Partie III - Thèmes   Chapitre XXXIV - Double Zachée      

Une seule fois le Seigneur a parlé : deux fois je L'ai entendu

Psaume 61,12

Lorsque l'on rencontre Zachée, on a la fâcheuse impression de loucher, de voir double. Tout commence par son dédoublement parmi les saints de France. En effet deux légendes le rattachent à un certain Sylvain et à un certain Amadour. Zachée aurait donc deux tombeaux, celui de La Celle dans le Cher et celui de Rocamadour.

Citation évangélique

Dans la première bible imprimée en France et qui le fut à Lyon par Barthélmémy Buyer en 1476, ainsi est relaté l'épisode Zachée : " Jhus issant alors par iherico et un homme q'avoit nom zachée et estoit prince des publicans et estoit riche crut veoir ihesus et il ne pouvoit pour la turbe car il estoit de petite stature lors corut il devant et monta en ung arbre qui est appelé sigamor q'1 le peut veoir. Et quand ihesus vint la il regarda en hault et lui dit zachée descens en bas legierement car il me couvient auiourdhui demourer en ta maison. Et incontinent il descendit et le receut a grant joie en la maison. Et quand tous virent ce ilz murmurerent disans quil estoit alle a homme pécheur. Et zachée estant devant nostre Seigneur lui dit Sire vesci la moitie de mes biens q ie donne aux pouvres et se iay voullu auscune chose a aultruie ie rends à quatre doubles. ihesus lui dit salud est fait hui en ceste maison pource que le filz d'abraham y est descendu. Le filz de l'homme vint saulver ce qui estoit peri.[1] "

Les deux tombeaux de Zachée

Rabelais dans son Quart Livre mentionne les moines (musaphis) de Saint-Ayl qui revendiquaient la possession du corps de saint Sylvain. Saint-Ayl serait Saint-Ay (prononcer Saint-Y) et les moines appartiendraient à l'abbaye de Voisins qui en fait était monastère de nonnes. Rabelais semble prudemment parler des moines de Saint-Mesmin de Micy et du corps de saint Sylvain d'Anjou.

Prêtre, notre Sylvain aurait été envoyé en Gaule par saint Pierre, avec un compagnon du nom de Silvestre et une jeune femme, Rodène. Mais ce dernier mourut en chemin et Sylvain retourna à Rome et en référa à Pierre qui lui confia son bâton pastoral avec lequel il ressuscita Silvestre. Saint Sylvain était particulièrement honoré, dès le IXème siècle, en Berry (Levroux, La Celle). Le fiancé de Rodène, Corusculus, vint la chercher à Gabatum (Levroux) pour la ramener en Italie. Afin de le décourager, elle se défigura en se mutilant le visage, mais saint Sylvain la guérit d'un signe de croix et Corusculus se convertit sur le champ. Cette sainte, baptisée " santo Roundino " en occitan était l'objet d'un culte dans la cité de Le Vigan (Lot) qui dépendait de l'archevêché de Bourges. On vénérait sa statue dans la chapelle Notre- Dame de l'Hôpital où les enfants maladifs et " grognons " étaient conduits (le verbe " roundina ", en langue d'oc, signifie grogner)[2].

Le tombeau de Sylvain se trouvait primitivement à Levroux mais il fut déménager au XVème ou au XVIème siècle à La Celle dans la chapelle Saint-Sylvain puis dans l'église paroissiale en 1897. Le gisant figure saint Sylvain revêtu des habits sacerdotaux, la tête posée sur deux coussins superposés que portent deux anges, un genou en terre ; les côtés du soubassement développent la légende de saint Silvain, apôtre berrichon confondu avec Zachée, chef des publicains. La chapelle possède des vestiges du XIIème siècle dans le transept nord, du XIIIème siècle dans le chevet (actuellement en ruine). Des restaurations fin XVème et début XVIème ont eu lieu pour la famille Gouge. Notons qu'un Martin Gouge (1397 - 1444) fut évêque de Chartres, Clermont, Luçon, trésorier du duc de Berry et emprisonné par le duc de Bourgogne après l'assassinat du duc d'Orléans en 1407.

