Partie XI - La Vraie Langue Celtique de l’abbé Henri Boudet   Etudes particulières de psaumes   Excursion en Amérique du Sud : L’Oreille cassée, Malchus et la SDN   
LA VRAIE LANGUE CELTIQUE BOUDET TINTIN OREILLE CASSEE

Une oreille en moins : Malchus et l'Aleijadinho

En raison de l'environnement de la conception de l'album de L'Oreille cassée, une référence biblique peut servir à l'expliquer.

L'art de la période coloniale, tout en se rattachant dans l'ensemble au baroque de la Contre-Réforme, présente un caractère original. Son développement fut assez tardif, et sa floraison se situe au XVIIe s., et surtout au XVIII° s. Les attaches avec la métropole portugaise, d'où venaient les autorisations de construire et même certains matériaux, étaient très étroites. Les rapports étaient plus importants entre chaque province et le Portugal qu'entre les provinces mêmes du Brésil. D'où l'esprit et les tendances propres de chacune, Bahia (Salvador) étant porté au grandiose, Recife à l'ornemental, Minas Gérais à la simplicité classique. D'autre part, l'art brésilien, exclusivement religieux, est le fruit d'une société restée populaire, sans aristocratie, polarisée autour de confréries religieuses, exaltée par des fêtes d'une richesse fantastique : un monde demeuré fortement demeuré fortement médiéval en plein XVIIIe s. L'élément noir y joue un rôle important, avec son imagination truculente. D'où la fréquence des personnages à face noire, le roi Balthazar, saint Benoît le Maure, patron des Noirs, et l'ascendance africaine de nombre d'artistes. Les monuments les plus célèbres se situent à Recife, dans l'Etat de Pernambouc : église de la Conception des militaires, église du tiers ordre de Saint-François, avec sa célèbre chapelle dorée ; à Salvador, les plafonds de la cathédrale et du couvent du Carmel sont d'une extraordinaire richesse; citons encore, à Rio de Janeiro, les églises du monastère de Saint-Benoît et du tiers ordre de Saint-François; dans l'Etat de Minas Gerais, celles d'Ouro Preto (Saint-François), de Mariana, et celle de Congonhas do Campo, bâties et ornées par le mulâtre António Francisco Lisboa, dit l'Aleijadinho («l'Estropié»), le plus célèbre des artistes brésiliens (1730 - 1814) (Grand Larousse encyclopédique en dix volumes, Tome 2 : Bauf-Cher, 1960 - books.google.fr).

Le sculpteur Antonio Francisco Lisboa, dit Aleijadinho, le «Petit Estropié» (1730 ou 1738 - 1814), est considéré comme l'un des plus grands artistes brésiliens. Né dans le Minas Gerais, mulâtre pauvre, mais fils de sculpteur, il travaillera toute sa vie dans les villes de cette région, où la plupart des églises lui doivent quelque chose. Vers 1777, il est atteint d'une étrange maladie qui lui ronge peu à peu les articulations, mais il continue malgré tout son travail de sculpteur, au besoin en se faisant fixer marteau et burin au bout des moignons... Mort misérablement, il avait tout, lui aussi, pour attirer l'attention de Biaise Cendrars, le poète foudroyé à la main coupée. (Régis Tettamanzi, Les écrivains français et le Brésil: la construction d'un imaginaire de La jangada à tristes tropiques, 2004 - books.google.fr).

On peut voir à Congonhas une sculpture de l'Aleijadinho : l'Apôtre Pierre et Malchus, dans la station de l'Arrestation du Christ (chapelle 3), où Jésus s'apprête à remettre en place l'oreille de Malchus qu'il tient dans la main. Lors de sa visite à Congonhas, Cendrars avait dû être très frappé par cette scène de mutilation et il la replace parmi les œuvres inventées de Manolo Secca, fruits de sa prodigieuse imagination. Comme à l'accoutumée, dans son récit, Cendrars donne libre cours à sa fantaisie. Il procède à une série de transpositions. Dans le temps : du XVIIIe à l'époque contemporaine ; mais, en 1950, pour situer sa rencontre avec Secca, il déclare : «il y a de cela vingt-deux, vingt-trois ans déjà», ce qui ramène à 1927-1928, époque assez voisine de sa «rencontre» avec les œuvres de l'Aleijadinho. Transposition également dans l'espace : de Minas au Paranâ, pour ses auditeurs c'était, de toutes façons, «au fin fond du Brésil». Mais il n'hésite pas devant les plus grandes invraisemblances : Manolo Secca tient une pompe à essence, «perdu dans la solitude la plus profonde» sur une route où «il ne passe pas trois voyageurs par an» ! D'autre part, ce noir unijambiste choisit des fûts d'acajou (bois très lourd) dans la forêt et est capable «de les charrier et de les mettre en place aux abords de la pompe» ! Autre degré dans la fantaisie : les personnages de ce chemin de croix sont tous installés... dans des automobiles. Après la pompe à essence, — «Les pompes à essence... ressemblent tant aux fétiches des sauvages» — les automobiles sont des symboles chers aux Modernistes. Une seule exception, pas pour rejoindre la règle, mais pour s'en éloigner davantage, Ponce Pilate «se lavant les mains dans la mer et non pas dans une cuvette» : il n'est jamais assez d'eau pour laver le plus grand péché du monde ! Blaise Cendrars, 20 ans après: colloque de Nanterre, 12 et 13 juin 1981, 1983 - books.google.fr).

