisée. Très prospère, il dirigeait les opérations de ses deux « économats » de Marienburg et Kœnisgsberg avec un trésorier central, et ses agents et correspondants sur toutes les grandes places avaient toute l'autonomie nécessaire pour faire des affaires, spéculer, stocker, prêter, s'associer et emprunter localement. L'Ordre intervenait avec vigueur si nécessaire. La destruction militaire de l'Ordre à Tannenberg (1410) par le roi Vladislav Jagellon de Lithuanie et de Pologne puis une seconde défaite en 1466, après treize ans de guerre, contre les Prussiens et les Polonais mirent fin à sa puissance (Pierre Tabatoni, Mémoire des monnaies européennes, du denier à l'euro, 1999 - books.google.fr).

L'aventure se termine dans l'eau salée de la mer ("Nous tombons à la mer" disent les Dupondt page 61).

Faust

Charles Nodier le confesse d’emblée, il a eu deux grandes passions dans sa vie : l’envie d’être le héros d’une histoire fantastique, comme, par exemple, de rencontrer une fée, un revenant, un sorcier ou un diablotin. La seconde était l’ambition de ficeler une bonne histoire fantastique, bien extravagante et bien innocente. La bienséance l’empêche de parler des 700 femmes qu’il aurait aimées (rêve ou réalité, il ne le précise pas !), et comme le fantastique ne se déniche pas sous un caillou, il cède à l’idée de se donner au diable. ans Le nouveau Faust et la nouvelle Marguerite, Amandus, joli garçon, charmeur et dépensier, a une tare, «comme il y a des taches sur le soleil» : il ne sait pas écrire. C’est donc Maxime, son compagnon de nombreuses aventures, qui prendra la plume pour toucher le cœur de la ravissante Marguerite. Sauf que les deux en sont amoureux ! … Maxime décide alors d’invoquer le diable. Un peu de Cyrano, beaucoup d’esprit et de drôlerie font de ce court texte une découverte rafraîchissante (ebooks-bnr.com).

La pièce de Marlowe, contemporain de Shakespeare, qui a fait le plus de bruit au seizième siècle et dont le souvenir s'est le mieux conservé en Angleterre et en Allemagne, c'est la Vie et la Mort du docteur Faustus. On y retrouve toute la légende de ce personnage double, imprimeur, chimiste, magicien, sous le nom duquel le moyen âge semble avoir personnifié les aspirations de l'esprit moderne. Faust y vend son âme au diable pour obtenir, pendant vingt-quatre années, une puissance illimitée et pour garder à son service Méphistophélès, un des lieutenants de Lucifer (Alfred Mézières, Prédécesseurs et contemporains de Shakespeare, 1863 - books.google.fr).

La désinvolture est à son comble dans le Faust de Georges Ribemont-Dessaignes (1931) avec des personnages comme Nabuchodonosor, le Bourreau, Amour et Alcaline : celui-ci a trouvé son style, nerveux, brillant, et tout lui est bon, ironie, sophismes, détails sordides, parodies de Goethe, pour acculer Faust à la catastrophe (Études littéraires, Volumes 3 à 4, 1970 - books.google.fr, Robert Sabatier, Histoire de la poésie française XXè siècle, Tome 2, 1982 - books.google.fr).

Augustus Faust fit une étude de l'acide frangulique en 1869 (Ann. Chem. Pharm., CLXV, 229-236) (Hermann Hager, Commentar zur Pharmacopoea Germanica: Erster Band, 2013 - books.google.fr).

La franguline est une matière colorante, jaune et cristallisée, contenue dans l'écorce de bourdaine (Rhamnus frangula). [...] Les alcalis dissolvent la franguline en développant une magnifique couleur pourpre. D'après M. Faust, l'ammoniaque forme d'abord une solution incolore, qui devient rouge au bout de quelque temps; précipitée de cette dissolution par un acide, elle se présente de nouveau avec toutes ses propriétés (Adolphe Wurtz, Dictionnaire de chimie pure et appliquée, Partie 1 : A-B, 1876 - books.google.fr).

Syl...

Tintin à bord du véhicule de Bianca Castafiore traverse une grande forêt (sylva en latin).

Le sel de Sylvius se rencontre fréquemment dans la nature, mais toujours en assez petite quantité. On le trouve dans les eaux de la mer & des fontaines salées ; il existe, quoique rarement, dans les lieux où l'on rencontre le nitre; on le retrouve encore dans les cendres des végétaux, & dans quelques humeurs animales. L'art, peut aussi le produire : 1°. en combinant directement l'acide marin avec l'alkali végétal; 2°. en décomposant les sels marins terreux, ammoniacaux ou métalliques par le même alkali; 3°. en décomposant le tartre vitriolé ou le nitre, par le moyen de l'acide marin, comme l'a démontré M. Cornette. On employoit autrefois ce sel neutre comme un excellent fébrifuge; mais il ne possède cette propriété que Sylvius lui a attribuée, qu'en sa qualiré de sel amer. On lui présère aujourd'hui le tartre vitriolé & le sel de Glauber (Antoine François de Fourcroy, Élémens d'histoire naturelle et de chimie, 1786 - books.google.fr).

La sylvine est le chlorure de potassium naturel, KCl, qui contient généralement du chlorure de sodium comme impureté (Uv.-Chapman 1956). La sylvine, qu'on trouve en cristaux cubiques autour des fumerolles du Vésuve, est du chlorure de potassium pur (Wurtz, Dict. chim., t. 2, vol. 2, 1876, p. 1129). D'après l'ancienne dénomination «sel fébrifuge de Sylvius», Sylvius étant le nom de l'anatomiste François de la Boë Sylvius (1614-1672) et non le nom latinisé du médecin français Jacques Dubois (1478-1555) (www.cnrtl.fr).

Pour Lémery ce Sylvius est un médecin parisien (Nicolas Lémery, Cours de chymie, 1744 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Jacques Dubois (médecin)).

Quant à Francis de la Boé Sylvius :

Jean-Baptiste Van Helmont (1577-1664) avait avancé une doctrine iatrochimique qui entraîna cette controverse dans la seconde moitié du XVIIe siècle. Pour lui, dans son Ortus Medicinae de 1648, l’acide représentait l’agent principal de la digestion, et l’alkali y intervenait de manière indirecte. Sa théorie du rôle physiologique des acides et des alkalis a été singulièrement répandue par son élève Sylvius (Francis de la Boé) (1614-1672), professeur de médecine à l’université de Leyde de 1658 à 1672, et grand promoteur des doctrines iatrochimiques. Sylvius proclama que la digestion était causée par la fermentation naissant du mélange salive/bile/suc pancréatique, agissant sur la nourriture ingérée. Il admit que le principal ingrédient du suc pancréatique était un acide tout comme pour la salive, et celui de la bile un alkali. Par analogie à l’union effervescente observée dans son laboratoire d’un acide à un alkali, il imaginait ainsi en terme de « conflit » la rencontre de la salive et du suc pancréatique avec la bile alkaline. Sylvius a essayé par la suite d’étendre aux autres processus physiologiques ce concept de neutralisation acido-alkaline. Contrairement donc aux sympathies, correspondances et analogies qui pour les paracelsiens prenaient place dans l'univers, les partisans du système de Sylvius considéraient les mécanismes en jeu dans les opérations chimiques comme résultant de ce combat violent de substances antagonistes luttant les unes contre les autres, et dont l'opposition était rendue sensible dans les digestions, fermentations, effervescences, etc. Cette théorie a été popularisée par un de ses disciples, Otto Tachenius (?-?), qui, dans ses Hippocrates Chymicus de 1666 et Antiquissimae Hippocraticae Mediciniae Clavis de 16683, voyait – et il se proposa d’ailleurs de le démontrer d'après le témoignage de l'expérience – l’acide et l’alkali comme les essences de tous les êtres sublunaires, l’acide étant le principe dominant. Les acide et alkali sont pour lui les plus anciens principes des choses (Rémi Franckowiak, Le développement des théories du sel dans la chimie française de la fin du XVIe à celle du XVIIIe siècle, 2002 - halshs.archives-ouvertes.fr, fr.wikipedia.org - Franciscus de le Boé).