L'autre tombeau de Zachée se trouve donc à Rocamadour. Dans la crypte Saint-Amadour, sous la basilique, se trouvait le corps du saint qui fut mis en pièce en le 3 septembre 1562 par les protestants. Saint Antonin, archevêque de Florence, rapporte dans le livre de ses Chroniques la légende qui fait d'Amadour le Zachée des Evangiles : " Martial, cousin d'Etienne, premier martyr, n'étant encore âgé que de quinze ans, fut, d'après l'ordre de Jésus- Christ, baptisé par le bienheureux Pierre avec ses parents, et admis au nombre des soixante- douze disciples de notre Seigneur, auquel il demeura continuellement attaché. On prétend que c'est l'enfant qui avait les cinq pains d'orge et les deux poissons multipliés par Notre- Seigneur, ainsi qu'il est rapporté au sixième chapitre de saint Jean. Il vint à Rome avec le bienheureux Pierre, apôtre, et fut par lui envoyé en Gaule, ayant dans sa compagnie Amateur et Véronique son épouse, qui fut familière et amie de cœur avec la vierge Marie. Or, ce Zachée se consacra à la vie solitaire sur une roche appelée aujourd'hui Roc d'Amadour, et y finit ses jours. Quant à Véronique, elle suivit saint Martial dans ses prédications, et vint au territoire Bordelais, où elle atteignit une grande vieillesse. Le bienheureux Martial, primat de toute l'Aquitaine, éleva en ce lieu un autel à la bienheureuse Vierge Marie[3] ".

Amadour était certainement l'objet d'un culte local avant le Xème siècle et il est bien resté le patron de l'église paroissiale. Mais il entrait en concurrence avec Marie. Dès 1105 date la première mention certaine de l'église Sainte-Marie ou Notre-Dame sur une bulle du pape Pascal II. Au XIIème siècle l'essor du pèlerinage marial, malgré le regain de notoriété du saint après la découverte de son corps en 1166, éclipsa Amadour qui était spécialement invoqué pour les morts et la délivrance des âmes du purgatoire.

" Irréelle splendeur au détour de la côte, mirage brun et mauve, Rocamadour la haute surgit, escaladant de son farouche élan le sauvage canyon qui la porte " (Victor Hugo)

Selon Fulcanelli, " on montre encore, à Rocamadour (Lot), une gigantesque statue de saint Christophe, élevée sur le plateau Saint-Michel, qui précède l'église. À côté, on remarque un vieux coffre ferré, au-dessus duquel est fiché dans le roc, et retenu par une chaîne, un grossier tronçon d'épée. La légende veut que ce fragment ait appartenu à la fameuse Durandal, l'épée que brisa le paladin Roland en ouvrant la brèche de Roncevaux. Quoi qu'il en soit, la vérité qui se dégage de ces attributs est fort transparente. L'épée qui ouvre le rocher, la verge de Moïse qui fait jaillir l'eau de la pierre d'Horeb, le sceptre de la déesse Rhée, dont elle frappe le mont Dyndime, le javelot d'Atalante sont un seul et même hiéroglyphe de cette matière cachée des Philosophes, dont saint Christophe indique la nature et le coffre ferré le résultat " (Fulcanelli, " Le Mystère des Cathédrales et l'interprétation ésotérique des symboles hermétiques du grand œuvre ", Fayard, 1925). Mais peut-être se trompe-t-il, sachant qu'il s'agit plutôt d'une fresque de saint Christophe. Roland est aussi en lien avec Roncevaux, sur les tracés " espagnols ", et avec Brême, sur les tracés " allemands ".

Double

Une navigation sur internet renvoie avec insistance ce dédoublement au sujet de l'épisode de Zachée.

