Partie IX - Synthèse   Chapitre LVIII - Autour de Rennes   Baphomet, loup et pneuma   
BAPHOMET TEMPLIERS PNEUMA LOUP GAROU

Baphomet prt aux Templiers

Une idole est dpeinte sous la forme d'une tte humaine et parat avoir t exhibe dans les plus secrets chapitres et dans des occasions particulires. Plusieurs chevaliers, interrogs devant les commissaires, dclarrent qu'ils avaient entendu dire que l'idole en question existait, et d'autres dclarrent l'avoir vue. Elle tait peu prs de la grosseur d'un homme ordinaire, avait un air froce et une barbe quelquefois blanche.

Gauserand de Montpesant, chevalier provenal, dit que leur suprieur lui montra une idole ayant la forme de Baphomet. Un autre, nomm Baymond Bubei, la peint comme une tte de bois sur laquelle la figure de Baphomet tait peinte, et ajoute, qu'il l'adora en lui baisant les pieds et s'criant Y alla, ce qui tait, dit-il, verbum Saracenorum, c'est--dire, un mot pris des Sarrasins.

Raynerus de Larchent vit la tte deux fois dans des chapitres; une des deux fois Paris, o elle avait une barbe; les assistants l'adorrent et la baisrent; ils l'appelaient leur sauveur.

Ralph de Gysi, qui remplissait l'office de rcepteur pour la province de Champagne, dit : qu'il a vu la tte dans beaucoup de chapitres, et que lorsqu'elle tait introduite, les assistants se prosternaient et l'adoraient. Et quand on lui demanda de la dcrire, il affirma par serment que son aspect tait si terrible, qu'il lui semblait voir la figure d'un diable, employant le mot franais, d'un mauf; et que chaque fois qu'il la regardait, une si grande peur s'emparait de lui qu'il en tremblait.

Un nomm Deodatus Jaffet, chevalier du midi de la France, qui avait t reu Pedenat, dit que le percepteur lui montra une tte ou idole qui lui parut avoir trois faces, et lui dit : Vous l'adorerez comme votre sauveur et le sauveur du temple. Et il lui enseigna ce qu'il fallait qu'il ft pour cette adoration en disant: Bni soit celui qui sauve mon me ! Un autre dposant fait un rcit identique.

L'pithte germinans applique Mete ou Baphomet, est en accord avec l'affirmation contenue dans les notes prcdentes du procs des Templiers, qu'ils adoraient leur idole parce que elle fait fleurir les arbres et germer la terre (Du Puy : Item, quod facit arbores florere. Procs des Templiers, 1, 92.). (Richard Payne Knight, Le culte de Priape et ses rapports avec la thologie mystique des anciens (1865), traduit par E. W., 1883 - archive.org).

Le Baphomet avait ainsi l'aspect d'une tte effrayante d'"homme sauvage" (avec barbe), parfois trois faces comme Cerbre le chien des Enfers trois ttes, et tait sens provoqu la floraison comme l'"esprit tinctorial" ou pneuma psychikon.

Ces tres mixtes drivent de Pan, principe de l'ordre universel dont ils partagent les emblmes avec lui. Pan est invoqu dans les litanies orphiques, comme premier principe d'amour, ou crateur incorpor dans la matire universelle et formant ainsi le monde. Il y est dit que le ciel, la terre, l'eau et le feu sont ses membres, et il est dcrit comme la source et l'origine de toutes choses, comme reprsentant la matire anime par l'esprit divin. Lycaon Pan tait le dieu le plus ancien et le plus rvr des Arcadiens, le peuple le plus ancien de la Grce. L'pithte Lycaon drive habituellement de "lukos", un loup.

Prenant l'tymologie ci-dessus pour exacte, le Lycaon Pan d'Arcadie serait Pan, le lumineux, c'est--dire l'essence divine de la lumire, incorpore la matire universelle. Les Arcadiens le nommaient seigneur de la matire, ainsi que Macrobe le traduit bon droit. Il tait aussi appel Sylvanus par les Latins. Sylva, tant dans le langage des anciens Plasges et Grecs oliens, duquel le latin drive, de mme que "ul".