Koenigsgratz

C’est en 1829 que Charles Nodier rédige Histoire du roi de Bohême et de ses sept châteaux, ouvrage publié en 1830. Son auteur, âgé de 49 ans, loin d’être un inconnu, a déjà publié des textes de toutes sortes, contes délirants, dictionnaires raisonnés ou romans fantastiques. Mais dans cette production foisonnante, la nouvelle œuvre marque un tournant en proposant une alliance inédite entre satire sociale et ouverture au rêve, entre farce grinçante et poésie, entre dérision et merveilleux. Faut-il y voir un effet du désenchantement profond qui l’affecte en cette période de sa vie ? Composé en 60 chapitres aux intitulés systématiquement terminés en «–ion», l’ouvrage est ponctué de vignettes gravées sur bois de bout intimement mélangées au texte, dialoguant avec lui d’une manière inédite, véritable originalité d’un graveur talentueux, Tony Johannot, qui, profitant d’une nouvelle technique de gravure en relief venue d’Angleterre, va bouleverser l’histoire du livre illustré. S’y ajoutent toutes sortes de jeux typographiques et «de dispositions bizarres» (de l’aveu même de l’auteur), faisant alterner selon un rythme irrégulier digressions savantes, querelles étymologiques et listes interminables de termes rares ou scènes de carnaval portant à ridiculiser le néant de la science : le roman a de quoi surprendre ses contemporains ! Sur un rythme frénétique il annonce un voyage en Bohême qui n’aura jamais lieu. En effet, si le 60e et dernier chapitre du Roi de Bohême significativement nommé «SOLUTION», nous mène au pied du pont-levis du château de Koenigsgratz («est-il possible ? Serions-nous déjà dans le plus triste des sept châteaux du roi de Bohême ?»), c’est aussitôt pour stopper net l’élan de l’auteur interrompu par le doigt sans réplique du «libraire» soucieux de ne pas dépasser les 387 pages annoncées (gallica.bnf.fr).

Jan Zizka est le chef de guerre des hussites (né en 1370 au château seigneurial de Trocnov et mort le 11 octobre 1424). Il met au point la tactique du wagenburg qui permet aux Hussites de tenir tête pendant dix-huit ans (1419-1436) aux armées impériales (fr.wikipedia.org - Jan Ziska).

Jean Ziska naquit à Trocznova, dans le district de Koenigsgratz, on ignore à quelle époque. On sait seulement qu'il fut page de Charles IV, et qu'il servit avec éclat en Pologne dans la guerre contre les chevaliers Teutoniques, en 1410 (Tannenberg) (George Sand, Jean Ziska, 2018 - books.google.fr).

Sigismond voulut en finir avec cette révolte. Il n’y avait pas que l’autorité de l’Église qui fût méprisée, la sienne l’était également. Il se mit en marche pour la Bohême, à la tête de quarante mille hommes, assisté de l’Electeur de Brandebourg, du marquis de Misnia, du duc d’Autriche, des princes de Bavière. Il s’arrêta à Kœnigs-Gratz, d’où il donna l’ordre au peuple de Prague de le reconnaître comme souverain. A Leitméritz, il fit jeter dans l’Elbe vingt-quatre Hussites. Mais Prague n’ouvrit pas ses portes. Ziska mit la ville en état de défense. Battues et refoulées, les troupes impériales se dispersèrent. Sigismond passa dans la Moravie, où il se lit couronner solennellement. Mais pendant ces fêtes Ziska, triomphant, reprit ses tournées de carnage (Daniel-Antonin Mortier (1858-1942), Histoire des maîtres généraux de l'Ordre des Frères Prècheurs. Tome quatrième: 1400-1486, 1909 - archive.org).

La Ville de Konigsgratz est le Siege d'un Evêque suffragant de Prague.

Silésie

Peut on reconnaître dans le Szlaszeck aux champignons, gigot de jeune chien que mange Tintin dans le restaurant syldave de Bruxelles, la Silésie :

Szlask, a, m. et anc. Szlasko, a , n. Géogr. Silésie, f. Szlaski, a, ie, de Silésie, de la Silésie ; silésien, ienne (Stanislau Ropelewski, Dictionnaire complet polonais francais, Tome 2, 1878 - books.google.fr).

La mort de l'empereur Charles VI d'une indigestion de champignons, en 1740, provoque la guerre de Succession d'Autriche. Le roi de prusse Frédéric II y gagnera la Silésie, pays abondant en champignons (M. Beuchot, Oeuvres de Voltaire, Précis du siècle de Louis XV, Volume 21, 1831 - books.google.fr).

Dans une interprétation de l'Etoile mystérieuse, le lien entre Silésie et champignons est fait. Hergé y semble attaché.

Il y a tant de champignons en Silésie, que les gens de la campagne s'en nourrissent pendant l'été, & en font sécher au four pour l'hiver (Collection académique, chez François Desventes, 1766) (Tintin, Hergé et la Croix d’Huriel : L’Etoile mystérieuse : sephira Malkuth et Tulipe en fleur).

Tandis que peu à peu la Prusse tombait au pouvoir de l'ordre Teutonique qui y avaient été appelés en 1230 par Conrad, duc de Cujavie et de Masovie, petit-fils de Boleslas III, la Silésie était insensiblement germanisée, et par là même se détachait de la Pologne (Heinrich Joseph Wetzer, Dictionnaire encyclopédique de la théologie catholique, Tome 18, 1863 - books.google.fr).

En 1329, les frères du duc de Silésie sont admis comme confrères de l'ordre teutonique, en récompense de leur aide contre le roi de Pologne (Alain Demurger, Moines et Guerriers. Les ordres religieux-militaires au Moyen Âge: Les ordres militaires au Moyen Âge, 2014 - books.google.fr).

Koniggratz est un cercle de Bohême, borné au N. par la Silésie, à l'E. par le comté de Glatz et la Moravie, au S. par le cercle de Chrudim et à l'O. par celui de Bidschow (Dictionnaire geographique universel, contenant la description de tous les lieux du globe, Tome 8, 1830 - books.google.fr).

La bataille de Königgrätz, 3 Juillet 1866, plus connu en France sous le nom de Sadowa, est l'une des batailles les plus décisives pour l'histoire de l'Europe au 19e siècle. Si sur le plan militaire elle fut une démonstration de la puissance de l'armée prussienne, elle préfigure certains changements fondamentaux dans l'art de la guerre liés au progrès technique. Bismarck sait que son adversaire est un géant aux pieds d'argile. La défaite autrichienne en Italie en 1859 laisse à penser que ce ce que le petit Piémont, allié à la France, a réalisé pour unifier l'Italie peut être fait pour créer une confédération allemande sous le contrôle de la Prusse (David François, La guerre allemande: Sadowa, la bataille pour l'Allemagne, 2014 - lautrecotedelacolline.blogspot.com).

Photographie

L'album photo du jumeau Halambique, l'appareil supposé photographique servant à projeter le sceptre de l'autre côté du fleuve, et la montre où est dissimulé un appareil miniature dont la photo prise de Tintin dans l'escalier de l'immeuble du Pr. Halambique est développée page 3, conduisent à considérer la photographie en rapport avec les alcalis.