Tout commence par ce qui semble pure curiosité. " Zachée est confronté à un double problème. Dans l'immédiat, il s'agit de bien choisir l'arbre il va grimper pour voir passer le cortège. Son problème de fond, c'est que sa réputation de publicain se traduit par une excommunication de fait : tel est le sort que la communauté politico-religieuse juive réserve à ceux qui travaillent pour le compte de l'ennemi et qui se remplissent les poches sur le compte de leur peuple. En grimpant sur son sycomore (rappelez-vous que cet arbre est réputé indéracinable, tout comme la réputation qui emprisonne notre héros), Zachée cherche sans doute une bonne place, mais probablement aussi une échappatoire. Comme on le comprend ! Se voyant lui-même par le regard des autres, il pense qu'il est un être détestable et coupable d'exister. Donc, il faut se fuir soi-même ! Or, sa vie est une attente - un avent - mais il ne le sait pas, car personne ne le lui a révélé. Alors, il comble comme il peut les trous de son existence inacceptable et il essaie de survivre avec les moyens du bord.[4] " Jésus le voit dans son arbre et s'intéresse à lui. Le scandale est double : Jésus délaisse la foule pour l'individu, et il réhabilite celui que tout le monde condamnait.

Mais aussi, " ce scandale a une double dimension : morale et religieuse. Dimension morale tout d'abord. Jésus est allé loger chez le chef des collecteurs d'impôts, des gens de fort mauvaise réputation. Ils lèvent l'impôt pour les Romains mais se servent au passage. D'où leur richesse. Ils pressurent les paysans et sont sans pitié pour les pauvres. Comment un homme de Dieu peut-il aller loger chez un tel individu, sans approuver ce comportement, sans se rendre complice, d'une façon ou d'une autre, avec cette façon d'agir ? " Décidément, il n'y a plus de bien ni de mal. Il n'y a plus de morale. ", pensent les foules de Jéricho.

Mais ce scandale a aussi une dimension religieuse : aller loger chez quelqu'un, c'est prendre son repas avec lui, c'est partager le même pain, c'est demander à Dieu de nous bénir. Or, comment peut-on être en communion avec un pécheur, avec quelqu'un qui en prend et qui en laisse dans la Loi de Dieu, qui n'a pas montré de signe préalable de repentance ? Jésus, en offrant sa communion au pécheur qui le reçoit, ne relativise-t-il pas le péché ? Le pardon de Dieu ne vient-il pas récompenser un changement de vie ? Mais, du côté de Zachée, dans son arbre, quel geste de conversion ? Il est venu voir Jésus comme beaucoup de badauds à Jéricho. Oui, pensent les foules, l'initiative de Jésus est choquante. On ne voit pas comment Dieu pourrait approuver cela. Jésus, décidément, n'est pas un homme de Dieu. Ce n'est qu'un provocateur. Les foules restent, en fait à la surface des choses et des êtres ; elles ne voient pas ce qui est en jeu. Elles ne voient pas l'action de Dieu qui est à l'œuvre.[5] "

Le salut s'est posé sur Zachée et se manifeste en deux temps en un " double "aujourd'hui" souligné par Jésus : Aujourd'hui(auiourdhui) il me faut demeurer dans ta maison, Aujourd'hui(hui).

Michel Scouarnec, prêtre du diocèse de Quimper et Léon, note enfin après sa conversion sous le regard de Jésus : " Zachée fait don de la moitié de ses biens aux pauvres, la moitié de lui- même. Il partage tout en deux… Les pauvres deviennent en quelque sorte la moitié de lui- même. Et peut-être après tout a-t-il porté sur lui-même un regard vrai et s'est considéré lui- même comme un pauvre homme ? De plus, il promet réparation pour les vols qu'il a commis et se soumet à une peine prévue dans le droit romain en cas de vol manifeste - il travaillait pour Rome, l'occupant.[6] " Pour renforcer ce dédoublement, Zachée s'engage à rendre le double du double requis au maximum par la loi mosaïque, de ce qu'il a volé.