Santuário de Bom Jesus de Matozinhos: conjunto arquitetônico, paisagístico e escultórico. Aleijadinho: Cena da prisão de Jesus - Jesus restaura a orelha de Malco - commons.wikimedia.org

Pendant des années, Cendrars annonce Aleijadinho ou l'Histoire d'un sanctuaire bresilien (1924-1939) Il finit par écrire une autre histoire avec des automobiles, où l'Aleijadinho arrive en auto avec Tomâs Antonio Gonzaga, un truc compliqué qui ne sera pas publié. Le titre du roman est dans les livres à paraître chez Stock en 1927.

Histoire de dire que dans les années 1930, il y avait de l'Aleijadinho dans l'air.

Balthazar

Le roi mage Balthazar est selon une tradition africain, noir.

La contribution africaine, celle des esclaves et de leurs descendants, se manifeste en réactions expressives, le Vendredi saint, quand Jésus se montre aux noirs sous les apparences d'un libérateur mis à mort, tuméfié, couvert de crachats, sanglant, la tête couronnée d'épines devant sa «gloire» en argent blême ; elle se manifeste dans l'art populaire, dans l'attirail ibéro-africain des fêtes profanes ou religieuses - «Macumba», «Maracatu», ou «Bumba meu boi» - et aussi par l'importance accordée dans la peinture et la statuaire à des personnages à face noire, tels Balthazar, un des trois rois mages, ou le Sao Benedito qui n'est autre que saint Benoît le Maure, esclave noir, illettré, devenu franciscain, né en Sicile en 1524. Il fut adopté comme saint patron par les malheureux nègres. Les célèbres sculpteurs «Mestre Valentim», «O Aleijadinho», Chagas («O Cabra»), Ignacio da Costa, les peintres Manoël da Cunha et Joâo de Deus Sepulvada possédaient tous une ascendance africaine. (Géo-Charles, Art baroque en Amérique latine, 1954 - books.google.fr).

L'Aleijadinho sculpte un roi mage Balthazar, Musée de l'Inconfidência à Ouro Preto, la vieille capitale de l'or et le sanctuaire de l'art baroque de l'Aleijadinho.

L'une des douze statues en «pierre à savon» grise dressées par l'Aleijadinho aux articulations de l'escalier et au bord de l'esplanade de l'église de pèlerinage du Bom Jesus de Matozinhos à Congonhas do Campo.

Perroquet

Si l'on fait un petit détour lexicologique, le mot papegai (XIIe s), est l'ancien nom du perroquet, probablement emprunté à l'ancien provençal papagayl papagai, lui-même emprunté à l'arabe babaga, par l'intermédiaire du byzantin papagas ; on notera le redoublement de la syllabe pa ou son avatar pe qui renvoie peut-être de manière onomatopéique à la parlure de l'oiseau. Quant à la finale -gai, elle s'expliquerait plutôt par l'influence d'un autre oiseau, le geai, que par l'association avec l'adjectif gai comme cela a pu être soutenu. Parenté phonique et lignage étymologique s'établissent entre le geai et le papegai et de ce fait, le papegai subit par contre coup la mauvaise influence du geai connoté négativement et décrit comme un beau parleur dont la parole n'est qu'emprunt, dont la parole est seconde. Ainsi, le geai (jaseur) vient se substituer au corbeau et au choucas pour incarner l'oiseau vaniteux qui se pare des plumes du paon, avant d'être démasqué comme faussaire. Voici le papegai ou papegau - ce dernier finit par s'imposer - associé à l'idée de feinte, de fiction mensongère. On trouve notamment cette idée de manière très allusive dans la description de la robe de Blonde Esmerée sur laquelle le papegay ornemental figure à côté de deux hapax que sont l'escramor et l'espapemot. Le papegau figure aussi sur le vêtement de Peronne, l'aimée du poète du Voir Dit, cette Péronne dont le nom connaîtra une ultime muance dans la péronelle en raison de l'influence des Lamentations Mattheoli (fin XIIIe siècle), texte dans lequel l'auteur brossait un portrait de Peronnelle sous un jour très misogyne. Le passage de Péronne à Péronnelle est d'autant plus intéressant qu'il est le fruit d'un glissement antonomasique qui n'est peut-être pas si anecdotique qu'il en a l'air et que le prénom Péronne est, comme le prénom Perroquet, un dérivé hypocoristique de Pierre (Patricia Victorin, Du papegai au perroquet, antonomase et parodie, Cahiers de recherches médiévales: CRM., Numéro 15, 2008).

Le papegau est perroquet, pape et successeur de Pierre (Autour de Rennes : BERGERE PAS DE TENTATION QUE POUSSIN TENIERS GARDENT LA CLEF PAX DCLXXXI PAR LA CROIX ET CE CHEVAL DE DIEU J ACHEVE CE DAEMON DE GARDIEN A MIDI POMMES BLEUES).

Tintin se déguise serveur noir sur le Ville de Lyon.