Daguerre à chercher des appuis et à maintenir sa réputation afin de convaincre la communauté artistique de la réalité de son invention. Pour cela, Daguerre ira jusqu’au plus haut de l’échelle hiérarchique de l’institution des beaux-arts du royaume. Pour preuve, la Société française de photographie conserve dans ses collections un daguerréotype annoté de la main de Daguerre, témoignage de l’authenticité de l’invention en 1837. Ce daguerréotype est le plus ancien daguerréotype connu. Il est dédicacé à Alphonse de Cailleux. Ce dernier n’est pas un inconnu pour Daguerre. Avec Charles Nodier et le baron Taylor, il est l’instigateur des Voyages pittoresques et romantiques en l’ancienne France pour lesquels Daguerre réalise des dessins gravés dans les éditions de 1820 et 1829. Mais, avant tout, de Cailleux est secrétaire général des Musées depuis 1821, nommé directeur adjoint après 1832 en remplacement de Forbin de plus en plus malade. Ainsi, en allant voir de Cailleux, Daguerre rencontre en 1837 le premier personnage de l’administration des beaux-arts. Daguerre doit avant tout convaincre : convaincre d’éventuels investisseurs, convaincre les incrédules, convaincre la communauté artistique, convaincre l’institution. [...]

Inscrivant sa découverte dans la généalogie de l’amélioration des essais entrepris par Niépce avant lui dans le cadre de leur association, Daguerre met l’accent sur l’apport décisif de sa chambre noire. Il décrit ainsi une recherche de perfection s’intensifiant après la mort de son associé et met en place le rapport de cause à effet du couple essentiel promptitude et exactitude. On peut s’interroger sur la nécessité dans laquelle se trouve alors Daguerre d’inscrire son invention dans une perspective biographique complexe alors qu’il se propose d’en exposer le principe au grand public. Comparant son système à celui de son associé défunt, Daguerre écrit : « Cet autre procédé, dont la base diffère entièrement et auquel j’ai donné mon nom en l’intitulant Daguerréotype, sous le rapport de la promptitude, de la netteté de l’image, de la dégradation délicate des teintes, et surtout de la perfection des détails, est bien supérieur à celui que M. Niépce a inventé, malgré tous les perfectionnements que j’y avais apportés, puisque comparativement la différence de sensibilité à la lumière est comme de 1 à 70, et comparativement avec la substance connue sous le nom de chlorure d’argent, elle est comme de 1 à 120.» (Paul-Louis Roubert, Hubert, ou l’honneur de Daguerre, Études photographiques N° 16, 2005 - journals.openedition.org).

Caverne et camera obscura

La camera oscura est une méthode dont jadis les dessinateurs se servaient pour copier une scène réelle. Cette méthode est devenue périmée avec l'avènement de la photographie, à l'appareil de laquelle elle a d'ailleurs légué son nom, camera. Selon la méthode ancienne, le dessinateur s'installe dans une véritable chambre, totalement close à la lumière sauf pour un très petit trou. Face au trou, il installe sa feuille sur un chevalet. Les lois de l'optique font que sur la feuille sera projetée une image (quoique faible et un peu floue), de la scène qui se trouve à l'extérieur du trou, si cette scène est suffisamment lumineuse. L'image sur le papier, toutefois, est renversée, sens dessus dessous, et inversée de droite à gauche. Il ne reste au dessinateur qu'à tracer les contours de l'image au crayon, puis à renverser sa feuille et à la retourner, pour disposer par transparence ou transfert d'une mise en place exacte de la scène réelle (Philippe Ranger, Théorie de la connaissance, idéologie et camera oscura, Rétrospective à l’occasion du centenaire de la mort de Karl Marx, Le marxisme cent ans après Marx, Volume 10, numéro 2, octobre 1983 - www.erudit.org).

On se rappelle que Platon nous montre nos âmes emprisonnées dans nos corps comme dans des cavernes, d'où il leur est difficile d'apercevoir les choses dans leur vraie lumière et sous leur véritable forme. Ne pourrions-nous pas dire plutôt qu'en nous attachant aux impressions que nous recevons de la seule matière, nous agirions comme des enfants qui, nés dans une «caméra obscura» n'en seraient jamais sortis, et qui voyant les objets réfléchis par le papier opposé à la lumière, renversés et retournés de haut en bas, et les hommes, par exemple, marcher sur leurs têtes, croiraient avoir sous leurs yeux la réalité des choses ? (Louis Benloew, Les Lois de L'Histoire, 1881 - books.google.fr, www.jewishencyclopedia.com).

L'allégorie de la caverne de Platon, peinte ici par un artiste vraisemblablement flamand des années 1570. met en scène des spectateurs ligotés, contraints de regarder les ombres qui passent sur le mur du fond. Ces spectateurs de cinéma, dans leur salle obscure et souterraine, ne connaissent rien d'autre que les silhouettes mouvantes, projetées par un feu allumé au loin, sur une hauteur. Entre le feu et les prisonniers, s'étire une route où est construit un petit mur «pareil aux cloisons que les montreurs de marionnettes dressent devant eux», écrit Platon dans La République, au livre VII. Le long de ce mur, défilent des hommes, et ce sont leurs ombres que la lueur lointaine projette à l'intérieur de la caverne. L'un des prisonniers est libéré. Il sort de la salle obscure, souffre d'abord de la lumière éblouissante, mais découvre le «monde intelligible» et comprend l'idée du bien. L'éducation de l'âme et de l'œil est ainsi célébrée (Cahiers du cinéma, Numéros 498 à 503, 1996 - books.google.fr).

La République de Platon porte sur la notion de justice, tant du point de vue de l’individu que du point de vue collectif et social. Platon et Socrate cherchent à trouver en quoi une société et un individu peuvent être justes et cherchent pour cela à remonter à l’Idée de Justice, grâce à la méthode dialectique (méthode d’élévation de l’âme). L’allégorie de la Caverne présente la théorie des Idées de Platon, qui constitue à la fois sa métaphysique (= sa théorie de la connaissance) et son ontologie (= sa théorie de l’être et du réel). La République est également un dialogue politique, puisque Platon y expose sa théorie sur l’organisation idéale de la Cité et sa théorie du pouvoir (philosophe-roi). Ce texte est donc tout à fait représentatif de la philosophie platonicienne.

Les hommes vivent dans l’illusion. Seul le philosophie, libéré de l’opinion et du vraisemblable, accède et contemple les Idées intelligible. Le monde est ainsi divisé en deux : les choses sensibles, fausses, et leurs idées, vraies. Or, la vérité étant préférable à l’illusion, le savoir doit guider l’homme et la Cité. Donc, c’est au philosophe, seul à même de connaître le vrai, de régner.

Platon est un idéaliste dans la mesure où il pose le primat des idées sur la matière. Le monde des Idées, éternel et immobile, prévaut sur le monde sensible, monde de l’illusion, temporaire. La réalité intelligible est le vrai réel. Les objets du monde ne sont que des reflets (Marx, en matérialiste, renversera la hiérarchie platonicienne : le monde des idées est le reflet du monde des objets (rapports de production). La conséquence politique, sur l’organisation politique évidente : les philosophes doivent devenir rois. En posant le savoir au centre de la communauté politique, Platon présente une théorie politique élitiste (la-philosophie.com).

«La production des idées, des représentations, de la conscience», écrit Marx dans les carnets de l'Idéologie allemande. «est... le langage de la vie réelle. Ici, la manière d'imaginer et de penser, le commerce intellectuel des hommes apparaissent encore comme l'émanation directe de leur conduite matérielle. Il en va de même de la production intellectuelle, telle qu'elle se manifeste dans le langage de la politique, des lois, de la morale, de la religion, de la métaphysique, etc., d'un peuple. Ce sont les hommes qui sont les producteurs de leurs représen-tations, de leurs idées, etc., mais ce sont les hommes réels, œuvrants, tels qu'ils sont conditionnés par un développement déterminé de leurs forces productives et du commerce qui leur correspond jusque dans ses formes les plus étendues. La conscience ne peut jamais être autre chose que l'être conscient, et l'être des hommes est leur procès de vie réel. Si, dans toute l'idéologie, les hommes et leurs conditions apparaissent sens dessus dessous comme dans une camera obscura ce phénomène découle de leur procès de vie historique, tout comme l'inversion des objets sur la rétine provient de son processus de vie directement physique.» (Trad. Rubel, Pléiade III, p. 1056, avec deux retouches grammaticales.)