Dispute

L'épisode a été l'objet d'une dispute entre catholiques conventionnels et jansénistes, en témoigne le texte suivant de César Vichard de Saint-Réal tiré de L'Explication du discours de Zachée: " II n'est rien de plus naturel à un homme qui reçoit pour la première fois chez lui des personnes d'un mérite extraordinaire près de qui on l'a voulu noircir, que de tâcher d'effacer la mauvaise impression qu'elles peuvent avoir conçue de lui, en leur faisant connoître ce qu'il y a de plus louable & de plus à leur gré dans fa manière de vivre. Il n'est pas non plus étrange, qu'un Partisan se prétende homme de bien, quand il rend ce qu'il croit avoir pris injustement, & répare par ses Aumônes ce qu'il y a de blâmable dans le luxe de sa Maison ; mais il est encore moins surprenant, que celui-ci en fit d'excessives. Comme fon empressement à voir Jésus-Christ, & à lui obéir, doit faire présumer que c'étoit un bon homme, il est allez vraisemblable qu'il fit un excellent usage de ses grands Biens, pour se faire accroire à lui-même, qu'il pouvoit exercer en sureté de conscience la Profession qui en étoit la source ; & l'opposition, qu'il y avoir entre fa Religion & cette Profession, ne demandoit pas de moindres adoucissemens. Il n'y a rien jusques-là que de commun dans cette Histoire ; mais le Discours que le Fils de Dieu fit ensuite est d'un ordre différent. Comme toutes ses Paroles font Esprit& Vie, on peut leur donner toujours un sens mystérieux si l'on veut, & croire qu'il est nécessaire de raisonner pour les comprendre. Ce n'est pas qu'il soit absolument besoin de recourir au Mystère pour expliquer celles de cet Evangile. Il paroît, ce me semble, assez clairement, que Jésus-Christ voulant détruire la vaine confiance que Zachée avoir en ses œuvres, & lui en inspirer une meilleure, lui déclare, que sa Maison a reçu le Salut ce jour-là seulement qu'elle avoit reçu le Sauveur. Ait Jesus ad eum, quia hodie salus domui huic facla est. Ensuite, pour faire cesser l'étonnement des Juifs qui étoient présens, il ajoute que cet homme, qui leur sembloit si indigne de cet honneur par sa Profession, n'en étoit pas pour cela moins qu'eux de la Semence d'Abraham ; & que cette indignité même, bien loin d'être un obstacle au Salut, étoit plutôt une espèce de disposition à le recevoir, puisque le Fils de l'homme étoit venu chercher ce qui étoit perdu. Eo quod & ipse filins sit Abrahœ , venit enim Filius hominis quœrere & falvum facere quod perierat. Voilà dans quel sens j'ai expliqué cet Evangile.

M. Arnauld prétend, au contraire, que Zachée n'entendoit pas rendre compte au Fils de Dieu de sa conduite ordinaire , en lui disant, Je donne la moitié de mon Bien aux Pauvres ; & si j'ai fait tort à quelqu'un de quelque, chose ,je lui rens quatre fois autant : mais qu'il vouloir seulement dire, qu'il faisoit dans l'instant même une ferme résolution de donner au plutôt aux Pauvres la moitié de son bien, & de rendre quatre fois autant qu'il se trouveroit avoir pris injustement. Il n'est pas difficile de choisir entre ces deux sens, sur leur simple exposition ; & je m'assure que tous ceux qui ne se feront engagés à la lecture de cet Ecrit, que pour sçavoir qui a raison de M. Arnauld ou de moi, ne passeront pas outre. On sçait que dans toutes les Langues du Monde on se sert du Tems présent, comme Zachée, pour exprimer ce qu'on a coutume de faire. Quacumque libido est, Incedo folus , percontor quanti olus ac far, Fallacem Circum , vefpertinumque pererro Soepe forum , assisto divinis, inde domum me Adporri & ciceris refero laganique catïnum, Coena minislratur, &c. On sçait, au contraire, qu'on ne peut employer le Tems présent à signifier l'avenir même le plus prochain, que par une espèce de figure. Or M. Arnauld ne disconviendra pas, qu'on doit s'arrêter au sens littéral de toute forte de Discours, & ne recourir au figuré, que lorsque le littéral implique contradiction, ou qu'il enferme quelque absurdité ou fausseté manifeste. Ainsi, quand un homme qu'on appelle, répond, fans bouger de la place où il est, J'y vais , il est naturel d'entendre par ce Tems présent dont il se sert un futur très-prochain ; parce qu'autrement le sens de sa Réponse, à la prendre au pied de la lettre, seroit faux ; puisqu'il ne va pas effectivement dans l'instant même qu'il dit qu'il va : & il est nécessaire de juger qu'il veut seulement dire qu'il ira au plutôt. Tout de même, dans tons les Partages de l'Ecriture où Dieu uqant de menace, & paroissant parler dans un esprit de Colère, de Vengeance, ou de quelque autre Passion, s'exprime par le Tems présent, Je viens , J'envoie, Je fais ; comme on ne menace pas de ce qui est présent, mais feulement de avenir , il est nécessaire d'expliquer ce Tems présent par le futur qui en est le moins éloigne : & il est clair qu'il ne s'exprime de cette forte, que parce que le Présent touchant naturellement plus que l'Avenir, ce qui représente les maux, dont on menace comme présens, est beaucoup plus vif, & plus propre à en inspirer la crainte, que fi on menaçoit par le futur ; & c'est en quoi consiste l'effet de ta Figure. Dare per figuram sententia vires, dit Quintilien. Mais quel besoin Zachée avoit-il de se servir de Figure, s'il eût eu dans l'esprit le sens que M. Arnauld lui attribue? Et n'auroit-il pas fait aussi bien connoître au Fils de Dieu la fermeté de fon bon propos en disant qu'il alloit donner, comme M. Arnauld lui fait dire, qu'en disant par le Tems présent, qu'il donnoit, comme le Grec & la Vulgate le disent ? Pourquoi recourir au sens figuré, pour expliquer le Discours de ce Publicain, qui, bien loin d'enfermer aucune contradiction étant entendu littéralement, a un sens fi naturel & fi vraisemblable ; " Seigneur, je donne la moitié de mon bien aux Pauvres ; & si j'ai fait tort à quelqu'un de quelque chose, je lui rens quatre fois autant. " Ecce dimidium bonorum meorum, Domine, do pauperibus ; & si quid aliquem defraudavi reddo quadruplum. En voici la raison.