Pie XI et la guerre du Chaco

Les premiers Tintin, et nommément L’oreille cassée (en feuilleton en 1936 et en volume, noir et blanc, en 1937), sont effectivement contemporains d’une suite de pronunciamientos en Argentine (la déposition par l’armée, qui installe le général Uriburu, du président Hipólito Irigoyen en 1930 est le premier coup d’une désolante série connue comme «la década infame»), de la guerre du Chaco entre le Paraguay et la Bolivie, guerre régionale la plus cruelle et sanglante de cette décennie, 1932-1935, du bruit de scandale qui accompagne Sir Basil Zaharoff, ce sulfureux marchand d’armes international mort à Monaco en 1936, de la disparition dans le Mato Grosso d’un fameux explorateur anglais, Percy Fawcett en 1925 et des légendes qui couraient sur ses mystérieuses «réapparitions» dans les années 1930, etc.

La guerre du Chaco est au coeur du récit d’Hergé. Cette guerre extrêmement meurtrière oppose de 1932 à 1935 la Bolivie et le Paraguay, qui la «gagnera», les deux pays sortant décimés (100 000 morts plus les victimes innombrables de la malaria) et ruinés. Est-ce que le San Theodoros est la Bolivie ou le Paraguay ? La question n’a guère de sens puisque Las Dopicos est un port de mer et que les deux pays sont sans accès à la mer, mais il est vrai que l’accès revendiqué depuis longtemps au fleuve Paraguay et dès lors au Paraná par la Bolivie a joué un rôle dans les revendications territoriales des ultra-nationalistes de La Paz…

Le fait que l’on n’a jamais trouvé, ni avant ni plus tard, la moindre goutte de pétrole dans le Chaco boreal n’infirme pas la thèse conspiratoire qui explique vers 1930 tout le malheur du monde par Wall Street et la City, et c’est ce qui en fait justement une thèse infalsifiable : l’impérialisme anglo-saxon qui manipule les marionnettes derrière le décor mondial, vrai «maître occulte du monde», n’est pas seulement avide et sanguinaire, il ne fait pas seulement s’entr’égorger les pauvres peuples pour le seul profit de ses actionnaires, il est idiot également ! En fait, je crois que l’on peut soutenir, à la lecture de travaux récents apparemment sereins, que la question du pétrole n’a joué qu’un rôle mineur (si ce n’est dans la propagande belliciste des militaires de La Paz, qui voulaient ce conflit qui couvait depuis toujours avec leur voisin du Sud pour connaître la gloire et s’accrocher au pouvoir). Depuis 1885, les incidents et les accrochages militaires avaient en effet été fréquents dans cette vaste région peu habitée — quoiqu’en vertu de la règle uti possidetis plutôt occupée (occasionnellement et en certains points) par Asunción. J’avance ici un argument qui devrait porter à réfléchir les esprits tintinoïdes qu’on peut supposer avoir des affinités avec l’esprit philatélique : en 1932, avant le début des hostilités et de toute évocation de pétrole, le Paraguay, pour faire la nique à son irascible voisin, a sorti une série de timbres qui annexaient sur une carte tout le désert du Nord avec la mention provocatrice : El Chaco boreal ha sido, es y será del Paraguay – 1,50 pesos. Certains y ont vu un casus belli[16]… Les questions d’exploitation forestière et d’orgueil national ont joué un rôle décisif dans cet affreux conflit — bien plus que le pétrole imaginaire et géologiquement improbable ! (Marc Angenot, Basil Zaharoff et la guerre du Chaco : la tintinisation de la géopolitique des années 1930, 2010 - www.erudit.org).

Pie XI

Dans son allocution au Sacré Collège prononcée le 24 décembre 1928: le pape Pie XI signale plus nettement l'excellence des rapports avec George V et il parle de sa médiation dans l'affaire de Chaco boréal entre la Bolivie et le Paraguay.

Le pape Pie XI, par sa Const. Universi Domini gregis du 1er mai 1929 érigea le nouveau diocèse de Concepción et Chaco suffragant de La Asunción, constituée en métropole par cette même Const., avec les mêmes droits, privilèges et obligations que les autres diocèses de l'Amérique latine. Par la Const. Quo in Paraguayana du 11 mars 1948, la région de Chaco (Paraguay) fut démembrée du diocèse de Concepción et Chaco, constituée en vicariat apostolique, avec le nom de Chaco Paraguayano et confiée aux soins des fils de S. Jean Bosco. La S. C. Consistoriale, par décret du 26 juill. 1949, imposa à l'ancien diocèse de Concepción et Chaco le titre de SS. Conceptionis in Paraguay. ÉvÊQUEs : Émile Sousa Gaona, salésien, élu 30 avr. 1931, cons. 15 mai 1932. Acta A. S., XX II (1930), 5-8; XXIII (1931 ), 234 ; XXV (1933), 136; xL (1948), 4.38-39; x L1 (19 19), 562. — Annuario Subiruna. — Annuario pontificio. (F. PÉREZ) (Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastiques, Volume 13, 1956 - books.google.fr).