D'aprs les mmes principes, Pan est reprsent se versant de l'eau sur les organes sexuels, afin de fortifier le pouvoir crateur actif, avec l'lment prolifique passif. L'eau tait l'essence du principe passif et le feu l'essence du principe actif; l'un d'origine terrestre et l'autre d'origine thre. Aussi saint Jean-Baptiste, qui pouvait avoir acquis quelque connaissance de l'ancienne thologie, dit par ses successeurs, les Juifs clectiques : Je vous baptise dans l'eau du repentir, mais celui qui viendra aprs moi sera plus puissant, et il vous baptisera dans l'esprit saint et dans le feu (6). Ce qui signifie : Je purifie et je rafrachis l'me par sa communion avec le principe terrestre de la vie, mais celui qui viendra aprs moi la rgnrera et la fortifiera par sa communion avec le principe thr (Richard Payne Knight, Le culte de Priape et ses rapports avec la thologie mystique des anciens (1865), traduit par E. W., 1883 - archive.org).

Yalla pourrait avoir un rapport avec ce qui est devenu Hyla, de Ulaein ou Ulactein, aboyer. Hyla est le nom gnrique donn par Linn d'une grenouille arboricole.

C'est dans la VIIIme Bucolique de Virgile que l'on trouve : "Hylax aboie sur le seuil" (105), cette mme Bucolique o l'auteur parle de la lycanthropie :

Ces herbes, ces poisons cueillis dans les campagnes du Pont, c'est Mris lui-mme qui me les a donns : ils naissent innombrables dans le Pont. Par leur vertu merveilleuse, j'ai vu souvent Mris devenir loup et s'enfoncer dans les bois ; je l'ai vu faire sortir les mnes de leurs tombeaux ; je l'ai vu transplanter des moissons d'un champ dans un autre (95-99) (Laura Belin, Morgane Carpezat, Virgile : expos de latin, 2007 - www.ac-nice.fr).

Philon d'Alexandrie, dans De Mutatione nominum 123-124, explique le nom de Caleb qui apparat en Nb 14, 24 : Caleb (chien en hbreu) est transform du tout au tout; car Mose dit; "Un autre pneuma naquit en lui", comme si l'hgmonique tait chang pour une perfection du plus haut degr. En effet, Caleb s'interprte "tout entier cur", c'est un symbole effet, Caleb s'interprte "tout entier cur" (hbreu "ka" : "tout", "leb" : "coeur" ; grec "pasa kardia", c'est un symbole dont voici le sens : l'me se trouve avoir t change, non pas en partie, si bien qu'elle serait en suspens et balancerait, mais d'un bout l'autre, pour tre de bon aloi, si bien que, s'il restait en elle rien qui ne ft parfaitement louable, elle l'expulserait par les raisons qui touchent au repentir : car en se lavant ainsi de ce qui la souillait, en se servant des eaux lustrales de la sagesse et de ses moyens de purification, elle devait briller avec clat (Richard Goulet, La philosophie de Mose: essai de reconstitution d'un commentaire philosophique prphilonien du Pentateuque, 1987 - books.google.fr).

Si la tradition oraculaire prsente, parmi les diffrentes productions vocales utilises par les dieux, des voix glossolaliques, et si elles jouent souvent aux marges du langage, dans le contexte rituel magique ces voix bizarres constituent un corpus assez vari et articul d'interjections, d'idophones, d'onomatopes aussi bien que de squences de sons, dites voces magicae. [...] Dans Papyrus VII (769-780), le magicien devra prouver qu'il connat les signes, les symboles et surtout les signes acoustiques qui constituent l'identit phonique de la desse Meene. Car si le nom est suggeneen du dieu, le son est suntrophos de la divinit connatur , ainsi que la prire l'indique : le silence (sige). un son labial (poppusmos), un gmissement (stenagmos), un sifflement (surigmos), un cri (ololugmos), un glapissement (mugmos), un aboiement (ulagmos), un mugissement (mukethmos). un hennissement (chreme- tismos), un son harmonieux (phthoggos enarmonios), un souffle rsonant (pneuma phonaen), un cho du vent (echos anemopoios), un son coercitif (phthoggos anagkastikos) (Sabina Crippa, Rflexion sur la thorie de la voix en Grce ancienne, Puissances de la voix: corps sentant, corde sensible, 2001 - books.google.fr).