M. ARNAULD.

La Particule Ecce, jointe à un Présent marque très-naturellement ce que les Grecs appellent un Paulo-post-Futur […] Et on sent assez qu'Ecce venio est la même chose, que Jam veniam, Je m'en vais venir, Je viendrai bientôt ; Et de même, Ecce sto ad ostium & pulso, Je ferai bientôt à la porte & je fraperai.[7] "

Cette dispute n'est sans doute pas sans rapport avec la position d'Alain de Solminhiac (Saint- Aquilin, 1593 - Mercuès, 1659), évêque de Cahors responsable de Rocamadour. " La date de 1648 est celle de la première visite pastorale de Mgr Alain de Solminihac, à Rocamadour, après des démêlés forts houleux avec les évêques de Tulle, seigneurs temporels des lieux. Or les iconographies choisies vont dans le sens des convictions de l'évêque de Cahors, ultramontain et ultra-tridentin. Ici Amadour n'est pas Zachée, donc sa présence ne rattache pas les lieux à l'aube des temps évangéliques. L'Assomption est un thème fort de la Réforme Catholique, face au protestantisme.[8] " L'évêque de Cahors était en effet un contempteur du protestantisme et du jansénisme. La position actuelle de l'Eglise catholique semble étrangement se rapprocher de celle d'Antoine Arnauld, alors que celle-là persécuta les jansénistes à coup de bulles. " Peut-être a-t-il dans son cœur l'aspiration à un changement, à une autre vie, mais rien ne nous est dit explicitement sur ce point dans notre texte. Par contre quand il voit sur lui le regard de Jésus, quand il entend que Jésus veut venir chez lui, un déclic se fait en lui. Il expérimente ce que peut être une nouvelle vie, le salut qui lui est donné. Par contre quand il voit sur lui le regard de Jésus, quand il entend que Jésus veut venir chez lui, un déclic se fait en lui. Il expérimente ce que peut être une nouvelle vie, le salut qui lui est donné. Alors, la joie l'envahit et il entre dans une autre logique de vie : " Voilà, Seigneur, je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j'ai fait du tort à quelqu'un, je vais lui rendre quatre fois plus.[9]"

" En recevant Jésus chez lui, Zachée est bouleversé. Avant cela, il était un homme seul, tout sec comme un arbre mort. Après avoir ouvert sa porte à Jésus, il est devenu comme un arbre qui reprend racine dans le sol[10] "