Pie XI ne croyait pas non plus en l'efficacité de conférences, ou d'institutions comme la S.D.N., dès lors que leur source d'inspiration n'était pas la paix de Dieu. S'adressant aux prédicateurs du Carême, le 13 février 1934, il stigmatisa «une paix faite de paroles et de discussions, de conférences inutiles». La S.D.N. en particulier fut l'objet de la méfiance de la papauté, en raison de ses origines libérales et maçonniques, voire protestantes, et parce que la véritable Société des Nations, c'était, disait Ubi arcano, la Chrétienté. Il lui niait toute efficacité : «il n'est point d'institution humaine en mesure d'imposer à toutes les nations une sorte de code international». Cependant, au contact des réalités, le pape évolua fortement; même sceptique sur les résultats et tenu à l'écart, et compte tenu de la gravité des problèmes à régler sur l'ensemble de la période 1922- 1939, le pape ne pouvait pas ne pas avoir de la sympathie pour des institutions ou des hommes œuvrant dans le bon sens. Si la S.D.N. n'était pas une émanation du Vatican, ses objectifs ne correspondaient-ils pas à ceux que Benoît XV avait vainement avancés pendant la guerre? Sans être chrétienne, la S.D.N. s'appuyait bien sur des conceptions chrétiennes. La même observation peut se faire à propos d'une institution comme l'Organisation Internationale du Travail, proche des idées que Léon XIII avait exprimées dans Rerum novarum. D'autre part, pouvait-il y avoir d'autres méthodes de travail que les conférences internationales? L'encyclique Mortalium animos (6 janvier 1928) reconnaissait que les problèmes «ne peuvent recevoir de solution sans l'action commune et les efforts des chefs d'État».

Pie XI avait de la sympathie pour les efforts des diplomates; il ordonnait des prières pour le succès des conférences où l'on débattait du «sort des peuples» {Ubi arcano); il était trop anxieux de substituer au règne de la force, un ordre international juste, pour négliger quoique ce soit. Dans Pacem Dei munus, Benoît XV annonçait d'ailleurs que l'Église prêterait « Son concours actif et empressé pour toutes les entreprises inspirées par la justice et par la charité».

La Civiltà Cattolica témoigne de l'évolution du Saint-Père. À partir de 1925, la S.D.N. trouva un soutien dans la revue des jésuites. Il n'est pas pensable, y lisait-on, de refuser un appui à une organisation bien imparfaite, certes, mais qui s'efforce de brandir haut «l'étendard de la paix, malgré les vents incessants des égoïsmes nationaux». Il s'agissait de favoriser la rencontre des hommes de bonne volonté. Pie XI approuva le pacte de Locamo (1925)63, l'admission de l'Allemagne à la S.D.N. (1926), le pacte Briand-Kellog (1928), dans lesquels il vit de «sérieux progrès» en vue de l'instauration de cette paix juste et durable dont il rêvait. L'ambassadeur de France Doulcet, l'avait bien compris : «les accords de Locarno répondent à leurs désirs les plus intimes (des prélats du Vatican), et c'est de toute leur âme qu'ils les ont approuvés». Les notes du Baron Beyens n'étaient pas différentes65. À Paris, le nonce, Mgr Ceretti, exalta le 1er janvier 1926 «l'œuvre magnifique de Locamo» : les fruits restaient à attendre, mais «l'arbre est enfin planté!.. Il inaugure vraiment un esprit nouveau».

Mais l'espoir que l'esprit de conciliation l'emportât sur le «nationalisme exagéré», fut détruit par la crise économique et l'arrivée au pouvoir de Hitler (Jean-Dominique Durand, Pie XI, la paix et la construction d'un ordre international. In: Achille Ratti pape Pie XI. Actes du colloque de Rome (15-18 mars 1989), 1996 - www.persee.fr).

La guerre du Chaco

En 1927, le Paraguay, dominé par les partis Colorado jusqu'en 1904, était gouverné par un parti populaire libéral, non sans dissensions internes, avec anarchie et répression. De 1925 à 1930, Ayala y fit progresser la stabilité politique et la démocratie. Dès 1928 cependant, on assiste à des troubles politiques internes (que certains appellent « Guerre de 19281929 ») et à des occupations de forts dans le Chaco, avec interventions tantôt boliviennes, tantôt paraguayennes, qui présageaient la guerre de 1932 à 1935 (Patrick Mahéo, Bilocations de Mère Yvonne-Aimée de Malestroit: Etude critique en référence à ses missions, 2017 - books.google.fr).