Comme bapho metis de Mtis, le conseil, la ruse, la sagesse

Le pneuma est dnomm parfois "corps lumineux". Il est aussi sagesse, logos. On peut le rapprocher de Mtis-Phans, de la tradition orphique.

Dans le systme appel Thogonie des Rhapsodes, six gnrations divines se succdent: Phans, qui est aussi appel Mtis, surgit le premier dans une lumire clatante; il cde ensuite le sceptre de la souverainet Nuit; Ouranos puis Cronos lui succdent, et Zeus est le cinquime souverain dont la puissance s'tablit grce aux conseils de la Nuit et avec la complicit de Phans-Mtis englouti par le nouveau roi des dieux (Marcel Dtienne, Dionysos mis mort ou le bouilli rti, Annali della Scuola normale superiore di Pisa: Classe di lettere e filosofia, 1974 - books.google.fr).

Cailles et Cigu

Le baptme (de sang) fait partie de l'avertissement de Jsus aux aptres dans Matthieu 10,35-38 avec le calice d'amertume, qui rappelle celui de Socrate.

Saint Marc dit distinctement que ce ne fut pas seulement leur mre [Marie Salom], mais les deux frres eux-mmes, c'est-dire, saint Jacques et saint Jean, qui firent cette demande [tre la gauche et la droit de Jsus quand il sera roi]. Ce qui nous montre que leur mre agissoit l'instigation de ses enfans. Peut-tre mme que dans la suite ils se joignirent eux-mmes ouvertement la demande. C'est pourquoi aussi le Sauveur leur adresse sa rponse: Vous ne savez ce que vous demandez : pouvez-vous boire mon calice ? ( Matth. xx. 22. Marc. x. 38. ). II n'y a rien qui fasse sentir combien on a de peine entendre la parole de la croix. Jsus venoit d'en parler aussi clairement qu'on a vu; et loin de l'entendre,saint Jacques et saint Jean, qui toient des premiers entre les aptres, lui viennent parler de sa gloire, et de la distinction o ils y vouloient parotre. Pesez ces paroles de Jsus : Vous ne savez ce que vous demandez . Vous parlez de gloire et vous ne songez pas ce qu'il faut souffrir pour y parvenir. L il leur explique ces souffrances par deux similitudes, par celle d'un calice amer qu'il faut avaler, et par celle d'un baptme sanglant o il faut tre plong. Avaler toute sorte d'amertume, tre dans les souffrances jusqu' y avoir tout le corps plong, comme on l'a dans le baptme, la gloire est ce prix (Jacques Bnigne Bossuet, Mditations sur l'Evangile, Oeuvres compltes, Volume 12, 1826 - books.google.fr).

La premire des cinq saveurs est l'amer, la saveur des larmes ; celle de la cigu qui emporta Socrate dans la mort ; la saveur aussi des regrets et des ressentiments. Le mot amer en rfre un poison qui s'adresse au corps et l'me (Jean-Didier Vincent, Voyage extraordinaire au centre du cerveau, 2007 - books.google.fr).

Le loup est li aux tnbres, de l viennent les mythes qui en font un psychopompe. Il est reprsent comme un avaleur de lumire. C'est ce qui ressort du mythe mdique o il avale la caille (vartik) qui sera dlivre de sa gueule par les jumeaux Asvin. La relation entre le loup et les jumeaux est troublante. Il est remarquable que les Asvin reprsentent la troisime fonction, tout comme Romulus aprs sa divinisation en Quirinus. Quoi qu'il en soit, il importe de noter que la caille est le symbole non seulement du soleil levant, mais aussi de la lumire initiatique et intellective. Le loup est donc malfique dans la mesure o il absorbe la lumire; mais il est bnfique dans la mesure o il la restitue (Etienne Tiffou, Notes sur le personnage de Romulus. In: L'Italie prromaine et la Rome rpublicaine. I. Mlanges offerts Jacques Heurgon. Rome : cole Franaise de Rome, 1976 - www-persee-fr.bibliopam-evry.univ-evry.fr).