" La rencontre de Jésus lui démontre qu'il est meilleur non seulement que ce que pensaient de lui ses compatriotes, mais que ce qu'il pensait de lui-même. Il découvre, ébloui, que sa véritable personnalité est ailleurs, dans un ailleurs de lumière et de joie. Il perçoit un chemin d'allégresse qui est un chemin de partage : "je donne la moitié de ce que je possède..." et il s'engage sur ce chemin avec l'apparente folie de la résurrection. Il n'est plus dans le monde des morts où les loups dévorent les brebis innocentes et où les rapaces accumulent leur butin dans leur aire solitaire. Il est dans le royaume de Dieu, dans le royaume des vivants. [11]"

" On retrouve ici le double accent que nous avions déjà noté dans la parabole du pharisien et du publicain : le salut est "cadeau", le publicain "est justifié" (sous-entendu il ne se justifie pas lui-même). Mais il n'est pas passif pour autant : il "est justifié" parce qu'il accueille le salut donné par Dieu ; c'est la même chose ici. Le salut est don de Dieu, cadeau de Dieu ; ce n'est pas Zachée qui est la cause de son salut, et pourtant son attitude d'accueil est indispensable pour que le salut advienne "aujourd'hui" pour lui. Comment ne pas faire le rapprochement avec le nom même de la ville de Zachée, Jéricho, la première ville de la Terre Promise conquise par les tribus d'Israël ; ils ont toujours considéré cette conquête comme un don de Dieu et non comme une victoire dûe à leurs propres forces. Décidément, nous dit Saint Luc, le salut est toujours un cadeau. Jéricho, c'est aussi pour Jésus, (dont le nom signifie Dieu sauve) la dernière étape de la montée à Jérusalem où s'accomplira le salut de l'humanité tout entière. Certainement, en choisissant de s'inviter chez Zachée, Jésus ne cherche pas à donner une leçon : simplement, il révèle qui est Dieu, irrésistiblement attiré par ceux qui sont en train de se perdre.[12] "

Sycomore

Le Figuier sycomore (Ficus sycomorus L.) appartient à la famille des Moracées. Arbre de grande envergure atteignant parfois 20 mètres de hauteur, pouvant vivre plusieurs siècles et regénérant très bien de souche ; écorce grise ; nombreuses branches ; petits rameaux de couleur rouge-brun, écailleux, plus ou moins glabres ; feuilles d'un vert terne, entières, généralement ovales, environ 7 x 10 cm, cordées à la base, souvent obtuses à l'apex (parfois arrondies), pubescentes ou glabres, légérement rugueuses sur la face inférieure. Les figues sont groupées en panicules accrochés aux rameaux âgés, globuleuses à subovoïdes, tomenteuses, de couleur gris-orange, 2 x 2,5 cm. Comme pour le Figuier cultivé, les vrais fruits du sycomore sont des akènes contenant chacun une graine. Ces akènes, très nombreux, sont portés par un réceptacle charnu qui les entoure et les enferme : c'est cet ensemble qui constitue la figue. Le nom botanique de ce fruit particulier est syconium (pluriel : syconia), qui donne en français "sycone".

Le Sycomore, appelé aussi Figuier des Pharaons, est présent partout dans la civilisation égyptienne ancienne. D'abord, des figues de sycomore portant l'incision caractéristique ont été retrouvées dans les tombeaux pharaoniques. Des figues de sycomore scarifiées sont figurées également sur des fresques murales, notamment la peinture qui représente une table d'offrande découverte dans la tombe de Nebamun (18ème dynastie) à Thèbes. Des inscriptions hiéroglyphiques (vocalisation supposée : "nehet" pour le sycomore-arbre et sa figue, "neqaut" pour la figue quand elle a été scarifiée) sur des papyrus, des stèles ou divers supports évoquent les différents emplois qui étaient faits de cette espèce. Des dessins également figurent cet arbre. Une vignette du papyrus du "Livre des morts" de Nakht, un scribe royal de haut rang de la fin de la 18ème dynastie (1550-1295 av. J.-C.) représente nettement des sycomores et des palmiers-dattiers plantés géométriquement autour d'un bassin dans un jardin. Ensuite, l'étude dendrochronologique des objets en bois retrouvés lors de fouilles ont révélé l'omniprésence du bois de sycomore dans l'artisanat de différents âges de l'époque pharaonique et de la période copte : cercueils, mobiliers, manches d'outils, bibelots, etc. Enfin, le sycomore-arbre, qu'on trouvait à l'entrée de tous les temples, était associé étroitement au culte d'Hathor, la déesse égyptienne de l'amour, à tête de vache, fille de Nout et de Ré. L'introduction du sycomore dans la vallée du Nil serait contemporaine de la période égyptienne prédynastique, c'est-à-dire antérieure au troisième millénaire av. J.-C.