L'image même de la camera oscura, qui remonte à 1845, contient en germe les deux figures : côté contenu, «la manière d'imaginer et de penser, le commerce intellectuel des hommes apparaissent encore comme l'émanation directe de leur conduite matérielle» ; côté sens, nous qui parlons, nous reconnaissons la camera oscura pour ce qu'elle est parce que, comme continue le texte, «tout au contraire de la philosophie allemande, qui descend du ciel sur la terre, on s'élève ici de la terre au ciel.» (Philippe Ranger, Théorie de la connaissance, idéologie et camera oscura, Rétrospective à l’occasion du centenaire de la mort de Karl Marx, Le marxisme cent ans après Marx, Volume 10, numéro 2, octobre 1983 - www.erudit.org).

En 1781 Herschel découvrit Uranus; les calculs de Le Verrier, en 1845, établirent l'existence de Neptune (Auguste Viatte, La fée aux miettes de Charles Nodier, Introduction et notes, 1962 - books.google.fr).

Pour expliquer les irrégularités constatées dans le mouvement de la planète Uranus, l'astronome Joseph Le Verrier découvre par le calcul l'existence d'une planète inconnue, qu'il baptise Neptune ; le 23 septembre 1846, Johann Galle à l'observatoire de Berlin voit la planète à l'endroit annoncé (Laurent Lemerle, La France par ses timbres, 1999 - books.google.fr).

A Cambridge, Adams fit des calculs analogues à ceux de Le Verrier à la même époque.

Bordures, limites et frontières

On se reporte au chimiste Le Febvre pour avoir un aperçu du cycle naturel de la chimie qui englobe tout l'univers ainsi que les astres, et la différenciation des entités chimiques.

Dans la réalité, celle de Le Febvre bien entendu, celui-ci est inévitablement salifié. L’esprit universel pur n’est pensable que dans les astres ; ailleurs c’est un sel. D’une manière tout à fait scrupuleuse, tout n’est qu’«esprit fermé». En effet, la nature est cyclique, l’esprit descend des astres, se corporifie (se ferme) puis se spiritualise pour devenir aliment des cieux ; et ce pour toutes les choses naturelles. L’esprit devient sel hermaphrodite, sel aqueux, puis sels terreux, puis une infinité de mixtes salins, avant de redevenir feu élémentaire via le sel volatil. Impossible alors d’opposer un sel manipulable au laboratoire à un Sel spéculatif, puisque tous deux sont essentiellement le même être. Cela dit, à notre échelle il est permis de faire une discrimination entre les êtres ; nous distinguons cinq principes tout en sachant qu’ils dérivent tous à divers degrés du sel hermaphrodite. D’un point de vue expérimental, ce que Le Febvre nomme sels sont des substances solides, cristallisables, alkalines et rentrant en conflit avec les esprits acides, à l’exception des sels volatils qui auraient un caractère acide plus marqué et qui ne «tueraient» pas ces derniers. Ils doivent leur nom de sel au sel principe qui abonde en eux. Nous sentons aisément là une ligne de démarcation extrêmement floue entre corps salins et esprits (d’ailleurs les eaux fortes et autres composés acides détiennent leur vertu corrosive d’un sel de mort), et généralement, entre chimie fondamentale et chimie appliquée. Aussi la chimie de Nicaise Le Febvre est-elle également une philosophie chimique saline [...]. Elle le restera tant qu’on érigera en principe premier une entité spirituelle universelle totalement dépouillée d’enveloppe terrestre pour décrire un monde corporel. Ce qui est remarquable ici, est son mariage assez réussi avec les considérations portant sur les préparations médicamenteuses salines dans l’officine de l’apothicaire (Rémi Franckowiak, Le développement des théories du sel dans la chimie française de la fin du XVIe à celle du XVIIIe siècle, 2002 - halshs.archives-ouvertes.fr).

Projection

Le faux appareil de photographie armé d'un puissant ressort sert à projeter le sceptre d'Ottokar de l'autre côté du fleuve.

Une chambre noire (en latin «camera obscura») est un instrument optique objectif qui permet d'obtenir une projection de la lumière sur une surface plane, c'est-à-dire d'obtenir une vue en deux dimensions très proche de la vision humaine. Elle servait aux peintres avant que la découverte des procédés de fixation de l'image conduise à l'invention de la photographie (fr.wikipedia.org - Chambre noire).

Projection est aussi un terme d'alchimie. En relation avec le Sel, elle est un aboutissement du grand oeuvre comme chez Fabre.

Pierre-Jean Fabre (c. 1588-1658) fut diplômé de médecine à la faculté de Montpellier qui lui refusa durant un mois le titre de docteur pour ses prises de position paracelsiennes ; les doctrines d’Hippocrate et de Galien constituaient alors l’essentiel de l’enseignement dispensé dans cet établissement. Une fois établi comme médecin à Castelnaudary, Fabre prescrit des remèdes inspirés de la nouvelle médecine dont il vante les mérites en 1627 dans Insignes curationes variorum morborum. Peu de temps après avoir soigné Louis XIII de passage dans sa ville en 1622, il devint médecin ordinaire du roi. Fabre fut également reconnu comme spécialiste de la lutte contre la peste, mais c’est principalement en tant que chimiste que notre homme eut une certaine reconnaissance en Europe, et ce surtout grâce aux dédicaces de ses oeuvres à d’importants personnages de l’époque y compris en ce qui concerne les ouvrages qui nous intéressent ici, l’Abrege des secrets chymiques de 1636 dédié au duc Gaston d’Orléans frère du roi, et le Manuscriptum ad Fridericum de 1653 publié en 1690, au prince héritier de Norvège et duc de Schleswig-Holstein. Il tient aussi sa réputation d’une transmutation d’un métal vil en argent le plus pur, supposée avoir été réalisée le 22 juillet 1627 par projection de la Pierre philosophale sous forme de poudre nommée «fameux sel physique» ou «sel admirable». Cette opération extraordinaire est contée dans son Alchymista Christianus de 1632 qui établit les correspondances entre les sacrements et les opérations chimiques. C’est à cette occasion que Fabre, comme Vigenère avant lui, affirme que le Sel est le symbole du Christ, et que le Mercure des Philosophes, que nous savons être la matière première de la Pierre, peut être considéré comme représentant Dieu (Rémi Franckowiak, Le développement des théories du sel dans la chimie française de la fin du XVIe à celle du XVIIIe siècle, 2002 - halshs.archives-ouvertes.fr).

Alcali et photographie

C'est le Dr Andresen qui, en 1889, proposa le paramidophénol pour développer l'image latente en même temps que les autres amidophénols et les phénylènes diamines, mais ce sont MM. Lumière qui ont fait l'étude la plus approfondie de cette substance et donné, en même temps, les meilleures formules. Ils ont, tout d'abord, fait remarquer que la substitution du chlorhydrate à la base libre, proposée par Vogel et Andresen, est illusoire, car si ce premier est très soluble et la seconde très peu, il arrive nécessairement que lorsqu'on ajoute les alcalis carbonatés ou les alcalis caustiques nécessaires pour que le paramidophénol puisse réduire les sels haloïdes, ce chlorhydrate est décomposé en mettant le paramidophénol en liberté. On se trouve donc dans les mêmes circonstances que si l'on avait employé la base libre, avec cette différence cependant que l'on a introduit dans le révélateur, par suite de la double décomposition du chlorure de potassium qui a une action retardatrice très marquée. L'emploi du chlorhydrate est donc un inconvénient et mieux vaut chercher, comme l'ont conseillé MM Lumière, à augmenter la proportion du corps réducteur, en ayant recours aux alcalis caustiques et en s'adressant de préférence à la lithine caustique (L. Mathet, Traité de chimie photographique, Tome 2, 1901 - books.google.fr).