Ortygie o l'le des cailles est la patrie, dispute par Ephse, des jumeaux Apollon et Artmis.

Les savants modernes discutent de la signification du nom Apollon Lykeios : a-t-il voir avec la Lycie, avec la 'lumire', ou avec le 'loup' la plupart des Grecs, en tout cas, y voyaient le 'loup" (W. Burkert, Homo necans). Chantraine souligne, de fait, que la drivation partir de "luKia", Lycie, est improbable en raison du suffixe "-eios" (Dictionnaire tymologique, s.v. "lukgens") : "luKeios", la diffrence de "lukios", lycien , vient de "lukos", loup (Pierre Judet de La Combe, L'Agamemnon d'Eschyle: commentaire des dialogues, 2001 - books.google.fr).

Ce qu'Elien dit du loup du temple d'Apollon de Delphes, mrite d'tre rapport ici. On dit qu'Apollon aime le loup, parce que Latone tant fur le point d'enfanter, se mtamorphosa en louve ; & c'est pour cela qu'Homre nomme Apollon Lycogene. Pour la mme raison il y a Delphes un loup de bronze, pour marquer, dit-on, l'enfantement de Latone. Quelques-uns en apportent une autre raison ; c'est, disent-ils, que des voleurs aiant pill les richesses du temple de Delphes, que la piet des dvots Apollon y avoit accumules, & les aiant enfouies en terre, un loup vint prendre un des prophtes d'Apollon par la robe, le mena au lieu o le trsor toit enfoui, & ta avec ses pattes la terre qui le couvroit (Bernard de Montfaucon, L'antiquit explique et reprsente en figures: tome second, Premiere partie : le culte des grecs & des Romains, 1722 - books.google.fr).

Sextus Empiricus (IIme sicle aprs J.-C.), dans ses Hypotyposes Pyrrhoniennes et Plutarque dans son Trait intitul : Notions communes contre les stociens, rappellent diverses comparaisons dont se servaient ces philosophes, soit pour claircir leur thorie, soit pour indiquer les observations sur lesquelles elle tait fonde. Laissez tomber quelques gouttes de jus dans un vase rempli d'eau; ces gouttes prennent une tendue gale celle de l'eau (Sextus Empiricus). Une goutte de vin, tombe sur la surface de la mer, remplira tout l'Ocan (Plutarque). Ce mme corps peut donc s'tendre dans un espace tour tour plus grand et plus petit, et deux corps peuvent se pntrer au point de remplir le mme lieu qu'un seul remplissait auparavant (Chroniques de la Facult, Annales de Bretagne, Volume 7, Facult des lettres de Rennes, 1891 - books.google.fr).

Le fait qu'un cotyle de cigu s'tende dix cotyles d'eau ne fait pas passer la masse de la cigu de un dix ; un tel phnomne provoque seulement une augmentation du volume de la cigu, laquelle, en se rpandant dans un corps plus grand qu'elle, est amene occuper de ce fait une place plus importante que celle qu'elle occupait initialement. [...] Le fait que les corps interpntrs occupent un mme lieu et que, pour cette raison, le volume occup par le rsultat du mlange n'est pas gal l'addition de la place occupe par chacun des composants au sein de ce mlange. En effet, si un cotyle de cigu s'tend et occupe une place gale (i.e. possde un volume identique) celle de dix cotyles d'eau et si, du fait de l'interpntration, la cigu et l'eau occupent un mme lieu, alors la place occupe par l'ensemble de ces deux corps quand ils sont interpntrs, est gale celle que l'un quelconque des deux occupe dans le mlange constitu. Enfin, le type de prsentation que Sextus propose du processus de l'interpntration l'empche de rendre compte correctement de la dynamique d'un tel processus. Sextus considre en effet les mouvements d'extension de la cigu l'eau et de l'eau la cigu comme deux mouvement distincts et spars l'un de l'autre. Or, lorsque l'extension est rciproque, comme Sextus en fait ici l'hypothse, la "krasis" doit bien plutt consister en un mouvement unique de co-extension, dans lequel il n'est pas possible d'isoler deux mouvements distincts sans tomber dans une contradiction : si la cigu s'tend dix cotyles d'eau, elle en prendra ncessairement l'extension (i.e. la place occupe) ; mais cette extension n'est pas encore fixe, car dans le mme temps, l'eau s'tendra elle-mme au cotyle de cigu et en prendra l'extension ; l'inverse, cette extension n'est pas elle-mme prdtermine, du fait que la cigu sera elle-mme en train de s'tendre l'eau. Comme nous l'avons suggr plus haut, ce double processus s'explique par le fait que chacun des corps en prsence est compos interpntration entre principe actif et principe passif, le premier tant le vritable agent de l'extension.