Dioscoride, note dans son De materia medica, Livre I (n° 181 et 182) : - n° 181, rubrique "Sukomoron" : "Sycomorum, appelé également Sycaminum par certains et dont le fruit porte aussi le nom de Sycomorum, ainsi nommé en raison de la fadeur de son goût. C'est un grand arbre, semblable au Figuier cultivé, à suc abondant, à feuilles semblables à celles du Mûrier ; il porte des fruits, deux à quatre fois dans l'année, non sur les rameaux extrêmes comme le figuier cultivé mais sur le tronc comme le Figuier sauvage, plus doux que les figues encore vertes mais ne possédant pas de graines et ne mûrissant pas, sauf si on les entaille avec l'ongle ou avec [une lame] de fer. Le sycomore pousse beaucoup en Carie et à Rhodes et dans les endroits peu fertiles pour la culture du blé. Il apporte un secours en période de pénurie de grains, du fait qu'il porte en permanence des fruits.

Le figuier sycomore est indigène en Arabie tropicale et au Yémen où il fructifie et se reproduit sans l'intervention de l'homme. Mais tous les auteurs s'accordent à dire qu'en Egypte et au Proche-Orient le Ficus sycomorus a été introduit en provenance d'Afrique de l'Est où on retrouve à la fois l'espèce à graines (non parthénocarpique) et son insecte pollinisateur, Ceratosolen arabicus. Cet insecte n'aurait pas fait le voyage lors du transfert de son végétal-hôte en Egypte, qui a dû se faire sous forme de boutures. En l'absence d'insecte pollinisateur spécialisé, la culture du sycomore dans la vallée du Nil puis en Palestine et en Syrie a fini par aboutir à la sélection de variétés parthénocarpiques, mais à fruits médiocres n'achevant pas leur maturité. Pour les autres, ceux qui ne mûrissent pas, les populations ont trouvé très tôt les moyens d'améliorer leurs qualités alimentaires. La technique utilisée fut inventée par les Anciens Egyptiens : elle consiste à inciser les figues à un stade précoce de leur développement, opération qui provoque leur blétissement et l'augmentation de leur teneur en sucre. Ce mûrissement accéléré est provoqué par la libération d'éthylène. Ce gaz jouerait aussi le rôle de stimulateur de croissance car, étonnamment, les fruits immatures ainsi scarifiés multiplient leur volume par 10 en l'espace de 3 jours.

Les figues des sycomores parthénocarpiques ont joué au Proche-Orient un rôle important en période de disette pour plusieurs raisons. D'abord, parce que leur production est abondante, chaque arbre pouvant donner plusieurs dizaines de kilos de fruits ; ensuite, parce que les petites figues persistent sur l'arbre pendant plusieurs mois ce qui permet d'en disposer une bonne partie de l'année, notamment pendant la saison sèche où les risques de pénurie sont les plus grands ; enfin parce qu'elles se conservent facilement, séchées ou réduites en farine. Le prophète Amos, en réponse à une accusation de Amaziah qui l'accusait d'imposture prophétique, se décrit lui-même comme " un berger et un scarificateur de figues de sycomore " (Amos 7 : 14-15). Cette réplique laisse penser que les bergers de la vallée de Jéricho proposaient leurs services pour inciser les figues des sycomores des parcelles privées, pendant que leurs troupeaux paissaient à proximité.

En Israël, des restes de neuf figues parthénocarpiques — c’est-à-dire ne produisant pas de graines et dont l'intervention de l'homme était nécessaire à sa culture en recourant à des boutures — datant d'environ 11 400 ans ont été découverts à Gilgal, au nord de Jéricho, dans la vallée du Jourdain. Il semble que le fruit ait été séché pour être mangé, ce qui en ferait la plus ancienne trace d'agriculture observée à ce jour (http://fr.wikipedia.org).