Auguste et Louis Lumière ont constaté que le paramidophénol additionné de bases alcalines fournit un excellent développateur pour les images photographiques. Guidé par les mêmes considérations théoriques sur lesquelles étaient basées les recherches de MM. Lumière, le Dr Andressen, de Berlin, avait fait breveter l'emploi des phénylènes diamines, le 1er avril 1888, mais avait négligé l'emploi des amidophénols. [...]

Le paramidophénol présente sur les autres révélateurs l'avantage de ne jamais colorer la gélatine. La solution développatrice se conserve fort longtemps, même dans des flacons débouchés, et les négatifs développés avec de vieux bains ne présentent point la teinte jaune que l'on remarque fréquemment quand on fait usage des autres développateurs. Les substances qui constituent ces divers bains donnent par oxydation à l'air des produits identiques à ceux qui prennent naissance pendant le développement. Ces produits d'oxydation se comportent d'une manière très différente lorsqu'ils imprègnent la gélatine ; ils lui communiquent une teinte jaune dans le cas de l'hydroquinone et de l'iconogène, tandis que cette gélatine reste parfaitement incolore dans le cas du paramidophénol (Charles Fabre, Traité encyclopédique de photographie: A. Premier supplément, Tome 5, 1892 - books.google.fr).

Le commerce livre le paramidophénol sous deux formes : base libre et chlorhydrate. La base libre est peu soluble dans l'eau ; elle permet, cependant, de préparer des révélateurs renfermant une quantité assez élevée de substance développatrice mais il faut, pour cela, qu'un alcali caustique soit employé comme accélérateur ; cet alcali donne, d'ailleurs, une grande énergie au développateur (La Revue française de photographie et de cinématographie, Volume 12, 1931 - books.google.fr).

Lorsque dans la pratique on utilise des sels tels que le chlorhydrate de paramidophénol, on a soin d'opérer en présence d'alcalis ; il y a d'abord libération de la base, et le révélateur se trouve constitué par une solution de cette base dissoute dans un excès d'alcali. Avec un composé renfermant deux fois la fonction développatrice, comme le diamidophénol, et jouissant de propriétés basiques, il semble que le développement de l'image latente puisse s'effectuer quand on prend le corps à l'état de sel. Il n'en est rien; le chlorhydrate agit bien, par exemple, sans alcalis caustique, mais il agit en présence de corps qui, comme le sulfite de sodium, ont une réaction alcaline faible. Le sel de sodium correspondant à l'acide combiné au composé développateur se formera, et l'acide sulfureux se portera sur l'excès de sulfite de sodium en donnant du bisulfite. Si nous considérons les développateurs ne contenant que des groupes phénoliques, nous voyons qu'en simple solution aqueuse, ils ne sont pas susceptibles de révéler l'image latente comme ceux qui sont doués de propriétés basiques (Le Moniteur scientifique du docteur Quesneville: journal des sciences pures et appliquées, Volumes 53 à 54, 1999 - books.google.fr).

Vol à voile

Jacques Édouard Ledure, né le 26 mars 1893 à Saint-Gilles-lez-Bruxelles en Belgique, est un aviateur et pilote automobile belge. Il est mort accidentellement le 16 mai 1948. Il a été aviateur dans l'Aéronautique militaire belge au cours de la Première Guerre mondiale, et actif dans l'aviation et le vol à voile en Belgique dans les années 1920 et 1930 (fr.wikipedia.org - Jacques-Edouard Ledure).

Le 23 juillet 1937, à 18 h. 30, l'Aéro-Club de France a reçu la mission de vol à voile yougoslave, venue à Paris assurer la liaison avec les équipes de vol à voile françaises. Cette mission était dirigée par l'ingénieur X. Mirosavljevitch, secrétaire de l'Aéro-Club de Yougoslavie, et composée du chef pilote A. Stanojevitch, du pilote P. Crnjanski, du personnel auxiliaire Z. Milasinovitch. M. Djuritch, A. Pétrin, K. Tanasije. Cette équipe de vol à voile détient la majorité des records de vol à voile yougoslaves et en particulier record de distance avec 126 km.; record d'altitude avec 1.200 mètres; record de durée avec 10 h. 35 min. M. Tissandier, en l'absence de M. de La Grange, souhaita la bienvenue aux pilotes yougoslaves et leur exprima les vœux les plus sincères de l'Aéro-Club de France pour le succès de leur mission (L'Aérophile, revue technique et pratique de la locomotion aérienne, Volume 45, Union aérophile de France, 1937 - books.google.fr).

Louis de Monge fabrique son premier planeur en 1909/1910. A la même époque il produit un avion qui se plante près du château de Wallay (Pierre Cryns, 2010 - faucheurs.be).

Louis de Monge (Comte Pierre Louis de Monge de Franeau) (1890 – 1977) fut un ingénieur belge. Il est surtout connu comme le concepteur du Bugatti-De Monge 100P (fr.wikipedia.org - Louis de Monge).

Jacques De Monge De Franeau was born on April 5, 1913 in Liège. A career lieutenant, he is has the nobility title of Vicomte. Enlisted in the Legion Wallonie in July 1941, he refuses to take part in the oath ceremony to Hitler on 22 August 1941476. He is sent back to Belgium soon after. Died on July 18, 1980 in Ixelles. He's a son of Louis De Monge De Franeau (1890-1977), a Belgian engineer who developed the experimental racing aircraft Bugatti-De Monge 100 P shortly before the war. The prototype remained hidden in the French countryside for nearly thirty years, before being discovered and bought by the Americans, who coveted the engine (Grégory Bouysse, Encyclopedia of the New Order - Special Issue - Wallonia (Part I), 2019 - books.google.fr).

M. de Monge expose ses idées Sur la théorie mécanique du vol à voile. Cet exposé est suivi d'une discussion à laquelle prennent part MM. de la Vallée Poussin et de Béthune (Annales de la Société scientifique de Bruxelles, Volume 34, 1910 - books.google.fr).

J. de Monge, La théorie du vol à voile. L'Aéro-mécanique, 2e année, No. 3 (10 oct. 1909), Bruxelles, pp. 25-27, diagr. (?) (Bibliography of Aeronautics, United States. National Advisory Committee for Aeronautics, 1921 - books.google.fr).

Livre jaune

Page 1, Tintin se promène avec un livre à couverture jaune.

La pratique consistant à publier des documents diplomatiques à l’appui de la politique poursuivie, inaugurée par la Révolution française, n’est devenue régulière que sous le Second Empire. Les fascicules conçus alors pour accompagner, voire justifier, un rapport sommaire sur des événements de politique extérieure de l’année écoulée ne prirent l’apparence de livre jaune qu’en 1855. Dans une démarche analogue, après le Livre bleu de la Grande-Bretagne, parurent de façon plus épisodique le Livre orange russe, le Livre vert italien, les Livres noir ou blanc allemands, le Livre rouge autrichien, etc. (Livres jaunes : les premiers documents diplomatiques français publiés - www.diplomatie.gouv.fr, Raymond Poincaré, Au service de la France: Les Balkans en feu : 1912, Volume 2, 2012 - books.google.fr).

Chien vert

Page 1, sur la bibliothèque basse du Pr. Halambique, se trouve une statuette verte représentant un quadrupède peut-être un chien (un chien fô ?) assis, la tête retournée en arrière.