Afin de comprendre la "krasis", il convient donc de l'envisager comme un phnomne dynamique et continu de co-extension (par condensation ou subtilisation) o les composants finissent par occuper une place gale dans un mme lieu.

Selon Alexandre d'Aphrodise, c'est la presque totalit de la doctrine de la "krasis" dans la physique stocienne qui dpend de l'affirmation selon laquelle un corps se rpand travers un corps : les propos qu'ils tiennent sur l'me en dpendent galement ; et leur fameux destin et la providence universelle en tirent leur force de conviction ; et encore leur discours sur les principes et Dieu, l'unification du Tout et la sympathie se rapportant soi-mme. En effet, pour eux, tout cela, c'est Dieu qui passe travers la matire. Ces diffrentes thories reprsentent en effet diffrentes manifestations de l'interpntration du principe actif (Dieu) avec le principe passif (la matire non qualifie), qui, bien qu'tant tous deux des corps, doivent nanmoins pouvoir coexister en tout point du cosmos. Nous avons vu que le premier effet de cette interpntration tait la constitution des quatre lments, qui s'interpntrent leur tour deux deux pour former le le pneuma et la matire, le premier s'interpntrant ensuite avec la seconde et lui confrant sa structure rationnelle (Joachim Lacrosse, Trois remarques sur la rception de la krsis stocienne chez Plotin, Revue de philosophie ancienne, Volume 25, 2007 - books.google.fr).

Sextus Empiricus expose la philosophie sceptique hrite de Pyrrhon. Il veut atteindre la suspension du jugement (poch) et la tranquillit de l'me (ataraxia) en acceptant les phnomnes comme ils se prsentent lui. En effet, il ne s'agit pas de rejeter les phnomnes mais de rejeter ce qui est dit des phnomnes Pyrrhon d'lis (360275 av. J.-C.) est un philosophe sceptique originaire d'lis, ville provinciale du nord-ouest du Ploponnse (fr.wikipedia.org - Sextus Empiricus).

La cigu engraisse les cailles... dit Sextus Empiricus (Essais sur le pyrrhonisme I, 14, 57), l'exemple de Pyrrhon.

Les difficults que les sceptiques lvent relativement l'accord des apparences sensibles ou des notions, forment dix tropes ou arguments dont l'objet est d'tablir que le sujet et l'objet de la connaissance changent sans cesse. Voici ces dix tropes, tels que les propose Pyrrhon :

Le premier porte sur la diffrence qu'on remarque entre les sentiments des animaux, eu gard au plaisir, la douleur, ce qui est nuisible et utile. [...] les cailles mangent la cigu qui est un poison pour l'homme (Diogne Laerce, Vies et doctrines des philosophes de l'antiquit, Volume 1, traduit par Ch. Zevort, 1847 - books.google.fr).

Il y a deux miracles des cailles : Exode 16:13 Le soir, il survint des cailles qui couvrirent le camp ; et, au matin, il y eut une couche de rose autour du camp. , et Nombre XI.