Actuellement la Bolivie a, dans le Chaco, 3.000 hommes, et le Paraguay 5.000. Le conflit est susceptible de s'étendre. Si l'Argentine soutient la Bolivie, le Chili et le Pérou interviendront. (Chicago Tribune, New York Herald et Daily Mail de Paris.) Offres de médiation en vue d'assurer la paix: Le gouvernement espagnol a offert sa médiation à la Bolivie et au Paraguay. (Journaux. 18-12) Le pape Pie XI a commencé dee démarches en vue de réconcilier les belligérants. (Journaux.18-12) L'offre de médiation de la Conférence panaméricaine de Wasghinton a été officiellement acceptée par le Paraguay. Mais la Bolivie n'a pas encore donné sa réponse. Si les nouvelles continuent à être aussi mauvaises, la Conférence panaméricaine pourrait être amenée à examiner, sans attendre la réponse de la Bolivie, les mesures qui pourraient être prises pour assurer la paix. (New York Herald de Paris et Temps.) La Société des Nations prend très au sérieux le conflit entre les deux pays. M. Briand est rentré hier soir de Lugano à Paris, Il y sera rejoint ce matin par sir Eric Drummond, secrétaire général de la Société des Nations, qui arrive tout exprès de Genève pour conférer sur la situation en Amérique du Sud. (Petit Parisien 18-12.) M. lrigoyen, président de la République Argentine, poursuit son œuvre en vue d'empêcher la guerre entre la Bolivie et le Paraguay. (Journaux 16, 17-12.) Les belligérants acceptent la médiation de la Conférence panaméricaine de Washington. La Bolivie et le Paraguay ont accepté officiellement la médiation de la Conférence panaméricaine de Washington. (New York Herald de Paris.) Le gouvernement bolivien a ordonné à ses troupes de ne pas continuer l'offensive contre le Paraguay. Le danger d'une guerre est écarté. (Times dans Petit Parisien.) Le Chili consulté parla Bolivie lui a formellement recommandé d'adopter une politique pacifique. (Temps 19-12.) Société des Nations. M. Briand, président du Conseil de la Société des Nations, s'est entretenu avec les représentants à Paris de la Bolivie, du Paraguay, de la République Argentine, du Brésil et des Etats- Unis. Au cours de toutes ces conservations. M. Briand a fait ressortir que le Conseil de la Société des Nations n'est intervenu dans le conflit bolivo-paraguayen que dans le but d'éviter la guerre, tout en laissant aux deux parties le choix des moyens d'apaisement. Si, par conséquent, la Bolivie et le Paraguay trouvent plus expédient de s'adresser à l'arbitrage de la Conférence panaméricaine, l'organisme de Genève ne pourra que s'en réjouir. Il n'est plus question pour l'instant de convoquer à Paris les membres du Conseil. (Petit Parisien 19-12.) (Bulletin: Orientation nouvelle, Numéros 235 à 260, Comite national d'etudes sociales et politiques, Comité national d'études sociales & politiques (France), 1928 - books.google.fr).

Depuis plus de cinquante ans, la Bolivie et le Paraguay négociaient, pour établir leur frontière dans le territoire contesté du Chaco Boréal, au nord de la rivière Pilcomayo, affluent du Paraguay. présente en outre pour la Bolivie, privée de tout accès à la mer, une importance particulière, parce qu'il lui ouvre un débouché, par le rio Paraguay, vers le bassin de la Plata et vers l'Atlantique. A cinq reprises, depuis 1879, des accords avaient été signés, mais non ratifiés, par les deux gouvernements. Le Paraguay avait étendu sa domination de fait sur une partie du territoire. En 1913, un protocole avait stipulé le statu quo des positions respectives occupées par les deux parties, jusqu'à solution du litige par voie de négociations directes ou d'arbitrage. Il avait été renouvelé, sans qu'on arrivât à une entente (voir l'article de Louis Guilaine, dans le Temps du 22 janvier 1929). En dernier lieu, le gouvernement argentin avait offert ses bons offices et provoqué la réunion d'une Conférence à Buenos-Ayres, en octobre 1927 (voir cette Revue, numéro d'avril 1928, p. 264). Récemment, cette conférence avait été suspendue « provisoirement ». C'est alors que se produit l'incident qui va provoquer le conflit. Le 5 décembre, les Paraguayiens attaquent le fortin Vanguariia, établi par la Bolivie à la limite de ses possessions de fait. Ils s'en emparent et tuent 25 soldats boliviens. Les troupes boliviennes reprennent aussitôt le fortin. Les deux gouvernements décrètent la mobilisation. La guerre paraît imminente. Aussitôt les médiateurs s'empressent. Le Conseil de la Société des Nations, réuni à Lugano pour sa 53e session, prend, le 11 décembre, une résolution, que le président en exercice, M. Briand, adresse à la Bolivie et au Paraguay, tous deux membres de la S. D. N. Le conseil de la Société des nations, réuni à Lugano pour sa 53e session, exprime son entière confiance que les incidents qui viennent de naître entre deux membres de la Société des nations ne s'aggraveront pas. Il ne doute pas que les deux Etats, qui, par leur signature du Pacte, se sont solennellement engagés à rechercher par des voies pacifiques la solution des différends qui viendraient à s'élever entre eux, ne recourent aux procédés conformes à leurs obligations internationales (International mind, Volume 3, Carnegie Endowment for International Peace. Division of Intercourse and Education, 1929 - books.google.fr).

On ne peut s'empêcher de rapprocher le diamant, qui tombe à l'eau à la fin de l'album, et Aristide Briand (1862 - 1932) dont les espérances à travers celle de la SDN seront perdues par la déclaration de la guerre du Chaco avec ces centaines de milliers de morts. Morts comme Ramon Bada et Alonzo Perez.

La SDN qui vise à rassembler les Etats du monde sera brisée par la seconde guerre mondiale comme l'est le fétiche qui sera de nouveau exposé tout rapiécé.

Image du démembrement, comme annoncé par la perte de l'oreille de Malchus (cf malachite verte), de celui du Christ et d'Osiris (et ses oreilles honorées à Saïs) associé à la couleur verte. Agonie vient du mot grec "agon" (combat) qui est est peut-être issu de a privatif et gon d'un mot lié à "gonios" angle, jointure. Le combat serait la rupture du lien social. L'idée de jointure est aussi dans "kon" (avec). L'agonie est liée à la disparition du principe unificateur qui rassemble les parties du corps en un tout. Celles-ci, à la fin, ne sont plus solidaires, c'est un quasi démembrement (Arsène Lupin de Maurice Leblanc : Les axes d’Arsène Lupin : Etretat - Val de Travers).