Rien ici n'est innocent. Tout indice relevé au début du récit servira à éclairer la suite. Il n'est donc pas indifférent que Nestor Halambique habite au 24, rue du Vol à Voile, au troisième étage, première porte à droite (précisions inaccoutumées chez Hergé, fournies ici par la concierge Mme Pirotte). En effet, tant de renseignements ancrent dans la tête du lecteur l'idée d'une existence précise, sociale, du professeur Halambique, qui est myope comme une taupe et fume cigarette sur cigarette. En outre, ils conduisent le même lecteur à douter, avec Tintin, de l'authenticité de l'autre professeur Halambique : Alfred. Dans les premières cases, Tintin et Milou se promènent, comme cela deviendra leur habitude. Bien que Bruxelles ne soit nulle part mentionnée, on en reconnaît le parc du Cinquantenaire et l'on remarque l'immatriculation belge de l'avion qui assure la liaison Bruxelles-Prague (Pierre Ajame, Hergé, 1991 - books.google.fr).

Rien ne prouve que ce soit dans le Parc du Cinquantenaire et pas dans le Parc de Bruxelles. Quelques petits détails (clôtures, bancs, statues, végétation plus abondante) font d’ailleurs plus penser au Parc de Bruxelles (situé entre le Palais Royal et la rue de la Loi) qu’au Parc du Cinquantenaire, qui est lui, un peu excentré (Pierre Rubens, Quand Hergé dessinait Bruxelles : le parc du Cinquantenaire, 2019 - tintinomania.com).

Du 10 mai au 8 novembre 1897, la Belgique organise à Bruxelles sa première Exposition Universelle.

L’Exposition Internationale de Bruxelles prit place au sein du Parc, inauguré en 1875, du Cinquantenaire. Le Parc abritait les pavillons des 26 pays participants ainsi que ceux des villes principales de Belgique, et accueillait 10 668 exposants au sein de diverses galeries thématiques. Afin de démontrer sa puissance coloniale, la Belgique organisait également une Exposition coloniale, entièrement dédiée au Congo, à 15 km du Parc du Cinquantenaire à Tervuren. Celle-ci était reliée au Parc par une avenue et un tramway construits pour l’occasion.

L’Exposition accueillera six millions de personnes. Les réseaux ferroviaires et de tramway de Bruxelles seront largement développés grâce à l’Exposition Universelle.

Au sein du Parc du Cinquantenaire, seul le Pavillon Horta-Lambeaux demeure aujourd'hui (www.bie-paris.org).

L'Exposition universelle et internationale de Bruxelles, est une exposition universelle qui s'est déroulée à Bruxelles du 23 avril au 1er novembre 1910. C'est la troisième exposition internationale de la ville. L'exposition est relativement généraliste mettant en avant les réalisations industrielles, commerciales et coloniales de la Belgique.

Un incendie s’est déclaré le 14 août dans le grand palais central et a endommagé en tout ou en partie la section belge, anglaise, française et Bruxelles-Kermesse. Dès le lendemain matin, à l’étranger, tout est diffusé dans la presse provoquant beaucoup de rumeurs. Les organisateurs de l’exposition réagirent directement en démontrant que tout n’était pas détruit et que les parties endommagées allaient rapidement être reconstruites. Cet événement a suscité l'attention du public et les organisateurs ont pu l'utiliser pour la promotion de l’exposition avec succès car le lendemain de l’incendie, l’exposition connut son pic d’affluence et ne désemplie pas jusqu’à la fin (fr.wikipedia.org - Parc du Cinquantenaire).

Tous les styles aussi : on entre par un arc de triomphe de Rubens ou par une poterne; la «grosse» maison de Bruxelles-Kermesse, le restaurant du Chien-Vert, a des balustrades très Louis XIII et une rotonde du plus distingué Louis XVI (C. Puma, Une visite à l'Exposition de Bruxelles, Etudes religieuses, historiques et littéraires, Compagnie de Jésus, 1910 - books.google.fr).

Auberge du Chien vert, 1910 - www.ansichtskartenversand.com

Située dans l’angle sud-ouest du parc, sculpture en bronze, fondue suivant un modèle de plâtre conçu en 1869 par le sculpteur Jean-Baptiste Van Heffen. Représentant un dogue en position de guet, elle est également dénommée Le Chien ou encore Le Chien vert. D’abord conservée aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, l’œuvre est placée dans le parc en 1896, sur un socle en petit granit. À l’occasion d’une exposition de sculptures organisée pour le 75e anniversaire de l’Indépendance de la Belgique, elle sera provisoirement déplacée à l’entrée du parc de la Woluwe, le long de l’avenue de Tervueren. La sculpture y a donné son nom à une auberge voisine, aujourd’hui démolie (be-monumen.be).

Chien vert au Parc du Cinquantenaire - www.irismonument.be

La statue derrière le tronc d'arbre : la pudeur

La première case de la première page représente le bas d'une statue d'un être humain nu (un homme probablement vu la morphologie) cachée en partie par un arbre. Il semble qu'on voit le côté gauche avec la jambe un peu pliée, et l'arrière du pied (les doigts ne sont pas visibles). Le bras gauche doit être relevé, il n'est pas le long du corps.

On pense à une statue dite de Poséidon découverte en Grèce dans les années 1920.

Est-ce un Poseidon brandissant son trident ou plutôt Zeus lançant la foudre ? (L'Illustration, Numéros 4466 à 4479, 1928 - books.google.fr).

Le dieu du Cap Artémision est une sculpture grecque monumentale (haute et large d'environ 2 mètres) en bronze, datée vers 460 av. J.-C. et conservée au Musée national archéologique d'Athènes (Inv. 15161). Elle a été découverte en 1926 (bras gauche) et 1928 (reste de la statue) au large du Cap Artémision, au nord de l'île d'Eubée. Le dieu du cap Artémision se présente comme un homme nu, d'âge mûr, barbu, debout dans une position dynamique (fr.wikipedia.org - Dieu de l'Artémision).

Ici, la jambe gauche est portée hardiment en avant et son genou fléchit tandis que le pied droit ne prend appui au sol que par les orteils (Hendrik Gerard Beyen, La Statue d'Artemision, 1930 - books.google.fr).

Usoûs est le Neptune des anciens Phéniciens, lequel, dit Sanchoniathon, enseigna le premier à ses compatriotes à s'exposer en mer sur un tronc d'arbre creusé (Louis Nicolas Bescherelle, Dictionnaire national, ou, Dictionnaire universel de la langue française, Tome 2, 1851 - books.google.fr).

La dernière case de la dernère page termine l'histoire dans la mer (salée) dont Poséidon est le dieu. La boucle est bouclée.

Un caractère divin est souvent attaché, pendant l'Antiquité, au lieu d'exploitation du sel ainsi qu'à son nom (Gimard, 1975) ; les Grecs le considéraient comme un don de Poséidon ; Platon ajoute qu'il est agréable aux dieux car il développe la qualité du goût. Il est alors étonnant qu'il n'existe pas de dieu du sel à Rome ni en Grèce, alors qu'il en a existé par exemple en Chine ancienne et dans le Mexique précolombien. A Rome, Neptune est parfois associé à une déesse «Salacia», dont on ne connaît que le nom. En Gaule, Neptune est le dieu des eaux en général, salées ou non. Cependant, les Romains ne font aucune offrande à leurs dieux sans y faire figurer un gâteau de sel (Mola Salsa). De là aussi, la valeur symbolique du sel à cette époque : il était l'emblème de l'amitié, de l'hospitalité, de la fidélité à la parole donnée ; on employait le terme de «sales» au sens métaphorique pour qualifier les agréments de la vie et de l'esprit (Marie-Yvane Daire, Le sel des Gaulois, 2003 - books.google.fr, André Demeerseman, Le contrat de l'eau et du sel. Aspects social et psychologique de l'hospitalité, IBLA: revue de l'Institut des belles lettres arabes, Volume 7,Numéro 28, 1944 - books.google.fr).