Dans les Nombres XI, lasss de manger la manne du dsert, les Hbreux maugrrent et prirent Dieu de leur envoyer de la viande. Des cailles furent rabattues vers leur camps, et servirent assouvir leur faim de loup : Ils n'ont pas fini demanger que le Seigneur s'irrite contre le peuple. Il les frappe d'une pidmie. "Aussi ondonna ce lieu le nom de Quibrot ha Taava, tombeau de la convoitise,car c'est l qu'on enterra tous ceux qui s'taient abandonns la violence de leur faim." De quelle pidmie s'agitil donc ? Et pourquoi dut-on enterrer "la foule de ceux qui avaient t saisis de convoitise" ? Cette fringale de viande traduisait un refus de se contenter de la nourriture envoye par Dieu ; pour avoir ainsi contrecarr l'action divine, le plan de Dieu, les gloutons connurent le chtiment suprme.

Le texte indique que les oiseaux furent consomms en abondance aussitt capturs. Et prcise que les symptmes d'intoxication furent prcoces; d'o la ncessit d'liminer toute hypothse de viande faisande pour s'orienter vers un effet toxique produit par du gibier frais (Jean-Marie Pelt, Au fond de mon jardin, 1992 - books.google.fr).

Peut-tre l'ellbore (nourriture des cailles chez Lucrce, Didyme, Galien...) ou la cigu (Pyrrhon) ?

Loup avalant

On parle de convoitise ou de cupidit, comme Romulus, loup lui-mme.

Le personnage de Romulus est ambigu. Contrairement son successeur Numa, bon et sage, il est capable du meilleur comme du pire. Avec son frre Rmus, il se livre des brigandages, il est possd de la regni cupido et, si l'on en croit Plutarque, parvenu au fate de la puissance, il exercera un tel abus d'autorit que les Snateurs n'hsiteront pas le faire prir. Les historiens, sans dire qu'il ait tremp dans la mort de Tatius, laissent planer un doute ce sujet. Mais il y a plus grave encore, on souponne le hros d'avoir truqu les auspices pour s'assurer le pouvoir6; il tue son propre frre pour tre seul rgner7, et n'hsite pas contre les droits de l'hospitalit enlever les Sabines en fraudant avec la religion elle-mme. La ville qu'il a fonde, il la peuple de citoyens peu difiants en assurant aux dlinquants droit d'asile. Lorsqu'il cherchera pour eux des compagnes honorables, il se verra invit par drision trouver des femmes aussi peu recommandables. Romulus est donc un aventurier qui s'est fait lui-mme. Il a fond une grande partie de sa russite sur la violence guerrire. Sa figure est donc celle d'un personnage inquitant, violent et ambitieux auquel il est incertain de se fier. Mais ce personnage peut tre interprt de faon favorable. Ses origines sont merveilleuses puisqu'il est non seulement de sang royal, mais fils du dieu Mars. Sauvs des eaux, son frre et lui-mme sont allaits par une louve. Ces faits extraordinaires tmoignent qu'il est protg des dieux. Cette protection apparat clairement avec la prise d'auspice: c'est conformment leur volont que Romulus fondera Rome. Cet appui se manifeste clairement au moins une fois encore, lorsque l'invocation Jupiter le sauve d'une dfaite certaine laquelle le condamnait la bravoure de Mettius Curtius. Au reste, s'il lui est arriv de frauder avec la religion, il sait aussi se montrer respectueux son endroit. Aprs sa victoire sur le peuple caeninien, il ramne les dpouilles du chef ennemi tu de sa main et les dpose au pied du chne sacr des bergers et fonde un temple consacr Jupiter Frtrien. En outre, la violence qui lui est est reproche lui est impose souvent par la ncessit. Etait-il possible de trouver des pouses son peuple sans commettre un rapt, tant donn le refus des cits environnantes ? Les guerres sur lesquelles il assied, la fin de sa vie, la puissance de sa cit, il ne les a pas dlibrment recherches. D'ailleurs, Romulus sut se montrer un bon organisateur et donner sa ville des institutions sans lesquelles une cit ne peut vivre. Enfin sa disparition merveilleuse plaide en faveur du personnage. L'ambigut de Romulus demande donc tre interprte. En fait, les principales difficults peuvent se rsoudre, si l'on veut bien considrer que les jumeaux ayant t allaits par une louve sont, dans cette mesure, ses rejetons. Il est normal ds lors de penser que Romulus, fils de la louve, en a les caractres. Une telle hypothse invite s'interroger sur la signification qu'il importe de donner cet animal et sur les mythes qui lui sont attachs. On ne saurait circonscrire le problme en identifiant le loup Mars, ce dont, au demeurant, s'accommoderait assez bien la lgende romulenne. On a beaucoup crit sur le loup, il ne saurait tre question de reprendre tous les problmes soulevs. Il suffira de dgager le mythe essentiel et de voir comment il s'inscrit dans les vieilles traditions indo-europennes avant d'en tirer les leons permettant d'clairer la figure de Romulus. Le loup prsente, comme Romulus, une ambigut fondamentale, car tantt il est considr comme froce et satanique, tantt il apparat comme bnfique. Parce qu'il voit la nuit, il est symbole de la lumire (J. Chevalier, A. Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, 1969, p. 467) (Etienne Tiffou, Notes sur le personnage de Romulus. In: L'Italie prromaine et la Rome rpublicaine. I. Mlanges offerts Jacques Heurgon. Rome : cole Franaise de Rome, 1976 - www-persee-fr.bibliopam-evry.univ-evry.fr).