Fétichisme selon Henri La Fontaine

Pendant les débats de la Troisième Commission de l’Assemblée de la SDN, chargée du projet de Statut de la Cour permanente, le 26 novembre 1920, ce fut au tour du délégué de la Belgique (H. Lafontaine) de se livrer à une critique sévère. Selon lui, à l’époque (en 1920), le principe de la juridiction obligatoire était considéré «comme le seul moyen de sortir de la situation créée par la guerre. L’opposition à la réalisation de ce principe [était] due à un double fétichisme : celui de l’unanimité et celui de la souveraineté... La seule souveraineté admissible [était] celle de la justice... Le pacte [portait] l’empreinte du double fétichisme qui avait inspiré ses auteurs, celui des intérêts vitaux et celui de l’honneur. Ces deux expressions ne se [trouvaient] pas, il est vrai, dans le pacte, ce qui [était] déjà un progrès». (Société des Nations, Actes de la première Assemblée — Séances de la Troisième Commission (Cour permanente de Justice internationale), genève, 1920, p. 292).

Allant encore plus loin dans la critique, le délégué de la Belgique (H. Lafontaine) voyait «une contradiction dans l’article 14 du pacte», qui «constituait une cour de justice véritable, mais les parties n’y [auraient] cependant recours que si elles [étaient] d’accord pour le faire» (Cour permanente de justice internationale : Documents au sujet de mesures prises par le Conseil de la Société des nations aux termes de l'article 14 du Pacte et de l'adoption par l'Assemblée du statut de la Cour permanente, 1921 - books.google.fr, www.icj-cij.org).

Bien que Henri La Fontaine (1856 - 1943) fût socialiste et franc-maçon, ses critiques vis-à-vis de la SDN ont pu être reprises par les auteurs de l'Oreille cassée, dans la mesure où elles expliquent en partie son impuissance (fr.wikipedia.org - Henri La Fontaine).

Sennep, Edouard Herriot, Revue humoristique Le Rire de 1932 - www.ebay.fr

"Gros plein de soupe"

À ce propos, il est stupéfiant de regarder la planche intitulée «De la musique avant toute chose» parue le 3 août 1933 dans Le petit XXe, où Quick et Flupke perçoivent les signes avant-coureurs d'une catastrophe. Au milieu de politiciens convaincus (Hitler, Édouard Herriot, Mussolini, Hirohito, Staline (?), Neville Chamberlain et le Premier ministre belge Paul Hymans), Hergé dessine un savant qui parle déjà de «révolution atomique» «super-épeirogénique» ! Ce terme est relatif à l'abaissement ou au soulèvement d'une très importante partie de l'écorce terrestre. Il justifierait presque à lui seul le choix de l'araignée annonciatrice du tremblement de terre (Bertrand Portevin, Hergé de profil: Une étoile plus mystérieuse du tout !, 2018 - books.google.fr).

Le Charivari 23.10.1926 (Sennep) : Herriot, le gros plein de soupe, s'est vidé comme une barrique de mauvais vin (Paul Ducatel, Histoire de la IIIe République: vue à travers l'imagerie populaire et la presse satirique, Volume 5, 1979 - books.google.fr).

Basé sur l'organique et sur des constatations banales quotidiennes quand nous regardons l'aspect extérieur des individus, existe également une autre classification des caractères fort curieuse et amusante, que nous devons à l'allemand Kretchmer et à l'américain Sheldon. [...]

Chez le picnique ce sont les dimensions horizontales. Il est de taille moyenne, assez exceptionnellement grand. Son faciès est élargi, presque lunaire, comme celui qu'on voit sur les bustes de certains empereurs romains. Ses épaules sont larges et son thorax également. Il promène un abdomen souvent corpulent et donne l'impression, comme le dit Sheldon, d'un viscéral puissant. L'observation populaire l'a trivialement qualifié de gros plein de soupe au cou large et puissant. Caractériellement, l'homme horizontal est généralement un bon vivant qui oscille entre deux pôles, la gaité exhubérante ou quelquefois la tristesse. Il déborde d'une activité communicative, réaliste, qui ne s'embarrasse pas de logique ni de subtilité. Il est euphorique car son abondant système sympathique viscéral est en l'équilibre. Il est communicatif, liant et agréablement social. Dans le domaine intellectuel élevé, si c'est un scientifique c'est un empirique de bon sens qui a, comme on dit, les pieds sur la terre. Il aime à vulgariser la science et à la mettre à la portée de tous. Si c'est un homme d'affaire, il s'avère comme un organisateur audacieux, une personnalité habile à composer, à négocier et à persuader, dans un esprit de bienveillante intelligence. Sur le terrain politique il plait, sans préjudice de ses qualités d'orateur, surtout au populaire, par son aspect ventru, démocratique et bon enfant. On reconnaîtra facilement dans ce type un Gambetta, un Herriot et le plantureux normand Chéron que les hommes de ma génération n'ont pas oublié (Maurice Landry, Rôle du sympathique dans la vie moderne, 1967 - books.google.fr).

On reliera le "gros plein de soupe" au "Ville de Lyon", navire qui fait la traversée de l'Atlantique depuis Le Havre, en France.

Édouard Herriot, né le 5 juillet 1872 à Troyes (Aube) et mort le 26 mars 1957 (à 84 ans) à Saint-Genis-Laval (Rhône), est un homme d'État français, membre du Parti radical et figure éminente de la IIIe République. Ministre au sein de nombreux gouvernements, il présida la Chambre des députés, sous la IIIe République, puis l'Assemblée nationale, sous la IVe République. Président du Conseil des ministres à trois reprises, c'est une figure du Cartel des gauches, coalition gouvernementale et parlementaire des années 1920. Il fut aussi le maire de la ville de Lyon de 1905 à 1940, puis de 1945 à sa mort, en 1957 (fr.wikipedia.org - Edouard Herriot).