Défiant les moqueries qui avaient accompagné la publication de cet ouvrage, Rétif assume pleinement son paganisme mystique et salé : l’Être-principe devient lui-même «tout le sel volatil, actif par essence» (III, p. 293) (retifdelabretonne.net).

La pudeur marque le pouvoir de l'homme sur la femme, et le premier d'entre eux est de tout lui apprendre. Le même Rétif voit sans fausse honte dans la pudeur le «sel du plaisir», puisqu'elle laisse à l'homme la trouble volupté de déniaiser sa femme (Jean-Claude Bologne, Pudeurs féminines: voilées, dévoilées, révélées, 2010 - books.google.fr).

D'ailleurs, selon un proverbe marocain «une femme sans pudeur est un plat sans sel» (Safâa Monqid, Femmes dans la ville: Rabat : de la tradition à la modernité urbaine, 2017 - books.google.fr).

Les Salines de Vieliczka ont été découvertes par Sainte Cunégonde femme de Boleslas V, surnommé le pudique (Jozef W. Krasinski, Guide du voyageur en Pologne et dans la République de Cracovie, 1820 - books.google.fr).

Boleslas V, né l'an 1219, fut proclamé duc de Pologne à l'âge de sept ans en 1227, sous la tutelle de Conrad, son oncle. Conrad eut dans cet emploi pour compétiteur Henri le Barbu, duc de Breslaw, qu'il contraignit à se désister après l'avoir fait prisonnier dans Cracovie dont il s'était emparé. L'an 1230, les Prussiens font irruption dans la province de Culm, qu'ils dévastent et où ils brûlent plus de deux cent cinquante églises. De là étant entrés dans la province de Mazovie, ils y commettent les mêmes ravages. Le régent Conrad, réduit à la seule ville de Plosko, appelle à son secours les chevaliers Teutoniques, auxquels il assigne pour établissement le château de Dobzrin avec ses dépendances. Quelque tems après, satisfait de leurs services, et en espérant encore de plus grands, il leur cède le territoire de Culm et tout le pays situé entre la Vistule, la Moera et la Drwencza. Ce fléau était à peine détourné que le duc de Breslaw revient à main armée en Pologne où il fit des progrès qui obligèrent Conrad à lui remettre la régence. L'habileté avec laquelle il en remplit les fonctions, fit oublier la violence qu'il avait employée pour l'obtenir. Boleslas étant enfin parvenu, l'an 1238, à l'âge de majorité, prit en main les rênes du gouvernement. Dans les conjonctures critiques où la Pologne se trouva bientôt, elle avait besoin d'un chef plein de force et de courage. Ces qualités manquaient à Boleslas. Les Tartares ayant fait irruption, l'an 1240, dans la Pologne sous la conduite de Batou-Khan, il abandonna lâchement ce pays et se réfugia en Hongrie, d'où il passa peu de tems après en Moravie. Ces barbares s'étant retirés l'année suivante, les Polonais, indignés de la fuite de leur duc, pensèrent à le détrôner. Conrad, son oncle, voulut profiter de ces dispositions pour usurper la couronne. Guerre entre l'oncle et le neveu, qui finit, l'an 1246, par la mort du premier. Boleslas vit dans la suite de son règne les grands de ses états aux prises les uns avec les autres, sans prendre part à leurs querelles. Ce prince, surnommé le Chaste, à cause de la purereté de ses mœurs, mourut le 10 et non le 20 décembre 1279, sans laisser d'enfants de CUNÉGONDE, son épouse, fille de Rostilaf, duc de Russie, suivant Dlugoss, mais plutôt de Béla IV, roi de Hongrie, selon les historiens hongrois (L'art de vérifier les dates, Tome 13, 1818 - books.google.fr).

La formation salifère de Wieliczka s'étend vers l'O., jusque dans la Silésie autrichienne, sous la forme des couches gypsifères de Kathrein, au N. de Troppau, où l'on a constaté la présence d'espèces fossiles identiques à celles de Wieliczka, telles que la variété à côtes en faisceau du Pecten scabridus Eichw. et la Modiola Hornesi Reuss, espèce vivant par troupes. Les dépôts de sel gemme sur les bords N. et S. des Carpathes, ont été considérés depuis longtemps comme contemporains de ceux de Wieliczka, sans qu'on eût été à même de citer des faits paléontologiques en faveur de cette assertion. Ce n'est que tout récemment que M. Reuss a réussi à constater dans le sel gemme de Thorda et de Maros-Ujvar (Transylvanie) la présence de quelques rares formes fossiles, toutes d'espèces faisant partie de la faune de Wieliczka (L'institut. Section 1: Sciences mathématiques, physiques et naturelles, Volume 35, 1867 - books.google.fr).

Honni soit qui mal y pense

Un portrait gravé par Crispin van de Passe en 1613 - du vivant du Roi Jacques Ier, date de la dernière pièce de Shakespeare le campant en Prospéro - révèle dans toute son éclatante ambiguïté l'image du Roi en auteur : le Roi-poète héros conquérant et auteur triomphant. [...] Le roi porte le grand collier de l'ordre de la Jarretière avec sa médaille où Georges terrasse le dragon, et à droite, posée, comme une sorte de blason, la jarretière elle-même avec inscrite la devise de l'ordre «Hony soit qui mal i pense», encercle le globe impérial où est fichée la croix ; mais deux plumes s'y surajoutent, la double plume du roi-écrivain et de l'écrivain-roi qui assurément font allusion au poème inscrit sur le parapet. Le Roi d'ailleurs porte le sceptre, mais il le tient comme une plume, et celui-ci, en un discret trompe-l'œil, déborde le cadre de la niche dans laquelle la figure est à demi inscrite pour venir en quelque sorte participer à l'inscription du poème. [...] Tous les grands thèmes de la politique de Jacques se trouvent ici réunis, la création de la Grande Bretagne par un Rex qui regis fines, par un Roi qui trace les frontières, mais en les effaçant aux limites de l'empire universel - ce qui est l'exact commentaire de la Jarretière encerclant le globe du monde -, [...] la revendication de Prince de la Paix, et celle d'être à la fois Prince et un écrivain, un Roi et un poète. On notera que la pointe du sceptre écrivain se place au milieu du mot jus-tis. Par le sceptre, par le commandement politique, il écrit la justice de la Loi, c'est-à-dire la doctrine même de la monarchie absolue ; et par le sceptre, cette doctrine n'est autre que le pieux poème du Roi qui le met à l'égal des 'prophètes'-poètes de l'Ancien Testament et de David et surtout de Salomon à la divine sagesse : position décisive du sceptre comme instrument d'écriture, et de la 'plume' comme instrument de la science politique de l'ordre et de la loi (Louis Marin, Politiques de la représentation, 2005 - books.google.fr).

www.columbia.edu

On rencontre encore une fois Shakespeare.

La fusion des quatre éléments, l'eau (mer, vagues), le feu («flamboyer», «brûlais», «allumais des flammes»), l'air (Ariel) et la terre (l'île sur laquelle les naufragés se réfugient), les références à Jupin (diminutif de Jupiter, divinité suprême des Romains, dieu du ciel -ju- étant aparenté à dieu et -piter à pater, le père - , dieu du temps, de la foudre et du tonnerre) et à Neptune (dieu des mers, des tremblements de terre) donne à la tempête de Prospéro une dimension universelle, un caractère mythique, mystique (Jean-Luc Bouisson, La dimension spectaculaire de la magie et du merveilleux dans la Tempête de Shakespeare, Le fantastique et le merveilleux au théâtre, 2003 - books.google.fr).