Baphomet et loup-garou

Si l'enfant sans pre est, selon les textes franais, engendr par un dmon incube et une vierge, dans Guillaume d'Angleterre la mre des jumeaux est fconde par le Saint Esprit (souffle ou pneuma). Or, ce type de conception mythologique qui renvoie souvent la naissance d'enfants divins correspond exactement aux naissances miraculeuses provoques par le Roi des Poissons dans le contetype n303. Le pre de Merlin avant de devenir un incube dans la transposition chrtienne et courtoise de la lgende, tait probablement un tre marin, un dmon des eaux, un vieux de la mer , voire un tre proten de nature venteuse, c'est--dire un esprit , un souffle ["L'Esprit de Deu se mouvait au-dessus des eaux", Gense 1,2]. Si Guillaume est le pre des jumeaux Marin (alias Merlin) et Louvel (le loup), il faut rappeler que Guillaume est un des surnoms du loup en haut et bas breton. Autrement dit, le loup Guillaume, pre de Merlin, confirme la nature spirituelle de l'enfant.

Une vieille croyance rapporte par Franois Villon rappelle en effet cette antique nature venteuse du loup: Sur le Nol, morte saison / Que les loups se vivent de vent. L'ide figure dj dans certains bestiaires du XIIe sicle. Le folkloriste Claude Gaignebet a soulign l'importance et la longvit de cette association dans la tradition folklorique et plus particulirement dans le folklore des enfants. Le vent n'est pas simplement ici un lment de la nature parmi d'autres ; il renvoie cosmogonie qui confre l'me (anima) une nature pneumatique (animus). Merlin le fou se prsente alors comme une sorte d'esprit empli du souffle de la folie (le mot follis, tymologie du mot fou, dsigne bien un ballon d'air). Merlin est un tre de vent. Son association avec le loup s'explique parle lien traditionnel de cet animal avec les souffles venteux. Elle rejoint aussi le mythe de la naissance gmellaire (du type Romulus et Remus) o le loup qui est ici une louve joue un rle essentiel.

Les lupercales taient clbres le 15 fvrier. Elles ont t institues Rome en lhonneur de Lupercus (Pan, mais lupus : loup) par Romulus et Rmus pour les uns, par Evandre pour d'autres - www.jourdelasaintvalentin.com - Origines des Lupercales

Il est clair que l'association de Merlin et de Blaise ne relve pas du simple hasard. Elle ne s'explique qu'aprs la qu'aprs la restitution autour du texte de Merlin d'un contexte mythologique celtique et indo-europen. L'analyse des deux noms montre la prsence d'un important complexe mythique qui, pour tre pleinement peru, doit s'inscrire dans une perspective comparatiste (Philippe Walter, Merlin ou le savoir du monde, 2012 - books.google.fr).