À l'invitation de Staline, Édouard Herriot se rend en 1933 à Moscou. À cette occasion, un canular fait croire à l'opinion qu'il a été nommé colonel dans l'armée soviétique ; si bien que l'ambassade d'URSS se sent tenue de démentir en précisant «qu'une telle distinction ne peut avoir été conférée à l'homme d'État français pour l'excellente raison que le grade de colonel n'existe pas dans l'armée soviétique» Il en restera une caricature de Sennep (Le colonel des kodaks) (fr.wikipedia.org - Edouard Herriot).

En ce qui concerne le San Theodoros, Hergé y projette tous les éléments d’un vaste répertoire qu’il est loin d’inventer : les topoï de l’exotisme méprisant produits depuis le milieu du xixe siècle par les petits journaux, par la presse satirique, eux-mêmes relayés par le Journal des Voyages et l’illustré pour adolescents. Trois thèmes stéréotypés prédominent quant à l’Amérique latine et sa vie politique : armées de pronunciamientos avec changements de régime d’un jour à l’autre — plus de colonels que de caporaux —, uniformes extravagants. Je suggère que la source d’inspiration première du comique inhérent à cette région du monde tient à la représentation grotesque (le mot «raciste» est faible) de la république «nègre» d’Haïti, et ce, particulièrement depuis le règne de Faustin Ier Soulouque, empereur de 1852 à 1859. La petite presse française sous le Second Empire n’a pas arrêté de se tenir les côtes en caricaturant l’«armée d’opérette», les 3487 colonels et 49 caporaux, la cour impériale, les titres de noblesse («marquis de la Marmelade» est attesté), les uniformes bariolés, les dolmans et les plumets jusqu’à terre. (Jusqu’au milieu du siècle passé, l’uniforme chamarré et fantaisiste des portiers de boîtes de nuit et de bordels de Montmartre est désigné comme «en amiral haïtien» !) (Marc Angenot, Basil Zaharoff et la guerre du Chaco : la tintinisation de la géopolitique des années 1930, 2010 - www.erudit.org).

D’abord attaché à «la doctrine Wilson» contre une partie de la classe politique avide de sanctions contre l’Allemagne, Herriot forge peu à peu une doctrine qui lui est propre. Une doctrine qui doit être «française» selon ses mots, c’est-à-dire inspirée par la philosophie des Lumières et surtout par le solidarisme. La Société des Nations lui apparaît alors comme l’organe définitif de cette paix internationale tant désirée. En septembre 1924, Herriot expose ses vues à l’Assemblée générale réunie à Genève pour relancer la mise en place de mécanismes de sécurité collective. Selon lui, les nouveaux principes du droit international se résument par un triptyque dont l’application doit favoriser la paix : «arbitrage, sécurité, désarmement» (Conférence : Edouard Herriot à la Société des Nations : une doctrine française pour la paix internationale, 26 novembre 2018 - hd.univ-lyon3.fr).

Herriot à la SDN, 1924

En ce mois de septembre 1924 ont lieu de vifs débats sur le fonctionnement de la SDN. Les sujets abordés traitent des questions d’arbitrage des agressions, de sécurité, de désarmement et d’admission de l’Allemagne. Édouard Herriot intervient le 5 au nom de la France en sa qualité de Président du Conseil. Le 6, le journal Le Salut public écrit : «[Son discours] n’est que le commentaire […] de ces mots de Pascal qu’il a proposés comme devise à la Société des Nations : La justice sans la force est impuissante ; la force sans la justice est tyrannique. La justice sans la force est contredite parce qu’il y a toujours des méchants. Il faut donc mettre ensemble la justice et la force, et pour cela faire que ce qui est juste soit fort et que ce qui est fort soit juste.” (Anne Forest, Une photographie d’un discours d’Édouard Herriot devant les Députés à Bordeaux en 1940 ?, Ou l’histoire d’une photographie vendue pour ce qu’elle n’est pas !, 30/09/2017 - lyonnais.hypotheses.org).

De 1936 à 1937, date de la parution de l'Oreille cassée, Herriot participe au Front populaire avec Cachin et Blum. Le 19 mars, l'encyclique Divini Redemptoris produite par le pape Pie XI, proclame l'incompatibilité radicale entre le communisme et le catholicisme (La Croix, 20 mars 1937 - gallica.bnf.fr, fr.wikipedia.org - Front populaire (France)).

Malchus et la Société des Nations

Pour sauver Caïn, par Gabriel de la Gauguerie. Dans un abondant volume, M. Gabriel de la Gauguerie s'est appliqué à la démonstration de deux paradoxes : qu'un juriste n'est pas nécessairement ennuyeux et que l'Etat ne se confond pas avec la Société. « Simple entreprise d'assurance contre le risque d'agression individuelle «le crime», ou collective «l'invasion», l'Etat, assurance à prime fixe, qu'on appelle «république», garantit ses assures en refoulant les agresseurs à l'intérieur des prisons ou à l'extérieur des frontières. Il s'ensuit que la guerre est de la nature même des états souverains». Et l'auteur dégage cette conclusion, facile peut-être à réaliser, mais assez difficile à admettre : «Pour mettre fin à la guerre qui menace de mettre fin à l'humanité, un seul remède, l'abolition des états souverains : l'Etat Mondial». Quoique le sujet soit un peu aride, M. Gabriel de la Gauguerie sait le rendre plaisant, et à travers sa documentation précieuse apparaît une idée très supérieure de fraternité internationale (L'Opinion, Volume 26, 1933 - books.google.fr).