Le Sycomore d'Arabie tropicale devait porter un nom proche du " Suqam " et qui aurait fourni les matériaux linguistiques ayant servi à désigner chez les Grecs, via les langues sémitiques antérieures, le Mûrier. Chez les auteurs Grecs, "Sycaminos" est rendu à la fois par Sycomore et par Mûrier. " Sukomoron " serait une construction phytonymique tardive destinée à remplacer le vernaculaire " Sycaminos ", trop ambivalent, L'araméen "Shiqmin" ne serait donc lui-même qu'une racine qui, selon la manière dont elle est lue, prononcée, déclinée ou suffixée, signifierait Sycomore ou Mûrier. L'hébreu ancien désignait par " Shiqmah " le Sycomore. En cherchant encore plus en amont, on trouverait vraisemblablement, à l'origine de ce registre lexical, un mot de persan ancien désignant le Figuier sauvage " Sûqâs balas ", selon le botaniste arabe du XIIème siècle Al-Ichbilî.[13]

La légende raconte les longues pérégrinations d'Isis, partie à la recherche d'Osiris, promis à la résurrection, et comment elle retrouva le sarcophage incrusté dans le cœur d'un sycomore près de Byblos. Jéricho, c'était pour Jésus, la dernière étape de la montée à Jérusalem où s'accomplira son destin, promis aussi à la résurrection. Notons aussi que ce sycomore, évidemment parthénocarpique, dont le fruit n'est que le développement de l'ovaire de la fleur sans fertilisation, rappelle en manière de théologie végétale la grossesse virginale de Marie par la simple opération du Saint Esprit.

Pour finir

APOLLO XI

l'être que le soubresaut d'une feuille

d'or remue ô matière grise

tout comme zachée cherche un sycomore

qui donnerait un sens à sa mort

hélas! pluies implacables

plus l'homme avance dans le temps

plus s'éloigne l'infiniment grand

et son saut de puce sur la lune ô zachée

n'a fait qu'agrandir la tranchée

José Chanly[14]

 


[1] http://www.bibliquest.org/Lortsch/Lortsch-Histoire_Bible_France-global.htm

[2] http://www.quercy.net/patrimoine/saints/

[3] Armand Benjamin Caillau, " Histoire critique et religieuse de Notre-Dame de Rocamadour ", A. Leclerc, 1854, http://books.google.com/books?id=O9i3FhgEBVEC&pg=RA2-PA265&lpg=RA2-PA265&dq=caillau+rocamadour&source=web&ots=Nl5g9L3vZC&sig=bwzHPj3rAqVGAwWbVyvM7Vlda-E#PPA22,M1

[4] http://www.lapairelle.be/Homelie-du-4-novembre-Zachee

[5] Monseigneur Jean-Pierre Ricard , http://www.lejourduseigneur.com/homelies/temps_ordinaire/31_dimanche/c/homelie_de_la_messe_celebree_a_lourdes

[6] http://eglise-breiziroise.cef.fr/home/lire_home.php?position=165

[7] http://books.google.com/books?id=7-sFAAAAQAAJ&pg=PA171&dq=zach%C3%A9e+mort&hl=fr#PPP13,M1

[8] http://www.quercy.net/institutions/sel/4_1999/rongieres.html

[9] Monseigneur Jean-Pierre Ricard , http://www.lejourduseigneur.com/homelies/temps_ordinaire/31_dimanche/c/homelie_de_la_messe_celebree_a_lourdes

[10] Marion Combes, http://www.aventures.org/catechese/anim/zachee.htm

[11] Père Maurice Fourmond, prêtre du diocèse de Paris http://maurice.fourmond.site.voila.fr/conferences/rencontrerdieuautre.html#1

[12] Marie Noëlle Thabut, http://www.st-nicolas-haguenau.com/spiritualite/spiritualite041031.htm

[13] Jamal Bellakhdar, http://www.tela-botanica.org/page:figuier_sycomore

[14] José Chanly, http://chanly.apinc.org/seuls.html, 1970