L'alchimie dont il est question en réalité dans ce théâtre est d'un tout autre ordre. C'est celle qui vise à une purification de l'âme, à une métamorphose spirituelle de l'homme, propre à le conduire de sa condition naturelle d'être imparfait, indigne et corrompu à un état qui, après un processus de rédemption, lui permettra de connaître sérénité et harmonie. [...] Dans les drames romanesques - aussi appelés «tragi-comédies fabuleuses» - de la dernière période, c'est à une alchimie spirituelle plus subtile encore que se livre le poète, parvenu au sommet de son art. Qu'il s'agisse de Périclès, de Cymbeline, du Conte d'hiver ou, dans son apothéose finale, de La Tempête, on retrouvera désormais cette croyance quasi obsessionnelle en la vertu du pardon et en la rémission des fautes, en la force de l'amour, de la bienveillance et de l'esprit de réconciliation, en la toute-puissance de la grâce, en la possibilité du rachat, en l'efficacité du salut (Maurice Abiteboul, Le fantastique et le merveilleux dans le théâtre de Shakespeare : des croyances populaires au grand œuvre alchimique, Le fantastique et le merveilleux au théâtre, 2003 - books.google.fr).

L'hercule des Philosophes est un sel né d'un père acide & d'une mère alkaline. Le Pluton des Philosophes est la terre philosophique ; leur Neptune est le sel alkali fixe & le mercure ou le sel alkali volatil ; leur Phœbus est le soufre incombustible qui a résisté au feu de fusion pendant la calcination préparatoire (Sabine Stuart de Chevalier, Discours philosophique sur les trois principes, animal, vegetal et mineral ou La clef du sanctuaire philosophique, Tomes 1 à 2, 1781, - books.google.fr).

Sabine Stuart de Chevalier était une alchimiste française du XVIIIe siècle. Elle publie en 1781 à Paris, en deux volumes, un Discours Philosophique sur les Trois Principes, Animal, Végétal et Minéral, ou la Clef du Sanctuaire Philosophique. Descendante de la famille des Stuart d'Écosse, elle avait épousé Claude Chevalier, médecin du Roi et de la Garde des Cent-Suisses, auteur d'une Dissertation physico-médicale sur les causes de plusieurs maladies dangereuses, et sur les propriétés d'une liqueur purgative et vulnéraire qui est une Pharmacopée presque universelle (Paris, 1758) qui était sa thèse de doctorat. Les deux époux s'adonnaient à l'alchimie (fr.wikipedia.org - Sabine Stuart de Chevalier).

Jarretière, alcalis et acides

On ne quitte pas le XVIIème siècle avec cette descritpion du zona :

Le Zona est une espece d'herpe large, qui occupe la partie superieure de la jambe, à l'endroit où l'on attache la jarretiere, & parce que cette rougeur entoure la jambe comme une ceinture, on luy donne le nom de zona. Cette Maladie aussi bien que les roses, est une obstruction qui se fait dans les glandes de la peau, à l'endroit où l'on met la jarretiere. Ces liqueurs arrêtées déchirent par leur âcreté les petits vaisseaux limphatiques de la peau ; de sorte que le suc nourricier s'extravasant, il s'aigrit, & se fermente par le mêlange des acides & des alcali, & produit cette ceinture toute élevée de pustules qui environne la jambe, & qui fait tant de démangeaison. Le Zona est tres-incommode, & il ne faut pas le negliger parce qu'on auroit bien de la peine d'en venir à bout (M. de Saint-Hilaire, L'anatomie du corps humain avec ses maladies, 1698 - books.google.fr).

Ottomans

Contrairement à ce que dit la brochure que Tintin lit dans l'avion qui le conduit à Klow, les Turcs n'envahissent les Balkans qu'après 1379 et non au Xe siècle (Raul Estangüi Gomez, Byzance face aux ottomans: Exercice du pouvoir et contrôle du territoire sous les derniers Paléologues (milieu XIVe-milieu XVe siècle), 2019 - books.google.fr, Bistra Andreeva Cvetkova, Les institutions ottomanes en Europe, 1978 - books.google.fr).

Le rôle de Tintin : un acide ?

Il arrive que les Alkalis & les Acides s'unissent ensemble, & qu'ils sont si fort soulez, qu'ils ne peuvent plus agir sur d'autres sels de la même espèce ; ils s'attachent si bien aux premiers, qu'il seroit très-difficile de les séparer de nouveau sans l'action d'une autre matière ; il est même quelque-fois impossible de le faire en aucune maniere. Les effets que ces sels produisent l'un sur l'autre, ont appris aux Chymistes que parmi les Acides & les Alkalis il y en a qui se séparent, quoique fortement unis, & se dissolvent comme par une espece de miracle ; ils se détachent tellement l'un de l'autre, qu'il semble que l'un chasse l'autre, ou du moins comme s'il quittoit prise, sans le secours d'aucune cause externe que nous aions pû découvrir jusqu'à présent. Ainsi nous observons qu'il y a des Acides qui sont plus forts que d'autres &, quelque forte que soit l'union des Acides avec les Alkalis, il ne faut dans beaucoup de cas qu'y mettre un autre Acide, pour obliger par-là le premier Acide d'abandonner son Alkali, & alors le second s'unira avec lui. La même chose se trouve dans les Alkalis ; on en voit qui se séparent d'abord des Acides, & les autres s'y joignent après (Bernard Nieuwentyt, L'existence de Dieu, démontrée par les merveilles de la nature: en trois parties, 1727 - books.google.fr).

Bernard Nieuwentyt (1654 à West-Graftdijk en Hollande-Septentrionale - 1718) fut un médecin et mathématicien néerlandais. En philosophie, il était disciple de Descartes et opposé à Spinoza. Le plus connu de ses ouvrages est Le Véritable Usage de la contemplation de l'univers pour la conviction des athées et des incrédules, écrit en hollandais et publié à Amsterdam en 1715 (traduit en français par Noguez en 1725), qui a inspiré Chateaubriand pour son Génie du christianisme, ainsi que William Paley (fr.wikipedia.org - Bernard Nieuwentyt).

Le rôle des Dupondt

On les voit agripper avec leurs cannes un lustre de cristal au palais du roi, page 60, lustre qui tombe sur le sol.

Dans la salle on verrait Ginette, femme de Jacques Van Malkebeke, en robe violet et gants blancs (Albert Algoud, Dictionnaire amoureux de Tintin, 2016 - books.google.fr).

Rouelle devait certainement voir en ce sirop de violettes un indicateur absolu de la «basicité», de l'acidité ou de la neutralité d'un corps (Rémi Franckowiak, Le développement des théories du sel dans la chimie française de la fin du XVIe à celle du XVIIIe siècle, 2002 - halshs.archives-ouvertes.fr).

Pour Homberg (1712), la cristallisation apparaît bien comme un nouveau critère caractérisant le sel alkali ; mais ce dernier n’est, en ce qui le concerne, pas perçu comme un être cristallisé, seuls les sels mixtes peuvent apparaître sous forme de cristaux (Rémi Franckowiak, Le développement des théories du sel dans la chimie française de la fin du XVIe à celle du XVIIIe siècle, 2002 - halshs.archives-ouvertes.fr).

On obtient le sel de Phosphate de soude en grand, en neutralisant, par le souscarbonate de soude, l'excès d'acide de sur-phosphate de chaux provenant du traitement des os par l'acide sulfurique, ou en neutralisant l'acide phosphorique par la soude. Si l'on ne met pas un excès d'alcali bien sensible, on obtient des cristaux de phosphate alcalins au sirop de violette et une eau-mère acide au tournesol, ainsi que M. Thénard l'a remarqué il y a long-temps (Dictionnaire des sciences naturelles, Tome XL, 1826 - books.google.fr).

Ainsi la liaison entre un Tintin acide et la Syldvie alcaline, qui provoque l'effervescence pouplaire, permet à cette dernière de se séparer de l'emprise de la Bordurie, autre acide... Cette liaison produit un précipité de cristaux. Les Dupondt symbolisent cette précipitation, puisqu'ils le sont eux-mêmes à la fin, dans l'eau salée de la mer : Dupondt-Sel ?