Si, malgré le souvenir de Malchus, les successeurs de Pierre ne répugnaient pas à tirer l'épée pour la défense de Rome, ils ne pouvaient, sans un abus de pouvoir, tourner contre des chrétiens les armes spirituelles confiées par Dieu au père commun des fidèles. Dieu restant neutre, leur protection par les armes ne valait point celle du moindre baron. Dieu est trop grand et le pape est trop loin, pouvait dire, à l'exemple du moujik russe, le manant d'autrefois. Si l'on a cherché à tort l'origine de l'État dans la famille, la propriété ou la religion, s'il a son principe unique dans la division du travail et dans un contrat d'assurance, sujet comme tous les autres contrats commerciaux au régime de la libre concurrence, il ne faut cependant point perdre de vue que cette liberté et cette concurrence ont leur limite dans la nature particulière du risque assuré. [...] Le Christ a dit : «Ceux qui prendront l'épée périront par l'épée». Malheureusement pour les rois de la terre qui ne disposent pas de douze légionsd'anges, prendre l'épée et s'en servir est, jusqu'ici, le seul moyen découvert par les hommes de ne point périr par l'épée. La défense étant inséparable de l'attaque comme sont l'envers et l'endroit d'une étoffe, un état ne peut défendre ses sujets qu'en attaquant ceux qui les menacent, c'est-à-dire tous ceux qui n'ont pas contracté avec lui, tous les ressortissants d'autres États. [...]

Mais le pire de cette folie est que, pour éviter la guerre, les États n'ont trouvé d'autre moyen que la guerre elle-même, que la conquête pour empêcher l'invasion et l'épée pour se défendre de l'épée. Simon Pierre, qui avait une épée, dans la jardin des Oliviers, frappa le serviteur du grand prêtre et lui coupa l'oreille droite. Ce serviteur s'appelait Malchus. Jésus dit à Pierre : Remets ton épée dans le fourreau ; car tous ceux qui prendront l'épée périront par l'épée. Mais Jésus, cette fois comme les autres, ne fut pas entendu. Si vis pacem, para bellum, dit la sagesse des nations et le bon sens répond : Qui sème le vent, récolte la tempête. Le malheur est que l'une et l'autre ont raison. Les États pacifiques provoquent à la guerre et les États belliqueux la provoquent aussi. Les États, créés pour assurer la paix à leurs peuples, n'engendrent que la guerre. Ces gardiens du droit ne peuvent le faire triompher que par la force. Cette assurance contre le risque d'agression systématise l'agression ; grâce à elle, au lieu des brigandages incohérents de quelques bandes, chaque homme peut redouter l'invasion de millions d'hommes encadrés, équipés, pourvus d'une profusion d'armes monstrueuses, coopérant selon des plans longuement élaborés et sous une discipline étroite. Le mal qu'à son tour il peut leur faire, à son rang, dans son armée, ne le protège que par représailles et la peur qu'il inspire ne lui évite pas le danger. Et le plus horrible dans tout cela est qu'il n'y a rien d'autre à faire que de continuer ainsi et d'aller toujours plus avant. [...]

Les tigres misérables aspirent à la force par sentiment de leur faiblesse et c'est par peur qu'ils exagèrent leur férocité. C'est pour les apaiser en les rassurant que le président Wilson a tenté d'en faire des bêtes de troupeau et de les rassembler dans le bercail de la Société des Nations. Bien mal nommée cette bergerie d'ailleurs. Ce n'est pas une pas des Nations. Ce n'est une Société ni à la manière de la Société humaine qui est un État de fait et non un covenant, ni à la manière des Sociétés civiles ou commerciales. Les participants ne font point d'apport, ni de territoires, ni de contingents militaires, ni d'argent, si l'on néglige le paiement en commun de quelques frais de bureau. Faute d'apports, il ne peut y avoir ni gestion commune ni partage à l'expiration du contrat. Et ce covenant n'est point passé entre des Nations mais entre des États, entre les Gouvernés mais entre les Gouvernements. Ce pacte est un compromis d'arbitrage et de médiation. C'est surtout un compromis entre la crainte de l'avenir et la et la crainte du présent, entre la peur de l'isolement et la peur de la servitude, hésitation de la chèvre qui redoute le loup et se méfie du berger. Un juriste ne peut lire ce covenant sans songer à cet adage juridique que donner et retenir ne vaut (Gabriel de La Gauguerie, Pour sauver Caïn, 1933 - books.google.fr).

Des Gauguerie sont connus à Bruges, en Belgique (D'Hooghe de La Gauguerie) (Charles Emmanuel Joseph Poplimont, La Belgique héraldique: recueil historique, chronologique, généalogique et biographique complet de toutes les maisons nobles, reconnues de la Belgique, Tome 5, 1866 - books.google.fr).

Le lieu-dit La Goguerie est connu à Haverskerque (59).