La mystique celto-pythagoricienne nonce par Claude Gaignebet et Jean-Dominique Lajoux expliquent que Merlin porterait les mes dfuntes dans son ventre sous forme de souffle, de pet et se purgerait lors de sa dshibernation. Cest aux enfers que Merlin ouvre lorifice du haut par lintermdiaire du rire, et se gonfle dmes quil librera quarante jours plus tard la Chandeleur ou Pques, comme le Christ-cerf a libr les Pres jalousement gards depuis des sicles aux limbes. (Le portrait mdival de Merlin : origines et pouvoirs, 1. Les sources littraires de Merlin, b. Le Merlin sylvestre).

On ne saurait alors oublier que le mot fou vient du latin follis qui dsigne le soufflet ou un ballon plein dair . Le fou est un tre rempli dair, c'est--dire desprit (spiritus) qui circule dans son organisme aprs avoir t produit par la bile noire. Cette nature spciale du mlancolique chez qui lair se trouve en surabondance, favorise la monte de lair u cerveau et produit la divagation mentale lorigine de la prophtie. Cette physiologie mdivale du souffle mlancolique peut sanalyser dans toute une srie de traits mdicaux qui poursuivront leur carrire scientifique jusquau 17me sicle. La nature venteuse du devin explique par ailleurs sa capacit voler dans les airs. Cest le cas du personnage de Suibhne dans la littrature irlandaise mais aussi des innombrables sorciers et sorcires. [...] Gnie mlancolique, Merlin rejoint ainsiles plus grandes figures mythiques dela tradition occidentale qui font coexister en elles la folie mlancolique et la connaissance des plus hauts secrets de l'univers (Philippe Walter, Merlin ou le savoir du monde, Paris, Imago, 2000) (Galle Zussa, Merlin, rmanences contemporaines d'un personnage littraire medival dans la production culturelle francophone (fin 20e sicle et dbut 21e sicle) : origines et pouvoirs, 2008 - hal.inria.fr).

Homme sauvage et mlancolique, Merlin rejoint les lycanthropes eux-mmes lis la mlancolie, Fronsac ("Homme-Loup" de Saint Emilion), au pneuma/esprit du signe de croix (La Croix dHuriel, ses anges et les humeurs : Michel en vert et la mlancolie, Louis Delbeke, Le fond de la bote de Pandore ou Le sphinx vanglique, 1858 - books.google.fr).

Les noplatoniciens ne se contentaient pas de faire intervenir le pneuma dans leur explication des tats extatiques; par sa nature et ses proprits, il se prtait parfaitement a la dmonologie. Porphyre surtout - suivi par Psellus considrait que le corps des dmons tait fait de la mme substance que le spiritus phantasticus de l'homme; il y a l un thme extrmement tenace de superstition et de folklore, qui perce par exemple dans la croyance au loup-garou. Le Liber de spiritu d'Alcher (XIIe sicle) explique, au chap. XXXVI (Spectrorum ratio) comment l'esprit phantastique de l'homme peut sortir de son corps pour se transformer en bte malfaisante. L'intrt d'un tel lien entre dmonologie et anthropologie pour l'auteur de la Divine Comdie est vident. Dj l'pisode du frre Alberigo et de Branca d'Oria (Inf., XXXIII, 118-147) rappelle trangement l'explication du loup-garou. On sait que mes de ces deux tratres ont t jetes en enfer immdiatement aprs leurs crimes, tandis que leurs corps continuaient vivre, anims par des diables, jusqu' la limite naturelle de leurs jours. Les commentateurs de Dante rappellent ce propos le passage de Jean sur Satan qui entre dans le corps de Judas, mais ils ajoutent que le dpart de l'me propre du pcheur, chasse par l'intrus, est une invention du pote. Or elle a sinon une source, du moins un parallle dans la croyance aux mes et esprits des sorciers, qui ont quitt leurs corps et parcourent le monde, la nuit, sous forme de btes dmoniaques (Robert Klein, Spirito peregrino, Revue des tudes italiennes, NS 11, 1965 - books.google.fr).

Synsius insistant pour sa part sur la luminosit du spiritus phantasticus (Aristote drive tymologiquement phantasia de phos), sans laquelle il serait impossible que nous voyions nos rves (Olivier Pot, Etudes ronsardiennes, 1990 - books.google.fr).