Préface         

Napoléon Bonaparte disait qu’un bon dessin valait mieux qu’un long discours. Encore faut-il avoir un excellent graphiste à sa portée, signifiant adéquatement les détails, qui, bout à bout, constituent comme nos cellules, le « corps » même de l’histoire. Cependant, l’idée reste pertinente dans la mesure où une vision appréhensive rapide d’une situation est nécessaire.

Un dessin consiste à produire des formes, or, celles-ci contiennent une géométrie infuse, et, tout pouvant être inclus dans un art, sa dictée discrète, plus ou moins apparente à la conscience, s’exprime. Il peut sembler bizarre de supposer que les sociétés, au cours du temps, par une expansion démographique accélérée, se trouvent dans la nécessité d’une géométrisation de principe, somme toute inhérente à l’esprit, les contraignant à réviser leurs fortunes politiques, donc, la stratégie de gouverner. Autrement dit : la croissance quantitative et son pluralisme forcent à l’idée démocratique.

La géométrie comme la psychologie n’étant pas de nature substantielle et palpable, cela promulgue des doutes, sur la postulation, bien compréhensibles, car, que des configurations relativement régulières puissent exercer une certaine pression sur la réalité, paraît aberrant voire magique. Mais, prenons l’exemple d’une société d’insectes comme celle des abeilles industrieuses où l’effectivité du nombre est parfois énorme pour un seul nid. En tant qu’unité, l’abeille est-elle éveillée à la forme quelque fois étonnamment géométrique d’une alvéole ? Visionne-t-elle psychiquement cette géométrie et l’induit-elle dans un projet commun ? Si nous ne savons pas répondre, la différence avec cette beauté de la création qu’est l’abeille, s’émarge jusqu’à quel point par individu admis comme conscient ?

Rentrer dans l’analyse d’une possible géo-virtualité des événements serait plonger dans une complexité effrayante tenant compte d’un inévitable carrefour conjecturel intégrant la physique, la génétique, la psychologie profonde. Au préalable, si l’on implique une idéologie quelconque à une gouverne primordiale, on risque de gros dérapages quant à la justesse d’un réel pouvoir, celui-ci restant de toute évidence d’ordre cosmique, nous rappelant quelquefois durement, que, qui que nous soyons avec nos valeurs, nous sommes à la merci d’un coup de balai.

Mais, on peut extrapoler en songeant à titre suggestif, et se demander si une société d’illustres anciens n’avaient pas perçu les véritables courants de force du pouvoir, et précisément ceux de la nature, par un sentier dénommé alchimie dont les transmutations furent possiblement autres que celles qu’on lui prête, touchant à l’émancipation et à la structuration des sociétés occidentales. Etranges animistes convaincus d’un esprit universel diffusant son énergie dans un processus de formes où la géométrie s’infuse secrètement. Topologiquement, un polygone peut-être considéré comme une structure intermédiaire ou médiative entre le cercle et le triangle symbolisés. Et qui sait ? Si l’on situe, hors, le premier commandement de YHWH, en reste 9 à appliquer selon un principe trine. Cela peut être troublant. 3 et 9, nombres mystiques des traditions ont leur représentation propre géométrique et une nomenclature de vertus associées à des éléments et des événements. L’imagination peut chevaucher ou cabaler assez librement sur de possibles archétypes exotiques, et la recherche théorique en physique fondamentale ne se prive pas de « corps » virtuels (quark, boson, gluon, monopole magnétique, tachyon hyperluminique, instanton originel…), des particules, qui, si elles sont découvertes et utilisables techniquement, un jour, façonneront le monde de demain dans des configurations assurément peu ordinaires. Les propriétés nouvelles que théorisent les physiciens quantiques sur les états de la matière dans des conditions extrêmes de pression (effet enclume, plasticité cristalline…) cadrent assez bien avec les hypothèses sur la structure interne du globe terrestre exposé dans le Science et Vie de juillet 2004. Les géophysiciens imaginent l’existence d’une graine centrale à l’aspect quasi polyédrique qui pourrait présenter des facettes nonagonales.

Une découverte n’est au fond que le point de passage d’une aventure commencée il y a très longtemps. Nous croyons que nos progrès nous sont apportés, exclusivement, par notre capacité de conscience du réel, or le progrès n’est qu’une progression, par définition, ce qui laisse une part vaste d’un inconnu au réalisme total. Un mathématicien qui extrapole sur les propriété du cercle, a-t-il physiquement un tel objet dans l’esprit que l’on puisse observer effectivement avec une technique neurologique ? Non, son cercle virtuel est le résultat d’un travail énergétique de ses cellules cérébrales et sa teneur est une forme complexe électrochimique, sans rapport de forme avec sa virtualité. Ce mathématicien n’est pas conscient de ce processus, alors restons humbles au sujet de notre conscience, la nature est plus fantastique que nous le supposons, d’autant qu’analogiquement, il se pourrait que nous ne soyons qu’une forme virtuelle de sa complexité physique en retour, ce qui ouvrirait à l’imagination des champs nouveaux de recherches et cet ouvrage en contient les ferments.

Nous sommes pratiquement tous persuadés que notre dynamique organisatrice résulte de l'ensemble de nos connaissances. Bien que sachant que le chemin le plus direct d'un point à un autre est la droite, comment se fait-il qu'il y ait autant de choses tordues en ce monde ? La responsable est la chaotique et par celle-ci nous faisons de l'"à peu près", car il est évident que nous ne pouvons pas tout savoir pour emprunter les meilleurs raccourcis. Il existe donc un immense domaine de l'inconscient et notre dynamique organisatrice est à la fontière de cette immensité. On peut alors envisager qu'un collectif inconscient dans la chaotique se connecte vers une région analogique, à un "attracteur". Pour ce cas de figure, je préfère employer le terme de "stigmate historique" plutôt que d'"attracteur".

En acceptant pour thème de réflexion l’idée ancienne que le monde et nous-mêmes sommes le reflet ou la virtualité d’une concrétisation inaccessible pouvant délivrer des clés spécifiques de celle-ci à des « élus », nous pouvons comprendre l’usage de certaines stratégies dénommées magiques, et accorder un crédit d’action partielle à des stratagèmes où une symbolique de cohérence devient un module dynamique de l’archétype de Jung, dirigeant, sans qu’elles le devinent, les sociétés à élaborer un « mandala » géant avec ses symétries.

 

 

Serge OREFURA

Révisé le 15 11 2007